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Trusts étrangers et succession 2026 : régime fiscal CGI 792-0 bis, déclaration et taxation

Article 792-0 bis CGI (6 hypothèses de 5 % à 60 %), obligations déclaratives 1649 AB (formulaires 2181-Trust 1 et 2), IFI 970, prélèvement 990 J, distributions 120-9°, sanctions 20 000 € + 80 %, jurisprudence Cons. const. 15/12/2017 et Cass. com. 2018-2020. 3 cas chiffrés (US, UK, Jersey). Guide rédigé par les CGP de Hagnéré Patrimoine (CIF, COA, COBSP).

792-0 bis6 hypothèses
1649 ABDéclarations 2181-Trust
990 JPrélèvement sui generis
QPC 2017Réserve d'interprétation
Hagnéré Patrimoine

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Publié le 6 mai 2026 · Mis à jour le 6 mai 2026 · Par Quentin Hagnéré, CGP (CIF, COA, COBSP) · Conforme au CGI (art. 792-0 bis, 1649 AB, 990 J, 120-9°, 970, 1736 IV bis, 1729-0 A, 750 ter, 784 A, 779, 777, 238-0 A, 977), à la LFR 2011 (loi n° 2011-900 du 29/07/2011) qui a créé le régime, à la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026), à la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025), aux décisions Cons. const. n° 2017-679 QPC du 15/12/2017 et Cass. com. 31/01/2018 n° 16-15.080, 24/06/2020 n° 19-15.296.

Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine

À propos de l'auteur

Quentin Hagnéré

Conseiller en Gestion de Patrimoine — Cabinet Hagnéré Patrimoine

Quentin Hagnéré accompagne au quotidien des familles confrontées à des trusts étrangers : héritiers de trusts américains irrévocables, bénéficiaires de trusts discrétionnaires britanniques, constituants de trusts Jersey, Bahamas ou Bermudes, dirigeants soumis aux obligations déclaratives 2181-Trust. Il coordonne chaque dossier avec des avocats fiscalistes internationaux et des trustées professionnels pour qualifier précisément le trust (révocable / irrévocable / discrétionnaire / fixe), articuler le CGI (792-0 bis, 1649 AB, 990 J, 970, 120-9°), et invoquer le cas échéant la réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel.

CIF — Conseiller en Investissements FinanciersCOA — Courtier en Opérations d'AssuranceCOBSP — Courtier en Opérations de Banque et Services de PaiementImmatriculé ORIAS sous le n° 23002291Formation continue en fiscalité internationale et droit des trusts

Trusts étrangers et succession 2026 : l'essentiel

Léna a 32 ans. Elle est ingénieure aéronautique chez Airbus à Toulouse, elle code en Python le week-end, et elle vient de recevoir une lettre recommandée d'un cabinet d'avocats de Boston. Son grand-père William, qu'elle voyait tous les étés à Cape Cod jusqu'à ses 16 ans, est décédé en juin 2025. Elle savait qu'il y aurait un héritage, mais elle découvre dans la lettre qu'elle est bénéficiaire d'un trust irrévocable américain de 2,8 millions de dollars. Elle me téléphone, paniquée : « Quentin, j'ai lu sur Internet qu'on me prendrait 60 % en France. C'est vrai ? Je vais avoir 30 jours pour déclarer un truc dont je découvre l'existence ? »

Je lui réponds que non, ce n'est pas automatiquement 60 %. Mais que oui, le délai de 30 jours est réel. Et que sa situation, on peut la traiter sereinement, à condition de comprendre les six régimes possibles de l'article 792-0 bis du CGI.

Je résume en 90 secondes ce qu'on va décortiquer dans les pages suivantes — accroche-toi, c'est dense mais ça paye.

Les 5 points clés à retenir immédiatement

  • Le trust étranger est taxable selon SIX hypothèses (CGI 792-0 bis II) — pas une seule. Tarif de 5 % (DMTG ordinaire) à 60 % (sanction), selon identification des bénéficiaires, résidence du trustée, et type de trust (révocable, irrévocable, discrétionnaire, fixe).
  • Le 60 % n'est pas systématique. Il se déclenche dans 4 cas, dont les deux qui piègent le plus : bénéficiaires non identifiés au décès, et trustee résidant dans un ETNC (Bahamas, Vanuatu, Russie...). Le Conseil constitutionnel (15 décembre 2017) a glissé une porte de sortie : prouvez que le trust n'a pas été monté pour évader, et la requalification est possible.
  • Le trustée a deux obligations déclaratives (CGI 1649 AB) : événementielle sous 30 jours (formulaire 2181-Trust 1) et annuelle au 15 juin (formulaire 2181-Trust 2). À défaut : 20 000 € d'amende forfaitaire + majoration 80 % sur les rappels (CGI 1736 IV bis et 1729-0 A).
  • L'IFI s'applique aussi : le constituant est réputé propriétaire des biens immobiliers en trust (CGI 970). Si l'IFI n'est pas déclaré, le prélèvement sui generis 990 J de 1,5 % s'ajoute — validé Cons. const. 15/12/2017.
  • Les distributions de revenus versées à un bénéficiaire français sont des revenus de capitaux mobiliers (CGI 120-9°), taxées au PFU 2026 à 31,4 % (12,8 IR + 18,6 PS) ou sur option au barème progressif sans abattement de 40 %.

⚠️ Avertissement fiscal renforcé — trusts étrangers

Les calculs présentés dans cet article sont des simulations à titre pédagogique, fondées sur la législation française au 6 mai 2026. Le régime des trusts est techniquement instable : la doctrine BOFiP évolue, les conventions bilatérales sont révisées, et chaque trust a ses spécificités (acte constitutif, droit applicable, qualification fiscale). Toute opération impliquant un trust doit être validée préalablement par un avocat fiscaliste international (français ET du pays d'origine du trust), un notaire spécialisé en droit international privé, et le cas échéant le trustee professionnel.

