Pourquoi la donation-partage change tout — l'histoire de Michel, 68 ans
Vous voulez transmettre votre patrimoine à vos enfants sans qu'ils se déchirent et sans payer 30 à 45 % de droits ? La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.), neutralise le rapport civil, et combinée à l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, au don familial Sarkozy et au Pacte Dutreil (75 % d'exonération), elle peut diviser la facture par trois. Chez Hagnéré Patrimoine, nous structurons ce type d'opérations chaque semaine. Voici comment.
Vous avez travaillé toute votre vie pour bâtir un patrimoine. Résidence principale, studio locatif, assurance-vie, peut-être une PME familiale (petite ou moyenne entreprise). Et aujourd'hui, vous pensez à vos enfants. Comment leur transmettre sans qu'ils se déchirent ? Sans qu'ils payent 30 à 45 % de droits ? Sans que l'un d'eux se sente lésé ?
Michel, 68 ans, dirigeant d'une PME de menuiserie à Annecy, pensait que la succession réglerait les choses naturellement. Au décès de son père, douze ans plus tôt, les deux frères s'étaient pourtant entendus. « Pourquoi faire compliqué de mon vivant ? » se disait-il.
Jusqu'au jour où son conseiller lui a posé une question simple. Imaginez. Vous donnez 300 000 € à Julien et 300 000 € à Sarah en donation simple. Quinze ans passent. Julien a investi dans une start-up qui a décuplé. Sarah a acheté un bien qui n'a rien gagné. Que se passe-t-il à votre décès ?
Réponse : la loi réévalue chaque donation à la valeur du jour du décès. Julien est considéré comme ayant reçu 3 M€. Sarah 300 000 €. Julien devra verser une soulte (somme d'équilibrage) à Sarah. La paix familiale s'effondre. C'est la règle du rapport civil des donations simples(art. 843 et 860 C. civ.) : toute donation ancienne est réintégrée à la valeur du décès pour recalculer l'équilibre entre héritiers.
La donation-partage neutralise ce risque.En un seul acte, vous partagez votre patrimoine entre vos héritiers, et la loi fige la valeur des biens au jour de la signature (art. 1078 Code civil). Plus de réévaluation au décès. Plus de soulte à payer. Plus de disputes. L'équité est sanctuarisée.
Ce guide vous explique tout, sans jargon. Les règles, les chiffres, les cas concrets, les pièges, les stratégies. À la fin, vous saurez si la donation-partage est l'outil qu'il vous faut, à quel âge la signer, et combien elle peut vous faire économiser.
Il est rédigé par Hagnéré Patrimoine, cabinet spécialisé en transmission patrimoniale, et s'appuie sur plus de 800 dossiers de donation-partage audités ou structurés pour des familles de la classe moyenne à haut patrimoine.
Les 4 chiffres à retenir
- 100 000 € d'abattement par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (art. 779 CGI)
- 0 € de rapport civil : les valeurs sont figées au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.)
- 75 % d'exonération de la base taxable sur la valeur des titres d'entreprise familiale transmis sous Pacte Dutreil (art. 787 B CGI)
- 2,5 % seulement : droit de partage (art. 746 CGI) sur une réincorporation de donation ancienne dans une donation-partage cumulative (art. 776 A CGI) — pas de nouveaux droits de mutation
Nouveauté LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026)
Deux changements majeurs s'appliquent aux transmissions consenties à compter du 21 février 2026 : (1) la réduction de 50 % des droits pour donation Dutreil en pleine propriété avant 70 ans (ancien art. 790 I CGI) est ABROGÉE ; (2) le Pacte Dutreil (art. 787 B) est durci : engagement individuel porté de 4 à 6 ans(durée totale minimale 8 ans avec l'engagement collectif de 2 ans), et exclusion des actifs somptuaires non professionnels (yachts, bijoux, chevaux de course, résidences de villégiature) sauf affectation pro depuis ≥ 3 ans. L'exonération de 75 % sur la valeur des titres reste l'avantage central du dispositif.
Donation simple ou donation-partage : un choix irréversible entre enfants
La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte et neutralise les conflits d'évaluation au décès. On cartographie votre patrimoine et on modélise le bon format avant de signer.
Qu'est-ce qu'une donation-partage ? Le cadre légal 2026 expliqué
La donation-partage est un acte notarié par lequel une personne (le donateur) distribue, de son vivant, tout ou partie de ses biens entre ses héritiers présomptifs— c'est-à-dire ceux qui hériteraient si le donateur décédait aujourd'hui, le plus souvent ses enfants. Elle combine deux actes en un seul : une donation et un partage. D'où son nom.
1.1 Le cadre légal : article 1075 et suivants du Code civil
Tout part d'une phrase du Code civil (article 1078) qui change tout : « Les biens donnés sont évalués au jour de la donation-partage. »Autrement dit, la valeur que vous fixez aujourd'hui devient la valeur de référence — pour toujours. Cet article a été refondu par la loi du 23 juin 2006 et complété par les articles 1075 à 1078-10, mais retenez surtout cette idée : ce qui compte, c'est la photo prise le jour de la signature.
En clair : la valeur retenue pour chaque bien est celle du jour de la signature, point. C'est le fameux « gel des valeurs ».
En pratique, cela signifie que même si un bien s'apprécie massivement après la donation, l'enfant qui l'a reçu n'aura pas à indemniser ses frères et sœurs. À l'inverse, s'il se déprécie, il supportera seul la perte. Le gel est symétrique.
1.2 Qui peut bénéficier d'une donation-partage ?
| Bénéficiaire | Base légale | Conditions |
|---|---|---|
| Enfants (ligne directe) | Art. 1075 C. civ. | Héritiers présomptifs, réservataires |
| Petits-enfants (transgénérationnelle) | Art. 1078-4 à 1078-10 | Accord des enfants intermédiaires exigé |
| Beaux-enfants (famille recomposée) | Art. 1076 C. civ. (depuis 2006) | Donation-partage conjonctive des deux époux |
| Héritiers présomptifs non descendants | Art. 1075-1 C. civ. | Cas rare : frères, neveux si pas de descendance |
| Salariés/partenaires d'entreprise | Non (hors donation-partage classique) | Outils alternatifs : BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) ou AGA (Actions Gratuites pour Attribution) |
Sur 10 dossiers, 9 fois la donation-partage cible les enfants. Mais depuis 2006, deux innovations majeures ont étendu son champ : la transgénérationnelle (petits-enfants) et la conjonctive (famille recomposée). Nous y reviendrons.
1.3 Forme de l'acte : notaire obligatoire
La donation-partage est un acte authentique : elle doit être rédigée par un notaire (art. 931 C. civ. pour les donations en général). C'est une formalité substantielle, pas optionnelle. Un acte sous seing privé serait nul. Le notaire assure trois fonctions critiques : rédaction juridique sécurisée, évaluation des biens, conservation de l'acte pendant 75 ans.
Le cadre est posé. Voyons maintenant comment la donation-partage se compare à ses deux grandes rivales : la donation simple et le testament.
Donation simple, donation-partage ou testament : laquelle choisir ?
Trois outils, trois logiques très différentes. Choisir le bon instrument, c'est éviter 90 % des conflits successoraux. Voici le comparatif honnête, sans langue de bois.
| Critère | Donation simple | Donation-partage | Testament |
|---|---|---|---|
| Effet immédiat | Oui (dessaisissement immédiat) | Oui | Non (au décès uniquement) |
| Gel de la valeur | Non (rapport civil au décès) | Oui (art. 1078 C. civ.) | Non (évaluation au décès) |
| Abattement fiscal | 100 000 € / parent / enfant | 100 000 € / parent / enfant | 100 000 € / parent / enfant |
| Rappel fiscal 15 ans | Oui (art. 784 CGI) | Oui (art. 784 CGI) | Non (succession) |
| Acte notarié obligatoire | Oui (sauf don manuel) | Oui | Non (testament olographe possible) |
| Révocabilité | Difficile (3 causes art. 960) | Idem donation simple | Oui, jusqu'au décès |
| Conflit entre héritiers au décès | Risque fort (réévaluation) | Risque faible (gel) | Risque moyen (contestation possible) |
| Coût notarial moyen (patrimoine 500 k€) | ~6 000 € | ~7 000 € | ~150 € (authentique) |
| Moment optimal | Ponctuel (aide enfant) | Anticipation globale 55-70 ans | Sécurité dernière volonté |
En clair, la donation-partage l'emporte dans 8 cas sur 10 lorsque vous avez plusieurs enfants et un patrimoine déjà consolidé. La donation simple reste pertinente pour des gestes ponctuels (aider un enfant primo-accédant, financer des études). Le testament est un filet de sécurité : il exprime vos volontés au décès mais ne résout pas les questions de valeur.
Donation simple
Geste isolé, rapport civil au décès, réévaluation systématique. Utile pour un enfant seul, ou pour un acompte ponctuel. Risque de conflit si le bien s'apprécie.
Donation-partage
Outil global, gel des valeurs, équité sanctuarisée. L'arme anti-conflits. Suppose au moins 2 héritiers réservataires pour le plein effet. Recommandée 55-70 ans.
Testament
Dernière volonté, révocable jusqu'au décès. Utile pour exprimer des préférences (legs préciputaire, legs de quotité disponible). Ne résout pas la question de la valeur des biens.
Le piège du rapport civil des donations simples
Imaginez : vous donnez à Paul un appartement parisien estimé 400 000 € et à Julie un studio bisontin estimé 150 000 €, avec une soulte de 125 000 € versée par Paul à Julie pour équilibrer à 275 000 € chacun. Dix ans plus tard, l'appartement parisien vaut 700 000 €, le studio vaut 180 000 €. À votre décès, la loi réévalue : Paul a reçu 700 000 € (et Julie 180 000 €). Paul doit désormais 260 000 € d'indemnité à Julie. Si Paul n'a pas cet argent, litige familial garanti. La donation-partage évite ce scénario: les 275 000 € signés au jour de l'acte restent les 275 000 € définitifs, quel que soit le futur.
Pour aller plus loin sur la différence technique entre donation simple et donation-partage, consultez notre guide complet de la donation 2026.
Comment optimiser la fiscalité d'une donation-partage en 2026 ?
La donation-partage ne crée pas de régime fiscal dérogatoire. Elle utilise les abattements et le barème classiques des droits de mutation à titre gratuit (DMTG)— c'est le nom technique de l'impôt applicable aux donations et successions — encadrés par le Code général des impôts (CGI). Mais bien orchestrée, elle permet de cumuler plusieurs optimisations — parfois jusqu'à transmettre 400 000 € par couple et par enfant en totale franchise de droits.
En 30 secondes
Pas de fiscalité magique : la donation-partage utilise le barème classique. Ce qui compte, c'est l'empilement des abattements. Un couple avec deux enfants et deux grands-parents vivants peut transmettre jusqu'à 527 460 €à coût zéro, renouvelable tous les 15 ans. Toute la stratégie tient dans ce cumul — et depuis 2026, la LF ajoute une exonération supplémentaire de 100 000 € si l'argent sert à acheter ou rénover une résidence principale (voir section 11).
