Préparez votre transmission avec un expert succession
Donation, démembrement, testament, Dutreil, clause bénéficiaire et stratégie familiale : nous bâtissons une transmission cohérente avec vos objectifs.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en transmission patrimoniale
Quentin Hagnéré accompagne familles, dirigeants et retraités sur la donation, la succession, le démembrement, les clauses bénéficiaires et la coordination avec les notaires et experts-comptables.
Sommaire
- 1. Qu'est-ce qu'un GFV ?
- 2. Comment fonctionne un GFV concrètement
- 3. Quel rendement réel attendre
- 4. Transmission : 75 % jusqu'à 600 000 €
- 5. GFV et IFI : ne pas confondre les seuils
- 6. Fiscalité des revenus et de la revente
- 7. Liquidité et sortie : la vérité
- 8. GFV, GFA, forêt ou SCPI ?
- 9. Les risques d'un GFV
- 10. Les 7 erreurs à éviter
- Conclusion : 3 choses à retenir
- FAQ — 10 questions fréquentes
Vous aimez le vin, vous avez un patrimoine déjà constitué, et l'idée de posséder un morceau de vignoble en Bourgogne ou dans le Bordelais vous séduit. En rendez-vous, la question revient souvent : « Le groupement foncier viticole, est-ce un bon placement ? » Ma réponse tient en une phrase : tout dépend de ce que vous en attendez. Si vous cherchez du rendement, vous serez déçu. Si vous cherchez à transmettre et à diversifier, le GFV est un outil redoutable, surtout depuis la réforme de 2025.
Le problème, c'est que la plupart des contenus en ligne mélangent tout : ils confondent le seuil de transmission et le plafond d'IFI, propagent encore l'ancien plafond de 300 000 € alors qu'il est passé à 600 000 €, et attribuent au vin une réduction d'impôt qui n'existe que pour la forêt. Résultat : beaucoup d'investisseurs achètent pour de mauvaises raisons.
Dans ce guide, je vous explique ce qu'est réellement un GFV, son rendement net-net une fois les frais et l'impôt déduits, sa fiscalité de transmission et d'IFI à jour de la loi de finances 2026, la vérité sur la liquidité, et trois cas chiffrés à l'euro près. Je suis Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine, CIF ORIAS 14004526, dirigeant du cabinet Hagnéré Patrimoine.
À retenir en 30 secondes
- Un GFV est un GFA à objet viticole : une société civile qui loue ses vignes à un vigneron à bail long terme et vous verse un loyer (le fermage), souvent complété de bouteilles.
- Le rendement courant est faible (environ 1 % net) ; le vrai intérêt est la transmission : 75 % de droits effacés jusqu'à 600 000 € par enfant (art. 793 bis, LF 2025), 20 M€ sous engagement de 18 ans.
- À l'IFI, exonération de 75 % jusqu'à 101 897 €puis 50 % (art. 976) : un plafond distinct, à ne pas confondre avec celui de la succession.
- La liquidité est faible et il faut conserver les parts au moins 5 ans. C'est un placement de long terme, pas un produit de rendement.
Avertissement
Qu'est-ce qu'un groupement foncier viticole (GFV) ?
Commençons par lever un faux problème, parce qu'il explique 90 % des erreurs lues en ligne : le « GFV » n'existe pas dans le Code général des impôts. Ce que l'on appelle groupement foncier viticole est juridiquement un groupement foncier agricole (GFA) dont l'objet est la vigne. Toute la fiscalité que nous allons voir est donc celle des GFA, et c'est une bonne nouvelle, car ce régime est ancien, balisé et confirmé par la jurisprudence.
Dans les faits, un GFV est une société civilerégie par les articles L. 322-1 et suivants du Code rural, le texte qui organise les groupements fonciers agricoles, leur forme et l'interdiction d'exploiter eux-mêmes les terres (le « faire-valoir direct »). Le groupement achète des parcelles de vigne, puis les loue à un exploitant : un vigneron indépendant, un domaine ou une cave coopérative. Vous, investisseur, vous détenez des partsde cette société, comme vous détiendriez des parts de SCPI, à ceci près que l'actif est du vignoble, pas des bureaux.
En contrepartie de la location, le groupement perçoit un loyer agricole appelé fermage, qu'il vous reverse au prorata de vos parts. Beaucoup de GFV ajoutent un avantage en nature : quelques bouteilles par an, ou une remise au « tarif propriétaire ». C'est souvent ce qui séduit… et ce qui brouille le calcul du rendement réel, nous y reviendrons.
