Optimisez votre assurance-vie avec un expert indépendant
Choix du contrat, clause bénéficiaire, fonds euros, unités de compte et fiscalité : nous vous aidons à structurer une assurance-vie cohérente avec vos objectifs.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en assurance-vie et structuration patrimoniale
Quentin Hagnéré accompagne les épargnants, familles et dirigeants sur la sélection de contrats d'assurance-vie, la rédaction des clauses bénéficiaires et l'articulation avec la transmission et la fiscalité.
Vous avez 65 ans, un contrat d'assurance-vie de 600 000 € et deux enfants. Si vous laissez « mon conjoint » comme bénéficiaire, vous transmettez 152 500 € en franchise. Si vous optez pour le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie, vous en transmettez 335 500 € — et vous protégez votre conjoint à 100 %. Chez Hagnéré Patrimoine, l'audit de la clause bénéficiaire démembrée est le premier réflexe que nous appliquons à chaque dossier succession depuis 2018.
Les 2 143 milliards d'euros d'assurance-vie qui dorment en France (France Assureurs, février 2026) reposent à 80 % sur des clauses standard « mon conjoint à défaut mes enfants ». Trois bouleversements 2026 changent la donne : le revirement de la Cour de cassation du 3 avril 2025 (n° 23-13.803) sur la substitution sans information de l'assureur, le BOFiP du 26 septembre 2024 (§ 275) qui exclut expressément le démembrement de la clause AV du champ de l'article 774 bis CGI, et la LFSS 2026 qui maintient la CSG à 17,2 % sur l'assurance-vie — alors que dividendes, intérêts et autres revenus mobiliers basculent à 18,6 %.
La plupart des articles concurrents en ligne n'ont pas intégré ces trois textes 2024-2025. Nous les croisons ici avec 3 cas chiffrés à l'euro (Bernard & Claudine, Sophie, Philippe en famille recomposée), un modèle de clause prêt-à-signer en trois variantes, et notre checklist Hagnéré en 8 critères pour sécuriser juridiquement le démembrement de la clause bénéficiaire. Pour un cadrage plus large sur la rédaction et la mise à jour d'une clause AV standard ou démembrée, voyez notre guide pilier clause bénéficiaire d'assurance-vie.
À retenir en 30 secondes
- Levier mécanique. Démembrer la clause AV multiplie l'abattement 990 I : 152 500 € par couple usufruitier / nu-propriétaire (BOFiP BOI-TCAS-AUT-60 § 310). Un conjoint usufruitier + 3 enfants nus-propriétaires couvre 457 500 € en franchise (vs 152 500 € en clause simple).
- Sécurité fiscale 2026. Le BOFiP du 26 septembre 2024 (BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 § 275) exclut expressément la créance de restitution née d'une clause AV démembrée du périmètre de l'article 774 bis CGI. Elle reste intégralement déductible du passif successoral du quasi-usufruitier au second décès. Et la LFSS 2026 (art. 12) maintient la CSG à 17,2 % sur l'AV (vs 18,6 % sur dividendes/intérêts).
- Agilité post-Cass. 3/4/2025. Vous pouvez modifier votre clause par testament olographe (art. 970 C. civ.) sans même informer l'assureur. Les arrêts antérieurs (13/6/2019 n° 18-14.954, 10/3/2022 n° 20-19.655) sont expressément abandonnés. Les guides en ligne datés d'avant avril 2025 sont obsolètes sur ce point.
Sommaire — 10 chapitres
- 1. Ce qui change concrètement en 2026
- 2. Definition et mecanique du demembrement
- 3. Le levier 152 500 EUR par couple us/np
- 4. Quasi-usufruit, creance et BOFiP 26/09/2024
- 5. Le revirement Cass. 3 avril 2025
- 6. Cas Bernard et Claudine — proteger le conjoint
- 7. Cas Sophie — heritiere nue-proprietaire
- 8. Cas Philippe — famille recomposee
- 9. Les 7 pieges a eviter
- 10. Modele de clause + checklist 8 criteres
Qu'est-ce que le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie ?
Le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie consiste à désigner un bénéficiaire en usufruit (souvent le conjoint) et un ou plusieurs bénéficiaires en nue-propriété (les enfants). Au décès du souscripteur, l'usufruitier reçoit le capital en quasi-usufruit (art. 587 C. civ.) et le consomme librement, à charge de restitution aux nus-propriétaires au second décès, sans nouvelle taxation.
| Bénéficiaire | Droit reçu | Fiscalité au 1er décès | Fiscalité au 2nd décès |
|---|---|---|---|
| Conjoint usufruitier | Quasi-usufruit (capital librement consommable) | Exonéré (art. 796-0 bis CGI) | Néant — capital sorti |
| Enfant nu-propriétaire | Créance de restitution | Prélèvement 990 I sur la quote-part NP, après abattement 152 500 € | Déductible du passif successoral (§ 275 BOFiP) |
| Synthèse économique | Capital reconstitué pour les NP au 2nd décès | 1 couple us/np = 1 × 152 500 € | 0 € de droits sur la créance |
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 14004526
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 14004526.
Avertissement réglementaire
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les informations fournies sont à jour à la date de publication (30 mai 2026) mais la législation peut évoluer. La fiscalité mentionnée dépend de votre situation individuelle. Pour une analyse adaptée à votre cas, nous vous recommandons de solliciter un bilan patrimonial personnalisé. Hagnéré Patrimoine — SASU, ORIAS n° 14004526, CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP.
1. Démembrement de la clause bénéficiaire : ce qui change concrètement en 2026
2 143 milliards d'euros d'encours assurance-vie en France au 28 février 2026 (France Assureurs). Selon la Cour des comptes (rapport du 25 septembre 2024), 5,4 % des bénéficiaires concentrent 43 % des montants transmis — soit environ 16 milliards d'euros qui passent chaque année par un nombre restreint de capitaux décès importants. C'est cette poche-là — les contrats de 300 000 € à 5 millions d'euros — c'est sur cette poche que le démembrement de la clause produit ses effets.
Si vous avez lu un article sur le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie daté d'avant avril 2025, il est probable que 80 % de son contenu juridique soit aujourd'hui obsolète. Trois bouleversements simultanés ont rebattu les cartes en 2025-2026 sur la clause bénéficiaire démembrée, et la doctrine grand public (sites bancaires, fintechs, comparateurs) n'a pas suivi le mouvement.