3.1 Les abattements en ligne directe (parents → enfants)
| Abattement | Montant | Base légale | Renouvelable |
|---|---|---|---|
| Parent → enfant (chaque parent) | 100 000 € | Art. 779-I CGI | Tous les 15 ans |
| Grand-parent → petit-enfant | 31 865 € | Art. 790 B CGI | Tous les 15 ans |
| Arrière-grand-parent → arrière-petit-enfant | 5 310 € | Art. 790 D CGI | Tous les 15 ans |
| Don familial en argent (art. 790 G — donateur < 80 ans + donataire majeur) | 31 865 € | Art. 790 G CGI | Tous les 15 ans |
| Handicap (bénéficiaire) | 159 325 € | Art. 779-II CGI | Cumul avec autres abattements |
Au total, un couple avec deux enfants peut transmettre en toute franchise de droits : (100 000 € × 2 parents × 2 enfants) + (31 865 € × 2 × 2 dons Sarkozy) = 527 460 €, renouvelable tous les 15 ans. Intégré dans une donation-partage, ce cumul est sanctuarisé. Voir le détail dans notre stratégie 100 000 €/enfant.
3.2 Le barème des droits de donation en ligne directe
| Tranche | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Pour faire simple, le barème est identique à celui des droits de succession. La tranche à 20 % couvre la grande majorité des donations familiales après abattement. Seuls les patrimoines transmis au-delà de ~650 000 € par enfant (après abattement) atteignent la tranche à 30 %.
3.3 Réduction Dutreil 50 % avant 70 ans : ABROGÉE par la LF 2026
Changement majeur : article 790 I CGI abrogé
L'article 790 I CGI, qui prévoyait une réduction de 50 % des droits pour les donations Dutreil en pleine propriété avant 70 ans, a été abrogé par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026. Cette réduction n'est plus applicable aux transmissions consenties à compter du 21 février 2026. Pour les donations Dutreil 2026, seule l'exonération de 75 % sur la valeur des titres (art. 787 B CGI) demeure. Les guides qui présentent encore cette réduction de 50 % comme active sont obsolètes.
La donation Dutreil reste extrêmement attractive : un couple qui transmet une entreprise familiale de 4 M€ à deux enfants paie environ 156 000 € de droits (au lieu de 1,2 M€ sans Dutreil). Voir les cas chiffrés détaillés en section 6.
3.4 Le rappel fiscal des 15 ans
C'est la règle des 15 ans, et elle gouverne toute la stratégie de transmission. Vous avez donné 100 000 € à votre fils il y a 10 ans ? L'abattement est déjà consommé : toute nouvelle donation aujourd'hui part au barème dès le premier euro. Mais passé 15 ans, le compteur se remet à zéro et vous récupérez l'intégralité des 100 000 €. C'est pour cela qu'on parle d'un « cycle de 15 ans »: chaque cycle franchi, c'est un nouveau ticket plein. (Base légale : art. 784 CGI.)
3.5 Nouveauté 2026 : l'exonération temporaire pour résidence principale
LF 2026 : exonération temporaire 100 k€ / 300 k€
La loi de finances 2026 instaure, du 1er janvier au 31 décembre 2026, une exonération temporaire pour les dons de sommes d'argent destinés à l'acquisition ou à la rénovation énergétique d'une résidence principale :
- 100 000 €/donateur/donataire, plafond 300 000 €/donataire
- Bénéficiaires : enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants (ou à défaut neveux/nièces)
- Condition de remploi : sous 6 mois, pour résidence principale neuve ou rénovation énergétique
- Cumulable avec l'abattement 100 000 € art. 779 CGI et le don Sarkozy 31 865 €
Cette nouveauté s'intègre parfaitement dans une donation-partage 2026. Pour le détail complet de la LF 2026, consultez notre guide des 14 mesures patrimoniales décryptées. Pour la stratégie spécifique sur les abattements, notre guide des abattements de donation approfondit tous les cumuls.
Cinq cas pratiques chiffrés
Rien ne remplace des chiffres posés sur de vraies situations. Voici cinq profils, de la classe moyenne supérieure au dirigeant de PME, pour mesurer l'impact concret de la donation-partage.
Ces cinq cas sont librement inspirés de dossiers réels traités par Hagnéré Patrimoine. Les noms et patrimoines exacts ont été modifiés pour préserver le secret, mais les montants, structures juridiques et économies d'impôt sont authentiques et vérifiés notarialement.
Cas 1 — Sophie et Patrick, 3 enfants à Lyon (patrimoine 1,8 M€)
Sophie (62 ans, cadre supérieur en retraite) et Patrick (60 ans, ingénieur) habitent Lyon 6e. Trois enfants : Camille (35 ans, architecte à Lyon), Lucas (32 ans, consultant à Paris), Emma (28 ans, médecin à Bordeaux). Patrimoine : résidence principale 900 k€, studio locatif Lyon 250 k€, maison secondaire Ardèche 200 k€, assurance-vie 300 k€, livrets 150 k€. Total net : 1,8 M€.
Stratégie retenue : donation-partage de 900 000 € (studio + maison secondaire + 450 k€ d'assurance-vie réassurée), soit 300 000 € par enfant.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Valeur transmise par enfant | 300 000 € |
| Abattement Sophie → enfant | −100 000 € |
| Abattement Patrick → enfant | −100 000 € |
| Base taxable par enfant | 100 000 € |
| Droits au barème (5/10/15/20 %) | ≈ 18 194 € |
| Droits totaux (3 enfants) | ≈ 54 582 € |
| Soit un coût effectif | 6 % du patrimoine transmis |
Bilan chiffré: pour 900 000 € transmis à 3 enfants, le coût total est inférieur à 55 000 € grâce à l'empilement des abattements (6 × 100 000 € = 600 000 € exonérés). Valeurs gelées au jour de l'acte : si le studio lyonnais double dans 10 ans, c'est Camille qui en profite, sans devoir d'indemnité à ses frère et sœur.
Cas 2 — Jean-Claude, dirigeant SAS à Chambéry (transmission entreprise 4 M€ avec Dutreil)
Jean-Claude, 68 ans, veuf depuis 2023, dirige une SAS (société par actions simplifiée) de distribution agroalimentaire à Chambéry, valorisée 4 M€. Deux enfants : Hugo (40 ans, directeur commercial dans l'entreprise, futur repreneur) et Manon (37 ans, pédiatre à Grenoble). Il souhaite donner les titres à Hugo et indemniser Manon avec une soulte, tout en combinant Dutreil.
| Étape | Donation sèche sans Dutreil | Donation-partage + Dutreil (LF 2026) |
|---|---|---|
| Valeur entreprise transmise | 4 000 000 € | 4 000 000 € |
| Exonération Dutreil 75 % (art. 787 B) | — | −3 000 000 € |
| Base post-Dutreil par enfant | 2 000 000 € | 500 000 € |
| Abattement 100 k€ (art. 779) | −100 000 € | −100 000 € |
| Base taxable par enfant | 1 900 000 € | 400 000 € |
| Droits au barème art. 777 | ≈ 617 394 € (tranche 45 % > 1 805 677 €) | ≈ 78 194 € |
| Droits par enfant | ≈ 617 394 € | ≈ 78 194 € |
| Droits totaux (2 enfants) | ≈ 1 234 788 € | ≈ 156 388 € |
Économie : ~1 078 400 €. L'empilement donation-partage + Pacte Dutreil divise les droits par huit, même après l'abrogation de la réduction 50 % par la LF 2026 (art. 790 I CGI supprimé pour les transmissions à compter du 21/02/2026). Hugo reprend l'entreprise, Manon reçoit des biens équivalents (titres + soulte financée par emprunt holding), la fratrie reste soudée. Pour approfondir la mécanique Dutreil 2026 (engagement individuel porté à 6 ans, durée totale 8 ans), consultez notre guide complet Pacte Dutreil 2026.
Cas 3 — Martine et Laurent, famille recomposée à Annecy
Martine (58 ans, médecin) et Laurent (62 ans, architecte) sont mariés depuis 12 ans. Ils habitent Annecy-le-Vieux. Chacun a deux enfants d'une première union : Chloé et Nathan côté Martine, Valentin et Léa côté Laurent. Patrimoine commun : 2,4 M€ (résidence, SCI familiale, assurance-vie). Ils veulent traiter les 4 enfants équitablement.
Solution : donation-partage conjonctive (art. 1076 C. civ., depuis la loi 2006). Les deux époux signent un acte unique. Chaque enfant reçoit 600 000 € de biens du parent dont il est issu, mais l'équité globale (4 × 600 000 €) est sanctuarisée dans un seul acte. Pour les particularités successorales propres aux familles recomposées (droits du conjoint survivant, enfants non communs, adoption simple), voir notre guide dédié. Résultat fiscal :
| Lien | Abattement | Part taxable | Droits |
|---|---|---|---|
| Martine → Chloé | 100 000 € | 500 000 € | ≈ 98 194 € |
| Martine → Nathan | 100 000 € | 500 000 € | ≈ 98 194 € |
| Laurent → Valentin | 100 000 € | 500 000 € | ≈ 98 194 € |
| Laurent → Léa | 100 000 € | 500 000 € | ≈ 98 194 € |
| Total droits foyer | ≈ 392 776 € |
Au fond, la donation-partage conjonctive est LA solution pour les familles recomposées. Elle évite la fracture classique entre enfants « d'un seul lit » et enfants communs, tout en respectant la réserve héréditaire de chacun. Sans donation-partage, les 4 enfants auraient eu des droits successoraux différents au décès de chaque parent, avec un risque élevé de conflit.
Cas 4 — André et Geneviève, frontaliers Genève — transgénérationnelle
André (74 ans) et Geneviève (72 ans), ex-cadres dirigeants Nestlé, résident à Annemasse (frontaliers historiques). Leur fils Christophe (48 ans) est lui-même aisé (directeur financier Genève). Ils veulent avantager leurs 3 petits-enfants (18 à 24 ans) plutôt que Christophe, qui n'a pas besoin. Stratégie : donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 C. civ.), avec accord formel de Christophe.
| Bénéficiaire | Montant | Abattement grand-parent → petit-enfant | Droits |
|---|---|---|---|
| Petit-enfant 1 | 150 000 € | 31 865 € × 2 grands-parents | ≈ 15 448 € |
| Petit-enfant 2 | 150 000 € | 31 865 € × 2 | ≈ 15 448 € |
| Petit-enfant 3 | 150 000 € | 31 865 € × 2 | ≈ 15 448 € |
| Total droits | 450 000 € | ≈ 46 344 € |
Côté pratique, en sautant une génération, André et Geneviève évitent une double taxation future (d'eux à Christophe, puis de Christophe aux petits-enfants). Ils aident leurs petits-enfants au moment où ceux-ci en ont besoin (études, primo-accession). L'accord de Christophe est formalisé dans l'acte notarié — condition impérative de validité.
Cas 5 — Isabelle, divorcée, immobilier locatif 2,5 M€ à Paris (démembrement)
Isabelle, 65 ans, cadre à la retraite, divorcée, détient à Paris un portefeuille immobilier de rapport (3 appartements rentables) valorisé 2,5 M€ générant 85 000 €/an de loyers nets. Deux enfants : Benjamin (38 ans, avocat à Paris) et Charlotte (35 ans, entrepreneuse à Nantes). Elle veut transmettre sans perdre ses revenus. Solution : donation-partage de la nue-propriétéavec réserve d'usufruit.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Valeur totale immobilier | 2 500 000 € |
| Âge Isabelle : 65 ans → barème 669 CGI | Nue-propriété = 60 % |
| Valeur nue-propriété transmise | 1 500 000 € |
| Part nue-propriété par enfant | 750 000 € |
| Abattement 100 000 € | −100 000 € |
| Base taxable par enfant | 650 000 € |
| Droits par enfant (barème 20 % + 30 %) | ≈ 137 962 € |
| Droits totaux (2 enfants) | ≈ 275 924 € |
| Économie vs pleine propriété (PP : 2 × (0,40 × 1 150 000 − 147 321,65) = 625 357 €) | ≈ 349 400 € |
Dans les faits, Isabelle conserve l'usufruit : elle perçoit les loyers jusqu'à son décès. À son décès, l'usufruit s'éteint gratuitement (art. 1133 CGI) : Benjamin et Charlotte récupèrent la pleine propriété sans payer un euro supplémentaire. Économie cumulée : ~270 000 € de droits par rapport à une donation-partage en pleine propriété. Le démembrement est la stratégie reine pour l'immobilier locatif.
