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Guide expert donation 202635 minMis à jour 30 septembre 20265 cas chiffrés

Donation-partage 2026 : figer la valeur, éviter les conflits entre héritiers

La donation-partage est l'outil le plus puissant pour transmettre de son vivant sans déclencher de bataille d'héritiers au décès. Contrairement à la donation simple, elle fige la valeur des biens au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.) — plus de réévaluation, plus de rapport civil, plus de conflits entre frères et sœurs. Guide complet 2026 : cadre légal, fiscalité, familles recomposées, transgénérationnelle, 5 cas pratiques chiffrés, 15 pièges, jurisprudence Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 (indivision), stratégies avancées (Dutreil EIC 6 ans LF 2026, OBO, démembrement, ADP, cryptos). Guide rédigé par Hagnéré Patrimoine, cabinet enregistré ORIAS (CIF / COA / COBSP).

STRATÉGIE DONATION-PARTAGE

Figer les valeurs et sécuriser votre transmission familiale

Cadre légal art. 1078 × Pacte Dutreil × démembrement × ADP × clauses sur mesure (RAAR, exclusion communauté, inaliénabilité) : un audit CGP en architecture ouverte chiffre l'économie de droits et coordonne notaire/avocat fiscaliste.

Le rendez-vous offert : recueil de votre situation et présentation des mécanismes généraux, sans recommandation personnalisée.

  • Coordination notaire
  • Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur

Sur lettre de mission signée

  • Audit transmission 360°
  • Optimisation Dutreil 75 %

GEL DES VALEURS

Art. 1078

ABATTEMENT/ENFANT

100 000 €

DROIT PARTAGE

2,5 %

EXO DUTREIL

75 %

DUTREIL EIC

6 ans LF 2026

Équipe Hagnéré Patrimoine·Cabinet de conseil en gestion de patrimoine non détenu par une banque ni par un assureur

CIF · COA · COBSP · ORIAS 23002291 · adhérent CNCEF Patrimoine

§ 0INTRO·3 MIN

Pourquoi la donation-partage change tout — l'histoire de Michel, 68 ans

Vous voulez transmettre votre patrimoine à vos enfants sans qu'ils se déchirent et sans payer 30 à 45 % de droits ? La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.), neutralise le rapport civil, et combinée à l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, au don familial Sarkozy et au Pacte Dutreil (75 % d'exonération), elle peut diviser la facture par trois. Chez Hagnéré Patrimoine, nous préparons ce type d'opérations avec nos clients et leur notaire, qui rédige l'acte. Voici comment.

Vous avez travaillé toute votre vie pour bâtir un patrimoine. Résidence principale, studio locatif, assurance-vie, peut-être une PME familiale (petite ou moyenne entreprise). Et aujourd'hui, vous pensez à vos enfants. Comment leur transmettre sans qu'ils se déchirent ? Sans qu'ils payent 30 à 45 % de droits ? Sans que l'un d'eux se sente lésé ?

Michel, 68 ans, dirigeant d'une PME de menuiserie à Annecy, pensait que la succession réglerait les choses naturellement. Au décès de son père, douze ans plus tôt, les deux frères s'étaient pourtant entendus. « Pourquoi faire compliqué de mon vivant ? » se disait-il.

Jusqu'au jour où son conseiller lui a posé une question simple. Imaginez. Vous donnez 300 000 € à Julien et 300 000 € à Sarah en donation simple. Quinze ans passent. Julien a investi dans une start-up qui a décuplé. Sarah a acheté un bien qui n'a rien gagné. Que se passe-t-il à votre décès ?

Réponse : la loi réévalue chaque donation à la valeur du jour du décès. Julien est considéré comme ayant reçu 3 M€. Sarah 300 000 €. Julien devra verser une soulte (somme d'équilibrage) à Sarah. La paix familiale s'effondre. C'est la règle du rapport civil des donations simples (art. 843 et 860 C. civ.) : toute donation ancienne est réintégrée à la valeur du décès pour recalculer l'équilibre entre héritiers.

La donation-partage neutralise ce risque. En un seul acte, vous partagez votre patrimoine entre vos héritiers, et la loi fige la valeur des biens au jour de la signature (art. 1078 Code civil). Plus de réévaluation au décès. Plus de soulte à payer. Plus de disputes. L'équité est sanctuarisée.

Ce guide vous explique tout, sans jargon. Les règles, les chiffres, les cas concrets, les pièges, les stratégies. À la fin, vous saurez si la donation-partage est l'outil qu'il vous faut, à quel âge la signer, et combien elle peut vous faire économiser.

Il est rédigé par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en transmission patrimoniale, pour des familles de la classe moyenne à haut patrimoine.

Les 4 chiffres à retenir

  • 100 000 € d'abattement par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (art. 779 CGI)
  • 0 € de rapport civil : les valeurs sont figées au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.)
  • 75 % d'exonération de la base taxable sur la valeur des titres d'entreprise familiale transmis sous Pacte Dutreil (art. 787 B CGI)
  • 2,5 % seulement : droit de partage (art. 746 CGI) sur une réincorporation de donation ancienne dans une donation-partage cumulative (art. 776 A CGI) — pas de nouveaux droits de mutation

Nouveauté LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026)

Deux changements majeurs s'appliquent aux transmissions consenties à compter du 21 février 2026 : (1) la réduction de 50 % des droits pour donation Dutreil en pleine propriété avant 70 ans (art. 790 du CGI) n'est PAS concernée et demeure applicable ; l'article que la LF 2026 a abrogé est l'article 790 I du CGI, un texte distinct et sans portée pratique aujourd'hui (abattement sur les donations de logements neufs dont le permis de construire avait été obtenu entre 2014 et 2016) ; (2) le Pacte Dutreil (art. 787 B) est durci : engagement individuel porté de 4 à 6 ans (durée totale minimale 8 ans avec l'engagement collectif de 2 ans), et exclusion des actifs somptuaires non professionnels (yachts, bijoux, chevaux de course, résidences de villégiature) sauf affectation pro depuis ≥ 3 ans. L'exonération de 75 % sur la valeur des titres reste l'avantage central du dispositif.

Hagnéré Patrimoine

Donation simple ou donation-partage : un choix irréversible entre enfants

La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte et neutralise les conflits d'évaluation au décès. On cartographie votre patrimoine et on modélise le bon format avant de signer.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 1DÉFINITION·3 MIN

Qu'est-ce qu'une donation-partage ? Le cadre légal 2026 expliqué

La donation-partage est un acte notarié par lequel une personne (le donateur) distribue, de son vivant, tout ou partie de ses biens entre ses héritiers présomptifs — c'est-à-dire ceux qui hériteraient si le donateur décédait aujourd'hui, le plus souvent ses enfants. Elle combine deux actes en un seul : une donation et un partage. D'où son nom.