Les 3 nouveautés 2026 à connaître absolument
- Revirement Cass. 2e civ. 3 avril 2025 n° 23-13.803. La connaissance de l'assureur n'est plus une condition de validité de la substitution de bénéficiaire. Un testament olographe daté et signé (art. 970 C. civ.) suffit à redémembrer une clause, sans envoyer de lettre à l'assureur. Les arrêts antérieurs (13/6/2019 n° 18-14.954 et 10/3/2022 n° 20-19.655) sont expressément abandonnés par la Cour.
- BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 § 275 du 26 septembre 2024. L'administration exclut expressément le quasi-usufruit né d'une clause bénéficiaire AV démembrée du champ de l'article 774 bis CGI (anti-abus créances de restitution introduit par la LF 2024). La créance reste pleinement déductible du passif successoral du quasi-usufruitier au second décès.
- LFSS 2026 (LOI n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) art. 12. La CSG sur les revenus du capital passe de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux à 18,6 % sur dividendes, intérêts et plus-values mobilières. Exception expresse de l'article L. 136-8 IV CSS : l'assurance-vie, le foncier nu, le PEL/CEL et les plus-values immobilières restent à 17,2 %. La plupart des guides concurrents propagent à tort le taux de 18,6 % sur l'AV — vérifiez votre source.
Le test rapide. Si vous lisez un guide sur le démembrement de la clause AV non daté ou mis à jour avant avril 2025, méfiez-vous sur trois points : la procédure de modification de la clause, la déductibilité de la créance de restitution, et le taux de prélèvements sociaux applicable. Nous tranchons chacun de ces points dans la suite, avec les sources opposables (Légifrance, BOFiP, JORF).
2. Comment fonctionne le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie ?
Démembrer la clause bénéficiaire d'assurance-vie, c'est désigner deux bénéficiaires sur un même contrat. Le premier touchera l'argent et pourra le dépenser comme il l'entend (l'usufruitier, souvent le conjoint survivant). Le second récupérera l'équivalent au second décès, sans payer un centime de plus (le nu-propriétaire, souvent un enfant). Tout le levier économique du démembrement de la clause AV tient à ce déphasage temporel et fiscal.
2.1. Le capital décès AV est hors succession civile
Le capital versé au bénéficiaire d'une assurance-vie ne fait pas partie de la succession civile du souscripteur. C'est l'article L. 132-12 du Code des assurances qui le pose noir sur blanc : « le capital ou la rente stipulés payables lors du décès de l'assuré à un bénéficiaire déterminé […] ne fait pas partie de la succession de l'assuré ». C'est cette extra-patrimonialité qui rend possible le levier fiscal — sans elle, le démembrement n'aurait aucun intérêt par rapport à un démembrement classique de propriété.
2.2. Le quasi-usufruit naît de plein droit au décès
Quand l'usufruitier reçoit un capital décès — et non un bien identifié comme un immeuble — il ne peut pas l'utiliser sans le consommer. Le Code civil organise cette situation à l'article 587 sous le nom de quasi-usufruit : « si l'usufruit comprend des choses dont on ne peut faire usage sans les consommer […], l'usufruitier a le droit de s'en servir, mais à la charge de rendre, à la fin de l'usufruit, soit des choses de même quantité et qualité, soit leur valeur estimée à la date de la restitution ». Traduction côté patrimoine : l'usufruitier devient propriétaire du capital, à charge d'une créance de restitution au profit des nus-propriétaires, exigible au second décès.
2.3. Au second décès : la créance se déduit du passif successoral
Quand l'usufruitier décède, ses nus-propriétaires (les enfants) font valoir leur créance de restitution. Elle se déduit du passif de la succession du quasi-usufruitier, sous réserve d'avoir été formalisée à date certaine antérieure (article 773 2° CGI). Si la clause est bien rédigée, les nus-propriétaires récupèrent leur quote-part de capital sans payer de droits de succession sur cette fraction — le capital ayant déjà été fiscalisé une fois, au premier décès, via le prélèvement de l'article 990 I CGI.
Le cas concret. Prenons un capital décès de 600 000 €. Au premier décès, votre conjoint reçoit 600 000 € qu'il peut dépenser comme bon lui semble (immobilier, train de vie, donations). À son décès, vos enfants récupèrent une créance de 600 000 € sur sa succession, non taxée au titre des droits de mutation à titre gratuit (DMTG) puisqu'elle vient s'imputer au passif. Le capital a transité une seule fois par l'imposition, au premier décès, et a bénéficié de l'abattement multiplié du § 310 BOI-TCAS-AUT-60 — c'est le cœur du levier que nous allons disséquer au chapitre suivant.
Glossaire express
- Usufruit — droit d'user d'un bien et d'en percevoir les revenus.
- Nue-propriété — droit de disposer du bien sans pouvoir l'utiliser pendant le démembrement.
- Quasi-usufruit — usufruit portant sur des choses consomptibles (argent, denrées). L'usufruitier devient propriétaire, à charge de restitution.
- Créance de restitution — dette de l'usufruitier envers le nu-propriétaire, exigible à la fin du quasi-usufruit (au décès de l'usufruitier en assurance-vie).
- Barème art. 669 CGI — table de répartition de la valeur entre usufruit et nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier (de 90 % us / 10 % np à moins de 21 ans jusqu'à 10 % us / 90 % np à plus de 91 ans).
3. Pourquoi le démembrement de la clause AV multiplie-t-il l'abattement de 152 500 € ?
Une clause AV « mon conjoint » = 152 500 € d'abattement au titre de l'article 990 I CGI. Une clause bénéficiaire démembrée « usufruit conjoint, nue-propriété enfants par parts égales » = 152 500 € × le nombre d'enfants. C'est mathématique, c'est légal, et c'est écrit en toutes lettres dans le BOFiP. Pourtant, la majorité des contrats d'assurance-vie en France reposent encore sur une clause standard qui laisse tout le levier du démembrement de la clause AV sur la table.
3.1. Le texte BOFiP fondateur : § 310 BOI-TCAS-AUT-60
Le BOFiP du 30 mars 2023 (BOI-TCAS-AUT-60 § 310) pose la règle de la manière la plus explicite qui soit : « il convient d'appliquer autant d'abattements qu'il y a de couples usufruitier/nu-propriétaire ». L'administration fiscale reconnaît ainsi que chaque couple us/np — c'est-à-dire chaque association d'un même usufruitier avec un nu-propriétaire identifié — bénéficie de son propre abattement de 152 500 €. Cinq enfants nus-propriétaires d'un conjoint usufruitier ? Cinq couples us/np, donc cinq abattements de 152 500 €, soit 762 500 € en franchise au titre du seul démembrement.
