Sommaire
- 1. Le mythe des 110% : déconstruction
- 2. Qu'est-ce que le rendement Girardin ?
- 3. Formule de calcul : de l'apport au gain net
- 4. Le taux d'apport : variable clé méconnue
- 5. TMI-indépendant : la propriété unique du Girardin
- 6. CDHR/CEHR : la nuance pour hauts revenus
- 7. Impact du timing : janvier vs décembre
- 8. Rendement par régime : plein droit vs agrément
- 9. Rétrocession et gain investisseur : idées reçues
- 10. Comparatif : Girardin vs PER, Malraux, Déficit foncier
- 11. Profils : qui bénéficie vraiment du Girardin ?
- 12. Coûts cachés qui réduisent le rendement réel
- 13. 5 cas pratiques chiffrés
- 14. 8 erreurs de calcul fréquentes
1. Le mythe des 110% : pourquoi ce chiffre est trompeur
Tapez « rendement Girardin industriel » dans Google : vous tomberez quasi systématiquement sur des promesses de « 110% », « 120% », voire « 130% de rendement ». Ces chiffres sont techniquement plausibles dans certains cas — mais ils ne signifient pas ce que vous croyez.
Le « 110% » est un raccourci marketing qui compare la réduction fiscale brute (avant rétrocession) à l'apport de l'investisseur. Ce ratio peut effectivement dépasser 100% — mais il ne représente pas le gain net réel de l'investisseur.
Ce que '110%' signifie vraiment
Supposons un programme où : Coût du matériel = 100 000 €, réduction fiscale brute = 38 250 € (38,25% du matériel), apport de l'investisseur = 35 000 €. 38 250 / 35 000 = 109% → "110%". Mais après rétrocession de 56% à l'exploitant, l'investisseur ne conserve que 38 250 × 44% = 16 830 €. Son gain net est de 16 830 − 15 000 = 1 830 € ≈ 12% de son apport.
La réalité est plus nuancée — et néanmoins attractive. Le gain net réel d'un investissement Girardin bien structuré est de 15 à 20% de l'apport, réalisé en une seule année. C'est un rendement one-shot excellent, mais il faut le mesurer honnêtement.
2. Qu'est-ce que le rendement Girardin ? Définition exacte
Le Girardin industriel génère deux grandeurs distinctes qu'il faut absolument distinguer :
La réduction d'impôt (montant brut)
C'est le montant déduit de votre impôt sur le revenu, calculé selon les règles de l'art. 199 undecies B CGI et limité à 18 000 € (plein droit) ou 52 941 € (agrément brut, limité par le plafond). C'est la valeur fiscale de l'opération. Exemple : 18 000 € de réduction
Le gain net investisseur (rendement réel)
C'est la différence entre la réduction obtenue et l'apport payé. C'est votre profit réel en euros. C'est ce qui doit guider votre décision. Exemple : 18 000 − 15 000 = 3 000 € de gain net = 20% de rendement
2.1 Pourquoi la réduction peut dépasser l'apport
Ce qui rend le Girardin unique dans le paysage de la défiscalisation, c'est que la réduction fiscale obtenue est structurellement supérieure à l'apportde l'investisseur. Voici pourquoi :
- La réduction est calculée sur le coût total du matériel (100%), pas sur le seul apport de l'investisseur
- L'investisseur ne finance qu'une fraction du coût total (environ 40–60% via son apport) — le reste venant du crédit bancaire ou d'autres sources
- La rétrocession à l'exploitant réduit la réduction nette, mais l'effet de levier reste positif : la part conservée par l'investisseur excède son apport
3. Formule de calcul : de l'apport au gain net
Voici la décomposition complète du calcul du rendement Girardin :
ÉTAPE 1 — Réduction brute : Réduction brute = Coût matériel × Taux légal (ex. 38,25% pour La Réunion) ÉTAPE 2 — Part non rétrocédée : Réduction nette investisseur = Réduction brute × (1 − taux rétrocession) Ex. plein droit : Réduction brute × 44% Ex. agrément : Réduction brute × 34% ÉTAPE 3 — Plafonnement (art. 200-0 A CGI) : Fraction plafond = Réduction nette × fraction (44% ou 34%) ≤ 18 000 € ÉTAPE 4 — Gain net : Gain net = min(Réduction nette, 18 000 € / fraction) − Apport Rendement = Gain net / Apport × 100
3.1 Exemple chiffré simplifié (plein droit)
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Coût total du matériel financé | Données programme | 100 000 € |
| Taux de réduction légal (La Réunion) | Art. 199 undecies B | 38,25% |
| Réduction fiscale brute | 100 000 × 38,25% | 38 250 € |
| Rétrocession à l'exploitant (56%) | 38 250 × 56% | 21 420 € |
| Part non rétrocédée (44%) | 38 250 × 44% | 16 830 € |
| Vérification plafond niches | 16 830 × ... ≤ 18 000 € ✅ | Admis |
| Apport de l'investisseur | Variable (ici 14 000 €) | 14 000 € |
| Gain net investisseur | 16 830 − 14 000 | 2 830 € |
| Rendement net | 2 830 / 14 000 | 20,2% |
* L'apport varie selon le taux d'apport pratiqué par l'opérateur (voir section 4).
