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Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en PER et préparation de la retraite
Quentin Hagnéré accompagne salariés, indépendants et dirigeants sur l'ouverture, le transfert et l'optimisation fiscale des PER, avec une logique patrimoniale globale et non produit par produit.
Vous avez liquidé votre retraite. Vous voulez continuer à travailler. Et tout le monde vous dit quelque chose de différent. Combien je peux gagner sans perdre ma pension ? Si je reprends, je génère encore des droits, ou je cotise dans le vide ? Mon ex-cabinet de comptable me dit qu'à partir de 2027 c'est plafonné — c'est vrai ? Je suis fonctionnaire, je peux vraiment cumuler ma pension de l'État avec une activité privée ?
Le cumul emploi-retraite concerne aujourd'hui plus de 700 000 retraités en France (Cour des comptes RALFSS 2025 du 26 mai 2025), soit deux fois plus qu'il y a quinze ans. La DREES recense 606 000 cumulants fin 2023 (Panorama 2025 Fiche 22), en hausse de +30 % en cinq ans — et la dynamique s'est accélérée depuis la réforme Borne du 14 avril 2023. Pourtant, c'est aussi l'un des dispositifs les plus mal compris : deux régimes parallèles (plafonné vs intégral), quatre grands plafonds par profession, une seconde pension qui génère de nouveaux droits depuis 2023, et un durcissement annoncé au 1ᵉʳ janvier 2027 qui change tout pour les liquidants 2026.
Ce guide détaille les règles du cumul plafonné et intégral (CSS L. 161-22 et L. 161-22-1), les plafonds 2026 à l'euro pour les 4 régimes français (CNAV/AGIRC-ARRCO, FPE/CNRACL, SSI, CNAVPL), le fonctionnement de la seconde pension Borne 2023 (2 403 €/an en 2026), la fiscalité réelle (CSG 8,3 % maintenu sur pensions, 9,2 % sur activité reprise), et 4 cas chiffrés à l'euro net : Dr Bertrand Marchand 64 ans chirurgien-dentiste SELARL Annecy, Michel Dubreuil 62 ans DAF Lyon, Stéphane Carpentier 64 ans gérant SARL Chambéry, Bernard Garnier 68 ans ex-cadre CNRACL Annecy.
Avertissement (L. 533-13 CMF). Ce guide est informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les règles du cumul varient selon le régime, la date de naissance, la situation matrimoniale et fiscale. Avant toute décision (liquidation, reprise d'activité, arbitrage 2026 vs 2027), demandez un bilan retraite personnalisé Hagnéré Patrimoine (CGP ORIAS 14004526, CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP — 45 minutes).
Sommaire
- 1. Ce qui change vraiment en 2026
- 2. Cumul plafonné ou intégral
- 3. Les 4 régimes français de cumul
- 4. Plafonds 2026 à l'euro
- 5. Seconde pension Borne 2023
- 6. Cas Dr Marchand 64 SELARL Annecy
- 7. Fiscalité réelle du cumul
- 8. Cas Michel 62 DAF Lyon
- 9. Cas Stéphane 64 SARL Chambéry
- 10. Cas Bernard 68 CNRACL Annecy
- 11. Cumul + pension de réversion
- 12. Stratégie patrimoniale du surplus
- 13. Démarches 2026
1. Cumul emploi-retraite 2026 : ce qui change vraiment cette année
L'année 2026 est charnière. Trois textes structurent les règles que vous appliquerez en pratique : la LOI 2023-270 du 14 avril 2023 qui a créé le cumul intégral avec génération de droits depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la LOI 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) qui acte un durcissement au 1ᵉʳ janvier 2027, et l'arrêté du 22 décembre 2025 qui fixe le PASS 2026 à 48 060 €. Ces trois textes ensemble dessinent une fenêtre stratégique de 12 mois — celle que vous lisez aujourd'hui.
1.1 La LFSS 2026 articles 102 et 105 — réforme 2027 actée et calendrier Borne suspendu
Deux articles structurent l'année 2026. L'article 105 de la LFSS 2026 (LOI 2025-1403 du 30/12/2025) a suspendu le calendrier d'élévation de l'âge légal prévu par la réforme Borne 2023 jusqu'au 1ᵉʳ janvier 2028. En pratique, l'âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois pour les pensions liquidées à compter du 1ᵉʳ septembre 2026 (assurés nés entre septembre 1963 et mars 1965) et progressera ensuite de 3 mois par génération seulement jusqu'à 63 ans et 9 mois pour la génération 1968. La cible de 64 ans est repoussée au-delà de 2028. L'âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans.
L'article 102 de la LFSS 2026 introduit en parallèle un durcissement structurel du cumul emploi-retraite au 1ᵉʳ janvier 2027, organisé en 3 paliers d'âge distincts :
- Palier 1 — avant l'âge légal (retraités en départ anticipé : carrières longues, catégories actives, handicap, pénibilité) : écrêtement intégral de la pension à concurrence du revenu d'activité reprise. La pension est suspendue tant que dure l'activité.
- Palier 2 — entre l'âge légal et 67 ans : nouveau plafond fixé par décret (étude d'impact LFSS 2026 retient un seuil indicatif de 7 000 €/an),écrêtement de 50 % du dépassement au-delà de ce seuil. Les décrets d'application sont attendus au troisième trimestre 2026.
- Palier 3 — après 67 ans (taux plein automatique d'âge) : cumul intégral conservé sans modification, dans la continuité du régime actuel L. 161-22-1.
L'article 102 prévoit également l'abrogation de l'article L. 85 du CPCMR au 1ᵉʳ janvier 2027 : les fonctionnaires en cumul plafonné perdront le plafond dérogatoire « 1/3 pension + 8 198,10 €/an » au profit du régime de droit commun à 3 paliers du privé.
Exemple chiffré : un retraité qui liquide aujourd'hui à 63 ans après une carrière longue et reprend une activité libérale à 60 000 €/an peut, en 2026, opter pour le cumul intégral et conserver l'intégralité de ses revenus. Le même retraité qui liquide après le 1ᵉʳ janvier 2027 verrait, sous réserve des décrets, ses revenus écrêtés à 50 % du dépassement au-delà de 7 000 €/an pendant la fenêtre 63-67 ans — soit une perte potentielle de l'ordre de 26 500 € par an pendant 4 ans dans cet exemple. C'est la raison pour laquelle Fidal recommande explicitement de « liquider en 2026 pour cumuler en toute liberté » dans sa publication de mars 2026.
1.2 PASS, PMSS et SMIC 2026 — la cascade des plafonds
L'arrêté du 22 décembre 2025 a fixé le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) 2026 à 48 060 €, soit PMSS de 4 005 €/mois. Le SMIC mensuel brut a été revalorisé au 1ᵉʳ janvier 2026 à 1 823,03 €/mois. Cette cascade détermine tous les plafonds opposables du cumul plafonné 2026.
| Référence | Base | Plafond 2026 | Application |
|---|---|---|---|
| PASS | — | 48 060 €/an | CNAVPL libéraux (1 PASS) |
| PMSS | PASS / 12 | 4 005 €/mois | Référence cotisations |
| ½ PASS | PASS × 0,5 | 24 030 €/an | SSI indépendants |
| 5 % PASS | PASS × 0,05 | 2 403 €/an | Seconde pension Borne |
| 10 % PASS | PASS × 0,10 | 4 806 € | Plafond vie seconde pension |
| SMIC mensuel | 1 823,03 € brut | 1 823,03 €/mois | — |
| 160 % SMIC | SMIC × 1,6 | 2 916,85 €/mois | Cumul plafonné salarié |
| 1/3 + 8 198,10 € | Pension/3 + 8 198,10 | Variable | Fonctionnaires (CPCMR L. 85) |
Les chiffres opposables — c'est-à-dire ceux que la CARSAT, la MSA ou la Cour des comptes utiliseront en cas de contrôle — sont fixés par la Circulaire CNAV n° 2025-29 du 22 décembre 2025. Trois points à retenir : (1) le plafond salarié monte mécaniquement de 2 884,80 €/mois en 2025 à 2 916,85 €/mois en 2026 (soit +32,05 €/mois, revalorisation SMIC) ; (2) la seconde pension Borne maximale par an passe de 2 355 € à 2 403 €/an (+2 %, suit le PASS) ; (3) le plafond vie de la seconde pension monte de 4 710 € à 4 806 €.