1. Qu'est-ce qu'un trust et pourquoi la France le taxe-t-elle si lourdement ?

Avant de plonger dans les calculs, un détour par la définition s'impose — parce quedans ma pratique, la quasi-totalité des erreurs vient d'une mauvaise qualification du trust au départ, pas d'une erreur arithmétique.

1.1 Définition fiscale du trust (CGI 792-0 bis I)

L'article 792-0 bis I du CGI définit le trust comme « l'ensemble des relations juridiques créées dans le droit d'un État autre que la France par une personne qui a la qualité de constituant », en vue de placer des biens « sous le contrôle d'un administrateur » (le trustee), « dans l'intérêt d'un ou plusieurs bénéficiaires ».

Trois acteurs structurent donc tout trust :

  • Le constituant (settlor en anglais) : celui qui apporte les biens.
  • Le trustée (administrateur) : la personne ou la société à qui le constituant transfère le contrôle juridique des biens.
  • Le bénéficiaire (beneficiary) : celui qui reçoit l'avantage économique.

Le trust n'a pas la personnalité juridique au sens français. Il n'est ni une société, ni une fondation. C'est une relation juridique tripartite issue du droit anglo-saxon (common law), inconnue du droit civil continental français.

1.2 Trust vs fiducie française : ne pas confondre

Le pendant français du trust est la fiducie, encadrée par les articles 2011 à 2030 du Code civil et l'article 238 quater A du CGI. Mais les deux institutions ne sont pas équivalentes fiscalement :

Tableau comparatif : Critère — Trust étranger — Fiducie française — Premier cas : Reconnaissance civile en France
CritèreTrust étrangerFiducie française
Reconnaissance civile en FranceNon (Convention de La Haye 1985 non ratifiée)Oui (Code civil 2011-2030)
Réservé à certains constituantsNonOui (initialement personnes morales soumises IS)
Trust à but personnel/familial autoriséOui (essence du trust)Non (interdiction libéralités fiduciaires — Code civil 2013)
Régime fiscalCGI 792-0 bis (5 % à 60 %)CGI 238 quater A (transparence)
Opacité fiscale possibleOui (selon qualification)Non

Concrètement : confondre trust et fiducie dans un acte est une erreur lourde. La fiducie française ne peut pas héberger un patrimoine familial transmissible comme le fait un trust irrévocable américain.

1.3 Pourquoi la France a-t-elle créé ce régime en 2011 ?

Avant 2011, les trusts étrangers étaient en zone grise fiscale française. Un constituant français pouvait loger son patrimoine en trust offshore (Bermudes, Bahamas, Jersey) et personne ne savait quoi déclarer. L'affaire Bettencourt (2010) et les scandales offshore subséquents ont accéléré la riposte législative.

L'article 14 de la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011 (loi n° 2011-900) crée alors le régime fiscal du trust, avec trois piliers :

  1. Régime successoral (CGI 792-0 bis) — taxation au décès du constituant ou du bénéficiaire.
  2. Obligations déclaratives (CGI 1649 AB) — formulaires 2181-Trust.
  3. Prélèvement sui generis (CGI 990 J) — anti-évasion 1,5 %.

L'objectif affiché est anti-évasion, pas neutralité fiscale. Cela explique la sévérité des taux et des sanctions — le législateur de 2011 a choisi de dissuader plutôt que d'accompagner.

2. Les 6 hypothèses de taxation au décès (CGI 792-0 bis II)

C'est le cœur du régime. L'article 792-0 bis II distingue six hypothèses au décès du constituant ou du bénéficiaire, chacune avec un tarif distinct.

Comment est taxé un trust étranger lors d'une succession en France en 2026 ?

Selon l'article 792-0 bis du CGI, un trust étranger est taxé en France au décès du constituant ou du bénéficiaire selon trois régimes : (1) droits de succession aux tarifs habituels (5 % à 45 % en ligne directe) si les bénéficiaires sont identifiés et leur part déterminée ; (2) prélèvement de 45 % si la part globale des descendants est identifiée mais la répartition non déterminée ; (3) prélèvement de 60 % dans tous les autres cas — bénéficiaire non identifié, répartition non déterminée hors descendants, ou constituant/trustee résidant dans un État ou territoire non coopératif (ETNC).

Tableau récapitulatif des 6 hypothèses

Tableau comparatif : # — Hypothèse — Tarif — Article CGI — Premier cas : 1
#HypothèseTarifArticle CGI
1Bénéficiaires identifiés, part déterminée, ligne directe5-45 % progressif792-0 bis II 1° + 777
2Descendants, part globale identifiée, répartition non déterminée45 %792-0 bis II 2° a)
3Non-descendants, part globale identifiée, répartition non déterminée60 %792-0 bis II 2° b)
4Bénéficiaires non identifiés60 %792-0 bis II 3°
5Constituant ou trustée résidant en ETNC60 %792-0 bis II 3°
6Trust constitué après 11/05/2011 par constituant françaisRégime ad hoc 60 %792-0 bis II 3°

2.1 Cas n°1 : bénéficiaires identifiés, part déterminée → DMTG ordinaire

C'est le scénario le plus favorable. Si l'acte de trust nomme chaque bénéficiaire et fixe sa part de manière arithmétique (« Léna 50 %, Théo 50 % »), la transmission au décès est taxée selon le tarif DMTG ordinaire (CGI 777) : 5 % à 45 % en ligne directe, 35-45 % entre frères et sœurs, 55 % entre parents jusqu'au 4e degré, 60 % entre non-parents.

Les abattements personnels (CGI 779) s'appliquent normalement : 100 000 € parent-enfant, 80 724 € entre époux (mais époux exonéré CGI 796-0 bis), 15 932 € entre frères et sœurs, 7 967 € entre oncle/neveu, 1 594 € à défaut.

2.2 Cas n°2 : descendants, part globale, répartition non déterminée → 45 %

Si le trust prévoit que « le patrimoine sera réparti entre les descendants du constituant » sans préciser les parts, l'administration applique un prélèvement forfaitaire de 45 % — au lieu du barème progressif. C'est un compromis entre le tarif normal et la sanction. Pas d'abattement applicable dans ce cas : 45 % s'applique sur la totalité de la quote-part transmise.

