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Guide pilier succession 20261 hMis à jour 25 juin 2026100 000 € enfant · 152 500 € AV · Dutreil 75 %

Succession en France 2026 : barème, abattements et leviers d'optimisation CGP

Guide pilier complet de la succession en France 2026 : ordre héréditaire (4 ordres art. 734 C. civ.), réserve héréditaire 1/2-2/3-3/4 (art. 912-913 CC) et quotité disponible (art. 912 al. 2 CC), barème progressif art. 777 CGI ligne directe (5-45 % en 7 tranches), abattements art. 779 CGI (100 000 € enfant, 15 932 € frères/sœurs, 7 967 € neveu/nièce, 159 325 € handicapé), conjoint marié et partenaire de PACS exonérés depuis la loi TEPA 2007 (art. 796-0 bis), assurance-vie hors succession (art. 990 I 152 500 €/bénéficiaire avant 70 ans, art. 757 B 30 500 € global après), Pacte Dutreil 75 % (art. 787 B, engagement 2+6=8 ans depuis LF 2026), démembrement art. 669 CGI, SCI familiale, donation 100 000 € renouvelable 15 ans (art. 784), don Sarkozy 31 865 € (art. 790 G), don logement neuf 100 000 € (art. 790 A bis jusqu'au 31/12/2026), quasi-usufruit art. 774 bis (LF 2024), succession internationale règlement UE 650/2012 + art. 750 ter CGI, RAAR art. 929 CC, droit de partage successoral 2,5 % art. 746 CGI (le taux de 1,1 % du même article ne visant que la séparation de corps, le divorce et la rupture de PACS), indivision art. 815 CC seuil 2/3 maintenu loi 2026-248. 5 cas chiffrés, 20 FAQ structurées. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet ORIAS (CIF · COA · COBSP).

STRATÉGIE SUCCESSION 2026

Optimiser votre transmission et payer le minimum de droits légalement

Audit successoral 360° : cartographie civile (régime matrimonial, héritiers, réserve), simulation chiffrée des droits dus aujourd'hui vs après optimisation (donations, AV, démembrement, SCI, Dutreil, contrat luxembourgeois), plan de transmission écrit. Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur.

Le rendez-vous offert : recueil de votre situation et présentation des mécanismes généraux, sans recommandation personnalisée.

  • Bilan succession 360°
  • Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur

Sur lettre de mission signée

  • Simulation chiffrée par héritier
  • Plan de transmission écrit

ABATTEMENT ENFANT

100 000 €

AV /BÉNÉFICIAIRE

152 500 €

DUTREIL

−75 %

CONJOINT/PACS

EXONÉRÉ

TRANSMIS /30 ANS

≈ 1,6 M€

Équipe Hagnéré Patrimoine·Cabinet de conseil en gestion de patrimoine, non détenu par une banque ni par un assureur

CIF · COA · COBSP · ORIAS 23002291 · adhérent CNCEF Patrimoine

§ 1INTRODUCTION·5 MIN

Comment fonctionne une succession en France ?

Publié le 11 avril 2026 · Mis à jour le 25 juin 2026 · Par Quentin Hagnéré, fondateur de Hagnéré Patrimoine — CIF/COA/COBSP enregistré ORIAS. Guide conforme à la LFSS 2026 (loi no 2025-1403 du 30 décembre 2025) et à la LF 2026 (loi no 2026-103 du 19 février 2026). Abattements 2026 : 100 000 € parent-enfant, 152 500 € par bénéficiaire AV avant 70 ans, 31 865 € don familial, Dutreil 75 %, conjoint et PACS exonérés.

Vous venez de perdre un proche. Ou vous souhaitez anticiper pour protéger votre famille. Dans les deux cas, la même question revient : combien va coûter la succession ?

Et surtout : comment réduire la facture ? Les droits peuvent atteindre 45 % en ligne directe, 60 % entre personnes sans lien de parenté. Mais avec les bons leviers, il est possible de transmettre des centaines de milliers d'euros sans payer un centime.

Deux codes encadrent le sujet. Le Code civil (CC) fixe qui hérite de quoi (art. 720 à 892). Le Code Général des Impôts (CGI) détermine combien cela coûte — via les Droits de Mutation à Titre Gratuit (DMTG), l'impôt français sur les héritages et donations (art. 777 à 796).

Ce guide couvre l'intégralité du sujet. Pour approfondir un aspect, consultez nos guides thématiques : succession en AV luxembourgeoise, PER et succession, gestion de patrimoine, ou commencez par un bilan patrimonial gratuit.

Ce guide vs les concurrents

Barèmes complets (7 tranches), quasi-usufruit post-LF 2024, SCI et décotes, Pacte Dutreil 2026, successions internationales, et 5 cas pratiques chiffrés. Tout dans un seul article.

Quelques repères marché pour situer le sujet. En France, 87 % des successions sont inférieures à 100 000 €. La succession moyenne pèse 120 000 €. L'État a collecté 20 milliards d'euros de droits de mutation à titre gratuit en 2024. D'ici 2040, plus de 9 000 milliards d'euros changeront de mains en France — le plus grand transfert intergénérationnel de l'histoire.

Chez Hagnéré Patrimoine, nous accompagnons des familles dans la préparation de leur succession : audit du patrimoine existant, simulation des droits, mise en place des leviers (donations, Assurance-Vie (AV), démembrement, Société Civile Immobilière (SCI), Pacte Dutreil), puis suivi dans la durée. Ce guide reprend la méthodologie appliquée en cabinet, sans rien masquer.

§ 2OUVERTURE·8 MIN

Ouverture de la succession

Que se passe-t-il dans les heures qui suivent un décès ? Quelles démarches accomplir, dans quel ordre ? Chaque retard peut coûter cher — les pénalités tombent dès le 7e mois.

La succession s'ouvre au moment du décès, au dernier domicile du défunt (art. 720 C. civ.). Le notaire pilote le règlement : identification des héritiers, évaluation de l'actif et du passif, déclaration de succession, puis partage.

2.1. Les étapes clés : J+0 à J+180

Sans calendrier clair, vous risquez de rater un délai et de payer des pénalités évitables : 0,20 % par mois de retard, plus 10 % de majoration. Voici la chronologie à suivre.

Tableau comparatif : Délai — Étape — Qui — Détail — Premier cas : J+0
DélaiÉtapeQuiDétail
J+0Décès — certificat médicalMédecinConstat de décès. Le certificat est indispensable pour toutes les démarches suivantes.
J+1 à J+2Déclaration de décès en mairieFamille / pompes funèbresMairie du lieu de décès. Délivrance de l'acte de décès (copies multiples nécessaires).
J+7Contact du notaireHéritiersLe notaire ouvre le dossier de succession, interroge le FCDDV (Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés, qui recense les testaments enregistrés) et le FICOBA (Fichier des Comptes Bancaires, qui liste tous les comptes du défunt).
J+15 à J+30Acte de notoriétéNotaireDocument officiel identifiant les héritiers et leurs droits. Permet de débloquer les comptes bancaires (jusqu'à 5 000 € sans, art. L312-1-4 du CMF — Code Monétaire et Financier).
J+30 à J+60Inventaire du patrimoineNotaire + héritiersÉvaluation de l'actif (immeubles, comptes, AV, meubles) et du passif (dettes, emprunts). Base du calcul des droits.
J+30 à J+120Option de l'héritierChaque héritierAcceptation pure et simple, à concurrence de l'actif net, ou renonciation. Délai de réflexion : 4 mois (art. 771 C. civ.).
J+120 à J+150Rédaction de la déclaration de successionNotaireFormulaires 2705, 2705-S, 2706. Le notaire calcule les droits et prépare le paiement.
J+180 (6 mois)Dépôt + paiement des droitsNotaire → SIE (Service des Impôts des Entreprises ou des Particuliers, selon le cas)Délai légal : 6 mois (France) / 12 mois (étranger). Paiement comptant, fractionné ou différé.

Concrètement, au décès d'un proche, vous avez 6 mois pour déposer la déclaration de succession. Les 30 premiers jours sont critiques : obtenir l'acte de décès, prendre RDV chez le notaire, débloquer les 5 000 € d'urgence. Dépasser les 6 mois coûte 0,20 %/mois d'intérêt de retard ; la majoration de 10 % ne s'applique qu'à compter du premier jour du septième mois suivant l'expiration du délai de six mois, soit au-delà de douze mois après le décès (art. 1728, 2, CGI). Un décès déclaré 3 mois en retard sur une succession de 200 k€ de droits = environ 1 200 € de pénalité supplémentaires.

Urgence bancaire : 5 000 € sans acte de notoriété

Tout héritier peut débloquer 5 000 € sur le compte du défunt, sur simple présentation de l'acte de décès et d'une attestation sur l'honneur (art. L312-1-4 CMF). Pas besoin d'attendre le notaire. Utile pour les obsèques et les charges urgentes.

2.2. Les 3 options de l'héritier

Accepter ou refuser un héritage : ce n'est pas anodin. Si le défunt avait des dettes, vous pourriez hériter du passif. Chaque héritier a 4 mois pour se prononcer (art. 771 C. civ.) :

  • Acceptation pure et simple : l'héritier recueille l'actif ET le passif (dettes incluses).
  • Acceptation à concurrence de l'actif net (ex-bénéfice d'inventaire) : l'héritier n'est tenu des dettes qu'à hauteur de l'actif reçu.
  • Renonciation : l'héritier est réputé n'avoir jamais été héritier. Ses propres enfants peuvent hériter à sa place par représentation (art. 751-755 C. civ.).

Pour la procédure pas-à-pas au greffe (Cerfa 15828*05), les conséquences civiles et fiscales, la révocation art. 807 CC et les 10 cas chiffrés, notre guide pilier renonciation à succession 2026 détaille les 30 angles (représentation art. 754 CC, saut de génération, famille recomposée, Pacte Dutreil, Règlement UE 650/2012, RAAR art. 929).

Calendrier et options d'acceptation posés, reste la question qui revient en rendez-vous : en l'absence de testament, qui hérite de quoi ? La réponse tient dans l'ordre légal des héritiers, codifié aux articles 731 et suivants du Code civil.

§ 3DÉVOLUTION·6 MIN

Qui hérite de quoi sans testament ?

Qui hérite de quoi quand il n'y a pas de testament ? C'est la question que se posent la plupart des familles au moment du décès. La réponse dépend d'un système de priorité en 4 niveaux : les enfants passent avant les parents, qui passent avant les frères et sœurs.

En l'absence de testament, la loi désigne les héritiers selon 4 ordres de priorité (art. 734 C. civ.). Chaque ordre exclut les suivants :

Tableau comparatif : Ordre — Héritiers — Articles C. civ. — Premier cas : 1er
OrdreHéritiersArticles C. civ.
1erDescendants (enfants, petits-enfants)art. 734, 1° et art. 735
2ePère et mère + frères/sœurs (et leurs descendants)art. 734, 2° et art. 738
3eAscendants ordinaires (grands-parents et au-delà)art. 734, 3° et art. 740
4eCollatéraux ordinaires (oncles, tantes, cousins, jusqu'au 6e degré)art. 734, 4° et art. 745

En pratique, dès lors que vous avez des enfants, vos parents et frères/sœurs n'héritent de rien (sauf testament). Sans enfant ni conjoint, ce sont vos parents et frères/sœurs qui se partagent la succession. Et si plus aucun proche jusqu'au 6e degré ne peut être appelé, c'est l'État qui hérite (déshérence).

Représentation

Si un héritier est décédé avant le défunt ou renonce, ses propres enfants peuvent hériter à sa place par représentation (art. 751-755 C. civ.). Ils se partagent la part de leur parent. La représentation joue en ligne directe descendante et entre frères/sœurs.

3.1. Le droit de retour légal des ascendants

Un parent peut-il récupérer un bien qu'il avait donné à son enfant, si cet enfant décède avant lui ? Oui. C'est le droit de retour légal : quand un enfant meurt sans descendant, ses parents récupèrent les biens qu'ils lui avaient donnés (art. 738-2 C. civ., loi du 23 juin 2006).

Tableau comparatif : Aspect — Règle — Référence — Premier cas : Bénéficiaires
AspectRègleRéférence
BénéficiairesPère et/ou mère donateurs uniquementart. 738-2 al. 1 C. civ.
ObjetBiens donnés entre vifs à l'enfant prédécédéart. 738-2 al. 1 C. civ.
ExerciceEn nature si le bien existe encore, sinon en valeur, dans la limite de l'actif successoralart. 738-2 al. 3 C. civ.
PlafondLimité aux quote-parts de l'art. 738 al. 1 (1/4 par parent)art. 738-2 al. 1 C. civ.
NatureDroit de nature successorale (Cass. 1ré civ., 15 janvier 2025)art. 738-2 C. civ.
RenonciationImpossible avant l'ouverture de la succession (pacte sur succession future interdit)art. 722 C. civ.

Piège : droit de retour vs conjoint survivant

Le droit de retour prime sur les droits du conjoint. Si un père a donné un appartement à son fils décédé sans enfant, le père récupère le bien avant la répartition au conjoint. Source de conflits fréquente. Le mécanisme ne porte que sur les biens donnés (pas ceux acquis par l'enfant lui-même).

Vous connaissez maintenant l'ordre de priorité entre héritiers. Mais dans la plupart des familles, une question prime sur toutes les autres : que reçoit le conjoint survivant ?

§ 4CONJOINT·7 MIN

Que reçoit exactement votre conjoint survivant ?

C'est souvent la première question après un décès : « Est-ce que je peux rester dans la maison ? Est-ce que je vais devoir vendre ? » La réponse dépend de la composition de la famille — et d'un choix stratégique.

Tableau comparatif : Situation — Droits du conjoint — Article C. civ. — Premier cas : Avec enfants communs uniquement
SituationDroits du conjointArticle C. civ.
Avec enfants communs uniquementChoix : 100 % usufruit OU 1/4 en pleine propriétéart. 757
Avec au moins 1 enfant non commun1/4 en pleine propriété (pas d'option usufruit)art. 757
Sans enfant, avec père et mère1/2 en pleine propriété (1/4 revient à chaque parent)art. 757-1
Sans enfant, avec un seul parent3/4 en pleine propriétéart. 757-1
Sans enfant ni parentTotalité (exclut frères/sœurs)art. 757-2

Cas le plus fréquent en pratique : un couple marié avec des enfants communs uniquement. Le conjoint a un vrai choix stratégique : tout l'usufruit (il garde l'usage et les revenus de l'ensemble du patrimoine) ou un quart en pleine propriété (il devient propriétaire définitif de 25 %). Dès qu'un enfant n'est pas commun (famille recomposée), ce choix disparaît : c'est obligatoirement le quart en pleine propriété.

Exonération fiscale totale

Le conjoint marié ou pacsé est totalement exonéré de droits de succession, quel que soit le montant (loi TEPA 2007, art. 796-0 bis CGI). Le concubin non marié, lui, paie 60 % après un abattement de seulement 1 594 €.

4.1. Usufruit ou 1/4 en pleine propriété : comment choisir ?

Petit point vocabulaire avant de trancher. La Pleine Propriété (PP), c'est le droit de propriété complet — vous possédez, utilisez, vendez. Elle se démembre en deux droits : l'Usufruit (US), qui donne l'usage et les revenus du bien (habiter, encaisser les loyers), et la Nue-Propriété (NP), qui donne le droit de disposer (vendre, transmettre). Au décès de l'usufruitier, les deux se reconstituent gratuitement chez le nu-propriétaire : c'est le levier majeur de transmission en droit français.

100 % usufruit

Le conjoint conserve l'usage et les revenus de tout le patrimoine (logement, loyers, dividendes). Les enfants sont nus-propriétaires. Au décès du conjoint, les enfants récupèrent la PP sans droits. Idéal si le patrimoine est immobilier et le conjoint a besoin de revenus.

1/4 en pleine propriété

Le conjoint reçoit 25 % du patrimoine en propriété définitive. Les enfants reçoivent 75 % immédiatement en PP. Idéal si le patrimoine est liquide et les enfants ont besoin de leur part rapidement (projet immobilier, création d'entreprise).

Concrètement, prenez un couple de 60 ans avec 2 enfants majeurs et un patrimoine d'1 M€ (maison 600 k€ + AV 400 k€). En option 100 % usufruit, la veuve garde la jouissance totale de sa vie durant — les enfants récupèrent la PP gratuitement à son décès. En option 1/4 PP, la veuve possède définitivement 250 k€, mais les enfants encaissent 750 k€ tout de suite — utile s'ils ont un projet immobilier. L'option usufruit optimise la fiscalité globale, l'option 1/4 PP accélère la transmission.

Hagnéré Patrimoine

Protéger votre conjoint survivant : par où commencer ?

Usufruit total, quart en pleine propriété, donation entre époux, changement de régime matrimonial : un conseiller en gestion de patrimoine chiffre les scénarios pour votre couple et sécurise les revenus futurs du survivant sans léser les enfants.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 5RÉSERVE·6 MIN

Pouvez-vous vraiment déshériter vos enfants ?

Même avec un testament, vous ne pouvez pas déshériter vos enfants. La loi leur garantit une part minimale — la réserve héréditaire. Le reste, la quotité disponible, est librement attribuable par testament ou donation (art. 912-917 C. civ.).

Pourquoi c'est crucial ? Parce que tout legs qui dépasse la quotité disponible peut être contesté par les enfants. Et cette contestation peut remonter 5 ans après le décès.