1.3 Trois ans de génération de droits Borne — bilan 2026
Le 1ᵉʳ janvier 2023 a marqué un tournant : avant cette date, un retraité en cumul intégral cotisait à fonds perdus — ses cotisations ne créaient aucun nouveau droit. Depuis cette date, l'article L. 161-22-1-1 du CSS prévoit la génération d'une seconde pension plafonnée à 5 % du PASS par an. En 2026, nous entrons dans la troisième année pleine du dispositif. La Circulaire AGIRC-ARRCO du 5 février 2024 a étendu cette logique au régime complémentaire, en générant des droits sur la tranche 1 (revenus ≤ 1 PASS) — avec une rétroactivité au 1ᵉʳ janvier 2023.
Cas type : un dirigeant qui cumule depuis le 1ᵉʳ janvier 2023 a généré en trois ans des droits bruts d'environ 7 161 € (2 355 € en 2023 + 2 403 € en 2024 + 2 403 € en 2025, hors revalorisations annuelles), mais ces droits bruts sont écrêtés au plafond vie de 10 % du PASS = 4 806 € en 2026 — atteint en pratique après 2 ans pleins de cumul maximal. Au-delà, les cotisations continuent à fonds perdus. Cette seconde pension sera versée lorsque le retraité cessera définitivement son activité.
1.4 bis Palier 1 — l'angle aveugle des carrières longues et catégories actives
Un point que la plupart des concurrents éditoriaux occultent : le palier 1 de l'article 102 LFSS 2026 vise les retraités liquidés avant l'âge légal. Trois populations sont concernées : (1) les départs anticipés pour carrière longue (dispositif CSS L. 351-1-1, qui permet la retraite entre 58 et 62 ans selon le nombre de trimestres validés avant 16/18/20 ans) ; (2) les catégories actives de la fonction publique (CPCMR L. 24, départs à 57 ou 52 ans pour policiers, pompiers, surveillants pénitentiaires) ; (3) les retraités au titre du handicap ou de la pénibilité (CSS L. 351-1-3 et compte personnel de prévention).
Pour ces trois populations, le palier 1 prévoit un écrêtement intégral de la pension à concurrence du revenu d'activité reprise — autrement dit la pension est purement suspendue tant que dure l'activité. Conséquence pratique : un retraité carrière longue parti à 60 ans qui reprend une activité salariée à 18 000 €/an verra sa pension (par exemple 22 000 €/an) réduite à 4 000 €/an pendant toute la durée du cumul. Aucun équivalent dans le régime actuel. Là encore, liquider en 2026 verrouille l'ancien régime généreux ; liquider en 2027 bascule au palier 1 si le retraité est dans cette situation.
1.4 Fenêtre stratégique 2026 — pourquoi liquider avant le 31 décembre
Le cabinet CMS Francis Lefebvre a analysé en détail l'« effet d'aubaine » pour les dirigeants de TPE/PME nés entre 1962 et 1965. Avec le calendrier suspendu par l'article 105 LFSS 2026, l'âge légal applicable en 2026 reste entre 62 ans et 62 ans 9 mois pour ces générations. Liquider avant le 31 décembre 2026 verrouille l'ancien régime du cumul intégral : aucun plafond sur les revenus d'activité reprise + génération de droits Borne. Liquider en janvier 2027 ou après expose au régime à 3 paliers de l'article 102 — particulièrement pénalisant pour les carrières longues (palier 1 écrêtement intégral avant âge légal) et les liquidants palier 2 (entre âge légal et 67 ans, écrêtement 50 % du dépassement au-delà de 7 000 €/an).
Sapiendo Retraite a chiffré l'enjeu : sur les 541 000 cumulants identifiés en base 2023, trois populations sont concernées par la réforme 2027 selon des paramètres radicalement différents — (1) départs anticipés avant âge légal (carrières longues, catégories actives, handicap) qui basculent au palier 1 d'écrêtement intégral ; (2) liquidants entre âge légal et 67 ans concernés par le seuil 7 000 €/an et l'écrêtement 50 % ; (3) liquidants après 67 ans (taux plein automatique d'âge) qui conservent intégralement l'ancien régime. La fenêtre stratégique concerne principalement les populations 1 et 2.
| Palier d'âge | Régime actuel (jusqu'au 31/12/2026) | Nouveau régime (à partir du 01/01/2027) |
|---|---|---|
| Palier 1 — avant l'âge légal (carrières longues, catégories actives, handicap) | Cumul plafonné CSS L. 161-22 (plafond 160 % SMIC ou dernier salaire) | Écrêtement INTÉGRAL : pension réduite à concurrence du revenu d'activité reprise |
| Palier 2 — entre âge légal et 67 ans | Cumul intégral CSS L. 161-22-1 si conditions réunies (aucun plafond) | Seuil 7 000 €/an indicatif + écrêtement 50 % du dépassement |
| Palier 3 — à partir de 67 ans (taux plein automatique d'âge) | Cumul intégral CSS L. 161-22-1 (aucun plafond) | Cumul intégral conservé sans modification |
| Fonction publique (CPCMR L. 85) | Plafond dérogatoire : 1/3 pension + 8 198,10 €/an | Abrogation L. 85 au 01/01/2027 — basculement régime droit commun 3 paliers |
| Seconde pension Borne (CSS L. 161-22-1-1) | Génération 5 % PASS/an, plafond vie 10 % PASS | Maintenue (sans changement par l'article 102) |
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2. Cumul plafonné ou cumul intégral : la première décision à prendre
La toute première question à se poser n'est pas « quel plafond ? » mais « plafonné ou intégral ? ». Les deux régimes obéissent à des logiques opposées : le cumul plafonné (CSS L. 161-22) limite les revenus d'activité reprise, mais n'exige pas le taux plein ; le cumul intégral (CSS L. 161-22-1) supprime tout plafond, mais exige trois conditions cumulatives strictes. Le choix se joue presque entièrement sur ces trois conditions.
2.1 Cumul plafonné — l'option par défaut depuis 1982
Le cumul plafonné, c'est le régime historique. L'article L. 161-22 du CSS impose deux conditions principales : rompre le lien professionnel avec le précédent employeur (pour les salariés) et respecter un plafond de revenus. Le plafond retenu est le montant le plus favorable entre 160 % du SMIC mensuel brut (soit 2 916,85 €/mois en 2026, x 12 = 35 002,20 €/an) et le dernier salaire d'activité revalorisé. C'est ce dernier qui prime presque toujours pour les cadres et dirigeants — d'où l'utilité de bien documenter sa fiche de paie de fin de carrière.
La Cour de cassation a confirmé la constitutionnalité de cette obligation par la décision Cass. 2e civ. 3 avril 2014 n° 14-40.005 (QPC non transmise) : l'obligation de rompre le lien professionnel imposée au seul salarié n'est pas discriminatoire vis-à-vis des indépendants. Cette jurisprudence reste la référence en 2026.
2.2 Cumul intégral — la révolution Borne 2023
Le cumul intégral est codifié à l'article L. 161-22-1 du CSS, créé par la LOI 2023-270 du 14 avril 2023 article 26. Trois conditions cumulatives doivent être réunies pour que l'intégral s'applique :
- Avoir atteint l'âge légal de la retraite — calendrier gelé par l'article 105 LFSS 2026 : 62 ans 9 mois pour les pensions liquidées à compter du 1ᵉʳ septembre 2026 (générations 1963 sept. à 1965 mars), progression de 3 mois par génération jusqu'à 63 ans 9 mois pour la génération 1968, cible 64 ans reportée au-delà de 2028.
- Bénéficier du taux plein (carrière complète : 169-172 trimestres selon génération, ou âge automatique 67 ans).
- Avoir liquidé TOUTES les pensions de TOUS les régimes auxquels on a cotisé : régime de base + régimes complémentaires + régimes spéciaux le cas échéant. Le Conseil d'État a confirmé cette interprétation extensive par sa décision CE 13 novembre 2024 n° 488172 : un fonctionnaire qui n'avait pas liquidé sa pension IRCANTEC s'est vu refuser le bénéfice du cumul intégral pour cause de pension non-liquidée résiduelle.
Si ces trois conditions sont réunies, le retraité peut reprendre une activité sans aucun plafond de revenus — et, depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, il génère également de nouveaux droits via la seconde pension Borne (cf. H2 5).
2.3 Délai de 6 mois pour la reprise chez le même employeur
Une règle souvent ignorée mérite attention. Pour le cumul plafonné, l'article L. 161-22 du CSS impose un délai de 6 mois entre la date de liquidation et la reprise d'activité chez le même employeur. Cette disposition vise à éviter les schémas de « rupture-réembauche » purement formelle. Elle ne s'applique pas au cumul intégral.
La Cour de cassation a précisé la portée de ce délai dans Cass. 2e civ. 21 janvier 2014 n° 12-22.565 : la cessation d'activité doit résulter d'une volonté claire et non équivoque du salarié, sans concertation préalable avec l'employeur sur une reprise programmée. À défaut, la CARSAT peut requalifier la situation en « activité continue » et exiger la restitution des pensions perçues.