2.3 Cas n°3 : non-descendants, répartition non déterminée → 60 %

Même configuration que le cas 2, mais les bénéficiaires sont non-descendants (frères, sœurs, neveux, amis, fondation). → 60 % systématique, sans abattement, sur la totalité.

2.4 Cas n°4 et 5 : bénéficiaire non identifié OU constituant/trustee en ETNC → 60 %

C'est ici que mes clients tombent le plus souvent — pas par fraude, mais parce que le trustee historique habitait aux Bahamas et que personne n'a vérifié la liste à jour de l'art. 238-0 A. Deux déclencheurs supplémentaires de 60 % :

  • Cas 4 — Bénéficiaire non identifié : le trust ne nomme aucun bénéficiaire au moment du décès (« class of beneficiaries » trop vague, « charity to be designated », trust discrétionnaire pur). 60 % par défaut.
  • Cas 5 — Constituant ou trustée en ETNC : si le constituant ou le trustee résidait dans un État ou territoire non coopératif au sens de CGI 238-0 A (liste 2026 issue d'arrêté ministériel — une vingtaine d'États incluant notamment Anguilla, Bahamas, Fidji, Îles Vierges britanniques et américaines, Palaos, Panama, Samoa, Seychelles, Trinité-et-Tobago, Vanuatu et la Russie). La liste évolue par arrêté — vérifier la version à jour BOI-INT-DG-20-50 au moment de l'opération.

2.5 La réserve d'interprétation Cons. const. 15/12/2017 — comment l'invoquer

La décision n° 2017-679 QPC du 15 décembre 2017 a validé le taux de 60 % de l'article 792-0 bis II 3° — mais sous réserve que les contribuables puissent « apporter la preuve » que la transmission ne s'inscrit pas dans une logique d'évitement fiscal.

Concrètement : si vous êtes taxé à 60 % dans le cas 4 (bénéficiaires non identifiés) et que vous pouvez démontrer que (i) le trust a été créé pour des raisons légitimes (protection patrimoniale, succession transgénérationnelle, organisation d'une famille recomposée), (ii) qu'aucun montage d'opacité n'était recherché, et (iii) que les bénéficiaires sont identifiables avec un peu d'effort (10 personnes nommées dans une class clause, par exemple), vous pouvez réclamer la requalification en cas 1 ou 2.

La voie est procédurale, et un peu kafkaïenne : réclamation contentieuse auprès du SIPNR (Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents — leur siège est à Noisy-le-Grand, ironie quand on traite de patrimoines lichtensteinois) dans les 2 ans, puis recours hiérarchique, puis recours TA si refus. Les chances de succès sont réelles mais nécessitent un avocat fiscaliste international.

3. Les 4 catégories de trust : révocable, irrévocable, discrétionnaire, fixe

Pour bien comprendre pourquoi le tarif passe de 5 % à 60 % d'une situation à l'autre, il faut maintenant ouvrir le capot du trust. La qualification fiscale dépend autant du type de trust que de l'identification des bénéficiaires. Quatre catégories à distinguer — et chacune a sa logique propre.

Tableau comparatif : Caractéristique — Révocable — Irrévocable — Discrétionnaire — Fixe — Premier cas : Constituant peut récupérer les biens
CaractéristiqueRévocableIrrévocableDiscrétionnaireFixe
Constituant peut récupérer les biensOuiNon
Trustée a discrétion sur distributionsOuiNon
Qualification 792-0 bis II usuelleCas 4 ou 5 (60 %)Selon bénéficiairesCas 3 (60 %) si non-descendantsCas 1 (DMTG ordinaire)
Exemple-typeLiving Trust américainFamily Trust UKDiscretionary Trust BermudesFixed Interest Trust Jersey

3.1 Trust révocable : pourquoi quasi-toujours requalifié 60 %

Un trust révocable, c'est un trust où le constituant conserve le pouvoir de récupérer les biens à tout moment. Très répandu aux États-Unis (Living Trust, Revocable Trust). Pour le fisc français, c'est suspect par définition : si le constituant peut tout récupérer, il n'a en réalité rien transmis. La doctrine BOFiP qualifie ces trusts au cas 4 ou 5 → 60 %.

Recommandation : un trust révocable américain doit être converti en irrévocable du vivant du constituant si une transmission vers la France est envisagée. À défaut, prévoir un budget de 60 % de la valeur transmise.

3.2 Trust irrévocable et discrétionnaire

C'est la catégorie la plus complexe. Le constituant a perdu le contrôle (irrévocabilité), mais le trustee a toute latitude pour décider quel bénéficiaire reçoit quoi (discrétion). En principe, le bénéficiaire d'un trust irrévocable et discrétionnaire ne peut pas être considéré comme « propriétaire » avant distribution effective— mais l'administration fiscale française continue de qualifier ces trusts au cas 3 (60 %) par défaut, sauf si la classe de bénéficiaires est étroite et identifiable.

3.3 Trust fixe : seul cas où la qualification est claire

Un trust fixe (Fixed Interest Trust) attribue à chaque bénéficiaire une part arithmétiquement déterminée. C'est le cas le plus simple : application du cas 1 (DMTG ordinaire) si les bénéficiaires sont nommés, avec abattements parent-enfant et tarif progressif 5-45 %. C'est la configuration la plus simple à défendre face à l'admin — et accessoirement, celle qui coûte le moins cher à l'arrivée. Si vos parents vous demandent un avis sur le trust qu'ils envisagent de monter aux Bermudes : exigez le qualificatif « fixe » dans l'acte. Le reste est négociable.

4. La fiscalité des distributions de revenus (CGI 120-9°)

Jusqu'ici, on a parlé du décès. Mais un trust, avant la transmission successorale, distribue souvent des revenus aux bénéficiaires de son vivant. Comment sont-ils taxés en France ? Réponse : article 120 9° du CGI, qualification revenus de capitaux mobiliers, fiscalité PFU 2026.