4. Le taux d'apport : la variable clé que personne ne vous explique
Le taux d'apport est le rapport entre ce que vous payez (apport) et la réduction fiscale que vous obtenez. C'est la variable la plus importante pour calculer votre rendement réel — et la moins visible dans les documents commerciaux.
4.1 Définition et calcul
Taux d'apport = Apport investisseur / Réduction fiscale obtenue Exemple : taux d'apport 83% → apport 14 940 € pour une réduction de 18 000 € Gain net = 18 000 − 14 940 = 3 060 € → Rendement = 3 060 / 14 940 = 20,5% Autre exemple : taux d'apport 90% → apport 16 200 € pour 18 000 € de réduction Gain net = 18 000 − 16 200 = 1 800 € → Rendement = 1 800 / 16 200 = 11,1%
4.2 Variation saisonnière du taux d'apport
Le taux d'apport n'est pas fixe — il varie selon l'offre et la demande sur le marché des opérations Girardin. En début d'année (janvier–mars), les enveloppes sont abondantes et les opérateurs sont moins en tension : le taux d'apport est plus bas, donc le rendement plus élevé. En fin d'année (novembre–décembre), la pression fiscale pousse une multitude d'investisseurs à se placer : les enveloppes se raréfient et les taux montent.
| Période | Taux d'apport typique | Apport pour 18 000 € de réduction | Rendement net |
|---|---|---|---|
| Janvier – Mars | 79 – 82% | 14 220 – 14 760 € | 22 – 27% |
| Avril – Juin | 82 – 85% | 14 760 – 15 300 € | 18 – 22% |
| Juillet – Septembre | 84 – 87% | 15 120 – 15 660 € | 15 – 19% |
| Octobre – Novembre | 86 – 89% | 15 480 – 16 020 € | 12 – 16% |
| Décembre | 87 – 91% | 15 660 – 16 380 € | 10 – 15% |
Données indicatives — les taux varient selon l'opérateur, le territoire et la qualité du programme.
Stratégie : investir en début d'année pour maximiser le rendement
En investissant en janvier–mars plutôt qu'en décembre, vous pouvez améliorer votre rendement de 8 à 15 points de pourcentage sur la même réduction. Sur un programme plein droit à 18 000 € de réduction, la différence de gain peut atteindre 1 000 à 2 000 €. En outre, vous évitez les risques de livraison tardive du matériel (délai 31/12).
5. TMI-indépendant : la propriété unique du Girardin
C'est l'une des caractéristiques les plus mal comprises du Girardin, et l'une des plus précieuses. Contrairement au PER, au déficit foncier ou aux charges déductibles, le Girardin est une réduction d'impôt, pas une déduction.