2.4 Plafonné vs intégral — tableau de décision rapide
| Critère | Cumul plafonné CSS L. 161-22 | Cumul intégral CSS L. 161-22-1 |
|---|---|---|
| Âge requis | Aucun | Âge légal (64 ans en 2026) |
| Taux plein requis | Non | Oui (carrière ou 67 ans) |
| Pensions toutes liquidées | Non | Oui — toutes, tous régimes (CE 13/11/2024) |
| Plafond revenus | 160 % SMIC OU dernier salaire | Aucun |
| Délai 6 mois même employeur | Oui | Non |
| Génération de droits Borne | Non | Oui (CSS L. 161-22-1-1) |
| Sanction dépassement | Suspension pension proportionnelle | Sans objet |
| Démarche CARSAT | Déclaration reprise dans 1 mois | Idem |
Le réflexe à avoir. Avant de signer quoi que ce soit (contrat de travail reprise, mission freelance, statut TNS, gérance SARL), vérifiez sur info-retraite.fr que vos pensions sont toutes liquidées et que le taux plein est acquis. Sans cela, vous êtes bloqué en cumul plafonné même si vous ne le souhaitez pas — et l'impact sur les revenus peut atteindre plusieurs milliers d'euros par an.
3. Les 4 régimes français de cumul en 2026
La France compte une mosaïque de régimes de retraite, mais quatre grands ensembles couvrent plus de 95 % des cumulants : (1) CNAV + AGIRC-ARRCO pour les salariés du privé, (2) FPE + CNRACL pour la fonction publique, (3) SSI pour les indépendants commerçants/artisans, (4) CNAVPL avec ses 10 sections professionnelles pour les libéraux. La MSA (régime agricole) constitue un cinquième ensemble plus petit. Chaque régime a ses propres règles de plafond, de déclaration, et de génération de droits.
3.1 CNAV + AGIRC-ARRCO — les salariés du privé
Pour les salariés relevant du régime général, le cumul plafonné limite les revenus de reprise à 160 % du SMIC = 2 916,85 €/mois en 2026 ou au dernier salaire revalorisé. Pour le complémentaire AGIRC-ARRCO, la Circulaire du 5 février 2024 a confirmé deux nouveautés majeures : (1) la génération de nouveaux droits sur la tranche 1 (revenus ≤ 1 PASS) en cumul intégral, avec rétroactivité au 1ᵉʳ janvier 2023 ; (2) l'absence de génération sur la tranche 2 (revenus au-delà de 1 PASS), confirmée comme « cotisations à fonds perdus » pour cette portion.
3.2 FPE + CNRACL — la fonction publique sous CPCMR L. 84
Les fonctionnaires (FPE pour l'État, CNRACL pour territoriaux et hospitaliers) relèvent du Code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR). L'article L. 84 impose des conditions équivalentes au cumul intégral du privé, mais avec une spécificité : le fonctionnaire doit avoir liquidé toutes les pensions de tous les régimes auxquels il a cotisé — y compris IRCANTEC, RAFP, et éventuellement CNAV/AGIRC-ARRCO si carrière mixte. Le Conseil d'État a tranché cette question dans CE 13 novembre 2024 n° 488172 : l'absence de liquidation d'une seule pension (même résiduelle) bloque le cumul intégral.
Pour le cumul plafonné fonctionnaire, l'article L. 85 CPCMR fixe le plafond à 1/3 de la pension brute + 8 198,10 €/an (montant 2026 selon Circulaire CNAV 2025-29). Au-delà, la pension est réduite à concurrence du dépassement.
3.3 SSI — les indépendants commerçants et artisans
Le régime social des indépendants (SSI, ex-RSI intégré au régime général depuis 2018) s'applique aux commerçants, artisans, et gérants majoritaires de SARL (statut TNS art. 62 CGI). Le plafond du cumul plafonné SSI est de ½ PASS = 24 030 €/an en 2026. Pour le cumul intégral, les mêmes trois conditions que le régime général s'appliquent (CSS L. 634-6 + L. 161-22-1). La seconde pension SSI suit le plafond de 5 % du PASS = 2 403 €/an, comme pour le régime général.
3.4 CNAVPL — les 10 sections libérales (CARMF, CARCDSF, CIPAV…)
La Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL) regroupe 10 sections professionnelles : CARMF (médecins), CARCDSF (chirurgiens-dentistes et sage-femmes, dont relève notre cas pivot Dr Marchand), CARPIMKO (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, podologues), CRN (notaires), CAVOM (officiers ministériels), CAVEC (experts-comptables), CARPV (vétérinaires), CAVP (pharmaciens), CAVAMAC (agents généraux d'assurance), et CIPAV (libéraux non rattachés à une autre section : architectes, consultants, etc.). Les avocats relèvent d'un régime distinct, la CNBF.
Pour ces 10 sections, le plafond du cumul plafonné est uniformément fixé à 1 PASS = 48 060 €/an en 2026. Le cumul intégral suit les mêmes conditions que le régime général (CSS L. 643-1 et L. 644-1). Particularité : la liquidation totale inclut la section professionnelle, le régime complémentaire de la section, et le régime général CNAV — ce qui peut concerner jusqu'à 4 organismes liquidateurs pour un seul libéral.
3.5 MSA — régime agricole
La Mutualité sociale agricole (MSA) couvre les non-salariés agricoles (NSA, exploitants) via l'article L. 732-39 du Code rural, et les salariés agricoles via l'article L. 742-3. Les règles de cumul sont alignées sur le régime général (CNAV pour salariés agricoles, SSI pour exploitants). Le plafond du cumul plafonné NSA s'aligne sur celui du régime général (160 % SMIC). Une question sénatoriale de M. Bellamy (n° 07756 du 19 février 2026) a alerté sur le plafond 7 000 €/an annoncé en 2027 qui serait particulièrement pénalisant pour les petites pensions agricoles — réponse ministérielle en attente.
4. Plafonds 2026 chiffrés à l'euro — tableau opposable par régime
Avant tout calcul personnel, voici le tableau de référence des plafonds 2026 du cumul plafonné. Ces chiffres sont opposables : ce sont eux que la CARSAT, la MSA ou la CNAVPL appliqueront en cas de contrôle. Source primaire : Circulaire CNAV n° 2025-29 du 22 décembre 2025 + arrêté PASS du 22 décembre 2025.
4.1 Plafond salariés CNAV — 160 % SMIC = 2 916,85 €/mois
Pour les salariés relevant du régime général, le plafond du cumul plafonné est le montant le plus favorable entre 160 % du SMIC mensuel brut (2 916,85 €/mois) et le dernier salaire d'activité revalorisé. Le calcul s'effectue sur 12 mois glissants, pas sur année civile. Au-delà, la pension est suspendue à concurrence du dépassement.
Plafond salarié cumul plafonné 2026 :
max ( 160 % × SMIC ; dernier salaire revalorisé ) = max ( 2 916,85 €/mois ; salaire fin carrière )
Exemple : cadre dirigeant dernier salaire 5 800 €/mois → plafond retenu 5 800 €/mois (le plus favorable).
4.2 Plafond SSI — ½ PASS = 24 030 €/an
Pour les indépendants commerçants et artisans (TNS art. 62 CGI), le plafond est de ½ PASS = 24 030 €/an = 2 002,50 €/mois en 2026. Ce plafond s'applique aux revenus tirés de l'activité reprise (BIC pour commerçants, BNC pour artisans, rémunération de gérance pour SARL). Au-delà, la pension SSI est réduite à concurrence du dépassement.
4.3 Plafond CNAVPL — 1 PASS = 48 060 €/an
Pour les 10 sections libérales, le plafond du cumul plafonné est uniformément de 1 PASS = 48 060 €/an = 4 005 €/mois. Ce plafond plus généreux que la SSI reflète le niveau de revenus moyen des professions libérales. À noter : pour les médecins en zone sous-dense, un régime dérogatoire permet le dépassement sans conséquence sur la pension (Décret 2009-1714 du 30 décembre 2009).
4.4 Plafond FP — 1/3 pension + 8 198,10 €/an
Pour les fonctionnaires en cumul plafonné, l'article L. 85 CPCMR fixe le plafond à 1/3 de la pension brute + 8 198,10 €/an. Pour un fonctionnaire dont la pension brute annuelle s'élève à 30 000 € : plafond = 30 000 / 3 + 8 198,10 = 18 198,10 €/an de revenus d'activité reprise sans réduction. Au-delà, la pension FPE/CNRACL est réduite à due concurrence.
Plafond fonctionnaire cumul plafonné 2026 (CPCMR L. 85) :
Plafond annuel = (Pension brute annuelle / 3) + 8 198,10 €
Exemple : pension 30 000 €/an → plafond = 10 000 + 8 198,10 = 18 198,10 €/an de revenus activité reprise.
