Sommaire
- 1. Pourquoi investir en SCPI à crédit ?
- 2. L'effet de levier : le moteur de l'investissement à crédit
- 3. Crédit amortissable vs crédit in fine
- 4. Déductibilité des intérêts (art. 31 CGI)
- 5. Conditions bancaires et taux 2026
- 6. Normes HCSF et capacité d'endettement
- 7. Simulation : 100 000 € sur 15 ans
- 8. Simulation : 200 000 € sur 20 ans
- 9. Le délai de jouissance : un coût à anticiper
- 10. Assurance emprunteur et loi Lemoine
- 11. SCPI à crédit et IFI (art. 974 CGI)
- 12. SCI à l'IS et crédit SCPI
- 13. Crédit et nue-propriété de SCPI
- 14. Crédit et SCPI européennes : le piège fiscal
- 15. Risques et pièges à éviter
- 16. Cas pratiques chiffrés
1. Pourquoi investir en SCPI à crédit ?
L'investissement en SCPI à crédit est l'un des rares montages patrimoniaux qui permet de constituer un patrimoine immobilier significatif sans apport, tout en bénéficiant d'un double avantage : l'effet de levier du financement et la déductibilité fiscale des intérêts d'emprunt.
Contrairement à l'immobilier physique, les SCPI n'impliquent aucune gestion locative, aucune vacance directe à gérer, et offrent une mutualisation des risques sur des dizaines voire des centaines d'actifs. Le crédit permet de démultiplier cet avantage : avec un effort d'épargne maîtrisé (quelques centaines d'euros par mois), l'investisseur acquiert un patrimoine de 100 000 à 300 000 € en parts de SCPI.
En 2026, la conjonction de taux de crédit SCPI en baisse (BCE à 2,15 % de refinancement) et de rendements SCPI stables (4,52 % de TD moyen 2024, avec les meilleures au-dessus de 6 %) rend le différentiel historiquement favorable. C'est le bon moment pour étudier ce montage.
Le principe en bref
2. L'effet de levier : le moteur de l'investissement à crédit
L'effet de levier se produit chaque fois que le rendement de l'actif est supérieur au coût réel de la dette. En SCPI, cet effet est amplifié par la déductibilité fiscale des intérêts, qui réduit le coût effectif du crédit.
Coût réel du crédit après déduction fiscale :
Coût réel = Taux nominal × (1 − TMI)
Exemple : crédit à 4,0 % × (1 − 30 %) = 2,8 % de coût réel
Différentiel de levier :
Levier = TD brut SCPI − Coût réel du crédit
Exemple : 5,0 % − 2,8 % = +2,2 % de levier positif
Ce différentiel positif de 2,2 % s'applique sur la totalité du capital emprunté. Pour un emprunt de 200 000 €, cela représente un gain annuel de 4 400 € par rapport à un investissement au comptant.
| TMI emprunteur | Taux crédit | Coût réel après déduction | TD SCPI | Levier |
|---|---|---|---|---|
| 0 % (non imposable) | 4,0 % | 4,0 % | 5,0 % | +1,0 % |
| 11 % | 4,0 % | 3,56 % | 5,0 % | +1,44 % |
| 30 % | 4,0 % | 2,8 % | 5,0 % | +2,2 % |
| 41 % | 4,0 % | 2,36 % | 5,0 % | +2,64 % |
| 45 % | 4,0 % | 2,2 % | 5,0 % | +2,8 % |
Effet de massue
3. Crédit amortissable vs crédit in fine
Deux structures de financement s'offrent à l'investisseur SCPI, avec des profils radicalement différents en termes de trésorerie, de coût total et d'optimisation fiscale.
Crédit amortissable
Capital + intérêts remboursés progressivement. Mensualité constante, intérêts dégressifs, avantage fiscal décroissant. Aucun nantissement requis, CRD diminue chaque mois. Adapté aux profils prudents.