Déduction (PER, déficit foncier…)
Économie = Montant déductible × TMI Exemple : déduire 10 000 € avec TMI 30% = 3 000 € d'économie Exemple : déduire 10 000 € avec TMI 45% = 4 500 € d'économie → L'économie dépend du TMI : avantageux pour les hauts revenus
Réduction (Girardin, Malraux…)
Économie = Montant de la réduction (fixe) Exemple : réduction Girardin 18 000 € avec TMI 30% = 18 000 € d'économie Exemple : réduction Girardin 18 000 € avec TMI 45% = 18 000 € d'économie → L'économie est IDENTIQUE quel que soit le TMI
5.1 Tableau du rendement par TMI
| TMI | IR annuel estimé | Réduction Girardin | Gain net | Rendement (taux d'apport 83%) |
|---|---|---|---|---|
| 11% | 2 000 – 4 000 € | 2 000 – 4 000 € (limité à l'IR) | 300 – 600 € | ~15% (montant limité) |
| 30% | 5 000 – 25 000 € | 5 000 – 18 000 € (selon IR) | 750 – 3 060 € | 20% |
| 41% | 25 000 – 60 000 € | 18 000 € (plafond max) | 3 060 € | 20% |
| 45% | > 60 000 € | 18 000 – 52 941 € (agrément) | 3 060 – 9 000 € | 20% (hors CDHR) |
| 45% + CDHR | > 250 000 € RFR | 18 000 € neutralisé en partie | 1 500 – 2 500 € | ~10 – 17% |
La réduction Girardin est plafonnée à l'impôt dû : elle ne peut pas générer de remboursement si elle dépasse l'IR.
5.2 La limite pratique : l'impôt doit exister
La réduction Girardin est imputée sur l'impôt dû. Elle ne peut pas être « remboursée » si elle dépasse l'IR. Si vous avez 3 000 € d'IR et une réduction de 18 000 €, vous ne récupérez que 3 000 € — les 15 000 € restants sont perdus (sauf report, voir notre guide sur la déclaration 2042-IOM).
Minimum d'impôt recommandé : 5 000 €/an
En pratique, pour que le Girardin soit pertinent, votre impôt annuel doit être suffisant pour absorber entièrement la réduction — et pour que le risque résiduel de requalification soit justifié par le gain. La recommandation courante des professionnels est un IR annuel d'au moins 5 000 € à 8 000 €.
6. CDHR/CEHR : la nuance pour les très hauts revenus
La plupart des guides sur le Girardin n'évoquent jamais la Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus (CDHR), créée par l'art. 224 du CGI (anciennement CEHR). Pourtant, pour les foyers fortunés, son impact sur le rendement Girardin peut être significatif.
6.1 Mécanisme : le taux minimum de 20%
La CDHR assure qu'un foyer à hauts revenus paie un impôt minimum de 20% de son revenu fiscal de référence (RFR). Si les réductions d'impôt (dont le Girardin) ramènent l'imposition effective sous 20%, la CDHR compense la différence. En d'autres termes, chaque euro de réduction Girardin qui fait passer le taux effectif sous 20% est « récupéré » par la CDHR.
La formule exacte permet de savoir précisément si vous êtes concerné, avant même de souscrire. Un seul calcul suffit.
Test CDHR (art. 224 IV A 2 CGI) IR ajuste = IR avant reductions + reduction Girardin (reintegree) CDHR = max(0 ; RFR x 20 % − IR ajuste) Si CDHR = 0 € → gain Girardin integral Si CDHR > 0 € → gain net = reduction Girardin − CDHR Exemple : RFR 250 000 €, IR avant = 55 000 €, Girardin 18 000 € IR ajuste = 55 000 + 18 000 = 73 000 € CDHR = max(0 ; 250 000 x 20 % − 73 000) = max(0 ; 50 000 − 73 000) = 0 € Gain net = 18 000 € (integral — IR superieur au seuil de 20 %)
| Profil | RFR | IR avant Girardin | Test RFR×20% | CDHR activée ? | Gain net |
|---|---|---|---|---|---|
| Couple TMI 41% | 200 000 € | 82 000 € | 40 000 € | Non (82k > 40k) ✅ | 18 000 € intégral |
| Dirigeant TMI 45% | 350 000 € | 157 500 € | 70 000 € | Non (157k > 70k) ✅ | 18 000 € intégral |
| Grand contribuable | 450 000 € | 70 000 € | 90 000 € | Oui (70k < 90k) ⚠️ | Gain partiel ~8 000 € |
| Patrimonial TMI bas | 600 000 € | 60 000 € | 120 000 € | Oui (60k << 120k) ⛔ | Gain très réduit ~5 000 € |
Conclusion pratique : la CDHR ne s'active que si votre IR de base est inférieur à 20% de votre RFR — ce qui arrive surtout pour des profils avec revenus patrimoniaux élevés mais peu d'impôt brut (placements exonérés, grosses déductions). La majorité des contribuables TMI 30–45% avec revenus salariaux importants ne sont pas concernés par la CDHR.
