Pourquoi certaines opérations Girardin sont plus rentables que d’autres ?
Toutes les opérations Girardin industriel ne se valent pas en termes de rendement fiscal. Le taux de rentabilité proposé à l’investisseur peut varier sensiblement d’un programme à l’autre (par exemple 10 % sur une opération X contre 18 % ou 34 % sur une opération Y). Plusieurs facteurs clés expliquent ces écarts :
1\. Frais de montage et structure de l’opérateur : Chaque programme Girardin est monté par un opérateur spécialisé (aussi appelé monteur). L’opérateur facture à la société de portage des frais de montage, de gestion et de distribution. Plus ces coûts sont élevés, moins il reste de fonds pour financer les matériels chez l’exploitant, et donc moins la réduction d’impôt offerte à l’investisseur est élevée. Autrement dit, un opérateur avec une structure lourde (beaucoup de salariés, bureaux dans de multiples territoires d’outre-mer, frais de déplacement, etc.) aura des charges importantes qui plombent la rentabilité servie aux investisseurs. À l’inverse, un opérateur à la structure légère, optimisée, peut se permettre de redistribuer davantage aux souscripteurs sous forme de réduction d’impôt. En pratique, ces différences de frais généraux expliquent une part majeure des écarts de rentabilité entre opérateurs.
2\. Provision pour garantie et assurances : Le Girardin industriel comporte des risques fiscaux et opérationnels (nous y revenons plus loin). Pour sécuriser les investisseurs, certains monteurs choisissent de constituer un fonds de garantie ou de souscrire à des assurances spécifiques (par exemple, une assurance de « bonne fin fiscale » qui indemnise en cas de requalification de l’avantage fiscal). Ces garanties ont un coût non négligeable, ponctionné sur les apports des investisseurs. Si un programme intègre une garantie renforcée, il offrira généralement un rendement un peu plus faible qu’un programme sans garantie, car une partie des fonds sert à financer cette protection. De même, les monteurs doivent souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle (RCP) compte tenu du risque lié à ces opérations défiscalisantes : plus un opérateur a un volume d’affaires important ou un historique de sinistres élevé, plus sa prime d’assurance augmente, ce qui peut indirectement réduire le rendement offert aux clients.
3\. Taille de l’opération et nombre d’investisseurs : La structuration juridique des sociétés de portage joue aussi sur la rentabilité. Un programme de petite taille qui vise un large public (avec un ticket d’entrée faible par investisseur) va mécaniquement multiplier le nombre d’associés dans la société de portage. Or, chaque associé supplémentaire génère des frais administratifs et comptables (gestion des dossiers, frais bancaires, tenue de la comptabilité, envoi des attestations fiscales individuelles, etc.). Si le montant minimum de souscription est très bas, le montage devra agréger des centaines d’investisseurs, ce qui alourdit les coûts de gestion. Ces coûts viennent en déduction de l’argent finançant l’investissement, diminuant d’autant la réduction d’impôt distribuée. À l’inverse, une opération qui exige un apport minimum plus élevé aura moins d’associés à gérer et pourra être plus efficiente, donc potentiellement plus rentable pour chacun. Les opérateurs arbitrent donc entre accessibilité et efficacité : toucher un public large (tickets bas) ou offrir un rendement optimisé (tickets plus élevés). Cette stratégie impacte directement le taux de rentabilité proposé.
4\. Type d’opération : plein droit vs agrément fiscal : Il existe deux catégories d’opérations Girardin industriel, selon leur envergure : les opérations dites « plein droit » (en dessous d’un certain seuil de montant, elles ne nécessitent pas d’agrément préalable de Bercy) et les opérations avec agrément fiscal (au-delà du seuil, une autorisation de l’administration est requise). Ce statut influe sur la rentabilité car la loi impose un taux de rétrocession différent au profit de l’exploitant local. En régime « plein droit », l’opérateur doit rétrocéder au minimum 56 % de l’avantage fiscal à l’entreprise ultramarine, l’investisseur conservant environ 44 % de l’avantage. En régime « agrément », la rétrocession minimale monte à 66 % au profit de l’exploitant (l’investisseur n’en conserve qu’environ 34 %). Par conséquent, les opérations avec agrément offrent en général un rendement plus faible que les petites opérations en plein droit, puisque la part de réduction d’impôt effectivement gagnée par l’investisseur est plus réduite. En revanche, ces grandes opérations agréées peuvent financer de plus gros projets et intégrer parfois des bonus sectoriels (énergie renouvelable, zones spécifiques) qui viennent partiellement compenser ce différentiel. Quoi qu’il en soit, comparer deux taux de rendement Girardin doit se faire à périmètre égal : une opération à 18 % sans agrément n’est pas exactement équivalente à une opération à 18 % avec agrément (la seconde étant objectivement plus « tendue » pour l’opérateur, car elle implique de redonner davantage au projet local).
