Optimisation IFI 2026 : toutes les stratégies légales pour réduire votre impôt sur la fortune immobilière

Barème actualisé, exonérations disponibles, démembrement de propriété, dons aux organismes agréés, plafonnement 75%... Toutes les stratégies légales pour optimiser votre IFI en 2026, avec des cas pratiques chiffrés et les références CGI exactes.

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Chiffres 2026

1. Qu'est-ce que l'IFI et qui est concerné en 2026 ?

L'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) a été créé par la loi de finances pour 2018, en remplacement de l'ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune). Contrairement à l'ISF qui taxait l'ensemble du patrimoine net, l'IFI ne porte que sur les actifs immobiliers nets : immeubles, terrains, parts de SCI, SCPI, OPCI et tout droit réel immobilier. Les actifs financiers — actions, obligations, assurance-vie, PEA, liquidités — sont exclus de son champ.

En 2024 (derniers chiffres publiés), environ 186 000 foyers fiscaux étaient redevables de l'IFI en France, pour un produit fiscal total de 2,2 milliards d'euros. Ce chiffre progresse chaque année, la hausse des prix immobiliers faisant franchir le seuil à de nouveaux foyers, notamment dans les métropoles, sur la Côte d'Azur et dans les stations de montagne.

Qui est assujetti à l'IFI ?

Tout foyer fiscal dont le patrimoine immobilier net taxable dépasse 1 300 000 € au 1er janvier de l'année d'imposition. La valeur retenue est celle au 1er janvier, pas la valeur moyenne sur l'année. Une seule date compte : le 1er janvier au matin.

Composition du foyer fiscal IFI

Le foyer fiscal IFI est défini à l'article 964 du CGI. Sa composition diffère parfois de celle du foyer fiscal pour l'impôt sur le revenu :

SituationFoyer IFI
Célibataire, divorcé, veufDéclaration individuelle
Époux (tout régime matrimonial)Déclaration commune obligatoire
Partenaires pacsésDéclaration commune obligatoire
Concubins notoires (union stable)Déclaration commune obligatoire
Enfants mineurs sous administration légaleInclus dans le foyer parental
Enfants majeurs (même rattachés à l'IR)Foyer IFI distinct — déclarent séparément

Une différence importante avec l'impôt sur le revenu : les concubins forment obligatoirement un foyer commun à l'IFI, même s'ils déclarent séparément à l'IR. À l'inverse, un enfant majeur rattaché au foyer IR n'est jamais intégré dans le foyer IFI de ses parents. Les époux ne peuvent être imposés séparément qu'en instance de séparation avec résidence séparée, ou mariés en séparation de biens avec résidences effectives séparées (art. 965 CGI).

Résidents et non-résidents : règles différentes

Les résidents fiscaux français déclarent l'ensemble de leur patrimoine immobilier mondial (France et étranger). Les non-résidents ne sont imposables à l'IFI que sur leurs biens situés en France. Des conventions fiscales bilatérales peuvent prévoir des règles spécifiques selon le pays de résidence.

2. Barème et calcul de l'IFI 2026

Le barème de l'IFI est fixé à l'article 977 du CGI. Il est inchangé depuis la création de l'IFI en 2018 et s'applique de façon identique en 2026. L'impôt est calculé sur la valeur nette taxable du patrimoine immobilier au 1er janvier.

Tranches et taux progressifs

Fraction du patrimoine net taxableTaux
Jusqu'à 800 000 €0 %
De 800 001 € à 1 300 000 €0,50 %
De 1 300 001 € à 2 570 000 €0,70 %
De 2 570 001 € à 5 000 000 €1,00 %
De 5 000 001 € à 10 000 000 €1,25 %
Au-delà de 10 000 000 €1,50 %

Un point technique souvent méconnu

Le seuil d'assujettissement est 1 300 000 €, mais le calcul commence dès 800 000 €. Un foyer avec 1 350 000 € de patrimoine paie donc sur toutes les tranches depuis 800 000 €, pas seulement sur les 50 000 € qui excèdent 1 300 000 €. C'est pourquoi la décote (ci-dessous) a été instaurée.

Exemples de calcul IFI 2026

Patrimoine net taxableCalcul par tranchesIFI brut annuel
1 500 000 €500 000 × 0,50 % + 200 000 × 0,70 %3 900 €
2 000 000 €500 000 × 0,50 % + 700 000 × 0,70 %7 400 €
3 000 000 €500 000 × 0,50 % + 1 270 000 × 0,70 % + 430 000 × 1,00 %14 190 €
5 000 000 €500 000 × 0,50 % + 1 270 000 × 0,70 % + 2 430 000 × 1,00 %35 690 €
10 000 000 €Cumul toutes tranches98 190 €

La décote entre 1 300 000 € et 1 400 000 € (art. 977 bis CGI)

Pour atténuer l'effet de seuil, une décote automatique s'applique aux patrimoines compris entre 1 300 000 € et 1 400 000 € :

Décote = 17 500 € − (1,25 % × patrimoine net taxable)

La décote est maximale au seuil (1 250 € pour 1 300 000 €) et s'annule exactement à 1 400 000 €. Pour un patrimoine de 1 350 000 € : IFI brut = 2 850 €, décote = 17 500 − 16 875 = 625 €, IFI net = 2 225 €.

3. L'assiette taxable : ce que vous devez déclarer

L'assiette IFI comprend l'ensemble des biens et droits immobiliers détenus directement ou indirectement par les membres du foyer fiscal. La valeur retenue est la valeur vénale au 1er janvier, c'est-à-dire le prix auquel le bien pourrait être cédé entre parties consentantes. Il n'existe pas de valeur forfaitaire : chaque redevable doit estimer lui-même ses biens, sous contrôle de l'administration.

Biens imposables en détention directe

  • Immeubles bâtis : appartements, maisons, locaux commerciaux, entrepôts
  • Immeubles non bâtis : terrains à bâtir, terres agricoles non exonérées
  • Droits réels immobiliers : usufruit, nue-propriété (selon règles section 6), droit d'usage et d'habitation
  • Biens en indivision : chaque indivisaire déclare sa quote-part

Biens imposables en détention indirecte (via sociétés)

Les parts ou actions de sociétés entrent dans l'assiette IFI à proportion de la valeur représentative des actifs immobiliers taxables qu'elles détiennent. Sont concernées : les SCI à l'IR, les SCI à l'IS, les SAS, SA, SARL à activité civile, les SCPI, les OPCI, ainsi que toute société à prépondérance immobilière.

SCI à l'IS et IFI : une idée reçue

Contrairement à une idée répandue, détenir ses biens via une SCI soumise à l'IS ne permet pas d'échapper à l'IFI. L'administration intègre dans l'assiette la valeur des parts à proportion des actifs immobiliers. La SCI IS peut toutefois permettre des optimisations sur l'IR et justifier des décotes de valeur des parts (illiquidité, minorité).

L'abattement de 30 % pour la résidence principale (art. 973 CGI)

L'immeuble constituant la résidence habituelle et effective du redevable au 1er janvier bénéficie d'un abattement légal de 30 % sur sa valeur vénale. Un appartement estimé à 1 200 000 € est déclaré à 840 000 € dans l'assiette IFI.

SituationAbattement applicable
Propriétaire occupant sa résidence principale30 % sur la valeur vénale
Résidence principale en indivision30 % sur la quote-part de l'indivisaire
Bien loué ou mis à disposition d'un tiers au 1er janvierAucun abattement
Bien en travaux, inoccupé au 1er janvierAucun abattement (appréciation au cas par cas)
Parts de SCI occupant le bien comme résidence principaleAucun abattement légal (jurisprudence constante)
Usufruitier occupant le bien comme résidence principale30 % sur la valeur de l'usufruit

SCI et abattement de 30 % : position ferme des tribunaux

La Cour de cassation a confirmé en 2023 (arrêt du 15/02/2023, n° 20-19.451) et le Conseil constitutionnel en 2020 que l'abattement de 30 % ne s'applique pas aux parts de SCI. Si votre résidence principale est logée dans une SCI, vous pouvez toutefois revendiquer des décotes de valorisation (illiquidité : 10 à 20 %, minorité : 5 à 10 %) pour minorer la valeur déclarée des parts.

SCPI et OPCI : la fraction immobilière à déclarer

Les SCPI et OPCI détenus en direct entrent dans l'assiette IFI. Seule la fraction représentative des actifs immobiliers est taxable : pour les SCPI, elle représente généralement 90 à 100 % de la valeur de souscription. Chaque gestionnaire publie annuellement un coefficient IFI permettant au porteur de calculer sa valeur taxable.