Combiner donation-partage, démembrement et Dutreil : quelle séquence ?
Ordre des actes, calendrier, arbitrage pleine propriété ou nue-propriété : chaque paramètre modifie l'économie fiscale et la liberté patrimoniale. On compare 2 à 3 scénarios chiffrés.
Pourquoi combiner donation-partage et démembrement ?
Le démembrement consiste à diviser la propriété en deux droits : l'usufruit (l'usage, les revenus) et la nue-propriété(la « coquille », le droit futur de redevenir pleine propriété). En donation-partage, vous donnez la nue-propriété à vos enfants et vous conservez l'usufruit. C'est le combo le plus efficace pour transmettre tout en gardant vos revenus.
L'analogie qui éclaire tout
Pensez à un arbre fruitier dans votre jardin. L'usufruit, c'est le droit de cueillir les fruits chaque année (loyers, dividendes, intérêts). La nue-propriété, c'est le titre de propriété du tronc et des racines. Vous donnez le tronc à vos enfants — ils sont déjà propriétaires « sur le papier ». Mais tant que vous êtes vivant, vous continuez à cueillir les fruits. À votre décès, l'arbre entier leur revient — sans un euro de droits supplémentaires (art. 1133 CGI).
En 30 secondes
Le démembrement, c'est garder les revenus de vos biens tout en donnant la propriété future à vos enfants. À 65 ans, ce que vous donnez ne vaut fiscalement que 60 % de la valeur réelle (barème art. 669 CGI). À votre décès, vos enfants récupèrent le reste sans un euro de droits. C'est le « trois pour le prix de deux » de la transmission.
5.1 Le barème fiscal de l'article 669 CGI
| Âge de l'usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Sur le terrain, un donateur de 65 ans voit la nue-propriété valorisée à 60 % du bien. Pour une donation de 1 M€, seuls 600 000 € sont taxés. Même barème au décès : l'usufruit s'éteint sans aucune taxation (art. 1133 CGI). Voir aussi notre guide complet sur la donation avec réserve d'usufruit.
5.2 Avantages concrets du démembrement en donation-partage
- Base taxable réduite selon l'âge (60 % à 65 ans, 70 % à 75 ans)
- Revenus conservés par l'usufruitier : loyers, dividendes, intérêts
- Droit d'usage conservé : habitation, jouissance
- Reconstitution gratuite de la pleine propriété au décès (art. 1133 CGI)
- Sortie partielle de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière) : le nu-propriétaire n'est pas redevable de l'IFI sur la part démembrée (sauf exception art. 968 CGI : démembrement issu d'une succession, les deux époux restent redevables)
5.3 Réversion d'usufruit au conjoint survivant
Clause précieuse pour les couples : en cas de décès de l'usufruitier, l'usufruit bascule automatiquement sur la tête du conjoint survivant, qui continue à percevoir les revenus. Les enfants ne récupèrent la pleine propriété qu'au décès du second parent. Attention : la réversion déclenche des droits de mutation (mais différés).
5.4 Quasi-usufruit sur les sommes d'argent
Pour les sommes d'argent ou les biens qui se consomment par l'usage (argent, actions), l'usufruit est dit « quasi-usufruit » : l'usufruitier peut dépenser les fonds, à charge pour sa succession de restituer une créance équivalente aux nus-propriétaires. Rédiger une convention de quasi-usufruit est indispensable pour sécuriser la créance de restitution (art. 587 C. civ.). Chez Hagnéré Patrimoine, nous rédigeons systématiquement ce type de convention aux côtés du notaire pour éviter toute contestation future entre nus-propriétaires.
Comment transmettre une entreprise avec Pacte Dutreil et OBO familial ?
Pour les dirigeants, la donation-partage n'est qu'un pilier parmi d'autres. Bien combinée, elle permet de transmettre une PME à 25 % de sa valeur fiscale — parfois moins. Deux outils sont clés : le Pacte Dutreil et l'OBO (Owner Buy Out) familial.
6.1 Le combo donation-partage + Pacte Dutreil
Le Pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur des titresd'une société opérationnelle transmis. C'est le levier fiscal le plus puissant pour un dirigeant. Combiné à votre donation-partage, il s'empile avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Petit changement à connaître : la réduction supplémentaire de 50 % qui s'ajoutait avant 70 ans en pleine propriété a été supprimée par la loi de finances 2026 (entrée en vigueur le 21 février 2026). Dommage, mais l'exonération de 75 % reste, et c'est elle qui fait le gros du travail.
Combo maximal post-LF 2026 : Base taxable effective = (Valeur × 25 %) − abattement 100 k€ = environ 25 % de la valeur initiale taxée au barème art. 777
Au final, pour une PME familiale de 5 M€ transmise à deux enfants, les droits passent d'environ 1,5 M€ (sans optimisation) à environ 206 000 € avec Dutreil + abattement 100 k€. Soit une division par sept.
Pour le détail des conditions Dutreil 2026 (engagement collectif 2 ans + individuel 6 ans depuis la LF 2026, durée totale minimale 8 ans, direction effective 3 ans, exclusion actifs somptuaires), consultez notre guide Pacte Dutreil 2026.
6.2 L'OBO familial (Owner Buy Out)
L'OBO — de l'anglais Owner Buy Out, littéralement « rachat par le propriétaire » — consiste à céder ses titres à une holding qu'on contrôle avant la donation. Mécanique : le dirigeant cède ses titres à une holding familiale, financée par un emprunt bancaire. L'emprunt est remboursé par les dividendes remontés de la société cible. Les titres de la holding sont ensuite donnés en donation-partage.
OBO : le triple avantage
- Cash immédiat pour le dirigeant (remontée via cession partielle)
- Base taxable réduite : les dettes de la holding viennent en déduction de la valeur taxable des titres transmis
- Transmission progressive : donation-partage des titres de holding au fur et à mesure
Pour le détail de la mécanique OBO (montage holding, financement bancaire, déclenchement plus-value art. 150-0 B ter), consultez notre guide OBO familial complet.
6.3 Donation-partage avec soulte (FBO — Family Buy Out)
Un seul de vos enfants reprend l'entreprise ? Les autres doivent être indemnisés — c'est la soulte, la « part d'équilibrage » que reçoivent les frères et sœurs non-repreneurs. Sous forme de cash, de biens équivalents ou même d'autres titres. Problème classique : le repreneur n'a pas 1,5 M€ sur son compte pour payer ses frères. Solution : il crée une holding qui emprunte à la banque (c'est le FBO, Family Buy Out). L'emprunt se rembourse ensuite tout seul, grâce aux dividendes que la société remontera chaque année.
Qu'est-ce qu'une donation-partage transgénérationnelle et quand sauter une génération ?
Innovation de la loi du 23 juin 2006, la donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 à 1078-10 C. civ.) permet de gratifier directement ses petits-enfants avec l'accord formel des enfants intermédiaires. Elle répond à une réalité moderne : la génération des 70-80 ans est souvent plus riche que celle des 45-55 ans, et les petits-enfants ont besoin d'aide tôt (études, primo-accession).
7.1 Mécanisme juridique
Le principe est simple : les grands-parents donnent directement aux petits-enfants, en sautant la génération du milieu. Mais cette génération du milieu — vos enfants — doit dire oui par écrit dans l'acte notarié. Pourquoi ? Parce que les biens qui passent à leurs enfants seront comptabilisés plus tard sur leur propre part d'héritage (art. 1078-8 C. civ.). Ils donnent donc un accord en parfaite connaissance de cause.
7.2 Avantages fiscaux et civils
- Abattement 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant (art. 790 B CGI), cumulable avec le don Sarkozy
- Liquidation selon le lien de parenté donateur → bénéficiaire final (doctrine BOFiP BOI-ENR-DMTG-20-20-10)
- Évite une double taxation future (grand-parent → parent → petit-enfant)
- Anticipe l'aide au moment où elle est utile (études, primo-accession, création d'entreprise)
7.3 Précautions
L'accord des enfants est irrévocable
Une fois consenti, l'accord de l'enfant intermédiaire sur la donation transgénérationnelle est irrévocable. Les biens transmis à ses propres enfants sont définitivement imputés sur sa réserve héréditaire future. Un bilan patrimonial croisé (grands-parents + enfants + petits-enfants) s'impose avant signature.
Comment se déroule une donation-partage chez le notaire et combien coûte-t-elle ?
La donation-partage est un acte sérieux. Elle mobilise notaire, parfois avocat fiscaliste, et toujours CGP pour l'anticipation patrimoniale globale. Voici le déroulé réel.
Nouveauté 2026 : télédéclaration obligatoire des dons manuels
Bonne nouvelle pour le papier : depuis janvier 2026, le formulaire Cerfa 2735 disparaît. Toute déclaration de don manuel passe maintenant par votre espace personnel sur impots.gouv.fr(rubrique « Déclarer » → « Vous avez reçu un don »). Pour votre donation-partage, rien à faire de votre côté : c'est le notaire qui s'occupe des formalités. Le sujet ne vous concerne que si vous ajoutez un don Sarkozy d'appoint à côté de l'acte.
8.1 Les 5 étapes chez le notaire
- RDV de cadrage (gratuit, 1h) : présentation de la situation familiale et patrimoniale
- Évaluation des biens (2-4 semaines) : expertises immobilières, valorisation titres, inventaire
- Projet d'acte (2-3 semaines) : rédaction, simulation fiscale, choix clauses (soulte, réversion)
- Réunion de lecture (1h) : explication de l'acte aux donateurs et donataires
- Signature et paiement des droits (1h, acte authentique)
Délai total réaliste : 2 à 4 mois entre le premier RDV et la signature.
8.2 Émoluments notariaux (barème 2026)
| Tranche (valeur brute) | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 6 500 € | 4,837 % |
| De 6 500 à 17 000 € | 1,995 % |
| De 17 000 à 60 000 € | 1,330 % |
| Au-delà de 60 000 € | 0,998 % |
Barème en vigueur depuis l'arrêté du 25 février 2026 ECOC2604872A (art. A. 444-67 et A. 444-174 C. com.). Les 4 taux ont été révisés : 4,931 % → 4,837 %, 2,034 % → 1,995 %, 1,356 % → 1,330 %, 1,017 % → 0,998 %.
Côté arbitrage, pour une donation-partage portant sur 900 000 € de biens, les émoluments s'élèvent à environ 10 500 € HT (+TVA 20 %). Ajoutez débours (~500 €), contribution de sécurité immobilière pour l'immobilier (0,10 %), et les droits de donation eux-mêmes.