Le vocabulaire en clair
- Fermage : le loyer que le vigneron locataire verse au groupement propriétaire des vignes.
- Bail rural à long terme : un bail d'au moins 18 ans (art. L. 416-1 du Code rural), condition de tous les avantages fiscaux.
- Faire-valoir direct : le fait d'exploiter soi-même la terre, interdit au GFV, qui doit obligatoirement louer.
- Parts : votre quote-part de la société civile, qui vous donne droit au loyer et aux éventuelles bouteilles.
Maintenant que le décor est planté, voyons ce qui se passe concrètement entre le moment où vous signez et celui où vous recevez votre premier chèque de fermage.
Comment fonctionne un GFV concrètement ?
Combien faut-il pour commencer, et que touche-t-on vraiment ? C'est la première question d'un investisseur sérieux. Le parcours d'un GFV se déroule en quatre temps, et chacun cache un détail qui change le rendement final.
1. La souscription.Vous achetez des parts, le plus souvent auprès d'une société de gestion qui constitue et anime le groupement. Le ticket d'entrée va généralement de quelques milliers d'euros à plusieurs dizaines de milliers. Point de vigilance immédiat : les frais d'entrée sont élevés, souvent de l'ordre de 10 à 12 %. Sur 100 000 € investis, la valeur réelle de vos parts à la revente démarre donc plus bas.
2. Le bail au vigneron.Le groupement signe un bail rural à long terme (18 ans minimum) avec l'exploitant. C'est la pièce maîtresse : sans bail long terme sur la totalité des vignes, aucun des avantages fiscaux ne tient. La Cour de cassation l'a rappelé dès 1992 : l'ensemble du patrimoine du groupement doit être donné à bail à long terme pour ouvrir l'exonération.
3. Le fermage. Chaque année, le vigneron paie son loyer. Son montant est encadré par arrêté préfectoral via l'indice national des fermages (123,06 en 2025), et il est déconnecté de la récolte : que le millésime soit bon ou catastrophique, le loyer reste dû. C'est une sécurité, mais cela explique aussi pourquoi le rendement est faible et stable, plutôt qu'élevé et aléatoire.
4. Les bouteilles.Beaucoup de GFV distribuent chaque année quelques bouteilles du domaine, ou proposent un tarif préférentiel. C'est l'argument affectif par excellence. Mais attention : selon les cas, ces bouteilles peuvent être un complément de fermage en nature, donc imposable, et leur valeur de revente réelle est souvent bien inférieure au prix catalogue.
Le piège du « rendement bouteilles »
Comment bien choisir son GFV ?
- L'appellation et la région : toutes les vignes n'évoluent pas de la même façon. En 2024, le prix de l'hectare a reculé de 18,4 % dans le Bordelais mais progressé en Bourgogne et en Champagne (SAFER). Privilégiez des AOC reconnues et un vignoble en bon état.
- La société de gestion : examinez son ancienneté, ses encours, ses frais d'entrée et de gestion, et la transparence de sa documentation — vous lui confiez votre capital pour 10 ans ou plus.
- Le vigneron locataire : c'est lui qui paie votre fermage. Un domaine solide et un bail long terme bien ficelé valent mieux qu'un rendement affiché flatteur.
Une fois le mécanisme compris, la vraie question devient : au bout du compte, combien gagne-t-on vraiment ? Mettons des chiffres.
Quel rendement réel attendre d'un GFV ?
En bref : le rendement courant d'un GFV est faible — de l'ordre de 1 à 3 % brut de fermage, soit environ 1 % netune fois les frais de gestion et l'impôt sur les revenus fonciers déduits. Les bouteilles ajoutent un avantage en nature, mais leur valeur réelle à la revente reste modeste. On investit dans un GFV pour la transmission et la diversification, pas pour le rendement.
C'est le point sur lequel je suis le plus direct avec mes clients : le GFV est un placement de faible rendement courant. Le fermage viticole représente généralement 1 à 3 % brut de la valeur des parts. Et c'est un rendement brut : il faut en retirer les frais de gestion (souvent 5 à 10 % HT du fermage) et l'impôt sur les revenus fonciers.
Faisons le calcul honnête, celui que les plaquettes commerciales évitent de poser noir sur blanc.