En revanche, les SCPI logées dans un contrat d'assurance-vie (français ou luxembourgeois) ne sont pas soumises à l'IFI : l'actif d'un contrat d'assurance-vie est un actif financier, hors champ de l'IFI, quelle que soit sa composition interne. C'est l'un des avantages déterminants de l'assurance-vie pour les patrimoines importants.

4. Le passif déductible : réduire l'assiette par les dettes

L'article 974 du CGI autorise la déduction de certaines dettes du patrimoine brut taxable pour obtenir le patrimoine net taxable. C'est un levier d'optimisation immédiat et souvent sous-utilisé.

Les 4 conditions cumulatives de déductibilité

Pour être déductible, une dette doit :

  1. Exister de façon certaine au 1er janvier de l'année d'imposition
  2. Être à la charge personnelle d'un membre du foyer fiscal IFI
  3. Se rapporter à des actifs immobiliers imposables (pas de dettes sur biens exonérés)
  4. Être justifiée par des pièces probantes (contrat de prêt, acte notarié, relevé bancaire…)

Ce qui est déductible

  • Emprunts bancaires immobiliers : capital restant dû au 1er janvier (hors intérêts courus)
  • Frais d'acquisition : droits de mutation, honoraires d'agence, frais de notaire
  • Travaux : construction, reconstruction, agrandissement, réparation, entretien
  • Taxe foncière due au 1er janvier et non encore réglée
  • L'IFI lui-même : l'impôt théorique dû est déductible (calcul itératif)

Ce qui n'est pas déductible

  • Taxe d'habitation (impôt d'occupation, non lié à la propriété)
  • Impôt sur le revenu et prélèvements sociaux sur les revenus locatifs
  • Prêts familiaux (présumés non déductibles, sauf preuve contraire très solide et documentée)
  • Dettes conditionnelles ou litigieuses
  • Dettes afférentes à des biens totalement exonérés

La règle de limitation pour les patrimoines supérieurs à 5 000 000 € (art. 974 IV CGI)

Lorsque le patrimoine brut taxable dépasse 5 000 000 € et que les dettes déductibles excèdent 60 % de ce patrimoine brut, la fraction excédant 60 % n'est déductible qu'à hauteur de 50 % de cet excédent. Cette règle anti-abus limite l'optimisation par refinancement excessif.

Si dettes > 60 % × patrimoine brut : Déduction max = (60 % × patrimoine brut) + 50 % × (dettes − 60 % × patrimoine brut)

Exemple : Patrimoine brut 6 000 000 €, dettes 4 000 000 €. Seuil 60 % = 3 600 000 €. Excédent = 400 000 €. Déduction max = 3 600 000 + 200 000 = 3 800 000 €. Patrimoine net taxable = 2 200 000 € au lieu de 2 000 000 € si toutes les dettes avaient été déductibles.

Prêts in fine : traitement spécifique

Les prêts in fine ne sont pas déductibles en totalité chaque année. Ils sont déductibles annuellement à hauteur du montant qui aurait été remboursé si le prêt avait été amorti. Un prêt in fine de 1 000 000 € sur 20 ans est déductible à 50 000 € par an. Ce mécanisme anti-abus évite de maintenir indéfiniment un passif élevé.

5. Exonérations totales et partielles

Certains biens bénéficient d'exonérations légales partielles ou totales. Ces exonérations constituent des leviers d'optimisation structurels, à intégrer dans une stratégie patrimoniale de long terme.

Biens professionnels : exonération totale (art. 975 CGI)

Les biens immobiliers nécessaires à l'activité professionnelle principale du redevable sont totalement exonérés d'IFI. Trois conditions cumulatives s'appliquent : l'activité doit être industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale ; elle doit être exercée à titre principal (source principale de revenus) ; et elle doit être effective (pas de gérance passive).

LMNP — Taxable à l'IFI

Le Loueur en Meublé Non Professionnel n'exerce pas à titre principal. Les biens LMNP entrent dans l'assiette IFI, même s'ils génèrent des recettes significatives. C'est la règle par défaut pour la grande majorité des investisseurs immobiliers.

LMP — Exonéré d'IFI

Le Loueur en Meublé Professionnel bénéficie de l'exonération totale. Deux conditions cumulatives : recettes locatives > 23 000 €/an ET ces recettes représentent plus de 50 % des revenus professionnels du foyer. Le passage LMP peut être une stratégie IFI très puissante.

Holding animatrice : exonération conditionnelle

Les parts d'une société holding qui anime effectivement un groupe (holding animatrice) peuvent être exonérées d'IFI pour la fraction représentant les actifs professionnels. La condition est que la holding anime réellement ses filiales (services actifs, contrôle de gestion, direction stratégique). Une holding purement passive ne bénéficie pas de cette exonération.

Baux ruraux à long terme : exonération de 75 % puis 50 % (art. 793 CGI)

Les biens ruraux donnés en bail à long terme (durée minimale 18 ans) bénéficient d'une exonération partielle d'IFI selon la valeur du bien et le lien familial avec le preneur :

Valeur du bienBail à un tiersBail à un descendant ou conjoint
Jusqu'à 101 897 €75 % exonéré75 % exonéré
Au-delà de 101 897 €50 % exonéré75 % exonéré (bénéfice familial plein)

L'exonération s'applique aux terres agricoles comme aux bâtiments d'exploitation rurale. Elle est un levier classique pour les propriétaires de patrimoine foncier agricole soumis à l'IFI et souhaitant transmettre progressivement à leurs enfants exploitants.

Bois et forêts : exonération de 75 % (art. 976 IV CGI)

Les propriétés boisées bénéficient d'une exonération d'IFI de 75 % sur leur valeur, sous deux conditions cumulatives :

  1. Certificat de gestion durable délivré par la Direction Départementale des Territoires (DDT), valable 10 ans et devant être renouvelé. Ce certificat atteste que la propriété présente une garantie de gestion sylvicole durable.
  2. Engagement de gestion pendant 30 ans : le propriétaire et ses héritiers s'engagent à exploiter normalement la forêt pendant 30 ans, en conformité avec un plan simple de gestion (PSG), un code de bonnes pratiques sylvicoles (CBPS) ou un règlement type de gestion (RTG). Tous les 10 ans, un bilan des travaux réalisés doit être produit.

Pénalités en cas de rupture de l'engagement 30 ans

La rupture anticipée entraîne le rappel de l'IFI éludé, majoré d'une pénalité dégressive : 30 % si rupture avant la 10e année, 20 % entre la 10e et la 20e année, 10 % entre la 20e et la 30e année. Des intérêts de retard s'ajoutent (art. 1840 G CGI). Un bien forestier de 500 000 € procure une économie IFI de 375 000 × 0,7 % = 2 625 €/an, soit 26 250 € sur 10 ans.

GFA et GFF : groupements forestiers et agricoles

Les parts de Groupements Fonciers Agricoles (GFA) et de Groupements Fonciers Forestiers (GFF) bénéficient d'exonérations IFI similaires aux biens détenus directement, avec des conditions de durée de détention et d'engagement de gestion.

StructureTaux d'exonérationConditions principales
GFA exploitant (associé-exploitant)100 %Exploiter personnellement les terres
GFA non exploitant75 % ≤ 101 897 €, 50 % au-delàBail long terme + parts détenues ≥ 2 ans
GFF75 % (comme forêts en direct)Certificat DDT + engagement 30 ans + parts ≥ 2 ans
Parts < 10 % du capital d'un GFF100 % exonération totalePas de condition de gestion particulière

Les GFA et GFF permettent à plusieurs investisseurs de mutualiser l'acquisition de terres tout en bénéficiant des exonérations IFI. Ils s'inscrivent dans une stratégie de diversification patrimoniale cohérente avec des objectifs de transmission et de défiscalisation.

Hagnère Patrimoine

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6. Démembrement de propriété : donation et usufruit

Le démembrement de propriété est l'une des stratégies les plus efficaces pour optimiser l'IFI, à condition de maîtriser les règles d'imposition, qui diffèrent selon l'origine du démembrement.

Règle générale : qui déclare quoi à l'IFI ? (art. 968 CGI)

Le principe général est que l'usufruitier déclare le bien pour sa valeur en pleine propriété. Le nu-propriétaire ne déclare rien. Cette règle s'applique aux usufruits conventionnels issus d'une donation, d'un testament ou de conventions matrimoniales.

Origine du démembrementQui déclare à l'IFI ?Pour quelle valeur ?
Démembrement conventionnel (donation, testament)L'usufruitierValeur en pleine propriété
Usufruit légal du conjoint survivant (art. 757 C. civ.)Usufruitier ET nu-propriétaireSelon barème art. 669 CGI (répartition selon âge)
Vente de nue-propriété (vendeur réservant usufruit)L'usufruitierValeur en pleine propriété
Nu-propriétaire héritier, usufruitier tiersL'usufruitier uniquementValeur en pleine propriété

La donation de pleine propriété : sortir définitivement un bien de l'assiette

La donation de la pleine propriété d'un bien immobilier à ses enfants supprime totalement ce bien de l'assiette IFI du donateur. C'est la solution la plus radicale. L'impact fiscal dépend des droits de donation, calculés sur la valeur du bien après application des abattements disponibles (100 000 € par enfant, renouvelables tous les 15 ans).