3.2. Répartition à l'intérieur de chaque couple : barème art. 669 CGI
À l'intérieur de chaque couple us/np, l'abattement de 152 500 € se répartit entre l'usufruitier et le nu-propriétaire selon le barème de l'article 669 CGI, lié à l'âge de l'usufruitier au jour du décès du souscripteur. Un usufruitier de 65 ans représente 40 % de la valeur, le nu-propriétaire 60 %. À 75 ans, c'est 30 % / 70 %. À 85 ans, 20 % / 80 %.
| Âge de l'usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Le calcul, en euros. Avec un usufruitier conjoint de 65 ans et 2 enfants nus-propriétaires, l'abattement total grimpe à 335 500 € (152 500 € côté conjoint au titre de la part usufruit exonérée par l'art. 796-0 bis CGI + 2 × 152 500 € côté enfants). À 3 enfants : 457 500 €. À 4 enfants : 580 000 €. À 5 enfants : 762 500 €. Sur un contrat d'1 million d'euros avec 5 enfants, le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie laisse passer la totalité du capital en franchise quasi-totale au lieu d'un prélèvement 990 I de 169 500 € au taux de 20 %.
3.3. Le piège asymétrique 757 B vs 990 I que la doctrine de place oublie
Une asymétrie peu connue mérite d'être éclairée. En matière d'article 757 B CGI (versements après 70 ans), l'administration a admis dans la réponse ministérielle Le Nay (QE n° 18066, JOAN 8 juillet 2008) une règle d'extension de l'abattement de 30 500 € : si le bénéficiaire est exonéré (conjoint, partenaire de PACS, frères et sœurs sous conditions), sa quote-part d'abattement profite aux autres bénéficiaires. Cette règle n'a jamais été reprise au 990 I. Conséquence directe pour la clause démembrée : la fraction d'abattement correspondant à l'usufruit du conjoint exonéré est purement et simplement perdue — elle ne bénéficie pas aux enfants nus-propriétaires.
Point expert : 990 I ≠ 757 B sur ce point
Le tempérament Le Nay 2008 (extension d'abattement entre bénéficiaires) ne joue qu'au 757 B (versements après 70 ans — voir notre guide assurance-vie après 70 ans). Au 990 I (versements avant 70 ans), la fraction d'abattement liée à la part usufruit d'un conjoint exonéré est perdue pour les nus-propriétaires. La doctrine grand public n'aborde quasiment jamais ce point. L'implication pratique est forte : sur un capital décès de 300 000 € avec usufruit conjoint 65 ans (40 %) et 1 seul enfant nu-propriétaire (60 %), le démembrement de la clause AV n'apporte pas d'avantage d'abattement par rapport à une clause directe « mon enfant » (60 % × 152 500 € restent largement inférieurs au 152 500 € pleins). Le démembrement de clause AV reprend l'avantage à partir de 2 enfants nus-propriétaires.
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4. L'article 774 bis CGI s'applique-t-il à la clause bénéficiaire démembrée ? (BOFiP 26/09/2024)
Lisez n'importe quel article grand public sur le démembrement de la clause bénéficiaire d'assurance-vie. Vous y trouverez quasi-systématiquement la phrase suivante : la créance de restitution est « automatiquement déductible ». Depuis la loi de finances 2024 et son article 774 bis CGI, cette affirmation est devenue partiellement fausse — sauf, justement, dans le cas qui nous intéresse : la clause AV démembrée. Le BOFiP du 26 septembre 2024 le confirme en toutes lettres.
4.1. Le tour de vis LF 2024 : article 774 bis CGI
La loi de finances pour 2024 a inséré l'article 774 bis dans le CGI pour neutraliser un schéma jugé trop favorable : les donations avec réserve d'usufruit consenties peu avant le décès, qui faisaient apparaître une créance de restitution déductible du passif successoral sans qu'aucune valeur économique réelle n'ait été transférée. Depuis le 29 décembre 2023, ce type de créance n'est plus déductible si elle résulte d'une donation avec réserve d'usufruit consentie par le défunt.
4.2. L'exclusion expresse de l'AV démembrée — § 275 BOFiP du 26/09/2024
Le BOFiP publié le 26 septembre 2024 (BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 § 275) tranche expressément la question pour la clause AV démembrée : « les dispositions de l'article 774 bis du CGI ne s'appliquent pas aux créances de restitution résultant d'un quasi-usufruit né d'une clause bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie démembrée ». La logique économique l'impose : le capital décès AV n'est pas issu d'une donation antérieure du défunt, il a transité par l'extra-patrimonialité de l'article L. 132-12 C. ass. et a déjà subi le prélèvement de l'article 990 I au premier décès.
| Source du quasi-usufruit | Article 774 bis applicable ? | Déductibilité passif |
|---|---|---|
| Donation avec réserve d'usufruit (> 29/12/2023) | OUI — neutralisation | NON déductible |
| Quasi-usufruit légal (art. 757 C. civ. — conjoint survivant) | OUI — neutralisation partielle | À analyser cas par cas |
| Quasi-usufruit issu d'une clause AV démembrée | NON — exclu (§ 275 BOFiP 26/09/2024) | OUI — pleinement déductible |
| Quasi-usufruit conventionnel sur dividendes (Cass. 3e civ. 19/9/2024) | À analyser — non encore tranché | Variable |
Côté euros. Sur un capital décès AV de 600 000 € consommé par votre conjoint usufruitier, vos enfants nus-propriétaires récupèrent au second décès une créance de restitution de 600 000 € intégralement déductible du passif successoral. Sur cette fraction, ils ne paient aucun droit de mutation à titre gratuit — le capital a transité une seule fois par l'imposition, au premier décès, via le 990 I et avec l'abattement multiplié du § 310 BOI-TCAS-AUT-60. Le démembrement de la clause AV tient là son avantage 2026 le plus discriminant — un angle que la doctrine concurrente survole presque toujours.
4.3. La condition de forme : convention écrite à date certaine antérieure
Cette déductibilité reste conditionnée à un formalisme strict de l'article 773 2° CGI : la créance de restitution doit avoir été constatée dans un acte authentique ou un acte sous-seing privé enregistré, à date certaine antérieure au décès du quasi-usufruitier. Sur le terrain notarial, cela impose la signature et l'enregistrement aux impôts (ou la passation par acte notarié) d'une convention de quasi-usufruit dans les 6 mois suivant le premier décès. Sans cette convention, la CA Toulouse (24 octobre 2023, RG n° 21/03501) a rejeté la déduction au passif — ramenant la créance à zéro et déclenchant des droits de succession au taux marginal de 45 % sur la quote-part nu-propriétaire (taux ligne directe au-delà de 1 805 677 € — art. 777 CGI), voire 60 % en présence de bénéficiaires non parents (tiers ou frères et sœurs au-delà de 24 430 €).