Crédit in fine
Seuls les intérêts sont payés, capital remboursé à l'échéance. Mensualité faible, intérêts constants, avantage fiscal maximal. Nantissement obligatoire (AV ~30 %), CRD constant = risque plus élevé. Adapté aux profils patrimoniaux IFI.
| Critère | Amortissable | In fine |
|---|---|---|
| Taux 2026 (indicatif) | 3,5–4,5 % | 4,0–5,5 % |
| Mensualité (100 k€ / 15 ans) | ~740 €/mois | ~375 €/mois (intérêts seuls) |
| Coût total des intérêts | ~33 000 € | ~67 500 € |
| Intérêts déductibles cumulés | ~33 000 € (dégressifs) | ~67 500 € (constants) |
| Nantissement requis | Non | Oui (~30 % du capital) |
| Déduction IFI (art. 974) | CRD classique | Amortissement fictif 1/N |
| Profil adapté | Investisseur prudent | Patrimonial / optimisation fiscale |
Notre recommandation
4. Déductibilité des intérêts d'emprunt (art. 31 CGI)
L'article 31-I-1°-d du Code général des impôts prévoit la déduction des « intérêts de dettes contractées pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration des propriétés ». Les parts de SCPI étant juridiquement des droits immobiliers, les intérêts d'emprunt contractés pour leur acquisition sont intégralement déductibles des revenus fonciers au régime réel.
Revenu foncier net imposable :
Revenu foncier net = Revenus SCPI bruts − Intérêts d'emprunt − Frais de gestion
Exemple :
Revenus SCPI : 5 000 € − Intérêts : 3 800 € − Frais : 0 € = 1 200 € imposable
(au lieu de 5 000 € sans crédit → économie de 1 140 € à TMI 30 % + 17,2 % PS)
4.1. Conditions de déductibilité
- Affectation du prêt : le crédit doit être spécifiquement affecté à l'acquisition des parts SCPI. Un prêt « multi-usage » ou un crédit conso non fléché ne permet pas la déduction.
- Régime réel : la déduction n'est possible qu'au régime réel (déclaration 2044). Le micro-foncier (abattement 30 % sur les revenus bruts < 15 000 €) ne permet pas de déduire les intérêts.
- Justificatifs : tableau d'amortissement, attestation bancaire annuelle détaillant les intérêts payés.
4.2. Déficit foncier lié aux intérêts
Si les intérêts d'emprunt excèdent les revenus fonciers, un déficit foncier se crée. Mais attention : contrairement au déficit foncier issu de travaux (imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 €/an), le déficit issu des seuls intérêts d'emprunt n'est imputable que sur les revenus fonciers des 10 années suivantes (art. 156-I-3° CGI).
Piège fréquent
Optimisez la déductibilité de votre investissement SCPI
Nous calibrons le montant et la durée du crédit en fonction de votre fiscalité pour maximiser l'effet de levier net.
5. Conditions bancaires et taux 2026
Le marché du financement SCPI est structurellement différent du crédit immobilier classique. Peu de banques de réseau financent directement les parts de SCPI : ce sont principalement des établissements spécialisés et des courtiers en crédit SCPI qui proposent ces financements.
5.1. Taux directeurs et contexte monétaire
Au 1er mars 2026, les taux directeurs de la BCE sont stables depuis juin 2025 :
- Taux de refinancement : 2,15 %
- Taux de dépôt : 2,00 %
- Facilité de prêt marginal : 2,40 %
Ce niveau de taux directeurs implique une marge bancaire de 1,5 à 3,0 points sur les crédits SCPI, ce qui donne des taux finaux de 3,5 à 5,3 % selon le profil emprunteur et l'établissement.
5.2. Comparatif des établissements
| Établissement | Type de prêt | Taux indicatif | Durée max | Montant min/max | Particularité |
|---|---|---|---|---|---|
| SOFIAP (La Banque Postale) | Amortissable | 3,90–4,25 % | 25 ans | 20 k€ / 500 k€ | Taux parmi les plus bas |
| CFCAL (Arkéa) | Amortissable | 4,63–5,35 % | 25 ans | 50 k€ / 1 M€ | Large choix SCPI, IRA élevées |
| CACF (Crédit Agricole CF) | Conso affecté | 5,10 % | 10 ans | 5 k€ / 75 k€ | Sans hypothèque, rapide |
| Courtiers spécialisés | Amortissable | à partir de 3,0 % | 20 ans | Variable | Négociation auprès de banques partenaires |
| Banques privées | In fine | 4,0–5,5 % | 15 ans | 100 k€+ | Nantissement AV obligatoire |
Bon à savoir
6. Normes HCSF et capacité d'endettement
Depuis le 1er janvier 2022, les normes du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) sont devenues juridiquement contraignantes pour tous les établissements de crédit (décision D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021).