Optimiser la donation avant 75 ans

Plus la donation intervient tôt, plus l'économie IFI cumulée est significative. Pour un bien de 1 000 000 € générant un IFI annuel de 7 000 €, une donation à 55 ans au lieu de 75 ans représente une économie IFI de 140 000 € sur 20 ans, auxquels s'ajoute la capitalisation des abattements successifs sur les droits de donation. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine pour chiffrer votre situation.

L'usufruit temporaire : sortir un bien de l'assiette sans donation définitive

La donation de l'usufruit temporaire d'un bien ou de parts de SCI à un organisme exonéré d'IFI (association, fondation reconnue d'utilité publique) permet au donateur de sortir le bien de son assiette IFI pendant la durée de l'usufruit, sans perdre définitivement la propriété. À l'expiration de l'usufruit, le donateur recouvre automatiquement la pleine propriété.

Exemple : un propriétaire donne l'usufruit temporaire de parts de SCI (valeur 800 000 €) à une fondation d'utilité publique pour 10 ans. La fondation perçoit les loyers pendant 10 ans. Le donateur sort 800 000 € d'assiette IFI. Si son IFI marginal est à 1 %, l'économie annuelle est de 8 000 €, soit 80 000 € sur 10 ans, sans compter la revalorisation du bien.

Usufruit temporaire : pas de réduction IR associée

Contrairement au don définitif, la donation d'usufruit temporaire à un organisme d'utilité publique n'ouvre pas droit à la réduction d'impôt sur le revenu de 66 %, ni à la réduction IFI de l'art. 978. C'est un outil d'optimisation IFI pur. Le choix entre don définitif et usufruit temporaire dépend des objectifs patrimoniaux du redevable.

Attention : la donation de nue-propriété seule ne réduit pas l'IFI

Une confusion fréquente : donner la nue-propriété à ses enfants en se réservant l'usufruit ne réduit pas l'IFI du donateur. L'usufruitier (le donateur) continue de déclarer le bien pour sa valeur en pleine propriété à l'IFI, selon l'art. 968 CGI. Cette stratégie est efficace pour la transmission et les droits de succession, mais neutre pour l'IFI.

7. Dons et réduction d'impôt : l'article 978 CGI

L'article 978 du CGI permet aux redevables de l'IFI de réduire directement leur impôt de 75 % des sommes versées à certains organismes d'intérêt général, dans la limite d'une réduction maximale de 50 000 € par an. C'est le mécanisme de réduction fiscale le plus puissant disponible pour l'IFI.

Réduction IFI = 75 % × montant du don Plafond : réduction max 50 000 € par an = don max 66 667 €

Organismes éligibles à la réduction IFI

Catégorie d'organismeExemples connus
Fondations reconnues d'utilité publique (FRUP)Fondation de France, Fondation ARC, Institut Pasteur, Abbé Pierre
Associations reconnues d'utilité publiqueCroix-Rouge française, associations agréées d'aide aux personnes en difficulté
Établissements d'enseignement supérieur et de rechercheGrandes écoles, universités, CNRS, INSERM, INRAE
Musées de FranceLouvre, Musée d'Orsay, MNHN et tous les musées labellisés
Bibliothèques agrééesBibliothèques patrimoniales et médiathèques publiques certifiées
Organismes d'aide à l'insertion et au logement socialStructures agréées par l'État pour l'aide aux personnes défavorisées

Points de vigilance sur les dons IFI

Don irrévocable : un don assorti d'une possibilité de reprise n'est pas éligible. Le don doit être définitif et sans contrepartie.

Organismes agréés uniquement : une association simplement déclarée en préfecture n'ouvre pas droit à la réduction IFI. Vérifier le statut de l'organisme avant versement.

Délai de versement : le don doit être effectivement versé avant la date de dépôt de la déclaration IFI pour être imputé sur l'IFI de l'année.

Cumul avec la réduction d'impôt sur le revenu (IR)

Un don ne peut pas bénéficier simultanément de la réduction IFI (75 %) et de la réduction IR (66 %). Le contribuable doit choisir. En pratique, la réduction IFI à 75 % est presque toujours plus avantageuse, ce qui conduit à l'utiliser en priorité pour les montants éligibles.

Stratégie optimale de don combiné

Pour un contribuable avec 10 000 € d'IFI et qui souhaite donner 20 000 € : utiliser 13 333 € pour la réduction IFI (13 333 × 75 % = 10 000 €, IFI ramené à zéro), puis donner les 6 667 € restants à un organisme éligible à la réduction IR (6 667 × 66 % = 4 400 € de réduction IR). Cette combinaison maximise l'avantage fiscal global tout en respectant les règles de non-cumul.

8. Le plafonnement IFI à 75 % des revenus (art. 979 CGI)

L'article 979 du CGI prévoit un mécanisme de plafonnement : l'IFI est réduit lorsque le cumul de l'IFI + tous les impôts sur les revenus dépasse 75 % des revenus nets de l'année précédente. L'excédent vient en diminution de l'IFI.

Réduction plafonnement = (IFI + Impôts revenus N-1) − (75 % × Revenus nets N-1) Si ce résultat est positif → réduction de l'IFI du même montant Si ce résultat est nul ou négatif → pas de réduction

Différence clé avec l'ancien bouclier fiscal ISF

Contrairement au bouclier fiscal ISF (supprimé en 2013) qui permettait un remboursement au-delà du seuil, le plafonnement IFI actuel ne permet aucun remboursement. Dans le meilleur des cas, l'IFI est ramené à zéro. Il n'y a jamais de restitution de trop-versé.

Impôts pris en compte dans le calcul

  • IFI de l'année courante (avant plafonnement, après réduction dons art. 978)
  • Impôt sur le revenu (IR) sur les revenus N-1
  • Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, art. 223 sexies CGI)
  • Prélèvements sociaux (CSG, CRDS sur tous types de revenus)
  • Prélèvements libératoires sur intérêts et dividendes
  • Impôts étrangers sur les revenus perçus à l'étranger

Revenus pris en compte — périmètre élargi (sans abattements)

  • Revenus professionnels nets de frais (salaires, BIC, BNC, BA)
  • Revenus fonciers nets de charges (avant déficit reportable)
  • Revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts) y compris soumis au PFU
  • Revenus exonérés d'IR (livret A, PEA, LDDS…) — inclus dans la base de plafonnement
  • Plus-values sans abattement pour durée de détention

Cas pratique — Plafonnement applicable

ÉlémentMontant
Patrimoine net taxable IFI8 000 000 €
IFI brut calculé73 190 €
Revenus salariaux N-170 000 €
Revenus livret A et PEA N-1 (exonérés IR)8 000 €
Total revenus base plafonnement78 000 €
IR N-114 000 €
Prélèvements sociaux N-12 000 €
Total impôts pris en compte89 190 €
Plafond (75 % × 78 000 €)58 500 €
Excédent → réduction IFI30 690 €
IFI après plafonnement42 500 €

Le plafonnement est appliqué automatiquement par l'administration fiscale lors du traitement de la déclaration. Il convient toutefois de s'assurer que tous les revenus (y compris exonérés) sont correctement renseignés dans le formulaire 2042-IFI pour que le calcul soit exact.

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9. Restructuration patrimoniale : LMP, SCI, assurance-vie

Au-delà des mécanismes légaux d'exonération et de réduction, certaines restructurations modifient durablement l'assiette IFI. Ces stratégies requièrent une analyse globale avec un conseiller en gestion de fortune — voire avec un family office pour les patrimoines importants — car elles ont des implications bien au-delà du seul IFI.

Passer du statut LMNP à LMP pour exonérer ses biens meublés

Le statut LMP (Loueur en Meublé Professionnel) permet d'exonérer totalement les biens meublés de l'IFI (biens professionnels, art. 975 CGI). Les deux conditions cumulatives à réunir au 1er janvier :

  • Recettes locatives annuelles supérieures à 23 000 €
  • Ces recettes représentent plus de 50 % des revenus professionnels du foyer fiscal (salaires, BIC, BNC, BA — hors revenus du capital)

Pour un investisseur avec 40 000 € de recettes locatives meublées et 35 000 € de salaires, le passage au LMP est possible (40 000 € > 23 000 € ET 40 000 € > 50 % × 75 000 €). Ce passage permet d'exonérer potentiellement plusieurs centaines de milliers d'euros d'assiette IFI, tout en offrant d'autres avantages fiscaux (imputation du déficit BIC sur le revenu global, exonération de plus-value après 5 ans sous conditions).