4.4. L'indexation INSEE : la clause oubliée par 80 % des praticiens
La créance de restitution s'apprécie en valeur nominale, sauf clause d'indexation. Sur 20 à 25 ans entre les deux décès — durée moyenne du démembrement en couple — l'inflation érode la créance de 25 à 35 %. Pour neutraliser cette érosion, la clause doit imposer une indexation INSEE sur l'indice des prix à la consommation France entière hors tabac (base 100 année du premier décès). C'est le standard du droit notarial moderne — appliqué par environ 20 % des clauses démembrées rédigées sans accompagnement professionnel. La référence jurisprudentielle implicite est Cass. com. 11 octobre 2023 n° 21-12.732 (ECLI:FR:CCASS:2023:CO00671) sur la déductibilité de la créance, qui valide implicitement l'indexation conventionnelle dès lors qu'elle est documentée par écrit.
5. Le revirement Cass. 2e civ. 3 avril 2025 : ce que les autres guides ignorent encore
Tapez « modifier clause bénéficiaire assurance-vie » sur Google. Neuf résultats sur dix vous diront qu'il faut informer l'assureur pour que le changement soit valable, sous peine d'inopposabilité — voire d'invalidité. Depuis le 3 avril 2025, c'est juridiquement faux. La 2e chambre civile de la Cour de cassation a opéré un revirement de principe qui simplifie considérablement la vie des souscripteurs qui veulent redémembrer une clause par testament olographe.
5.1. La solution de l'arrêt 23-13.803
Dans son arrêt du 3 avril 2025 (n° 23-13.803, ECLI:FR:CCASS:2025:C200330), la 2e civile juge que « la substitution du bénéficiaire d'un contrat d'assurance sur la vie, qui n'est subordonnée à aucune règle de forme, suppose seulement, pour sa validité, que la volonté du contractant soit exprimée d'une manière certaine et non équivoque ; la connaissance de cette volonté par l'assureur ne peut pas conditionner la validité de la substitution de bénéficiaire opérée par le contractant ». La Cour abandonne expressément la jurisprudence antérieure issue des arrêts du 13 juin 2019 (n° 18-14.954) et du 10 mars 2022 (n° 20-19.655), qui exigeaient cette connaissance. Le revirement est motivé par la nécessité de respecter la volonté du souscripteur jusqu'au dernier moment — y compris si cette volonté s'exprime par un testament olographe découvert après le décès.
5.2. Conséquences pratiques pour redémembrer une clause aujourd'hui
- Une clause démembrée rédigée par testament olographe (art. 970 C. civ.) — daté, signé, écrit de la main du souscripteur — est pleinement valide même si elle n'a jamais quitté son coffre.
- La modification d'une clause existante peut se faire par avenant signé sous-seing privé, sans envoi de lettre recommandée à l'assureur.
- L'information à l'assureur reste utile à des fins d'opposabilité : tant qu'il ignore la nouvelle clause, il paie valablement à l'ancien bénéficiaire (paiement libératoire). Mais ce paiement à l'ancien bénéficiaire ne fait plus tomber la nouvelle clause : les nouveaux bénéficiaires peuvent agir en restitution contre les anciens.
- Légifrance n'a pas encore mis à jour l'article L. 132-9 du Code des assurances pour refléter ce revirement. Les guides en ligne qui s'appuient sur la version Légifrance sans citer Cass. 3/4/2025 sont obsolètes.
5.3. Articulation avec Cass. 1re civ. 5 février 2025 n° 22-21.349
Un mois et demi avant le revirement de la 2e civile, la 1re chambre civile avait déjà précisé un volet procédural important par un arrêt du 5 février 2025 (n° 22-21.349, ECLI:FR:CCASS:2025:C100084) : la Cour reconnaît aux nus-propriétaires d'une clause AV démembrée la qualité à agir sur le terrain des primes manifestement exagérées (art. L. 132-13 C. ass.) contre l'usufruitier bénéficiaire, sans avoir à mettre en cause les autres héritiers (art. 31 et 122 CPC). Combinée à Cass. 3 avril 2025, elle ouvre un environnement procédural particulièrement favorable aux nus-propriétaires en cas de clause démembrée pathologique.
Traduction pour vous. Votre clause bénéficiaire démembrée rédigée chez votre notaire en 2024, restée dans le coffre familial sans envoi à l'assureur, est aujourd'hui pleinement valide. C'est un soulagement pour les 38 millions de bénéficiaires désignés en France (France Assureurs) — et c'est le type de situation que nous rencontrons dans 30 à 40 % des dossiers succession audités chez Hagnéré Patrimoine. Nous recommandons malgré tout l'envoi à l'assureur pour des raisons de traçabilité, mais le défaut d'envoi n'est plus un motif d'invalidation de la clause démembrée.
Théorie posée — place aux 3 cas chiffrés
Les trois chapitres suivants présentent trois cas pratiques chiffrés à l'euro, choisis pour couvrir les configurations les plus fréquentes : Bernard & Claudine (retraités cadres, protection conjoint), Sophie (héritière nue-propriétaire au second décès), et Philippe (famille recomposée avec enfants de deux lits).
6. Cas n° 1 — Bernard & Claudine : protéger le conjoint sans déshériter les enfants
Bernard, 68 ans, ancien cadre supérieur dans l'industrie pharmaceutique lyonnaise, voudrait que Claudine, 65 ans, profite tranquillement de leur contrat d'assurance-vie de 600 000 € — sans pour autant priver leurs deux enfants Léa (32 ans, médecin généraliste) et Hugo (29 ans, ingénieur informatique). Ils sont mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, propriétaires de leur résidence principale (valeur 550 000 €) et d'un studio locatif à Annecy (180 000 €). Le contrat AV Linxea Spirit 2 a été ouvert en 2008, alimenté à hauteur de 480 000 € (versements avant 70 ans pour les deux) et valorisé aujourd'hui à 600 000 € grâce aux UC.