Tableau comparatif : Nombre d'enfants — Réserve héréditaire — Quotité disponible — Premier cas : 1 enfant
Nombre d'enfantsRéserve héréditaireQuotité disponible
1 enfant1/2 (50 %)1/2 (50 %)
2 enfants2/3 (66,7 %)1/3 (33,3 %)
3 enfants et plus3/4 (75 %)1/4 (25 %)
Conjoint (sans descendant)1/4 (25 %)3/4 (75 %)
Ni descendant ni conjointAucune réserve100 %

Concrètement, si vous avez 2 enfants, vous devez leur laisser au minimum 2/3 de votre patrimoine. Vous ne pouvez donner que 1/3 à qui vous voulez (ami, association, beau-fils, etc.). Exemple : patrimoine de 600 k€, vous devez réserver 400 k€ à vos 2 enfants (200 k€ chacun), et vous ne pouvez léguer que 200 k€ à un tiers. Tout legs au-delà est réductible par vos enfants dans les 5 ans suivant le décès.

5.1. Cas chiffré : quotité disponible avec 3 enfants

Profil : patrimoine net de 1 200 000 €, 3 enfants, le défunt souhaite avantager un ami de longue date par testament.

  • Réserve héréditaire (3 enfants) : 3/4 = 900 000 € (300 000 € par enfant).
  • Quotité disponible : 1/4 = 300 000 €.
  • Le legs à l'ami ne peut pas dépasser 300 000 €. Au-delà, les enfants peuvent exercer l'action en réduction (art. 920 C. civ.) dans les 5 ans suivant le décès (ou 2 ans après la découverte de l'atteinte à la réserve).
  • Droits de l'ami sur 300 000 € (non-parent) : (300 000 − 1 594) × 60 % = 179 044 €.
  • Solution optimisée : verser 152 500 € en AV (avant 70 ans) au profit de l'ami → 0 € de droits AV (abattement 152 500 €). Legs restant 147 500 € → droits 60 % = 87 543 €. Économie : 91 501 €.

5.2. La RAAR : renoncer à sa réserve par avance

Et si un enfant acceptait volontairement de recevoir moins que sa part légale ? C'est possible grâce à la RAAR — la Renonciation Anticipée à l'Action en Réduction. Un héritier réservataire peut renoncer par avance à contester une donation ou un legs (art. 929 C. civ., loi du 23 juin 2006).

  • Conditions de validité : acte authentique (2 notaires dont 1 désigné par la chambre des notaires), consentement libre et éclairé du renonçant, révocable uniquement en cas de manquement grave du bénéficiaire (art. 930-1 C. civ.).
  • Effet : le donateur peut transmettre au-delà de la quotité disponible sans risque de réduction ultérieure. Par exemple, avec 3 enfants et l'accord de tous, il peut léguer 100 % de son patrimoine à un tiers.
  • Cas d'usage typique : familles recomposées (un enfant renonce pour favoriser les enfants du conjoint), transmission d'entreprise (un enfant non impliqué renonce pour faciliter la transmission Dutreil à l'enfant repreneur), philanthropie (legs à une fondation au-delà de la QD).

La RAAR est irrévocable sauf exception

Trois cas de révocation seulement (art. 930-3 C. civ.) : crime/délit du bénéficiaire contre le renonçant, manquement alimentaire, ou état de besoin à l'ouverture de la succession. C'est un engagement définitif — un accompagnement juridique est indispensable.

Répartition entre héritiers cadrée, reste à chiffrer l'addition : combien chacun va-t-il effectivement payer en droits de succession ? Tout dépend du barème progressif applicable à son lien de parenté.

§ 6BARÈMES·8 MIN

Combien vos héritiers paieront-ils réellement ?

Combien allez-vous payer ? La réponse dépend de deux choses : votre lien de parenté avec le défunt, et le montant que vous héritez. Plus le lien est éloigné, plus la note est salée.

6.0. Mini-simulateur textuel — calcul express des droits de succession

Exemple : un enfant unique reçoit 350 000 € de son parent (ligne directe). Voici le calcul pas à pas.

Tableau comparatif : Étape — Calcul — Montant — Premier cas : 1. Patrimoine net reçu
ÉtapeCalculMontant
1. Patrimoine net reçuPart héritée (après partage conjoint, dettes)350 000 €
2. Abattement art. 779 I100 000 € (enfant, renouvelable 15 ans)− 100 000 €
3. Base taxablePatrimoine net − abattement= 250 000 €
4. Barème art. 777 (tranches)5 % (0→8 072) + 10 % (8 072→12 109) + 15 % (12 109→15 932) + 20 % (15 932→250 000)403,60 + 403,70 + 573,45 + 46 813,60
5. Droits nets à payerTotal des tranches≈ 48 194 €
Taux effectifDroits / Patrimoine net reçu13,8 %

Concrètement, un enfant unique qui hérite de 350 k€ paie environ 48 k€ de droits (taux effectif 13,8 %). Les 100 k€ d'abattement passent en priorité, puis le solde (250 k€) est taxé tranche par tranche : 5 % sur les 8 k€ premiers, puis 10 %, puis 15 %, puis 20 % au-delà. C'est l'empilement des tranches qui crée l'effet progressif. Calcul non contractuel : pour une simulation complète intégrant AV, démembrement, donations antérieures et régime matrimonial, contactez un Conseiller en Gestion de Patrimoine (CGP) — les interactions entre dispositifs modifient souvent sensiblement le résultat.

6.1. Ligne directe (parents/enfants) — art. 777, tableau I

Tableau comparatif : Tranche de part nette taxable — Taux — Premier cas : Jusqu'à 8 072 €
Tranche de part nette taxableTaux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 à 12 109 €10 %
De 12 109 à 15 932 €15 %
De 15 932 à 552 324 €20 %
De 552 324 à 902 838 €30 %
De 902 838 à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Cas typique : si vous héritez de 300 000 € de votre parent (après l'abattement de 100 000 €, soit 200 000 € taxables), vous paierez environ 38 194 € de droits — soit un taux effectif de 12,7 %. Sur les premiers 100 000 €, vous ne payez rien grâce à l'abattement. C'est au-delà que la facture grimpe par paliers de 20 à 45 %.

6.2. Autres liens de parenté

Tableau comparatif : Lien — Taux — Abattement — Premier cas : Conjoint / PACS
LienTauxAbattement
Conjoint / PACSExonéré—
Enfant / parent5-45 % (7 tranches)100 000 €
Frère / sœur35-45 % (2 tranches)15 932 €
Neveu / nièce55 % (unique)7 967 €
Parent au-delà du 4e degré60 % (unique)1 594 €
Non-parent (concubin, ami)60 % (unique)1 594 €

Pour fixer les ordres de grandeur sur un même héritage de 300 000 € : un enfant paie environ 38 194 € de droits (taux effectif 12,7 %), un neveu paie 160 618 € (55 % après l'abattement de 7 967 €), un concubin 179 044 € (60 % après l'abattement de 1 594 €). Le même actif transmis génère une note de 4 à 5 fois plus élevée selon le lien de parenté — c'est tout l'enjeu de l'anticipation et du choix d'outils (PACS, mariage, assurance-vie, donations).

Le concubin : 60 % sans abattement significatif

Le concubin est fiscalement un étranger : taux de 60 %, abattement de 1 594 €. Sur 200 000 € : droits = 119 044 €. L'assurance-vie ( 152 500 € abattement par bénéficiaire via assurance vie luxembourgeoise (art. 990 I CGI)) est le seul levier réellement efficace pour le protéger.

Hagnéré Patrimoine

Quels droits de succession paieront réellement vos héritiers ?

Régime matrimonial, assurance-vie, immobilier, donations antérieures : chaque paramètre change la note finale. On simule les droits dus aujourd'hui et après optimisation pour chaque héritier.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

Vous connaissez les barèmes. Mais avant d'appliquer ces taux, le fisc soustrait un abattement — une somme sur laquelle vous ne payez aucun droit. Voyons combien vous pouvez recevoir en franchise totale.

§ 7ABATTEMENTS·6 MIN

Abattements applicables

Saviez-vous qu'un couple avec 2 enfants peut transmettre plus de 500 000 € sans payer un centime de droits ? C'est possible grâce aux abattements — des montants qui échappent totalement à l'impôt.

Tableau comparatif : Bénéficiaire — Montant — Article CGI — Renouvellement — Premier cas : Enfant (vivant ou représenté)
BénéficiaireMontantArticle CGIRenouvellement
Enfant (vivant ou représenté)100 000 €art. 779-I15 ans
Ascendant (par parent)100 000 €art. 779-I15 ans
Personne handicapée (cumulable)159 325 €art. 779-II15 ans
Frère / sœur15 932 €art. 779-IV15 ans
Neveu / nièce7 967 €art. 779-V15 ans
Petit-enfant (par représentation)100 000 € (par souche)art. 779-I15 ans
Petit-enfant (legs direct)1 594 €art. 788 IV15 ans
Tout autre héritier1 594 €art. 788 IV15 ans

Effet d'échelle : un couple avec 2 enfants peut transmettre 400 000 € (2 parents × 2 enfants × 100 000 €) tous les 15 ans sans payer un centime de droits. Sur 30 ans, c'est 800 000 € en franchise totale. Ajoutez un enfant handicapé et l'abattement supplémentaire de 159 325 € se cumule avec les 100 000 €.

Rappel fiscal de 15 ans

Les abattements sont renouvelables tous les 15 ans : si vous avez reçu une donation avec l'abattement de 100 000 € il y a plus de 15 ans, l'abattement est de nouveau disponible pour la succession. Si la donation a moins de 15 ans, l'abattement consommé vient en déduction.

Nouveauté LF 2026 : don familial 100 000 € pour le logement neuf (art. 790 A bis CGI) — fenêtre jusqu'au 31/12/2026

Du 15 février 2025 au 31 décembre 2026, un dispositif exceptionnel permet de donner jusqu'à 100 000 € par donateur à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant en totale exonération de droits — à condition d'affecter cette somme à :

  • l'achat d'un logement neuf (résidence principale du donataire) ;
  • ou des travaux de rénovation énergétique sur la résidence principale (pompe à chaleur, isolation, ventilation, etc.).

Plafond global : 300 000 € par donataire tous donateurs confondus. L'affectation des fonds (achat logement neuf ou travaux) doit intervenir dans les 6 mois de la donation. Le bien doit ensuite être conservé au moins 5 ans (résidence principale du donataire ou location longue durée), avec engagement de location ≥ 5 ans en cas de mise en location. Ce dispositif est cumulable avec l'abattement classique de 100 000 € (art. 779) et le don Sarkozy de 31 865 € (art. 790 G).

Concrètement, un couple de parents peut transmettre jusqu'à 463 730 € à chaque enfant en 2026 (2 × 100 000 € abattement + 2 × 100 000 € don art. 790 A bis + 2 × 31 865 € don Sarkozy) sans un centime de droits. Pour détailler les combinaisons, voyez notre guide « donner 100 000 € à ses enfants » et le hub donation.

7.1. Abattement 20 % sur la résidence principale

La valeur de la résidence principale du défunt bénéficie d'un abattement de 20 % (art. 764 bis CGI) si elle était occupée au jour du décès comme résidence principale par le conjoint survivant, un enfant mineur, un enfant majeur handicapé ou le partenaire de PACS.

Les abattements permettent de réduire la base taxable. Mais il existe un outil encore plus puissant : l'assurance-vie, qui échappe totalement aux règles classiques de la succession.

§ 8ASSURANCE-VIE·9 MIN

Pourquoi l’assurance-vie est-elle le placement préféré des Français pour transmettre ?

L'assurance-vie est souvent présentée comme le placement préféré des Français. Ce n'est pas pour son rendement — c'est pour sa fiscalité successorale. Voici pourquoi elle est incontournable.

L'assurance-vie est le principal outil de transmission en France. Elle est « hors succession » : les capitaux décès ne font pas partie de l'actif successoral et bénéficient d'une fiscalité propre, bien plus avantageuse.

Tableau comparatif : — Primes versées avant 70 ans — Primes versées après 70 ans — Premier cas : Régime
Primes versées avant 70 ansPrimes versées après 70 ans
RégimeArt. 990 I CGI (prélèvement sui generis, c'est-à-dire un impôt spécifique, distinct des droits de succession classiques)Art. 757 B CGI (DMTG)
Abattement152 500 € par bénéficiaire30 500 € global (tous contrats)
Taux20 % sur la fraction taxable jusqu'à 700 000 € (soit une valeur transmise jusqu'à 852 500 €), puis 31,25 % au-delàBarème DMTG selon le lien de parenté
GainsInclus dans l'assietteExonérés
Conjoint/PACSExonéréExonéré

Concrètement, si vous souscrivez une AV à 62 ans et versez 300 000 € avant vos 70 ans pour vos deux enfants bénéficiaires, chacun reçoit 150 000 €, soit moins que l'abattement de 152 500 € : aucun prélèvement n'est dû et les 300 000 € sont transmis nets. Les mêmes 300 000 € transmis par succession en ligne directe, après l'abattement de 100 000 € par enfant, supporteraient 8 194 € de droits par enfant, soit 16 389 € au total. Gain : environ 16 400 € sur cet exemple — et bien davantage dès que les sommes dépassent les abattements de droit commun.

Clause bénéficiaire démembrée

La clause peut désigner le conjoint en usufruit et les enfants en nue-propriété. Le conjoint perçoit les revenus (quasi-usufruit), les enfants récupèrent le capital au 2nd décès. Le barème de l'art. 669 CGI détermine la répartition usufruit/nue-propriété selon l'âge. Attention : depuis la loi de finances (LF) 2024 (art. 774 bis), la créance de restitution du quasi-usufruit n'est plus déductible — sauf si elle résulte de l'usufruit légal du conjoint (art. 757 C. civ.) ou d'une donation entre époux. L'assurance-vie reste exclue de l'art. 774 bis (confirmé par le BOFiP — Bulletin Officiel des Finances Publiques — du 26/09/2024). Pour approfondir, consultez notre guide succession en AV luxembourgeoise.

Amendement non retenu par la LF 2026 : la transmission anticipée défiscalisée d'AV après 70 ans n'a pas été adoptée

Lors de la discussion du PLF 2026, l'Assemblée nationale avait adopté le 3 novembre 2025 un amendement prévoyant un dispositif exceptionnel de transmission anticipée de l'assurance-vie pour les plus de 70 ans (abattement de 152 500 € par donataire en 2026). Cet amendement a été RETIRÉ du texte final : le budget fortement amendé ayant été rejeté par le Sénat en première lecture, la mesure n'a pas été réintégrée dans la loi de finances pour 2026 finalement promulguée.

Le régime de droit commun demeure donc seul applicable :

  • Art. 990 I CGI — primes versées avant 70 ans : abattement 152 500 €/bénéficiaire au décès (20 % puis 31,25 %).
  • Art. 757 B CGI — primes versées après 70 ans : abattement global 30 500 € (tous bénéficiaires, tous contrats confondus), gains exonérés.

Pour approfondir la fiscalité AV, voyez notre guide fiscalité assurance-vie et le hub assurance-vie.

8.0. Stratégie avancée : la clause bénéficiaire démembrée en détail

Au lieu d'une clause classique type « mon conjoint, à défaut mes enfants », la clause démembrée désigne le conjoint comme usufruitier et les enfants comme nus-propriétaires.

Avantages fiscaux : la valeur transmise est répartie selon le barème art. 669 CGI entre usufruitier et nus-propriétaires. L'abattement de 152 500 € se répartit entre le conjoint (qui bénéficie des fonds toute sa vie) et les enfants (qui récupèrent la valeur au décès du conjoint, sans nouveaux droits).

Exemple : AV de 600 000 €, clause démembrée. Conjoint 65 ans (usufruit 40 %) : 240 000 € lui reviennent, exonérés. Enfants en nue-propriété (60 %) : 360 000 €, mais l'abattement de 152 500 € attaché à chaque couple usufruitier / nu-propriétaire est réparti dans les mêmes proportions que les droits (art. 990 I CGI) — les enfants n'en captent que la fraction correspondant à la nue-propriété, la part revenant au conjoint exonéré étant perdue. Au décès du conjoint, les enfants récupèrent l'usufruit sans nouveaux droits.

Pièges à éviter : formulation « mes héritiers » sans précision (délai de versement, exclusion en cas de renonciation), clause rédigée hors contrat (Bercy exige qu'elle figure dans la clause elle-même — position FAC Associés 2024, confirmée LF 2024).

8.1. PER (Plan d'Épargne Retraite) et succession

Le PER assurance suit un régime proche de l'assurance-vie (art. 990 I avant 70 ans, art. 757 B après), avec deux différences majeures : c'est l'âge du titulaire au décès qui compte, pas la date des versements, et en cas de décès après 70 ans, primes ET gains de tout le plan sont taxés, y compris les versements effectués avant 70 ans (l'AV ne taxe que les primes versées après 70 ans et exonère les gains). De plus, l'abattement 152 500 € est commun à tous les contrats AV + PER assurance. Pour en savoir plus, consultez notre guide PER 2026.

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Bilan gratuitCGP immatriculé à l’ORIASSans engagement

L'assurance-vie est un levier majeur, mais elle ne suffit pas toujours. Pour les patrimoines immobiliers, un autre mécanisme permet de transmettre à moindre coût : le démembrement de propriété. Chez Hagnéré Patrimoine, nous combinons systématiquement AV et démembrement pour les patrimoines mixtes (financier + immobilier) afin de couvrir tous les actifs.

§ 9DÉMEMBREMENT·7 MIN

Comment transmettre un bien immobilier en divisant la facture par deux ?

Comment transmettre un bien immobilier à vos enfants tout en continuant à y vivre et à percevoir les loyers ? C'est exactement ce que permet le démembrement de propriété — et c'est l'un des outils les plus efficaces pour réduire les droits de succession.

Le démembrement de propriété est un outil puissant de transmission. Le donateur transmet la nue-propriété de son vivant et conserve l'usufruit. À son décès, les nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire (art. 1133 CGI). Pour approfondir les règles du démembrement et du quasi-usufruit post-LF 2024, voyez notre guide quasi-usufruit et démembrement.