4.5 Tableau de synthèse opposable
| Régime | Plafond 2026 | Référence légale | Mensuel équivalent |
|---|---|---|---|
| CNAV salariés | Max(160 % SMIC ; dernier salaire) = 2 916,85 €/mois OU plus | CSS L. 161-22 | 2 916,85 € minimum |
| SSI indépendants | ½ PASS = 24 030 €/an | CSS L. 634-6 | 2 002,50 €/mois |
| CNAVPL libéraux | 1 PASS = 48 060 €/an | CSS L. 643-1 | 4 005 €/mois |
| FPE/CNRACL | 1/3 pension + 8 198,10 €/an | CPCMR L. 85 | Variable |
| MSA salariés | Aligné CNAV = 160 % SMIC | CR L. 742-3 | 2 916,85 €/mois minimum |
| MSA non-salariés | Aligné SSI = ½ PASS | CR L. 732-39 | 2 002,50 €/mois |
Pour le cumul intégral, ces plafonds sont supprimés. Mais attention : le passage du plafonné à l'intégral nécessite de remplir les trois conditions vues au H2 2.2. Tant que ces conditions ne sont pas réunies (taux plein non acquis, par exemple), le cumulant reste sous le régime plafonné — ce qui peut surprendre les retraités proches de l'âge légal mais sans carrière complète.
5. La seconde pension Borne 2023 : génération de nouveaux droits
L'innovation centrale de la réforme du 14 avril 2023 tient en un mécanisme simple. Avant cette date, un retraité en cumul intégral cotisait dans le vide — ses cotisations sociales prélevées sur l'activité reprise n'ouvraient aucun nouveau droit. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, l'article L. 161-22-1-1 du CSS prévoit la génération d'une seconde pension, appelée familièrement « seconde pension Borne », plafonnée à 5 % du PASS par an et à 10 % du PASS sur toute la vie.
5.1 Conditions strictes — cumul intégral uniquement
La seconde pension n'est générée que dans le cadre du cumul intégral, pas du plafonné. Cela signifie que les trois conditions du L. 161-22-1 doivent être réunies (âge légal + taux plein + toutes pensions liquidées). En cumul plafonné, les cotisations continuent à fonds perdus comme avant 2023. C'est un argument supplémentaire pour basculer vers le cumul intégral dès que possible.
5.2 Plafond annuel — 5 % du PASS = 2 403 €/an en 2026
Le plafond annuel de la seconde pension est fixé à 5 % du PASS = 2 403 €/an en 2026 (48 060 € × 5 %). Ce plafond évolue chaque année avec le PASS. Pour illustrer : un cumulant intégral qui gagne 80 000 €/an d'activité reprise accumule, sur une année pleine, un droit à 2 403 €/an de seconde pension supplémentaire — peu importe le niveau des revenus d'activité au-delà de ce plafond.
5.3 Plafond vie — 10 % du PASS = 4 806 € total
La seconde pension est également plafonnée à 10 % du PASS sur toute la vie, soit 4 806 € en 2026. Ce plafond vie signifie qu'après deux à trois ans de cumul intégral maximal, le retraité a atteint le plafond global et cesse de générer de nouveaux droits. Les cotisations continuent à fonds perdus à ce stade — sauf passage à un autre régime (par exemple, basculement d'une activité salariée à une activité libérale).
Seconde pension Borne 2026 (CSS L. 161-22-1-1) :
Plafond annuel = 5 % × PASS = 5 % × 48 060 = 2 403 €/an
Plafond vie = 10 % × PASS = 10 % × 48 060 = 4 806 € total
Génération à compter du 01/01/2023, versement après cessation définitive d'activité.
5.4 AGIRC-ARRCO — génération sur tranche 1 (≤ 1 PASS)
Le régime complémentaire AGIRC-ARRCO a aligné ses règles via la Circulaire du 5 février 2024. Trois points clés : (1) génération de nouveaux droits sur la tranche 1 (revenus ≤ 1 PASS, soit ≤ 48 060 €/an en 2026) ; (2) absence de génération sur la tranche 2 (revenus au-delà de 1 PASS) ; (3) rétroactivité au 1ᵉʳ janvier 2023, ce qui permet aux cumulants intégraux qui ont commencé leur activité reprise entre 01/01/2023 et la circulaire de récupérer rétroactivement leurs droits AGIRC-ARRCO non liquidés.
5.5 L'effet d'aubaine pour dirigeants TPE/PME
Le cabinet CMS Francis Lefebvre a analysé en détail cet effet d'aubaine dans une note de 2024 actualisée mars 2026. Pour un dirigeant de TPE/PME qui liquide en 2026 puis poursuit son activité de gérance (TNS art. 62 CGI ou président SAS), le cumul intégral génère : (1) une seconde pension SSI ou CNAV de 2 403 €/an, (2) des points AGIRC-ARRCO tranche 1, (3) une indexation sur le PASS qui suit l'inflation. Sur trois ans de cumul maximal, le gain net est de 7 200 à 10 000 € selon le profil — à comparer aux 32 000 € de cotisations sociales versées sur la même période. Le « rendement » n'est pas l'argument principal du cumul intégral, mais la génération de droits constitue un complément non négligeable.
Trois questions à se poser. Si vous remplissez les conditions du cumul intégral (âge + taux plein + toutes pensions liquidées), basculer vers ce régime depuis le plafonné est presque toujours favorable : absence de plafond sur l'activité reprise, génération de la seconde pension, alignement AGIRC-ARRCO sur la tranche 1. La seule raison de rester en plafonné serait une carrière incomplète sans encore atteindre 67 ans — auquel cas la retraite progressive est souvent une meilleure alternative.
6. Cas chiffré n°1 — Dr Bertrand Marchand, 64 ans, chirurgien-dentiste SELARL Annecy
Bertrand Marchand a 64 ans en novembre 2026. Chirurgien-dentiste exerçant depuis 1988 à Annecy, il dirige la SELARL « Cabinet Dentaire des Aravis » (3 fauteuils, 2 assistantes, 1 prothésiste). Né en novembre 1962, il a dépassé l'âge légal applicable à sa génération (62 ans, calendrier Borne 2023 gelé par l'article 105 LFSS 2026) depuis novembre 2024. Il bénéficie en 2026 d'une surcote de 2 ans (8 trimestres × 1,25 % = +10 % sur sa pension) et d'un taux plein automatique (172 trimestres validés, génération 1962). Sa pension CARCDSF + complémentaire CNAVPL s'élève à environ 38 200 €/an. Son BNC 2025 (activité libérale) atteint 145 000 €/an, répartis en 60 % rémunération de gérance article 62 CGI (87 000 €) et 40 % dividendes (58 000 €). Son patrimoine global : résidence principale Annecy 720 k€, SCPI européennes 280 k€, assurance-vie 540 k€, PER 220 k€, soit 1,76 M€. Marié sous communauté universelle avec Élisabeth (62 ans, ancienne assistante dentaire retraitée), deux enfants majeurs.
6.1 Situation patrimoniale et fiscale
Bertrand est dans la TMI 41 % avec son revenu fiscal de référence 2025 de 138 000 €. La question qu'il pose : vaut-il mieux liquider maintenant à 64 ans en décembre 2026 (avec ma surcote acquise de 10 %) et continuer mon activité libérale en cumul intégral, ou attendre 67 ans pour le taux plein automatique d'âge ? Élisabeth, sa femme, lui suggère d'arrêter — mais financièrement, la SELARL génère un BNC net qu'il serait dommage de cesser sans optimisation. Son comptable lui dit que « rien ne presse ». Son fils, ingénieur fiscaliste à Lyon, lui parle de réforme 2027.
6.2 Calcul du cumul intégral CARCDSF + CNAVPL
Si Bertrand liquide au 1ᵉʳ décembre 2026, il remplit les trois conditions du cumul intégral CSS L. 161-22-1 : âge légal largement atteint (62 ans pour génération 1962, calendrier gelé), taux plein automatique (172 trimestres validés) + surcote 10 %, toutes pensions liquidées (CARCDSF section professionnelle + complémentaire CNAVPL + CNAV de base = 3 organismes liquidateurs). Il bascule en cumul intégral dès le 1ᵉʳ décembre 2026 et perçoit :
- Pension CARCDSF + CNAVPL complémentaire : 38 200 €/an (estimation avant revalorisation 0,9 % au 01/01/2026 = ~38 540 €/an).
- Revenus d'activité libérale post-liquidation : BNC ~145 000 €/an (rémunération gérance 87 000 € + dividendes 58 000 €).