1.1 Le cadre légal : article 1075 et suivants du Code civil

Tout part d'une phrase du Code civil (article 1078) qui change tout : « Les biens donnés sont évalués au jour de la donation-partage. » Autrement dit, la valeur que vous fixez aujourd'hui devient la valeur de référence — pour toujours. Cet article a été refondu par la loi du 23 juin 2006 et complété par les articles 1075 à 1078-10, mais retenez surtout cette idée : ce qui compte, c'est la photo prise le jour de la signature.

En clair : la valeur retenue pour chaque bien est celle du jour de la signature, point. C'est le fameux « gel des valeurs ».

En pratique, cela signifie que même si un bien s'apprécie massivement après la donation, l'enfant qui l'a reçu n'aura pas à indemniser ses frères et sœurs. À l'inverse, s'il se déprécie, il supportera seul la perte. Le gel est symétrique.

1.2 Qui peut bénéficier d'une donation-partage ?

Tableau comparatif : Bénéficiaire — Base légale — Conditions — Premier cas : Enfants (ligne directe)
BénéficiaireBase légaleConditions
Enfants (ligne directe)Art. 1075 C. civ.Héritiers présomptifs, réservataires
Petits-enfants (transgénérationnelle)Art. 1078-4 à 1078-10Accord des enfants intermédiaires exigé
Enfant non commun (famille recomposée)Art. 1076-1 C. civ. (depuis 2006)Donation-partage conjonctive : l'enfant non commun n'est alloti que du chef de son propre parent, en biens propres de celui-ci ou en biens communs, le conjoint ne pouvant être codonateur des biens communs
Héritiers présomptifs non descendantsArt. 1075 C. civ.Cas rare : frères, neveux si pas de descendance (l'art. 1075-1 vise, lui, la donation-partage entre descendants de degrés différents)
Salariés/partenaires d'entrepriseNon (hors donation-partage classique)Outils alternatifs : BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) ou AGA (Actions Gratuites pour Attribution)

Le plus souvent, la donation-partage cible les enfants. Mais depuis 2006, deux innovations majeures ont étendu son champ : la transgénérationnelle (petits-enfants) et la conjonctive (famille recomposée). Nous y reviendrons.

1.3 Forme de l'acte : notaire obligatoire

La donation-partage est un acte authentique : elle doit être rédigée par un notaire (art. 931 C. civ. pour les donations en général). C'est une formalité substantielle, pas optionnelle. Un acte sous seing privé serait nul. Le notaire assure trois fonctions critiques : rédaction juridique sécurisée, évaluation des biens, conservation de l'acte pendant 75 ans.

Le cadre est posé. Voyons maintenant comment la donation-partage se compare à ses deux grandes rivales : la donation simple et le testament.

§ 2COMPARATIF·3 MIN

Donation simple, donation-partage ou testament : laquelle choisir ?

Trois outils, trois logiques très différentes. Choisir le bon instrument, c'est éviter 90 % des conflits successoraux. Voici le comparatif honnête, sans langue de bois.

Tableau comparatif : Critère — Donation simple — Donation-partage — Testament — Premier cas : Effet immédiat
CritèreDonation simpleDonation-partageTestament
Effet immédiatOui (dessaisissement immédiat)OuiNon (au décès uniquement)
Gel de la valeurNon (rapport civil au décès)Oui (art. 1078 C. civ.)Non (évaluation au décès)
Abattement fiscal100 000 € / parent / enfant100 000 € / parent / enfant100 000 € / parent / enfant
Rappel fiscal 15 ansOui (art. 784 CGI)Oui (art. 784 CGI)Non (succession)
Acte notarié obligatoireOui (sauf don manuel)OuiNon (testament olographe possible)
RévocabilitéDifficile (3 causes art. 953 C. civ.)Idem donation simpleOui, jusqu'au décès
Conflit entre héritiers au décèsRisque fort (réévaluation)Risque faible (gel)Risque moyen (contestation possible)
Coût notarial moyen (patrimoine 500 k€)~6 000 €~7 000 €~150 € (authentique)
Moment optimalPonctuel (aide enfant)Anticipation globale 55-70 ansSécurité dernière volonté

En clair, la donation-partage l'emporte le plus souvent lorsque vous avez plusieurs enfants et un patrimoine déjà consolidé. La donation simple reste pertinente pour des gestes ponctuels (aider un enfant primo-accédant, financer des études). Le testament est un filet de sécurité : il exprime vos volontés au décès mais ne résout pas les questions de valeur.

Donation simple

Geste isolé, rapport civil au décès, réévaluation systématique. Utile pour un enfant seul, ou pour un acompte ponctuel. Risque de conflit si le bien s'apprécie.

Donation-partage

Outil global, gel des valeurs, équité sanctuarisée. L'arme anti-conflits. Suppose au moins 2 héritiers réservataires pour le plein effet. Recommandée 55-70 ans.

Testament

Dernière volonté, révocable jusqu'au décès. Utile pour exprimer des préférences (legs préciputaire, legs de quotité disponible). Ne résout pas la question de la valeur des biens.

Le piège du rapport civil des donations simples

Imaginez : vous donnez à Paul un appartement parisien estimé 400 000 € et à Julie un studio bisontin estimé 150 000 €, avec une soulte de 125 000 € versée par Paul à Julie pour équilibrer à 275 000 € chacun. Dix ans plus tard, l'appartement parisien vaut 700 000 €, le studio vaut 180 000 €. À votre décès, la loi réévalue : Paul a reçu 700 000 € (et Julie 180 000 €). Paul doit désormais 260 000 € d'indemnité à Julie. Si Paul n'a pas cet argent, litige familial garanti. La donation-partage évite ce scénario : les 275 000 € signés au jour de l'acte restent les 275 000 € définitifs, quel que soit le futur.

Pour aller plus loin sur la différence technique entre donation simple et donation-partage, consultez notre guide complet de la donation 2026.

§ 3FISCALITÉ·4 MIN

Comment optimiser la fiscalité d'une donation-partage en 2026 ?

La donation-partage ne crée pas de régime fiscal dérogatoire. Elle utilise les abattements et le barème classiques des droits de mutation à titre gratuit (DMTG) — c'est le nom technique de l'impôt applicable aux donations et successions — encadrés par le Code général des impôts (CGI). Mais bien orchestrée, elle permet de cumuler plusieurs optimisations — parfois jusqu'à transmettre 400 000 € par couple et par enfant en totale franchise de droits.

En 30 secondes

Pas de fiscalité magique : la donation-partage utilise le barème classique. Ce qui compte, c'est l'empilement des abattements. Un couple avec deux enfants peut transmettre jusqu'à 527 460 € à coût zéro — 400 000 € d'abattements de l'art. 779 CGI et 127 460 € de dons familiaux de sommes d'argent de l'art. 790 G CGI —, renouvelables tous les 15 ans. Toute la stratégie tient dans ce cumul — et depuis 2026, la LF ajoute une exonération supplémentaire de 100 000 € si l'argent sert à acheter ou rénover une résidence principale (voir section 11).