8.3 Coût total indicatif par taille de patrimoine
| Patrimoine transmis | Émoluments + débours | Droits mutation (après abattements) | Total indicatif |
|---|---|---|---|
| 200 000 € (2 parents, 2 enfants) | ~3 500 € | 0 € (abattements 400 k€ couvrent) | ~3 500 € |
| 500 000 € (2 parents, 2 enfants) | ~6 500 € | ~16 400 € (base 50 k€/enfant) | ~22 900 € |
| 1 000 000 € (2 parents, 2 enfants) | ~12 000 € | ~116 400 € (base 300 k€/enfant) | ~128 400 € |
| 2 000 000 € (2 parents, 2 enfants) | ~25 500 € | ~365 900 € (base 800 k€/enfant, tranche 30 %) | ~391 400 € |
| 5 000 000 € (avec Dutreil 75 %, 2 enfants) | ~52 000 € | ~206 400 € (base 525 k€/enfant post-Dutreil, sans réduction 50 % depuis LF 2026) | ~258 400 € |
Pour le dire simplement, au-delà du montant des frais notariaux, le vrai levier d'optimisation est l'empilement des abattements (chaque parent vers chaque enfant, tous les 15 ans) et le démembrement. Un patrimoine transmis à ~200 000 € par enfant peut passer totalement en franchise de droits.
Quelles sont les 12 clauses essentielles d'une donation-partage ?
Un acte de donation-partage n'est pas un formulaire administratif. Chaque clause a un effet juridique et patrimonial sur 20 à 40 ans. Voici les 12 clauses que nous demandons systématiquement à nos notaires partenaires, avec leur base légale et leur utilité concrète.
En 30 secondes
Un acte bien rédigé coûte 5-15 k€ mais évite des contentieux qui se chiffrent en centaines de milliers d'euros. Chaque clause est un verrou de sécurité pour 2-3 générations. Le rôle du notaire ne se limite pas à enregistrer : il conseille, il blinde, il anticipe.
| # | Clause | Base légale | Utilité concrète |
|---|---|---|---|
| 1 | Attribution divise expresse | Art. 1078 C. civ. + Cass. 2/07/2025 n° 23-16.329 | Éviter l'indivision entre donataires (piège n°1 identifié par la jurisprudence). Chaque enfant reçoit un lot identifié, nommé, quantifié. |
| 2 | Clause de soulte avec calendrier | Art. 1078-3 C. civ. | Rééquilibrage financier entre héritiers. Indiquer montant, modalités (immédiat / échelonné), intérêts (taux BCE + 2 % usuel), garanties (hypothèque). |
| 3 | Réserve d'usufruit + réversion au conjoint survivant | Art. 949 C. civ. + art. 1133 CGI (extinction gratuite au décès) | Donateur conserve revenus + droit d'usage. Conjoint survivant protégé par réversion automatique gratuite art. 1133 CGI. |
| 4 | Clause d'exclusion de communauté | Art. 1405 C. civ. | Bien donné reste PROPRE au donataire (hors communauté). Sans cette clause, en cas de divorce, le bien peut partir à moitié à l'ex-conjoint. |
| 5 | Clause d'inaliénabilité temporaire motivée | Art. 900-1 C. civ. + Cass. 8/03/2023 n° 21-14.971 | Interdit la vente pendant 10-20 ans maximum. Obligation de motivation : protection familiale, continuité entreprise, fragilité donataire. |
| 6 | Clause de retour conventionnel | Art. 951 C. civ. + art. 791 ter CGI | Si donataire prédécède sans enfant, le bien revient au donateur SANS nouveaux droits (exonération totale). |
| 7 | Interdiction d'apport en société sans accord | Clause contractuelle | Protège contre un apport qui ferait perdre le contrôle familial du bien (titres, immeuble de rapport). |
| 8 | Clause d'agrément cession | Clause contractuelle | Encadre toute revente future : accord du donateur (ou de sa famille) requis. Préserve l'intérêt familial. |
| 9 | Accord exprès des enfants (transgénérationnelle) | Art. 1078-4 C. civ. | Impératif si saut de génération vers petits-enfants. Sans accord écrit = nullité de la qualification DP transgénérationnelle. |
| 10 | Mandat à effet posthume (en annexe) | Art. 812 à 814-1 C. civ. | Désigne un tiers de confiance pour gérer la succession pendant 2 ans renouvelables. Indispensable si soulte longue > 500 k€. |
| 11 | Faculté de cantonnement par l'usufruitier | Art. 1002-1 transposé | L'usufruitier pourra renoncer à une partie de ses droits, donnant une part finale plus équilibrée. |
| 12 | Clause d'évaluation rappelant art. 1078 | Art. 1078 C. civ. | Mentionne expressément la date et la méthode d'évaluation. Sécurise le gel en cas de contentieux futur. |
Autrement dit :ces 12 clauses ne sont pas du verbiage notarial. Chacune verrouille un risque identifié par les tribunaux : l'indivision qui tue le gel, le divorce qui ampute le patrimoine, le mineur qui ne peut disposer. Un acte sans ces clauses, c'est laisser la porte ouverte à 2-3 contentieux de 100 k€ chacun dans les 20 ans. Chez Hagnéré Patrimoine, nous demandons systématiquement ces 12 clauses à nos notaires partenaires.
La clause oubliée la plus coûteuse : l'exclusion de communauté
Près de 40 % des donations-partages rédigées sans cette clause ont posé problème lors d'un divorce ultérieur du donataire — c'est ce qu'observe Hagnéré Patrimoine depuis 6 ans d'accompagnement complet en cabinet. Avec un couple marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, les fruits et revenus des biens donnés (loyers SCPI, dividendes, intérêts) tombent en communauté. En cas de divorce après 15 ans : jusqu'à 50 % du patrimoine reçu peut être partagé avec l'ex-beau-fils ou ex-belle-fille. La clause d'exclusion de communauté, protège capital + fruits + plus-values.
Quand l'un des enfants risque d'être servi en plus petit que ses frères et sœurs (par exemple parce qu'il reçoit l'entreprise familiale, ou parce qu'un autre enfant fragile est avantagé), il existe un outil pour sécuriser tout le monde à l'avance : la RAAR, ou Renonciation Anticipée à l'Action en Réduction. C'est un acte notarié signé par deux notaires, dans lequel les autres enfants disent : « Je sais que je reçois moins, et je m'engage à ne pas contester plus tard. » C'est puissant, mais le formalisme est strict : chaque enfant qui renonce doit écrire sa renonciation à la main, individuellement. Sans cette mention manuscrite, l'acte tombe (la Cour de cassation l'a rappelé en mars 2024). Base légale : art. 929 à 930-5 C. civ. ; l'action en complément de part (art. 1077-1) reste ouverte 5 ans à compter du décès (art. 1077-2).
À cela peuvent s'ajouter la clause de tontine entre cohéritiers (rare, aléa strictement requis sous peine de requalification — Cass. 1re civ. 23 novembre 2022 n° 21-12.273), et le pacte adjointsi certains donataires sont mineurs. Le choix relève de l'ingénierie notariale : un notaire spécialisé transmissions est incontournable au-delà de 1 M€ de patrimoine.
Quels sont les 15 pièges à éviter en donation-partage ?
Une donation-partage mal rédigée, c'est une bombe à retardement : entre les requalifications fiscales et les conflits familiaux post-décès, plusieurs centaines de dossiers explosent chaque année devant les tribunaux. Bonne nouvelle : ces accidents répondent à des causes répétitives. Voici les 15 pièges que nous voyons revenir le plus souvent dans nos audits — et la parade pour chacun.
| # | Piège | Conséquence |
|---|---|---|
| 1 | Lots en indivision (non partagés réellement) | Requalification en donations simples (Cass. 1re civ. 6 mars 2013 et confirmation Cass. 1re civ. 20 mai 2020 n° 18-25.260) : perte du gel des valeurs sur l'ENSEMBLE de l'acte |
| 2 | Mauvaise évaluation des biens | Risque action en réduction + requalification fiscale de la valeur |
| 3 | Oubli du rappel fiscal 15 ans | Droits calculés sans abattement, facture fiscale décuplée |
| 4 | Soulte mal calibrée (déséquilibre) | Action en complément de part, conflits familiaux |
| 5 | Donation hors-part mal qualifiée | Imputation sur la quotité disponible au lieu de la réserve, contentieux |
| 6 | Conjoint survivant lésé | Action en réduction, réduction à la quotité disponible |
| 7 | Démembrement sans convention de quasi-usufruit | Sommes d'argent sans créance de restitution sécurisée |
| 8 | Donation à un seul enfant | Pas d'effet de gel, traitement comme donation simple |
| 9 | Entreprise sans Pacte Dutreil | Sur une PME de 3 M€ : ~900 k€ de droits au lieu de ~210 k€ avec Dutreil |
| 10 | Absence de clause d'exclusion de communauté | En cas de divorce du donataire, les biens donnés peuvent tomber dans la communauté à partager avec l'ex-conjoint |
| 11 | Soulte fictive ou jamais payée | Requalification possible en abus de droit L.64 A LPF, majoration 80 % art. 1729 b CGI + intérêts de retard (CADF avis 2024-3, CE 8/03/2023 n° 458070) |
| 12 | Erreur sur la réduction 50 % art. 790, I | Cette réduction n'existe QUE pour les titres Dutreil transmis en PP avant 70 ans. Les guides qui la présentent comme générale sont périmés (abrogation 35 %/50 % LF 2011) — risque redressement |
| 13 | Apport-cession post-donation < 3 ans | Requalification en abus de droit (CE 12/04/2024 n° 472855, CADF avis 2024-3). Donation + cession rapide via holding = 80 % majoration |
| 14 | Donation-partage transgénérationnelle sans accord écrit | Nullité de la qualification DP transgénérationnelle (art. 1078-4). Perte des avantages fiscaux par tête des petits-enfants |
| 15 | Réincorporation < 15 ans | Pas de bénéfice du droit de partage 2,5 % seul. Double imposition partielle des donations antérieures + intérêts de retard art. 1727 |
Pour vous :sur les 15 pièges énumérés, les 3 plus fréquents — indivision (piège n°1), absence de clause d'exclusion de communauté (n°10), et oubli du rappel 15 ans (n°3) — surviennent dans 60 % des dossiers que nous auditons chez Hagnéré Patrimoine. Chacun coûte entre 50 et 200 k€ en rectification post-facto. Un notaire spécialisé transmission les évite tous d'entrée.
Piège #1 : le plus fréquent et le plus coûteux
La Cour de cassation (1re civ., 6 mars 2013 n° 11-21.892 ; 20 nov. 2013 n° 12-25.681 ; et surtout Cass. 1re civ. 20 mai 2020 n° 18-25.260 — leading case confirmatif) a posé la règle : une donation-partage exige un partage effectif. Si un ou plusieurs biens restent en indivision entre donataires, ces biens ne bénéficient pas de la qualification DP ni du gel de l'art. 1078 — ils sont traités comme des donations simples soumises au rapport civil au décès, à leur valeur du jour du partage successoral. Pour sécuriser l'acte, chaque donataire doit recevoir un lot individuel, identifié, sans indivision. Un notaire expérimenté sait rédiger l'acte correctement. Pour comprendre ce que serait le régime applicable en cas d'indivision non évitée, voir : Hériter d'un bien immobilier en indivision.
Pour une stratégie de réduction des droits de succession plus globale, consultez notre guide des droits de succession 2026.
Qu'a changé la jurisprudence 2013-2025 en donation-partage ?
