Assurance-vie Luxembourg vs France : qui protège ?
Stratégie & Gestion de patrimoine
7 min de lecture

Assurance-vie Luxembourg vs France : qui protège ?

Comparez la protection du capital en assurance-vie France/Luxembourg : FGAP, triangle de sécurité, fiscalité 2026, risques et limites. Lisez avant de souscrire.

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Synthèse de l'article

  • Définir la “protection” : en assurance-vie, il faut distinguer risque de marché (UC non garanties), risque d’assureur (défaillance de la compagnie) et risque de liquidité (mesures exceptionnelles pouvant limiter temporairement rachats/arbitrages).

  • France : filet FGAP plafonné : en cas de faillite d’un assureur, le FGAP peut indemniser jusqu’à 70 000 € par client (90 000 € pour certaines rentes), sans couvrir les pertes de marché ; au-delà du plafond, la récupération dépend de la procédure.

  • France : pouvoirs du HCSF en crise : le cadre macroprudentiel permet de limiter ou retarder temporairement valeurs de rachat, arbitrages ou avances pour éviter une ruée et préserver la stabilité financière, sans transformer cela en garantie de capital.

  • Luxembourg : triangle de sécurité : les actifs représentatifs des engagements sont déposés chez une banque dépositaire et encadrés par des conventions de dépôt sous supervision du CAA, avec une organisation visant à isoler et contrôler les actifs liés aux provisions techniques.

  • Luxembourg : super privilège, pas une magie : le souscripteur bénéficie d’une priorité sur un patrimoine distinct affecté aux créances d’assurance (séparation des dépôts, interdiction de compensation), mais cela ne protège ni contre les baisses des UC ni ne remplace un fonds de garantie général type FGAP.

Assurance-vie Luxembourg ou France : qui protège vraiment votre capital en 2026 ?

Ce que « protéger votre capital » veut dire en assurance-vie

Parler de protection en assurance-vie n’a de sens que si l’on distingue clairement trois risques.

Le risque de marché : si votre contrat est investi en unités de compte (UC) (fonds actions, obligations, immobilier papier, private equity…), la valeur peut monter ou baisser, et le capital n’est pas garanti. L’assureur garantit le plus souvent un nombre d’unités, pas une valeur.

Le risque d’assureur : même sur un fonds en euros ou sur des UC, vous êtes créancier d’une compagnie d’assurance. Le sujet devient : « que se passe-t-il si l’assureur ne peut plus honorer ses engagements ? ».

Le risque de liquidité / mesures exceptionnelles : en période de stress financier, le cadre légal peut permettre de limiter temporairement certaines opérations (rachats, arbitrages, avances), indépendamment de la performance des marchés.

L’enjeu « Luxembourg vs France » concerne surtout le risque d’assureur (faillite / défaut) et, dans une moindre mesure, le risque de liquidité. Le risque de marché, lui, ne disparaît pas parce que le contrat est luxembourgeois.

La protection en assurance-vie française

Le rôle du Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP)

En cas de faillite d’une compagnie d’assurances, la garantie associée au FGAP peut indemniser jusqu’à 70 000 € par client (et 90 000 € pour certaines rentes de prévoyance).

Point crucial : cette garantie n’est pas un « parapluie illimité ». Elle est plafonnée et vise le scénario extrême de la défaillance.

Autre point important : cette garantie ne transforme pas une UC en support sécurisé. Si les marchés baissent, le FGAP n’a pas vocation à compenser une perte de marché.

Exemple chiffré (logique de plafond, simplifiée)

Prenons un exemple fictif : vous avez 250 000 € sur une assurance-vie chez un seul assureur. En cas de défaillance, la garantie « filet » évoquée est 70 000 € (le reste dépendrait des actifs récupérés via la procédure, et n’est pas une garantie automatique).

Conclusion pratique : lorsque l’enjeu est la couverture juridique en cas de faillite, la question « dois-je diversifier entre plusieurs assureurs ? » devient centrale.

Les mesures de stabilité financière : ce que peut décider l’État en situation de crise

En France, le cadre macroprudentiel permet au Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) de prendre des mesures temporaires visant notamment à limiter le paiement des valeurs de rachat et à retarder/limiter des arbitrages ou avances, lorsque la stabilité du système financier est menacée. Ces pouvoirs figurent dans le Code monétaire et financier.