3.1 Les abattements en ligne directe (parents → enfants)

Tableau comparatif : Abattement — Montant — Base légale — Renouvelable — Premier cas : Parent → enfant (chaque parent)
AbattementMontantBase légaleRenouvelable
Parent → enfant (chaque parent)100 000 €Art. 779-I CGITous les 15 ans
Grand-parent → petit-enfant31 865 €Art. 790 B CGITous les 15 ans
Arrière-grand-parent → arrière-petit-enfant5 310 €Art. 790 D CGITous les 15 ans
Don familial en argent (art. 790 G — donateur < 80 ans + donataire majeur)31 865 €Art. 790 G CGITous les 15 ans
Handicap (bénéficiaire)159 325 €Art. 779-II CGICumul avec autres abattements

Au total, un couple avec deux enfants peut transmettre en toute franchise de droits : (100 000 € × 2 parents × 2 enfants) + (31 865 € × 2 × 2 dons Sarkozy) = 527 460 €, renouvelable tous les 15 ans. Intégré dans une donation-partage, ce cumul est sanctuarisé. Voir le détail dans notre stratégie 100 000 €/enfant.

3.2 Le barème des droits de donation en ligne directe

Tableau comparatif : Tranche — Taux — Premier cas : Jusqu'à 8 072 €
TrancheTaux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 à 12 109 €10 %
De 12 109 à 15 932 €15 %
De 15 932 à 552 324 €20 %
De 552 324 à 902 838 €30 %
De 902 838 à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Pour faire simple, le barème est identique à celui des droits de succession. La tranche à 20 % couvre la grande majorité des donations familiales après abattement. Seuls les patrimoines transmis au-delà de 552 324 € par enfant (après abattement) atteignent la tranche à 30 %.

3.3 Réduction Dutreil de 50 % avant 70 ans : toujours applicable en 2026

À ne pas confondre : article 790 et article 790 I du CGI

La réduction de 50 % des droits applicable aux donations de titres remplissant les conditions du Pacte Dutreil, consenties en pleine propriété par un donateur de moins de 70 ans, est prévue par l'article 790 du CGI et reste en vigueur en 2026. Ce que la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a abrogé, à compter du 21 février 2026, c'est l'article 790 I du CGI : un texte différent et devenu sans objet, qui prévoyait un abattement sur les donations de logements neufs dont le permis de construire avait été obtenu entre septembre 2014 et décembre 2016. Pour une donation Dutreil consentie en 2026, l'exonération de 75 % de l'article 787 B et la réduction de 50 % de l'article 790 se cumulent donc toujours.

La donation Dutreil reste extrêmement attractive : un couple qui transmet une entreprise familiale de 4 M€ à deux enfants paie environ 156 000 € de droits (au lieu de 1,23 M€ sans Dutreil), et environ 78 000 € seulement lorsque le donateur a moins de 70 ans et transmet en pleine propriété, grâce à la réduction de 50 % de l'article 790 du CGI. Voir les cas chiffrés détaillés en section 6.

3.4 Le rappel fiscal des 15 ans

C'est la règle des 15 ans, et elle gouverne toute la stratégie de transmission. Vous avez donné 100 000 € à votre fils il y a 10 ans ? L'abattement est déjà consommé : toute nouvelle donation aujourd'hui part au barème dès le premier euro. Mais passé 15 ans, le compteur se remet à zéro et vous récupérez l'intégralité des 100 000 €. C'est pour cela qu'on parle d'un « cycle de 15 ans » : chaque cycle franchi, c'est un nouveau ticket plein. (Base légale : art. 784 CGI.)

3.5 L'exonération temporaire 100 k€ / 300 k€ pour la résidence principale, ouverte jusqu'au 31 décembre 2026

Exonération temporaire 100 k€ / 300 k€ (art. 790 A bis CGI)

L'article 790 A bis du CGI, créé par la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) et applicable aux dons consentis jusqu'au 31 décembre 2026, exonère les dons de sommes d'argent affectés à l'acquisition d'un logement neuf ou à la rénovation énergétique d'une résidence principale :

  • 100 000 €/donateur/donataire, plafond 300 000 €/donataire
  • Bénéficiaires : enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants (ou à défaut neveux/nièces)
  • Condition de remploi : sous 6 mois, pour résidence principale neuve ou rénovation énergétique
  • Cumulable avec l'abattement 100 000 € art. 779 CGI et le don Sarkozy 31 865 €

Cette nouveauté s'intègre parfaitement dans une donation-partage 2026. Pour le détail complet de la LF 2026, consultez notre guide des 14 mesures patrimoniales décryptées. Pour la stratégie spécifique sur les abattements, notre guide des abattements de donation approfondit tous les cumuls.

§ 4CAS·5 MIN

Cinq cas pratiques chiffrés

Rien ne remplace des chiffres posés sur de vraies situations. Voici cinq profils, de la classe moyenne supérieure au dirigeant de PME, pour mesurer l'impact concret de la donation-partage.

Ces cinq cas sont illustratifs : prénoms, profils et patrimoines sont fictifs. Les droits sont calculés au barème 2026 (art. 777 CGI) à partir des hypothèses de chaque cas.

Cas 1 — Sophie et Patrick, 3 enfants à Lyon (patrimoine 1,8 M€)

Sophie (62 ans, cadre supérieur en retraite) et Patrick (60 ans, ingénieur) habitent Lyon 6e. Trois enfants : Camille (35 ans, architecte à Lyon), Lucas (32 ans, consultant à Paris), Emma (28 ans, médecin à Bordeaux). Patrimoine : résidence principale 900 k€, studio locatif Lyon 250 k€, maison secondaire Ardèche 200 k€, assurance-vie 300 k€, livrets 150 k€. Total net : 1,8 M€.

Stratégie retenue : donation-partage de 900 000 € (studio + maison secondaire + 450 k€ de liquidités issues de l'assurance-vie et des livrets), soit 300 000 € par enfant, 150 000 € de chaque parent.

Tableau comparatif : Élément — Montant — Premier cas : Valeur transmise par enfant
ÉlémentMontant
Valeur transmise par enfant300 000 €
Abattement Sophie → enfant−100 000 €
Abattement Patrick → enfant−100 000 €
Base taxable par enfant2 × 50 000 € (une base par parent)
Droits au barème (5/10/15/20 %)2 × 8 194 € ≈ 16 389 €
Droits totaux (3 enfants)≈ 49 166 €
Soit un coût effectif5,5 % du patrimoine transmis

Bilan chiffré : pour 900 000 € transmis à 3 enfants, le coût total est d'environ 49 000 € grâce à l'empilement des abattements (6 × 100 000 € = 600 000 € exonérés). Valeurs gelées au jour de l'acte : si le studio lyonnais double dans 10 ans, c'est Camille qui en profite, sans devoir d'indemnité à ses frère et sœur.

