Qu’est-ce que la défiscalisation Girardin ?
La loi Girardin est un dispositif fiscal destiné à encourager l’investissement dans les territoires d’outre-mer en échange d’une réduction d’impôt immédiate. Concrètement, un contribuable domicilié fiscalement en France (métropole ou DOM) peut investir des fonds dans un projet ultramarin éligible, puis bénéficier l’année suivante d’une réduction de son impôt sur le revenu supérieure à son apport. Ce mécanisme, instauré en 2003, vise à compenser les surcoûts liés à l’éloignement et soutenir l’économie locale des DOM-TOM.
Deux volets principaux composent le dispositif Girardin :
Girardin industriel : Financement de matériels ou d’équipements productifs neufs en outre-mer (entreprises locales). L’investisseur particulier participe au capital d’une société de portage qui achète le matériel et le loue à une entreprise ultramarine pendant au moins 5 ans. En échange, le particulier obtient une réduction d’impôt dite “one-shot” (sur une année) souvent de l’ordre de 110 à 120 % du montant investi, versée dès l’année suivant l’investissement. Après 5 ans, l’entreprise locale rachète le matériel pour une somme symbolique, et la société de portage est dissoute.
Girardin social : Financement de la construction ou rénovation de logements sociaux outre-mer. Le principe reste similaire (investissement via une société ad hoc, puis réduction d’impôt immédiate), appliqué aux projets immobiliers sociaux dans les DOM-COM. Le Girardin social offre en pratique des taux de réduction comparables, parfois légèrement inférieurs, mais bénéficie d’un traitement fiscal encore plus avantageux sur le plafonnement (voir plus loin).
Dans les deux cas, l’investissement du contribuable est à fonds perdus : il ne récupère pas son apport initial, mais l’intérêt est que l’économie d’impôt dépasse la somme investie. Par exemple, un apport de 5 000 € peut générer une diminution d’impôt de 6 000 €, procurant un gain net de 1 000 € (soit +20 % par rapport à la mise). Ce gain fiscal immédiat justifie l’opération malgré la perte de l’apport, car c’est l’État qui, in fine, “finance” la plus-value fiscale. Le dispositif Girardin est ainsi réputé pour être l’une des niches fiscales les plus rentables, avec un rendement fiscal net pouvant atteindre ~15 % à ~25 % du capital engagé.
Attention : Cet avantage n’est accordé qu’en contrepartie du respect strict des conditions sur 5 ans. Si l’entreprise ultramarine fait défaut ou n’exploite pas le bien pendant la durée minimale, le fisc peut reprendre la réduction d’impôt accordée (redressement fiscal). Il y a donc un risque lié à la réussite du projet. Pour le maîtriser, les opérateurs Girardin sérieux proposent généralement une assurance de “bonne fin” qui garantit l’avantage fiscal même en cas de défaillance du projet. Il est vivement conseillé de passer par un monteur Girardin agréé et expérimenté, afin de sécuriser l’investissement (choix du projet, montage juridique conforme, suivi des obligations).
Qui peut bénéficier de la loi Girardin ?
Le dispositif Girardin s’adresse à tout contribuable français déclarant ses revenus en France et redevable de l’impôt sur le revenu. Il n’existe pas de condition d’âge, de profession ou de localisation particulière en métropole ou outre-mer : toute personne physique résidente fiscale française peut en théorie investir en Girardin industriel ou social. Même un expatrié peut en profiter s’il conserve son domicile fiscal en France.
Cependant, en pratique, le Girardin s’avère surtout avantageux pour les contribuables fortement imposés. Il faut en effet disposer d’un montant d’impôt sur le revenu suffisamment élevé pour absorber la réduction obtenue. Rappelons que la réduction Girardin est non reportable : si elle excède l’impôt dû, le surplus est perdu (il n’est ni remboursé ni reporté sur l’année suivante). Un foyer non imposable ou faiblement imposé ne pourra donc pas profiter du Girardin (puisqu’il n’a pas d’impôt à réduire, ou pas assez pour justifier un investissement). En dessous d’un certain seuil d’impôt, d’autres dispositifs plus simples (crédit d’impôt pour emploi à domicile, épargne retraite, etc.) suffisent généralement à effacer l’impôt sans engager de fonds perdus.