CDHR et Girardin agrément : l'agrément peut être contre-productif
Paradoxalement, pour un contribuable très soumis à la CDHR, augmenter la réduction (en passant au régime agrément, avec une réduction max de 52 941 €) n'améliore pas nécessairement le gain net — la CDHR absorbe l'excédent. Dans ce profil extrême, la réduction Girardin optimale est celle qui amène exactement le taux effectif à 20%, pas en dessous.
7. L'impact du timing : pourquoi janvier vaut mieux que décembre
Le timing de l'investissement Girardin impacte le rendement de deux façons distinctes : le taux d'apport (vu en section 4) et le coût de trésorerie de l'apport immobilisé.
7.1 Le coût de trésorerie de l'attente
Lorsque vous investissez en Girardin, vous versez votre apport dans l'année N. La réduction d'impôt est imputée sur votre IR de l'année N, mais elle est effectivement récupérée lors du règlement de l'impôt en septembre N+1 (pour les contribuables avec solde à payer) ou lors du remboursement de trop-perçu sur le PAS.
| Date d'investissement | Date de récupération estimée | Durée d'immobilisation | Coût de trésorerie (3%/an) |
|---|---|---|---|
| Janvier N | Sept N (PAS ajusté) / Sept N+1 (solde) | 8 – 20 mois | 200 – 500 € sur 15 000 € |
| Juin N | Sept N+1 (solde) | 15 mois | 450 € sur 15 000 € |
| Octobre N | Sept N+1 (solde) | 11 mois | 330 € sur 15 000 € |
| Décembre N | Sept N+1 (solde) ou N+2 si trop tard | 9 – 21 mois | 325 – 775 € sur 15 000 € |
Sur un apport de 15 000 €, un investissement de décembre peut coûter jusqu'à 775 € de plus en trésorerie immobilisée par rapport à un investissement de janvier — soit ~5% de réduction du gain net.
7.2 Le risque de non-livraison au 31/12
Pour que la réduction soit imputée sur l'impôt de l'année N, le matériel doit être livré et mis en service avant le 31 décembre de l'année N. Un investissement signé en décembre laisse très peu de marge pour confirmer la livraison. En cas de retard (problèmes douaniers, transport, certification), la réduction est reportée à l'année N+1 — ce qui décale tout le cycle.
Décembre : le mois à risques en Girardin
Les investissements de décembre cumulent trois risques que les autres mois évitent : (1) taux d'apport plus élevé, (2) délai de trésorerie plus long, (3) risque de non-livraison au 31/12. Si vous devez absolument investir en décembre, exigez une confirmation écrite de livraison du matériel avant le 15 décembre, et une clause de remboursement de la G3F si la livraison intervient après le 31/12.
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8. Rendement par régime : plein droit vs agrément
Les deux régimes offrent un rendement en pourcentage similaire (15–20%), mais leur différence est dans les montants absolus maximaux accessibles.
| Plein droit | Agrément | |
|---|---|---|
| Réduction max annuelle | 40 909 € | 52 941 € |
| Apport pour réduction max (83%) | 33 955 € | 43 941 € |
| Gain net pour réduction max (83%) | 6 954 € | 9 000 € |
| Rendement (83% apport) | ~20% | ~20% |
| Gain net supplémentaire agrément | — | +2 046 € (soit +29%) |
En pourcentage, les deux régimes sont équivalents. L'avantage de l'agrément est quantitatif : pour les contribuables ayant un IR très élevé (> 40 909 €), il permet de capter une réduction supplémentaire de 12 032 €, soit un gain net additionnel d'environ 2 000 € par an.
9. Rétrocession et gain investisseur : les idées reçues
La rétrocession est l'une des notions les plus mal interprétées par les investisseurs. Contrairement à ce que laissent entendre certains documents commerciaux, elle n'est pas un coût pour l'investisseur.
9.1 Ce qu'est la rétrocession (et ce qu'elle n'est pas)
La rétrocession est la fraction de l'avantage fiscal transférée à l'exploitant local, sous forme de loyers réduits ou de financement préférentiel. L'obligation légale est de 52,63% minimum (plancher de l'art. 199 undecies B CGI), le marché pratique 56% (plein droit) ou 66% (agrément).