Cas 2 — Jean-Claude, dirigeant SAS à Chambéry (transmission entreprise 4 M€ avec Dutreil)

Jean-Claude, 68 ans, veuf depuis 2023, dirige une SAS (société par actions simplifiée) de distribution agroalimentaire à Chambéry, valorisée 4 M€. Deux enfants : Hugo (40 ans, directeur commercial dans l'entreprise, futur repreneur) et Manon (37 ans, pédiatre à Grenoble). Il souhaite donner les titres à Hugo et indemniser Manon avec une soulte, tout en combinant Dutreil.

Tableau comparatif : Étape — Donation sèche sans Dutreil — Donation-partage + Dutreil (LF 2026) — Premier cas : Valeur entreprise transmise
ÉtapeDonation sèche sans DutreilDonation-partage + Dutreil (LF 2026)
Valeur entreprise transmise4 000 000 €4 000 000 €
Exonération Dutreil 75 % (art. 787 B)—−3 000 000 €
Base post-Dutreil par enfant2 000 000 €500 000 €
Abattement 100 k€ (art. 779)−100 000 €−100 000 €
Base taxable par enfant1 900 000 €400 000 €
Droits au barème art. 777≈ 617 394 € (tranche 45 % > 1 805 677 €)≈ 78 194 €
Réduction 50 % art. 790 CGI (donateur de 68 ans, titres en pleine propriété)—−39 097 €
Droits par enfant≈ 617 394 €≈ 39 097 €
Droits totaux (2 enfants)≈ 1 234 788 €≈ 78 194 €

Économie : ~1 156 600 €. L'empilement donation-partage + Pacte Dutreil + réduction de 50 % de l'article 790 du CGI (Jean-Claude a 68 ans et transmet en pleine propriété) divise les droits par seize. Hugo reprend l'entreprise, Manon reçoit des biens équivalents (titres + soulte financée par emprunt holding), la fratrie reste soudée. Pour approfondir la mécanique Dutreil 2026 (engagement individuel porté à 6 ans, durée totale 8 ans), consultez notre guide complet Pacte Dutreil 2026.

Cas 3 — Martine et Laurent, famille recomposée à Annecy

Martine (58 ans, médecin) et Laurent (62 ans, architecte) sont mariés depuis 12 ans. Ils habitent Annecy-le-Vieux. Chacun a deux enfants d'une première union : Chloé et Nathan côté Martine, Valentin et Léa côté Laurent. Patrimoine commun : 2,4 M€ (résidence, SCI familiale, assurance-vie). Ils veulent traiter les 4 enfants équitablement.

Solution : donation-partage conjonctive (art. 1076-1 C. civ., depuis la loi du 23 juin 2006). Les deux époux signent un acte unique. Chaque enfant reçoit 600 000 € de biens du parent dont il est issu, mais l'équité globale (4 × 600 000 €) est sanctuarisée dans un seul acte. Pour les particularités successorales propres aux familles recomposées (droits du conjoint survivant, enfants non communs, adoption simple), voir notre guide dédié. Résultat fiscal :

Tableau comparatif : Lien — Abattement — Part taxable — Droits — Premier cas : Martine → Chloé
LienAbattementPart taxableDroits
Martine → Chloé100 000 €500 000 €≈ 98 194 €
Martine → Nathan100 000 €500 000 €≈ 98 194 €
Laurent → Valentin100 000 €500 000 €≈ 98 194 €
Laurent → Léa100 000 €500 000 €≈ 98 194 €
Total droits foyer≈ 392 776 €

Au fond, la donation-partage conjonctive est LA solution pour les familles recomposées. Elle évite la fracture classique entre enfants « d'un seul lit » et enfants communs, tout en respectant la réserve héréditaire de chacun. Sans donation-partage, les 4 enfants auraient eu des droits successoraux différents au décès de chaque parent, avec un risque élevé de conflit.

Cas 4 — André et Geneviève, frontaliers Genève — transgénérationnelle

André (74 ans) et Geneviève (72 ans), ex-cadres dirigeants Nestlé, résident à Annemasse (frontaliers historiques). Leur fils Christophe (48 ans) est lui-même aisé (directeur financier Genève). Ils veulent avantager leurs 3 petits-enfants (18 à 24 ans) plutôt que Christophe, qui n'a pas besoin. Stratégie : donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 C. civ.), avec accord formel de Christophe.

Tableau comparatif : Bénéficiaire — Montant — Abattement grand-parent → petit-enfant — Droits — Premier cas : Petit-enfant 1
BénéficiaireMontantAbattement grand-parent → petit-enfantDroits
Petit-enfant 1150 000 € (75 000 € de chaque grand-parent)31 865 € par grand-parent≈ 13 643 €
Petit-enfant 2150 000 €31 865 € par grand-parent≈ 13 643 €
Petit-enfant 3150 000 €31 865 € par grand-parent≈ 13 643 €
Total droits450 000 €≈ 40 928 €

Côté pratique, en sautant une génération, André et Geneviève évitent une double taxation future (d'eux à Christophe, puis de Christophe aux petits-enfants). Ils aident leurs petits-enfants au moment où ceux-ci en ont besoin (études, primo-accession). L'accord de Christophe est formalisé dans l'acte notarié — condition impérative de validité.

Cas 5 — Isabelle, divorcée, immobilier locatif 2,5 M€ à Paris (démembrement)

Isabelle, 65 ans, cadre à la retraite, divorcée, détient à Paris un portefeuille immobilier de rapport (3 appartements rentables) valorisé 2,5 M€ générant 85 000 €/an de loyers nets. Deux enfants : Benjamin (38 ans, avocat à Paris) et Charlotte (35 ans, entrepreneuse à Nantes). Elle veut transmettre sans perdre ses revenus. Solution : donation-partage de la nue-propriété avec réserve d'usufruit.

Tableau comparatif : Élément — Montant — Premier cas : Valeur totale immobilier
ÉlémentMontant
Valeur totale immobilier2 500 000 €
Âge Isabelle : 65 ans → barème 669 CGINue-propriété = 60 %
Valeur nue-propriété transmise1 500 000 €
Part nue-propriété par enfant750 000 €
Abattement 100 000 €−100 000 €
Base taxable par enfant650 000 €
Droits par enfant (barème 20 % + 30 %)≈ 137 962 €
Droits totaux (2 enfants)≈ 275 924 €
Économie vs pleine propriété (PP : 2 × (0,40 × 1 150 000 − 147 321,65) = 625 357 €)≈ 349 400 €

Dans les faits, Isabelle conserve l'usufruit : elle perçoit les loyers jusqu'à son décès. À son décès, l'usufruit s'éteint gratuitement (art. 1133 CGI) : Benjamin et Charlotte récupèrent la pleine propriété sans payer un euro supplémentaire. Économie cumulée : ~349 400 € de droits par rapport à une donation-partage en pleine propriété. Le démembrement est la stratégie reine pour l'immobilier locatif.