Cas pratique — Bernard et Claudine, le rendement net-net
Bernard et Claudine, 68 et 65 ans, retraités cadresà Beaune, disposent d'un patrimoine de 1,4 M€. Amateurs de bourgognes, ils investissent 100 000 €dans un GFV de leur région, autant par plaisir que par diversification. Regardons ce qu'ils encaissent réellement.
| Étape | Montant annuel |
|---|---|
| Fermage brut (~2 % de la valeur des parts) | 2 000 € |
| – Frais de gestion (10 % HT du fermage) | – 200 € |
| = Revenu foncier net de frais | 1 800 € |
| – Impôt (TMI 30 % + 17,2 % de prélèvements sociaux) | – 850 € |
| = Revenu net-net encaissé | ≈ 950 € |
| Rendement net-net | ≈ 0,95 % |
Concrètement, sur 100 000 € investis, Bernard et Claudine encaissent environ 950 € par an, soit moins de 1 % net, auxquels s'ajoutent quelques bouteilles dont la valeur réellement monétisable tourne autour de 300 à 400 €. À titre de comparaison, une SCPI a distribué en moyenne 4,91 %en 2025 (ASPIM). Le rendement courant d'un GFV est donc structurellement faible.
Faut-il pour autant y renoncer ? Non — mais il faut investir pour les bonnes raisons. Le couple ne mise pas sur le rendement : il mise sur la valorisation du foncier viticolede qualité (en Bourgogne, le prix de l'hectare progresse depuis des années), sur la décorrélation avec les marchés financiers, et surtout sur la transmissionà leurs petits-enfants. C'est là que le GFV change de dimension.
Transmission : 75 % de droits effacés jusqu'à 600 000 €
C'est ici que se joue le vrai avantage du GFV, et c'est ici que presque tous les concurrents sont à côté de la plaque. Pourquoi ? Parce que la loi de finances 2025a profondément relevé les seuils, et que la majorité des articles en ligne affichent encore l'ancien plafond de 300 000 €.
Les parts de GFV données à bail à long terme bénéficient d'une exonération de droits de mutation à titre gratuit (DMTG, le nom officiel des droits de donation et de succession) de 75 %, dans les limites posées par l'article 793 bis du Code général des impôts. Depuis les transmissions réalisées à compter du 15 février 2025, ces limites sont les suivantes.
| Régime | Exonération | Plafond | Engagement de conservation |
|---|---|---|---|
| Régime de base | 75 % | jusqu'à 600 000 € par bénéficiaire | 5 ans |
| Régime renforcé | 75 % | jusqu'à 20 000 000 € | 18 ans |
| Au-delà du plafond | 50 % | sans limite | selon l'option retenue |
Concrètement, le seuil s'apprécie par bénéficiaire et par donateur, et il se cumule avec l'abattement de droit commun de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779), renouvelable tous les 15 ans. Un couple avec deux enfants peut donc faire passer des sommes très importantes en franchise quasi totale. Et depuis la loi de finances 2026, ce régime s'applique même aux baux conclus avant 2025 : le verrou de date qui limitait l'avantage a été levé.
Cas pratique — Alain, rentier IFI, transmet à ses enfants
Alain, 62 ans, retraité et rentier, marié, vit près d'Aix-en-Provence. Son patrimoine atteint 4,5 M€, dont 3,8 M€ d'immobilier : il est redevable de l'IFI. Il veut commencer à transmettre à ses deux enfants. Il donne à chacun 600 000 € de parts de GFV. Comparons avec une donation de même valeur en actifs ordinaires (des liquidités, par exemple).
| Étape du calcul | Parts de GFV | Actif ordinaire |
|---|---|---|
| Valeur donnée par enfant | 600 000 € | 600 000 € |
| Exonération 75 % (art. 793 bis) | – 450 000 € | 0 € |
| Assiette après exonération | 150 000 € | 600 000 € |
| Abattement parent-enfant (art. 779) | – 100 000 € | – 100 000 € |
| Base taxable | 50 000 € | 500 000 € |
| Droits de donation (barème art. 777) | ≈ 8 194 € | ≈ 98 194 € |
Concrètement, en logeant la transmission dans un GFV, Alain fait payer à chaque enfant environ 8 194 € de droits au lieu de 98 194 € : une économie de l'ordre de 90 000 € par enfant, soit près de 180 000 € sur les 1,2 M€ transmis. La seule contrainte : les enfants doivent conserver les parts au moins 5 ans, et le bail à long terme doit être respecté sur la durée. Votre situation peut différer : un bilan patrimonial personnalisé est recommandé pour valider le montage.