Transfert d'actifs vers des véhicules hors champ IFI

Vendre un bien immobilier taxable à l'IFI pour réinvestir dans des actifs non-IFI (assurance-vie, PEA, private equity, obligations…) réduit mécaniquement l'assiette. La question clé est de calculer le seuil de rentabilité : combien d'IFI économisé par an pour couvrir la fiscalité de la vente ?

Exemple : plus-value imposable de 200 000 € sur un bien IFI de 800 000 €. Impôt sur la plus-value = 200 000 × 30 % = 60 000 €. IFI économisé sur ce bien (taux marginal 0,7 %) = 800 000 × 0,7 % = 5 600 €/an. Seuil de rentabilité = 60 000 / 5 600 ≈ 10,7 ans. Si l'horizon est supérieur à 11 ans, la vente n'est pas rentable fiscalement.

SCPI en assurance-vie vs SCPI en direct : l'arbitrage décisif

Migrer ses SCPI détenues en direct vers un contrat d'assurance-vie (luxembourg ou français) permet d'exclure totalement leur valeur de l'assiette IFI. Cette migration nécessite la vente des SCPI (éventuelle fiscalité sur plus-value) suivie d'une souscription en assurance-vie. Pour les montants importants, l'assurance-vie luxembourgeoise offre des avantages supplémentaires de sécurité et de flexibilité des unités de compte.

Refinancement stratégique : créer du passif déductible

Contracter un emprunt bancaire sur un bien immobilier crée du passif déductible de l'IFI. Le capital emprunté réduit l'assiette, et les liquidités libérées peuvent être investies en actifs non-IFI. Cette stratégie est particulièrement efficace pour les patrimoines inférieurs à 5 000 000 € (pas de limitation des 60 %).

Exemple : bien valant 2 000 000 € sans dette. Après emprunt de 800 000 € (40 % de la valeur), l'assiette est réduite à 1 200 000 €. Économie IFI annuelle = 800 000 × 0,7 % = 5 600 €/an. Les 800 000 € empruntés, investis en assurance-vie à 4 %, génèrent 32 000 € bruts par an. Le coût du crédit (taux, frais) doit être confronté à ce différentiel.

10. Cas pratiques chiffrés

Ces simulations illustrent l'impact des stratégies d'optimisation sur des profils types. Elles sont indicatives ; une simulation personnalisée doit intégrer la situation fiscale globale du foyer.

Cas 1 — Patrimoine de 2 500 000 €, couple avec enfants

Composition du patrimoineValeur bruteValeur nette IFI (avant optimisation)
Résidence principale (abattement 30 %)1 200 000 €840 000 €
Appartement locatif Paris800 000 €800 000 €
SCPI en direct200 000 €190 000 € (95 % fraction immobilière)
Résidence secondaire300 000 €300 000 €
Emprunt en cours (capital restant)−130 000 €−130 000 €
Patrimoine net taxable2 000 000 €

IFI sans optimisation : 500 000 × 0,5 % + 700 000 × 0,7 % = 7 400 €

Stratégies applicables :

  • Don IFI (art. 978) : don de 10 000 € à la Fondation de France → réduction IFI = 7 500 €. IFI résiduel = 0 € (IFI annulé). Coût net réel du don = 2 500 € (7 400 − 7 500 = −100 €, donc le contribuable "gagne" 100 € en impôt en plus d'agir pour le bien commun).
  • Transfert SCPI en assurance-vie : sortir 190 000 € d'assiette → économie IFI annuelle supplémentaire = 190 000 × 0,7 % = 1 330 €/an.
  • Résultat : IFI réduit à 0 € grâce au don IFI, plus 1 330 €/an d'économie structurelle par le transfert SCPI.

Cas 2 — Patrimoine de 5 000 000 €, chef d'entreprise retraité

CompositionValeur nette IFI
Résidence principale (−30 %)700 000 €
Immobilier locatif divers2 800 000 €
Parts SCI familiale800 000 € (après décotes)
SCPI en direct400 000 €
Emprunts déductibles−700 000 €
Patrimoine net taxable4 000 000 €

IFI sans optimisation : 500 000 × 0,5 % + 1 270 000 × 0,7 % + 1 230 000 × 1 % = 2 500 + 8 890 + 12 300 = 23 690 €

Stratégies combinées :

  • Don IFI maximum (66 667 €) : réduction = 50 000 €. IFI résiduel = 23 690 − 50 000 = 0 € (IFI annulé). Coût réel du don = 66 667 − 50 000 = 16 667 € nets.
  • Transfert SCPI → assurance-vie (400 000 €) : économie IFI = 4 000 €/an, soit 40 000 € sur 10 ans.
  • Usufruit temporaire sur parts SCI (800 000 €) à une fondation pour 15 ans : économie IFI = 800 000 × 1 % = 8 000 €/an, soit 120 000 € sur 15 ans.

Cas 3 — Patrimoine de 10 000 000 €, rentier immobilier, revenus faibles

Un rentier immobilier avec 10 000 000 € d'assiette IFI nette et des revenus courants de 50 000 €/an (loyers perçus via SCI, peu de revenus personnels). L'IFI brut calculé serait de 98 190 €. Les impôts sur revenus s'élèvent à 12 000 €.

Test du plafonnement :

  • Total impôts = 98 190 + 12 000 = 110 190 €
  • Revenus base plafonnement = 50 000 € (revenus personnels) + éventuels revenus exonérés
  • Plafond 75 % × 50 000 = 37 500 €
  • Excédent = 110 190 − 37 500 = 72 690 €
  • IFI après plafonnement = 98 190 − 72 690 = 25 500 €

Le plafonnement réduit l'IFI de 98 190 € à 25 500 €. Dans ce cas, la priorité n'est pas forcément d'ajouter d'autres stratégies de réduction, mais de maintenir des revenus personnels suffisamment faibles pour que le plafonnement reste applicable. C'est pourquoi faire percevoir les revenus locatifs via une SCI (qui les capitalise sans les distribuer) peut être plus efficace que de les percevoir directement.

Accompagnement personnalisé

Chaque situation patrimoniale est unique. L'articulation entre dons, démembrement, LMP, plafonnement et restructuration nécessite une analyse globale tenant compte de vos objectifs de transmission, de votre niveau de revenus, de la structure de votre patrimoine et de votre horizon temporel. Prenez rendez-vous gratuitement pour un bilan IFI personnalisé avec notre équipe.

11. Déclaration IFI 2026 : formulaire, dates et erreurs à éviter

Le formulaire 2042-IFI

La déclaration IFI est une annexe à la déclaration de revenus, déposée simultanément. Le formulaire principal est le 2042-IFI. Il comporte plusieurs volets : identification et valorisation des biens imposables, calcul des abattements, dettes déductibles, calcul de l'IFI brut, réductions (dons, plafonnement) et IFI net à payer. Les non-résidents ne déposant pas de déclaration de revenus en France utilisent le formulaire 2042-IFI-COV.

Dates limites indicatives 2026

Mode de déclarationDélai indicatif 2026
Papier (tous départements)~20 mai 2026
En ligne — Dép. 01 à 19 et non-résidents~22 mai 2026
En ligne — Dép. 20 à 54~28 mai 2026
En ligne — Dép. 55 à 976~5 juin 2026

Le paiement de l'IFI intervient avec l'avis d'imposition, en général avant le 15 septembre 2026. Au-delà de 300 €, le paiement en ligne est obligatoire. En cas de retard, le délai de reprise de l'administration court jusqu'au 31 décembre de la 6e année suivant celle d'imposition.