Avantage fiscal total = Réduction investisseur + Rétrocession exploitant Ex. plein droit (56%) : Avantage total = 40 909 € (réduction max) Rétrocession exploitant = 40 909 × 56% = 22 909 € Part investisseur (44%) = 40 909 × 44% = 18 000 € → plafond consommé L'investisseur reçoit 18 000 € de réduction sur un apport d'environ 15 000 € Gain net = 3 000 € (20%) — la rétrocession ne réduit pas ce gain
9.2 Pourquoi une rétrocession plus élevée (66%) ne pénalise pas l'investisseur
En agrément, la rétrocession est de 66% au lieu de 56%. L'investisseur ne conserve que 34% de l'avantage brut, contre 44% en plein droit. Cependant, l'avantage brut est lui-même plus élevé en agrément (réduction max 52 941 € vs 40 909 €), et la fraction plus basse (34% vs 44%) est précisément ce qui permet de dépasser le plafond de 18 000 €. L'investisseur en agrément obtient donc une réduction plus grande en valeur absolue, tout en respectant le plafond.
10. Comparatif : Girardin vs PER, Malraux, Déficit foncier
Le Girardin n'est pas isolé dans le paysage de la défiscalisation. Voici comment il se positionne face aux principaux dispositifs alternatifs en 2026 :
| Dispositif | Type | Gain fiscal | Plafond annuel | Durée engagement | Patrimoine résiduel | Prorogation |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Girardin industriel | Réduction | 15–20% de l'apport (one-shot) | 18 000 € dérog. | 5 ans | Aucun | 2029 |
| PER (déduction) | Déduction | TMI × versement (11–45%) | Hors plafond | Jusqu'à retraite | Épargne disponible | Permanent |
| Malraux | Réduction | 22–30% des travaux (PSMV) | Hors plafond | 9 ans (engagement loc.) | Immeuble | Permanent |
| Déficit foncier | Déduction | TMI × déficit (max 10 700 €/an) | 10 700 €/an (ou 21 400 €) | 3 ans | Immeuble | Permanent |
| SOFICA | Réduction | 30–48% de l'apport | 18 000 € dérog. | 5–8 ans | Parts illiquides | En suspens |
| Jeanbrun (amort.) | Déduction | TMI × amortissement (3,5–5,5%/an) | Illimité (réel) | 9 ans | Immeuble loué | LF 2026 |
10.1 Girardin vs PER : complémentarité plus que concurrence
La vraie question n'est pas « Girardin ou PER ? » mais « lequel en premier et pour quel montant ? ». Le PER est une déduction : son rendement dépend du TMI. Le Girardin est une réduction : son rendement est fixe à 15–20%. Pour un TMI 41%, 100 € versés au PER rapportent 41 € d'économie immédiate + la capitalisation à la retraite. 100 € d'apport Girardin rapportent 20 € immédiatement, sans actif constitué.
Stratégie optimale : PER jusqu'à saturation, puis Girardin
Pour les TMI 41–45%, la séquence optimale est généralement : (1) maximiser le PER jusqu'à l'enveloppe disponible (TMI × montant = économie certaine), puis (2) utiliser le Girardin pour le solde d'impôt restant (gain fixe 15–20%). Le Girardin est particulièrement adapté lorsque l'enveloppe PER est saturée ou que vous souhaitez un gain immédiat sans immobilisation long terme.
10.2 Girardin vs Malraux : different risk/reward
Malraux offre une réduction plus élevée (22–30%) hors plafond, mais implique un investissement immobilier réel avec risque locatif, risque travaux et engagement de 9 ans. Le Girardin est plus liquide (on-shot), sans risque de marché, mais avec un risque de requalification fiscale encadré par la G3F. Les deux dispositifs sont cumulables et complémentaires pour un contribuable fortement imposé.