6.1. Règles principales
- Taux d'endettement maximal : 35 % des revenus bruts, assurance emprunteur incluse
- Durée maximale : 25 ans (27 ans en VEFA avec 2 ans de différé)
- Marge de flexibilité : 20 % de la production trimestrielle de chaque banque peut déroger à ces critères
- Part investisseurs : 6 % de la production (soit 30 % de la marge de 20 %) est réservée à l'investissement locatif
Calcul du taux d'endettement HCSF :
Taux endettement = (Charges de crédit + Assurance) / Revenus bruts × 100
Exemple :
Revenus : 5 000 €/mois, charges crédit existant : 800 €, nouvelle échéance SCPI : 540 €
(800 + 540) / 5 000 = 26,8 % → conforme (≤ 35 %)
6.2. Intégration des revenus SCPI dans le calcul
Les établissements intègrent les revenus SCPI dans le calcul d'endettement de manière variable :
- Méthode compensatoire (la plus fréquente) : les loyers SCPI viennent en déduction de la charge de crédit. Ex : échéance 540 € − loyers 375 € = charge nette 165 €.
- Méthode différentielle : les loyers SCPI (décotés de 30 %) sont ajoutés aux revenus. Plus favorable pour l'investisseur.
- Méthode stricte : aucune prise en compte des loyers futurs. Seuls les revenus existants comptent.
Point clé
7. Simulation : 100 000 € sur 15 ans
Simulons un investissement de 100 000 € en SCPI à crédit amortissable sur 15 ans, avec les paramètres suivants :
- Taux de crédit : 4,20 % (hors assurance)
- Assurance emprunteur : 0,25 % du capital initial
- TD SCPI : 5,0 % (hypothèse conservatrice)
- TMI emprunteur : 30 %
- Prélèvements sociaux : 17,2 %
- Revalorisation du prix de part : 0 % (hypothèse prudente)
| Poste | Année 1 | Année 8 | Année 15 | Cumul 15 ans |
|---|---|---|---|---|
| Loyers bruts SCPI | 5 000 € | 5 000 € | 5 000 € | 75 000 € |
| Intérêts d'emprunt | 4 082 € | 2 350 € | 285 € | 35 600 € |
| Revenu foncier net | 918 € | 2 650 € | 4 715 € | 39 400 € |
| IR + PS sur foncier net | −433 € | −1 250 € | −2 225 € | −18 600 € |
| Mensualité crédit (avec assur.) | −9 096 € | −9 096 € | −9 096 € | −136 440 € |
| Effort d'épargne net | −4 529 € | −5 346 € | −6 546 € | −80 040 € |
7.1. Bilan patrimonial à 15 ans
| Poste | Montant |
|---|---|
| Patrimoine SCPI acquis | 100 000 € |
| Effort d'épargne net total (15 ans) | −80 040 € |
| Gain patrimonial net | +19 960 € |
| Rendement annualisé sur effort d'épargne | ~3,2 % |
| TRI net de fiscalité (avec revente à la valeur nominale) | ~4,8 % |
Bilan
8. Simulation : 200 000 € sur 20 ans
Projetons maintenant un investissement plus ambitieux de 200 000 € à crédit amortissable sur 20 ans :
- Taux de crédit : 4,00 % (meilleur taux négocié)
- Assurance emprunteur : 0,20 % (délégation)
- TD SCPI : 5,2 % (diversification multi-SCPI)
- TMI emprunteur : 30 %
| Poste | Année 1 | Année 10 | Année 20 | Cumul 20 ans |
|---|---|---|---|---|
| Loyers bruts SCPI | 10 400 € | 10 400 € | 10 400 € | 208 000 € |
| Intérêts d'emprunt | 7 790 € | 4 470 € | 240 € | 96 320 € |
| Revenu foncier net | 2 610 € | 5 930 € | 10 160 € | 111 680 € |
| IR + PS sur foncier net | −1 232 € | −2 799 € | −4 796 € | −52 713 € |
| Mensualité crédit (avec assur.) | −14 880 € | −14 880 € | −14 880 € | −297 600 € |
| Effort d'épargne net | −5 712 € | −7 279 € | −9 276 € | −142 313 € |
8.1. Bilan patrimonial à 20 ans
| Poste | Montant |
|---|---|
| Patrimoine SCPI acquis | 200 000 € |
| Effort d'épargne net total (20 ans) | −142 313 € |
| Gain patrimonial net (sans revalorisation) | +57 687 € |
| Patrimoine si revalorisation +1 %/an | ~243 800 € |
| Gain net avec revalorisation | +101 487 € |
| TRI net de fiscalité (avec revalorisation 1 %) | ~6,2 % |
Effet d'échelle
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9. Le délai de jouissance : un coût à anticiper
Le délai de jouissance est la période entre la souscription effective des parts et le premier versement de dividendes. Ce délai est propre à chaque SCPI et varie généralement de 3 à 6 mois (parfois plus pour les SCPI en collecte rapide).