5\. Calendrier de souscription et concurrence : Un aspect moins connu est le timing de souscription au cours de l’année fiscale. Les programmes Girardin ont souvent une capacité limitée et sont proposés jusqu’à la fin de l’année N pour réduire l’impôt de l’année N. Il a été constaté que les taux de rendement offerts diminuent progressivement à l’approche de la clôture des souscriptions. En début de campagne (par exemple, au second semestre pour l’année suivante), les meilleurs taux sont affichés afin d’attirer les investisseurs et sécuriser rapidement le financement des projets. Au fil des mois, si la demande des investisseurs est forte et les enveloppes presque remplies, les opérateurs peuvent ajuster à la baisse la rentabilité offerte sur les dernières souscriptions. Par exemple, en novembre, un Girardin plein droit peut afficher un rendement de 19 %, puis tomber à 15 % en décembre lorsque la capacité disponible se raréfie. Ce phénomène s’explique par la concurrence entre investisseurs pour accéder aux opérations : plus la demande est élevée, plus l’opérateur peut se permettre de réduire l’incitation financière tout en bouclant ses levées de fonds. Investir tôt dans la saison Girardin permet donc souvent de verrouiller les meilleurs taux de l’année. À l’inverse, attendre le tout dernier moment peut exposer soit à un rendement moindre, soit à l’indisponibilité pure et simple d’une opération Girardin pour l’année (pénalisant alors l’optimisation fiscale souhaitée).
En résumé, le rendement d’une opération Girardin dépend de la taille et du mode de fonctionnement du monteur, des coûts qu’il intègre (frais, garanties, assurances), du format juridique de l’investissement et même du contexte de commercialisation. Chaque opérateur étant différent, on observe sur le marché des taux d’apport variés. Dans tous les cas, il convient de se méfier des offres anormalement élevées : un rendement fiscal sensiblement supérieur à la moyenne peut cacher une prise de risque accrue ou des frais dissimulés ailleurs. Analysez bien la fiche d’information de l’opération et n’hésitez pas à demander des explications sur la ventilation de votre apport (quelle part part en frais, quelle part va réellement au projet, existe-t-il un fonds de garantie, etc.). Gardez à l’esprit que le Girardin n’est pas magique : un rendement plus élevé implique souvent soit plus de risque, soit des efforts particuliers de l’opérateur pour optimiser son montage.
Quels sont les risques du Girardin industriel ?
Le dispositif Girardin, bien que très avantageux fiscalement, comporte des risques importants qu’il ne faut pas sous-estimer. Le principal danger est le risque de requalification fiscale : si les conditions légales ne sont pas respectées pendant la durée d’engagement, l’administration peut procéder à la reprise de la réduction d’impôt accordée. En clair, l’investisseur pourrait devoir rembourser l’avantage fiscal, avec des intérêts de retard, si par exemple l’entreprise ultramarine arrête d’utiliser le matériel avant 5 ans, fait faillite, ou si le montage est jugé non conforme (surfacturation du matériel, etc.). Ce risque fiscal est au cœur du Girardin industriel, et justifie que certains programmes soient assortis d’une garantie de bonne fin pour rassurer les souscripteurs. Toutefois, même avec une garantie, il faut comprendre que l’État peut retirer l’avantage en cas de manquement ; la garantie ne fait alors que compenser la perte financière pour l’investisseur.