6.1. Bilan de départ — clause actuelle « mon conjoint à défaut mes enfants »
Bernard a souscrit avec la clause type « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître vivants ou représentés par parts égales ». Au premier décès (mettons celui de Bernard), Claudine reçoit 600 000 € en pleine propriété, totalement exonérés (article 796-0 bis CGI — exonération conjoint survivant). À son décès à elle, 20 ans plus tard mettons, ces 600 000 € (devenus par exemple 850 000 € sur AV maintenue) seront intégralement dans sa succession et taxés selon le barème ligne directe — soit, après abattement de 100 000 € par enfant (article 779 I CGI), environ 126 000 € de droits de succession cumulés sur les 2 enfants (325 000 € taxables par enfant au barème art. 777 ligne directe = 63 194 € × 2 = 126 388 €). Le contrat AV démontre toute sa fragilité face au second décès.
6.2. Clause démembrée Hagnéré recommandée
Nous rédigeons pour Bernard la clause démembrée suivante : « mon conjoint Claudine née XYZ pour la totalité des sommes versées en usufruit, à défaut par parts égales entre eux mes enfants vivants ou représentés Léa et Hugo en nue-propriété. Les bénéficiaires usufruitier et nus-propriétaires conviennent de soumettre les sommes reçues au régime du quasi-usufruit prévu à l'article 587 du Code civil, avec créance de restitution indexée sur l'indice INSEE des prix à la consommation France entière hors tabac (base 100 année du décès). Convention de quasi-usufruit à signer dans les 6 mois du décès, à enregistrer aux impôts. »
6.3. Calcul à l'euro — barème art. 669 CGI (Claudine 65 ans)
| Étape | Sans démembrement | Avec démembrement |
|---|---|---|
| Capital décès AV | 600 000 € | 600 000 € |
| Répartition art. 669 (Claudine 65 ans) | — | 40 % us / 60 % np |
| Quote-part usufruit (Claudine) | 600 000 € | 240 000 € |
| Quote-part nue-propriété (2 enfants) | — | 360 000 € (180 000 € chacun) |
| Fiscalité conjoint (art. 796-0 bis) | 0 € (exonéré) | 0 € (exonéré sur quote-part us) |
| Abattement 990 I enfants | — | 2 × 152 500 € = 305 000 € |
| Base taxable au 990 I (enfants) | — | 360 000 - 305 000 = 55 000 € |
| Prélèvement 990 I (20 %) | 0 € | 55 000 × 20 % = 11 000 € |
| Droits succession 2nd décès (capital reconstitué) | ~126 000 € | 0 € (créance restitution déductible § 275 BOFiP) |
| Coût fiscal total cumulé 2 décès | ~126 000 € | 11 000 € |
Le verdict en euros pour Bernard et Claudine. Le démembrement leur fait économiser environ 115 000 € de droits cumulés sur les deux successions par rapport à la clause standard, tout en laissant à Claudine la jouissance totale du capital de son vivant — elle le dépense comme bon lui semble, c'est le propre du quasi-usufruit. À une condition impérative : signer la convention de quasi-usufruit dans les 6 mois du premier décès et l'enregistrer aux impôts (art. 773 2° CGI).
Léa, à qui nous présentons le montage, pose immédiatement la bonne question : « Et si Maman dépense les 600 000 € pour s'acheter un studio à Saint-Jean-de-Luz, je récupère vraiment l'équivalent à son décès ? » C'est tout l'enjeu du cas n° 2.
7. Cas n° 2 — Sophie : héritière nue-propriétaire d'un AV démembré au second décès
Sophie, 38 ans, graphiste freelance à Paris dans le 11e, célibataire sans enfant. Son père est décédé en 2008 d'une crise cardiaque, à 58 ans. Il avait souscrit en 1995 un contrat d'assurance-vie avec une clause démembrée rédigée par leur notaire familial : usufruit pour sa mère Catherine (60 ans en 2008), nue-propriété pour Sophie et son frère aîné Vincent. Le capital décès était de 210 000 €. Une convention de quasi-usufruit a été signée chez le notaire en juillet 2008, avec clause d'indexation INSEE IPC France entière hors tabac (base 100 juillet 2008). 22 ans plus tard, en 2030, Catherine décède à 82 ans. Sophie veut savoir combien elle récupère et que faire concrètement.
7.1. La convention de quasi-usufruit de 2008 — texte clé
La convention de juillet 2008 prévoit : (i) Catherine devient propriétaire du capital de 210 000 €, à charge de restitution à son décès, (ii) la créance de restitution est réindexée annuellement sur l'IPC INSEE France entière hors tabac (base 100 juillet 2008), (iii) Catherine s'engage à fournir chaque année aux nus-propriétaires un état de son patrimoine permettant de vérifier la consistance de sa solvabilité, (iv) en cas de remploi du capital, l'usufruit se reporte sur les biens acquis (clause de subrogation réelle). C'est la rédaction Hagnéré standard pour ce type de configuration.
7.2. Calcul à l'euro — créance de restitution 2008 → 2030
L'indice INSEE IPC France entière hors tabac (base 100 1998) est passé de 118,69 en juillet 2008 à environ 159,5 en 2030 (projection à partir de l'inflation 2022-2026 observée et trajectoire BCE 2 % cible — la série base 1998 ayant été arrêtée et remplacée par la base 2015). Soit une revalorisation cumulée d'environ +34,4 %. La créance de restitution due par la succession de Catherine est donc de 210 000 € × 1,344 = environ 282 200 € (~141 100 € pour Sophie + ~141 100 € pour Vincent, parts égales).
| Élément | Valeur 2008 | Valeur 2030 indexée |
|---|---|---|
| Capital décès AV père | 210 000 € | — |
| Indice INSEE IPC base 100 (1998) | 118,69 | ~159,5 (projection) |
| Coefficient de revalorisation | 1,0 | ~1,344 |
| Créance de restitution totale | 210 000 € | ~282 200 € |
| Part Sophie (50 %) | 105 000 € | ~141 100 € |
| Part Vincent (50 %) | 105 000 € | ~141 100 € |
| Déductibilité passif succession Catherine | — | OUI — § 275 BOFiP 26/09/2024 |
| Droits succession sur la créance | — | 0 € (déductible intégralement) |
7.3. Démarche concrète pour Sophie au décès de Catherine
- Récupérer la convention de quasi-usufruit signée en 2008 chez le notaire familial (acte authentique = date certaine acquise sans formalisme supplémentaire).
- Demander à l'INSEE le coefficient officiel de revalorisation IPC France entière hors tabac entre juillet 2008 (mois du décès du père) et le mois du décès de Catherine.
- Calculer la créance réindexée = 210 000 € × coefficient = environ 282 200 € en 2030.