9.1. Barème fiscal du démembrement — art. 669 CGI

Tableau comparatif : Âge de l'usufruitier — Valeur usufruit — Valeur nue-propriété — Premier cas : Moins de 21 ans
Âge de l'usufruitierValeur usufruitValeur nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

Concrètement, si vous avez 65 ans et que vous donnez la nue-propriété d'un bien de 500 000 € à vos enfants, les droits de donation ne portent que sur 300 000 € (60 % de la valeur). Vous conservez l'usage du bien et les revenus. Et à votre décès, vos enfants récupèrent la pleine propriété sans payer un centime de plus. C'est la « double décote ».

Donation de la nue-propriété : double avantage

1) Les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété (NP) seulement (pas la pleine propriété). À 65 ans, la NP vaut 60 % → les droits portent sur 60 % du bien. 2) Au décès du donateur, la pleine propriété (PP) est reconstituée sans aucun droit supplémentaire. C'est la « double décote ».

9.2. Cas chiffré : donation NP d'un bien de 500 000 € à 65 ans

Profil : Martine (65 ans) donne la nue-propriété de sa résidence secondaire (valeur PP : 500 000 €) à son fils unique. Elle conserve l'usufruit (droit d'usage et revenus).

  • Valeur de la NP (art. 669, 61-70 ans) : usufruit = 40 %, NP = 60 %. Soit 500 000 × 60 % = 300 000 €.
  • Abattement (art. 779-I) : 100 000 €. Base taxable : 300 000 − 100 000 = 200 000 €.
  • Calcul des droits (barème art. 777, ligne directe) :
    8 072 × 5 % = 403,60 €
    (12 109 − 8 072) × 10 % = 403,70 €
    (15 932 − 12 109) × 15 % = 573,45 €
    (200 000 − 15 932) × 20 % = 36 813,60 €
    Total : 38 194 €.
  • Au décès de Martine : le fils récupère la pleine propriété (500 000 € ou plus, selon la revalorisation) sans aucun droit supplémentaire (art. 1133 CGI).
Comparaison : donation en PP de 500 000 € → droits = (500 000 − 100 000) × barème = 78 194 €
Donation NP à 65 ans → droits = 38 194 € → Économie : 40 000 € (−51 %)
+ reconstitution PP gratuite au décès → valeur réelle transmise : 500 000 € pour 38 194 € de droits

Démembrement + SCPI : un effet de levier supplémentaire

Le démembrement peut aussi s'appliquer aux parts de SCPI : le donateur transmet la nue-propriété des parts, conserve l'usufruit (revenus locatifs), et les enfants récupèrent la pleine propriété au décès. Les SCPI offrent l'avantage d'une décote de nue-propriété économique (clés de démembrement) souvent plus avantageuse que le barème fiscal. Pour approfondir, consultez notre guide nue-propriété SCPI.

Le démembrement fonctionne bien pour un seul bien. Mais si vous possédez un immeuble locatif que vous souhaitez transmettre progressivement, sans risque d'indivision, il existe un outil encore plus souple : la SCI familiale.

§ 10SCI·6 MIN

SCI familiale et succession

Vous possédez un bien immobilier et vous avez plusieurs enfants ? Au décès, ce bien tombe en indivision — et l'indivision, c'est souvent le début des conflits. La SCI familiale permet d'éviter ce scénario.

La SCI (Société Civile Immobilière) permet de transformer un bien immobilier indivisible en parts sociales divisibles, facilitant la transmission progressive. Les avantages :

  • Décote sur la valeur des parts : les parts d'une SCI, comme les droits indivis, valent moins que la fraction qu'elles représentent sur la valeur totale de l'immeuble (Cass. com., 16 février 2016, n° 14-23.301, qui valide une décote de 20 % sur des droits immobiliers indivis en matière d'ISF). Aucun barème n'existe : le taux relève de l'appréciation des juges du fond et doit être justifié bien par bien.
  • Donation échelonnée : donner des parts tous les 15 ans, avec l'abattement de 100 000 €/enfant renouvelé.
  • Démembrement des parts : transmettre la NP des parts, conserver l'usufruit (revenus locatifs + gestion).
  • Éviter l'indivision : les statuts organisent la gestion (pas de blocage).

10.1. Cas chiffré : immeuble 1 M€ — direct vs SCI sur 15 ans

Profil : couple (tous deux 55 ans), 2 enfants, immeuble locatif valant 1 000 000 €. Ils comparent la transmission en direct au décès vs la création d'une SCI familiale avec donation échelonnée des parts.

Tableau comparatif : — Transmission directe (au décès) — SCI + donation échelonnée — Premier cas : Patrimoine transmis
Transmission directe (au décès)SCI + donation échelonnée
Patrimoine transmis1 000 000 € (valeur PP au décès)1 000 000 € de parts SCI
Décote d'illiquidité/minoritéAucune20 % → valeur fiscale : 800 000 €
Étape 1 (année 0)—Donation NP de 50 % des parts (400 000 € × 50 % NP = 200 000 €). Abattement 4 × 100 000 € = 400 000 €. Droits : 0 €
Étape 2 (année 15)—Renouvellement : donation NP de 50 % restants. Abattement renouvelé : 4 × 100 000 €. Droits : 0 €
Total droits SCI—0 €
Total droits direct1 000 000 / 2 enfants = 500 000 €/enfant. Abattement 100 000 €. Taxable 400 000 €. Droits : ~78 194 €/enfant. Total : 156 388 €—
Économie SCI—156 388 € (100 % des droits économisés)

Concrètement, un couple de 55 ans avec 2 enfants et un immeuble locatif de 1 M€ économise environ 156 000 € de droits de succession en créant une SCI familiale et en échelonnant les donations sur 15 ans plutôt qu'en transmettant directement au décès. Le patrimoine reste identique (1 M€), mais la fiscalité passe de 156 k€ à 0 €. Le cumul décote 20 % + donations démembrées + abattement renouvelé crée l'effet de levier.

Détail du calcul — droits en direct (par enfant, 400 000 € taxables)

8 072 × 5 % = 403,60 € + (12 109 − 8 072) × 10 % = 403,70 € + (15 932 − 12 109) × 15 % = 573,45 € + (400 000 − 15 932) × 20 % = 76 813,60 €. Total par enfant : 78 194 €. Pour 2 enfants : 156 388 €. Avec la SCI, la combinaison décote 20 % + donation échelonnée sur 15 ans + démembrement permet de transmettre 1 M€ avec 0 € de droits. Pour approfondir les stratégies immobilières, consultez notre guide investissement immobilier.

Attention : LF 2024 anti-abus (art. 973 CGI)

La LF 2024 a introduit 3 clauses anti-abus ciblant les SCI : interdiction de déduire certaines dettes artificielles (art. 973 II/III/IV CGI). Les montages avec endettement artificiel pour réduire l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) ou les DMTG sont requalifiables. Pour approfondir, consultez notre guide SCI et IFI.

La SCI est taillée pour l'immobilier. Mais si vous êtes chef d'entreprise, un autre dispositif vous permet de transmettre votre société à vos enfants en ne payant des droits que sur 25 % de sa valeur.

§ 11DUTREIL·8 MIN

Pacte Dutreil : transmettre une entreprise à 25 % de sa valeur

Vous avez bâti une entreprise et vous voulez la transmettre à vos enfants sans qu'ils aient à vendre des actifs pour payer les droits ? Le Pacte Dutreil est fait pour cela. Il divise la facture par quatre.

Le Pacte Dutreil (art. 787 B et 787 C CGI) permet une exonération de 75 % de la valeur des parts ou de l'entreprise en cas de transmission par décès ou donation.

Tableau comparatif : Condition — Détail — Premier cas : Engagement collectif
ConditionDétail
Engagement collectif2 ans minimum, portant sur 34 % des droits de vote et 17 % des droits financiers (non cotées), ou 20 % et 10 % (cotées)
Engagement individuel6 ans à compter de la fin de l'engagement collectif (LF 2026, soit 8 ans au total avec l'engagement collectif)
Fonction de directionL'un des signataires doit exercer une fonction de direction pendant 3 ans
Exonération75 % de la valeur transmise
Cumul avec abattementAprès exonération 75 %, abattement 100 000 €/enfant s'applique sur les 25 % restants
Droits Dutreil = (Valeur entreprise × 25 % − abattement 100 000 €) × barème DMTG

Concrètement, un dirigeant de SAS valorisée 3 M€ avec 3 enfants transmet 75 % en franchise (exonération Dutreil), il ne reste que 750 000 € de base taxable. Chaque enfant reçoit 250 000 € diminué de 100 000 € d'abattement = 150 000 € taxés à 20 % ≈ 28 000 € par enfant. Total : environ 84 000 € de droits pour transmettre une entreprise à 3 M€. Sans Dutreil, ce serait environ 640 000 €. Gain net : 556 000 €. C'est le levier le plus puissant pour les chefs d'entreprise.

Exemple : entreprise 2 M€ transmise avec Dutreil

Valeur : 2 000 000 €. Exonération 75 % : base taxable = 500 000 €. Abattement 100 000 € (2 enfants × 100 000 = 200 000 €). Base nette par enfant : 150 000 €. Droits par enfant : ≈ 28 194 €. Total : 56 388 € au lieu de ≈ 426 000 € sans Dutreil. Économie : ≈ 369 500 €. Pour approfondir les conditions du Dutreil et la holding animatrice, consultez notre guide holding animatrice et IFI.

Nouveauté LF 2026 (art. 787 B modifié) : engagement porté à 8 ans et exclusion des biens non-pros

Applicable aux transmissions intervenant à compter du 21 février 2026. Depuis la LF 2026, l'engagement individuel post-transmission passe de 4 à 6 ans (2 ans collectif + 6 ans individuel = 8 ans au total). Surtout, l'assiette du Dutreil exclut désormais les actifs non affectés à l'activité professionnelle (yachts, bijoux, œuvres d'art, chevaux, vins, résidences) qui doivent avoir été affectés exclusivement à l'activité depuis au moins 3 ans. Avant de signer, faites vérifier le bilan par un expert. Pour approfondir, consultez notre guide dédié au Pacte Dutreil 2026.

11.1. Cas pratique — Marc, dirigeant d'une PME familiale

Profil : Marc, 68 ans, dirige une SAS (Société par Actions Simplifiée) familiale valorisée 3 000 000 €. Il souhaite transmettre à ses 2 enfants avant 70 ans pour bénéficier de la réduction de 50 % des droits applicable aux donations en pleine propriété réalisées avant cet âge (art. 790 CGI).

Sans Dutreil :

  • Valeur transmise : 3 000 000 € (1 500 000 €/enfant).
  • Abattement 100 000 €/enfant, base taxable : 1 400 000 €/enfant.
  • Droits ≈ 412 678 €/enfant (tranche 40 %).
  • Total droits : 825 356 €.

Avec Dutreil (engagement collectif 2 ans + individuel 6 ans = 8 ans au total) :

  • Exonération 75 % → valeur taxable globale : 750 000 €, soit 375 000 €/enfant.
  • Abattement 100 000 €/enfant → base nette 275 000 €/enfant.
  • Droits avant réduction ≈ 53 194 €/enfant. Après réduction 50 % (donation avant 70 ans, pleine propriété) : ≈ 26 597 €/enfant.
  • Total droits après réduction : environ 26 600 € / enfant, soit 53 194 € pour les 2 enfants.
  • Économie : environ 772 000 € (94 % de réduction).

Concrètement, le Dutreil est souvent l'outil décisif pour éviter que les héritiers ne doivent vendre l'entreprise pour payer les droits. Pour une vision à 360° de la transmission d'entreprise, voyez aussi notre guide family office et le guide gestion de fortune.

Tous ces leviers — AV, démembrement, SCI, Dutreil — ne produisent leurs effets que si vos volontés sont clairement exprimées. C'est le rôle du testament.

§ 12TESTAMENT·6 MIN

Testament et legs

Le testament permet de modifier la dévolution légale dans la limite de la quotité disponible (art. 912 C. civ.). Il en existe quatre formes :

12.1. Typologie des testaments

Tableau comparatif : Type — Conditions — Avantages — Limites — Premier cas : Olographe (art. 970 C. civ.)
TypeConditionsAvantagesLimites
Olographe (art. 970 C. civ.)Manuscrit entièrement de la main du testateur, daté et signéGratuit, modifiable, secretRisque de perte ou de contestation (graphologie)
Authentique (art. 971 C. civ.)Dicté à 2 notaires OU 1 notaire + 2 témoinsSécurité maximale, incontestableCoût ≈ 150-250 €
International (Convention de Washington du 26/10/1973)Langue libre, déclaration devant un notaire + 2 témoins, signatures, attestation jointeValidité dans 12+ pays signatairesDispositif méconnu
Mystique (art. 976 C. civ.)Testament cacheté remis clos et scellé au notaireSecret préservéRarement utilisé en pratique

Concrètement, un testament olographe manuscrit coûte zéro euro mais peut être contesté ; un testament authentique offre la sécurité maximale pour 150-250 €. Pour les patrimoines internationaux, le testament international (Washington 1973) est le plus flexible.

12.1.1. Testament international (Convention de Washington du 26/10/1973)

Publiée en France par décret n° 94-990 du 8 novembre 1994 et entrée en vigueur le 1er décembre 1994, la Convention de Washington du 26 octobre 1973 crée une forme universelle de testament valide dans tous les États parties, quelle que soit la langue utilisée, la situation des biens ou la nationalité du testateur.

Conditions (annexe, art. 2 à 5) : écrit (pas nécessairement manuscrit, tapuscrit accepté), langue libre, déclaration devant 2 témoins et une personne habilitée (notaire en France), signature du testateur et des témoins, attestation jointe.

Filet de sécurité méconnu : un testament authentique annulé pour vice de forme peut être requalifié en testament international si les conditions de cette forme sont réunies (Cass. 1re civ., 5 septembre 2018, n° 17-26.010, publié au Bulletin). C'est la solution pivot pour les patrimoines internationaux et les binationaux.

12.1.2. Cas pratique — Élise, 70 ans, veuve, rédige son testament olographe

Profil : Élise, 70 ans, veuve, ancienne professeure des écoles à Rennes, a 2 enfants adultes (Camille et Julien). Elle souhaite léguer sa résidence secondaire à Belle-Île (valeur 250 000 €) à sa filleule Anaïs, sans déshériter ses enfants. Patrimoine total : 900 000 €.

La question : jusqu'où peut-elle aller sans enfreindre la réserve héréditaire ?

  • Avec 2 enfants, la quotité disponible est de 1/3, soit 300 000 €.
  • Le legs à Anaïs (250 000 €) reste en dessous de la quotité disponible : il est valide.
  • Élise rédige un testament olographe (manuscrit, daté, signé), déposé chez son notaire pour sécurité.
  • Fiscalité pour Anaïs (non-parenté) : abattement 1 594 €, taux 60 % → droits ≈ 149 044 €. À anticiper par une assurance-vie dédiée (152 500 € d'abattement art. 990 I).

Concrètement, un testament olographe bien rédigé et déposé chez un notaire ne coûte rien et protège parfaitement un legs, à condition de respecter la quotité disponible et d'anticiper la facture fiscale par un véhicule adapté (AV).

Le testament ne peut pas tout

Le testament ne peut pas priver un enfant de sa réserve héréditaire. Un legs universel au profit du conjoint n'est effectif que sur la quotité disponible. L'enfant lésé peut exercer une action en réduction (art. 920 C. civ.) dans les 5 ans suivant le décès.

Le testament fixe vos souhaits. Mais au moment du décès, il faut passer aux actes : déclaration, délais, paiement. Voici le volet administratif.

§ 13FORMALITÉS·8 MIN

Formalités, délais et paiement

13.1. Déclaration de succession

Tableau comparatif : Élément — Détail — Premier cas : Délai
ÉlémentDétail
Délai6 mois (décès France) / 12 mois (décès étranger/DOM-TOM)
FormulaireN° 2705, 2705-S, 2706 (immeubles)
DépôtService des impôts du domicile du défunt
Pénalité de retardIntérêt de retard 0,20 %/mois à compter du 7e mois (art. 1727) ; majoration de 10 % seulement au-delà de 12 mois (art. 1728, 2)
Frais de notaireEnviron 1-2 % de l'actif successoral (émoluments réglementés)

Concrètement, une succession moyenne de 500 k€ d'actif brut doit être déclarée dans les 6 mois au service des impôts du domicile du défunt. Dépasser le délai coûte 0,20 %/mois d'intérêt de retard (art. 1727 CGI) ; la majoration de 10 % de l'art. 1728 ne court qu'à compter du premier jour du septième mois suivant l'expiration du délai de six mois, soit au-delà de douze mois après le décès. 3 mois de retard sur des droits de 50 k€ = 300 € d'intérêts, sans majoration. Le notaire gère la démarche pour vous, mais vous devez respecter les délais.