À retenir : ce mécanisme vise la stabilité du système (éviter une « ruée ») et fonctionne comme une mesure exceptionnelle et temporaire, pas comme une confiscation.

La protection en assurance-vie luxembourgeoise

Le « triangle de sécurité » : une organisation à trois acteurs

La spécificité luxembourgeoise repose sur un schéma où les actifs représentatifs des engagements ne sont pas seulement « dans le bilan » : ils sont déposés auprès d’un établissement de crédit dépositaire et encadrés par une documentation et des conventions de dépôt, sous la supervision du Commissariat aux Assurances (CAA).

Concrètement, la documentation du CAA sur les dépôts d’actifs organise les règles de dépôt des valeurs mobilières et liquidités utilisées comme actifs représentatifs des provisions techniques, ainsi que des modèles standards de convention de dépôt.

Le « super privilège » : priorité du souscripteur, mais pas magie financière

Le modèle de convention de dépôt (CAA) décrit un patrimoine distinct affecté à la représentation des provisions techniques et indique que ce patrimoine est affecté par privilège à la garantie du paiement des créances d’assurance ; il précise aussi la séparation des dépôts et l’interdiction de compensation, afin de protéger les créances d’assurance.

Cela change la logique de protection : le souscripteur n’est pas « un créancier parmi d’autres » dans une masse indistincte, il bénéficie d’une priorité sur des actifs dédiés.

Mais cette protection n’est pas une promesse de rendement ni une garantie contre les pertes de marché : sur des contrats en unités de compte, la valeur dépend des actifs sous-jacents.

Enfin, élément souvent oublié : le Luxembourg ne repose pas sur un « fonds de compensation générale » comparable à un mécanisme plafonné de type FGAP ; un rapport du FMI indique que le Luxembourg n’a pas de fonds général d’indemnisation des assurances.

Interprétation pratique : la protection luxembourgeoise est principalement juridique et organisationnelle (cantonnement/ségrégation + privilège), plus qu’un système d’indemnisation plafonnée.

Exemple chiffré (cause → effet, à ne pas confondre)

Prenons un exemple fictif : 300 000 € investis en UC (fonds diversifiés) dans un contrat luxembourgeois.

  1. Si le marché baisse de 15 %, la valeur devient 255 000 € : le « triangle » ne compense pas une perte de marché.
  2. Si l’enjeu est une défaillance de l’assureur, le dispositif vise à permettre une priorité sur des actifs dédiés via les mécanismes de dépôt et de privilège.

Conclusion : la « protection » luxembourgeoise est surtout pertinente contre le risque d’assureur, pas contre le risque de placement.

Fiscalité 2026 : Luxembourg vs France pour un résident fiscal français

Pour un résident fiscal français, l’enveloppe assurance-vie reste une enveloppe fiscalement encadrée en France : la différence Luxembourg/France se situe rarement dans « l’impôt à payer » au quotidien, mais plutôt dans la protection juridique, l’architecture d’investissement et les contraintes déclaratives.

Rachats (retraits) : les règles clés à connaître en 2026

En cas de rachat, la fiscalité porte sur la part de gains incluse dans le retrait, et non sur l’intégralité du montant retiré.

Après 8 ans, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains retirés : 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple soumis à imposition commune).

Pour les primes versées après le 27 septembre 2017, le ministère de l’Économie rappelle une mécanique où, au-delà de 8 ans :

  • si les primes versées sont inférieures à 150 000 €, l’imposition des gains relève d’un taux d’impôt sur le revenu de 7,5 % (auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux) ;
  • si elles sont supérieures à 150 000 €, une partie des gains peut relever du PFU (flat tax) 30 % = 12,8 % + 17,2 %.

Exemple chiffré n°1 (abattement après 8 ans, cas simple)

Prenons un exemple fictif :

  • Versements (primes) : 100 000 €
  • Valeur du contrat : 125 000 €
  • Rachat partiel : 20 000 €
  1. Part de gains dans le contrat = 125 000 – 100 000 = 25 000 €
  2. Proportion de gains = 25 000 / 125 000 = 20 %
  3. Gains inclus dans le rachat = 20 000 × 20 % = 4 000 €
  4. Abattement (personne seule) = 4 600 € : il « absorbe » les 4 000 € ⇒ 0 € d’impôt sur le revenu sur ce rachat (hors prélèvements sociaux).
  5. Les prélèvements sociaux restent dus sur les gains (logique générale rappelée par l’administration).