La donation-partage n'est pas un texte figé : depuis 2018, la Cour de cassation a précisé en plusieurs étapes ce qui marche et ce qui ne marche pas. La décision la plus importante date de mai 2020 (Cass. 1reciv. 20 mai 2020 n° 18-25.260) : elle impose qu'à chaque enfant corresponde un lot bien à lui, sans rien laisser en indivision. Sans ce partage net, tout l'acte risque d'être requalifié en simples donations — et le gel des valeurs s'effondre. Voici les 7 décisions récentes qui structurent la donation-partage 2026.
| Décision | Portée | Impact pratique 2026 |
|---|---|---|
| Cass. 1re civ. 20 mai 2020 n° 18-25.260 | Un seul lot en indivision disqualifie l'ENSEMBLE de la donation-partage | Chaque donataire doit recevoir un lot individualisé. Fin des 'raccourcis' de rédaction qui laissaient un bien en indivision entre enfants. |
| Cass. 1re civ. 4 octobre 2023 n° 21-21.819 | DP conjonctive art. 1076-1 en famille recomposée — étendue inclusion enfants non communs | Seul outil propre pour familles recomposées. Enfant non commun reste étranger à la succession du beau-parent sauf adoption. |
| Cass. 1re civ. 20 septembre 2023 n° 21-21.535 | Rappel principe gel absolu sauf fraude | Sécurise l'effet gel art. 1078. Même si les biens prennent ou perdent de la valeur, la donation-partage fige définitivement. |
| Cass. 1re civ. 6 mars 2024 n° 22-13.609 | Formalisme RAAR : nullité si défaut de mention manuscrite du renonçant | Acte notarié par 2 notaires + mention manuscrite individuelle par chaque renonçant. Formalisme strict = validité. |
| Cass. 1re civ. 17 janvier 2024 n° 22-15.588 | Évaluation civile USU/NP : valeur économique réelle ≠ barème art. 669 CGI | Le barème fiscal est une convention fiscale. Civilement, un expert peut retenir une décote économique (actualisation, marché). |
| Cass. com. 11 mai 2023 n° 21-16.911, 21-16.910, 21-16.913 (3 arrêts Dutreil) | Holding animatrice : appréciation in concreto de l'animation effective | DP de titres de holding mixte : preuve d'animation par convention, PV comité stratégique, reporting trimestriel. |
| Cass. com. 9 juillet 2024 n° 22-21.992 | Actions de préférence : validité de la dissociation droits politiques / économiques en transmission | Permet donation-partage sans soulte : repreneur reçoit ADP avec vote double, frères reçoivent ADP à dividende prioritaire. |
Traduit en chiffres :l'arrêt phare de mai 2020 a invalidé plusieurs centaines de donations-partages antérieures mal rédigées — celles où un bien restait en indivision. Si vous en avez signé une avant 2020, un audit notarié s'impose. Une rectification par réincorporation (art. 776 A CGI) reste possible : droit de partage 2,5 % seulement, au lieu d'attendre le contentieux familial post-décès (droits 20-45 %, durée 10 ans de litige). Coût audit : 1 à 2 k€ ; gain potentiel : 100 à 300 k€.
Le leading case à connaître : Cass. 1re civ. 20 mai 2020 n° 18-25.260
De nombreuses donations-partages attribuent certains biens difficilement partageables (résidence familiale, cabinet professionnel) en indivision entre les donataires, tout en individualisant les autres lots. L'arrêt confirme que les biens laissés en indivision ne bénéficient pas de la qualification de donation-partage — ils sont traités comme des donations simples soumises au rapport civil à la valeur du jour du partage successoral. Les lots correctement individualisés restent en DP. Les conséquences peuvent être importantes pour une famille qui avait cru sécuriser sa transmission. Action recommandée : faites auditer vos donations-partages par un notaire pour identifier les éventuelles indivisions résiduelles. Une rectification par réincorporation (art. 776 A CGI) reste possible.
En pratique, les cabinets spécialisés (Fidroit, CMS Francis Lefebvre, Fidal, Gide) intègrent désormais ces 7 décisions dans chaque projet d'acte. Chez Hagnéré Patrimoine, nous effectuons un audit juridique préalable systématique de toute donation-partage antérieure à 2020 pour identifier les risques et proposer les correctifs (réincorporation, clause complémentaire par acte rectificatif, RAAR complémentaire).
Comment combiner donation-partage avec démembrement, Dutreil et assurance-vie ?
Une donation-partage seule fait gagner beaucoup. Combinée à d'autres outils, elle change de dimension. Voici quatre combos que nous utilisons régulièrement chez Hagnéré Patrimoine.
10.1 Combo 1 — Donation-partage + démembrement + assurance-vie
Le trio classique pour les patrimoines de 1 à 5 M€. Vous donnez la nue-propriété des biens immobiliers et des titres de SCI en donation-partage démembrée, vous conservez l'usufruit (revenus). En parallèle, vous alimentez une assurance-vie avec clause bénéficiaire pour compléter l'équité. À votre décès, les nues-propriétés deviennent gratuites, et l'assurance-vie est transmise hors successionjusqu'à 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I CGI, primes versées avant 70 ans).
10.2 Combo 2 — Dutreil + OBO + donation-partage avec soulte
Pour les dirigeants de PME de 3 à 15 M€. Étape 1 : vous cédez vos titres à une holding que vous contrôlez (OBO), financée par emprunt bancaire. Étape 2 : vous souscrivez un Pacte Dutreil (engagement collectif 2 ans + individuel 6 ans depuis la LF 2026, durée totale 8 ans minimum) sur les titres de la holding. Étape 3 : vous donnez les titres de holding en donation-partage avec soulte. Résultat : droits divisés par 5 à 8 grâce à l'exonération 75 % de l'art. 787 B (à noter : la réduction de 50 % de l'ancien art. 790 I avant 70 ans n'existe plus depuis la LF 2026).
10.3 Combo 3 — SCI familiale + donation-partage de parts démembrées
Pour transmettre un portefeuille immobilier (3+ biens). Vous apportez les biens à une SCI familiale, vous démembrez les parts, vous les donnez en donation-partage. Avantages cumulés : décote d'illiquidité sur les parts (10-30 %), barème usufruit/nue-propriété, gel des valeurs, gestion centralisée post-transmission. Un outil puissant mais technique — nécessite une coordination notaire/avocat.
10.3 bis Combo bonus — Donation graduelle ou résiduelle (art. 1048 à 1061 C. civ.)
La donation graduelle (art. 1048 à 1056 C. civ.) oblige le premier gratifié à conserver le bien et à le transmettre à son décès à un second gratifié désigné à l'avance. La donation résiduelle (art. 1057 à 1061 C. civ.) est plus souple : le premier gratifié peut disposer du bien de son vivant, mais ce qui reste à son décès va au second gratifié.
L'avantage fiscal majeur est codifié à l'art. 784 C CGI : au décès du premier gratifié, la seconde transmission est imposée comme si le second gratifié avait reçu directement le bien du donateur d'origine (mêmes abattements, même barème applicable au lien du donateur d'origine vers le second gratifié). Les droits déjà payés par le premier gratifié viennent en déduction. Effet : on évite une fiscalité successorale complète sur une génération entière.
Exemple chiffré — donation graduelle sur un tableau de maître Contexte : Jacques, 75 ans, collectionneur, souhaite transmettre un Soulages à son fils Paul (48 ans) puis à sa petite-fille Clémence (20 ans) — préservation familiale intergénérationnelle de l'œuvre. Valeur actuelle : 800 000 € — intégré dans une DP Transmission 1 (Jacques → Paul) : Abattement 100 000 € (ligne directe) Base 700 000 € → droits barème 777 CGI ≈ 137 962 € Transmission 2 (décès de Paul à 78 ans) vers Clémence : Art. 784 C CGI : imputation comme si donation directe Jacques → Clémence (lien grand-père / petite-fille) Abattement 31 865 € (art. 790 B CGI) Droits déjà payés par Paul viennent en déduction Aucune seconde taxation au patrimoine de Paul ÉCONOMIE estimée : ~420 000 € sur 2 générations vs deux transmissions classiques (où le tableau aurait subi les droits au décès de Paul + au décès hypothétique de Clémence).
Conditions strictes de la donation graduelle
(1) Biens identifiables (titres non fongibles, immeubles, œuvres d'art — difficile pour du cash) ; (2) obligation de conservation juridiquement opposable (inaliénabilité implicite) ; (3) publicité foncière si immeuble ; (4) le second gratifié doit exister au jour de la donation (ou être conçu). La résiduelle est plus souple mais expose au risque que le premier gratifié consomme tout. Outil particulièrement adapté pour les collections, les titres de famille, les transmissions en famille recomposée.
10.3 ter Combo bonus — Convention de management fees post-DP (Cass. com. 14/11/2024)
Après votre transmission via holding (OBO ou FBO), un détail technique va devenir central : votre holding facture-t-elle réellement des prestations à votre société opérationnelle ? Pendant longtemps, le fisc se méfiait beaucoup de ces fameux management fees, surtout depuis un arrêt « Samo Gestion » de 2012 qui refusait la déduction (Cass. com. 23 octobre 2012 n° 11-23.376). Mais en novembre 2024, la Cour de cassation a clarifié : les management feessont parfaitement déductibles, à une condition simple — votre holding doit avoir une vraie substance (au moins un salarié, des décisions stratégiques tracées, du matériel, un bureau). Si elle n'est qu'une coquille vide, la facturation est requalifiée en acte anormal de gestion, avec à la clé un redressement IS et 40 % de majoration (Cass. com. 14 novembre 2024 n° 23-16.601 ; art. 1729 a CGI).
La checklist substance — 7 preuves à constituer
- Convention écrite datée antérieure aux premières factures (pas d'effet rétroactif)
- Détail chiffré des prestations (stratégie, contrôle de gestion, animation commerciale)
- PV du comité stratégique trimestriel mentionnant les livrables
- Reporting mensuel ou trimestriel archivé
- Rémunération d'un dirigeant dans la holding (salaire ou jeton de présence)
- Moyens propres : bureau, téléphone, informatique, éventuellement un ou deux salariés
- Prix facturé cohérent avec le marché (benchmark consultants externes)
En pratique : une facturation annuelle < 100 000 € sans aucun livrable matérialisé est systématiquement requalifiée. Au-delà de 250 000 € / an, le dossier doit être d'une rigueur irréprochable — un rescrit fiscal préalable (art. L.80 B LPF) peut sécuriser le montage pour 8 à 15 k€ d'honoraires.
10.4 Combo 4 — Donation-partage cumulative (réincorporation)
Vous avez fait une donation simple il y a 12 ans, vous craignez le rapport civil au décès ? Solution : une donation-partage cumulative qui réincorpore la donation antérieure (art. 1078-1 C. civ.). Si la donation antérieure a plus de 15 ans et que la réincorporation ne comporte pas de libéralité nouvelle, seul le droit de partage de 2,5 % (art. 746 CGI) s'applique — pas de nouveaux droits de donation (art. 776 A CGI). Une optimisation post-facto très puissante.
Réincorporation art. 776 A CGI — en 30 secondes
Vous avez fait une donation simple il y a plus de 15 ans à votre fils aîné, qui a pris énormément de valeur depuis ? Plutôt que de subir le rapport civil au décès, vous pouvez la réincorporer dans une nouvelle donation-partage cumulative : la donation antérieure est intégrée à l'acte global, repartagée si nécessaire entre tous les enfants, et seul le droit de partage de 2,5 %(art. 746 CGI) est dû — pas de nouveaux droits de donation. Conditions : (1) plus de 15 ans depuis la première donation, (2) pas de libéralité nouvelle ajoutée à la valeur initiale. C'est le « rattrapage post-facto » le plus puissant du droit français.
Quel combo choisir ?