4.1 Distribution capital vs distribution produits — qualification

Tout n'est pas taxable. La doctrine BOFiP BOI-RPPM-RCM-30-10-20-50 distingue :

  • Capital restitué (le settlor récupère ce qu'il avait apporté, ou un bénéficiaire reçoit une part de capital) → non-imposable en principe, sauf abus de droit (LPF L. 64).
  • Produits du capital distribués (dividendes, intérêts, plus-values latentes réalisées dans le trust et distribuées) → imposables au titre de l'article 120-9°.

La distinction est cruciale et nécessite que le trustee tienne une comptabilité claire entre la « principal account » (capital) et la « income account » (produits).

4.2 PFU 2026 31,4 % ou option barème progressif

Les distributions de produits sont imposées au PFU 2026 = 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) — le taux PS a été porté à 18,6 % par la LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025).

Option possible : barème progressif IR (tranches LF 2026 : 0 / 11 600 / 29 579 / 84 577 / 181 917 €) + PS 18,6 %. Mais l'abattement de 40 % sur les dividendes (CGI 158 3° 2°) n'est pas applicable aux distributions de trust. C'est un point sur lequel j'ai déjà bataillé en commission de conciliation : le BOFiP est intransigeant. L'option n'a donc d'intérêt que si la TMI du contribuable est inférieure à 12,8 %.

4.3 Cas du retour du capital : taxation ou non ?

Si Léna reçoit chaque année 50 000 € du trust de son grand-père et que ces 50 000 € correspondent à des dividendes encaissés par le trust : taxation 31,4 % = 15 700 €.

Si en revanche la distribution correspond à un retour de capital (le trustee liquide une partie des biens du trust pour distribuer le principal), c'est en principe non-imposable. Mais l'administration peut requalifier en abus de droit si le schéma est manifestement destiné à éviter l'IR.

5. IFI et trusts : article 970 et prélèvement 990 J

Un trust contenant des biens immobiliers en France entre dans l'assiette IFI du constituant — qu'il soit résident français ou non.

5.1 Constituant réputé propriétaire (CGI 970)

L'article 970 du CGI (issu de la loi 2017-1837 du 30/12/2017) prévoit que le constituant est réputé propriétaire des biens immobiliers placés dans un trust pour leur valeur vénale au 1er janvier. Si plusieurs constituants : répartition au prorata des apports (à défaut, parts égales). Si trust irrévocable + constituant décédé : bénéficiaire réputé constituant.

→ Un trust n'a aucun effet écran pour l'IFI. Sylvie Dubreuil, qui a logé son immeuble parisien dans un trust Jersey en 2010, est toujours réputée propriétaire à 100 % en 2026.

5.2 Le piège du 990 J 1,5 % (cumul possible)

L'article 990 J du CGI prévoit un prélèvement spécifique de 1,5 % sur la valeur vénale au 1er janvier des biens placés dans un trust lorsque ces biens ne sont pas déclarés à l'IFI entre les mains du constituant ou bénéficiaire résident français, ou lorsque le trust n'a pas été déclaré via formulaire 2181-Trust.

Le Conseil constitutionnel a validé ce prélèvement comme « sui generis » par décision n° 2017-679 QPC du 15 décembre 2017— distinct de l'IFI mais articulé avec lui.

5.3 Articulation IFI/990 J : tableau de 3 scenarii

Tableau comparatif : Scénario — Patrimoine en trust — IFI déclaré ? — 990 J applicable ? — Charge fiscale annuelle — Premier cas : 1. Trust déclaré + IFI déclaré
ScénarioPatrimoine en trustIFI déclaré ?990 J applicable ?Charge fiscale annuelle
1. Trust déclaré + IFI déclaré1,5 M€ immo FranceOuiNonIFI selon barème (~3 500 €)
2. Trust déclaré + IFI omis1,5 M€ immo FranceNonOui990 J 22 500 € + redressement IFI
3. Trust non déclaré1,5 M€ immo FranceNonOui990 J 22 500 € + amende 20 000 € + 80 % rappel

À retenir : la déclaration régulière de l'IFI neutralise le 990 J. C'est un mécanisme anti-double-taxation. Mais il suffit d'une seule case oubliée sur la 2042-IFI, et le 990 J s'enclenche par-dessus l'IFI redressé. La double peine, sans pitié — j'ai vu un client perdre 22 000 € la première année pour un oubli de bonne foi.

6. Obligations déclaratives du trustee (CGI 1649 AB)

Le trustee — qu'il soit en France, à Jersey, à New York ou aux Bermudes — a deux obligations déclaratives dès lors qu'au moins un constituant, bénéficiaire ou bien situé en France est rattaché au trust.

Quelles sont les obligations déclaratives du trustée en France ?

  1. Déclaration événementielle (formulaire 2181-Trust 1) : sous 30 jours après constitution, modification, extinction du trust, transmission par décès ou distribution.
  2. Déclaration annuelle (formulaire 2181-Trust 2) : avant le 15 juin de chaque année, inventaire des biens au 1er janvier.
  3. Sanction défaut : amende forfaitaire de 20 000 € + majoration de 80 % sur les rappels d'impôt en cas de mise en demeure non suivie d'effet (CGI 1736 IV bis et 1729-0 A).

6.1 Formulaire 2181-Trust 1 (événementiel sous 30 jours)

À déposer dans les 30 jours suivant :

  • Constitution d'un nouveau trust impliquant la France.
  • Modification de l'acte de trust (changement de constituant, de trustée, de bénéficiaire).
  • Extinction du trust.
  • Transmission par décès d'un bénéficiaire ou d'un constituant.
  • Distribution de capital ou de produits.

Le formulaire est disponible sur impots.gouv.fr et doit être adressé au SIPNR (Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents) — Noisy-le-Grand ou au SIE de résidence du bénéficiaire français.

6.2 Formulaire 2181-Trust 2 (annuel, 15 juin)

À déposer chaque année avant le 15 juin par le trustee. Contenu :

  • Inventaire des biens, droits et produits placés dans le trust au 1er janvier.
  • Valorisation à la valeur vénale.
  • Identification des constituants, bénéficiaires et trustées au 1er janvier.