Conclusion : un rachat peut être fiscalement très léger si vous synchronisez montant retiré et abattement.

Exemple chiffré n°2 (au-dessus du seuil 150 000 € : attention à la flat tax)

Prenons un exemple fictif :

  • Versements : 200 000 € (primes post-27/09/2017, hypothèse simplificatrice)
  • Valeur du contrat : 240 000 €
  • Rachat : 50 000 €
  1. Gains totaux = 40 000 €
  2. Proportion de gains = 40 000 / 240 000 = 16,67 %
  3. Gains dans le rachat ≈ 50 000 × 16,67 % ≈ 8 333 €
  4. Après 8 ans, l’abattement (personne seule) réduit l’assiette d’impôt sur le revenu : 8 333 – 4 600 = 3 733 € (sur le seul impôt sur le revenu).
  5. Si vos versements dépassent le seuil de 150 000 €, le PFU (12,8 % + 17,2 %) peut s’appliquer sur la fraction concernée des gains, selon les règles rappelées par le ministère.

Conclusion : au-delà du seuil, l’optimisation devient plus technique (allocation des primes, fraction taxable), et le bon calcul dépend de la date et du montant des primes.

Décès : la fiscalité de transmission (les chiffres à connaître)

La fiscalité au décès dépend principalement de l’âge de l’assuré au moment des versements.

Primes versées avant 70 ans (régime de l’article 990 I du CGI)

Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 € ; au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu’à 700 000 € (par bénéficiaire, sur la fraction taxable) puis 31,25 % au-delà.

Primes versées après 70 ans (régime de l’article 757 B du CGI)

Les sommes dues au décès donnent ouverture aux droits de succession sur la fraction des primes versées après 70 ans, après un abattement global de 30 500 € (tous contrats confondus).

Exemple chiffré (primes avant 70 ans, 2 enfants)

Prenons un exemple fictif :

  • Capital décès total : 500 000 €
  • 2 enfants bénéficiaires à 50/50 : 250 000 € chacun
  1. Abattement par enfant = 152 500 €
  2. Base taxable par enfant = 250 000 – 152 500 = 97 500 €
  3. Taux = 20 % (car < 700 000 €)
  4. Impôt par enfant = 97 500 × 20 % = 19 500 €

Total impôt = 39 000 €.

Conclusion : l’assurance-vie peut réduire fortement la fiscalité de transmission, mais elle n’est pas « exonérée sans limite ».

Exemple chiffré (primes après 70 ans, interaction avec l’abattement de droit commun)

Prenons un exemple fictif :

  • Primes versées après 70 ans : 100 000 €
  • Valeur au décès : 130 000 € (donc 30 000 € de gains)
  • Bénéficiaire : un enfant
  1. Assiette « 757 B » = primes après 70 ans au-delà de 30 500 € ⇒ 100 000 – 30 500 = 69 500 €
  2. Les gains (30 000 €) ne sont pas ajoutés à cette assiette « primes » dans la logique du 757 B (règle de taxation centrée sur les primes).
  3. Ces 69 500 € entrent alors dans le calcul des droits de succession selon le lien de parenté, après l’abattement en ligne directe de 100 000 € (si non utilisé dans les 15 ans).

Ici, 69 500 € < 100 000 € ⇒ 0 € de droits dans cet exemple (hors autres éléments successoraux).

Conclusion : « après 70 ans » n’implique pas systématiquement une lourde taxation ; tout dépend du montant, des autres actifs et des abattements déjà consommés.

Ce qui change concrètement pour un investisseur français

Un contrat luxembourgeois peut être pertinent si votre enjeu principal est la protection juridique contre le risque d’assureur au-delà des plafonds de garantie français, et si vous acceptez une complexité opérationnelle plus élevée.

Mais il faut intégrer trois points de vigilance, très « terrain ».

Un contrat luxembourgeois est un contrat souscrit hors de France : il doit être déclaré via le formulaire dédié (3916 / 3916 bis) en même temps que la déclaration de revenus.