Les erreurs fréquentes à éviter

Erreur fréquenteConséquenceComment l'éviter
Oublier les parts de SCI ou SCPI en directSous-estimation de l'assiette, risque de redressementLister tous les actifs immobiliers directs ET indirects
Appliquer l'abattement 30 % aux parts de SCIRéduction illicite → redressement + pénalitésL'abattement 30 % ne s'applique qu'en détention directe de la résidence principale
Ne pas déduire les emprunts immobiliers en coursSurestimation de l'assiette, IFI payé en tropJoindre les relevés de capital restant dû au 1er janvier
Oublier les revenus exonérés dans la base de plafonnementPlafonnement sous-estimé, IFI trop élevéInclure livret A, PEA, intérêts exonérés dans la base
Déduire des dettes afférentes à des biens exonérésDéduction illicite → redressement possibleN'imputer les dettes qu'en proportion des actifs taxables
Ne pas revendiquer les décotes sur parts de SCISurévaluation, IFI trop élevéJustifier les décotes d'illiquidité (10–20 %) et de minorité (5–10 %)

Articles CGI de référence IFI — récapitulatif

Article CGIObjet
Art. 964Foyer fiscal IFI, personnes imposables
Art. 965Imposition séparée des époux
Art. 966Résidents vs. non-résidents
Art. 968Démembrement — qui déclare quoi
Art. 973Abattement 30 % résidence principale
Art. 974Passif déductible et limitations
Art. 975Exonérations biens professionnels
Art. 976 IVExonération bois et forêts 75 %
Art. 977Barème progressif IFI
Art. 977 bisDécote 1,3 M€ – 1,4 M€
Art. 978Réduction d'impôt pour dons (75 %, plafond 50 000 €)
Art. 979Plafonnement IFI à 75 % des revenus
Art. 982Obligations déclaratives

Bilan IFI annuel : une démarche proactive

L'optimisation de l'IFI n'est pas un exercice ponctuel. Chaque année, la valeur des biens évolue, les emprunts se remboursent, les donations peuvent être réalisées. Un bilan IFI annuel avec votre conseiller en gestion de patrimoine permet d'ajuster les stratégies en temps réel et d'éviter les erreurs déclaratives susceptibles de générer des pénalités.

12. Holding animatrice et IFI : jurisprudence et exonération (art. 966–975 CGI)

La holding animatrice est l'un des montages les plus complexes et les plus litigieux du droit de l'IFI. Correctement structurée et documentée, elle permet d'exonérer d'IFI une fraction significative — voire la totalité — des parts détenues.

Définition de la holding animatrice (art. 966 CGI)

L'article 966 du CGI définit la holding animatrice comme la société qui, outre la gestion d'un portefeuille de participations, participe activement à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales, et qui rend le cas échéant des services spécifiques (administratifs, juridiques, comptables, financiers ou immobiliers) à titre purement interne. Cette définition est reprise et commentée par le BOFiP (BOI-PAT-IFI-30-10-20).

Holding animatrice vs holding passive : la distinction essentielle

Une holding passive se contente de percevoir des dividendes et de gérer ses participations, sans services actifs aux filiales. Ses actifs immobiliers entrent dans l'assiette IFI sans exonération possible au titre des biens professionnels. La frontière entre les deux qualifications est souvent remise en cause lors des contrôles : l'administration fiscale cherche à démontrer le caractère formel, sans substance, des prestations alléguées.

Critères de l'animation effective : ce que les tribunaux exigent

Pour être qualifiée d'animatrice, la holding doit remplir cumulativement :

  • Contrôle effectif des filiales : détention d'une participation majoritaire ou conférant le pouvoir de décision
  • Services actifs et facturés : direction stratégique, contrôle de gestion, services administratifs, juridiques ou financiers — réels et tracés
  • Intervention dans la politique du groupe : décisions d'investissement, de financement, de ressources humaines
  • Documentation rigoureuse : conventions de prestations de services signées, procès-verbaux de réunions, facturation régulière et acquittée

Jurisprudence clé : évolution 2011–2023

DécisionJuridictionEnseignement principal
Cass. com., 27 sept. 2011, n° 10-19.541Cour de cassationPremière définition jurisprudentielle : nécessité de services réels et facturés, pas uniquement formels
CE, 23 janv. 2013, n° 340069Conseil d'ÉtatL'animation doit être l'activité principale de la holding, pas accessoire
Cass. com., 15 janv. 2013, n° 11-27.264Cour de cassationUne convention de services non appliquée de fait n'emporte pas la qualification animatrice
Cass. com., 13 nov. 2013, n° 12-26.012Cour de cassationLa détention minoritaire sans influence réelle exclut la qualification d'animatrice
CA Paris, 9 juin 2020Cour d'appel de ParisExige la preuve d'interventions directes et tracées dans les filiales opérationnelles
Cass. com., 15 févr. 2023, n° 20-19.451Cour de cassationL'animation doit porter sur des filiales opérationnelles — pas uniquement sur une sous-holding interposée
CE, 20 oct. 2023, n° 463454Conseil d'ÉtatAdmission de la qualification partielle : fraction animée exonérée, fraction passive taxable
Rép. min. Morel-A-l'Huissier, 2021Réponse ministérielleAvertissement explicite sur les conventions de prestations formelles sans exécution réelle

Conditions d'exonération IFI : les 3 critères cumulatifs (art. 975 CGI)

L'exonération IFI au titre des biens professionnels n'est pas automatique pour le dirigeant d'une holding animatrice. Elle suppose trois conditions cumulatives :

  1. Fonction dirigeante effective : gérant, président, directeur général — pas une fonction honorifique
  2. Rémunération principale : la rémunération de dirigeant dans la holding doit représenter plus de 50 % des revenus professionnels du foyer fiscal (salaires, BIC, BNC, BA)
  3. Seuil de détention : détenir plus de 25 % des droits de vote de la holding (seul ou avec son foyer fiscal)

Double condition : animation de la holding + qualification du dirigeant

L'exonération nécessite la réunion simultanée de deux qualifications distinctes : (1) la holding doit être animatrice au sens de l'art. 966 CGI (services réels aux filiales) ET (2) le redevable doit satisfaire aux conditions de direction et de rémunération de l'art. 975 CGI. Le défaut de l'une seule condition suffit à refuser l'exonération.

Calcul de la fraction exonérée pour une holding mixte

Lorsque la holding détient à la fois des actifs professionnels (participations dans des sociétés opérationnelles) et des actifs non-professionnels (immobilier locatif, liquidités, placements), seule la fraction professionnelle est exonérée.

Valeur taxable IFI = Valeur des parts × (Actifs immobiliers non-professionnels / Total actif) Valeur exonérée = Valeur des parts × (Actifs professionnels / Total actif)

Cas pratique : holding animatrice à 70 % professionnelle

ÉlémentMontant
Valeur des parts de la holding (40 % de détention)1 200 000 €
Total actif de la holding3 000 000 €
Actifs professionnels (participations opérationnelles)2 100 000 € → 70 % de l'actif
Actifs non-professionnels (immobilier locatif, liquidités)900 000 € → 30 % de l'actif
Fraction exonérée IFI (70 % × 1 200 000 €)840 000 €
Fraction taxable IFI (30 % × 1 200 000 €)360 000 €
Économie IFI vs holding entièrement taxable840 000 € × ~0,7 % ≈ 5 880 €/an

Risques de requalification : les erreurs fatales

Convention de services non exécutée : une convention formalisée mais sans prestations réelles est systématiquement requalifiée (Réponse ministérielle 2021). Les prestations doivent être tracées, facturées et acquittées.
Holding interposée : une holding entre le dirigeant et les sociétés opérationnelles, sans services directs aux filiales finales, ne bénéficie pas de la qualification animatrice (Cass. com. 15 févr. 2023).
Détention minoritaire sans influence : si la participation ne confère pas un contrôle effectif, la qualification est exclue.

13. IFI et non-résidents : conventions fiscales, trusts et obligations déclaratives

Un non-résident fiscal français n'est pas exonéré de l'IFI. Il y est assujetti, mais sur un périmètre géographiquement limité à la France. Cette distinction est souvent méconnue des expatriés conservant des actifs immobiliers en France.

Assiette IFI des non-résidents (art. 964 CGI) : territorialité stricte

Le non-résident est imposable à l'IFI uniquement sur :

  • Ses biens immobiliers situés en France (appartements, maisons, terrains, droits réels immobiliers)
  • Ses parts ou actions de sociétés (françaises ou étrangères) pour la seule fraction représentative de biens immobiliers situés en France

À l'inverse, ses biens immobiliers à l'étranger n'entrent pas dans l'assiette française. Le seuil d'assujettissement (1 300 000 €) et le barème progressif sont identiques à ceux des résidents.

Monaco : l'exception la plus défavorable

L'article 7-3 de la convention franco-monégasque du 18 mai 1963 impose aux ressortissants français ayant transféré leur résidence à Monaco après le 1er janvier 1989 un IFI sur l'ensemble de leur patrimoine immobilier mondial, comme s'ils résidaient en France. Cette règle dérogatoire vise à neutraliser l'effet d'aubaine de Monaco pour les nationaux français. Seuls les Français installés à Monaco avant 1989 bénéficient du régime non-résident ordinaire.

Conventions fiscales bilatérales : tableau de synthèse par pays

La création de l'IFI en 2018 (en remplacement de l'ISF) a soulevé une question cruciale : les conventions fiscales, négociées pour l'ISF (impôt sur la fortune globale), couvrent-elles l'IFI (impôt uniquement immobilier) ?