- Déclarer la créance de restitution au passif de la succession de Catherine sur le formulaire 2705-A (déclaration de succession), en précisant la référence § 275 BOI- ENR-DMTG-10-40-20-20 et la convention notariée du 22/07/2008.
- Récupérer ~141 100 € (sa part) non taxés au titre du second décès — le capital ayant déjà été fiscalisé via le prélèvement 990 I en 2008 (à l'époque l'abattement n'était que de 152 500 € par bénéficiaire, partagé selon le barème 669).
Le piège évité grâce à la convention de 2008
Sans la convention de quasi-usufruit notariée signée à l'origine, l'administration aurait pu requalifier le mouvement de capital en donation indirecte taxable au tarif ligne directe (45 % au-delà d'1 805 677 €, et déjà 30 à 40 % sur les tranches 552 324 à 1 805 677 € — art. 777 CGI). Sur la part de Sophie (~141 100 €), la requalification aurait coûté entre 30 000 € et 50 000 € de droits. La convention écrite à date certaine antérieure (art. 773 2° CGI) est la condition fiscale du démembrement de clause AV — sans elle, tout l'avantage tombe.
Votre clause démembrée a-t-elle été signée avant 2008 ?
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8. Cas n° 3 — Philippe : famille recomposée et arbitrage premier lit / second lit
Philippe, 55 ans, ex-Directeur Administratif et Financier d'une PME industrielle francilienne, divorcé en 2010 puis remarié en 2014. De son premier mariage, deux filles devenues majeures : Camille (28 ans, avocate fiscaliste à Paris) et Inès (25 ans, chargée de communication à Lyon). De son second mariage avec Anaïs (42 ans, médecin), un fils Tom (8 ans, encore mineur). Patrimoine total 1,2 M€ dont 900 000 € sur deux contrats d'assurance-vie (Linxea Avenir 2 et Lucya Cardif) et 400 000 € d'immeuble locatif détenu en propre. Question récurrente en bilan : comment protéger Anaïs sans léser Camille et Inès, et tout en assurant à Tom une part équivalente à ses demi-sœurs au final ?
8.1. La complexité spécifique de la famille recomposée
Le cas de Philippe cumule trois difficultés que la doctrine standard ignore presque systématiquement : (i) Tom est mineur, donc son éventuelle nue-propriété sera administrée par sa mère Anaïs jusqu'à ses 18 ans — soit Anaïs cumulerait usufruit et administration de la nue-propriété, ce qui crée un risque de mélange des patrimoines ; (ii) Camille et Inès, enfants majeurs du premier lit, ont droit à leur réserve héréditaire civile (3/4 du patrimoine total partagés entre eux trois — art. 913 et suiv. C. civ.), et le démembrement de la clause AV ne peut juridiquement déshériter qu'en respectant cette réserve ; (iii) Anaïs et Tom ont une espérance de vie commune beaucoup plus longue que Camille et Inès, ce qui rend l'arbitrage entre us et np particulièrement sensible.
8.2. La clause démembrée graduée Hagnéré + RAAR
Nous rédigeons pour Philippe la clause démembrée suivante : « mon épouse Anaïs née XYZ pour la totalité des sommes versées en usufruit. À défaut, par parts égales entre eux, mes 3 enfants vivants ou représentés Camille, Inès et Tom en nue-propriété. Renonciation anticipée à l'action en réduction (RAAR) signée par Camille et Inès en application des articles 929 et suivants du Code civil. Convention de quasi-usufruit à signer dans les 6 mois du décès, à enregistrer aux impôts, avec indexation INSEE IPC France entière hors tabac, déclaration annuelle de patrimoine d'Anaïs, et clause de remploi sur tout achat immobilier ou financier supérieur à 50 000 €. »
La RAAR (renonciation anticipée à l'action en réduction, art. 929 C. civ.) est la pièce maîtresse du dispositif : Camille et Inès signent par acte notarié leur renonciation à contester ultérieurement la fraction de capital qui dépasserait leur réserve héréditaire. Sans cette RAAR, Tom mineur risquerait d'être désavantagé par une action en réduction post-décès de ses demi-sœurs majeures, qui maîtrisent mieux la mécanique successorale (Camille étant elle-même avocate fiscaliste).
8.3. Calcul à l'euro — Anaïs 42 ans, 3 enfants nus-propriétaires
| Étape | Valeur |
|---|---|
| Capital décès AV cumulé | 900 000 € |
| Répartition art. 669 (Anaïs 42 ans) | 60 % us / 40 % np |
| Quote-part usufruit (Anaïs) | 540 000 € (exonéré conjoint art. 796-0 bis) |
| Quote-part nue-propriété (3 enfants) | 360 000 € (120 000 € chacun) |
| Abattement 990 I (§ 310 BOFiP) | 3 × 152 500 € = 457 500 € |
| Abattement effectivement consommé par les NP | 360 000 € (NP < abattement) |
| Base taxable au 990 I | 0 € |
| Prélèvement 990 I total | 0 € |
| Marge d'abattement non consommée | 97 500 € (pour d'autres versements) |
| Économie vs clause directe « mes 3 enfants » | + Tom protégé via RAAR + Anaïs quasi-usufruit |
Ce que le tableau ne dit pas explicitement. Sur ce patrimoine de 900 000 € d'AV, le démembrement ne fait pas gagner d'argent sur le 990 I — la clause directe « mes 3 enfants » consommerait également 457 500 € d'abattement. En revanche, il fait gagner deux choses essentielles que les guides concurrents passent sous silence :
- Protection patrimoniale d'Anaïs et de Tom. Anaïs peut consommer les 540 000 € pour leur train de vie, l'éducation de Tom (Sciences Po, école d'ingénieur ou de commerce…), ou un nouveau projet immobilier — sans avoir à demander l'accord de Camille et Inès, demi-sœurs avec lesquelles les relations peuvent être tendues.
- Sécurité juridique grâce à la RAAR. Camille et Inès, par leur signature notariée de la renonciation anticipée à l'action en réduction, garantissent définitivement à Tom sa part équivalente. Aucune action successorale ne pourra remettre en cause cet équilibre — Tom, mineur le jour du décès de Philippe, est ainsi protégé jusqu'à sa majorité par un acte notarié antérieur incontestable.
Le démembrement est ici un outil de protection civile et patrimoniale plus que de pur levier fiscal. C'est le bon usage du montage en famille recomposée — un cas que la doctrine grand public n'aborde quasiment jamais sous cet angle d'après notre veille 2026. Pour aller plus loin sur le mécanisme RAAR, voyez notre guide dédié : RAAR — renonciation anticipée à l'action en réduction.