6.3 Champ d'application territorial : qui doit déclarer ?

L'obligation 1649 AB s'applique dès qu'au moins un des éléments suivants est rattaché à la France :

  • Le constituant a sa résidence fiscale en France.
  • Au moins un bénéficiaire a sa résidence fiscale en France.
  • Au moins un bien ou un droit placé dans le trust est situé en France.

Pratiquement: un trustee australien d'un trust constitué à Sydney avec un bénéficiaire français doit déposer les formulaires 2181-Trust à Noisy-le-Grand. C'est rare en pratique car les trustees professionnels étrangers ignorent ou refusent — d'où la subrogation : le bénéficiaire français peut déposer la déclaration à la place du trustee défaillant (BOI-CF-INF-10-50 § 60).

6.4 Sanctions chiffrées (20 000 € + 80 % rappel)

L'article 1736 IV bis du CGI a fixé l'amende forfaitaire à 20 000 € depuis la loi 2013-1117 du 6/12/2013 (applicable aux infractions commises depuis 2014). Initialement 10 000 € en 2011, puis 12 500 € en 2012.

L'article 1729-0 A prévoit en outre une majoration de 80 % sur les rappels d'impôt en cas de mise en demeure restée sans suite plus de 30 jours.

Timeline pratique des sanctions

  • J = événement (constitution / modif / décès / distribution)
  • J + 30 → 2181-Trust 1 obligatoire
  • J + 30 + 1 → amende 20 000 € si oubli
  • J + 30 + mise en demeure → 30 jours pour régulariser
  • J + 60 → 80 % de rappel si toujours pas déclaré

J'ai accompagné un client en avril 2025 qui avait découvert son trust américain en novembre 2024. La trustee new-yorkaise refusait catégoriquement de signer un 2181-Trust 1 « parce que ce n'est pas une procédure US ». On a déposé la déclaration nous-mêmes, en lettre recommandée + AR, en notifiant la trustee par email pour traçabilité. L'admin a accepté. Mais on était à J + 75 — on a pris la majoration de 80 % sur 22 000 € de droits, soit 17 600 € évitables si on avait découvert deux mois plus tôt.

À noter — risque fiscal et complexité

Le régime des trusts est techniquement instable : la doctrine BOFiP évolue régulièrement, et le Conseil constitutionnel a posé une réserve d'interprétation (décision n° 2017-679 QPC du 15/12/2017) dont l'application varie selon les services fiscaux. Les calculs présentés sont des ordres de grandeur. La fiscalité réelle dépend de l'acte de trust, du droit applicable, du pays de résidence du trustee et de la qualification administrative finale. Toute opération doit être validée par un avocat fiscaliste international (français ET du pays d'origine du trust).

Ne pas confondre 2181-TRUST et formulaire 3916

Le trust étranger fait l'objet d'une triple déclaration : 2181-TRUST 1 (constitution), 2181-TRUST 2 (annuelle) et événementielles. À ne pas confondre avec le formulaire 3916 qui couvre les comptes bancaires/AVL/crypto étrangers. Voir le guide comptes étrangers FATCA-CRS-3916 2026 pour la distinction complète.

Hagnéré Patrimoine

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Note méthodologique

Les personas présentés ci-dessous (Léna Mercier, Édouard Whitmore, Sylvie Dubreuil) sont des cas illustratifs construits à des fins pédagogiques. Toute ressemblance avec une situation réelle serait fortuite. Ces simulations ne constituent pas une recommandation personnalisée au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier.

7. Cas pratique 1 : Léna, 32 ans, héritière trust irrévocable américain

7.1 Profil et patrimoine du trust

Tableau comparatif : Donnée — Valeur — Premier cas : Léna Mercier
DonnéeValeur
Léna Mercier32 ans, ingénieure aéronautique Airbus, Toulouse
Résidence fiscaleFrance (depuis toujours)
Lien défuntPetite-fille de William Mercier (résident Boston, MA)
Décès William12 juin 2025
Trust« Mercier Family Irrévocable Trust » créé en 1998
TypeIrrévocable, fixe (parts identifiées)
TrustéeWells Fargo Bank Massachusetts
BénéficiairesLéna 50 %, Théo (frère) 50 %
Valeur trust2 800 000 $ ≈ 2 590 000 € (taux 1$ = 0,925 €)
Composition60 % portefeuille S&P 500 + 40 % immeuble locatif Boston

7.2 Articulation estate tax US + DMTG France + crédit 784 A

Estate tax US 2026 :

  • Exemption fédérale : 13 990 000 $ par personne (ajustée inflation 2026 ; valeur retenue après prolongation partielle TCJA jusqu'à fin 2027).
  • Patrimoine de William : 2,8 M$ < 13,99 M$ → 0 $ d'estate tax payé aux États-Unis.

Note 2026 — Estate tax US

L'exemption fédérale estate tax US a été ajustée par la « Tax Relief Act 2025 » qui a prolongé partiellement la TCJA 2017 jusqu'à fin 2027. Exemption 2026 retenue : 13 990 000 $ par personne, taux marginal 40 %. Cette valeur est sujette à révision législative aux États-Unis — vérifier IRS Publication 559 à jour.

DMTG France :

  • Trust irrévocable + fixe + bénéficiaires nommés + part déterminéecas 1 (CGI 792-0 bis II 1°).
  • Tarif applicable : CGI 777 ligne directe.
  • Lien fiscal : Léna petite-fille → ligne directe 2e degré.
  • Abattement : pas d'abattement spécifique petit-enfant en succession (le 31 865 € de l'art. 790 G concerne les donations uniquement). Application de l'abattement de droit commun à défaut : 1 594 € (CGI 779 V).