Combien votre transmission coûterait-elle vraiment ?
GFV, GFA, démembrement, donation-partage : selon l'outil choisi, la facture de droits peut être divisée par dix. Nous chiffrons votre stratégie de transmission avec vous, à l'euro près. Bilan patrimonial offert, 30 minutes.
GFV et IFI : l'exonération à ne pas confondre avec la succession
C'est l'erreur la plus fréquente, y compris chez des conseillers : appliquer le seuil de 600 000 € à l'IFI, ou inversement. Ce sont deux régimes totalement distincts, avec deux plafonds différents. Mettons-les côte à côte une fois pour toutes.
À l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), qui a remplacé l'ISF et ne frappe que le patrimoine immobilier, les parts de GFV données à bail à long terme sont exonérées à hauteur de 75 % jusqu'à 101 897 € de valeur, puis 50 % au-delà (art. 976 CGI), à condition de détenir les parts depuis au moins deux ans. Contrairement à la transmission, aucun engagement pluriannueln'est exigé.
| Transmission (DMTG) | IFI | |
|---|---|---|
| Texte | Art. 793 bis CGI | Art. 976 CGI |
| Exonération | 75 % (puis 50 %) | 75 % (puis 50 %) |
| Plafond du taux de 75 % | 600 000 € (ou 20 M€ à 18 ans) | 101 897 € |
| Condition | Conservation 5 ans (ou 18 ans) | Détention 2 ans, pas d'engagement |
Cas pratique — Alain, le gain d'IFI annuel
Reprenons Alain. Il détient 200 000 € de parts de GFV. À l'IFI, les premiers 101 897 € sont exonérés à 75 % (soit 25 474 € taxables), et le surplus de 98 103 € à 50 % (soit 49 052 € taxables). L'assiette IFI tombe ainsi à environ 74 526 € au lieu de 200 000 €. À son taux marginal d'IFI de 1 %, l'économie est d'environ 1 255 € par an, récurrente tant qu'il conserve les parts.
Concrètement, l'avantage IFI du GFV est réel mais plafonné : il allège la note, sans l'effacer. C'est un complément utile pour un redevable de l'IFI, pas une solution miracle. L'intérêt majeur du GFV reste la transmission ; l'IFI est un bonus annuel. Et puisque nous parlons fiscalité, voyons comment sont imposés les revenus et l'éventuelle revente.
La fiscalité des revenus et de la revente
Avant d'investir, il faut savoir comment l'État se servira : sur les loyers d'abord, sur la plus-value ensuite. Sur ces deux points, le GFV réserve une surprise utile et un piège classique.
Les revenus (le fermage) sont imposés comme des revenus fonciers : ajoutés à vos autres revenus, soumis à votre tranche marginale d'imposition (TMI) et aux 17,2 % de prélèvements sociaux. Attention au piège : un investisseur qui ne détient que des parts de GFV ne peut pas bénéficier du régime micro-foncieret de son abattement de 30 % (doctrine BOFiP BOI-RFPI-DECLA-10, § 70). Il relève du régime réel, plus contraignant déclarativement.
Les bouteillesméritent un mot. Lorsqu'elles constituent un complément de fermage payé en nature, elles sont imposables comme un revenu foncier, valorisées au cours de l'appellation. En métayage (fréquent en Champagne), c'est le régime des bénéfices agricoles qui s'applique. En revanche, une simple remise commerciale au tarif propriétaire n'est pas un revenu imposable. La frontière est fine : lisez la documentation du groupement.
La revente des parts relève (et c'est le piège le plus coûteux) du régime de la plus-value immobilière des particuliers, et non de la flat tax sur les valeurs mobilières. Comme le GFV est une société à prépondérance immobilière non soumise à l'impôt sur les sociétés (art. 150 UB et 150 U CGI), la plus-value est taxée à 19 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux, avec des abattements pour durée de détention : exonération d'impôt au bout de 22 ans, et de prélèvements sociaux au bout de 30 ans.