Pendant cette période, l'investisseur à crédit rembourse ses échéances sans percevoir aucun revenu. Ce « trou de trésorerie » doit être anticipé et provisionné.
Coût du délai de jouissance :
Coût = Échéance mensuelle × Nombre de mois de délai
Exemples :
100 k€ à 4,2 % / 15 ans → ~758 €/mois × 5 mois = 3 790 €
200 k€ à 4,0 % / 20 ans → ~1 240 €/mois × 4 mois = 4 960 €
| SCPI (exemples) | Délai de jouissance | Coût estimé (100 k€ crédit) |
|---|---|---|
| Corum Origin | 6 mois | ~4 550 € |
| Iroko Zen | 3 mois | ~2 274 € |
| Épargne Pierre | 5 mois | ~3 790 € |
| Remake Live | 5 mois | ~3 790 € |
| Primovie | 4 mois | ~3 032 € |
Astuce
10. Assurance emprunteur et loi Lemoine
L'assurance emprunteur est obligatoire pour tout crédit SCPI. Elle couvre le décès, la PTIA (perte totale et irréversible d'autonomie), et parfois l'ITT (incapacité temporaire de travail). Son coût varie de 0,10 % à 0,50 % du capital initial selon l'âge, l'état de santé et le type de contrat.
10.1. La loi Lemoine (1er juin 2022)
La loi Lemoine a profondément changé le marché de l'assurance emprunteur en introduisant trois mesures clés :
- Résiliation à tout moment : l'emprunteur peut changer d'assurance emprunteur à tout moment, sans frais et sans attendre la date anniversaire.
- Suppression du questionnaire de santé : pour les prêts de moins de 200 000 € (par assuré) remboursés avant 60 ans.
- Droit à l'oubli : réduit à 5 ans pour les cancers et l'hépatite C (au lieu de 10).
| Critère | Contrat groupe bancaire | Délégation d'assurance |
|---|---|---|
| Taux indicatif (35-45 ans) | 0,30–0,50 % | 0,10–0,20 % |
| Coût sur 100 k€ / 15 ans | 4 500–7 500 € | 1 500–3 000 € |
| Économie potentielle | — | 3 000–4 500 € (soit ~50 %) |
| Changement possible | Oui (Lemoine) | Oui (Lemoine) |
| Garanties couvertes | DC/PTIA | DC/PTIA (ITT optionnel) |
Notre conseil
11. SCPI à crédit et IFI (art. 974 CGI)
Les parts de SCPI entrent dans l'assiette de l'IFI (art. 965 CGI). En contrepartie, les dettes contractées pour leur acquisition sont déductibles (art. 974 CGI). Mais les règles diffèrent selon le type de crédit.
11.1. Crédit amortissable : déduction classique
Le capital restant dû au 1er janvier de l'année d'imposition est directement déductible de l'assiette IFI. La dette diminue naturellement chaque année avec les remboursements.
11.2. Crédit in fine : amortissement fictif (art. 974 II CGI)
Depuis la loi de finances 2018, les prêts in fine sont soumis à un amortissement fictif linéaire pour le calcul de l'IFI. La dette déductible n'est plus le capital total dû, mais le capital diminué d'1/N par année écoulée (N = durée initiale du prêt).
Amortissement fictif in fine (art. 974 II CGI) :
Dette IFI déductible = Capital initial × (1 − k/N)
k = nombre d'années écoulées, N = durée initiale du prêt
Exemple : 200 000 € in fine sur 15 ans, année 10
200 000 × (1 − 10/15) = 66 667 € déductibles (alors que 200 000 € restent effectivement dus)
| Année | Dette réelle (in fine) | Dette IFI déductible (fictif) | Écart |
|---|---|---|---|
| Année 1 | 200 000 € | 186 667 € | −13 333 € |
| Année 5 | 200 000 € | 133 333 € | −66 667 € |
| Année 10 | 200 000 € | 66 667 € | −133 333 € |
| Année 14 | 200 000 € | 13 333 € | −186 667 € |
| Année 15 | 200 000 € | 0 € | −200 000 € |
Conséquence pratique
Optimisez votre IFI avec un crédit SCPI adapté
Nous analysons la structure de financement optimale pour réduire votre IFI tout en maximisant l'effet de levier.