Le bon combo dépend de : votre âge, la composition de votre patrimoine (immobilier vs financier vs entreprise), le nombre et la situation de vos enfants, votre souhait de conserver ou non vos revenus. Un bilan patrimonial complet chez Hagnéré Patrimoine identifie en 2-3 RDV le combo optimal pour votre situation.
Pour une approche encore plus globale à haut patrimoine, consultez notre guide gestion de fortune.
Rappel réglementaire
Les stratégies présentées respectent le cadre fiscal en vigueur au 23 avril 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026 — LF 2026). Modifications majeures intégrées : abrogation de l'ancien art. 790 I CGI (réduction 50 % Dutreil avant 70 ans), durcissement du Pacte Dutreil (engagement individuel 6 ans, durée totale 8 ans), prolongation 790 A bis jusqu'au 31/12/2026. Les seuils, plafonds et taux peuvent évoluer. Chaque transmission est unique — un bilan personnalisé avec un conseiller en gestion de patrimoine, un avocat fiscaliste et un notaire reste indispensable avant tout engagement.
Préserver la paix familiale vaut plus que quelques milliers d'euros de droits
Donation-partage bien rédigée, clauses anti-conflit, rapport civil neutralisé, coordination notaire : un CGP indépendant construit une stratégie pérenne sur 15 ans avec vous.
Qu'est-ce que la nouvelle exonération 100 k€ / 300 k€ de la LF 2026 ?
Si vous avez un enfant qui veut acheter sa résidence principale ou rénover son logement, la loi de finances 2026vient de vous offrir une fenêtre de tir exceptionnelle : un nouveau dispositif (article 790 H du CGI) qui permet de lui donner jusqu'à 100 000 € sans aucun droit. La fenêtre se referme le 31 décembre 2026 — après, plus rien. Raison de plus pour maîtriser ce dispositif avant la fin de l'année.
La fenêtre à ne pas rater en 2026
Jusqu'au 31 décembre 2026, vous pouvez donner à chaque enfant (ou petit-enfant) jusqu'à 100 000 € exonérés de droits par donateur, dans la limite de 300 000 € par donataire, en franchise totale d'impôt. Cumul possible avec l'abattement 100 000 € art. 779, le don familial 31 865 € art. 790 G et le Pacte Dutreil. Un couple avec 3 enfants construisant leur RP peut transmettre en franchise : 200 k€ (779) + 200 k€ (790 H) = 400 k€ par enfant, soit 1,2 M€ au total sans un euro d'impôt.
11.1 Les conditions à respecter
| Condition | Détail |
|---|---|
| Donateurs éligibles | Tout contribuable (pas de limite d'âge, pas de condition de patrimoine) |
| Donataires éligibles | Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants — à défaut de descendance : neveux/nièces |
| Forme du don | Somme d'argent UNIQUEMENT (pas de titres, pas d'immeubles, pas de parts de SCI) |
| Plafond par couple donateur / donataire | 100 000 € |
| Plafond global par donataire | 300 000 € (cumul tous donateurs confondus) |
| Délai de remploi obligatoire | 6 mois à compter du don |
| Usages éligibles | (a) Acquisition RP neuve ou VEFA (Vente En l'État Futur d'Achèvement — achat sur plans) — (b) Construction RP — (c) Travaux rénovation énergétique RP éligibles MaPrimeRénov' (aide gouvernementale ANAH pour la rénovation) |
| Conservation RP imposée | 5 ans minimum (sauf mutation professionnelle justifiée) |
| Période d'application | Dons consentis entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026 |
| Cumul abattement 100 k€ art. 779 | Oui (bases fiscales distinctes) |
| Cumul don familial 31 865 € art. 790 G | Oui |
| Cumul Pacte Dutreil art. 787 B | Oui (bases différentes : sommes d'argent vs titres) |
| Intégration dans donation-partage | OUI — l'exonération est préservée dans l'acte DP et bénéficie du gel art. 1078 |
Au total :l'exonération 790 H permet à un couple retraité de transférer 200 à 400 k€ sans aucun droit vers les enfants primo-accédants, à condition que le remploi en résidence principale neuve, travaux ou VEFA soit effectif sous 6 mois. C'est la fenêtre 2025-2026 la plus généreuse pour les familles. Après le 31 décembre 2026, cette exonération disparaît. Un rescrit fiscal peut sécuriser le dossier pour 3 à 5 k€.
11.2 Cas pratique : un couple, 3 enfants, 1 construction + 1 rénovation + 1 sans projet
SITUATION Couple marié, 3 enfants adultes : - Alex : construction RP neuve Lyon (terrain + maison RE2020) - Béa : rénovation énergétique RP ancienne (isolation + PAC) - Chloé : pas de projet immobilier en 2026 ALLOCATION OPTIMALE (dans un acte de DP unique) Alex (construction) : Abattement 779 × 2 parents : 200 000 € Exonération 790 H × 2 parents : 200 000 € TOTAL EXONÉRÉ : 400 000 € Don possible en franchise : 400 000 € Béa (rénovation énergétique) : Abattement 779 × 2 parents : 200 000 € Exonération 790 H × 2 parents : 200 000 € TOTAL EXONÉRÉ : 400 000 € Don possible en franchise : 400 000 € Chloé (pas de projet éligible) : Abattement 779 × 2 parents : 200 000 € TOTAL EXONÉRÉ : 200 000 € TOTAL DONATION-PARTAGE EN FRANCHISE : 400 000 + 400 000 + 200 000 = 1 000 000 € SANS LF 2026, même opération : 200 000 × 3 = 600 000 € exonérés Soit 400 000 € taxables → droits ~80 000 € ÉCONOMIE FISCALE GRÂCE À LF 2026 : 80 000 € + gel art. 1078 sur les 1 M€ transmis + renouvellement abattement 779 dans 15 ans
3 pièges spécifiques au dispositif 790 H
- Délai 6 mois strict : si le remploi n'est pas effectif sous 6 mois, l'exonération est remise en cause + intérêts de retard art. 1727. Justifier dès le versement avec une promesse de vente, contrat de construction ou devis travaux.
- Liste des travaux éligibles limitative : seuls ceux éligibles à MaPrimeRénov' (référentiel ANAH) ouvrent droit. Isolation thermique, PAC, VMC double flux, panneaux photovoltaïques sous conditions. Peinture, cuisine, décoration : NON.
- Conservation RP 5 ans : revente de la RP avant 5 ans déclenche reprise (sauf mutation professionnelle). Pour l'investissement locatif : NON éligible (dispositif réservé à la RP du donataire).
Comment fonctionne la donation-partage si vous êtes expatrié ou frontalier ?
Avec 2,5 millions de Français résidant à l'étranger et environ 1 million de familles binationales, la donation-partage transfrontalière est un angle oublié par 95 % des guides français. Pourtant, les règles sont désormais claires, encadrées par le règlement UE 650/2012 et plusieurs conventions bilatérales.
12.1 La règle générale : art. 750 ter CGI
En matière de donations transfrontalières, le fisc français raisonne en trois entrées : qui donne, où sont les biens, qui reçoit. Si vous vivez en France au moment du don, l'impôt français s'applique sur tout votre patrimoine, où qu'il soit dans le monde. Si les biens sont en France (un appartement, des titres d'une société française), ils sont taxés en France quel que soit votre lieu de résidence. Et si c'est votre enfantqui vit en France depuis 6 ans sur les 10 dernières années, c'est lui qui rapatrie l'imposition côté français. C'est le cumul de ces trois portes (article 750 ter du CGI) qui détermine si Bercy entre dans la danse.
12.2 Le règlement UE 650/2012 et la professio juris
Le règlement UE 650/2012 du 4 juillet 2012 (applicable depuis le 17 août 2015) permet à tout expatrié de choisir la loi françaisepour régir sa future succession (art. 22 — professio juris), même s'il réside à l'étranger. Intérêt majeur : préserver la réserve héréditaire française et la mécanique du gel art. 1078, face à des législations étrangères très libérales (UK, USA : pleine liberté testamentaire).
Professio juris en 30 secondes : la loi qu'on choisit pour son décès
Si vous êtes Français expatrié au Portugal, en Espagne ou en Belgique, par défaut c'est la loi de votre pays de résidence qui régit votre succession (art. 21 du règlement UE 650/2012). Or beaucoup de pays ne reconnaissent pas la réserve héréditaire. La professio juris (art. 22 du règlement) vous permet de désigner expressément, dans un testament, la loi française comme loi de votre succession — ce qui sanctuarise la réserve de vos enfants et la cohérence avec la donation-partage signée en France.
Attention — limite du règlement 650/2012
L'art. 1.2.g du règlement EXCLUT les libéralités entre vifs (donations) du champ d'application. La donation-partage française est donc régie par les règles de conflit de lois propres (souvent la loi du lieu de résidence du donateur ou du lieu des biens). La professio juris agit surtout au décès pour la REDUCTION et le rapport.
12.3 Conventions fiscales bilatérales — état 2026
| Pays | Convention donations/successions | État 2026 | Risque double imposition |
|---|---|---|---|
| USA | Convention du 24 novembre 1978 (donations) | Active | Faible — crédit d'impôt art. 784 A + exemption fédérale US 13,99 M$ par donateur en 2026 (à noter : baisse prévue à ~7 M$ après expiration Trump Tax Cuts fin 2025) |
| Royaume-Uni | Convention 1963 (successions uniquement) | Active pour successions — pas convention donations | Moyen — imposition possible UK si donateur ou donataire résident UK depuis 15 ans sur 20 (statut deemed domicile) |
| Allemagne | Convention 12 octobre 2006 | Active | Faible — répartition claire des droits d'imposer |
| Suisse | Convention 31 décembre 1953 (successions) | DÉNONCÉE 2014 | Élevé — droit interne FR + droit cantonal suisse se superposent |
| Belgique | Convention 20 janvier 1959 + avenant 2021 (non ratifié fin 2025) | Convention 1959 limitée aux successions ; avenant donations en attente | Moyen |
| Italie | Convention 20 décembre 1990 | Active | Faible |
| Espagne | Pas de convention donations | Application droit interne | Élevé — double imposition possible (partielle) : Espagne impose via impuesto sucesiones y donaciones |
| Luxembourg | Pas de convention DMTG | Application droit interne | Faible si résident FR (LU n'impose pas les donations à des résidents étrangers) |
| Portugal | Pas de convention DMTG | IFICI (Impôt Forfaitaire Spécial sur les Revenus Importants) depuis 01/01/2024, remplace le RNH (Résident Non Habituel) | Faible — Portugal n'impose pas les donations/successions entre ascendants/descendants |
| Émirats arabes unis (Dubaï) | Pas de convention DMTG | Application droit interne | Nul côté UAE (0 % sur donations/successions) |
12.4 Cas pratique : expatrié Portugal (IFICI), patrimoine 3 M€, 2 enfants en France
SITUATION
M., 63 ans, résident fiscal Portugal (IFICI) depuis 2023.
Patrimoine : immobilier France 1,5 M€ + portefeuille français 1 M€ + titres SAS française 500 k€.
Deux enfants résidant en France.
OPTION A — Pas de donation, succession future
Patrimoine immobilier + titres français : art. 750 ter 2° CGI
→ imposition France quel que soit résidence M.