7.3 Synthèse droits payés

  • Quote-part Léna : 1 295 000 €
  • Net taxable : 1 295 000 − 1 594 = 1 293 406 €

Tranches CGI 777 :

Tableau comparatif : Tranche — Largeur — Taux — Droits — Premier cas : 0 → 8 072
TrancheLargeurTauxDroits
0 → 8 0728 072 €5 %403,60 €
8 072 → 12 1094 037 €10 %403,70 €
12 109 → 15 9323 823 €15 %573,45 €
15 932 → 552 324536 392 €20 %107 278,40 €
552 324 → 902 838350 514 €30 %105 154,20 €
902 838 → 1 293 406390 568 €40 %156 227,20 €
TOTAL1 293 406 €370 040,55 €

Total droits France : ~370 041 €. Crédit 784 A : 0 (estate tax US = 0). Charge nette : 370 041 € (28,6 % du patrimoine reçu).

Concrètement : Léna conserve 925 000 € sur les 1 295 000 € reçus. Si l'administration avait appliqué le cas 4 (bénéficiaires non identifiés) à 60 %, la charge aurait été 1 295 000 × 60 % = 777 000 € — soit 407 000 € de plus. La qualification cas 1 est ici cruciale.

8. Cas pratique 2 : Édouard, 56 ans, trust discrétionnaire britannique

8.1 Profil et patrimoine du trust

Tableau comparatif : Donnée — Valeur — Premier cas : Édouard Whitmore
DonnéeValeur
Édouard Whitmore56 ans, dirigeant SAS Whitmore Consulting, Paris
Résidence fiscaleFrance
Statut familialMarié, 2 enfants majeurs
Lien défuntFils unique de Sir Charles Whitmore
Décès Sir Charles18 janvier 2026
Trust« Whitmore Discretionary Trust » créé en 2005
TypeIrrévocable, discrétionnaire
TrustéeCoutts & Co Trustées, Londrès
Class of beneficiariesÉdouard + 2 sœurs + 7 petits-enfants (10 personnes)
Valeur trust4 200 000 £ ≈ 4 935 000 € (taux 1£ = 1,175 €)

8.2 IHT UK 40 % + 60 % France si non-identification = double taxation

IHT UK :

  • Nil rate band : 325 000 £
  • Résidence Nil Rate Band : 175 000 £
  • Transférable spouse exemption : 325 000 £
  • Total exemption : 825 000 £
  • IHT taxable : 4 200 000 − 825 000 = 3 375 000 £
  • IHT 40 % : 1 350 000 £ ≈ 1 586 250 € (payé par le trust avant distribution)

France :

  • Trust discrétionnaire + class of beneficiaries non individualisée → cas 3 (CGI 792-0 bis II 2° b) = 60 % par sécurité administrative.
  • Quote-part Édouard hypothétique (1/3 entre les 3 enfants directs) : 1 645 000 €
  • Application 60 % : 987 000 €
  • Crédit 784 A : IHT UK quote-part Édouard ≈ 528 750 € → imputation totale possible
  • DMTG net France : 987 000 − 528 750 = 458 250 €

8.3 Synthèse et leviers d'optimisation

Tableau comparatif : Élément — Scénario par défaut (60 %) — Scénario QPC (45 %) — Premier cas : Application taux
ÉlémentScénario par défaut (60 %)Scénario QPC (45 %)
Application taux1 645 000 × 60 % = 987 000 €1 645 000 × 45 % = 740 250 €
Crédit 784 A imputable528 750 €528 750 €
DMTG net France458 250 €211 500 €
Charge totale987 000 €740 250 €
Économie potentielle246 750 €

Le levier : monter une réclamation fondée sur la réserve d'interprétation Cons. const. du 15 décembre 2017. La classe de bénéficiaires d'Édouard est identifiable nominativement (10 personnes listées dans l'acte de Sir Charles, je les ai vues), donc on peut argumenter qu'il ne s'agit pas d'opacité au sens du QPC. Si le SIPNR accepte (j'estime les chances entre 40 et 55 %, c'est jouable), Édouard récupère 246 750 €. Coût avocat estimé 8 000-15 000 € pour gain potentiel 246 750 €. Ratio coût/bénéfice : 16-30×.

9. Cas pratique 3 : Sylvie, 71 ans, IFI sur biens en trust à Jersey

9.1 Patrimoine immobilier français logé en trust Jersey

Tableau comparatif : Donnée — Valeur — Premier cas : Sylvie Dubreuil
DonnéeValeur
Sylvie Dubreuil71 ans, notaire retraitée, Annecy
StatutVeuve, 3 enfants (45, 42, 39 ans)
Résidence fiscaleFrance
Trust« Dubreuil Family Trust Jersey » créé en 2010
TypeIrrévocable, fixe
TrustéeMourant Trustées Limited, Jersey
Bien en trustImmeuble locatif Boulevard Haussmann (Paris IXe) — 1 200 000 €

Patrimoine immobilier total Sylvie 2026 :

Tableau comparatif : Bien — Valeur brute — Abattement — Valeur taxable IFI — Premier cas : Immeuble Paris IXe (en trust — réputée propriétaire CGI 970)
BienValeur bruteAbattementValeur taxable IFI
Immeuble Paris IXe (en trust — réputée propriétaire CGI 970)1 200 000 €0 % (loué)1 200 000 €
Maison principale Annecy580 000 €30 % (CGI 973 II)406 000 €
Studio Aix-en-Provence (loué)220 000 €0 %220 000 €
TOTAL ASSIETTE IFI 20261 826 000 €

9.2 Calcul IFI 970 vs 990 J — articulation

Scénario A — Sylvie déclare correctement IFI + trust :

Tableau comparatif : Tranche — Largeur — Taux — IFI — Premier cas : 0 → 800 000
TrancheLargeurTauxIFI
0 → 800 000800 000 €0 %0 €
800 000 → 1 300 000500 000 €0,5 %2 500 €
1 300 000 → 1 826 000526 000 €0,7 %3 682 €
TOTAL IFI BRUT6 182 €

IFI net Scénario A : 6 182 €/an. 990 J : 0 € (neutralisé par déclaration IFI régulière).