- Plafond CNAVPL en cumul intégral : aucun — Bertrand peut maintenir son niveau d'activité actuel sans aucune réduction de pension.
- Génération de droits seconde pension : 2 403 €/an sur le régime CNAV de base (à condition de cotiser au régime salarié pour la rémunération de gérance ; en TNS art. 62, c'est le régime CNAVPL section CARCDSF qui s'applique également).
6.3 Arbitrage 31/12/2026 vs 01/01/2027
Si Bertrand liquide en 2026 et reprend immédiatement en cumul intégral, il bénéficie de l'ancien régime généreux sans plafond sur ses revenus libéraux. S'il attend au 01/01/2027 ou après, et qu'il a entre l'âge légal (62 ans pour sa génération) et 67 ans, il tombe au palier 2 de la LFSS 2026 article 102 : seuil indicatif 7 000 €/an, écrêtement 50 % du dépassement au-delà. Sur ses 145 000 €/an de BNC, cela représenterait un écrêtement potentiel de 50 % × (145 000 − 7 000) = 69 000 €/an de réduction de pension entre 64 et 67 ans, soit jusqu'à 207 000 € de perte théorique sur les 3 ans — mais plafonné en pratique au montant de la pension elle-même (~38 540 €/an), soit 115 620 € de pension réellement écrêtée sur 3 ans avant 67 ans.
Évidemment, ce chiffrage est l'hypothèse maximale fondée sur l'étude d'impact LFSS 2026. Les décrets d'application sont attendus T3 2026 et pourraient préciser des cas d'exemption (médecins en zone sous-dense, dirigeants TPE/PME avec succession en cours, etc.). Néanmoins, en l'état du droit voté, liquider en 2026 verrouille l'ancien régime : c'est la recommandation explicite de Fidal dans sa publication de mars 2026.
6.4 Surplus mensuel net et stratégie patrimoniale CGP
Surplus mensuel net Bertrand en cumul intégral 2026 :
Pension nette mensuelle : 38 540 / 12 = 3 211 € brut/mois → 3 211 × (1 - 8,3 % CSG - 0,5 % CRDS - 0,3 % CASA - IR ~22 %) ≈ 2 244 €/mois net pension.
BNC libéral mensuel net : 145 000 / 12 = 12 083 €/mois brut → après cotisations sociales (~30 %) + IR (TMI 41 %) = ~5 100 €/mois net BNC.
Total net Bertrand en cumul intégral : 7 344 €/mois (2 244 € pension + 5 100 € BNC).
Scénario alternatif cessation BNC : 2 244 €/mois (pension seule).
Surplus cumul intégral vs cessation = +5 100 €/mois net = +61 200 €/an (le BNC mensuel net entier).
La stratégie patrimoniale CGP pour Bertrand consiste à allouer ce surplus de manière optimisée. Trois piliers : (1) PER déductible jusqu'à 70 ans — Bertrand peut verser le plafond annuel PER (10 % PASS ou 10 % revenus pro plafonné à 35 191 € en 2026), déductible de son IR à 41 %, soit 14 428 € d'économie d'impôt par an pendant 6 ans. (2) SCPI démembrement nu-propriété : investir 100 à 150 k€ en nue-propriété SCPI européennes (décote 35-40 %) sans revenus imposables pendant le démembrement 10-12 ans, récupération pleine propriété à 76-78 ans. (3) Donation en démembrement aux deux enfants majeurs sur l'assurance-vie ou des parts de SCPI, en utilisant l'abattement de 100 000 € par enfant et par parent renouvelable tous les 15 ans (art. 779 CGI).
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7. Fiscalité réelle du cumul — IR, CSG, abattements et seconde pension
La fiscalité complète du cumul en 2026 est rarement détaillée correctement côté grand public — pourtant, c'est souvent l'élément qui détermine la rentabilité réelle d'une reprise d'activité. Trois dimensions à intégrer : impôt sur le revenu, CSG/CRDS, et abattements.
7.1 Impôt sur le revenu et tranche marginale d'imposition
La fiscalité du cumul est cumulative : pensions et revenus d'activité reprise s'additionnent dans la base imposable. Si la pension annuelle est de 35 000 € et l'activité reprise de 40 000 €, le foyer fiscal déclare 75 000 € — placé dans la TMI 30 % (tranche 28 798 - 82 341 € en 2026). C'est un point souvent négligé : reprendre une activité fait passer beaucoup de retraités de la TMI 11 % à la TMI 30 %, voire 41 %.
7.2 Abattement 10 % retraite — plafond 4 439 €/an en 2026
Les pensions de retraite bénéficient d'un abattement de 10 % automatique (sans déclaration), plafonné à 4 439 €/an par foyer en 2026 (BOI-RSA-PENS-30-10-10 mis à jour 17 février 2026). Au-delà de 44 390 € de pension annuelle, l'abattement est plafonné. Cumul avec l'abattement frais réels salaire reprise : possible (BOI-RSA-PENS-30-10-20 mis à jour 17 février 2026 + ACTU-2026-00015) — c'est-à-dire qu'un retraité qui reprend une activité salariée peut bénéficier de l'abattement 10 % sur sa pension ET de l'abattement 10 % automatique sur son salaire (plafonné à 14 426 € en 2026), ou opter pour les frais réels si plus favorable.
7.3 CSG 8,3 % maintenu sur pensions vs 9,2 % activité
C'est le point critique de la LFSS 2026. L'article 12 de la LOI 2025-1403 du 30 décembre 2025 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Cette hausse ne touche pas les pensions de retraite : l'article L. 136-8 du CSS conserve la CSG sur pensions à un maximum de 8,3 % (taux progressif 0 / 3,8 / 6,6 / 8,3 % selon le revenu fiscal de référence). Sur les revenus d'activité reprise pendant le cumul, la CSG reste à 9,2 % (CSS L. 136-1).
En pratique : un retraité percevant 35 000 € de pension supporte 2 905 € de CSG pension (8,3 % taux plein). Sur 40 000 € d'activité reprise, il supporte 3 680 € de CSG activité (9,2 %). Total CSG annuel : 6 585 €. Si la CSG avait été alignée à 10,6 % sur les pensions comme sur le capital, le retraité aurait supporté 8 045 € de CSG totale, soit 1 460 €/an de plus — gain net pour les retraités du maintien de l'exception.
7.4 Seconde pension Borne — fiscalité identique
La seconde pension générée par le cumul intégral (CSS L. 161-22-1-1) est traitée fiscalement comme une pension de retraite ordinaire : abattement 10 % cumulatif avec celui de la pension principale (BOI-RSA-PENS-30-10-10), CSG 8,3 % max, intégration au revenu imposable dans la même catégorie. Pas de fiscalité dérogatoire ni d'option pour le PFU.
7.5 Tableau de fiscalité par configuration
| Configuration | CSG retraite | CSG activité | Abattement 10 % retraite | TMI typique |
|---|---|---|---|---|
| Retraité célibataire RFR 25 k€ | 6,6 % | 9,2 % | 4 439 € max | 11 % |
| Retraité célibataire RFR 45 k€ | 8,3 % | 9,2 % | 4 439 € max | 30 % |
| Couple retraité RFR 60 k€ | 6,6 % | 9,2 % | 4 439 € par foyer | 11 % |
| Couple retraité RFR 90 k€ | 8,3 % | 9,2 % | 4 439 € par foyer | 30 % |
| Couple retraité RFR 130 k€ | 8,3 % | 9,2 % | 4 439 € par foyer | 30 % |
| Dirigeant retraité RFR 180 k€ | 8,3 % | 9,2 % gérance | 4 439 € par foyer | 41 % |
| Seconde pension Borne | 8,3 % max | — | cumulatif principale | TMI foyer |
Recommandation pratique. Avant toute reprise d'activité, simuler la fiscalité du cumul sur 12 mois glissants avec un CGP : la TMI 30 % se déclenche rapidement et peut absorber jusqu'à 30 % du gain marginal de la reprise. Pour un cumul intégral générant 50 000 € d'activité annuelle, le gain fiscal réel après prélèvements sociaux et IR est souvent de l'ordre de 28 000 € net — soit 56 % du brut.
8. Cas chiffré n°2 — Michel Dubreuil, 62 ans, DAF Lyon (cumul plafonné salarié)
Michel Dubreuil a 62 ans en juin 2026. Ex-directeur administratif et financier d'un groupe industriel à Lyon, il a fait valoir ses droits à la retraite anticipée carrière longue en mars 2024 (172 trimestres validés avant 60 ans, dispositif réformé Borne 2023). Sa pension CNAV + AGIRC-ARRCO s'élève à 42 800 €/an. Trois mois après la liquidation, une PME industrielle savoyarde lui propose un mi-temps DAF freelance à 36 000 €/an brut (3 000 €/mois). Il est marié, sans enfants à charge, vit à Caluire-et-Cuire.