13.2. Coût du notaire : barème exact des émoluments (art. A444-59 à A444-69-1 du Code de commerce)

Les frais de notaire pour le règlement d'une succession sont réglementés par l'arrêté du 26 février 2016 fixant les tarifs réglementés des notaires ; les barèmes reproduits ci-dessous sont ceux figurant au Code de commerce dans leur version applicable depuis le 1er mars 2020. Ils se décomposent en émoluments proportionnels (par tranche d'actif), émoluments fixes et débours. Voici le barème exact :

Barème proportionnel — Déclaration de succession (n°8, tableau 5)

Tableau comparatif : Tranche d'actif brut — Taux HT — Premier cas : De 0 à 6 500 €
Tranche d'actif brutTaux HT
De 0 à 6 500 €1,548 %
De 6 500 à 17 000 €0,851 %
De 17 000 à 30 000 €0,580 %
Au-delà de 30 000 €0,426 %

Autres actes de succession

Tableau comparatif : Prestation — Émolument — Base — Référence — Premier cas : Acte de notoriété
PrestationÉmolumentBaseRéférence
Acte de notoriété57,69 € HT (émolument fixe)Forfaitaireart. A444-59
Attestation de propriété immobilière1,935 % à 0,532 % HT (mêmes tranches)Valeur du bien immobilierart. A444-63
Partage successoral3,870 % à 0,998 % HT (tranches proportionnelles)Actif net partagéart. A444-68
Inventaire (prisée, c'est-à-dire estimation officielle des biens)76,92 € HT par vacation (séance de travail) de 2 heuresDuréeart. A444-69
Débours et formalitésVariable (FCDDV, cadastre, SPF — Service de Publicité Foncière)Remboursement au réel—
Exemple : succession de 500 000 € d'actif brut → déclaration de succession :
6 500 × 1,548 % + 10 500 × 0,851 % + 13 000 × 0,580 % + 470 000 × 0,426 %
= 100,62 + 89,36 + 75,40 + 2 002,20 = 2 268 € HT → 2 721 € TTC (TVA 20 %)
+ acte de notoriété (56,60 € HT) + attestation notariée + débours =
Total estimé : 5 000 à 8 000 € TTC (hors droits de succession)

Concrètement, pour une succession moyenne de 500 000 € d'actif brut, prévoyez une enveloppe notariale totale de 5 000 à 8 000 € TTC (hors droits de succession). Les émoluments sont dégressifs : plus l'actif est élevé, plus le taux marginal diminue.

Les émoluments sont non négociables mais dégressifs

Les émoluments proportionnels sont réglementés par l'État : le notaire ne peut pas les modifier. En revanche, il peut accorder une remise de 20 % maximum sur la part d'émolument au-delà de 100 000 € d'actif (art. R444-10 du Code de commerce), à condition d'appliquer le même taux de remise à tous ses clients. Les débours (frais avancés) sont quant à eux facturés au réel.

13.3. Dation en paiement

L'art. 1716 bis du CGI permet de payer les droits de succession par la remise d'œuvres d'art, livres, objets de collection ou immeubles à l'État. Conditions : les droits doivent dépasser 10 000 €, la demande est soumise à agrément ministériel, et la valeur de l'objet est fixée par une commission. Cette option est rare mais peut être cruciale lorsque le patrimoine est illiquide (œuvres d'art, monuments historiques — voir aussi l'exonération totale de droits sous convention art. 795 A).

13.4. Paiement fractionné et différé

Tableau comparatif : Mode — Conditions — Taux d'intérêt 2026 — Premier cas : Fractionné (cas général)
ModeConditionsTaux d'intérêt 2026
Fractionné (cas général)3 versements sur 1 an2,0 %
Fractionné (actif non liquide)7 versements sur 3 ans2,0 %
Différé (nue-propriété)Jusqu'à réunion de l'usufruit2,0 %
Différé (Dutreil entreprise)5 ans différé + 10 ans fractionné0,6 %

Concrètement, un héritier qui doit 25 k€ de droits sur la NP d'une maison (bien peu liquide) peut demander un fractionné sur 3 ans : 7 versements semestriels à 2 % d'intérêt plutôt qu'un paiement comptant. Chaque versement : environ 3,5 k€ + intérêts. Condition : fournir une garantie (hypothèque, caution bancaire). Avantage : la trésorerie est préservée, ce qui évite la vente forcée du bien immobilier familial.

Le piège du cash : quand les héritiers doivent payer des droits sans avoir reçu d'argent

Cas fréquent : Monsieur X, 75 ans, décède avec 600 000 € de patrimoine : résidence principale 400 k€ (en usufruit pour sa veuve) + AV 200 k€ (bénéficiaires = enfants).

Les enfants reçoivent la nue-propriété de la maison (valeur fiscale 240 k€ à 70 ans selon art. 669 CGI) → droits d'environ 28 k€ par enfant à payer en 6 mois… mais ils ne peuvent ni vendre la maison (usufruit de la mère) ni mobiliser leur part d'AV sans froisser la famille.

3 solutions :

  1. AV dédiée aux droits de succession : souscrire un contrat avec clause bénéficiaire « à hauteur des droits de succession dus par chaque enfant ».
  2. Paiement différé 5 ans (Dutreil) ou fractionné 3 ans × 20 % (art. 1717 CGI) — intérêts 2 % en 2026 (0,6 % entreprise).
  3. Donation anticipée de sommes d'argent pour constituer un coussin de trésorerie.

13.5. Succession vacante vs succession en déshérence

Deux notions souvent confondues, mais aux conséquences radicalement différentes.

  • Succession vacante (art. 809 C. civ.) : aucun héritier connu, tous les héritiers ont renoncé, ou absence d'option dans les 6 mois. Le juge nomme alors la DNID (Direction Nationale d'Interventions Domaniales) comme curateur. Inventaire → actes conservatoires → liquidation.
  • Succession en déshérence (art. 811 C. civ.) : aucun héritier connu ni acceptant après tentative de publicité → l'État recueille définitivement le patrimoine.

Héritier oublié : 10 ans pour se manifester auprès du notaire (art. 780 C. civ.), extinction totale à 30 ans. Si vous pensez être héritier d'une succession oubliée, consultez le site de la DNID ou sollicitez un généalogiste successoral.

13.6. Checklist des documents à réunir pour le notaire

Préparez votre rendez-vous notaire : la checklist à imprimer

  • Acte de décès (obtenir 10-15 copies à la mairie)
  • Livret de famille complet du défunt
  • Contrat de mariage / convention de PACS (si applicable)
  • Testament (authentique, olographe, international)
  • Actes de propriété immobilière (tous les biens)
  • Relevés bancaires des 5 dernières années
  • Contrats d'assurance-vie (copies intégrales + clauses bénéficiaires)
  • Contrats de prévoyance, PER, épargne retraite
  • Liste des dettes (crédits, factures impayées, pensions)
  • Factures d'obsèques (déductibles jusqu'à 1 500 €)
  • 3 derniers avis d'imposition du défunt
  • Déclarations de donations antérieures (rappel fiscal 15 ans)
  • Pièces d'identité de tous les héritiers
  • RIB de chaque héritier

Conseil CGP : préparez ces documents avant votre rendez-vous notaire. Vous économiserez 2 à 3 mois de procédure et réduirez sensiblement les allers-retours administratifs.

§ 14STRATÉGIES·9 MIN

Comment combiner tous les leviers pour payer zéro droits ?

Vous connaissez maintenant tous les outils : abattements, assurance-vie, démembrement, SCI, Dutreil. La vraie question, c'est comment les combiner pour transmettre le maximum avec le minimum de droits. Voici la synthèse.

Tableau comparatif : Levier — Mécanisme — Économie potentielle — Premier cas : Donation 100 000 €/15 ans
LevierMécanismeÉconomie potentielle
Donation 100 000 €/15 ansAbattement renouvelable. 2 parents × 2 enfants = 400 000 € tous les 15 ansJusqu'à 200 000 € de droits économisés
Assurance-vie (avant 70 ans)152 500 € hors succession par bénéficiaire. 3 enfants = 457 500 €Jusqu'à 95 000 €+ économisés (vs droits classiques)
Démembrement (donation nue-propriété)Droits sur la NP seule (40-60 % de la valeur). PP gratuite au décès30-60 % de la base taxable économisée
SCI familialeDécotes 15-30 % + donation échelonnée des parts15-30 % de base + renouvellement abattements
Pacte DutreilExonération 75 % de la valeur de l'entrepriseDroits divisés par 4
Don Sarkozy (art. 790 G)31 865 € exonérés par enfant/petit-enfant (donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur)Cumulable avec abattement 100 000 €

Concrètement, ces leviers se cumulent. Vous pouvez démarrer par les donations (100 000 € + 31 865 € par parent et par enfant), structurer une assurance-vie avant 70 ans, transmettre la nue-propriété d'un bien immobilier, et — si vous êtes chef d'entreprise — signer un Pacte Dutreil. Un couple (2 parents) avec 2 enfants et un patrimoine de 2 M€ peut ainsi transmettre l'intégralité en franchise totale de droits sur 30 ans. C'est l'empilement qui crée l'effet de levier.

Pour aller plus loin : anticiper sa transmission : les 10 erreurs à éviter (mauvaise clause AV, oubli des donations 15 ans, démembrement raté).

14.1. La pyramide des donations : transmettre environ 1,6 M€ en franchise sur 30 ans

La stratégie la plus efficace consiste à empiler les dispositifs dans le temps. Voici le calcul pour un couple (2 parents) avec 2 enfants majeurs, sur 30 ans (2 cycles de 15 ans) :

Tableau comparatif : Levier — Montant par cycle (15 ans) — × 2 cycles (30 ans) — Base légale — Premier cas : Donation classique (abattement 100 000 €)
LevierMontant par cycle (15 ans)× 2 cycles (30 ans)Base légale
Donation classique (abattement 100 000 €)2 parents × 2 enfants × 100 000 € = 400 000 €800 000 €Art. 779-I CGI
Don Sarkozy (don de sommes d'argent)2 parents × 2 enfants × 31 865 € = 127 460 €254 920 €Art. 790 G CGI
Assurance-vie au décès (art. 990 I)Abattement 152 500 €/bénéficiaire, par assuré2 parents × 2 enfants × 152 500 € = 610 000 €Art. 990 I CGI
Total transmis en franchise—≈ 1 664 920 €—

Détail du calcul AV : l'abattement de 152 500 € (art. 990 I) joue par bénéficiaire et par assuré. Un couple avec 2 enfants peut donc faire transiter jusqu'à 2 parents × 2 enfants × 152 500 € = 610 000 € au décès, en totale franchise de droits (primes versées avant 70 ans).

Environ 1,6 M€ transmis avec 0 € de droits — c'est légal

En combinant donations notariées (800 000 €), dons Sarkozy (254 920 €) et AV au décès (610 000 €), un couple peut transmettre environ 1,6 million d'euros à ses 2 enfants sans aucun droit de succession ou de donation. C'est la stratégie de base que tout patrimoine familial devrait mettre en place dès 50 ans. Pour aller plus loin, ajoutez le démembrement (section 9) et la SCI (section 10) pour transmettre encore davantage. Pour détailler chaque brique, voyez nos guides abattements de donation, donation-partage 2026, donation avec démembrement et le sous-guide calcul des droits de succession. Pour les leviers fiscaux complémentaires, consultez notre guide défiscalisation 2026.

14.2. Donation-partage transgénérationnelle : le saut de génération organisé

Depuis la loi du 23 juin 2006 (art. 1078-4 à 1078-10 C. civ.), les grands-parents peuvent inclure directement leurs petits-enfants dans une donation-partage, à condition que les enfants intermédiaires y consentent expressément (ils renoncent à leur part au profit de leurs propres enfants).

Double avantage fiscal :

  1. Abattement de 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant (art. 790 B CGI), renouvelable tous les 15 ans.
  2. Les biens transmis échappent à la succession future des enfants intermédiaires (économie de 2 étages de droits).

Cas chiffré : un couple de grands-parents, 3 enfants mariés, 6 petits-enfants. Ils peuvent transmettre 2 × 6 × 31 865 = 382 380 € à leurs petits-enfants sans droits, en une seule opération, avec figement des valeurs et purge des plus-values futures.

Piège : le consentement des enfants intermédiaires

Le consentement des enfants intermédiaires est irrévocable et sans rappel fiscal au décès de l'enfant (art. 784 al. 3 CGI). À bien mesurer avant de signer.

14.3. Donation avant cession : purger la plus-value latente

Action d'une société valant 1 M€ (prix de revient 100 k€ → plus-value latente 900 k€). En cas de cession directe, taxation au PFU de 31,4 % sur la PV ≈ 283 k€ (12,8 % IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026, art. 200 A CGI). En donnant d'abord la nue-propriété à l'enfant (valeur 60 % à 65 ans = 600 k€, droits ~100 k€ après abattement), puis en cédant la PP ensemble : la plus-value est purgée au niveau de la donation. Attention à l'abus de droit si le délai donation-cession est trop court ou la donation fictive (BOI-ENR-DMTG-20-20).

14.4. Usufruit temporaire sur bien locatif

Donation d'un usufruit limité dans le temps (ex. 10 ans) d'un bien locatif à un enfant majeur étudiant. Décote fiscale : 23 % par période de 10 ans (art. 669 II CGI). L'enfant perçoit les loyers (peut financer ses études), le bien sort de l'IFI pendant la période. Au terme, le parent récupère la pleine propriété.

Hagnéré Patrimoine

Coordonner AV, démembrement, SCI et Dutreil dans une stratégie cohérente

Empiler les dispositifs crée des effets de bord fiscaux. Un conseiller en gestion de patrimoine orchestre l'architecture globale (AV, démembrement, SCI, Dutreil, holding, contrat luxembourgeois) et vérifie que chaque levier parle aux autres.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

Ces stratégies fonctionnent parfaitement pour un patrimoine situé en France. Mais que se passe-t-il si vous possédez des biens à l'étranger — ou si un héritier vit hors de France ?

§ 15INTERNATIONAL·9 MIN

Succession internationale

Vous possédez un appartement en Espagne, un compte en Suisse, ou l'un de vos enfants vit à Londres ? Attention : la succession internationale est un terrain miné. Le risque de double imposition est réel.

La France taxe les successions de ses résidents fiscaux sur les biens mondiaux (art. 750 ter I CGI). Pour les non-résidents, seuls les biens situés en France sont taxés (art. 750 ter II). Un héritier résident fiscal français depuis 6 ans sur les 10 dernières années est également taxé sur les biens mondiaux qu'il reçoit (art. 750 ter III).

Tableau comparatif : Situation — Biens taxés en France — Référence — Premier cas : Défunt résident français
SituationBiens taxés en FranceRéférence
Défunt résident françaisTotalité des biens mondiauxart. 750 ter I
Défunt non-résident, biens en FranceUniquement les biens situés en Franceart. 750 ter II
Héritier résident FR (6 ans/10 ans)Biens mondiaux reçusart. 750 ter III
Héritier non-résident, défunt non-résidentUniquement les biens situés en Franceart. 750 ter II

Concrètement, si vous êtes résident français au moment de votre décès, la France taxe tout votre patrimoine mondial : maison à Paris + appartement à Londres + actions US + crypto sur Coinbase. Si vous êtes expatrié fiscal avec un château en France, la France ne taxe que le château. Si vous êtes l'héritier résident français depuis plus de 6 ans sur les 10 dernières années, vous êtes taxé sur l'ensemble des biens mondiaux reçus — c'est la règle anti-abus qui cible les héritages étrangers.

15.1. Le règlement européen 650/2012 : une loi unique

Depuis le 17 août 2015, le règlement (UE) n°650/2012 harmonise le droit applicable aux successions internationales au sein de l'UE (hors Danemark, Irlande). Le principe : la succession est régie par la loi de la dernière résidence habituelle du défunt (art. 21). Toutefois, le défunt peut choisir par testament la loi de sa nationalité (art. 22) — une option stratégique pour les binationaux. Ce règlement concerne le droit civil (réserve, dévolution) mais pas la fiscalité, qui reste du ressort de chaque État.

Règlement UE 650/2012 (« Bruxelles IV ») : l'essentiel en 4 règles

Vous êtes expatrié, votre défunt avait des biens à l'étranger, ou vous-même vivez hors de France ? Depuis le 17 août 2015, le règlement UE 650/2012 simplifie les successions internationales dans l'UE.

  • Règle générale : la loi applicable est celle du pays de résidence habituelle du défunt au moment du décès. Elle s'applique à l'ensemble de la succession (biens meubles ET immeubles), où qu'ils soient.
  • Option « professio juris » : le défunt peut choisir, par testament, la loi de sa nationalité. Un Français résidant en Italie peut ainsi imposer la loi française pour que la réserve héréditaire (art. 913) protège ses enfants.
  • Prélèvement compensatoire (art. 913 al. 3 C. civ., loi n° 2021-1109 du 24 août 2021) : si la loi étrangère ne protège pas la réserve héréditaire ET que le défunt ou l'un des enfants est citoyen/résident UE, les héritiers réservataires peuvent prélever sur les biens français l'équivalent de leur réserve.
  • Fiscalement (art. 750 ter CGI) : droits français sur les biens mondiaux si défunt résident ; sur les biens situés en France si défunt non-résident ; et sur tous les biens mondiaux si l'héritier est résident fiscal France depuis ≥ 6 ans sur les 10 dernières années.

Pour les non-résidents, voyez aussi notre guide fiscalité des non-résidents.

Professio juris : choisir la loi de sa nationalité

Un Français résidant en Belgique peut choisir la loi française pour sa succession (art. 22 du règlement 650/2012). Intérêt : la France protège la réserve héréditaire, la Belgique non (les enfants peuvent être déshérités en Flandre et à Bruxelles depuis 2018). Inversement, un Belge en France peut choisir la loi belge pour éviter la réserve. Cette clause doit figurer dans le testament.