À partir de quel niveau d’impôt le Girardin devient-il pertinent ? Il n’y a pas de règle officielle, mais les experts conseillent souvent d’envisager une opération Girardin à partir d’environ 5 000 € d’impôt sur le revenu dû par an. En deçà, le gain absolu serait trop faible ou l’opération inadaptée. En revanche, pour un foyer dans une tranche marginale élevée (30 %, 41 % ou 45 %) avec par exemple 8 000, 15 000 ou 20 000 € d’impôt par an, le Girardin permet de réduire très fortement l’addition fiscale. Ce n’est pas un dispositif “réservé” aux très hauts revenus à proprement parler, mais plus l’impôt est élevé, plus le bénéfice du Girardin est significatif. Un contribuable avec 15 000 € d’impôt pourra par exemple investir ~12 000 € en Girardin pour annuler la totalité de ses 15 000 € d’impôt, réalisant un gain net d’environ 3 000 €. De même, un foyer imposé à 40 000 € pourra, via plusieurs opérations Girardin (ou une opération groupée importante), réduire son impôt de plusieurs dizaines de milliers d’euros – sous réserve des plafonds légaux détaillés ci-dessous.
Conditions d’éligibilité : pour bénéficier de la réduction Girardin, l’investissement doit être réalisé avant le 31 décembre de l’année en cours (N) pour une réduction imputable sur l’impôt de l’année suivante (N+1). L’investisseur doit respecter le plafonnement fiscal global, et ne pas déjà avoir atteint le plafond avec d’autres avantages. Enfin, il doit fournir lors de sa déclaration de revenus le formulaire spécifique (imprimé 2042 IOM – Investments Outre-Mer) et les attestations fournies par l’opérateur Girardin, justifiant de son investissement et de l’éligibilité de celui-ci.
Plafonds fiscaux : quelle réduction maximale ?
Les réductions d’impôt accordées via le Girardin entrent dans le plafond global des niches fiscales. Ce plafonnement limite, chaque année, la diminution totale d’impôt qu’un foyer peut obtenir par cumulus de dispositifs fiscaux. En 2026, le plafond général est de 10 000 € par an, relevé à 18 000 € si le contribuable bénéficie d’avantages pour des investissements outre-mer. Autrement dit, l’ensemble des réductions d’impôt hors outre-mer est bridé à 10 000 €, mais si vous faites du Girardin (ou d’autres dispositifs ultramarins), le plafond global passe à 18 000 €.
Bonne nouvelle, la loi prévoit que les réductions Girardin ne sont comptabilisées qu’en partie dans ce plafond. En effet, seuls 34 % à 44 % du montant de la réduction Girardin industriel sont pris en compte, et 30 % de la réduction Girardin social. Grâce à ce mécanisme, un contribuable peut effectivement défiscaliser bien au-delà de 18 000 € d’impôt tout en restant dans les clous du plafonnement. Par exemple :
Avec une opération de Girardin industriel “classique” (sans agrément), la réduction obtenue compte pour 34 % de son montant. On peut donc théoriquement aller jusqu’à ~52 900 € de réduction d’impôt (puisque 34 % de 52 900 ≈ 18 000). En pratique, la plupart des offres Girardin industriel sans agrément permettent d’effacer autour de 40 000 à 50 000 € d’impôt par an au maximum.
Avec un Girardin industriel soumis à agrément (projets plus importants validés par Bercy), 44 % de la réduction compte dans le plafond. Le gain fiscal peut aller jusqu’à ~40 900 € (puisque 44 % de 40 900 ≈ 18 000).
En Girardin logement social, seulement 30 % de la réduction entre dans le calcul du plafond. Cela autorise une réduction allant jusqu’à 60 000 € annuels environ. Ce dispositif est donc particulièrement intéressant pour de très gros montants d’impôt, bien que moins courant chez les particuliers que le Girardin industriel.
Chaque foyer fiscal conserve bien sûr la latitude de combiner plusieurs investissements ou niches fiscales dans la limite globale. Par exemple, on peut cumuler la loi Pinel (pour 6 000 € de réduction) et le Girardin (pour 12 000 € de réduction) sans dépasser le plafond majoré de 18 000 €. On peut aussi répéter des opérations Girardin chaque année. Certains foyers très imposés n’hésitent pas à recourir au Girardin tous les ans pour annuler la quasi-totalité de leur impôt sur le revenu, en veillant à calibrer le montant investi en fonction de l’impôt à effacer et du plafond disponible.