Pays de résidenceConvention couvre l'IFI ?Mécanisme d'élimination de double imposition
SuisseOui — convention du 30 mai 1974Crédit d'impôt : l'impôt cantonal sur la fortune imputable sur l'IFI français. Effet net pouvant être nul selon le canton.
BelgiqueNon — convention 1964 limitée aux revenusAucun mécanisme : IFI dû intégralement en France, sans atténuation (la Belgique ne perçoit pas d'impôt sur la fortune)
Royaume-UniPartielle — IFI assimilé à impôt 'de nature similaire'Protection limitée : le Royaume-Uni ne perçoit pas d'équivalent IFI, pas de crédit croisé
États-UnisOui — art. 23 convention du 31 août 1994Droit exclusif de la France sur l'immobilier français. Exonération de 5 ans sur actifs hors France pour nouveaux résidents entrant en France.
LuxembourgOui — avenant du 20 mars 2018 couvre explicitement l'IFIExemption possible sur certains actifs détenus indirectement via structures luxembourgeoises
Monaco (Français après 1989)Convention spéciale — assiette mondialeAucun allègement : imposé comme résident français sur patrimoine mondial

Cas pratique : expatrié français résidant à Genève

ÉlémentDétail
Bien : appartement Paris 7eValeur vénale : 2 000 000 €
Crédit immobilier résiduel−350 000 €
Patrimoine net taxable IFI en France1 650 000 €
IFI brut calculé500 000 × 0,50 % + 350 000 × 0,70 % = 4 950 €
Impôt cantonal genevois sur la fortune (estimé)~1 500 € → imputable sur l'IFI via crédit franco-suisse
IFI net après crédit~3 450 €
Appartement à Genève dans l'assiette IFI française ?Non — bien immobilier étranger hors assiette
Actifs financiers (PEA, assurance-vie, actions) ?Non — actifs financiers toujours hors assiette IFI

Trusts et structures étrangères : article 970 CGI

L'article 970 du CGI prévoit que les biens immobiliers placés en trust sont rattachés fiscalement au constituant. Si le constituant est résident français, l'ensemble des biens immobiliers du trust (France et étranger) intègre son assiette IFI. Si le constituant est non-résident, seuls les biens immobiliers français du trust sont imposables.

Le trustee d'un trust comportant un contribuable français ou des actifs français doit déposer chaque année avant le 15 juin le formulaire 2181-TRUST2. Le défaut de déclaration expose à une taxation forfaitaire de 1,5 % de la valeur des actifs (art. 990 J CGI) — le taux le plus élevé du barème IFI.

Obligations déclaratives spécifiques aux non-résidents

SituationFormulaireService compétent
Non-résident avec revenus français2042 + 2042-IFIDirection des Impôts des Non-Résidents (DINR)
Non-résident sans revenus français en France2042-IFI-COV (cocher case 9GN)DINR-SIPNR, 10 rue du Centre, 93465 Noisy-le-Grand
Trustee avec actifs ou bénéficiaires français2181-TRUST2 avant le 15 juinService des impôts des entreprises territorialement compétent

Représentant fiscal obligatoire hors EEE

Tout contribuable non-résident établi hors de l'Espace Économique Européen (UE + Islande, Liechtenstein, Norvège) doit désigner un représentant fiscal accrédité en France avant de déposer sa déclaration IFI. Cette obligation ne s'applique pas aux résidents de l'EEE.

14. SCI IS vs SCI IR : analyse comparative approfondie pour l'IFI

L'idée reçue selon laquelle passer une SCI à l'impôt sur les sociétés permettrait d'échapper à l'IFI est fausse. L'administration fiscale taxe les parts à hauteur de leur fraction immobilière, quelle que soit la forme fiscale. L'IS offre néanmoins des avantages IFI réels, mesurés et conditionnés à une documentation rigoureuse.

Rappel : la société à prépondérance immobilière (art. 965 CGI)

Une société est à prépondérance immobilière (SPI) lorsque son actif est constitué pour plus de 50 % de sa valeur réelle par des immeubles ou des droits portant sur des immeubles. Sont exclus : les immeubles affectés à l'activité propre d'exploitation de la société (activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale). La quasi-totalité des SCI de gestion patrimoniale franchit ce seuil.

Valorisation des parts : SCI IR vs SCI IS — tableau comparatif

CritèreSCI à l'IRSCI à l'IS
Base de valorisation IFIValeur vénale directe des immeubles × % de détentionValeur des parts × (actifs immobiliers taxables / total actif)
AmortissementsAucun — valeur pleineRéduisent la valeur nette comptable → assiette IFI réduite
Fiscalité latente (IS sur plus-values)Non déductibleDéduite de l'actif net → réduit l'assiette
Décotes applicablesNon — détention transparenteOui : illiquidité (10–20 %), minorité, clauses d'agrément
Abattement résidence principale 30 %Non applicable sur parts de SCINon applicable non plus
Méthode d'évaluation de référenceANR directe sur les immeublesANR sur parts (actif net réévalué − passif − fiscalité latente)

Les décotes sur parts de SCI à l'IS : types et fourchettes

Les décotes sont exclusivement applicables aux parts de sociétés non cotées (SCI IS, SAS, SARL…) et doivent être documentées par une note de valorisation du gérant ou un rapport d'expertise. La Cour de cassation (15 février 2023) a validé des décotes combinées pouvant atteindre 20 %.

Type de décoteFourchette admiseJustification requise
Illiquidité (absence de marché organisé)10 à 15 %Note de gérant + démonstration de l'absence de marché secondaire
Clause d'agrément statutaire5 à 10 % supplémentairesStatuts prévoyant l'agrément des autres associés pour toute cession
Position minoritaire (< 50 % des droits)10 à 20 % supplémentairesImpossibilité de forcer une cession ou une distribution
Actif unique indivisible (un seul immeuble)5 % supplémentairesRapport d'expertise immobilière
Décote maximale en jurisprudenceJusqu'à 40 %Position très minoritaire + blocage total + actif unique non fractionnable

Réforme LF 2024 : restriction des dettes déductibles (art. 973 CGI)

La loi de finances 2024 a durci les règles du passif déductible. Désormais, seules les dettes directement liées aux actifs taxables restent déductibles. Les montages de déductibilité croisée (dettes sur biens exonérés imputées sur actifs taxables) sont neutralisés. Les SCI IS subissent davantage cet encadrement en raison de leur opacité comptable.

Tableau décisionnel IS vs IR selon le profil IFI

ProfilSCI IRSCI ISVerdict IFI
Associé minoritaire avec clause d'agrémentValeur prorata sans décoteDécotes 20–30 % défendablesIS nettement favorable
Patrimoine > 10 M€ avec fortes plus-values latentesValeur pleine sans déductionAmortissements + fiscalité latente déductibleIS structurellement favorable
Résidence principale en SCIValeur sans abattement 30 %Décotes 10–15 % applicablesIS légèrement favorable
Investisseur souhaitant céder à termePlus-values exonérées après 22/30 ansIS plein sur plus-values, sans abattement durée de détentionIR nettement favorable à la cession
Transmission par donation-partageDémembrement identiqueDémembrement identiqueNeutre — démembrement des parts prioritaire dans les deux cas

Conclusion pratique : l'IS peut réduire l'assiette IFI de 15 à 30 % selon les décotes admises et les amortissements accumulés. Mais cet avantage doit être mis en balance avec la double imposition des revenus (IS + flat tax 30 % sur dividendes) et la fiscalité alourdie des plus-values à la cession sans abattement pour durée de détention. La décision de passer à l'IS ne se prend jamais sur la seule optimisation IFI.

15. Succession, donation-partage et IFI : articulation et stratégies 2026

La transmission du patrimoine immobilier — par donation ou succession — est indissociable de la stratégie IFI. Bien articulé, le droit successoral permet de réduire durablement l'assiette IFI tout en organisant la transmission dans des conditions fiscales optimales pour les héritiers.

La donation-partage : gel de valeur et sortie définitive d'assiette (art. 1075 C.civ.)

La donation-partage est l'acte notarié par lequel un ascendant transmet et répartit de son vivant tout ou partie de ses biens entre ses héritiers présomptifs. Elle offre trois avantages décisifs :

  • Sortie immédiate de l'assiette IFI : le bien donné disparaît du patrimoine taxable du donateur dès le 1er janvier suivant
  • Gel de valeur : la plus-value accumulée après la donation n'est jamais resoumise à l'IFI ni aux droits de succession (les biens intégrés dans une donation-partage ne sont pas rapportables)
  • Pas d'indivision : chaque héritier reçoit un bien défini, évitant les blocages lors du règlement ultérieur

Double effet IFI : sur un bien de 500 000 € générant 4 000 €/an d'IFI (taux marginal 0,8 %), la donation supprime définitivement cette charge. Sur 20 ans, cela représente 80 000 € d'économie IFI — avant même de calculer les économies sur les droits de succession.