8.1 Carrière longue et plafond applicable
Michel n'a pas encore atteint l'âge légal applicable à sa génération 1964 (62 ans 6 mois environ, calendrier Borne gelé par l'article 105 LFSS 2026 — cible 64 ans reportée au-delà de 2028). Bien qu'il bénéficie d'une retraite anticipée pour carrière longue, il ne remplit pas la condition d'âge du cumul intégral (CSS L. 161-22-1 exige l'âge légal). Il reste donc en cumul plafonné CSS L. 161-22 jusqu'à cet âge légal.
Plafond du cumul plafonné salarié = max ( 160 % SMIC ; dernier salaire revalorisé ). Dernier salaire DAF Lyon en 2023 : 5 800 €/mois brut. Revalorisé pour 2026 (+5 % cumulé) : ~6 090 €/mois. Plafond retenu pour Michel : 6 090 €/mois — largement au-dessus des 3 000 €/mois de la mission freelance.
8.2 Délai 6 mois reprise même employeur (non applicable ici)
Michel reprend chez un NOUVEL employeur (PME savoyarde, différente du groupe lyonnais d'origine). Le délai de 6 mois (CSS L. 161-22) ne s'applique donc pas. S'il avait repris chez son ancien employeur, il aurait dû attendre 6 mois après la date de liquidation (mars 2024) avant de pouvoir reprendre — soit pas avant le 1ᵉʳ octobre 2024.
8.3 Surplus mensuel net
Pension nette mensuelle Michel : 42 800 / 12 = 3 567 €/mois brut → 3 567 × (1 - 8,3 % CSG - 0,5 % CRDS - 0,3 % CASA - IR TMI 30 %) ≈ 2 360 €/mois net pension.
Salaire freelance mensuel net : 3 000 €/mois brut → après cotisations salariées (~22 %) + IR (TMI 30 % effective post-abattement 10 %) = ~1 880 €/mois net activité.
Total net Michel cumul plafonné : 4 240 €/mois.
Plafond cumul plafonné largement respecté : salaire 3 000 €/mois vs plafond 6 090 €/mois (49 % du plafond utilisé).
8.4 Bascule vers l'intégral à l'âge légal
Michel est parti en retraite anticipée carrière longue à 60 ans (170 trimestres validés avant 60 ans). Le calendrier LFSS 2026 art. 105 ayant gelé la trajectoire d'âge légal, sa génération 1964 garde un âge légal applicable autour de 62 ans 6 mois (vs 63 ans ciblés par Borne 2023 avant gel). Tant qu'il n'a pas atteint cet âge légal, Michel reste en cumul plafonné salarié (CSS L. 161-22). Au-delà de l'âge légal, et s'il a toutes ses pensions liquidées, il pourra basculer en cumul intégral et générer la seconde pension Borne (2 403 €/an environ).
Attention cependant : entre l'âge légal et 67 ans, Michel basculera au palier 2 de l'article 102 LFSS 2026 (décrets attendus T3 2026). Si la réforme s'applique en l'état, son activité freelance à 36 000 €/an excédera le seuil indicatif 7 000 €/an, déclenchant un écrêtement de 50 % du dépassement, soit (36 000 − 7 000) × 50 % = 14 500 €/an écrêté ≈ 1 200 €/mois de perte de pension. Cas type à arbitrer en 2026 avec son CGP : maintien activité ou réduction sous le seuil pour préserver la pension intégrale.
9. Cas chiffré n°3 — Stéphane Carpentier, 64 ans, gérant SARL travaux publics Chambéry (cumul intégral SSI)
Stéphane Carpentier a 64 ans en avril 2026. Gérant majoritaire de « SARL Carpentier BTP » (entreprise familiale de travaux publics implantée à Chambéry depuis 1996), né en avril 1962, il a dépassé l'âge légal applicable à sa génération (62 ans, calendrier Borne 2023 gelé par l'article 105 LFSS 2026) depuis avril 2024. Il bénéficie en 2026 d'une surcote de 2 ans (8 trimestres × 1,25 % = +10 % sur sa pension) et d'un taux plein automatique (171 trimestres validés). Il liquide sa pension SSI base + complémentaire artisans en mai 2026 : 28 400 €/an. Il poursuit son activité de gérance avec une rémunération article 62 CGI de 48 000 €/an (4 000 €/mois). Marié, deux enfants majeurs, un patrimoine de 1,2 M€.
9.1 Conditions cumul intégral SSI
Stéphane remplit les trois conditions du cumul intégral CSS L. 161-22-1 (applicable au régime SSI via L. 634-6) : âge légal dépassé (62 ans pour génération 1962), taux plein automatique (171 trimestres validés), toutes pensions liquidées (SSI base + complémentaire artisans). Il bascule en cumul intégral dès la liquidation de mai 2026.
9.2 Génération seconde pension SSI — 2 403 €/an
En cumul intégral, Stéphane génère des droits bruts à hauteur de 5 % du PASS par an, soit 2 403 €/an en 2026. Sur 3 ans de cumul (2026-2028), les droits bruts générés atteindraient théoriquement 7 209 € — mais le plafond vie de 10 % du PASS = 4 806 € écrête mécaniquement le total. Stéphane atteindra donc le plafond vie effectif après 2 années pleines de cumul intégral (4 806 €), et les cotisations sociales des années suivantes continueront à fonds perdus pour le régime SSI.
9.3 Articulation AGIRC-ARRCO — gérance majoritaire vs minoritaire
Point technique souvent ignoré. En tant que gérant majoritaire SARL, Stéphane est TNS (Travailleur Non Salarié) et cotise uniquement au régime SSI — pas à l'AGIRC-ARRCO. Il ne génère donc pas de droits AGIRC-ARRCO via le cumul intégral, à la différence d'un président de SAS qui aurait le statut d'assimilé salarié et cotiserait au régime général + AGIRC-ARRCO. Cette distinction influence directement la rentabilité du cumul intégral selon la forme juridique de la société. Pour les gérants majoritaires SARL souhaitant maximiser les droits Borne, une bascule en SAS avant la liquidation (statut président) peut être étudiée — mais avec attention aux conséquences fiscales (changement de régime BIC vers IS et art. 80 ter CGI).
9.4 Surplus mensuel net Stéphane
Pension nette mensuelle SSI : 28 400 / 12 = 2 367 €/mois brut → 2 367 × (1 - 8,3 % CSG - 0,5 % CRDS - 0,3 % CASA - IR TMI 30 %) ≈ 1 567 €/mois net pension.
Rémunération gérance article 62 CGI : 48 000 / 12 = 4 000 €/mois brut → après cotisations TNS (~32 %) + IR TMI 30 % = ~1 904 €/mois net gérance.
Total net Stéphane cumul intégral : 3 471 €/mois.
Génération seconde pension : +2 403 €/an = +200 €/mois supplémentaires lors de la cessation définitive (plafonné à 4 806 €).
Stratégie patrimoniale Stéphane : PER déductible plafonné à 4 806 €/an (10 % du PASS = 4 806 € en 2026, art. 163 quatervicies CGI, l'option « 10 % des revenus professionnels nets plafonnés à 8 PASS » ne dépasse pas ce seuil avec 48 000 € de rémunération nette de cotisations). Stéphane peut déduire 4 806 € de son IR, soit 1 442 € d'économie d'impôt par an à TMI 30 %. Sur 5 ans, ce sont 7 210 € d'impôt économisés + un capital PER de ~25 k€ à 69 ans (versement maximal jusqu'à 70 ans). Si Stéphane a accumulé des plafonds non utilisés sur les 3 années précédentes (cf. relevé fiscal), il peut cumuler jusqu'à 3 ans de plafonds pour atteindre ~19 224 € de déduction la première année — option à vérifier au cas par cas.
10. Cas chiffré n°4 — Bernard Garnier, 68 ans, ex-cadre CNRACL Annecy (cumul intégral fonctionnaire CPCMR L. 84)
Bernard Garnier a 68 ans en septembre 2026. Ancien cadre territorial responsable du service urbanisme à la mairie d'Annecy pendant 35 ans, il a liquidé sa pension CNRACL et son RAFP au 1ᵉʳ janvier 2023 (à 65 ans). Sa pension CNRACL annuelle s'élève à 31 200 €/an, son RAFP à 1 800 €/an, soit 33 000 €/an total. Trois ans après la liquidation, en 2026, il est sollicité par un cabinet de conseil en aménagement urbain à Annecy pour des missions de conseil indépendant. Bernard envisage de créer un statut BNC (consultant indépendant) pour facturer ses prestations.