12. SCI à l'IS et crédit SCPI
La détention de parts de SCPI à crédit via une SCI soumise à l'IS est une stratégie avancée qui cumule trois avantages fiscaux : déduction des intérêts d'emprunt, amortissement comptable des parts, et imposition au taux réduit IS de 15 % (jusqu'à 42 500 € de bénéfice).
12.1. Triple levier fiscal
| Déduction | Base | Impact |
|---|---|---|
| Intérêts d'emprunt | Art. 39-1-3° CGI | Réduction du résultat fiscal |
| Amortissement parts SCPI | 30–40 ans linéaire | Réduction supplémentaire (~2,5–3,3 %/an) |
| Taux IS réduit | 15 % ≤ 42 500 € | Imposition résiduelle très faible |
12.2. Simulation SCI IS : 200 000 € à crédit
| Poste | Année 1 | Année 10 |
|---|---|---|
| Revenus SCPI bruts | 10 400 € | 10 400 € |
| Intérêts d'emprunt (4 %) | −7 790 € | −4 470 € |
| Amortissement parts (2,5 %/an) | −5 000 € | −5 000 € |
| Résultat fiscal SCI | −2 390 € (déficit) | 930 € |
| IS (15 %) | 0 € | 140 € |
| Résultat net SCI | +2 610 € | +5 790 € |
Avantage clé
Attention à la sortie
13. Crédit et nue-propriété de SCPI
L'achat de nue-propriété de SCPI à crédit est un montage spécifique qui présente un avantage patrimonial majeur mais une contrainte fiscale forte : les intérêts d'emprunt ne sont PAS déductibles pendant la durée du démembrement.
13.1. Pourquoi les intérêts ne sont pas déductibles
Le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu foncier pendant la durée du démembrement (l'usufruit est détenu par un tiers). Or, l'article 31 CGI conditionne la déductibilité des intérêts à la perception de revenus fonciers. Le Conseil d'État a confirmé cette position (CE, 21 avril 1989, n° 56352 ; BOI-RFPI-BASE-20-80) : pas de revenus = pas de déduction des charges.
13.2. Intérêt patrimonial malgré tout
Avantages
Décote de 25–35 % sur le prix. Exonération totale d'IFI pendant le démembrement. Reconstitution de la pleine propriété à terme sans fiscalité. Revenus futurs sur un actif acquis avec décote. Protection contre le risque de baisse de rendement pendant le crédit.
Contraintes
Intérêts d'emprunt NON déductibles. Aucun revenu pendant toute la durée du démembrement. Effort d'épargne 100 % à la charge de l'investisseur. Le crédit doit être remboursé sur la durée du démembrement. Liquidité nulle pendant le démembrement.
Stratégie optimale
14. Crédit et SCPI européennes : le piège fiscal
La combinaison « crédit + SCPI européennes » semble doublement avantageuse sur le papier : effet de levier du crédit et fiscalité allégée des revenus européens. En réalité, elle présente un piège fiscal majeur que peu d'articles expliquent.
14.1. Le problème : déductibilité pro rata
Les intérêts d'emprunt ne sont déductibles que des revenus fonciers de source française. Pour une SCPI investissant majoritairement en Europe, la part des revenus de source étrangère n'est pas prise en compte dans le calcul de déduction.
Déductibilité limitée :
Intérêts déductibles = Intérêts totaux × (Revenus FR / Revenus totaux)
Exemple : SCPI 70 % Europe / 30 % France
Intérêts annuels : 4 000 € × 30 % = 1 200 € déductibles (au lieu de 4 000 €)
Les 2 800 € restants sont perdus fiscalement.
14.2. Stratégie optimale : séparer les deux
| Stratégie | Crédit | Comptant | Avantage fiscal total |
|---|---|---|---|
| Tout à crédit (SCPI euro 70 %) | 100 k€ SCPI euro | — | 30 % des intérêts déductibles + exo PS partielle |
| Tout à crédit (SCPI FR) | 100 k€ SCPI FR | — | 100 % des intérêts déductibles |
| Optimale : FR à crédit + euro au comptant | 100 k€ SCPI FR | 50 k€ SCPI euro | 100 % intérêts déductibles + 100 % exo PS sur euro |
La règle d'or
Construisez votre allocation SCPI crédit + comptant
Nous optimisons la répartition entre SCPI françaises à crédit et SCPI européennes au comptant selon votre profil fiscal.