15.2. Les 5 principaux pays : traitement fiscal comparé

Tableau comparatif : Pays — Convention avec la France — Droits de succession locaux — Risque de double imposition — Points de vigilance — Premier cas : Belgique
PaysConvention avec la FranceDroits de succession locauxRisque de double impositionPoints de vigilance
BelgiqueConvention de 1959 (en renégociation, projet 2021 non ratifié)Taux 3-80 % selon région (Wallonie, Flandre, Bruxelles) et lien de parentéModéré — crédit d'impôt prévu, mais convention obsolèteBelgique taxe les immeubles belges ET les meubles du résident belge. Bruxelles/Flandre plus favorables que la Wallonie. Quasi-usufruit non reconnu.
SuisseConvention du 11/07/1953Variable par canton : 0 % (Schwyz, Obwald) à 54,6 % (Genève, non-parents). Conjoint/enfants souvent exonérés.Faible — convention en vigueurLa Suisse taxe selon le canton de résidence du défunt. Les cantons de Schwyz et d'Obwald ne prélèvent aucun droit. Le canton de Genève taxe jusqu'à 54,6 % (non-parents).
LuxembourgConvention du 21/03/1958Taux 0-48 %. Ligne directe : 0-5 %. Conjoint : 5 %.Faible — convention en vigueurPas de droits sur immeubles situés hors Luxembourg pour les non-résidents. L'AV luxembourgeoise n'est pas taxée au Luxembourg (neutralité fiscale).
États-Unis (USA)Convention du 24/11/1978Estate tax fédérale : 18-40 % au-delà de 15 000 000 $ par personne pour un décès en 2026 (13 990 000 $ en 2025) ; le sunset du TCJA n'a pas eu lieu. + state estate tax (variable).Modéré — convention existe mais complexeLes USA taxent les non-résidents sur les biens US (seuil : 60 000 $). La convention FR-US prévoit un crédit d'impôt. Attention : l'estate tax est sur le patrimoine total du défunt (pas par héritier).
Royaume-UniConvention du 21/06/1963 (impôts sur les successions), en vigueur depuis le 30/06/1964Inheritance Tax : 40 % au-delà de 325 000 £ (nil-rate band). Conjoint : exonéré.Modéré — convention en vigueur, mais ancienneLa convention de 1963 répartit le droit d'imposer et organise l'élimination de la double imposition ; le Brexit ne l'a pas remise en cause. Le crédit d'impôt de l'art. 784 A CGI n'intervient qu'à défaut de convention applicable.

Concrètement, un patrimoine réparti entre la France et le Royaume-Uni relève de la convention franco-britannique du 21 juin 1963 sur les successions, qui répartit le droit d'imposer et organise l'élimination de la double imposition : le cumul intégral de l'IHT à 40 % et des DMTG français n'a donc pas lieu de se produire. À l'inverse, un patrimoine France-Luxembourg reste largement neutralisé grâce à la convention de 1958.

Double imposition : un risque réel

La France n'a qu'environ 35 conventions bilatérales en matière successorale. Pour les pays sans convention, le risque de double imposition existe ; le Royaume-Uni, lui, est couvert par la convention du 21 juin 1963 sur les successions. L'art. 784 A CGI prévoit un crédit d'impôt pour les droits payés à l'étranger, mais il est plafonné et ne couvre pas toujours la totalité. La convention franco-belge de 1959 est en cours de renégociation (projet 2021 non ratifié). Pour approfondir le volet expatrié, consultez notre guide AVL expatriés.

15.5. Trusts anglo-saxons et fondations étrangères — art. 792-0 bis CGI

Le trust anglo-saxon, inconnu du droit civil français, est encadré fiscalement depuis la loi du 29 juillet 2011. L'article 792-0 bis CGI définit trois régimes selon la qualification du transfert au décès du constituant :

  • Transmission à titre gratuit identifiée : part déterminée attribuée à un bénéficiaire nommé → droits de succession/donation classiques selon le lien constituant-bénéficiaire.
  • Part globale sans bénéficiaire identifié : taxation à 45 % (descendant direct) ou 60 % (tiers).
  • Trust discrétionnaire non attribué au décès : prélèvement sui generis de 60 % sur la fraction correspondante.

Les fondations étrangères (Liechtenstein, Panama) relèvent d'un régime fiscalement analogue. Cas typique : un constituant résident fiscal France depuis 6+ ans sur les 10 dernières années → tous les biens du trust sont intégrés dans l'assiette française (art. 750 ter III CGI).

Obligations déclaratives : déclaration annuelle (formulaire 2181-TRUST) par l'administrateur du trust, sous peine d'amende de 20 000 € (art. 1736, IV bis, CGI ; l'amende proportionnelle antérieure a été supprimée). Concrètement, les schémas off-shore sont devenus très risqués : avant toute structuration internationale, sécurisez l'analyse fiscale par un cabinet spécialisé.

Avant de passer aux cas particuliers, il faut revenir sur un paramètre fondamental qui conditionne tous les calculs précédents : votre régime matrimonial.

§ 16RÉGIME MATRIMONIAL·8 MIN

Votre régime matrimonial change-t-il vraiment votre succession ?

Beaucoup de couples ne connaissent même pas leur régime matrimonial. Et pourtant, c'est lui qui détermine la première question : quel patrimoine entre dans la succession ? La réponse peut varier du simple au double.

Le régime matrimonial détermine quel patrimoine entre dans la succession. C'est le premier paramètre à analyser avant tout calcul de droits.

Tableau comparatif : Régime — Patrimoine du défunt = actif successoral — Impact succession — Premier cas : Communauté légale (défaut)
RégimePatrimoine du défunt = actif successoralImpact succession
Communauté légale (défaut)50 % des acquêts + biens propresLe plus courant. Le conjoint récupère d'abord sa moitié de communauté.
Communauté universelle + clause d'attribution intégrale0 € au 1er décès (tout au conjoint)0 droits au 1er décès. Mais au 2nd décès : les enfants héritent de tout → droits élevés.
Séparation de biensUniquement les biens propres du défuntActif successoral réduit si le défunt avait peu de biens propres.
Participation aux acquêtsBiens propres + créance de participationIntermédiaire : séparation pendant le mariage, partage au décès.

Concrètement, si vous êtes mariés sans contrat (cas le plus fréquent en France), vous êtes en communauté légale : la moitié des biens acquis pendant le mariage revient au conjoint, l'autre moitié entre dans la succession. En séparation de biens, c'est plus simple mais moins protecteur pour le conjoint. Vérifier son régime matrimonial est la première étape de toute optimisation successorale.

Communauté universelle : 0 droits au 1er décès, mais attention au 2nd

Avec une clause d'attribution intégrale, l'intégralité du patrimoine revient au conjoint survivant sans aucun droit de succession (art. 796-0 bis). Mais au 2nd décès, les enfants héritent de la totalité et les droits sont calculés sur une assiette bien plus large. Cette stratégie est pertinente si le patrimoine est modeste ou si les enfants ont d'autres sources de revenus.

16.1. Cas chiffré : séparation de biens → communauté universelle avec attribution intégrale

Patrick et Hélène, 62 ans, mariés en séparation de biens, 2 enfants communs. Patrick détient 2 M€ en propre (entreprise vendue). Hélène : 0 €.

Régime initial (séparation) : au décès de Patrick, les 2 enfants héritent de 1 M€ chacun. Droits par enfant : (1 000 000 − 100 000) × barème ligne directe ≈ 212 962 €/enfant, soit 425 924 € au total (détail : 108 659 € jusqu'à 552 324 € + 30 % × (900 000 − 552 324) = 212 962 €).

Après passage en communauté universelle avec clause d'attribution intégrale (acte notarié, coût ≈ 1,5-3 % + droit fixe 125 €) : au 1er décès, Hélène reçoit tout, sans droits (exonération conjoint). Mais au 2nd décès les enfants recueillent les mêmes 2 M€ et ne disposent alors que de l'abattement de 100 000 € attaché à Hélène : la note fiscale est du même ordre qu'au premier scénario.

À retenir : le changement de régime ne réduit pas les droits — il les reporte au second décès et protège le conjoint survivant, au prix des frais de changement de régime. L'économie ne vient jamais du régime matrimonial lui-même, mais des donations réalisées entre les deux décès (abattements renouvelés tous les 15 ans), tout aussi possibles en séparation de biens.

Attention, 2 pièges du changement de régime matrimonial

  1. Au 2nd décès, les enfants du défunt d'un 1er lit peuvent exercer une action en retranchement (art. 1527 al. 2 C. civ.) si atteinte à leur réserve.
  2. Révocabilité : le changement de régime est irrévocable, sauf accord mutuel des époux.

16.2. Le mandat à effet posthume : confier la gestion à un tiers de confiance

Créé par la loi du 23 juin 2006 (art. 812 à 812-7 C. civ.), le mandat à effet posthume permet de désigner de son vivant un mandataire chargé de gérer tout ou partie de la succession après le décès, pour le compte et dans l'intérêt d'un ou plusieurs héritiers.

3 conditions cumulatives :

  1. Intérêt sérieux et légitime (héritier mineur, majeur protégé, inapte à gérer, ou patrimoine complexe).
  2. Acte notarié obligatoire (à peine de nullité).
  3. Acceptation du mandataire de son vivant par acte authentique.

Durée : 2 ans renouvelables par le juge, 5 ans maximum si mineur/incapable/entreprise à gérer.

Cas d'usage type : dirigeant avec enfants mineurs → désignation du directeur général comme mandataire pour piloter la société pendant 5 ans, le temps que les enfants atteignent la majorité. Ou héritier en situation de handicap qui a besoin d'un gestionnaire professionnel.

16.3. Mandat de protection future — à ne pas confondre avec le mandat posthume

Le mandat de protection future (art. 477 à 494 C. civ., loi du 5 mars 2007) permet à une personne d'organiser à l'avance la gestion de ses biens et/ou sa protection en cas d'incapacité future (maladie, accident, dépendance). Il produit effet du vivant du mandant — là où le mandat à effet posthume ne s'active qu'après le décès.

Trois formes :

  • Sous seing privé — limité aux actes conservatoires et de gestion courante.
  • Notarié — large, ouvre la possibilité d'accomplir des actes de disposition.
  • Pour autrui — un parent peut l'établir pour son enfant majeur handicapé.

Coût : 300-500 € en version notariée. À souscrire idéalement entre 60 et 70 ans, en prévention des risques Alzheimer, AVC ou perte d'autonomie. Concrètement, ce dispositif évite une tutelle judiciaire coûteuse et protège l'intégrité du patrimoine familial sur la longue durée.

Le régime matrimonial est le socle. Mais dans les familles recomposées, tout se complique : comment protéger des beaux-enfants que la loi traite comme des étrangers ?

§ 17FAMILLES RECOMPOSÉES·8 MIN

Comment protéger vos beaux-enfants sans les désavantager fiscalement ?

Une famille sur dix en France est recomposée. Et pour le fisc, votre beau-fils ou votre belle-fille est un parfait étranger : taux de 60 %, abattement de 1 594 €. Il existe pourtant des solutions pour changer radicalement cette donne.

Les familles recomposées posent des défis spécifiques en matière de succession : les beaux-enfants n'ont aucun droit héréditaire légal et sont taxés à 60 % (comme les non-parents). Plusieurs solutions existent :

Tableau comparatif : Solution — Abattement — Taux applicable — Conditions — Premier cas : Adoption simple
SolutionAbattementTaux applicableConditions
Adoption simple100 000 €5-45 % (ligne directe)Jugement du tribunal, consentement du beau-parent
Assurance-vie (art. 990 I)152 500 €/bénéficiaire20 % / 31,25 %Primes versées avant 70 ans
Legs par testament1 594 € (art. 788 IV CGI)60 % (ou 55 % si parent jusqu'au 4e degré)Testament obligatoire
Donation-partage transgénérationnelle31 865 €/petit-enfantBarème ligne directeAccord de tous les héritiers

Concrètement, prenez Léa, belle-fille de Paul qui hérite de 200 000 € de son beau-père. Sans optimisation, Léa paie 60 % après abattement 1 594 € : environ 119 000 € de droits. Avec l'adoption simple par Paul, Léa bascule en ligne directe : abattement 100 000 € + barème 5-45 % sur le solde ≈ 20 000 € de droits. Économie : environ 99 000 €. L'adoption simple coûte quelques centaines d'euros de frais de tribunal — c'est l'outil décisif des familles recomposées.

Piège à éviter : communauté universelle + enfants d'un 1er lit

Si vous optez pour une communauté universelle avec attribution intégrale en présence d'enfants d'un 1er lit, ceux-ci peuvent exercer une action en retranchement au 2nd décès (art. 1527 al. 2 C. civ.) si la clause porte atteinte à leur réserve. Solution : les faire renoncer par anticipation à l'action en retranchement par acte notarié (RAAR, art. 929 C. civ.).

Aucun abattement spécifique pour les beaux-enfants

Contrairement à une idée répandue, il n'existe aucun abattement propre aux enfants du conjoint. L'article 779 du CGI réserve l'abattement de 15 932 € aux frères et sœurs et celui de 7 967 € aux neveux et nièces ; à défaut d'autre abattement, l'enfant du conjoint non adopté relève du seul abattement de 1 594 € (art. 788 IV CGI), puis du taux de 60 %. La loi de finances pour 2026 n'a rien changé sur ce point : seules l'adoption remplissant les conditions de l'article 786 du CGI et l'assurance-vie modifient réellement la donne.

17.0. Cas pratique — Paul et Sylvie, famille recomposée

Profil : Paul (55 ans) a 2 enfants d'un premier lit (Pierre 18 ans, Claire 22 ans). Sylvie (48 ans) a 1 fille (Léa 15 ans) d'un premier mariage. Ils sont mariés depuis 8 ans en séparation de biens. Paul a un patrimoine de 800 000 €, Sylvie de 300 000 €.

Le problème : au décès de Paul, Sylvie n'aurait droit qu'au 1/4 en pleine propriété (et non à l'option usufruit total) car Pierre et Claire ne sont PAS enfants communs (Cass. civ. 5 mars 2025). Léa n'hérite pas de Paul (pas son père biologique, pas adoptée).

Solutions actionnables :

  • Donation au dernier vivant (art. 1094-1 C. civ.) : étend les droits du conjoint à la quotité disponible spéciale (1/4 PP + 3/4 US, ou totalité US selon composition).
  • Adoption simple de Léa par Paul : Léa devient héritière réservataire (même rang que Pierre et Claire), avec abattement 100 000 € au décès.
  • Donation graduelle ou résiduelle (art. 1048 C. civ.) : Paul donne à Sylvie à charge de transmettre à Léa (graduelle = obligation stricte, résiduelle = Sylvie peut consommer).
  • Testament : Paul lègue à Léa la quotité disponible (1/3 si 2 enfants).
  • Tontine sur résidence principale (via clause ou SCI) : le survivant conserve automatiquement le bien.

Abattements applicables aux beaux-enfants en 2026

Tableau comparatif : Bénéficiaire — Abattement 2026 — Premier cas : Beau-enfant (non adopté)
BénéficiaireAbattement 2026
Beau-enfant (non adopté)1 594 € (régime tiers)
Bel-enfant adopté plénière100 000 € (régime enfant)
Bel-enfant adopté simple (conditions art. 786)100 000 €
Bel-enfant élevé par le beau-parent, sans adoption1 594 € — aucun abattement spécifique n'existe (art. 788 IV CGI)

Concrètement, sans adoption simple ou sans AV ciblée, Léa est traitée comme une étrangère au sens fiscal. L'adoption simple reste le levier le plus puissant pour les familles recomposées.

17.1. Cas pratique chiffré : famille recomposée, 2 + 1 enfants, patrimoine 1 M€

Profil : Pierre (60 ans) est remarié avec Sophie (55 ans). Pierre a 2 enfants d'un premier mariage (Léa et Tom). Sophie a 1 enfant (Emma). Patrimoine commun : 1 000 000 €. Pierre veut protéger Sophie et transmettre équitablement à ses 3 « enfants » (dont Emma, sa belle-fille).

Problème : Emma est une belle-enfant — taxée à 60 % (taux non-parents). Sans optimisation, elle reçoit peu ou paie des droits disproportionnés.

Stratégie recommandée :

1. Adoption simple d'Emma par Pierre (art. 360 et s. C. civ. ; conditions fiscales de l'art. 786 CGI)

  • Emma bénéficie de l'abattement 100 000 € et du barème ligne directe (5-45 %) au lieu de 60 %.
  • Elle conserve ses droits envers Sophie (sa mère biologique). L'adoption simple crée un lien supplémentaire, elle ne supprime pas le lien existant.

2. Assurance-vie : 200 000 € par parent

  • Pierre verse 200 000 € sur un contrat AV (avant 70 ans), clause bénéficiaire : Léa, Tom et Emma à parts égales (66 667 €/enfant). Abattement 152 500 €/bénéficiaire → 0 € de droits.
  • Sophie verse 200 000 € en AV au profit d'Emma seule. Abattement 152 500 € → taxable : 47 500 € × 20 % = 9 500 €.

3. Testament : legs de la quotité disponible

  • Pierre a 2 enfants biologiques + Emma (adoptée simple) = 3 enfants réservataires.
  • Réserve : 3/4 = 750 000 €. Quotité disponible : 250 000 €.
  • Pierre lègue la QD à Sophie par testament → Sophie exonérée (art. 796-0 bis).

Résultat global :

Tableau comparatif : Bénéficiaire — Reçu (estimé) — Droits — Taux effectif — Premier cas : Sophie (conjointe)
BénéficiaireReçu (estimé)DroitsTaux effectif
Sophie (conjointe)250 000 € (QD) + usufruit du reste0 € (exonérée)0 %
Léa (enfant biologique)≈ 250 000 € NP (usufruit Sophie) + 66 667 € AV≈ 2 194 € (NP valorisée 50 %, taxable 25 000 €)≈ 0,7 %
Tom (enfant biologique)≈ 250 000 € NP + 66 667 € AV≈ 2 194 €≈ 0,7 %
Emma (adoptée simple)≈ 250 000 € NP + 66 667 € AV Pierre + 200 000 € AV Sophie≈ 2 194 € + 9 500 €≈ 2,3 %

Sans adoption simple : Emma paierait 60 %

Sans adoption simple, Emma ne bénéficierait que de l'abattement de 1 594 € (art. 788 IV CGI) et paierait 60 % de droits. Sur un legs de 250 000 € : (250 000 − 1 594) × 60 % = 149 044 €. Avec l'adoption simple : (250 000 − 100 000) × barème ligne directe = 28 194 €. Économie : 120 850 €. L'adoption simple est le levier le plus puissant pour les familles recomposées.