Abattements 2026 : maximiser les transmissions en franchise de droits

AbattementMontantConditions
Parent/enfant — renouvelable tous les 15 ans100 000 € par parent et par enfantDonations en pleine propriété ou nue-propriété
Abattement exceptionnel petit-enfant (LF 2026)100 000 € par petit-enfant jusqu'au 31/12/2026Fléchage obligatoire : achat résidence principale ou travaux de rénovation énergétique dans les 6 mois
Réduction pour donation avant 70 ans−50 % sur les droits calculésApplicable aux donations en pleine propriété et nue-propriété

Pour un couple avec 3 enfants, les abattements cumulés atteignent 600 000 € par cycle de 15 ans (2 parents × 3 enfants × 100 000 €). Sur 30 ans, 1 200 000 € peuvent être transmis en totale franchise de droits de mutation.

Pacte Dutreil 2026 : transmission d'entreprise et IFI

Le Pacte Dutreil (art. 787 B et 787 C CGI) permet une exonération de 75 % des droits de mutation lors de la transmission d'une entreprise opérationnelle. La loi de finances 2026 en a réformé les conditions :

  • Durée d'engagement individuel prolongée : passage de 4 à 6 ans (engagement total de 8 ans : 2 ans collectif + 6 ans individuel)
  • Actifs non-professionnels exclus : yachts, aéronefs privés, immeubles sans lien opérationnel, bijoux et œuvres d'art désormais hors de l'assiette éligible
  • Condition d'âge : au moins un bénéficiaire doit avoir entre 18 et 60 ans

Dutreil et IFI : comment les deux se combinent

Les titres d'une société opérationnelle transmis sous Pacte Dutreil restent susceptibles d'entrer dans l'assiette IFI si la société détient des actifs immobiliers non-professionnels (quote-part immobilière). En revanche, les titres qualifiés de biens professionnels IFI (art. 975 CGI) bénéficient d'une exonération IFI totale — cumulable avec les avantages Dutreil sur les droits de mutation.

Le timing optimal de la donation : donner tôt maximise les économies

CritèreDonation nue-propriété à 55 ansDonation nue-propriété à 75 ans
Valeur nue-propriété (barème art. 669 CGI)40 % de la valeur60 % de la valeur
Droits de donation sur NP de 500 000 €Sur 200 000 € (net abattement 100 000 €)Sur 300 000 € (net abattement 100 000 €)
Économie sur droits de donation~9 800 € de moins (tranches 20–30 %)Base taxable plus élevée
Économie IFI annuelle (0,8 % marginal)4 000 €/an dès le lendemain4 000 €/an (mais horizon raccourci)
Économie IFI cumulée sur 20 ans80 000 €0 € (décès probable avant)
Plus-value post-donationJamais taxée à la successionJamais taxée à la succession

Cas pratique : famille 5 M€ — stratégie en 4 étapes

Pierre (56 ans) et Marie (54 ans), 3 enfants adultes. Patrimoine immobilier net : 5 M€ — IFI annuel estimé : 35 000 €.

  1. Donation-partage en nue-propriété des immeubles locatifs (3 M€) : à 56 ans, NP = 40 % × 3 M€ = 1,2 M€. Après abattements parents × enfants (6 × 100 000 €), droits calculés sur 600 000 €. L'usufruitier continue de déclarer le bien à l'IFI — mais la transmission est organisée à coût réduit et la plus-value future est gelée.
  2. SCI familiale avec décote de liquidité 15 % : sur 800 000 € de parts, l'assiette IFI se réduit de 120 000 €. Donation progressive des parts via abattements renouvelables tous les 15 ans.
  3. Donation temporaire d'usufruit (10 ans) à une fondation : sort un bien de l'assiette IFI du donateur. Économie = 8 000 €/an × 10 ans = 80 000 €.
  4. Réorientation de la trésorerie vers l'assurance-vie : fonds euros purs ou actions cotées — hors assiette IFI.

Résultat projeté sur 20 ans : IFI réduit de 35 000 € à moins de 8 000 €/an — économie cumulée supérieure à 540 000 €, auxquels s'ajoutent les économies sur les droits de succession.

16. Démembrement avancé : viager occupé, croisé, donation temporaire d'usufruit

Au-delà des règles générales du démembrement (section 6), certaines techniques avancées offrent des leviers IFI supplémentaires : la vente en viager occupé, le démembrement croisé entre époux, l'achat en nue-propriété institutionnelle et la donation temporaire d'usufruit. Chacune requiert une ingénierie fiscale précise et une documentation rigoureuse.

Barème de l'article 669 CGI : référence complète 2026 (inchangé depuis 2004)

Ce barème s'applique obligatoirement à toute opération de démembrement à titre gratuit (donation, succession) et aux exceptions IFI (usufruit légal, cession de nue-propriété à un tiers non héritier).

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Pour les usufruits temporaires (durée fixe indépendante de l'âge), la valeur est de 23 % de la pleine propriété par tranche de 10 ans, plafonné à la valeur d'un usufruit viager correspondant à l'âge. Exemples pratiques : 10 ans = 23 %, 15 ans = 46 %, 20 ans = 46 % (plafonné).

Viager occupé et IFI : calcul du droit d'usage et d'habitation (DUH)

Dans une vente en viager occupé, le vendeur (crédirentier) conserve un droit d'usage et d'habitation (DUH) sur le bien. Ce droit est valorisé à 60 % de la valeur de l'usufruit calculé selon le barème art. 669 CGI.

Valeur DUH = 60 % × (taux usufruit barème art. 669 × valeur vénale du bien) Le crédirentier déclare le DUH à l'IFI Le débirentier déclare : valeur du bien − valeur du DUH

ÉlémentCalcul
Bien vendu en viager occupé500 000 €
Âge du crédirentier75 ans → taux usufruit = 30 % → valeur usufruit = 150 000 €
Valeur DUH (60 % de l'usufruit)60 % × 150 000 € = 90 000 €
IFI du crédirentier (vendeur)90 000 €
IFI du débirentier (acheteur)500 000 € − 90 000 € = 410 000 €
Le bouquet versé modifie-t-il la répartition IFI ?Non — le bouquet réduit la rente, pas la valorisation des droits

Démembrement croisé entre époux : principe et risques

Le démembrement croisé est un montage dans lequel deux époux acquièrent conjointement un bien en inversant les rôles sur chaque quote-part : l'un achète l'usufruit d'une quote-part et la nue-propriété de l'autre, et inversement. Chacun détient ainsi usufruit partiel + nue-propriété partielle.

Avantage successoral : au décès d'un époux, le survivant devient plein propriétaire de la quote-part dont il détenait l'usufruit — sans droits de succession.
Impact IFI : chaque époux déclare à l'IFI la valeur de ses droits respectifs selon le barème art. 669, ce qui peut réduire l'assiette globale du foyer.

Risque d'abus de droit (art. L. 64 LPF) : vigilance impérative

L'administration fiscale surveille étroitement ce montage. La procédure d'abus de droit peut être invoquée si : (1) le montage est dépourvu de substance économique ou familiale réelle ; (2) une restitution en pleine propriété est programmée à court terme ; (3) des démembrements se succèdent rapidement. La justification patrimoniale réelle (organisation successorale, préparation retraite) doit être documentée avec un notaire et un fiscaliste.

Achat en nue-propriété institutionnelle : exonération totale d'IFI

L'achat en nue-propriété auprès d'un usufruitier institutionnel (bailleur social, collectivité) est l'une des rares stratégies offrant une exonération totale d'IFI pendant toute la période de démembrement.

Avantage pendant la période de démembrementSituation
IFI0 € — bien absent de l'assiette du nu-propriétaire
Impôt sur le revenu locatif0 € — aucun revenu perçu par le nu-propriétaire
Taxe foncière0 € — à la charge de l'usufruitier institutionnel
Charges de gestion et d'entretien courant0 € — à la charge de l'usufruitier institutionnel
Durée de l'usufruit temporaireDécote indicative à l'achat
10 ans23 % de la valeur pleine propriété
15 ans35 à 40 %
17 à 20 ans40 à 50 %

À l'extinction de l'usufruit, la pleine propriété se reconstitue sans aucun droit fiscal supplémentaire. Le nu-propriétaire récupère un bien entretenu, revalorisé et libre.

Donation temporaire d'usufruit (DTU) à un organisme : sortie d'assiette sans transmission définitive

La DTU consiste à donner l'usufruit d'un bien pour une durée fixe (minimum 3 ans, prorogeable) à un organisme d'utilité publique. Le donateur conserve la nue-propriété et récupère automatiquement la pleine propriété à l'expiration.