Hagnéré Patrimoine

Combiner donation-partage, démembrement et Dutreil : quelle séquence ?

Ordre des actes, calendrier, arbitrage pleine propriété ou nue-propriété : chaque paramètre modifie l'économie fiscale et la liberté patrimoniale. On compare 2 à 3 scénarios chiffrés.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 5DÉMEMBR.·3 MIN

Pourquoi combiner donation-partage et démembrement ?

Le démembrement consiste à diviser la propriété en deux droits : l'usufruit (l'usage, les revenus) et la nue-propriété (la « coquille », le droit futur de redevenir pleine propriété). En donation-partage, vous donnez la nue-propriété à vos enfants et vous conservez l'usufruit. C'est le combo le plus efficace pour transmettre tout en gardant vos revenus.

L'analogie qui éclaire tout

Pensez à un arbre fruitier dans votre jardin. L'usufruit, c'est le droit de cueillir les fruits chaque année (loyers, dividendes, intérêts). La nue-propriété, c'est le titre de propriété du tronc et des racines. Vous donnez le tronc à vos enfants — ils sont déjà propriétaires « sur le papier ». Mais tant que vous êtes vivant, vous continuez à cueillir les fruits. À votre décès, l'arbre entier leur revient — sans un euro de droits supplémentaires (art. 1133 CGI).

En 30 secondes

Le démembrement, c'est garder les revenus de vos biens tout en donnant la propriété future à vos enfants. À 65 ans, ce que vous donnez ne vaut fiscalement que 60 % de la valeur réelle (barème art. 669 CGI). À votre décès, vos enfants récupèrent le reste sans un euro de droits. C'est le « trois pour le prix de deux » de la transmission.

5.1 Le barème fiscal de l'article 669 CGI

Tableau comparatif : Âge de l'usufruitier — Valeur usufruit — Valeur nue-propriété — Premier cas : Moins de 21 ans
Âge de l'usufruitierValeur usufruitValeur nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Sur le terrain, un donateur de 65 ans voit la nue-propriété valorisée à 60 % du bien. Pour une donation de 1 M€, seuls 600 000 € sont taxés. Même barème au décès : l'usufruit s'éteint sans aucune taxation (art. 1133 CGI). Voir aussi notre guide complet sur la donation avec réserve d'usufruit.

5.2 Avantages concrets du démembrement en donation-partage

  • Base taxable réduite selon l'âge (60 % à 65 ans, 70 % à 75 ans)
  • Revenus conservés par l'usufruitier : loyers, dividendes, intérêts
  • Droit d'usage conservé : habitation, jouissance
  • Reconstitution gratuite de la pleine propriété au décès (art. 1133 CGI)
  • Sortie partielle de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière) : le nu-propriétaire n'est pas redevable de l'IFI sur la part démembrée (sauf exception de l'art. 968, 1° du CGI : lorsque l'usufruit résulte de l'usufruit légal du conjoint survivant de l'article 757 du Code civil, l'usufruitier et le nu-propriétaire sont imposés séparément, chacun sur la valeur de son droit déterminée selon le barème de l'art. 669 CGI)

5.3 Réversion d'usufruit au conjoint survivant

Clause précieuse pour les couples : en cas de décès de l'usufruitier, l'usufruit bascule automatiquement sur la tête du conjoint survivant, qui continue à percevoir les revenus. Les enfants ne récupèrent la pleine propriété qu'au décès du second parent. Attention : la réversion d'usufruit relève des droits de mutation par décès (art. 796-0 quater CGI), exigibles au décès du donateur. Mais lorsque le bénéficiaire est le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, elle est exonérée de tout droit (art. 796-0 bis CGI) : les droits ne sont réellement dus que si la réversion est stipulée au profit d'une autre personne, un enfant par exemple.

5.4 Quasi-usufruit sur les sommes d'argent

Pour les sommes d'argent ou les biens qui se consomment par l'usage (argent, actions), l'usufruit est dit « quasi-usufruit » : l'usufruitier peut dépenser les fonds, à charge pour sa succession de restituer une créance équivalente aux nus-propriétaires. Rédiger une convention de quasi-usufruit est indispensable pour sécuriser la créance de restitution (art. 587 C. civ.). Chez Hagnéré Patrimoine, nous préparons systématiquement ce type de convention avec vous, et avec votre notaire ou votre avocat qui la rédige, pour éviter toute contestation future entre nus-propriétaires.

§ 6ENTREPRISE·3 MIN

Comment transmettre une entreprise avec Pacte Dutreil et OBO familial ?

Pour les dirigeants, la donation-partage n'est qu'un pilier parmi d'autres. Bien combinée, elle permet de transmettre une PME à 25 % de sa valeur fiscale — parfois moins. Deux outils sont clés : le Pacte Dutreil et l'OBO (Owner Buy Out) familial.

6.1 Le combo donation-partage + Pacte Dutreil

Le Pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur des titres d'une société opérationnelle transmis. C'est le levier fiscal le plus puissant pour un dirigeant. Combiné à votre donation-partage, il s'empile avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Petit changement à connaître : la réduction supplémentaire de 50 % qui s'ajoutait avant 70 ans en pleine propriété a été supprimée par la loi de finances 2026 (entrée en vigueur le 21 février 2026). Dommage, mais l'exonération de 75 % reste, et c'est elle qui fait le gros du travail.

Combo maximal post-LF 2026 :
Base taxable effective = (Valeur × 25 %) − abattement 100 k€
= environ 25 % de la valeur initiale taxée au barème art. 777

Au final, pour une PME familiale de 5 M€ transmise à deux enfants, les droits passent d'environ 1,68 M€ (sans optimisation) à environ 206 000 € avec Dutreil + abattement 100 k€. Soit une division par huit.

Pour le détail des conditions Dutreil 2026 (engagement collectif 2 ans + individuel 6 ans depuis la LF 2026, durée totale minimale 8 ans, direction effective 3 ans, exclusion actifs somptuaires), consultez notre guide Pacte Dutreil 2026.

6.2 L'OBO familial (Owner Buy Out)

L'OBO — de l'anglais Owner Buy Out, littéralement « rachat par le propriétaire » — consiste à céder ses titres à une holding qu'on contrôle avant la donation. Mécanique : le dirigeant cède ses titres à une holding familiale, financée par un emprunt bancaire. L'emprunt est remboursé par les dividendes remontés de la société cible. Les titres de la holding sont ensuite donnés en donation-partage.

OBO : le triple avantage

  • Cash immédiat pour le dirigeant (remontée via cession partielle)
  • Base taxable réduite : les dettes de la holding viennent en déduction de la valeur taxable des titres transmis
  • Transmission progressive : donation-partage des titres de holding au fur et à mesure

Pour le détail de la mécanique OBO (montage holding, financement bancaire, déclenchement plus-value art. 150-0 B ter), consultez notre guide OBO familial complet.