10.1 Conditions cumul intégral fonctionnaire CPCMR L. 84
Bernard a 68 ans, soit au-delà de l'âge du taux plein automatique (67 ans). Il a liquidé toutes ses pensions (CNRACL + RAFP) et n'a aucune pension résiduelle non-liquidée. Il remplit donc les conditions du cumul intégral fonctionnaire CPCMR L. 84, confirmées par le Conseil d'État dans CE 13 novembre 2024 n° 488172 : toutes pensions de tous régimes liquidées.
10.2 Reprise activité privée BNC
Bernard décide de créer une entreprise individuelle BNC (déclaration cessation au RCS, inscription URSSAF travailleur indépendant). Il facture 36 000 €/an de missions de conseil à 3 cabinets d'urbanisme. Il cotise au régime SSI (anciennement RSI) pour l'activité BNC reprise.
10.3 Articulation pension FPE + activité privée SSI
Particularité importante : aucun plafond CPCMR ne s'applique à Bernard côté FP (cumul intégral acquis). Du côté SSI, ses revenus BNC reprise sont soumis au plafond ½ PASS = 24 030 €/an SI Bernard était en cumul plafonné SSI. Mais Bernard remplit les conditions du cumul intégral SSI également (âge légal SSI 64 ans atteint à 68 ans, taux plein automatique 67 ans, toutes pensions SSI liquidées : ZÉRO car il n'a jamais cotisé SSI avant — c'est sa première inscription SSI à 68 ans).
Question doctrinale : un cumulant intégral qui s'inscrit pour la première fois au SSI à 68 ans (sans pension SSI antérieure à liquider) bascule-t-il automatiquement en cumul intégral SSI ? La réponse de la Circulaire CNAV 2025-29 du 22/12/2025 + le BOFiP BOI-RSA-PENS-30-10-20 (mise à jour 17/02/2026) confirme que l'absence de pension antérieure à liquider n'empêche pas le cumul intégral — toutes les pensions existantes ont été liquidées (CNRACL + RAFP) et il n'y a pas de pension SSI résiduelle puisque l'activité est nouvelle.
10.4 Surplus mensuel net et stratégie patrimoniale post-67 ans
Pension nette mensuelle Bernard (CNRACL + RAFP) : 33 000 / 12 = 2 750 €/mois brut → 2 750 × (1 - 8,3 % CSG - 0,5 % CRDS - 0,3 % CASA - IR TMI 30 %) ≈ 1 820 €/mois net pension.
BNC consulting mensuel net : 36 000 / 12 = 3 000 €/mois brut → après cotisations SSI (~30 %) + IR TMI 30 % = ~1 470 €/mois net BNC.
Total net Bernard cumul intégral : 3 290 €/mois.
Génération seconde pension SSI : +2 403 €/an à compter de 2026 (premier exercice cotisé SSI).
À 68 ans, la stratégie patrimoniale change de logique vs Dr Marchand (qui anticipe les prochaines 20 années). Pour Bernard, la priorité est la transmission : assurance-vie versement avant 70 ans — Bernard a encore 24 mois pour optimiser l'abattement 152 500 €/bénéficiaire de l'art. 990 I CGI (avant le passage à l'abattement 30 500 € partagé après 70 ans, art. 757 B CGI). Sur 50 k€ de surplus annuel sur 2 ans, il peut alimenter une AV souscrite avant 70 ans, désigner ses 2 enfants comme bénéficiaires, et purger 305 000 € de transmission hors succession.
11. Cumul + pension de réversion : optimisation conjoint survivant
Sujet rarement détaillé côté grand public, alors qu'environ 35 % des cumulants intégraux sont également bénéficiaires d'une pension de réversion (notre guide Pension de réversion 2026 publié le 29 mai 2026 détaille les 10 régimes français). L'articulation cumul + réversion soulève deux questions techniques : (1) les revenus du cumul entrent-ils dans le plafond ressources réversion ? (2) la réversion est-elle compatible avec la génération de droits Borne ?
11.1 Cumul de droits sociaux personnels et dérivés
Le retraité bénéficiaire d'une pension de réversion peut parfaitement cumuler ses droits propres (retraite personnelle + activité reprise dans le cumul) et ses droits dérivés (réversion du conjoint décédé). Il n'existe aucune limite « inter-droits » : le cumul propre et la réversion s'additionnent. C'est la doctrine constante de la CNAV (cf. notre guide Pension de réversion 2026 pour le détail des 10 régimes).
11.2 Plafond ressources réversion CNAV — impact du cumul
Attention cependant au plafond ressources réversion CNAV 2026 : 25 001,60 €/an pour une personne seule, 40 002,56 €/an pour un couple (Circulaire CNAV 2025-29). Les revenus du cumul intégral du conjoint survivant entrent dans le calcul des ressources retenues pour vérifier l'éligibilité à la réversion CNAV. Cas type : si un conjoint survivant cumule une pension CNAV propre de 18 000 €/an + une activité reprise de 10 000 €/an, ses ressources totales atteignent 28 000 €/an, soit au-dessus du plafond seul. Sa réversion CNAV sera réduite à due concurrence du dépassement, voire annulée si le dépassement excède 100 % de la réversion calculée.
Point crucial : seules les pensions de base CNAV/MSA/SSI sont soumises au plafond ressources. La réversion AGIRC-ARRCO (60 %, sans plafond) et la réversion fonction publique CPCMR L. 38 (50 %, sans plafond, sans âge minimum) n'ont aucun plafond ressources — l'activité reprise dans le cumul n'a aucun impact sur ces deux composantes.
11.3 Stratégie patrimoniale du couple cumulant + survivant
Point de vigilance. Si vous êtes conjoint survivant bénéficiaire d'une réversion CNAV et que vous envisagez une reprise d'activité, simuler en amont l'impact sur le plafond ressources. Une activité reprise de 10 000 €/an peut faire perdre jusqu'à 8 000 €/an de réversion CNAV (effet d'écrêtement complet). À l'inverse, la réversion AGIRC-ARRCO + FPE/CNRACL n'est pas impactée. Une activité reprise « ciblée tranche 1 » (≤ 1 PASS) peut maintenir 100 % de la réversion AGIRC-ARRCO tout en générant des droits Borne complémentaires.
11.4 Pour aller plus loin — guide Pension de réversion 2026
Pour le détail des 10 régimes français de réversion (CNAV 54 %, AGIRC-ARRCO 60 %, FPE/CNRACL 50 %, SSI, MSA, IRCANTEC, CNAVPL 10 sections, régimes spéciaux), les conditions de mariage/âge/durée, les démarches Cerfa 13364*02, et 4 cas chiffrés dédiés (Sylvie veuve récente Lyon, Patricia ex-conjointe remariée Bordeaux, Bernard&Claudine 68/65 anticipation Annecy, Marie-Hélène fonction publique Strasbourg), consultez notre guide pilier Pension de réversion 2026 publié le 29 mai 2026 (la veille du présent guide).
12. Stratégie patrimoniale du surplus : PER, SCPI, assurance-vie, LMNP
Le cumul emploi-retraite génère un surplus mensuel net qui appelle une allocation patrimoniale réfléchie. Trois ans à 2 000-3 000 €/mois de surplus, ce sont 72 000 à 108 000 € de capital à orienter. Quatre véhicules sont particulièrement adaptés à la phase de cumul, chacun avec son propre profil fiscal et son horizon.
12.1 PER pendant le cumul — déductibilité jusqu'à 70 ans
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) reste l'outil de référence pendant la phase de cumul. L'article 163 quatervicies du CGI autorise la déductibilité des versements PER jusqu'à 70 ans révolus (vs 67 ans pour le PER d'entreprise). Plafond annuel : 10 % du PASS = 4 806 € minimum, ou 10 % des revenus professionnels nets plafonnés à 8 PASS = 35 191 € maximum (au plus favorable). Pour un cumulant intégral à TMI 41 %, un versement maximal 35 191 € génère 14 428 € d'économie d'impôt immédiate.
12.2 SCPI démembrement nu-propriété
Pour un cumulant qui n'a pas besoin de revenus complémentaires immédiats (situation fréquente : pension + activité couvrent déjà les besoins courants), la SCPI en démembrement nu-propriété est un véhicule particulièrement efficace. Décote 30-40 % sur le prix de souscription (vs pleine propriété), durée typique 10-15 ans, absence de revenus imposables pendant le démembrement (donc pas d'IR ni de CSG sur ce capital), récupération de la pleine propriété au terme.