Bonne nouvelle en revanche sur les droits d'enregistrement : la cession de parts de GFV ne supporte qu'un droit fixe de 125 €(art. 730 bis CGI), et non les droits proportionnels (5 %) qui frappent la cession de parts de sociétés à prépondérance immobilière classiques. Un atout discret mais réel pour qui revend.
Le bon réflexe
Liquidité et sortie : la vérité que l'on vous dit rarement
Posez la question en rendez-vous commercial : « Comment je revends ? » Vous obtiendrez souvent une réponse floue. C'est l'angle mort de presque tous les contenus sur le GFV, et c'est pourtant décisif.
La réalité : il n'existe aucun marché coté pour les parts de GFV. La revente se fait de gré à gré, le plus souvent en s'appuyant sur la société de gestion qui cherche un acquéreur. Le délai va de quelques semaines à plusieurs mois, parfois davantage, et le prix de cession peut subir une décotepar rapport à la valeur affichée. Vous n'êtes pas certain de retrouver votre mise rapidement.
Autre frein parfois ignoré : depuis la loi Sempastous(loi n° 2021-1756 du 23 décembre 2021), la cession de parts de groupements fonciers agricoles ou viticoles peut être soumise au contrôle de la SAFERau-delà d'un seuil fixé par arrêté préfectoral, ce qui peut allonger encore le délai de sortie.
À cela s'ajoute la contrainte fiscale : revendre avant 5 ans, c'est faire tomber l'exonération de transmission dont vous (ou vos enfants) avez bénéficié. La jurisprudence est constante sur ce point : la Cour de cassation a jugé que la cession des parts pendant le délai entraîne la déchéance de l'avantage, limitée toutefois aux seuls biens cédés (Cass. com. 10 juillet 2018).
À intégrer dès le départ
Maintenant que vous connaissez le rendement, la fiscalité et la liquidité, comment le GFV se compare-t-il aux autres placements « réels » que l'on me cite souvent en rendez-vous ?
GFV, GFA agricole, groupement forestier ou SCPI : lequel choisir ?
Ces quatre placements sont régulièrement mis dans le même panier. À tort : ils n'ont ni le même rendement, ni la même fiscalité, ni la même vocation. Voici la comparaison que personne ne fait clairement.
| Critère | GFV (vigne) | GFA (terres) | Forêt (GFF/GFI) | SCPI |
|---|---|---|---|---|
| Rendement courant net | ~1 % (+ bouteilles) | ~2 % | ~1-2 % (+ bois) | ~4-5 % |
| Réduction d'impôt sur le revenu | Non | Non | Oui (DEFI-Forêt, 200 quindecies) | Non |
| Transmission (DMTG) | 75 % jusqu'à 600 k€ / 20 M€ | Identique au GFV | 75 % (engagement 30 ans) | Aucun avantage |
| IFI | Exo 75 % jusqu'à 101 897 € | Identique au GFV | Exo possible (régime forestier) | Taxable (sauf nue-propriété) |
| Liquidité | Faible (gré à gré) | Faible | Faible | Moyenne |
| Risque principal | Climat, mévente du vin | Climat, prix agricoles | Tempête, incendie | Marché immobilier |
Concrètement, retenez trois choses. D'abord, le GFV et le GFA partagent exactement le même régime fiscal : le choix entre les deux est une question d'actif (vigne ou grande culture) et de sensibilité, pas de fiscalité. Ensuite, la fameuse réduction d'impôt sur le revenu de 18 % n'existe que pour la forêt(dispositif DEFI-Forêt), jamais pour le vin : si on vous la promet sur un GFV, fuyez. Enfin, la SCPI joue dans une autre catégorie : meilleur rendement, meilleure liquidité, mais aucun cadeau de transmission et une taxation pleine à l'IFI.
Le verdict par profil
- Vous cherchez du revenu : orientez-vous vers la SCPI, pas vers le GFV.
- Vous voulez transmettre un patrimoine déjà constitué : le GFV (ou le GFA) est un excellent outil.
- Vous voulez réduire votre impôt sur le revenu : regardez du côté du groupement forestier.
- Vous aimez le vin et acceptez un faible rendement : le GFV ajoute le plaisir à la diversification.
Les risques d'un GFV
Un placement adossé à la terre n'est pas un placement sans risque. Le GFV en cumule plusieurs, et le contexte du marché du vin en 2026 invite à la lucidité.