Scénario B — Sylvie omet de déclarer le trust (Année 1) :

Tableau comparatif : Poste — Calcul — Montant — Premier cas : IFI déclaré (faussement) sur 626 000 €
PosteCalculMontant
IFI déclaré (faussement) sur 626 000 €< 1,3 M€ → seuil non atteint0 €
Redressement IFI (assiette corrigée 1 826 000 €)Cf. tableau A6 182 €
Majoration 80 % (CGI 1729-0 A)6 182 × 80 %4 946 €
Prélèvement 990 J (CGI 990 J)1 200 000 × 1,5 %18 000 €
Amende forfaitaire (CGI 1736 IV bis)Forfait20 000 €
TOTAL ANNÉE 149 128 €

9.3 Synthèse charge annuelle

Tableau comparatif : Période — Scénario A (correct) — Scénario B (omission) — Surcoût B vs A — Premier cas : Année 1
PériodeScénario A (correct)Scénario B (omission)Surcoût B vs A
Année 16 182 €49 128 €+42 946 € (7,9×)
Année 26 182 €24 182 €+18 000 € (3,9×)
Année 36 182 €24 182 €+18 000 € (3,9×)
Cumul 3 ans18 546 €97 492 €+78 946 € (5,3×)

Concrètement: oublier de déclarer un trust à l'IFI coûte 8 fois plus cher la première année et 4 fois plus cher les années suivantes. Sur 3 ans : facture 5,3 fois supérieure. La régularisation préventive est toujours rentable, même rétrospective (prescription IFI : 3 ans LPF L. 180, ou 6 ans en cas de défaut LPF L. 169).

Tableau récapitulatif des 3 cas

Tableau comparatif : Persona — Patrimoine concerné — Régime applicable — Charge fiscale — Premier cas : Léna (US, 32 ans)
PersonaPatrimoine concernéRégime applicableCharge fiscale
Léna (US, 32 ans)1 295 000 € quote-part trust irrévocable fixeCas 1 (DMTG ordinaire)370 041 € (28,6 %)
Édouard (UK, 56 ans) défaut1 645 000 € quote-part trust discrétionnaireCas 3 (60 %)987 000 € (60,0 %)
Édouard scénario QPC1 645 000 €Cas 2 (45 %) après réclamation740 250 € (45,0 %)
Sylvie scénario A1 200 000 € IFI annuelCGI 970 + 9776 182 €/an (0,5 %/an)
Sylvie scénario B (omission)1 200 000 €990 J + amende + 80 %49 128 € Y1, 24 182 €/an Y2+

10. Checklist 30 jours : que faire si vous découvrez être bénéficiaire d'un trust ?

Voilà ce que je donne à mes clients quand ils m'appellent paniqués comme Léna. C'est la même check-list que celle que j'ai punaisée au-dessus de mon bureau, parce que ça arrive plus souvent qu'on croit (3-4 dossiers/an dans mon cabinet, pour un sujet qu'on dit « rare »). La première semaine est cruciale. La déclaration 2181-Trust 1 doit être faite sous 30 jours, et le risque de sanction 80 % se matérialise à 60 jours — sans appel.

Phase A — Identifier (jours 1-7)

  1. Récupérer l'acte de trust (Trust Deed) auprès du trustee — exigence formelle pour qualifier juridiquement le trust.
  2. Identifier le type : révocable ou irrévocable, discrétionnaire ou fixe, avec ou sans réversibilité.
  3. Établir l'inventaire des biens, droits et produits avec valorisations au jour du décès ou de la distribution.

Phase B — Déclarer (jours 8-30)

  1. Contacter le trustée pour qu'il dépose le formulaire 2181-Trust 1.
  2. Si trustée non coopératif (cas fréquent avec les trustees Bermudes/Bahamas) : déposer la déclaration vous-même en tant que bénéficiaire français (subrogation BOI-CF-INF-10-50 § 60).
  3. Adresser au SIPNR — Noisy-le-Grand (10 rue du Centre, 93465) ou à votre SIE selon résidence.

Phase C — Optimiser (jours 30+)

  1. Mandater un avocat fiscaliste international (français ET du pays du trust) — budget 5 000-15 000 € selon complexité.
  2. Examiner si une qualification favorable est invocable (cas 1 ou 2 plutôt que 60 %) — analyse de l'acte de trust.
  3. Si taxation 60 % retenue : préparer une réclamation fondée sur la réserve d'interprétation Cons. const. 15/12/2017 — délai 2 ans.

11. Les 7 erreurs fatales à éviter avec un trust étranger

  1. Croire qu'un trust étranger est invisible. Vraiment, j'insiste : cette croyance vient encore me percuter en 2026 dans des dossiers à 5 M€. Depuis l'accord d'échange automatique CRS (entré en vigueur 2017) et la directive DAC 6, votre trustee à Jersey transmet automatiquement votre nom et le solde au fisc français chaque année. Il n'y a pas d'angle mort. Si vous avez un trust depuis avant 2017, partez du principe que Bercy le sait déjà.
  2. Confondre trust et fiducie française — la fiducie (CGI 238 quater A) est transparente fiscalement et ne peut pas héberger un patrimoine familial transmissible.
  3. Penser qu'un trust révocable protège — au contraire, le constituant conservant le contrôle, le trust est requalifié au cas 4 ou 5 (60 %) par défaut.
  4. Oublier la déclaration 2181-Trust — sanction forfaitaire de 20 000 € dès le premier oubli (CGI 1736 IV bis).
  5. Sous-estimer la majoration 80 % — appliquée systématiquement après mise en demeure non suivie d'effet (CGI 1729-0 A).
  6. Ne pas vérifier la résidence du trustée — si trustée dans un ETNC (CGI 238-0 A), 60 % automatique sans possibilité de requalification.
  7. Confondre IFI 970 et 990 J — le 990 J s'ajoute à l'IFI mal déclaré (cumul possible). La régularisation IFI préventive neutralise le 990 J mais une fois l'omission constatée, les deux se cumulent.