12.3 Assurance-vie avant 70 ans — l'urgence
Pour les cumulants de plus de 65 ans, l'arbitrage versement avant ou après 70 ans est critique. Avant 70 ans, l'article 990 I du CGI offre un abattement de 152 500 €/bénéficiaire (hors succession, taux progressif 20 % puis 31,25 %). Après 70 ans, l'article 757 B du CGI ne laisse qu'un abattement de 30 500 € partagé entre tous les bénéficiaires (et au-delà, droits de succession applicables sur les versements, mais les intérêts restent exonérés). Pour un cumulant 65-69 ans avec 3 enfants, verser 457 500 € (3 × 152 500 €) avant le 70ᵉ anniversaire purge intégralement la transmission hors succession.
12.4 Immobilier LMNP/LMP — articulation avec cumul
Particularité importante : les revenus tirés de la location meublée non professionnelle (LMNP) sont classés en BIC, pas en revenus d'activité au sens du cumul emploi-retraite. Les revenus LMNP n'entrent donc pas dans les plafonds CSS L. 161-22 (cumul plafonné) ni dans le calcul de l'écrêtement éventuel de la pension. Pour un cumulant qui souhaite générer des revenus complémentaires sans toucher au plafond du cumul plafonné, le LMNP est un véhicule particulièrement adapté.
Attention cependant à la LFSS 2026 article 12 : la CSG sur les revenus LMNP a été alignée sur le capital à 10,6 % (vs 9,2 % avant 2026, pour la part BIC professionnelle assimilée). Sur les revenus fonciers nus, la CSG reste à 17,2 % global comme avant. Cette subtilité fiscale peut basculer l'arbitrage LMNP / SCPI nue-propriété selon le profil.
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13. Démarches 2026 : déclaration, formulaires, sanctions
La technique du cumul, c'est aussi (et surtout) celle des formulaires correctement remplis dans les délais. Trois démarches obligatoires structurent le passage à la retraite avec reprise d'activité. Manquer l'une d'entre elles expose à des sanctions — jusqu'à la restitution intégrale des sommes perçues sur 5 ans.
13.1 Déclaration CARSAT/MSA dans 1 mois
L'article L. 161-22 du CSS impose au retraité ayant repris une activité de déclarer cette reprise à la CARSAT (ou MSA pour les agricoles) dans le délai d'un mois. La déclaration mentionne : (1) la nature de l'activité reprise (salarié, TNS, BNC, BIC), (2) l'employeur ou le statut du repreneur, (3) le montant prévisionnel des revenus annuels. Le caractère strict de cette obligation déclarative résulte de l'article R. 161-19-2 CSS, et tout retard expose à la suspension de la pension à concurrence des sommes perçues depuis la reprise.
13.2 Formulaire cessation activité salarié
Pour les salariés du privé liquidant leur pension, l'ancien employeur doit établir un « attestation de cessation d'activité » (modèle URSSAF) attestant la rupture définitive du lien professionnel. Ce document est exigé par la CARSAT pour la liquidation. À défaut, la liquidation est bloquée et le cumul ne peut commencer. Pour les TNS et libéraux, la cessation se constate par la radiation du RCS ou du registre des bénéficiaires de la CARMF/CARCDSF.
Le piège du relevé de carrière erroné. La Cour des comptes a chiffré l'ampleur du problème dans son rapport RALFSS 2025 du 26 mai 2025 : environ 77 % des relevés de carrière contiennent au moins une erreur (trimestres manquants, salaires sous-déclarés, périodes oubliées). L'erreur moyenne représente environ 790 €/an de pension perdue à vie, soit 15 800 € sur 20 ans de retraite. Pour un cumulant qui s'apprête à liquider en 2026 pour verrouiller l'ancien régime, vérifier le relevé via info-retraite.fr et faire corriger les anomaliesavant la liquidation est un préalable absolu. Une erreur découverte après liquidation se corrige plus difficilement et amputerait la base de calcul de la seconde pension Borne pendant toute la durée du cumul intégral.
13.3 DRM « Demande de Revenu Mensualisée » mars 2026
Nouveauté 2026 : la Demande de Revenu Mensualisée (DRM) déployée par le GIP Union Retraite à partir de mars 2026 simplifie la déclaration mensuelle de revenus pour les cumulants plafonnés. Via FranceConnect et info-retraite.fr, le retraité déclare en 15-20 minutes (vs 1-2 heures auparavant) ses revenus d'activité du mois. La DRM est obligatoire pour les cumulants plafonnés salariés et TNS, optionnelle pour les cumulants intégraux (qui n'ont pas de plafond mais doivent toujours déclarer leur reprise).
13.3 bis Articulation cumul, ARE chômage et retraite progressive
Trois dispositifs cohabitent sans toujours être compatibles entre eux. L'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) versée par France Travail n'est pas considérée comme un revenu d'activité au sens du cumul emploi-retraite : un retraité au chômage qui perçoit l'ARE ne reprend pas une activité, donc le cumul plafonné ne se déclenche pas. Mais l'ARE est subordonnée à la « recherche effective d'emploi », ce qui devient difficile à justifier après la liquidation de la retraite. En pratique, l'ARE est souvent suspendue à compter de la liquidation, sauf pour les retraités liquidant à 60-61 ans en carrière longue qui restent inscrits demandeurs d'emploi (cas marginal).
La retraite progressive (CSS L. 351-15) est une alternative au cumul pour les retraités encore en activité mais souhaitant réduire leur temps de travail partiel. Elle permet de percevoir une fraction de la pension proportionnelle au temps non travaillé (typiquement 40-60 % de la pension pour un mi-temps), sans rompre le lien d'emploi. Différence-clé avec le cumul : la retraite progressive maintient les cotisations normales et génère des droits sur la totalité de l'activité (pas seulement la seconde pension Borne plafonnée). Pour les profils 60-62 ans en transition douce, la retraite progressive est souvent plus rentable que le cumul.
13.4 Sanctions non-déclaration
La non-déclaration de reprise d'activité expose à des sanctions cumulatives : (1) suspension de la pension à compter de la date de reprise constatée, (2) restitution des sommes perçues à tort sur la période de cumul non déclaré, (3) majoration de 10 % en cas de mauvaise foi (CSS R. 161-19-2). La Cass. ass. plén. 17 mai 2023 n° 20-20.559 a fixé le délai de prescription des indus à 5 ans à compter de leur découverte (article 2224 CC), avec un plafond de 20 ans en cas de fraude (article 2232 CC). Application pratique : un cumulant qui aurait omis de déclarer pendant 7 ans une activité non déclarée s'expose à la restitution des 7 années (pas seulement 5) si la fraude est caractérisée.
Deux décisions récentes 2025-2026 précisent le cadre. La Cass. 2e civ. 25 septembre 2025 n° 23-12.207 a tranché pour les avocats CNBF : les conditions de liquidation s'apprécient à la date de la demande (et non à la date d'effet), ce qui impose une vigilance sur le calendrier de dépôt. La Cass. 2e civ. 29 janvier 2026 n° 23-20.476 a clarifié l'articulation cumul + indemnités journalières maladie : la prolongation d'un arrêt maladie pendant le cumul constitue un arrêt distinct (et non la suite du précédent), plafonné à 60 jours indemnisés par année civile.
13.5 6 étapes pour cumuler emploi et retraite en 2026 (méthode Hagnéré)
Pour reprendre l'intégralité de la démarche dans l'ordre opérationnel, voici les 6 étapes référencées dans le schéma HowTo de cette page :
- Vérifier le taux plein et l'âge légal sur info-retraite.fr.
- Demander le relevé de carrière consolidé tous régimes (CNAV + AGIRC-ARRCO + FPE/CNRACL si fonctionnaire + SSI si indépendant + CNAVPL si libéral).
- Choisir cumul plafonné ou intégral selon les trois conditions (âge légal + taux plein + toutes pensions liquidables).
- Liquider toutes les pensions des régimes concernés via info-retraite.fr (demande unique multi-régimes).
- Déclarer la reprise d'activité à la CARSAT/MSA dans le mois suivant le début de l'activité (CSS L. 161-22, sanction Cass. 2e civ. 12/05/2022).
- Optimiser fiscalement et patrimonialement le surplus : PER (déductible jusqu'à 70 ans), SCPI démembrement, AV avant 70 ans, LMNP — bilan CGP recommandé.
En résumé. Le cumul emploi-retraite 2026 est un dispositif puissant mais technique. Trois éléments à retenir absolument : (1) le cumul intégral n'est accessible qu'à trois conditions strictes (âge + taux plein + toutes pensions liquidées) ; (2) la seconde pension Borne génère 2 403 €/an et plafond vie 4 806 € ; (3) la fenêtre 31/12/2026 verrouille l'ancien régime généreux avant la réforme 2027 qui durcit le cumul entre 64 et 67 ans. Bilan retraite Hagnéré Patrimoine (ORIAS 14004526, CIF CNCEF Patrimoine, COA, COBSP) en 45 minutes pour arbitrer votre cas.
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