Le risque de marché viticole.La consommation de vin recule en France : environ 23 millions d'hectolitres en 2024, contre 36 litres par habitant et par an aujourd'hui quand on en buvait 128 en 1960. La production est tombée à son plus bas niveau depuis 1957, et l'État finance une campagne d'arrachage d'environ 28 000 hectares. Toutes les appellations ne sont pas logées à la même enseigne : en 2024, le prix de l'hectare a chuté de 18,4 % en Bordelais quand il progressait à Chablis. La qualité du vignoble compte énormément.
Le risque climatique.Gel, grêle, sécheresse : les aléas se multiplient (la grêle a touché 530 000 hectares en 2024). Si le fermage est déconnecté de la récolte à court terme, une exploitation durablement fragilisée peut finir par peser sur la valeur du foncier et sur la solidité du locataire.
Le risque lié au vigneron.Votre loyer dépend de la capacité de l'exploitant à payer. Un domaine en difficulté, c'est un fermage menacé. La jurisprudence rappelle d'ailleurs que la disparition de l'activité agricole fait perdre l'exonération (Cass. com. 10 mars 1998, Domaine de Cauhapé).
Le risque de frais et de liquidité.Les frais d'entrée élevés (10 à 12 %) amputent d'emblée le capital récupérable, et l'absence de marché secondaire complique la sortie. Notez aussi que la plupart des GFV sont des sociétés civiles non régulées par l'AMF(à la différence des groupements forestiers d'investissement constitués en fonds agréés) : la qualité de la société de gestion et la transparence de la documentation sont donc déterminantes. Ajoutez-y le risque de perte en capital : rien ne garantit que vous revendrez vos parts au prix d'achat.
Les 7 erreurs classiques à éviter
Au fil des dossiers, les mêmes pièges reviennent. Les voici, pour que vous ne les commettiez pas.
- Croire au seuil de 300 000 €.C'est l'ancien plafond. Depuis la LF 2025, l'exonération de 75 % court jusqu'à 600 000 €par bénéficiaire (20 M€ à 18 ans). Huit sites sur dix sont périmés.
- Confondre le plafond IFI et le seuil de transmission.101 897 € pour l'IFI, 600 000 € pour la succession : deux régimes, deux chiffres, à ne jamais mélanger.
- Attendre une réduction d'impôt de 18 %. Elle n'existe que pour la forêt (DEFI-Forêt, art. 200 quindecies), jamais pour le vin.
- Vendre avant 5 ans.C'est la déchéance assurée de l'avantage de transmission. Le GFV se conserve.
- Surévaluer le rendement.Un GFV à « 5 % » additionne en réalité un fermage de 1 à 2 % et des bouteilles décotées. Le rendement encaissable est proche de 1 %.
- Oublier les frais d'entrée.À 10-12 %, ils retardent de plusieurs années le moment où votre investissement redevient rentable à la revente.
- Acheter pour la seule fiscalité.Un mauvais vignoble loué à un vigneron fragile reste un mauvais placement, même bien défiscalisé. Regardez d'abord l'actif.
Conclusion : les 3 choses à retenir
Le groupement foncier viticole est un bel outil patrimonial, à condition de l'utiliser pour ce qu'il est, et non pour ce que les plaquettes promettent.
- Ce n'est pas un placement de rendement.Comptez environ 1 % net : si vous cherchez du revenu, la SCPI sera plus efficace.
- C'est un formidable outil de transmission.75 % de droits effacés jusqu'à 600 000 € par enfant (20 M€ à 18 ans) depuis la LF 2025 : sur notre cas, près de 180 000 € d'économie.
- C'est un engagement de long terme.Faible liquidité, conservation de 5 ans minimum, fiscalité immobilière qui récompense la durée : pensez 15 ans et plus.
La bonne décision dépend toujours de votre situation globale : niveau d'IFI, objectifs de transmission, besoin de liquidité, autres actifs. C'est exactement le travail d'un bilan patrimonial.
Le GFV a-t-il sa place dans votre patrimoine ?
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Hagnéré Patrimoine — SAS immatriculée à l'ORIAS sous le numéro 14004526, en qualité de conseiller en investissements financiers (CIF) membre de la CNCGP, courtier en assurance (COA) et courtier en opérations de banque et services de paiement (COBSP). Article rédigé selon la législation en vigueur au 2 juin 2026 (lois de finances 2025 et 2026). Dernière mise à jour : 2 juin 2026.