11. Profils : qui bénéficie vraiment du Girardin industriel ?
| Profil | IR annuel | Compatibilité Girardin | Rendement net estimé | Régime optimal |
|---|---|---|---|---|
| Salarié TMI 11% | < 3 000 € | ⚠️ Marginal (IR trop bas) | 10–12% (réduction limitée à l'IR) | Plein droit petit ticket |
| Cadre TMI 30% | 5 000 – 25 000 € | ✅ Recommandé | 18–22% | Plein droit |
| Professionnel libéral TMI 41% | 25 000 – 50 000 € | ✅ Optimal | 18–22% | Plein droit (40 909 € max) |
| Dirigeant TMI 45% | > 60 000 € | ✅ Très recommandé | 18–22% (hors CDHR) | Agrément (52 941 €) |
| Grand contribuable + CDHR | > 250 000 € RFR | ⚠️ Partiel (CDHR active) | 10–15% | Agrément avec calcul CDHR |
| Fonctionnaire SNC | Variable | ❌ Incompatible SNC (statut) | — | SAS option IR seulement |
| Société IS | — | ❌ Art. 199 undecies B = IR seulement | — | Art. 217 undecies (IS, différent) |
Les fonctionnaires, certains professionnels réglementés (notaires, avocats) et les représentants en exercice de professions incompatibles avec le statut de commerçant ne peuvent pas souscrire via SNC (la structure standard du plein droit). Ils doivent se tourner vers une SAS option IR — une structure disponible pour les programmes agréés.
12. Les coûts cachés qui réduisent le rendement réel
Le rendement net affiché de 15–20% ne tient pas compte de plusieurs coûts réels qui viennent éroder le gain brut :
| Coût | Source | Impact estimé sur 18 000 € de réduction | Mesure corrective |
|---|---|---|---|
| Taux d'apport élevé (décembre vs janvier) | Saisonnalité marché | −3 à −8% de rendement | Investir en janvier–mars |
| Coût de trésorerie (apport immobilisé) | Float 9–21 mois @ 3%/an | −1 à −3% de rendement | Choisir apport le plus court possible |
| Frais opérateur (intégrés dans taux d'apport) | Marge commerciale opérateur | Déjà inclus dans le taux d'apport | Comparer les taux d'apport entre opérateurs |
| Erreur de déclaration (oubli 2042-IOM) | Défaut déclaratif | Perte totale de la réduction | Vérifier les cases avec un CGP |
| CDHR pour hauts revenus | Art. 224 CGI | −5 à −10% pour RFR > 250 000 € | Calculer CDHR avant d'investir |
| Non-livraison au 31/12 (décembre) | Retard livraison matériel | Report N+1 = délai + risque supplémentaire | Exiger certificat de livraison avant 15/12 |
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13. 5 cas pratiques chiffrés
Cas 1 — Employée de banque, TMI 30%, investissement de mars
Profil : IR = 8 200 €, taux d'apport mars = 81%.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Réduction Girardin souhaitée | 8 200 € (= IR pour réduction totale) |
| Apport (81%) | 8 200 × 81% = 6 642 € |
| Gain net | 8 200 − 6 642 = 1 558 € |
| Rendement net | 1 558 / 6 642 = 23,5% |
| IR après réduction | 0 € |
| CDHR applicable ? | Non (revenu < 250 000 €) |
Cas 2 — Chirurgien libéral, TMI 45%, plein droit maximum
Profil : IR = 80 000 €, taux d'apport avril = 83%.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Réduction max plein droit | 40 909 € |
| Fraction plafond niches (44%) | 18 000 € ✅ |
| Apport (83%) | 40 909 × 83% = 33 954 € |
| Gain net | 40 909 − 33 954 = 6 955 € |
| Rendement net | 6 955 / 33 954 = 20,5% |
| IR résiduel | 80 000 − 40 909 = 39 091 € |
| CDHR applicable ? | Non (taux effectif résiduel > 20%) |
Cas 3 — Dirigeant TMI 45% + CDHR, agrément
Profil : IR = 120 000 €, RFR = 380 000 €, taux d'apport = 83%.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Réduction max agrément | 52 941 € |
| Fraction plafond niches (34%) | 18 000 € ✅ |
| Apport (83%) | 52 941 × 83% = 43 941 € |
| IR avant CDHR après réduction | 120 000 − 52 941 = 67 059 € |
| Taux effectif estimé résiduel | ~18% (< 20% → CDHR active) |
| CDHR estimée | ~4 000 – 6 000 € |
| Gain net réel après CDHR | 52 941 − 43 941 − 5 000 (CDHR) = 4 000 € |
| Rendement net effectif | 4 000 / 43 941 = 9,1% |
Calcul indicatif. La CDHR exacte dépend du RFR total et de la structure familiale.