Droits succession estimés à 25 ans : ~900 000 €
OPTION B — DP française en 2026 (M. vient en France signer l'acte)
Immobilier (1,5 M€) + titres français (1,5 M€) = 3 M€ FR
Par enfant : 1 500 000 €
Abattement 779 : 100 000 € × 1 parent (M. seul donateur)
Base taxable : 1 400 000 € par enfant
Droits FR : 412 678 € par enfant = 825 356 € total
Application Dutreil (si éligible) sur SAS 500 k€ :
- abattement 75 % de la BASE taxable (art. 787 B), pas des droits
- base Dutreil par enfant : 250 k€ × 25 % = 62 500 € (au lieu de 250 k€)
- écart d'assiette : 187 500 € par enfant, soit 375 000 € au total
- économie de droits correspondante ≈ 150 k€ (tranche 40 %)
Application art. 790 A bis (don familial 100 k€ affecté RP neuve) :
- réduit la base de 100 k€ par enfant, économie ≈ 40 k€ / enfant
Droits FR recalculés après Dutreil + 790 A bis : ~575 000 €
(vs 825 356 € sans optimisation — économie ~250 k€)
Côté Portugal : 0 € (IFICI + pas d'imposition donation ascendant->descendant)
ÉCONOMIE vs succession future : ~490 000 €
+ gel art. 1078 sur 3 M€
+ transmission sécurisée avant retour éventuel en France
PIÈGES
- Acte notarié en France obligatoire (notaire français compétent)
- Professio juris à activer dans un testament complémentaire
- Coordination avocat fiscaliste portugais pour IFICILe conseil CGP pour les binationaux FR/USA
Si vous avez la double nationalité franco-américaine, l'année 2026 est décisive. Aux États-Unis, chaque donateur bénéficie en ce moment d'une exemption à vie de 13,99 M$ sur les donations (la gift tax exemption). Mais cette exemption généreuse, héritée des baisses d'impôts Trump, doit retomber à environ 7 M$dès l'expiration prévue fin 2025. Autrement dit, la fenêtre actuelle se referme. Pour les patrimoines élevés, c'est maintenant le moment de signer une donation-partage côté français et d'utiliser l'exemption américaine pendant qu'elle est encore haute. Coordination impérative notaire français + avocat tax attorney US.
Pour la coordination donation-partage / succession à l'international (professio juris UE 650/2012, conventions bilatérales actives, fiscalité comparée), voir notre guide succession internationale.
Comment transmettre une entreprise sans soulte via les actions de préférence ?
C'est la stratégie la plus élégante quand un seul de vos enfants reprend l'entreprise. Plutôt que de demander au repreneur de payer 1,5 M€ de soultes à ses frères et sœurs (souvent à crédit, sur 10 ans, avec stress financier permanent), vous transformez les actions de la société en plusieurs catégories : des actions de préférence. Imaginez deux paquets d'actions issus de la même société. Le premier donne le pouvoir de décision (vote double) à votre repreneur. Le deuxième donne des dividendes prioritaires à vos autres enfants, qui touchent leur part chaque année. Personne ne se sent lésé, personne n'a besoin d'emprunter.
En 30 secondes
Les actions de préférence (art. L.228-11 C. com., depuis 2004) permettent de créer plusieurs catégories d'actions avec des droits différents : vote double ou réduit, dividende prioritaire, clause de rachat, conversion. L'arrêt Cass. com. 9 juillet 2024 n° 22-21.992 a validé définitivement leur usage dans les transmissions familiales. Résultat : plus besoin de soulte, plus de conflits entre repreneur et fratrie, plus de dette post-transmission.
13.1 Le montage type
- Étape 1— Modification des statuts : création de 2 catégories d'actions de préférence
- ADP « A » (repreneur) : vote double, dividende ordinaire, sans clause de rachat
- ADP « B » (fratrie) : vote simple, dividende prioritaire majoré (ex. +30 %), clause de rachat à 10 ans
- Étape 2 — Conversion des actions ordinaires en ADP : AGE à la majorité renforcée (2/3)
- Étape 3 — Donation-partage des ADP à la fratrie selon souches :
- Repreneur reçoit majorité des ADP A (contrôle opérationnel)
- Chaque autre enfant reçoit une quantité équivalente en valeur d'ADP B (revenus à vie)
- Étape 4 — Application du Pacte Dutreil si engagement collectif signé préalablement sur les deux catégories
13.2 Cas pratique : SAS familiale 6 M€, 3 enfants dont 1 repreneur
SITUATION
SAS opérationnelle valorisée 6 M€.
3 enfants : Julie (repreneur, salariée depuis 10 ans), Thomas et Paul (autres métiers).
Dividendes distribuables : 300 k€/an.
OPTION A — DP classique PP à 3 parts égales + Dutreil
Valeur titres donnée par enfant : 2 M€
Dutreil 75 % → base 500 k€ par enfant
Abattement 100 k€ → 400 k€ taxable
Droits par enfant (barème art. 777) : 78 194 €
Droits totaux 3 enfants : 234 583 €
MAIS problème CONTRÔLE : Julie minoritaire,
décisions bloquées si Thomas ou Paul s'opposent.
Risque de cession contrainte à un tiers.
OPTION B — DP via ADP différenciées (validation jurisprudentielle confirmée)
Création :
- 60 % ADP A (vote double, dividende ordinaire) = 3,6 M€ théorique
- 40 % ADP B (vote simple, dividende prioritaire) = 2,4 M€ théorique
Donation :
- Julie reçoit 100 % des ADP A = 3,6 M€
- Thomas reçoit 50 % ADP B = 1,2 M€
- Paul reçoit 50 % ADP B = 1,2 M€
Fiscalité (Dutreil sur TOUT) :
- Julie : 3,6 M€ × 25 % = 900 k€ → ab. 100 k€ → 800 k€
Base 800 k€ dans tranche 30 % art. 777 CGI :
droits 182 962 €
- Thomas : 1,2 M€ × 25 % = 300 k€ → ab. 100 k€ → 200 k€
droits 38 194 €
- Paul : idem Thomas = 38 194 €
TOTAL DROITS : 259 350 €
AVANTAGES MATÉRIELS Option B
✓ Julie contrôle 100 % du vote → gère l'entreprise
✓ Thomas + Paul reçoivent 60 % des dividendes (180 k€/an partagés)
✓ Pas de soulte à verser
✓ Pas de contentieux familial potentiel
✓ Clause de rachat ADP B à 10 ans : liberté future
SURCOÛT FISCAL Option B : environ +25 k€ (259 k€ vs 234 k€)
GAIN GOUVERNANCE : inestimable
(Note LF 2026 : la réduction de 50 % de l'ancien art. 790 I
CGI est abrogée pour les transmissions à compter du
21/02/2026. Les calculs ci-dessus tiennent compte de cette
abrogation. Le vrai gain de l'Option B est de gouvernance
— contrôle unifié, dividendes différenciés, pas de soulte à
financer — et justifie largement le surcoût de 25 k€.)Prérequis techniques ADP
Création et conversion des ADP nécessitent : (1) commissaire aux avantages particuliers si les ADP créent des droits disproportionnés (art. L.228-15 C. com.), (2) modification statutaire préalable par AGE, (3) accord des engagements Dutreil existants avant conversion. Faisable en SAS (forme souple), plus complexe en SARL. Coordination avocat M&A + notaire + expert-comptable.
Comment transmettre cryptos, NFT et actifs numériques en donation-partage ?
Avec plus de 10 % des Français détenant des cryptos en 2026 et une partie significative du patrimoine HNWI désormais logée en Bitcoin, Ethereum ou NFT, la question de la transmission d'actifs numériques en donation-partage est devenue incontournable. Les règles existent, mais la technicité est réelle.
Les 3 règles à connaître
- Évaluation : cours du jour de l'acte (CE 8 novembre 2023 n° 452398). Le notaire horodate le document en fonction des cotations spot disponibles (CoinMarketCap, CoinGecko). Certains notaires exigent un screenshot officiel de la plateforme d'échange au moment de la signature.
- Tradition juridique (art. 938 C. civ.) : la donation d'une crypto exige la remise effective des clés privées du wallet au donataire, OU le transfert vers un wallet contrôlé par le donataire. Pour un wallet froid (Ledger, Trezor), le notaire peut constater la remise physique du device + phrase de récupération chiffrée.
- Lutte anti-blanchiment (LCB-FT, Lutte Contre le Blanchiment et le Financement du Terrorisme — art. L.561-2 du CMF, Code Monétaire et Financier) : le notaire doit s'assurer de l'origine des fonds (achat sur plateforme régulée type Coinbase, Binance FR, Bitpanda ; pas de wallet anonyme ou mixé). Le KYC renforcé (Know Your Customer, vérification d'identité poussée) est attendu au-delà de 100 000 € transmis.
14.1 Traitement fiscal : transparence totale
Pour l'administration, les cryptos sont des biens meubles incorporels. La donation est soumise au barème art. 777 CGI comme n'importe quel autre bien (abattement 100 k€ art. 779, barème ligne directe 5-45 %). Le gel art. 1078 s'applique : une crypto donnée à 80 000 € reste à 80 000 € pour le calcul de la réserve, même si elle vaut 30 000 € ou 200 000 € 3 ans plus tard.
14.2 Cas pratique : portefeuille crypto 500 k€, 2 enfants
SITUATION M., 58 ans, portefeuille crypto diversifié : - 3 BTC (60 000 € × 3 = 180 000 €) - 50 ETH (2 800 € × 50 = 140 000 €) - Stablecoin USDC : 180 000 € Total : 500 000 €, 2 enfants. DONATION-PARTAGE EN PP Par enfant : 250 000 € Abattement 779 × 2 parents (en séparation) : 100 000 € Base taxable par enfant : 150 000 € Droits : 403 + 403 + 573 + 26 813 = 28 194 € Total droits : 56 388 € PROCÉDURE PRATIQUE 1. Export preuve de détention (Ledger Live, exchange stmt) - J-30 2. Valorisation notariale avec cours spot - J-J 3. Rédaction acte DP avec description précise (hash wallet, adresses) 4. Signature + transfert immédiat vers wallets enfants 5. Déclaration fiscale 2735 via notaire 6. Conservation KYC (Know Your Customer — vérification d'identité renforcée) + traçabilité par donataires (formulaire Cerfa 3916-bis annuel, art. 1649 A bis CGI, obligatoire dès le 1er euro sur comptes crypto étrangers) RISQUES - Volatilité : même si valeur baisse à 200 k€ 6 mois après, le gel art. 1078 fige à 500 k€ pour le partage - Perte clés privées : responsabilité donataire post-donation - Récupération en cas d'ingratitude : très difficile (blockchain immuable) - Oubli formulaire 3916-bis (art. 1649 A bis CGI) : amende 1 500 €/compte non déclaré
Spécificité NFT : évaluation contentieuse
Pour les NFT (œuvres numériques, collections PFP type BAYC, CryptoPunks), l'évaluation est plus complexe : marché illiquide, cours très volatils, absence de référentiel officiel. L'administration fiscale accepte une valorisation par comparaison avec transactions récentes (OpenSea, Blur) ou expertise d'un marchand d'art numérique. Pour une sécurité maximale, recours à 2 experts indépendants et mention dans l'acte de la méthode retenue. Réduction de valeur de 15-30 % admise pour illiquidité avérée.
Quels montages d'abus de droit éviter en donation-partage ?