9. Quels sont les 7 pièges à éviter dans une clause bénéficiaire démembrée ?
Une clause bénéficiaire démembrée mal rédigée, c'est un piège qui se déclenche au pire moment — au décès, quand plus personne ne peut corriger. Les 7 erreurs de démembrement de la clause AV que nous voyons le plus souvent en cabinet, classées par fréquence et par gravité du redressement potentiel.
| Piège | Risque chiffré | Solution |
|---|---|---|
| Convention de quasi-usufruit non enregistrée | Requalification donation indirecte 30 à 60 % sur la créance | Acte sous-seing privé enregistré aux impôts dans les 6 mois OU acte notarié |
| Indexation INSEE oubliée | Érosion 25-35 % de la créance sur 20-25 ans (inflation 2 % cible BCE) | Clause d'indexation IPC France entière hors tabac base 100 année du décès |
| Mineurs nus-propriétaires sans tutelle aménagée | Conflit administration légale conjoint survivant / nus-propriétaires mineurs | Mandat de protection future + administration légale avec contrôle juge des tutelles |
| Primes manifestement exagérées (art. L. 132-13) | Réintégration au rapport civil — 4 critères Cass. ch. mixte 23/11/2004 | Audit des primes vs revenus + audit du caractère utile à la souscription |
| Renonciation usufruitier non écrite | Perte de l'abattement np seul faute de formalisme art. 788 IV CGI | Renonciation par acte sous-seing privé enregistré dans les 4 mois (art. 788 IV CGI) |
| Acceptation prématurée du bénéficiaire (art. L. 132-9) | Clause figée à vie — impossibilité de modifier le démembrement | Ne JAMAIS faire accepter le bénéficiaire avant le décès, sauf cas exceptionnel |
| Substitution post-Cass. 3/4/2025 mal documentée | Litige inopposabilité à l'assureur — paiement libératoire à l'ancien bénéficiaire | Testament olographe daté/signé OU envoi à l'assureur en recommandé pour traçabilité |
9.1. Focus sur les primes manifestement exagérées (art. L. 132-13 C. ass.)
C'est le piège le plus brutal : si la prime versée sur le contrat AV est jugée manifestement exagérée par rapport aux facultés économiques du souscripteur, tout ou partie du capital décès peut être réintégré dans la succession civile et soumis au rapport civil (art. 843 C. civ.) — annulant rétroactivement tout le démembrement. La chambre mixte de la Cour de cassation a fixé 4 critères cumulatifs dans son arrêt fondateur du 23 novembre 2004 (n° 03-13.673) : âge du souscripteur, situation patrimoniale et familiale, utilité de la souscription, et rapport entre la prime et les revenus/le patrimoine. Application chez Hagnéré : nous n'acceptons jamais qu'un client de plus de 75 ans verse une prime supérieure à 25 % de son patrimoine net sans audit préalable approfondi.
10. Comment rédiger une clause bénéficiaire démembrée en 2026 ? Modèle + checklist 8 critères
La clause bénéficiaire démembrée ci-dessous est celle que nous rédigeons pour 80 % de nos clients couples avec enfants : standard, éprouvée par la doctrine, conforme au BOFiP 26/09/2024 § 275 et au revirement Cass. 3/4/2025. Copiez, adaptez les noms et les pourcentages, puis envoyez-la à votre assureur (ou pas, depuis le revirement). Trois variantes du modèle selon votre situation.
10.1. Variante 1 — Standard couple + enfants
Modèle clause standard — couple + enfants
« Mon conjoint, [Prénom NOM née ......], pour la totalité des sommes versées, en usufruit. À défaut, par parts égales entre eux, mes enfants vivants ou représentés, [Prénom NOM 1], [Prénom NOM 2], etc., en nue-propriété. Les bénéficiaires usufruitier et nus-propriétaires conviennent de soumettre les sommes reçues au régime du quasi-usufruit prévu à l'article 587 du Code civil, avec créance de restitution indexée sur l'indice INSEE des prix à la consommation France entière hors tabac (base 100 année du décès). Convention de quasi-usufruit à signer entre l'usufruitier et les nus-propriétaires dans les 6 mois du décès, à enregistrer aux impôts ou à passer par-devant notaire. À défaut de signature, application stricte des règles légales du quasi-usufruit (art. 587 et 1873-1 et suivants C. civ.). »
10.2. Variante 2 — Famille recomposée avec RAAR
Modèle clause famille recomposée avec RAAR art. 929 C. civ.
« Mon épouse [Prénom NOM née ......] pour la totalité des sommes versées, en usufruit. À défaut, par parts égales entre eux, mes 3 enfants vivants ou représentés [Prénom NOM 1er lit 1], [Prénom NOM 1er lit 2], [Prénom NOM 2e lit], en nue-propriété. Renonciation anticipée à l'action en réduction (RAAR) signée par les enfants majeurs par acte notarié en application des articles 929 et suivants du Code civil, antérieurement à la prise d'effet de la présente clause. [Reste identique variante 1 sur le quasi-usufruit, l'indexation et la convention.] »
10.3. Variante 3 — Versements après 70 ans (art. 757 B)
Modèle clause versements > 70 ans (art. 757 B CGI)
« [Idem variante 1 ou 2 selon situation familiale.] Le souscripteur reconnaît avoir effectué le(s) versement(s) du présent contrat après l'âge de 70 ans, soumis à l'article 757 B CGI. L'abattement global de 30 500 € s'applique à l'ensemble des bénéficiaires de l'ensemble des contrats du souscripteur. Au-delà, les sommes sont réintégrées à l'actif successoral et taxées au barème des droits de mutation à titre gratuit, à l'exclusion des intérêts qui demeurent exonérés (art. 757 B alinéa 2 CGI). »
10.4. Checklist Hagnéré — les 8 critères d'une clause démembrée bien rédigée
- Désignation nominative de l'usufruitier — éviter la désignation collective qui priverait du levier d'abattement multiplié.
- Désignation des nus-propriétaires avec représentation — par parts égales entre mes enfants vivants ou représentés, pour éviter qu'un prédécès n'entraîne la déchéance de la branche.
- Soumission expresse au quasi-usufruit art. 587 C. civ. — sans cette mention, le régime applicable peut être ambigu.
- Clause d'indexation INSEE IPC France entière hors tabac — érosion inflation 25-35 % sur 20-25 ans sinon.
- Obligation de signer une convention de quasi-usufruit dans les 6 mois, enregistrée aux impôts ou notariée — condition fiscale § 275 BOFiP.