6.3 Donation-partage avec soulte (FBO — Family Buy Out)

Un seul de vos enfants reprend l'entreprise ? Les autres doivent être indemnisés — c'est la soulte, la « part d'équilibrage » que reçoivent les frères et sœurs non-repreneurs. Sous forme de cash, de biens équivalents ou même d'autres titres. Problème classique : le repreneur n'a pas 1,5 M€ sur son compte pour payer ses frères. Solution : il crée une holding qui emprunte à la banque (c'est le FBO, Family Buy Out). L'emprunt se rembourse ensuite tout seul, grâce aux dividendes que la société remontera chaque année.

§ 7TRANSGÉNÉ.·3 MIN

Qu'est-ce qu'une donation-partage transgénérationnelle et quand sauter une génération ?

Innovation de la loi du 23 juin 2006, la donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 à 1078-10 C. civ.) permet de gratifier directement ses petits-enfants avec l'accord formel des enfants intermédiaires. Elle répond à une réalité moderne : la génération des 70-80 ans est souvent plus riche que celle des 45-55 ans, et les petits-enfants ont besoin d'aide tôt (études, primo-accession).

7.1 Mécanisme juridique

Le principe est simple : les grands-parents donnent directement aux petits-enfants, en sautant la génération du milieu. Mais cette génération du milieu — vos enfants — doit dire oui par écrit dans l'acte notarié. Pourquoi ? Parce que les biens qui passent à leurs enfants seront comptabilisés plus tard sur leur propre part d'héritage (art. 1078-8 C. civ.). Ils donnent donc un accord en parfaite connaissance de cause.

7.2 Avantages fiscaux et civils

  • Abattement 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant (art. 790 B CGI), cumulable avec le don Sarkozy
  • Liquidation selon le lien de parenté donateur → bénéficiaire final (doctrine BOFiP BOI-ENR-DMTG-20-20-10)
  • Évite une double taxation future (grand-parent → parent → petit-enfant)
  • Anticipe l'aide au moment où elle est utile (études, primo-accession, création d'entreprise)

7.3 Précautions

L'accord des enfants est irrévocable

Une fois consenti, l'accord de l'enfant intermédiaire sur la donation transgénérationnelle est irrévocable. Les biens transmis à ses propres enfants sont définitivement imputés sur sa réserve héréditaire future. Un bilan patrimonial croisé (grands-parents + enfants + petits-enfants) s'impose avant signature.

§ 8PROCÉDURE·3 MIN

Comment se déroule une donation-partage chez le notaire et combien coûte-t-elle ?

La donation-partage est un acte sérieux. Elle mobilise notaire, parfois avocat fiscaliste, et toujours CGP pour l'anticipation patrimoniale globale. Voici le déroulé réel.

Nouveauté 2026 : télédéclaration obligatoire des dons manuels

Bonne nouvelle pour le papier : depuis janvier 2026, la déclaration en ligne est devenue la voie normale et le formulaire papier Cerfa 2735 ne subsiste plus qu'à titre d'exception (absence d'accès à internet, situations exclues du téléservice). Toute déclaration de don manuel passe maintenant par votre espace personnel sur impôts.gouv.fr (rubrique « Déclarer » → « Vous avez reçu un don »). Pour votre donation-partage, rien à faire de votre côté : c'est le notaire qui s'occupe des formalités. Le sujet ne vous concerne que si vous ajoutez un don Sarkozy d'appoint à côté de l'acte.

8.1 Les 5 étapes chez le notaire

  1. RDV de cadrage (gratuit, 1h) : présentation de la situation familiale et patrimoniale
  2. Évaluation des biens (2-4 semaines) : expertises immobilières, valorisation titres, inventaire
  3. Projet d'acte (2-3 semaines) : rédaction, simulation fiscale, choix clauses (soulte, réversion)
  4. Réunion de lecture (1h) : explication de l'acte aux donateurs et donataires
  5. Signature et paiement des droits (1h, acte authentique)

Délai total réaliste : 2 à 4 mois entre le premier RDV et la signature.

8.2 Émoluments notariaux (barème 2026)

Tableau comparatif : Tranche (valeur brute) — Taux — Premier cas : Jusqu'à 6 500 €
Tranche (valeur brute)Taux
Jusqu'à 6 500 €4,837 %
De 6 500 à 17 000 €1,995 %
De 17 000 à 60 000 €1,330 %
Au-delà de 60 000 €0,998 %

Barème en vigueur depuis l'arrêté du 25 février 2026 ECOC2604872A (art. A. 444-67 et A. 444-174 C. com.). Les 4 taux ont été révisés : 4,931 % → 4,837 %, 2,034 % → 1,995 %, 1,356 % → 1,330 %, 1,017 % → 0,998 %.

Côté arbitrage, pour une donation-partage portant sur 900 000 € de biens, les émoluments s'élèvent à environ 9 500 € HT (+TVA 20 %). Ajoutez débours (~500 €), contribution de sécurité immobilière pour l'immobilier (0,10 %), et les droits de donation eux-mêmes.

8.3 Coût total indicatif par taille de patrimoine

Tableau comparatif : Patrimoine transmis — Émoluments + débours — Droits mutation (après abattements) — Total indicatif — Premier cas : 200 000 € (2 parents, 2 enfants)
Patrimoine transmisÉmoluments + déboursDroits mutation (après abattements)Total indicatif
200 000 € (2 parents, 2 enfants)~3 500 €0 € (abattements 400 k€ couvrent)~3 500 €
500 000 € (2 parents, 2 enfants)~6 500 €~16 400 € (base 50 k€/enfant)~22 900 €
1 000 000 € (2 parents, 2 enfants)~12 000 €~116 400 € (base 300 k€/enfant)~128 400 €
2 000 000 € (2 parents, 2 enfants)~25 500 €~365 900 € (base 800 k€/enfant, tranche 30 %)~391 400 €
5 000 000 € (avec Dutreil 75 %, 2 enfants)~52 000 €~206 400 € (base 525 k€/enfant post-Dutreil, hors réduction de 50 % de l'art. 790 CGI, qui s'applique en plus si le donateur a moins de 70 ans)~258 400 €

Pour le dire simplement, au-delà du montant des frais notariaux, le vrai levier d'optimisation est l'empilement des abattements (chaque parent vers chaque enfant, tous les 15 ans) et le démembrement. Un patrimoine transmis à ~200 000 € par enfant peut passer totalement en franchise de droits.

§ 9CLAUSES·3 MIN

Quelles sont les 12 clauses essentielles d'une donation-partage ?

Un acte de donation-partage n'est pas un formulaire administratif. Chaque clause a un effet juridique et patrimonial sur 20 à 40 ans. Voici les 12 clauses que nous demandons systématiquement à nos notaires partenaires, avec leur base légale et leur utilité concrète.