Hagnéré Patrimoine

Famille recomposée : comment traiter équitablement tous vos enfants ?

Adoption simple, clause bénéficiaire ciblée sur les beaux-enfants, donation-partage transgénérationnelle, testament-partage : on cartographie les leviers pour protéger votre conjoint sans blesser les enfants communs ou du premier lit.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

Que vous soyez dans une famille classique ou recomposée, un problème pratique se pose dès le décès : tant que le partage n'est pas fait, tout le monde possède tout ensemble. C'est l'indivision.

§ 18INDIVISION·5 MIN

Indivision successorale

Trois frères et sœurs qui héritent d'un appartement, et l'un d'eux veut vendre tandis que les autres veulent garder : c'est le scénario classique de l'indivision. Et c'est un nid à conflits.

Après le décès, les héritiers sont en indivision : ils possèdent ensemble le patrimoine sans que les parts de chacun soient matériellement identifiées. L'art. 815 du Code civil pose le principe : « nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision ».

Tableau comparatif : Aspect — Règle — Référence — Premier cas : Gestion courante
AspectRègleRéférence
Gestion couranteMajorité des 2/3 pour les actes d'administrationart. 815-3 C. civ.
Vente d'un bienUnanimité (ou autorisation judiciaire)art. 815-3 + 815-5 C. civ.
Droit de partage2,5 % de l'actif net partagé (partage successoral)art. 746 et 747 CGI
Sortie d'indivisionPartage amiable (notarié) ou judiciaireart. 840 C. civ.
Convention d'indivision5 ans renouvelable, organise la gestionart. 1873-1 C. civ.

Concrètement, l'indivision est une situation transitoire qui peut s'éterniser quand les héritiers ne parviennent pas à s'entendre. Tant que le partage n'est pas signé chez le notaire, chaque décision (vendre, louer, faire des travaux) nécessite l'accord des autres. Bonne nouvelle : la loi garantit que personne ne peut être forcé à rester en indivision. Il y a toujours une porte de sortie, amiable ou judiciaire. Pour approfondir ce sujet, consultez notre guide dédié à l'indivision successorale 2026 (droits des indivisaires, procédure 2/3, loi 2026-248, sortie amiable/judiciaire).

Le droit de partage : 2,5 % à ne pas oublier

Le droit de partage est un impôt souvent oublié : 2,5 % de l'actif net partagé pour les partages successoraux (art. 746 et 747 CGI). Le taux réduit de 1,1 % ne s'applique qu'aux partages consécutifs à un divorce, une séparation ou une dissolution de PACS — pas aux successions. Sur un patrimoine de 800 000 € : droit de partage = 20 000 €. Ce coût s'ajoute aux droits de succession et aux frais de notaire.

L'indivision est un problème de gestion collective. Mais certains actifs posent des questions encore plus spécifiques : que devient un compte joint ? Un coffre-fort ? Des crypto-actifs ?

§ 19ACTIFS SPÉCIFIQUES·7 MIN

Que deviennent votre compte joint, votre coffre-fort et vos crypto ?

19.1. Compte joint et succession

Le compte joint (compte ouvert au nom de deux titulaires ou plus) pose une question récurrente : que devient le solde au décès de l'un des co-titulaires ? La réponse dépend du régime matrimonial et de la preuve de l'alimentation du compte.

Tableau comparatif : Situation — Règle applicable — Conséquence successorale — Premier cas : Époux en communauté légale
SituationRègle applicableConséquence successorale
Époux en communauté légaleLe solde est un acquêt de communauté (art. 1401 C. civ.)50 % du solde entre dans la succession du défunt. L'autre moitié revient au conjoint au titre de la liquidation de communauté.
Époux en séparation de biensPrésomption d'indivision par moitié (art. 1538 C. civ.)50 % présumé appartenir au défunt, sauf preuve contraire (Cass. 1ré civ., 13 février 2019, n°18-13.762). Les héritiers peuvent prouver que le défunt a alimenté seul le compte.
Co-titulaires non mariésPrésomption d'indivision par moitié50 % entre dans la succession. L'autre co-titulaire conserve sa moitié et le droit de continuer à utiliser le compte.
Compte joint avec clause de solidarité activeLe co-titulaire survivant conserve l'usage du compteMais 50 % du solde reste taxable dans la succession du défunt. L'usage du compte ne vaut pas propriété.

Concrètement, un compte joint détenu par un couple marié en communauté légale avec 200 000 € de solde se partage 50/50 au décès. Si monsieur décède, 100 000 € entrent dans sa succession (taxables selon le lien de parenté), et madame conserve ses 100 000 € au titre de la liquidation de communauté. Les enfants peuvent contester si madame retire trop avant la déclaration. Conseil : signaler tous les comptes joints au notaire dès le début.

Piège : le blocage du compte joint n'est pas automatique

Contrairement au compte individuel (bloqué au décès), le compte joint continue de fonctionner avec le co-titulaire survivant. Mais les héritiers peuvent demander au notaire de faire opposition si le co-titulaire retire des sommes appartenant au défunt. En pratique, les banques bloquent parfois le compte joint par précaution dès qu'elles ont connaissance du décès, le temps de clarifier les droits de chacun. Les héritiers doivent signaler l'existence du compte joint au notaire pour qu'il soit inclus dans l'inventaire successoral.

19.2. Coffre-fort bancaire et succession

Les coffres-forts bancaires détenus par le défunt sont déclarés dans le fichier FICOBA (accessible au notaire depuis 2020). Le contenu du coffre fait partie de l'actif successoral et doit être inventorié.

Tableau comparatif : Étape — Détail — Intervenant — Premier cas : 1. Identification
ÉtapeDétailIntervenant
1. IdentificationLe notaire interroge FICOBA pour identifier tous les coffres du défuntNotaire
2. OuvertureLe coffre ne peut être ouvert qu'en présence du notaire et d'un commissaire de justice (ex-huissier)Notaire + commissaire de justice
3. InventaireChaque objet est répertorié et évalué (bijoux, lingots, documents, espèces)Commissaire-priseur si objets de valeur
4. Intégration à la successionLa valeur du contenu est ajoutée à l'actif brut successoralNotaire
5. Recel successoralUn héritier qui dissimule le contenu d'un coffre encourt le recel (art. 778 C. civ.) : privation de droits sur les biens recelésTribunal

Concrètement, un coffre-fort bancaire au nom du défunt contenant 50 k€ de bijoux + 80 k€ de lingots + documents ajoute 130 k€ à l'actif brut successoral. Le notaire localise le coffre via FICOBA, fait intervenir un commissaire de justice pour l'ouverture, et chaque objet est répertorié. Si un héritier ouvre seul avant le notaire, il encourt le recel successoral : privation totale de ses droits sur les biens recelés (art. 778 CC).

Attention : ouvrir un coffre seul est risqué

Si un héritier ouvre un coffre-fort sans la présence du notaire, il s'expose à une accusation de recel successoral (art. 778 C. civ.). Le receleur est privé de ses droits sur les biens recelés et doit restituer tous les fruits et revenus perçus. Même si vous détenez la clé ou le code, attendez toujours le notaire.

19.3. Crypto-actifs et succession

Les crypto-actifs (Bitcoin, Ethereum, etc.) sont juridiquement qualifiés de biens meubles incorporels (art. 529 du Code civil, confirmé par la loi PACTE de 2019 et la qualification explicite de 2025). Ils font partie de l'actif successoral et sont soumis aux droits de succession.

Tableau comparatif : Aspect — Règle — Détail — Premier cas : Qualification
AspectRègleDétail
QualificationBien meuble incorporel (art. 529 C. civ.)Soumis aux règles de droit commun des successions
ÉvaluationCours moyen au jour du décès sur les plateformes référencées AMF (Autorité des Marchés Financiers)Le notaire peut utiliser la plateforme NotaCrypt (partenariat Caisse des Dépôts)
DéclarationFormulaire 2705-SD (déclaration de succession) : les actifs numériques sont portés à l'actif mobilier, il n'existe pas d'annexe dédiéeDélai : 6 mois (France) / 12 mois (étranger)
FiscalitéBarème DMTG classique selon le lien de parentéAbattements identiques (100 000 € enfant, etc.)
Accès aux clés privéesSans clé privée = actif irrécupérablePrévoir un dispositif de transmission sécurisé (coffre-fort numérique, notaire, testament)

Concrètement, un portefeuille crypto de 100 k€ en Bitcoin (bien meuble incorporel) entre dans l'actif successoral et est taxable selon le lien de parenté — comme un compte-titres classique. Valorisation : cours moyen au jour du décès. Mais attention : si les clés privées sont perdues, l'actif est irrécupérable — 100 k€ évaporés. Solution pratique : graver les clés sur plaque métal, conserver en coffre bancaire, mentionner dans le testament. Coût : environ 300 € ; protection : 100 k€ d'actif numérique sécurisé.

Le piège majeur : les clés privées perdues

Le principal risque successoral des crypto-actifs est l'absence d'accès aux clés privées. Sans ces codes cryptographiques, les actifs sont définitivement perdus — aucune autorité, banque ou plateforme ne peut les récupérer. Solution pratique : conserver les clés privées (ou les seed phrases) dans un coffre-fort physique dont l'existence est signalée dans un testament ou un document remis au notaire. Ne jamais transmettre les clés par e-mail. Certains prestataires spécialisés (Ledger Recover, etc.) proposent des solutions de sauvegarde fragmentée des clés.

Mini-cas — Raphaël, 55 ans, indépendant, 80 k€ de Bitcoin sur Ledger

Raphaël, 55 ans, consultant indépendant à Lyon, détient 80 000 € de Bitcoin sur un portefeuille Ledger physique. Il a 2 enfants (Léa, 22 ans ; Théo, 19 ans). Sans dispositif de transmission, si Raphaël décède brutalement, la seed phrase reste inaccessible → 80 000 € perdus définitivement.

Sa solution : seed phrase gravée sur plaque métal, conservée dans un coffre-fort bancaire, instructions dans un testament notarié désignant Léa comme destinataire du code d'accès au coffre. Coût : ≈ 250 €/an (coffre) + 150 € (testament). Soit un setup à 400 € pour sécuriser 80 000 € d'actifs numériques — 0,5 % du patrimoine en assurance contre la perte sèche.

19.4. Assurance obsèques et succession

Le contrat d'assurance obsèques est un contrat de prévoyance décès. Son traitement successoral dépend de la désignation d'un bénéficiaire :

Tableau comparatif : Situation — Traitement successoral — Fiscalité — Premier cas : Bénéficiaire désigné (pompes funèbres ou personne)
SituationTraitement successoralFiscalité
Bénéficiaire désigné (pompes funèbres ou personne)Hors succession — le capital est versé directement au bénéficiaireExonéré de droits de succession (régime AV, art. 990 I / 757 B selon l'âge des versements)
Pas de bénéficiaire désignéLe capital tombe dans la successionSoumis aux droits DMTG classiques selon le lien de parenté
Capital excédentaire (solde après obsèques)Le solde non utilisé pour les obsèques revient aux héritiers ou au bénéficiaire désignéLe solde suit le régime du contrat (hors ou dans succession)

Concrètement, si vous souscrivez un contrat obsèques de 15 000 € avec les pompes funèbres désignées comme bénéficiaires, le capital reste hors succession (régime AV, 20 % de prélèvement sui generis si versements avant 70 ans). Les frais réels (environ 8 000 €) sont couverts, et le solde (7 000 €) revient aux héritiers en franchise. Sans bénéficiaire désigné, les 15 000 € tombent dans la succession, taxés en DMTG classique (jusqu'à 45 %). Désignez toujours un bénéficiaire.

Bonne pratique : toujours désigner un bénéficiaire

Pour que le capital obsèques reste hors succession et bénéficie de la fiscalité avantageuse de l'assurance-vie, il est impératif de désigner un bénéficiaire dans le contrat (pompes funèbres, conjoint, enfant). En l'absence de bénéficiaire, le capital est réintégré dans l'actif successoral et taxé aux droits DMTG. Le capital est versé rapidement (souvent sous 48 h) pour permettre l'organisation des obsèques sans attendre le règlement de la succession.

La théorie, c'est bien. Mais rien ne vaut des exemples concrets, avec des profils réels et des calculs détaillés. Voici 5 cas pratiques.

§ 20CAS PRATIQUES·10 MIN

Cas pratiques chiffrés

20.1. Couple marié, 2 enfants, patrimoine 800 000 €

Profil : Jean, 74 ans, ancien directeur commercial à la retraite, décède d'un infarctus. Il laisse Marie, 72 ans, son épouse depuis 48 ans, et leurs deux enfants : Sophie (48 ans, médecin à Lyon) et Thomas (45 ans, entrepreneur à Bordeaux). Leur patrimoine : un appartement parisien acheté en 1985 (500 000 €), un compte-titres (200 000 €) et de l'épargne bancaire (100 000 €). Patrimoine net : 800 000 €. Marie, retraitée avec 1 800 €/mois de pension, a besoin de continuer à vivre dans l'appartement.

La question : comment organiser la succession pour que Marie conserve son cadre de vie, tout en minimisant les droits pour Sophie et Thomas ?

  • Marie choisit 100 % usufruit → pas de droits (art. 796-0 bis).
  • Les 2 enfants reçoivent chacun la nue-propriété de 400 000 €.
  • NP évaluée selon l'art. 669 (Marie 72 ans → NP = 70 %) : 400 000 × 70 % = 280 000 €/enfant.
  • Abattement : 280 000 − 100 000 = 180 000 € taxables.
  • Droits par enfant : 8 072 × 5 % + 4 037 × 10 % + 3 823 × 15 % + 164 068 × 20 % = 34 194 €.
  • Total droits : 68 389 € (8,5 % du patrimoine).

20.2. Même famille, mais Jean avait anticipé

Imaginons que Jean, conseillé par son CGP dix ans plus tôt, avait versé 300 000 € en assurance-vie avant 70 ans, avec une clause bénéficiaire démembrée (usufruit à Marie, nue-propriété à Sophie et Thomas). Voici ce que cela change.

  • AV : 150 000 €/enfant. Abattement 152 500 € → 0 € de droits AV.
  • Patrimoine hors AV : 800 000 − 300 000 = 500 000 €.
  • NP (Marie 72 ans) : 500 000 × 70 % / 2 = 175 000 €/enfant.
  • Abattement : 175 000 − 100 000 = 75 000 € taxables.
  • Droits par enfant : 8 072 × 5 % + 4 037 × 10 % + 3 823 × 15 % + 59 068 × 20 % = 13 194 €.
  • Total droits : 26 389 € (3,3 %). Économie vs sans AV : 42 000 € (−61 %).

20.3. Célibataire sans enfant, patrimoine 500 000 €, legs au concubin

Profil : Hugo, 62 ans, graphiste freelance à Marseille, vit en concubinage avec Laurent depuis 20 ans. Ils ne sont ni mariés ni pacsés. Hugo n'a pas d'enfant et pas de frère ou sœur. Son patrimoine : un appartement (350 000 €) et un portefeuille boursier (150 000 €). Hugo a rédigé un testament léguant tout à Laurent.

Le problème : pour le fisc, Laurent est un étranger. Voici la facture.

  • Abattement : 1 594 €. Taxable : 498 406 €. Taux : 60 %.
  • Droits : 299 044 € (60 % du patrimoine).
  • Avec AV : 300 000 € en AV avant 70 ans. Abattement 152 500 €. Taxable 990 I : 147 500 €. Prélèvement : 147 500 × 20 % = 29 500 €.
  • Patrimoine hors AV : 200 000 €. Droits DMTG : (200 000 − 1 594) × 60 % = 119 044 €.
  • Total avec AV : 29 500 + 119 044 = 148 544 €. Économie : 150 500 € (−50 %).

20.4. Transmission entreprise familiale 3 M€ avec Dutreil

Profil : Michel, 68 ans, fondateur d'une PME industrielle dans l'Essonne (fabrication de pièces aéronautiques), décède brutalement. Il laisse 3 enfants : Claire (42 ans, DG adjointe de l'entreprise), Antoine (39 ans, professeur) et Léo (35 ans, consultant). L'entreprise vaut 3 000 000 €. Un Pacte Dutreil avait été signé 3 ans avant le décès, avec Claire comme signataire exerçant la direction.

  • Exonération 75 % : base taxable = 3 000 000 × 25 % = 750 000 €.
  • Par enfant : 750 000 / 3 = 250 000 €. Abattement 100 000 € : 150 000 € taxables.
  • Droits par enfant : ≈ 28 194 €. Total : 84 582 € (2,8 %).
  • Sans Dutreil : 3 000 000 / 3 − 100 000 = 900 000 € taxable/enfant. Droits : ≈ 212 962 €/enfant. Total : 638 886 €.
  • Économie Dutreil : 554 304 €.

20.5. Succession internationale — couple franco-belge

Profil : Bernard, 70 ans, cadre supérieur à la retraite, résidait à Lille. Il possédait un appartement à Bruxelles acheté 20 ans plus tôt pour ses séjours professionnels (valeur : 500 000 €) et un patrimoine français de 1 000 000 € (résidence principale + placements). Il laisse son épouse Nathalie et leurs 2 enfants.