- Clause de remploi sur tout achat > 50 000 € — pour sécuriser la consistance du patrimoine de l'usufruitier face à la créance de restitution.
- Mention RAAR (art. 929 C. civ.) si famille recomposée — pour les enfants majeurs d'un premier lit avec enfant mineur du second.
- Cohérence avec votre IFI (art. 972 ter CGI) — qui déclarera la valeur du contrat au prorata des UC immobilières ? À traiter avec votre CGP en amont (voir notre guide IFI et placements financiers).
10.5. Pas-à-pas — comment faire concrètement en 2026
- Listez votre patrimoine et identifiez chaque contrat AV (assureur, montant, ancienneté, clause actuelle).
- Distinguez les versements avant et après 70 ans (régime 990 I vs 757 B).
- Choisissez la variante de clause adaptée à votre situation familiale.
- Adaptez les noms, prénoms et pourcentages.
- Faites valider la clause par un CGP ou un notaire — cohérence régime matrimonial, IFI, mineurs.
- Envoyez la clause à votre assureur (recommandé même si non obligatoire depuis Cass. 3/4/2025).
- Conservez l'accusé de réception avec votre testament dans un coffre familial ou chez votre notaire.
- Faites un point tous les 5 ans (changement de situation familiale, fiscalité, jurisprudence).
En cabinet. Le travail de rédaction d'une clause bénéficiaire démembrée prend 1 heure avec un CGP expérimenté ou un notaire spécialisé en gestion de patrimoine. L'erreur de rédaction qui revient le plus souvent chez nos nouveaux clients qui arrivent avec une clause démembrée déjà rédigée : l'oubli de la clause d'indexation INSEE de la créance de restitution. Sur un capital de 600 000 € avec un démembrement de 22 ans, environ 200 000 € de capital s'évaporent sans bruit. Le diable est dans les détails — et ces détails se rédigent avant le décès, jamais après.
Conclusion : les 3 choses à retenir avant de signer
Démembrer la clause bénéficiaire de votre assurance-vie en 2026, ce n'est pas un montage exotique. Le démembrement de la clause AV est un outil patrimonial classique, sécurisé par 25 ans de jurisprudence et clarifié en 2024-2025 par trois textes majeurs (BOFiP 26/09/2024 § 275, Cass. 2e civ. 3/4/2025 n° 23-13.803, LFSS 2026 art. 12 maintien CSG 17,2 %). Trois points décident en réalité de la pertinence d'une clause bénéficiaire démembrée — les voici, en clair, dans l'ordre des décisions à prendre.
- Le levier mécanique fait la différence à partir de 2 enfants. 152 500 € multiplié par le nombre de couples us/np (§ 310 BOI-TCAS-AUT-60). À 3 enfants, vous transmettez 457 500 € en franchise totale. À 5 enfants, 762 500 €. En dessous de 2 enfants, refaire les calculs avec votre CGP — le levier peut s'inverser si votre usufruitier conjoint est jeune (asymétrie 990 I).
- La sécurité fiscale 2026 est acquise. Le BOFiP 26/09/2024 § 275 exclut votre clause AV démembrée du périmètre de l'article 774 bis CGI. La LFSS 2026 art. 12 maintient la CSG à 17,2 % sur l'AV (vs 18,6 % sur dividendes, intérêts, plus-values mobilières). Vérifiez que votre source mentionne bien ces deux points — sinon elle est obsolète.
- L'agilité post-Cass. 3/4/2025 vous redonne la main. Vous pouvez modifier votre clause bénéficiaire démembrée par testament olographe (art. 970 C. civ.) sans même informer votre assureur (voir notre guide substitution de bénéficiaire — revirement Cass. 3/4/2025). La connaissance de l'assureur n'est plus une condition de validité de la substitution. Profitez-en pour auditer votre clause si elle date d'avant 2024 — la doctrine actuelle est nettement plus favorable au démembrement de la clause AV.
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Sources principales de ce guide (15 références opposables)
- Code des assurances — articles L. 132-8, L. 132-9, L. 132-12, L. 132-13
- CGI — articles 990 I, 757 B, 669, 774 bis, 796-0 bis, 972 ter, 773 2°
- Code civil — articles 587 (quasi-usufruit), 929 (RAAR), 970 (testament olographe)
- CSS — articles L. 136-7, L. 136-8 IV (LFSS 2026 — exception AV)
- BOFiP BOI-TCAS-AUT-60 § 310 du 30/03/2023 (autant d'abattements que de couples us/np)
- BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 § 275 du 26/09/2024 (exclusion clause AV démembrée du 774 bis)
- BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-10-20-20 § 225 (versements après 70 ans)
- Cass. 2e civ. 3 avril 2025 n° 23-13.803 (ECLI:FR:CCASS:2025:C200330) — substitution sans connaissance assureur
- Cass. 1re civ. 5 février 2025 n° 22-21.349 (ECLI:FR:CCASS:2025:C100084) — qualité à agir des nus-propriétaires (art. 31 et 122 CPC)
- Cass. 3e civ. 19 septembre 2024 n° 22-18.687 (ECLI:FR:CCASS:2024:C300494) — quasi-usufruit conventionnel
- Cass. com. 11 octobre 2023 n° 21-12.732 (ECLI:FR:CCASS:2023:CO00671) — déductibilité passif successoral
- Cass. ch. mixte 23 novembre 2004 n° 03-13.673 — primes manifestement exagérées
- Cour des comptes — rapport assurance-vie 25 septembre 2024
- France Assureurs — tableau de bord mensuel février 2026 (2 143 Md€ d'encours)
- INSEE Focus n° 354 et n° 371 — patrimoine des ménages 2024 (D9 = 750 400 €)
Mentions légales et information réglementaire
Hagnéré Patrimoine — SASU au capital de 100 €, siège social 7 Rue Ernest Filliard 73000 Chambéry, RCS Chambéry B 891 025 504, immatriculée à l'ORIAS sous le numéro 14004526 en qualité de Conseiller en Investissements Financiers (CIF) membre de la CNCEF Patrimoine, Courtier en Opérations de Banque et Services de Paiement (COBSP) et Courtier d'Assurance (COA). Téléphone : +33 3 74 47 20 18. Email : contact@hagnere-patrimoine.fr.
Article rédigé selon la loi de finances 2026 (LOI n° 2026-103 du 19 février 2026) et la loi de financement de la sécurité sociale 2026 (LOI n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) en vigueur au 30 mai 2026. Dernière mise à jour : 30 mai 2026.