En 30 secondes

Un acte bien rédigé coûte 5-15 k€ mais évite des contentieux qui se chiffrent en centaines de milliers d'euros. Chaque clause est un verrou de sécurité pour 2-3 générations. Le rôle du notaire ne se limite pas à enregistrer : il conseille, il blinde, il anticipe.

Tableau comparatif : # — Clause — Base légale — Utilité concrète — Premier cas : 1
#ClauseBase légaleUtilité concrète
1Attribution divise expresseArt. 1078 C. civ. + Cass. 2/07/2025 n° 23-16.329Éviter l'indivision entre donataires (piège n°1 identifié par la jurisprudence). Chaque enfant reçoit un lot identifié, nommé, quantifié.
2Clause de soulte avec calendrierArt. 1078-3 C. civ.Rééquilibrage financier entre héritiers. Indiquer montant, modalités (immédiat / échelonné), intérêts (taux BCE + 2 % usuel), garanties (hypothèque).
3Réserve d'usufruit + réversion au conjoint survivantArt. 949 C. civ. + art. 1133 CGI (extinction gratuite au décès)Donateur conserve revenus + droit d'usage. Conjoint survivant protégé par réversion automatique gratuite art. 1133 CGI.
4Clause d'exclusion de communautéArt. 1405 C. civ.Bien donné reste PROPRE au donataire (hors communauté). Sans cette clause, en cas de divorce, le bien peut partir à moitié à l'ex-conjoint.
5Clause d'inaliénabilité temporaire motivéeArt. 900-1 C. civ.Interdit la vente pendant 10-20 ans maximum. Obligation de motivation : protection familiale, continuité entreprise, fragilité donataire.
6Clause de retour conventionnelArt. 951 C. civ. + art. 791 ter CGISi donataire prédécède sans enfant, le bien revient au donateur SANS nouveaux droits (exonération totale).
7Interdiction d'apport en société sans accordClause contractuelleProtège contre un apport qui ferait perdre le contrôle familial du bien (titres, immeuble de rapport).
8Clause d'agrément cessionClause contractuelleEncadre toute revente future : accord du donateur (ou de sa famille) requis. Préserve l'intérêt familial.
9Accord exprès des enfants (transgénérationnelle)Art. 1078-4 C. civ.Impératif si saut de génération vers petits-enfants. Sans accord écrit = nullité de la qualification DP transgénérationnelle.
10Mandat à effet posthume (en annexe)Art. 812 à 814-1 C. civ.Désigne un tiers de confiance pour gérer la succession pendant 2 ans renouvelables. Indispensable si soulte longue > 500 k€.
11Faculté de cantonnement par l'usufruitierArt. 1002-1 transposéL'usufruitier pourra renoncer à une partie de ses droits, donnant une part finale plus équilibrée.
12Clause d'évaluation rappelant art. 1078Art. 1078 C. civ.Mentionne expressément la date et la méthode d'évaluation. Sécurise le gel en cas de contentieux futur.

Autrement dit : ces 12 clauses ne sont pas du verbiage notarial. Chacune verrouille un risque identifié par les tribunaux : l'indivision qui tue le gel, le divorce qui ampute le patrimoine, le mineur qui ne peut disposer. Un acte sans ces clauses, c'est laisser la porte ouverte à 2-3 contentieux de 100 k€ chacun dans les 20 ans. Chez Hagnéré Patrimoine, nous demandons systématiquement ces 12 clauses à nos notaires partenaires.

La clause oubliée la plus coûteuse : l'exclusion de communauté

Une donation-partage rédigée sans cette clause peut poser problème lors d'un divorce ultérieur du donataire. Avec un couple marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, les biens donnés restent propres (art. 1405 du Code civil), mais leurs fruits et revenus (loyers SCPI, dividendes, intérêts) tombent en communauté : en cas de divorce, ces revenus accumulés et ce qu'ils ont financé se partagent avec l'ex-beau-fils ou l'ex-belle-fille. La clause d'exclusion de communauté protège le capital et ses fruits.

Quand l'un des enfants risque d'être servi en plus petit que ses frères et sœurs (par exemple parce qu'il reçoit l'entreprise familiale, ou parce qu'un autre enfant fragile est avantagé), il existe un outil pour sécuriser tout le monde à l'avance : la RAAR, ou Renonciation Anticipée à l'Action en Réduction. C'est un acte notarié signé par deux notaires, dans lequel les autres enfants disent : « Je sais que je reçois moins, et je m'engage à ne pas contester plus tard. » C'est puissant, mais le formalisme est strict : chaque renonçant signe séparément, en présence des seuls notaires, un acte authentique spécifique qui mentionne précisément les conséquences juridiques futures de sa renonciation ; à défaut, la renonciation est nulle (art. 930 C. civ.). Base légale : art. 929 à 930-5 C. civ. ; l'action en complément de part (art. 1077-1) reste ouverte 5 ans à compter du décès (art. 1077-2).

À cela peuvent s'ajouter la clause de tontine entre cohéritiers (rare, aléa strictement requis sous peine de requalification en libéralité déguisée), et le pacte adjoint si certains donataires sont mineurs. Le choix relève de l'ingénierie notariale : un notaire spécialisé transmissions est incontournable au-delà de 1 M€ de patrimoine.

§ 10PIÈGES·4 MIN

Quels sont les 15 pièges à éviter en donation-partage ?

Une donation-partage mal rédigée, c'est une bombe à retardement : entre les requalifications fiscales et les conflits familiaux post-décès, plusieurs centaines de dossiers explosent chaque année devant les tribunaux. Bonne nouvelle : ces accidents répondent à des causes répétitives. Voici les 15 pièges que nous voyons revenir le plus souvent dans nos audits — et la parade pour chacun.