Conclusion — Anticipez, ne subissez pas

Un trust étranger n'est pas une boîte noire fiscale : c'est un dispositif encadré par six régimes distincts (CGI 792-0 bis II), assorti d'obligations déclaratives strictes (CGI 1649 AB), articulé avec l'IFI (CGI 970), le prélèvement 990 J, et la fiscalité des distributions (CGI 120-9°). La règle des 60 % n'est pas une fatalité — elle se déclenche par défaut quand on n'a rien préparé. Mais avec un acte de trust bien rédigé, des bénéficiaires nommés, des parts arithmétiques, et une déclaration 2181-Trust régulière, vous restez dans le cas 1 (DMTG ordinaire) avec des tarifs progressifs 5-45 %. La différence entre une transmission anticipée et qualifiée et une transmission subie au tarif 60 %, c'est un facteur 2 à 3 sur la facture finale. Pour Édouard, ça représente 246 750 € — soit 6 ans de salaire d'un ingénieur Airbus comme Léna. La fiscalité des trusts, on ne la subit pas, on la pilote.

Anticipez, ne subissez pas

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Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur les trusts étrangers et la succession 2026

Selon l'article 792-0 bis du CGI, un trust étranger est taxé en France au décès du constituant ou du bénéficiaire selon trois régimes : (1) droits de succession aux tarifs habituels (5 % à 45 % en ligne directe) si les bénéficiaires sont identifiés et leur part déterminée ; (2) prélèvement de 45 % si la part globale des descendants est identifiée mais la répartition non déterminée ; (3) prélèvement de 60 % dans tous les autres cas — bénéficiaire non identifié, répartition non déterminée hors descendants, ou constituant ou trustée résidant dans un État ou territoire non coopératif (ETNC).

Le trust est une institution de common law (droit anglo-saxon) inconnue du droit civil français. La fiducie française (Code civil 2011-2030, CGI 238 quater A) est son pendant local mais reste très encadrée : elle est transparente fiscalement, ne peut pas héberger un patrimoine familial transmissible (interdiction des libéralités fiduciaires, Code civil 2013), et concerne principalement la gestion d'actifs professionnels. Le trust permet une opacité et une transmission transgénérationnelle, mais au prix d'une fiscalité française potentiellement pénalisante (jusqu'à 60 %).

Quatre cas déclenchent le tarif de 60 % : (1) les bénéficiaires sont non-descendants du constituant et leur part de répartition n'est pas déterminée ; (2) les bénéficiaires ne sont pas identifiés au décès ; (3) le constituant ou le trustée réside dans un État ou territoire non coopératif au sens de l'article 238-0 A du CGI ; (4) le trust a été constitué après le 11 mai 2011 par un constituant fiscalement domicilié en France au moment de la constitution. Le Conseil constitutionnel (décision n° 2017-679 QPC du 15/12/2017) a validé ce taux mais avec une réserve d'interprétation : les contribuables peuvent prouver l'absence d'intention d'évitement fiscal.

Oui, dès lors que vous êtes résident fiscal français et bénéficiaire du trust, vous êtes concerné par les obligations déclaratives. Le trustée doit déposer un formulaire 2181-Trust 1 dans les 30 jours suivant chaque événement (constitution, distribution, décès) et un formulaire 2181-Trust 2 chaque année avant le 15 juin. Si le trustée américain refuse ou ignore l'obligation, vous pouvez déposer la déclaration vous-même par subrogation. Le défaut de déclaration entraîne une amende forfaitaire de 20 000 € (CGI 1736 IV bis) et une majoration de 80 % sur les rappels d'impôts si une mise en demeure reste sans suite.

La sanction est double. D'abord une amende forfaitaire de 20 000 € (CGI 1736 IV bis, depuis la loi 2013-1117 du 06/12/2013). Ensuite, une majoration de 80 % sur les rappels d'impôts si l'administration met en demeure le contribuable et que cette mise en demeure reste sans suite plus de 30 jours (CGI 1729-0 A). En cas de défaut combiné avec une omission à l'IFI, le prélèvement sui generis de 1,5 % de l'article 990 J s'applique en plus, sur la valeur totale des biens en trust. Le coût total peut dépasser 50 000 € la première année pour un trust de 1,2 million d'euros.

Non, en principe. Le prélèvement 990 J est un mécanisme sui generis (validé par le Conseil constitutionnel le 15/12/2017) qui s'applique uniquement quand l'IFI n'a pas été déclaré correctement ou quand les bénéficiaires ne sont pas identifiés. La déclaration régulière de l'IFI sur les biens en trust (article 970 CGI : constituant réputé propriétaire) neutralise le 990 J. En revanche, si le contribuable omet de déclarer l'IFI sur ces biens, les deux peuvent se cumuler : redressement IFI + 990 J 1,5 % + amende 20 000 € + majoration 80 %.

Oui, selon l'article 120 9° du CGI, les distributions de produits (dividendes, intérêts, plus-values réalisées) versées à un bénéficiaire résident fiscal français sont qualifiées de revenus de capitaux mobiliers et imposées au prélèvement forfaitaire unique 2026 à 31,4 % (12,8 IR + 18,6 PS après hausse LFSS 2026). L'option pour le barème progressif est possible mais sans bénéfice de l'abattement de 40 % sur les dividendes (non applicable aux trusts). Les retours de capital (restitution du principal) sont en principe non-imposables, sauf abus de droit.

La décision n° 2017-679 QPC du 15/12/2017 a validé le taux de 60 % de l'article 792-0 bis II 3° sous réserve que les contribuables puissent apporter la preuve que la transmission ne s'inscrit pas dans une logique d'évitement fiscal. Pour invoquer cette réserve, il faut déposer une réclamation contentieuse dans les 2 ans suivant l'imposition auprès du SIPNR ou du SIE de résidence, en démontrant : (1) que le trust a été créé pour des raisons légitimes (protection patrimoniale, succession transgénérationnelle, organisation familiale recomposée) ; (2) qu'aucun montage d'opacité n'était recherché ; (3) que les bénéficiaires sont identifiables avec un effort raisonnable. L'assistance d'un avocat fiscaliste international est fortement recommandée.