Exemple concret de réduction d’impôt
Pour bien comprendre le mécanisme, prenons un exemple chiffré. Monsieur et Madame X ont un revenu imposable conséquent, qui les place dans la tranche marginale de 41 %. Leur impôt sur le revenu dû cette année s’élève à 6 000 €. Sur conseil de leur conseiller patrimonial, ils décident fin 2025 d’investir dans un programme Girardin industriel en outre-mer, afin de réduire leur impôt de 2026.
Ils souscrivent 5 000 € au capital d’une société Girardin finançant du matériel agricole à la Réunion.
Dès l’année suivante (déclaration des revenus 2025 effectuée en 2026), ils bénéficient d’une réduction d’impôt de 6 000 €, grâce au coefficient de rétrocession d’environ 120 % obtenu sur l’opération (chaque euro investi donne droit à 1,20 € de réduction fiscale).
Leur impôt de 6 000 € est ainsi totalement effacé (réduit à zéro). Mieux, ils dégagent un bonus fiscal net de 1 000 €, c’est-à-dire qu’en investissant 5 000 €, ils économisent 6 000 € d’impôt. Ce surplus de 1 000 € ne leur est pas versé en argent mais représente l’économie d’impôt supplémentaire réalisée (comparé au cas où ils n’auraient rien fait, ils conservent 1 000 € de trésorerie en plus).
En définitive, le couple a bien “gagné” 1 000 € grâce à cette défiscalisation, mais il a abandonné ses 5 000 € investis (fonds perdus dans l’opération Girardin). Si l’on fait le bilan, 5 000 € sortis vs 6 000 € d’impôt économisés, ils ont obtenu +20 % de retour sur investissement en un an, net d’impôt, sans aucun revenu à déclarer (les réductions Girardin ne génèrent pas de revenu imposable). Ce rendement est exceptionnel comparé à la plupart des placements financiers.
Naturellement, ce scénario repose sur le bon déroulement de l’opération outre-mer. Si, par malheur, l’entreprise bénéficiaire faisait faillite avant les 5 ans requis ou si le matériel n’était pas exploité conformément aux règles, le fisc pourrait remettre en cause la réduction d’impôt. Le couple X devrait alors rembourser les 6 000 € d’économie obtenue, avec des intérêts de retard, et perdrait son apport. Cela souligne l’importance de sélectionner des opérations Girardin sécurisées, montées par des professionnels sérieux qui répartissent le risque et offrent des garanties.
Évolution et mise à jour du dispositif (2026)
La loi Girardin est encadrée et ajustée au fil des Lois de finances. Au 1er janvier 2026, le dispositif est toujours en vigueur et prolongé au moins jusqu’au 31 décembre 2029 pour les investissements Girardin industriel et logement social. (Mise à jour 2026)
Hagnéré Patrimoine et le Girardin industriel
Hagnéré Patrimoine propose un bilan patrimonial gratuit pour analyser l’ensemble de votre situation et identifier les stratégies fiscales adaptées à votre profil. Cette approche globale permet d’intégrer la défiscalisation Girardin parmi d’autres solutions pertinentes, au lieu de raisonner produit par produit. Plus de 1 000 clients ont déjà été accompagnés par le cabinet, bénéficiant d’une expertise technique et fiscale pointue et de conseils réellement indépendants. Avec des frais maîtrisés et un conseil objectif à 360°, Hagnéré Patrimoine vous aide à optimiser votre patrimoine sans parti pris, en considérant le Girardin industriel comme un outil parmi d’autres dans une stratégie patrimoniale cohérente.
En synthèse, la loi Girardin constitue une opportunité unique de réduire drastiquement son impôt tout en contribuant au développement des DOM-COM. Ouvert à tous les contribuables français mais surtout avantageux pour les foyers lourdement imposés, ce dispositif “one-shot” demande rigueur et précaution dans sa mise en œuvre. Lorsqu’il est employé de manière sécurisée et judicieuse, le Girardin peut devenir un levier très efficace d’optimisation fiscale, à inscrire dans une vision patrimoniale d’ensemble. (Mise à jour 2026)