  • France taxe les biens mondiaux du résident (art. 750 ter CGI) : 1 500 000 €.
  • Belgique taxe l'immeuble situé en Belgique : 500 000 €.
  • Convention franco-belge de 1959 : crédit d'impôt en France pour les droits payés en Belgique.
  • Attention : la convention FR-BE est en cours de renégociation (projet 2021 non ratifié).
  • Impact : sans crédit d'impôt, double imposition partielle sur les 500 000 € belges.
Hagnéré Patrimoine

Sécuriser une succession internationale ou transgénérationnelle

Biens à l'étranger, héritiers non-résidents, conventions fiscales, trusts, transmission sur deux ou trois générations : un conseiller en gestion de patrimoine coordonne les règles de chaque juridiction et anticipe les doubles impositions.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 21ERREURS·6 MIN

Erreurs fréquentes

Tableau comparatif : # — Erreur — Conséquence — Solution — Premier cas : 1
#ErreurConséquenceSolution
1Ne pas préparer sa succession (0 anticipation)Droits maximaux, indivision conflictuelleConsulter un CGP et un notaire dès 50 ans
2Oublier le rappel fiscal des 15 ansAbattement non disponible (donation récente)Planifier les donations par tranches de 15 ans
3Croire le concubin protégé comme le conjoint60 % de droits, abattement 1 594 € seulementSe marier, se pacser, ou utiliser l'assurance-vie
4Ignorer l'assurance-vie comme outil de transmissionPayer des DMTG évitablesStructurer des contrats AV avant 70 ans (152 500 €/bénéf.)
5Déclarer hors délai (6 mois)Pénalités 0,20 %/mois + 10 % majorationMandater le notaire dès le décès
6Quasi-usufruit non contractualiséCréance non opposable aux héritiersÉtablir une convention de quasi-usufruit notariée
7Ne pas mettre à jour la clause bénéficiaire AVEx-conjoint bénéficiaire après divorceRéviser après chaque changement de situation
8SCI sans substance économiqueRequalification fiscale, perte des décotesAssemblées annuelles, comptabilité, objet social réel
9Dutreil sans fonction de direction effectiveRemise en cause de l'exonération 75 %Documenter la direction (PV, convention d'animation)
10Donation de la nue-propriété sans anticiper l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière)Le donateur usufruitier reste imposable à l'IFI sur la valeur en PLEINE PROPRIÉTÉ du bien, et non sur la seule valeur de son usufruit (art. 968 CGI)Anticiper l'impact IFI avant de démembrer

Concrètement, ces erreurs coûtent en moyenne entre 20 000 € et 150 000 € de droits évitables. Exemple vécu : un quasi-usufruit non formalisé (erreur 6) rend la créance de 400 000 € non opposable aux héritiers → 160 000 € de droits en trop. Une clause AV non mise à jour (erreur 7) fait hériter l'ex-conjoint au lieu des enfants. Un Dutreil sans convention d'animation (erreur 9) se voit refusé → 75 % d'exonération perdus. La bonne nouvelle : toutes se préviennent par un audit patrimonial dès 50 ans.

21.1. Le piège du rappel fiscal : comment ça fonctionne ?

Le rappel fiscal (art. 784 CGI) est le mécanisme le plus mal compris de la succession. Il oblige à additionner toutes les donations reçues au cours des 15 dernières années pour recalculer les droits de succession. Concrètement :

  • Si un parent a donné 80 000 € il y a 10 ans, l'abattement de 100 000 € est réduit à 20 000 € au décès (100 000 − 80 000 = 20 000 € d'abattement restant).
  • Si la donation a eu lieu il y a 16 ans, elle est « purgée » : l'abattement est intégralement disponible (100 000 €).
  • Stratégie : planifier les donations le plus tôt possible. Un parent qui donne 100 000 € à 50 ans peut redonner 100 000 € à 65 ans, puis bénéficier d'un abattement complet au décès à 80 ans. Total transmis en franchise : 300 000 €/enfant.

Attention au cumul donation + succession

Le rappel fiscal s'applique tranche par tranche : si la donation récente a consommé les premières tranches du barème, la succession est taxée sur les tranches supérieures. Sur un patrimoine de 600 000 € avec une donation de 100 000 € il y a 8 ans : l'abattement est consommé, ET les 100 000 € donnés se rajoutent à la base taxable pour déterminer la tranche applicable. Consultez un CGP avant toute donation pour simuler l'impact du rappel fiscal.

Jurisprudences récentes 2025 à connaître

Trois décisions majeures rendues en 2025 par la Cour de cassation :

  • Cass. civ. 5 mars 2025 — confirme que le conjoint survivant est limité au 1/4 en pleine propriété si un enfant non commun est présent (pas d'option usufruit total). Essentiel pour les familles recomposées.
  • Cass. com. 12 mars 2025, n° 23-21.706 — l'administration peut rectifier la dette de quasi-usufruit portée au passif successoral sans saisine préalable du juge si le notaire s'est borné à rapporter les déclarations des parties (art. L. 20 LPF). Coup d'arrêt pour les schémas de quasi-usufruit improvisés après le décès.
  • Cass. civ. 2 avril 2025 — la répartition du passif successoral entre nue-propriété et usufruit suit le barème art. 669 CGI, mettant fin à certaines optimisations créatives.

21.2. Les 8 pièges majeurs à éviter

Tableau comparatif : # — Piège — Risque — Premier cas : 1
#PiègeRisque
1Clause bénéficiaire AV « mes héritiers » sans précisionRetard de paiement, exclusion en cas de renonciation
2Quasi-usufruit hors convention notariéeDette rectifiable sans saisine du juge (Cass. com. 12 mars 2025, n° 23-21.706)
3Tontine par avenant postérieur à l'acquisitionNulle (pacte successoral prohibé)
4Tontine disproportionnée entre co-acquéreursRequalification en donation déguisée, rapport succession
5Recel successoral (dissimulation, sous-évaluation)Privation des droits sur les biens recelés (art. 778 C. civ.)
6Famille recomposée : oubli de l'option conjointConjoint limité à 1/4 PP si enfant non commun (Cass. 5 mars 2025)
7Dutreil 2026 : actifs non-pros non exclus depuis 3 ansPerte de l'abattement 75 % sur la fraction concernée
8Don art. 790 A bis non affecté dans les 6 moisPerte de l'exonération du don logement neuf 100 000 €

Concrètement, ces 8 pièges coûtent en moyenne 20 k€ à 150 k€ chacun. Exemple typique : un quasi-usufruit non notarié (piège 2) rend la créance rectifiable et fait perdre son effet fiscal ; un Dutreil sans documentation de direction (piège 7) fait perdre l'exonération 75 % sur les actifs non professionnels ; une clause AV « mes héritiers » (piège 1) retarde le paiement de plusieurs mois et exclut les héritiers renonçants. Prévention : audit patrimonial dès 50-55 ans chez un CGP expérimenté.

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Chez Hagnéré Patrimoine, chaque dossier successoral commence par un audit complet (patrimoine civil, fiscal, financier) puis par une simulation chiffrée des droits dans plusieurs scénarios. C'est cette approche méthodique qui permet d'éviter les erreurs coûteuses (donation mal rédigée, clause bénéficiaire inadaptée, oubli du quasi-usufruit post-LF 2024) et de réduire la facture fiscale de 30 à 70 % selon les cas.

Ce guide est fourni à titre informatif. Chaque situation successorale étant unique, consultez un notaire et un conseiller en gestion de patrimoine pour une analyse adaptée à votre situation.

§ 22JURISPRUDENCE·12 MIN

Jurisprudence 2015-2026 et 10 angles experts absents du top 10

Audit concurrentiel sur les 10 piliers succession Google FR (service-public, impots.gouv.fr, notaires.fr, Finance pour Tous, Meilleurtaux, Capital, Dossier Familial, Climb, Les Échos, LegalPlace) : aucun ne traite simultanément les 10 angles techniques ci-dessous.

22.1 Jurisprudence clé : 11 décisions structurantes (2012-2025)

Tableau comparatif : Décision — Date — Numéro — Apport pratique — Premier cas : Cass. com. révélation d'un don manuel en réponse à l'administration
DécisionDateNuméroApport pratique
Cass. com. révélation d'un don manuel en réponse à l'administration04/03/2020n° 18-11.120La réponse du donataire à une demande de l'administration vaut révélation taxable (art. 635 A et 757 CGI) : le délai d'un mois court dès cette réponse
CC QPC réserve héréditaire28/09/20122012-276Constitutionnalité confirmée mais non valeur absolue
Cass. 1ré civ. affaire Colombier (exhérédation internationale)27/09/2017n° 16-13.151Loi étrangère écartant la réserve admise sauf état de besoin — la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 a instauré le prélèvement compensatoire (art. 913 al. 3 CC)
Cass. 1ré civ. affaire Jarre (exhérédation internationale)27/09/2017n° 16-17.198Même principe confirmé dans un second arrêt du même jour
Principe : donation-partage non rapportable mais réductibleArt. 1078 CC + art. 922 CC—La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte (pas de rapport civil), mais reste réductible si la réserve est atteinte (action en réduction dans les 5 ans)
Cass. 3e civ. quasi-usufruit (dividendes SCI démembrée)19/09/2024n° 22-18.687 et 22-18.733Vente de la totalité des immeubles d'une SCI dont les parts sont démembrées : sauf convention contraire, le dividende revient au nu-propriétaire, l'usufruitier exerçant son droit sous forme de quasi-usufruit sur la somme — éclaire la mécanique du quasi-usufruit appliqué aux SCI, en articulation avec l'art. 774 bis
Cass. com. trilogie Dutreil holding animatrice11/05/2023n° 21-16.923 / 924 / 925Animation effective = activité principale CA + actifs (faisceau d'indices)
Cass. com. Dutreil animation documentée17/12/2025n° 24-17.415Exige preuve documentaire (conventions, reporting, PV) — fin de l'animation de façade
Cass. com. Dutreil prépondérance Financière de Rosario14/10/2020n° 18-17.955Éligibilité sur valeur réelle actif, pas bilan comptable
Cass. 2e civ. primes AV manifestement exagérées (publié Bulletin)19/12/2024n° 23-19.1104 critères cumulatifs ET limitatifs (âge, situation, utilité, montant) — la réserve n'est pas un critère
CJUE Mahnkopf (Règlement 650/2012)01/03/2018C-558/16Part survivant issue régime matrimonial entre dans CSE

22.2 Déclaration 2705 dématérialisée depuis le 1er juillet 2024

Nouveauté procédurale majeure : depuis le 1er juillet 2024 (décret n° 2023-1219 du 20/12/2023), la déclaration de succession formulaire 2705-SD se dématérialise progressivement via l'espace particulier du défunt sur impôts.gouv.fr (rubrique « Déclarer un décès »). Délais inchangés (art. 641 CGI) : 6 mois pour les décès en France, 12 mois si le décès a lieu à l'étranger ou dans les DOM. L'accusé de réception électronique horodaté fait foi de la date de dépôt.

22.3 Option héréditaire : 3 choix et une sommation à maîtriser

Tableau comparatif : Option — Article CC — Effet — Conseil — Premier cas : Acceptation pure et simple
OptionArticle CCEffetConseil
Acceptation pure et simpleArt. 782Héritier responsable sur patrimoine propreÀ éviter si incertitude sur le passif
Acceptation à concurrence de l'actif netArt. 787 et s.Héritier responsable dans la limite de l'actif reçuInventaire 2 mois + publicité BODACC obligatoires
RenonciationArt. 804Héritier réputé n'avoir jamais été successible — représentation par descendantsActe au TJ du lieu d'ouverture succession

Concrètement, vous avez 4 mois après le décès pour accepter ou refuser l'héritage (art. 771 CC). Passé ce délai, tout créancier ou cohéritier peut vous sommer d'opter par acte d'huissier ; vous avez alors 2 mois supplémentaires. Au-delà, vous êtes réputé acceptant pur et simple — vous devenez responsable des dettes sur votre patrimoine propre. Prescription totale : 10 ans. Conseil : opter rapidement, en concertation avec votre notaire, surtout si vous avez un doute sur le passif successoral.

22.4 Paiement différé / fractionné : trésorerie préservée

Peu connu du grand public : les droits de succession peuvent être étalés sur plusieurs années (art. 1717 CGI + art. 396, 397 et 397 A annexe III CGI).

Tableau comparatif : Mécanisme — Durée max — Conditions — Taux 2026 approximatif — Premier cas : Paiement fractionné droit commun
MécanismeDurée maxConditionsTaux 2026 approximatif
Paiement fractionné droit commun3 ans (7 versements semestriels)Garanties (hypothèque, caution bancaire)Taux effectif moyen des prêts à taux fixe aux particuliers, réduit d'un tiers
Paiement fractionné entreprise (Dutreil)10 ansTransmission entreprise, engagement conservationTaux réduit (environ 0,6 %)
Paiement différé nue-propriétéJusqu'à 6 mois après la réunion de l'usufruit (ou la cession de la nue-propriété)Démembrement à la successionMême taux que le fractionné ; dispense d'intérêts si les droits sont calculés sur la pleine propriété

Concrètement, un héritier qui doit 80 000 € de droits peut étaler sur 3 ans via le fractionné droit commun (7 versements semestriels d'environ 11 400 € + intérêts), ou — s'il reçoit une entreprise Dutreil — sur 10 ans au taux réduit de 0,6 %. Condition : hypothèque ou caution bancaire. Avantage : la trésorerie est préservée, évitant la vente forcée du patrimoine pour payer l'État. Un levier trop peu utilisé.

22.5 CEHR et CDHR : des surtaxes qui ne frappent PAS la succession

Clarification essentielle : la CEHR (art. 223 sexies) et la CDHR (art. 224 CGI, LF 2025 art. 10) portent sur le revenu fiscal de référence IR, pas sur les droits de mutation à titre gratuit (DMTG). Les droits de succession ne génèrent donc aucune CEHR ni CDHR. En revanche, l'année du décès :

  • Les revenus perçus par le défunt avant décès restent imposables à l'IR — peuvent déclencher CEHR/CDHR si le RFR dépasse les seuils
  • La transmission par décès n'est pas une cession à titre onéreux : elle ne déclenche aucune imposition de plus-value et purge les plus-values latentes, aussi bien sur les immeubles que sur les valeurs mobilières. Le prix d'acquisition des héritiers devient la valeur retenue pour la liquidation des droits de succession (art. 150 VB I CGI pour l'immobilier)
  • Les CSG/CRDS/solidarité (9,7 %) restent dues sur les revenus en cours jusqu'au décès

22.6 Présomption mobilière art. 764-I : 5 % minimum pour les meubles

Erreur fréquente sur les blogs : confondre l'art. 750 bis (partages avec soulte) avec l'art. 764-I-3° CGI qui fixe une évaluation minimale des meubles meublants à 5 % de l'ensemble des autres valeurs mobilières et immobilières de la succession (la preuve contraire étant admise), sauf :

  • Prix d'adjudication publique si vente dans les 2 ans du décès
  • Estimation contenue dans un inventaire notarié (art. 764, I, 2° CGI) établi dans les 5 ans

Sur une succession d'actif brut 2 M€, le forfait 5 % = 100 000 € ajoutés à l'assiette taxable. Un inventaire notarié à 30 000 € (réaliste) permet une économie potentielle de ~ 14 000 € de droits en ligne directe (tranche 20 %).

22.7 Pacte Dutreil : cumul 75 % + réduction 50 % (art. 790)

Le Pacte Dutreil (art. 787 B) offre une exonération de 75 % de l'assiette des droits de mutation. En donation en pleine propriété par un donateur de moins de 70 ans, il se cumule avec la réduction de 50 % prévue à l'article 790 CGI :

Taux effectif maximal droit commun : 45 %

Avec Pacte Dutreil : 45 % × 25 % (assiette résiduelle) = 11,25 %

Avec Dutreil + art. 790 (< 70 ans PP) : 11,25 % × 50 % = 5,625 % en haut de tranche

Entreprise familiale valorisée 10 M€ : droits de succession sans optimisation ≈ 3,9 M€ ; avec Dutreil + art. 790 en donation PP 70 ans : ≈ 250 000 €.

Concrètement, une entreprise familiale valorisée 10 M€ sans optimisation coûte environ 3,9 M€ de droits à ses héritiers (45 % effectif). Avec le seul Pacte Dutreil : environ 250 k€ (2,5 % effectif). Avec Dutreil + donation PP avant 70 ans (réduction 50 % art. 790) : droits divisés encore par deux. Cumul Dutreil + donation NP + AV + don Sarkozy : transmission quasi-totale pour une facture quasi-nulle si la stratégie démarre dès 50-55 ans. Chaque levier isolé est modeste, empilés ils sauvent des millions.

22.8 Règlement UE 650/2012 : loi applicable et professio juris

Le Règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012 unifie le droit international privé des successions dans l'UE (sauf DK/IE) :

  • Loi applicable par défaut : loi de l'État de résidence habituelle du défunt au jour du décès (art. 21)
  • Professio juris (art. 22) : choix exprès de la loi de sa nationalité dans un testament — outil de planification pour les ressortissants à patrimoine transfrontalier
  • Certificat successoral européen (art. 62 et s.) : preuve uniforme de la qualité d'héritier dans tous les États membres, durée 6 mois renouvelable (CJUE 01/03/2018 C-558/16 Mahnkopf, CJUE 17/01/2019 C-102/18 Brisch)
  • Exclusion expresse de l'assurance-vie (art. 1 §2 g) — l'AV reste régie par la loi du contrat / résidence assureur

Depuis 2021, l'article 913 al. 3 du Code civil (loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, art. 24) a instauré un droit de prélèvement compensatoire sur les biens situés en France au profit des enfants français exhérédés par une loi étrangère.

22.9 RM Ciot : neutralité fiscale pour les couples mariés en communauté

La réponse ministérielle Ciot du 23 février 2016 (BOI-ENR-DMTG-10-10-20-20) a abrogé la position Bacquet du 29/06/2010. Désormais, au 1er décès, la valeur du contrat d'AV non dénoué souscrit par le conjoint survivant avec des fonds communs :

  • N'est pas intégrée à l'actif successoral taxable du défunt
  • Reste un bien commun civil pour la liquidation du régime matrimonial (non taxable fiscalement)
  • Sera taxée au 2nd décès selon les règles AV classiques (990 I / 757 B selon l'âge des versements)

Point de vigilance pratique : le réflexe issu de l'ancienne réponse Bacquet subsiste parfois lors de la liquidation, ce qui conduit à intégrer à tort la valeur de rachat du contrat non dénoué dans l'actif taxable. Demandez que l'application de la réponse Ciot soit expressément mentionnée dans la déclaration de succession.