L’assurance-vie reste un produit d’investissement : dès que des UC sont utilisées, il existe un risque de perte en capital. C’est un point de vigilance systématiquement rappelé dans les supports pédagogiques.

Enfin, ce qui « protège » peut aussi être… ce qui encadre : en période de crise, la France dispose d’outils macroprudentiels permettant de limiter temporairement certaines opérations ; ce facteur peut compter si votre priorité est la liquidité immédiate.

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Le résultat attendu : une décision cohérente, pas un produit « isolé ».

Conclusion : l’assurance-vie luxembourgeoise apporte une protection juridique structurée (dépôt, ségrégation, privilège) surtout utile quand l’enjeu est le risque d’assureur sur des montants élevés, tandis que la protection française s’appuie sur une garantie plafonnée et un arsenal de stabilité financière ; dans les deux cas, la vraie sécurité dépend aussi du support (euros vs UC), de la diversification et de votre besoin de liquidité.

Mise à jour 2026 : informations vérifiées au 16 février 2026.

Questions fréquentes

1

L’assurance-vie luxembourgeoise est-elle forcément plus sûre qu’une assurance-vie française ?

Elle peut être plus protectrice contre le risque d’assureur grâce au dépôt des actifs et au privilège sur un patrimoine distinct, mais elle ne supprime pas le risque de marché (UC). En France, la protection passe notamment par une garantie plafonnée et la supervision, avec des mesures possibles en cas de crise.

2

La garantie « 70 000 € » en assurance-vie, c’est quoi exactement ?

C’est le plafond d’indemnisation évoqué en cas de faillite d’une compagnie d’assurances, au titre du mécanisme de garantie lié au FGAP, distinct de la garantie bancaire.

3

Qu’est-ce que le triangle de sécurité au Luxembourg ?

C’est un dispositif où les actifs représentatifs des engagements sont déposés auprès d’une banque dépositaire, selon des règles et conventions de dépôt encadrées par le régulateur luxembourgeois (CAA), avec une logique de séparation et de protection des créances d’assurance.

4

La loi Sapin 2 peut-elle bloquer un rachat sur mon assurance-vie ?

Le cadre macroprudentiel permet au HCSF de décider des mesures temporaires pouvant limiter le paiement des valeurs de rachat et certains arbitrages/avances, dans des circonstances de menace pour la stabilité financière.

5

La fiscalité est-elle différente entre un contrat luxembourgeois et un contrat français si je suis résident fiscal français ?

Dans la pratique, la fiscalité sur les rachats et la logique d’imposition des gains dépend des règles françaises applicables à l’assurance-vie (abattement après 8 ans, PFU selon les cas). La différence majeure tient plutôt à la protection juridique et aux contraintes déclaratives (contrat souscrit hors de France).

6

Quels sont les abattements au décès en 2026 sur l’assurance-vie ?

Pour les primes versées avant 70 ans, l’abattement est de 152 500 € par bénéficiaire (puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà). Pour les primes versées après 70 ans, application de l’article 757 B avec un abattement global de 30 500 € sur les primes concernées.

7

Et l’abattement de 100 000 € parent-enfant, il joue aussi ?

Oui : l’abattement de 100 000 € (article 779 du CGI) s’applique sur les droits de mutation en ligne directe, et intervient notamment quand des sommes sont réintégrées à la succession (ex. primes après 70 ans au-delà de 30 500 €).

8

Dois-je déclarer un contrat d’assurance-vie luxembourgeois aux impôts français ?

Oui, un contrat souscrit hors de France doit être déclaré via le formulaire 3916 / 3916 bis en même temps que la déclaration de revenus.

9

Les unités de compte sont-elles protégées contre la baisse des marchés ?

Non : hors fonds en euros, les UC ne garantissent pas le capital investi. Le risque de perte en capital existe et la compréhension du niveau de risque est essentielle avant d’investir.

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Sources et références

Quentin Hagnéré

Quentin Hagnéré

Expert

Fondateur de Hagnéré Investissement

Spécialiste de la gestion de patrimoine et de fortune à 360°, j'accompagne des milliers de clients dans la construction de stratégies performantes et innovantes pour atteindre leurs objectifs financiers avec une vision à 360° propulsée par notre galaxie de services.

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