Depuis 2019, le fisc dispose d'une arme nouvelle qu'il appelle le « mini-abus de droit » (article L.64 A du LPF). Avant, pour vous redresser, l'administration devait prouver que votre montage avait un objectif exclusivement fiscal — quasi impossible. Maintenant, il lui suffit de démontrer que la fiscalité était votre motivation principale. La barre est tombée d'un cran, et plusieurs schémas de donation-partage ont déjà été requalifiés depuis 2021. Voici les 6 montages à proscrire absolument.
| # | Montage à risque | Sanction |
|---|---|---|
| 1 | Soulte fictive (jamais payée ou paiement de complaisance) | Requalification en libéralité + 80 % majoration art. 1729 b CGI (CE 8 mars 2023 n° 458070, CADF avis 2024-3) |
| 2 | Donation puis apport-cession via holding < 3 ans | Réintégration PV flat tax 30 % + 80 % majoration L.64 A (CE 12 avril 2024 n° 472855) |
| 3 | Donation avec retour immédiat (donataire de paille) | Requalification en donation fictive, nullité civile + sanctions fiscales |
| 4 | DP transgénérationnelle artificielle pour multiplier abattements | Remise en cause doctrine BOFiP si aucun saut économique réel |
| 5 | Démembrement immédiatement converti en quasi-usufruit gonflé | Cass. 3e civ. 19 septembre 2024 n° 22-18.687 + art. 774 bis CGI LF 2024 : créance de restitution non déductible ISF/IFI au décès si montée artificiellement |
| 6 | DP + rachat systématique des biens par le donateur | Requalification en vente déguisée + droits enregistrement mutation onéreuse |
Dans les faits :si l'administration redresse un montage classé à risque (soulte jamais payée, apport-cession rapide, donation-fictive), vous affrontez 80 % de majoration sur les droits évités + intérêts de retard (0,20 %/mois pendant 10 ans). Une soulte fictive de 500 k€ peut générer une facture finale de 720 k€ (400 k€ de droits évités + 320 k€ de majoration). Le rescrit fiscal préalable (15 à 20 k€) reste la meilleure assurance.
Le cas le plus fréquent : soulte fictive
Un parent donne à son fils aîné l'entreprise familiale (valeur 2 M€) avec obligation de verser 500 k€ de soulte à chacun de ses deux frères. La soulte n'est jamais payée, aucun acte de remboursement, aucun intérêt. 5 ans après, l'administration requalifie : les 500 k€ par frère étaient une libéralité déguisée du parent au fils aîné. Sanctions : 80 % majoration sur les droits évités + intérêts de retard 0,20 %/mois. Sur un dossier type : facture finale 400 000 à 500 000 €. Règle d'or : si soulte, elle doit être réellement payée, datée par virement traçable, avec éventuel calendrier notarié et garanties hypothécaires.
Comment se protéger ? Le rescrit fiscal L.80 B LPF
Quand le montage devient sophistiqué (apport-cession, OBO, holding animatrice, transmission transgénérationnelle), il existe un outil rare mais imparable : le rescrit fiscal. Vous décrivez votre opération à l'administration avant de signer. Elle a 3 mois pour répondre. Si elle valide, aucun redressement n'est possible ensuite sur ce dossier précis — c'est gravé dans le marbre. Le coût (8 à 20 k€ d'honoraires d'avocat) est négligeable face aux centaines de milliers d'euros qu'un redressement peut représenter. (Article L.80 B du LPF.)
La sécurité avant tout
Chez Hagnéré Patrimoine, nous n'accompagnons aucune opération de transmission complexe (OBO, apport-cession, DP transgénérationnelle avec saut) sans préavis d'un avocat fiscaliste sur le risque L.64 A. La tranquillité d'esprit du client et de sa famille vaut toujours les quelques milliers d'euros d'honoraires préventifs.
Quand donner ? La stratégie par tranche d'âge
En France, on signe sa première grosse donation à 66 ans en moyenne (chiffre INSEE 2024). C'est tard. Très tard. Parce que la donation-partage révèle toute sa puissance quand vous avez le temps de la déployer sur deux cycles complets de 15 ans— c'est-à-dire idéalement à partir de 55-60 ans. Chaque tranche d'âge a ses propres leviers, voici la grille.
| Tranche | Clé 669 NP | Don Sarkozy 790 G | Pacte Dutreil 787 B (LF 2026) | Stratégie prioritaire |
|---|---|---|---|---|
| 55-65 ans | 40-50 % | Oui (< 80 ans) | Très favorable : engagement 8 ans absorbé | DP démembrée + Dutreil PP, consommer 2 cycles 15 ans |
| 65-75 ans — âge d'or | 30-40 % | Oui < 80 ans | Possible (engagement 8 ans à anticiper) | DP NP + don Sarkozy + transgénérationnelle |
| 75-85 ans — urgence | 20-30 % | Non (> 80 ans) | Engagement 8 ans difficilement absorbé | DP NP + réversion usufruit + 776 A réincorporation |
Note LF 2026 : la réduction de 50 % des droits Dutreil PP avant 70 ans (ancien art. 790 I CGI) est abrogéepour les transmissions consenties à compter du 21/02/2026. Seule l'exonération 75 % de l'art. 787 B subsiste.
Attention art. 751 CGI — présomption de propriété
Au décès de l'usufruitier, l'art. 751 CGI pose une présomption généraleque les biens démembrés détenus avec un héritier présomptif appartenaient en pleine propriété au défunt — réintégrés à l'actif successoral, sauf preuve contraire (acte authentique d'origine régulier, démembrement antérieur à 3 mois du décès, prix payé par le nu-propriétaire avec ses fonds personnels). Signer une donation-partage démembrée en urgence en fin de vie expose la famille à un redressement lourd. La bonne pratique : anticiper au moins 6 mois avant tout risque médical identifié.
Comment articuler donation-partage et assurance-vie ?
Les deux enveloppes sont complémentaires : AV hors succession (art. L.132-12 C. ass., abattement 152 500 € art. 990 I), DP dans la succession mais valeur figée art. 1078 CC. Deux stratégies s'articulent naturellement.
17.1 Clause bénéficiaire démembrée + DP en NP
L'idée est de superposer deux étages cohérents. Premier étage : votre donation-partage transmet la nue-propriété de votre immobilier à vos enfants, avec usufruit réversible à votre conjoint — autrement dit, si vous décédez, votre conjoint continue à percevoir les loyers et à habiter les lieux. Deuxième étage : votre assurance-vie est rédigée avec une clause bénéficiaire démembrée: le conjoint reçoit l'usage du capital (quasi-usufruit, art. 587 C. civ.), les enfants en reçoivent la nue-propriété. Résultat : votre conjoint vit confortablement, vos enfants récupèrent tout sans frais supplémentaires au décès du conjoint, grâce à l'art. 1133 CGI qui reconstitue la pleine propriété gratuitement. La créance de restitution du quasi-usufruit issue d'une AV démembrée reste déductible (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10, maj 26/09/2024), exception maintenue au principe de l'art. 774 bis CGI (LF 2024).
Piège — ne jamais inclure l'AV dans l'acte de DP
L'AV doit rester dénouée par la clause bénéficiaire. L'inclusion du contrat dans l'acte de DP transforme le capital en bien successoral ordinaire et fait perdre la franchise 152 500 € de l'art. 990 I.
Comment protéger un enfant handicapé via la donation-partage ?
L'article 779, II du CGI accorde un abattement supplémentaire de 159 325 € à tout héritier/donataire atteint d'une infirmité l'empêchant de travailler normalement. Cumulable avec l'abattement 100 k€ parent-enfant = 259 325 € en franchise par parent.
DP résiduelle (art. 1057-1058 CC) : l'enfant handicapé reçoit les biens « à charge de transmettre ce qui subsistera » à ses frères/sœurs à son décès. Droits calculés une seule fois au 1er degré, reliquat transmis en franchise (art. 784 C CGI). DP graduelle(art. 1048-1051 CC) : plus stricte, l'enfant doit conserver le bien intégralement.
Combinaison gagnante
DP résiduelle + RAAR anticipée des frères et sœurssur l'action en réduction (art. 929 CC) + contrat d'épargne handicap (art. 199 septies CGI, rente survie) + mandat de protection future. Pour un enfant sous tutelle ou curatelle renforcée, autorisation du juge des contentieux de la protection obligatoire (art. 505 CC). Prévoir 2 à 3 mois supplémentaires.
Combien d'économies sur 15 ans avec une donation-partage ? Cas chiffré 380 k€
Hypothèse : couple 55 ans, 2 enfants, patrimoine 2,5 M€.
T+0 — PREMIER CYCLE (55 ans) 2 × 100 k€ × 2 enfants (abat. 779) = 400 000 € 2 × 2 × 31 865 € (don 790 G) = 127 460 € Franchise totale = 527 460 € NP 55 ans = 50 % → PP équivalente ~1 000 k€ DROITS = 0 € T+15 — SECOND CYCLE (70 ans) Abattements renouvelés (art. 784 CGI) = 527 460 € NP 70 ans = 40 % → PP équivalente ~1 318 k€ DROITS = 0 € T+30 — DÉCÈS (85 ans) Reconstitution PP art. 1133 CGI = GRATUITE Solde AV + liquidités sous abat. succession ÉCONOMIE CUMULÉE vs absence de planification : ~380 000 €
Cas cœur de cible — Claude & Véronique, 65 et 63 ans, 800 k€
Claude (65 ans) et Véronique (63 ans), cadres retraités à Nantes, deux enfants (35 et 32 ans). Patrimoine 800 k€ : RP 500 k€, immeuble locatif 200 k€, AV 100 k€. Ils veulent transmettre l'immeuble locatif en conservant les loyers.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Immeuble locatif communauté | 200 000 € |
| Part NP transmise par enfant (60 % × 200 000 / 2) | 60 000 € |
| Abattement 100 k€ × 2 parents × 2 enfants | 400 000 € disponibles |
| Base taxable par enfant | 0 € |
| DROITS DE DONATION | 0 € |
| Émoluments notariaux | ~3 000 € HT |
Résultat : Claude et Véronique continuent de percevoir 14 k€/an de loyers. Au décès du premier, extinction gratuite de l'usufruit sur sa moitié (art. 1133 CGI). Au décès du second, idem. Gain vs transmission PP au décès : ~40 000 € de droits évités + 15 ans de revalorisation sortie de la base successorale.
Comment protéger un enfant prodigue ou fragile avec 6 clauses de sauvegarde ?
Voici les 6 verrous que nous insérons dans l'acte quand l'enfant a un profil fragile (jeune adulte instable, addiction, vulnérabilité psychologique). Ces clauses sont opposables aux créanciers et même au futur conjoint du donataire :
- L'inaliénabilité temporaire motivée : le bien donné ne peut pas être vendu pendant 10 à 20 ans, à condition que la motivation soit sérieuse (art. 900-1 du Code civil, Cass. 8 mars 2023).
- L'exclusion de communauté : si l'enfant divorce, le bien reste à lui et n'est pas partagé avec son ex-conjoint (art. 1405 CC).
- La clause d'emploi : en cas de revente, le prix doit être réinvesti dans un bien équivalent — impossible de tout dépenser en quelques mois.
- Le mandat à effet posthume : un tiers de confiance gère les biens pendant 2 ans après votre décès, le temps que la situation se stabilise (art. 812 CC).
- La charge de rente : votre enfant verse une rente mensuelle à un tiers dépendant (un autre membre de la famille à protéger, par exemple) — art. 953 CC.
- Le droit de retour conventionnel : si votre enfant décède sans descendance, le bien vous revient automatiquement, sans nouveau droit fiscal (art. 951 CC, art. 791 ter CGI).
Conseil du CGP — limiter l'inaliénabilité
Pour un enfant en addiction documentée, privilégier la DP résiduelle avec administration par un tiers plutôt que l'inaliénabilité pure (risque de nullité si durée excessive — Cass. 1reciv. 20/11/2019). L'inaliénabilité doit être proportionnée à l'intérêt sérieux et légitime qui la justifie.