15. Risques et pièges à éviter
15.1. Risque de baisse du rendement
Le taux de distribution SCPI n'est pas garanti. La crise 2023-2024 a montré que certaines SCPI peuvent voir leur TD baisser significativement (de 4,5 % à 3,5 % voire moins pour les SCPI les plus touchées). Si le rendement passe sous le coût réel du crédit, l'effet de levier s'inverse : l'effort d'épargne augmente et peut devenir insoutenable.
15.2. Risque de baisse du prix de part
En 2023-2024, plusieurs SCPI ont subi des baisses de prix de part de 10 à 17 % (notamment les SCPI de bureaux fortement exposées à l'Île-de-France). Pour un investisseur à crédit, une baisse du prix de part crée un risque de negative equity : la valeur des parts devient inférieure au capital restant dû.
15.3. Risque d'illiquidité
Les parts de SCPI ne sont pas cotées et leur revente peut prendre plusieurs mois (voire plus d'un an pour les SCPI en difficulté). En cas de besoin urgent de liquidité, l'investisseur à crédit ne peut pas vendre rapidement ses parts pour rembourser le prêt. Le marché secondaire des SCPI est structurellement illiquide.
15.4. Risque de taux variable
Si le crédit est à taux variable (rare mais existant), une remontée des taux augmente la mensualité sans augmentation correspondante des loyers. Privilégiez systématiquement le taux fixe pour un investissement SCPI à crédit.
15.5. Piège du surdimensionnement
Emprunter le maximum possible au regard du taux d'endettement HCSF ne signifie pas que c'est prudent. L'effort d'épargne doit rester soutenable même en scénario adverse (baisse de 20 % des loyers + hausse des charges). Règle pratique : l'effort d'épargne mensuel ne devrait pas dépasser 30 % de votre capacité d'épargne (pas de votre revenu).
Les 5 règles de prudence
- Taux fixe uniquement
- Diversifier sur 3+ SCPI minimum
- Conserver 6 mois d'échéances en épargne de précaution
- Ne pas dépasser 20-25 % de taux d'endettement (même si le HCSF autorise 35 %)
- Privilégier les SCPI ayant traversé la crise 2023-2024 sans baisse de prix de part
16. Cas pratiques chiffrés
Cas n° 1 : jeune cadre, primo-investisseur
Cas n° 1
Stratégie : 100 000 € à crédit amortissable / 15 ans à 4,2 %, diversifié sur 3 SCPI (Épargne Pierre, Primovie, Iroko Zen). TD moyen 5,1 %.
Résultat :
- Mensualité crédit : ~758 €/mois (dont ~21 € d'assurance)
- Loyers nets perçus : ~425 €/mois
- Effort d'épargne : ~333 €/mois
- Taux d'endettement HCSF : 18,9 % (conforme)
- Patrimoine constitué à 15 ans : 100 000 € (hors revalorisation)
Cas n° 2 : couple TMI 41 %, optimisation fiscale
Cas n° 2
Stratégie : 200 000 € à crédit amortissable / 20 ans à 3,9 %, 4 SCPI françaises à crédit (Épargne Foncière, Primopierre, Activimmo, PFO2). + 80 000 € au comptant en SCPI européennes (Corum Origin, Transitions Europe). TD moyen pondéré 5,3 %.
Résultat :
- Mensualité crédit : ~1 220 €/mois
- Loyers SCPI FR (à crédit) : ~833 €/mois nets de fiscalité
- Effort d'épargne crédit : ~387 €/mois
- Revenus SCPI euro (au comptant) : ~350 €/mois quasi-nets (exo PS)
- Taux d'endettement total : 32,4 % (conforme HCSF)
- Patrimoine constitué : 280 000 € à 20 ans + revenus euro immédiats
- Économie fiscale intérêts (20 ans) : ~39 500 € (TMI 41 %)
Cas n° 3 : SCI IS, stratégie de capitalisation
Cas n° 3
Stratégie : la SCI emprunte 300 000 € amortissable / 20 ans à 4,0 % pour acquérir des parts de SCPI. TD 5,0 %. Amortissement comptable 2,5 %/an.
Résultat :
- Résultat fiscal SCI année 1 : 15 000 − 11 685 − 7 500 = déficit −4 185 € → IS = 0
- Trésorerie SCI année 1 : +15 000 − 21 840 (crédit) = −6 840 € (apport associé)
- Breakeven trésorerie : année 12 (loyers > échéances à partir de l'an 12)
- Déduction IFI dette : CRD au 1er janvier → économie IFI ~3 000 €/an les premières années
- Patrimoine SCI à 20 ans : 300 000 € de SCPI, dette = 0, revenus annuels 15 000 €
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