Impact IFI : pendant la durée de la DTU, le bien sort intégralement de l'assiette IFI du donateur. Si l'usufruitier est un organisme exonéré (fondation reconnue d'utilité publique, établissement public), aucun IFI n'est dû sur ce bien par quiconque.

Organismes bénéficiaires sans risque d'abus de droit : fondations et associations reconnues d'utilité publique, associations cultuelles ou de bienfaisance autorisées à recevoir des legs, établissements d'enseignement supérieur ou artistique agréés, établissements publics.

DTU vs don définitif : quel choix ?

La DTU est plus souple (récupération de la pleine propriété à terme) mais n'ouvre pas droit à la réduction d'impôt sur le revenu de 66 %, ni à la réduction IFI de l'art. 978. Le don définitif d'un bien génère une réduction IFI de 75 % du montant (plafonnée à 50 000 €/an) ET supprime définitivement le bien de l'assiette. Le choix dépend des objectifs patrimoniaux à long terme.

Usufruit légal vs usufruit conventionnel du conjoint survivant : différence IFI capitale

CritèreUsufruit légal (art. 757 C. civ.)Usufruit conventionnel (testament/donation au dernier vivant)
OrigineOption successorale légaleActe notarié (testament ou donation entre époux)
Qui déclare à l'IFI ?Conjoint usufruitier ET enfants nus-propriétaires (répartition barème art. 669)Conjoint usufruitier seul — pour la valeur en pleine propriété
IFI des enfantsOui — à proportion de la nue-propriété selon barème 669Aucun — les enfants ne déclarent rien
Intérêt si enfants sous le seuil 1,3 M€Charge IFI familiale potentiellement diviséeToute la charge sur le conjoint survivant

Cette distinction est l'une des plus techniques du droit de l'IFI. Selon la composition du patrimoine familial et le niveau d'imposition des enfants, le choix entre usufruit légal et conventionnel peut générer des économies IFI significatives.

17. Contentieux et contrôle IFI : pénalités, délais de reprise et stratégies de défense

L'IFI fait l'objet d'une intensification du contrôle fiscal depuis 2023. L'administration dispose d'outils de ciblage performants et d'un objectif d'augmentation de 25 % des contrôles d'ici 2027. Comprendre les mécanismes de contrôle, les délais de reprise et les voies de recours est indispensable pour tout contribuable assujetti.

Comment l'administration détecte-t-elle les insuffisances IFI ?

Depuis 2023, l'administration utilise l'outil de data mining Tissufip qui croise les données de revenus, les fichiers notariaux (DVF — Demandes de Valeurs Foncières), le cadastre et les déclarations d'urbanisme. Selon la Cour des Comptes, ce système a détecté environ 25 000 absences de déclaration depuis 2019. Les rappels IFI ont généré 100 millions d'euros en 2022, avec un rendement moyen de 146 000 € pour les contrôles sur place.

Principaux déclencheurs de contrôle :

  • Cession d'un bien immobilier qui n'était pas déclaré à l'IFI les années précédentes
  • Réception d'une succession ou donation immobilière importante sans IFI déclaré
  • Variation brutale de valorisation entre deux années consécutives
  • SCI ou sociétés appliquant des décotes importantes sans documentation
  • Incohérence entre le patrimoine déclaré et le niveau de vie observable
  • Patrimoine immobilier détenu via structures étrangères non déclarées

Délais de reprise : ce que risque le contribuable

SituationDélai de repriseFondement légal
Déclaration déposée — bonne foi3 ans — jusqu'au 31 décembre de la 3e année suivanteArt. L. 180 LPF
Absence de déclaration ou omission d'un bien6 ans à compter du 1er janvier de l'année d'impositionArt. L. 180 LPF
Avoirs étrangers non déclarés (comptes, trusts, assurance-vie)10 ansArt. L. 181 B LPF

Exemple : pour l'IFI 2022 (fait générateur : 1er janvier 2022), le délai standard expire le 31 décembre 2025. En cas d'omission d'un bien, l'administration peut redresser jusqu'au 31 décembre 2028.

Grille des pénalités IFI 2026

Type d'infractionPénalitéTexte de référence
Erreur de bonne foiIntérêts de retard seuls : 0,20 %/mois (2,40 %/an)Art. 1727 CGI
Retard de déclaration spontané (sans mise en demeure)10 % + intérêts de retardArt. 1728 CGI
Retard après mise en demeure restée sans effet 30 jours40 % + intérêts de retardArt. 1728 CGI
Manquement délibéré (mauvaise foi établie par l'administration)40 % + intérêts de retardArt. 1729 CGI
Manœuvres frauduleuses ou abus de droit80 % + intérêts de retardArt. 1729 CGI + art. L. 64 LPF

60 % des rappels IFI portent sur la valorisation des biens

Selon la Cour des Comptes, plus de 60 % des rappels IFI concernent des insuffisances de valorisation. L'administration utilise la méthode comparative (art. L. 17 LPF) : elle sélectionne des transactions récentes de biens similaires pour justifier une valeur supérieure. La charge de la preuve de la pertinence des termes de comparaison lui incombe — ce qui constitue le principal levier de défense du contribuable.

Arguments de défense en cas de contestation de valorisation

Arguments liés à l'état physique du bien :

  • Devis et factures de travaux démontrant la vétusté ou des rénovations nécessaires
  • Diagnostic de performance énergétique (DPE) dégradé (note F ou G)
  • Diagnostics amiante, plomb, termites révélant des contraintes techniques
  • Rapport d'expert mentionnant des vices cachés ou des problèmes structurels

Arguments liés à la situation juridique :

  • Bien loué (bail en cours au 1er janvier) : décote de 10 à 20 % admise en jurisprudence
  • Indivision : décote d'illiquidité de 10 à 20 %
  • Parts de SCI : décote de 10 à 15 % communément admise si documentée par une note du gérant
  • Termes de comparaison inadaptés : surface différente, étage, état général, localisation — chaque écart peut être contesté point par point

Documents à conserver impérativement (durée minimale : 6 ans)

CatégorieDocuments essentiels
Évaluation des biensRapport d'expertise daté au 1er janvier, annonces DVF de biens comparables, estimations d'agences
État physiqueDiagnostics DPE, amiante, termites ; devis et factures de travaux
Propriété et droitActes notariés, statuts de SCI à jour, actes de démembrement, baux en cours au 1er janvier
FinancierTableau d'amortissement de prêts au 1er janvier, relevés bancaires, attestations bancaires pour prêts in fine
SCI/sociétéBilans annuels, note de valorisation des parts signée par le gérant, registre des assemblées

Voies de recours : de la réponse à la rectification au tribunal judiciaire

Particularité procédurale importante : contrairement à l'impôt sur le revenu, les litiges IFI relèvent de l'ordre judiciaire (tribunal judiciaire), et non du tribunal administratif.

ÉtapeDélaiDescription
Réponse à la proposition de rectification30 jours prorogeables 30 jours sur demandePrésenter les arguments factuels et les pièces justificatives — étape la plus décisive
Commission Départementale de Conciliation (CDC)Sur demande après désaccord persistantPrésidée par un magistrat et des notaires — avis non contraignant mais très influent
Réclamation contentieuse2 ans après mise en recouvrement (art. R. 196-1 LPF)Motivée et accompagnée de pièces — administration a 6 mois pour statuer
Saisine du tribunal judiciaire2 mois après rejet ou silence de l'administrationJuge judiciaire peut ordonner une expertise immobilière judiciaire contradictoire

Le rescrit fiscal : prévenir plutôt que guérir (art. L. 80 B LPF)

Le rescrit fiscal permet d'interroger l'administration sur l'interprétation d'un texte ou l'appréciation d'une situation de fait avant de l'appliquer. L'administration dispose de 3 mois pour répondre. L'absence de réponse vaut accord tacite, opposable lors d'un contrôle ultérieur.

Utiliser le rescrit est particulièrement recommandé pour sécuriser : l'exonération de biens professionnels (holding animatrice, LMP), la qualification d'une décote sur parts de SCI, le traitement IFI d'un actif atypique (droit d'usage, trust, viager).

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Documentation fiscaleRescrit fiscalDéfense en cas de contrôle

Mise à jour : février 2026. Sources : Code Général des Impôts (CGI) art. 964 à 982, BOFiP (BOI-PAT-IFI-10 à BOI-PAT-IFI-40), Légifrance, impots.gouv.fr, service-public.fr. Les chiffres et barèmes mentionnés sont ceux en vigueur au 1er janvier 2026.

Ce guide est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les situations patrimoniales étant toutes différentes, consultez un conseiller en gestion de patrimoine certifié pour une recommandation adaptée à votre situation.

Questions frequentes

Questions fréquentes sur l'optimisation de l'IFI