À côté du risque fiscal, il y a les risques d’exploitation. L’investissement financé doit être réellement exploité par l’entreprise locale : si le matériel n’est pas livré, n’est pas utilisé comme prévu, ou si l’exploitant ne paye plus les loyers convenus, le schéma peut échouer. L’investisseur, bien que métropolitain et passif, dépend de la bonne santé financière et du sérieux de l’entreprise outre-mer. Des problèmes tels que des loyers impayés, une mauvaise gestion locale ou des fraudes (ex : fausses factures, surfacturation du bien) peuvent compromettre le succès de l’opération. C’est pourquoi il est crucial de choisir des monteurs expérimentés et des projets solides. L’agrément fiscal préalable (obligatoire pour les gros projets) est une forme de contrôle : Bercy examine le dossier avant de le valider, réduisant le risque de montages fantaisistes. Mais les opérations sans agrément ne sont pas contrôlées à priori ; il faut donc redoubler de vigilance sur la qualité du programme proposé.
Un autre point à connaître est la structure juridique souvent utilisée pour les montages : beaucoup d’opérations Girardin se font via des SNC (sociétés en nom collectif), ce qui implique que chaque investisseur devient associé et est indéfiniment et solidairement responsable des éventuelles dettes de la SNC. Autrement dit, en théorie, si la société de portage contracte des dettes non remboursées, les investisseurs pourraient être appelés en comblement. Ce scénario reste rare car les montages sont calibrés pour être autofinancés (les loyers couvrent généralement les emprunts bancaires), mais il s’agit d’un risque juridique réel. Certaines opérations utilisent plutôt des sociétés de capitaux (SAS, SA) pour limiter la responsabilité des investisseurs à leur apport : c’est un élément à vérifier dans la documentation.
En résumé, avant d’investir en Girardin industriel, évaluez soigneusement les risques : perte potentielle de l’avantage fiscal, perte de l’apport (de toute façon actée dès le départ), risque juridique lié à la structure, sans oublier que le dispositif est complexe et nécessite un suivi administratif (formulaires de déclaration spécifiques, etc.). Il est vivement conseillé de se faire accompagner par un conseiller en gestion de patrimoine ou un professionnel maîtrisant bien le Girardin pour choisir une opération sûre et adaptée à votre situation. L’AMF et la DGCCRF mettent d’ailleurs en garde contre certaines présentations trop optimistes du Girardin, rappelant que toute promesse de gain fiscal doit s’apprécier au regard des contreparties et des risques encourus. Un Girardin industriel bien monté, sur un projet utile et sérieux, reste un excellent levier de défiscalisation, mais il doit être utilisé en connaissance de cause.
Hagnéré Patrimoine et le Girardin industriel
Hagnéré Patrimoine est un cabinet de gestion de patrimoine indépendant qui accompagne ses clients dans l’analyse globale de leur situation patrimoniale, fiscale et financière.
Dans ce cadre, le dispositif du Girardin industriel peut être étudié au cas par cas, uniquement lorsqu’il est adapté au profil, aux objectifs et au niveau de risque du client. Ce type de dispositif n’est ni systématique, ni universel, et nécessite une compréhension précise de ses mécanismes, de ses contraintes et de ses risques.
Hagnéré Patrimoine propose ainsi des rendez-vous d’échange et d’analyse patrimoniale, destinés à :
comprendre votre situation personnelle et fiscale,
expliquer les caractéristiques du Girardin industriel (plein droit ou avec agrément),
évaluer, le cas échéant, la pertinence de ce dispositif au regard de votre situation.
Cette démarche s’inscrit dans une approche globale et indépendante du conseil, sans automatisme d’investissement, sans obligation de souscription, et sans promesse de résultat.
Conclusion : Le Girardin industriel peut offrir une rentabilité fiscale immédiate très attractive, à condition de choisir judicieusement l’opération et de comprendre les mécanismes qui influencent son rendement. En comparant les programmes et en s’entourant de conseils experts, il est possible de maximiser le gain fiscal tout en minimisant les risques. Ce dispositif exige rigueur et vigilance, mais bien maîtrisé, il demeure l’un des leviers de défiscalisation les plus puissants pour les contribuables fortement imposés (Mise à jour 2026)