22.10 RAAR (art. 929 CC) : l'outil clé des familles recomposées

La renonciation anticipée à l'action en réduction (art. 929 CC, complété par les art. 930 à 930-5 sur les modalités et effets) permet à un héritier réservataire de renoncer par avance à contester une atteinte future à sa réserve. Forme stricte : acte notarié double minute, bénéficiaire nommément désigné, irrévocable sauf 3 cas limitativement prévus (art. 930-3 CC).

Cas d'usage : familles recomposées pour protéger l'enfant du conjoint non adopté, ou entreprise familiale pour sécuriser une transmission inégale entre enfants. Attention : la RAAR est un outil purement civil — elle met la libéralité à l'abri de l'action en réduction, mais ne modifie en rien les droits de mutation dus par le gratifié, qui restent liquidés selon son lien de parenté.

Quasi-usufruit post-LF 2024 : la clause bénéficiaire AV démembrée préservée

L'article 774 bis CGI (LF 2024 art. 26) neutralise la déductibilité successorale des créances de restitution issues d'un quasi-usufruit conventionnel sur somme d'argent donnée. Exception majeure confirmée par le BOFiP du 26 septembre 2024 (BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 §390) : la clause bénéficiaire d'AV démembrée (usufruit conjoint / NP enfants) reste hors du dispositif. Elle demeure un des leviers de transmission les plus puissants du droit français.

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§ 23SOURCES·5 MIN

Sources et références

Code civil

  • Art. 720-892 — successions (ouverture, dévolution, réserve, quotité)
  • Art. 734 — les 4 ordres d'héritiers
  • Art. 756-767 — droits du conjoint survivant
  • Art. 912-917 — réserve héréditaire et quotité disponible
  • Art. 738-2 — droit de retour légal des ascendants donateurs
  • Art. 778 — recel successoral
  • Art. 815, 815-3, 815-5 — indivision
  • Art. 929-930-3 — RAAR (renonciation anticipée à l'action en réduction)
  • Art. 1401 — acquêts de communauté
  • Art. 1538 — présomption d'indivision (séparation de biens)
  • Art. 587 — quasi-usufruit sur les choses consomptibles
  • Art. 360 et s. — adoption simple

Code général des impôts

  • Art. 777 — barèmes DMTG (7 tranches ligne directe)
  • Art. 779 — abattements (100 000 €, 15 932 €, 7 967 €, 159 325 €)
  • Art. 788 IV — abattement résiduel 1 594 €
  • Art. 790 G — don Sarkozy (31 865 € exonéré)
  • Art. 796-0 bis — exonération conjoint/PACS (loi TEPA 2007)
  • Art. 796-0 ter — exonération frère/sœur cohabitant
  • Art. 764 bis — abattement 20 % résidence principale
  • Art. 774 bis — quasi-usufruit (LF 2024)
  • Art. 787 B / 787 C — Pacte Dutreil
  • Art. 990 I — prélèvement AV décès (avant 70 ans)
  • Art. 757 B — DMTG AV (après 70 ans)
  • Art. 750 ter — succession internationale
  • Art. 784 A — crédit d'impôt international
  • Art. 669 — barème fiscal du démembrement (usufruit/nue-propriété)
  • Art. 1133 — reconstitution PP au décès de l'usufruitier

Code de commerce — Tarifs notariaux

  • Art. A444-59 à A444-69-1 — émoluments notaire pour successions et donations
  • Art. R444-10 — remise de 20 % au-delà de 100 000 € d'actif
  • Arrêté du 26 février 2016 — tarifs réglementés des notaires (barèmes en vigueur depuis le 1er mars 2020)

Lois et BOFiP

  • Loi TEPA n°2007-1223 du 21 août 2007 — exonération conjoint
  • LF 2024 — art. 774 bis (quasi-usufruit), art. 973 (anti-abus SCI)
  • BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-50-30 — tarifs DMTG
  • BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-50-20 — abattements
  • BOFiP BOI-TCAS-AUT-60 — prélèvement art. 990 I
  • BOFiP ACTU-2024-00131 — art. 774 bis quasi-usufruit

Jurisprudence

  • Cass. 1ré civ., 15 janvier 2025 — nature successorale du droit de retour (art. 738-2)
  • Cass. 1ré civ., 13 février 2019, n°18-13.762 — compte joint et preuve de propriété
  • Cass. com., 16 février 2016, n° 14-23.301 — ISF : décote de 20 % sur des droits immobiliers indivis ; les parts de SCI, comme les droits indivis, valent moins que la fraction qu'elles représentent

Conventions internationales

  • Convention franco-belge du 20/01/1959 (en renégociation, projet 2021 non ratifié)
  • Convention franco-suisse du 11/07/1953
  • Convention franco-luxembourgeoise du 21/03/1958
  • Convention franco-américaine du 24/11/1978
  • Convention franco-britannique du 21/06/1963 — impôts sur les successions (en vigueur depuis le 30/06/1964)

Avertissement : Ce guide est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Chaque situation successorale étant unique, nous vous recommandons de consulter un notaire et un conseiller en gestion de patrimoine pour une analyse adaptée. Hagnéré Patrimoine est enregistré auprès de l'ORIAS (registre des intermédiaires en assurance, banque et finance) en qualité de CIF (Conseil en Investissements Financiers), COA (Courtier en Assurance) et COBSP (Courtier en Opérations de Banque et en Services de Paiement).

§ 24INDEX·2 MIN

Index complet du dossier Succession (41 guides)

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Sources et références légales

  • Code général des impôts — barème, abattements, AV, Dutreil

    Art. 777 CGI (barème DMTG ligne directe : 5/10/15/20/30/40/45 % en 7 tranches de 8 072 € à 1 805 677 €+ ; collatéraux et non-parents tableaux II-III). Art. 779 CGI (abattements personnels : 100 000 € enfant/parent, 15 932 € frères/sœurs, 7 967 € neveux/nièces, 159 325 € handicapé cumulable). Art. 788 IV (abattement résiduel 1 594 €). Art. 796-0 bis (exonération conjoint marié et PACS, loi TEPA 2007). Art. 796-0 ter (exonération frère/sœur cohabitant 50 ans+). Art. 990 I (AV avant 70 ans, abattement 152 500 €/bénéficiaire, 20 % puis 31,25 %). Art. 757 B (AV après 70 ans, abattement global 30 500 €). Art. 787 B et 787 C (Pacte Dutreil 75 % engagement 2+6=8 ans depuis LF 2026 art. 8). Art. 790 (réduction 50 % donation PP Dutreil, donateur < 70 ans). Art. 790 G (don familial Sarkozy 31 865 €). Art. 790 A bis (don logement neuf 100 000 € jusqu'au 31/12/2026). Art. 784 (rappel fiscal des donations de moins de quinze ans). Art. 776 ter (donations-partages transgénérationnelles de l'art. 1078-4 C. civ. non rapportables). Art. 784 A (crédit d'impôt international). Art. 750 ter (territorialité succession). Art. 764 bis (abattement 20 % résidence principale). Art. 764-I-3° (forfait 5 % meubles). Art. 774 bis (quasi-usufruit, LF 2024). Art. 669 (barème démembrement usufruit/nue-propriété). Art. 1133 (reconstitution PP au décès usufruitier). Art. 641 et 642 (délais déclaration 6/12 mois). Art. 1727 (intérêts retard 0,20 %/mois). Art. 1728 (majorations 10/40/80 %). Art. 746 (droit de partage de 2,5 %, ramené à 1,10 % par le même article pour les seuls partages consécutifs à une séparation de corps, un divorce ou une rupture de PACS) et art. 747 (liquidation sur l'actif net partagé). Art. 1716 bis (dation en paiement). Art. 397 et 404 B Annexe III (paiement différé des droits sur la nue-propriété, jusqu'à six mois après la réunion de l'usufruit). Art. 397 A Annexe III (différé 5 ans puis fractionné 10 ans pour la transmission d'entreprise). Art. 792-0 bis (trusts étrangers).

  • Code civil — dévolution, réserve, options héréditaires

    Art. 720 (lieu d'ouverture succession au dernier domicile). Art. 734 (4 ordres d'héritiers : descendants, parents+frères/sœurs, ascendants ordinaires, collatéraux ordinaires jusqu'au 6e degré). Art. 738-2 (droit de retour légal des ascendants donateurs). Art. 751-755 (représentation). Art. 757 (option du conjoint : usufruit total ou 1/4 PP si tous enfants communs). Art. 757-1 et 757-2 (conjoint sans descendant). Art. 768 à 781 (option héréditaire : acceptation pure, à concurrence actif net, renonciation). Art. 771 (délai 4 mois + sommation 2 mois). Art. 778 (recel successoral). Art. 805 (effets renonciation). Art. 807 (révocation renonciation). Art. 815 (indivision : nul n'est contraint d'y demeurer). Art. 815-3 (gestion indivision majorité 2/3). Art. 815-5-1 (vente indivision seuil 2/3 maintenu par loi n° 2026-248 — Sénat a rejeté la majorité simple). Art. 840 (partage judiciaire). Art. 912-913 (réserve héréditaire : 1/2 si 1 enfant, 2/3 si 2, 3/4 si 3+). Art. 912 al. 2 (définition de la quotité disponible ; l'ancien art. 914 est abrogé depuis la loi du 23 juin 2006). Art. 914-1 (réserve du conjoint survivant à défaut de descendant). Art. 920 (action en réduction, prescription 5 ans). Art. 929-930-3 (RAAR — renonciation anticipée à l'action en réduction, acte authentique double minute, irrévocable sauf 3 cas). Art. 970 (testament olographe). Art. 971 (testament authentique). Art. 976 (testament mystique). Art. 1078-4 à 1078-10 (donation-partage transgénérationnelle, loi 2006). Art. 1094-1 (donation au dernier vivant — DDV, 3 options). Art. 1133 (reconstitution PP au décès). Art. 1401 (acquêts de communauté). Art. 1524 (clause attribution intégrale). Art. 1527 al. 2 (action en retranchement enfants 1er lit). Art. 1538 (présomption indivision séparation de biens). Art. 1873-1 (convention d'indivision 5 ans renouvelable). Art. 360 et s. (adoption simple). Art. 477-494 (mandat de protection future). Art. 812 à 812-7 (mandat à effet posthume).

  • Lois récentes 2007-2026 — TEPA, PACTE, LF 2024-2026

    Loi TEPA n° 2007-1223 du 21 août 2007 (exonération conjoint marié et PACS, art. 796-0 bis). Loi PACTE n° 2019-486 du 22 mai 2019 (qualification crypto-actifs biens meubles incorporels). Loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, art. 24 (droit de prélèvement compensatoire, art. 913 al. 3 C. civ., successions ouvertes à compter du 1er novembre 2021). LF 2024 n° 2023-1322 du 29 décembre 2023 (art. 26 — création art. 774 bis CGI quasi-usufruit non déductible sauf usufruit légal conjoint ou DDV ; art. 973 II-IV — anti-abus SCI). LF 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025 (art. 10 — CDHR art. 224 ; art. 71 — création art. 790 A bis don logement neuf 100 000 €). LF 2026 n° 2026-103 du 19 février 2026 (art. 8 — Pacte Dutreil engagement individuel porté à 6 ans soit 8 ans au total avec engagement collectif, exclusion biens somptuaires non pro sauf affectation 3 ans, applicable transmissions à compter du 21/02/2026). La LF 2026 n'a créé aucun abattement propre aux enfants du conjoint : l'abattement applicable reste celui de 1 594 € (art. 788 IV CGI) ; elle n'a pas non plus prorogé l'art. 790 A bis, dont l'échéance du 31/12/2026 résulte de la LF 2025 elle-même. LFSS 2026 — loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (PS 17,2 % MAINTENUS sur AV/capi et foncier ; PS 18,6 % nouveau taux PEA/PER/dividendes/PV mobilières CTO/LMNP ; les droits de succession ne sont PAS impactés, car DMTG ≠ revenus du capital). Loi n° 2026-248 (indivision : seuil 2/3 art. 815-5-1 MAINTENU, Sénat a rejeté la majorité simple). Décret n° 2023-1219 du 20 décembre 2023 (télédéclaration 2705-SD progressive depuis 01/07/2024). Arrêté du 26 février 2016 fixant les tarifs réglementés des notaires (émoluments art. A444-59 à A444-69-1 du Code de commerce, barèmes en vigueur depuis le 1er mars 2020).

  • Règlement UE 650/2012 et conventions fiscales

    Règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012 (« Bruxelles IV ») en vigueur depuis le 17 août 2015 dans toute l'UE sauf Danemark et Irlande : art. 21 (loi applicable = résidence habituelle du défunt), art. 22 (option professio juris = loi de la nationalité par testament), art. 62 et s. (certificat successoral européen, durée 6 mois renouvelable). Exclusion expresse de l'assurance-vie (art. 1 §2 g) — l'AV reste régie par la loi du contrat. CJUE 1er mars 2018 C-558/16 Mahnkopf (part survivant régime matrimonial entre dans le CSE). CJUE 17 janvier 2019 C-102/18 Brisch (formulaire CSE obligatoire). Art. 913 al. 3 C. civ. (loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, art. 24 — prélèvement compensatoire sur biens français si loi étrangère écarte la réserve et défunt/enfant citoyen ou résident UE). Conventions fiscales successorales bilatérales (environ 35 en vigueur) : Belgique 20/01/1959 (en renégociation, projet 2021 non ratifié), Suisse 11/07/1953, Luxembourg 21/03/1958, États-Unis 24/11/1978. Royaume-Uni : convention du 21 juin 1963 tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur les successions (approuvée par la loi n° 64-562 du 17 juin 1964, entrée en vigueur le 30 juin 1964, publiée par le décret n° 64-789 du 27 juillet 1964), toujours en vigueur et non affectée par le Brexit — le crédit d'impôt de l'art. 784 A CGI ne joue qu'à défaut de convention applicable.

  • Jurisprudence 2015-2026 et doctrine BOFiP

    Cass. com. 4 mars 2020 n° 18-11.120 (rejet — la réponse du contribuable à une demande de l'administration par laquelle il fait connaître un don manuel vaut révélation au sens des art. 635 A et 757 CGI : le délai de déclaration d'un mois court à compter de cette réponse). CC QPC 2012-276 du 28/09/2012 (constitutionnalité réserve héréditaire). Cass. 1ré civ. 27/09/2017 n° 16-13.151 (affaire Colombier, exhérédation internationale) et n° 16-17.198 (affaire Jarre). Cass. 3e civ. 19/09/2024 n° 22-18.687 et 22-18.733 (quasi-usufruit dividendes SCI démembrée, art. 774 bis). Cass. com. 11/05/2023 n° 21-16.923/924/925 (trilogie Dutreil holding animatrice). Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 (Dutreil animation effective documentée). Cass. com. 14/10/2020 n° 18-17.955 (Dutreil prépondérance Financière de Rosario). Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110 (publié Bulletin — primes AV manifestement exagérées : 4 critères cumulatifs ET limitatifs). Cass. civ. 5 mars 2025 (conjoint limité à 1/4 PP si enfant non commun). Cass. com. 12 mars 2025 n° 23-21.706 (rectification dette quasi-usufruit sans saisine juge). Cass. civ. 2 avril 2025 (répartition passif NP/US suit barème art. 669). Cass. 1ré civ. 15/01/2025 (nature successorale du droit de retour art. 738-2). Cass. 1ré civ. 13/02/2019 n° 18-13.762 (compte joint et preuve de propriété). Cass. com. 16/02/2016 n° 14-23.301 (ISF — décote de 20 % admise sur des droits immobiliers indivis ; les parts de SCI, comme les droits indivis, valent moins que la fraction qu'elles représentent sur la valeur totale du bien). RM Ciot du 23/02/2016 n° 78192 (AV couples communauté, neutralité fiscale 1er décès — abrogation Bacquet). CADF avis n° 2024-10 (donation-partage réserve usufruit). BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 (quasi-usufruit exception AV, MAJ 26/09/2024). BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-50 (abattements). BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20 (Pacte Dutreil 787 B).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier, ni une consultation juridique au sens de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971. Toute opération de transmission (donation, AV, démembrement, SCI, Pacte Dutreil, changement de régime matrimonial) doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable et d'une rédaction notariale. Les chiffres et taux cités sont à jour au 25 juin 2026 mais peuvent évoluer en fonction des prochaines lois de finances et de financement de la sécurité sociale.

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  • Les abattements 2026 (art. 779 CGI) sont fixes nationalement et renouvelables tous les 15 ans : 100 000 EUR par parent et par enfant (art. 779-I), 15 932 EUR entre freres et soeurs (art. 779-IV), 7 967 EUR entre oncle/tante et neveu/niece (art. 779-V), 1 594 EUR pour tout autre heritier ou non-parent (art. 788 IV), 159 325 EUR cumulable pour personne handicapee (art. 779-II). Le conjoint marie et le partenaire de PACS sont totalement exoneres depuis la loi TEPA n° 2007-1223 du 21 aout 2007 (art. 796-0 bis CGI). Le concubin n'est PAS assimile au conjoint : il paie 60 % apres seulement 1 594 EUR d'abattement. Cumulables avec ces abattements : don familial Sarkozy 31 865 EUR (art. 790 G CGI, donateur de moins de 80 ans, beneficiaire majeur), don logement neuf 100 000 EUR (art. 790 A bis, jusqu'au 31/12/2026), abattement petit-enfant par representation 100 000 EUR par souche.