Cas 4 — Investisseur tardif (décembre), TMI 41%
Profil : IR = 30 000 €, investissement en décembre, taux d'apport décembre = 89%.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Réduction ciblée | 18 000 € (plein droit) |
| Apport (89% — taux décembre) | 18 000 × 89% = 16 020 € |
| Gain net brut | 18 000 − 16 020 = 1 980 € |
| Coût trésorerie (15 mois float @ 3%) | 16 020 × 3% × 15/12 = 601 € |
| Gain net réel | 1 980 − 601 = 1 379 € |
| Rendement net réel | 1 379 / 16 020 = 8,6% |
Comparaison si même investisseur avait investi en mars (taux 81%) : apport 14 580 €, gain brut 3 420 €, coût trésorerie 365 €, gain net 3 055 €, rendement 20,9%. La différence de timing coûte ici 12,3 points de rendement.
Cas 5 — Comparaison Girardin vs PER pour un même budget, TMI 41%
Profil : Disponible : 15 000 € à investir en défiscalisation. IR = 40 000 €. TMI 41%.
| Girardin (mars, 82%) | PER (versement déductible) | |
|---|---|---|
| Somme investie | 15 000 € (apport) | 15 000 € (versement) |
| Gain/économie fiscale immédiate N | 15 000 / 82% = 18 292 € de réduction → gain 3 292 € | 15 000 × 41% = 6 150 € d'économie immédiate |
| Actif constitué | Aucun (matériel exploitant) | 15 000 € d'épargne retraite |
| Disponibilité du capital | Perdu définitivement | Récupérable à la retraite |
| Rendement immédiat | 22% | 41% (économie / versement) |
| Rendement total (horizon 20 ans) | 22% one-shot | Variable (dépend rendement PER + fiscalité retraite) |
Bilan : le PER offre une économie immédiate supérieure (41% vs 22%) et conserve le capital. Le Girardin est préférable uniquement si vous ne souhaitez pas bloquer de capital à la retraite, ou si votre enveloppe PER est déjà maximisée.
14. 8 erreurs de calcul fréquentes
| # | Erreur | Réalité et correction |
|---|---|---|
| 1 | Confondre '110% de rendement' avec le gain net | 110% est un ratio brut marketing. Le gain net réel est 15–20% de l'apport (pas 110% de l'apport). |
| 2 | Calculer le rendement sur la réduction, pas sur l'apport | Le rendement se calcule sur l'apport investi (argent réellement sorti de votre poche), pas sur la réduction. |
| 3 | Ignorer le taux d'apport dans la comparaison d'opérateurs | Un opérateur qui propose 83% d'apport est moins avantageux qu'un concurrent à 80%. La différence de 3% réduit votre gain de plusieurs centaines d'euros. |
| 4 | Croire que la rétrocession réduit votre gain | La rétrocession est incluse dans la structure légale. Elle n'affecte pas votre gain net en euros. |
| 5 | Négliger la CDHR pour les très hauts revenus | Pour RFR > 250 000 €, la CDHR peut réduire votre rendement net à 10%. Calculez-la avant d'investir. |
| 6 | Investir en décembre sans calculer le coût de trésorerie | Un investissement décembre peut coûter 500–800 € de plus en trésorerie immobilisée. Ce coût réduit le rendement de 3 à 5 points. |
| 7 | Penser que la réduction peut générer un remboursement d'impôt | La réduction est imputée sur l'impôt dû. Elle ne génère pas de remboursement si elle dépasse l'IR. Adaptez le ticket à votre IR réel. |
| 8 | Comparer le rendement Girardin au rendement d'un PER sans tenir compte du capital constitué | Le PER conserve un actif (épargne retraite). Le Girardin ne crée aucun patrimoine résiduel. La comparaison doit intégrer la valeur future de l'épargne. |
Mise à jour : mars 2026. Sources : Code Général des Impôts — art. 199 undecies B, art. 200-0 A, art. 224 CGI ; BOFiP BOI-IR-RICI-80 ; Legifrance ; impots.gouv.fr. Les taux d'apport indiqués sont indicatifs et varient selon les opérateurs.
Ce guide est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les situations patrimoniales étant toutes différentes, consultez un conseiller en gestion de patrimoine certifié pour une recommandation adaptée à votre situation.