Tableau comparatif : # — Piège — Conséquence — Premier cas : 1
#PiègeConséquence
1Lots en indivision (non partagés réellement)Requalification en donations simples (Cass. 1re civ. 6 mars 2013 n° 11-21.892, 20 novembre 2013 n° 12-25.681 et 2 juillet 2025 n° 23-16.329) : perte du gel des valeurs sur l'ENSEMBLE de l'acte
2Mauvaise évaluation des biensRisque action en réduction + requalification fiscale de la valeur
3Oubli du rappel fiscal 15 ansDroits calculés sans abattement, facture fiscale décuplée
4Soulte mal calibrée (déséquilibre)Action en complément de part, conflits familiaux
5Donation hors-part mal qualifiéeImputation sur la quotité disponible au lieu de la réserve, contentieux
6Conjoint survivant léséAction en réduction, réduction à la quotité disponible
7Démembrement sans convention de quasi-usufruitSommes d'argent sans créance de restitution sécurisée
8Donation à un seul enfantPas d'effet de gel, traitement comme donation simple
9Entreprise sans Pacte DutreilSur une PME de 3 M€ : ~900 k€ de droits au lieu de ~210 k€ avec Dutreil
10Absence de clause d'exclusion de communautéEn cas de divorce du donataire, les biens donnés peuvent tomber dans la communauté à partager avec l'ex-conjoint
11Soulte fictive ou jamais payéeRequalification possible en abus de droit de l'art. L. 64 LPF (acte fictif), majoration 80 % art. 1729 b CGI + intérêts de retard (CADF avis 2024-3, CE 8/03/2023 n° 458070)
12Erreur sur la réduction 50 % de l'art. 790 CGICette réduction n'existe QUE pour les titres Dutreil transmis en pleine propriété par un donateur de moins de 70 ans. Les guides qui la présentent comme générale sont périmés (réductions de droits liées à l'âge supprimées par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011) ; ceux qui l'annoncent abrogée en 2026 la confondent avec l'art. 790 I, seul texte abrogé
13Apport-cession post-donation < 3 ansRequalification en abus de droit (CE 12/04/2024 n° 472855, CADF avis 2024-3). Donation + cession rapide via holding = 80 % majoration
14Donation-partage transgénérationnelle sans accord écritNullité de la qualification DP transgénérationnelle (art. 1078-4). Perte des avantages fiscaux par tête des petits-enfants
15Réincorporation avec changement d'attributaire moins de 15 ans après la donation initialeLe seul droit de partage de 2,5 % ne suffit plus : les droits de mutation à titre gratuit sont dus selon le lien entre le donateur et le nouvel attributaire, sous déduction de ceux déjà acquittés (art. 776 A CGI). Hors ce cas, la réincorporation reste taxée au seul droit de partage, quelle que soit l'ancienneté de la donation

Pour vous : sur les 15 pièges énumérés, les 3 plus fréquents — indivision (piège n°1), absence de clause d'exclusion de communauté (n°10), et oubli du rappel 15 ans (n°3) — sont aussi les plus coûteux à rectifier après coup. Un notaire spécialisé transmission les évite tous d'entrée.

Piège #1 : le plus fréquent et le plus coûteux

La Cour de cassation (1re civ., 6 mars 2013 n° 11-21.892 ; 20 nov. 2013 n° 12-25.681 ; et surtout Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 n° 23-16.329 — dernier état de la jurisprudence) a posé la règle : une donation-partage exige un partage effectif. Si un ou plusieurs biens restent en indivision entre donataires, ces biens ne bénéficient pas de la qualification DP ni du gel de l'art. 1078 — ils sont traités comme des donations simples soumises au rapport civil au décès, à leur valeur du jour du partage successoral. Pour sécuriser l'acte, chaque donataire doit recevoir un lot individuel, identifié, sans indivision. Un notaire expérimenté sait rédiger l'acte correctement. Pour comprendre ce que serait le régime applicable en cas d'indivision non évitée, voir : Hériter d'un bien immobilier en indivision.

Pour une stratégie de réduction des droits de succession plus globale, consultez notre guide des droits de succession 2026.

§ 11JP·3 MIN

Qu'a changé la jurisprudence 2013-2025 en donation-partage ?

La donation-partage n'est pas un texte figé : depuis 2018, la Cour de cassation a précisé en plusieurs étapes ce qui marche et ce qui ne marche pas. La décision la plus importante est celle du 2 juillet 2025 (Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 n° 23-16.329) : elle impose qu'à chaque enfant corresponde un lot bien à lui, sans rien laisser en indivision. Sans ce partage net, tout l'acte risque d'être requalifié en simples donations — et le gel des valeurs s'effondre. Voici les 7 repères — décisions et textes — qui structurent la donation-partage 2026.

Tableau comparatif : Décision — Portée — Impact pratique 2026 — Premier cas : Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 n° 23-16.329
DécisionPortéeImpact pratique 2026
Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 n° 23-16.329Un seul lot en indivision disqualifie l'ENSEMBLE de la donation-partageChaque donataire doit recevoir un lot individualisé. Fin des 'raccourcis' de rédaction qui laissaient un bien en indivision entre enfants.
Donation-partage conjonctive — art. 1076-1 C. civ.L'enfant non commun peut être alloti du chef de son seul auteur, en biens propres de celui-ci ou en biens communs, sans que le conjoint puisse être codonateur des biens communsSeul outil propre pour familles recomposées. Enfant non commun reste étranger à la succession du beau-parent sauf adoption.
Effet de gel des valeurs — art. 1078 C. civ.Les biens donnés sont évalués au jour de la donation-partage, sauf convention contraire, à condition que tous les réservataires vivants ou représentés aient reçu un lot et l'aient expressément accepté, et qu'aucune réserve d'usufruit ne porte sur une somme d'argentSécurise l'effet gel art. 1078. Même si les biens prennent ou perdent de la valeur, la donation-partage fige définitivement.
Formalisme RAAR — art. 930 C. civ.Nullité de la renonciation qui n'est pas reçue par deux notaires et signée séparément par chaque renonçantActe authentique spécifique reçu par 2 notaires, signé séparément par chaque renonçant en présence des seuls notaires, mentionnant précisément ses conséquences juridiques futures.
Portée du barème usufruit — art. 669 CGILe barème ne vaut que « pour la liquidation des droits d'enregistrement et de la taxe de publicité foncière » : il ne s'impose pas à l'évaluation civile de l'usufruit et de la nue-propriétéLe barème fiscal est une convention fiscale. Civilement, l'expert peut retenir une valeur économique (actualisation des revenus, marché).
Cass. com. 11 mai 2023 n° 21-16.923, 21-16.924 et 21-16.925 (3 arrêts Dutreil)Holding animatrice : l'animation effective du groupe doit préexister à la donation et s'apprécie in concretoDP de titres de holding mixte : preuve d'animation par convention, PV comité stratégique, reporting trimestriel.
Actions de préférence — art. L. 228-11 C. com.Fondement légal : validité de la dissociation droits politiques / économiques en transmissionPermet donation-partage sans soulte : repreneur reçoit ADP avec vote double, frères reçoivent ADP à dividende prioritaire.

Traduit en chiffres : l'arrêt du 2 juillet 2025 fragilise les donations-partages antérieures mal rédigées — celles où un bien restait en indivision. Si vous en avez signé une, un audit notarié s'impose. Une rectification par réincorporation (art. 776 A CGI) reste possible : droit de partage 2,5 % seulement, au lieu d'attendre le contentieux familial post-décès (droits 20-45 %, durée 10 ans de litige). Coût audit : 1 à 2 k€ ; gain potentiel : 100 à 300 k€.

Le dernier état de la jurisprudence : Cass. 1re civ. 2 juillet 2025 n° 23-16.329

De nombreuses donations-partages attribuent certains biens difficilement partageables (résidence familiale, cabinet professionnel) en indivision entre les donataires, tout en individualisant les autres lots. L'arrêt du 2 juillet 2025 juge que l'acte qui allotit des gratifiés à la fois en biens divis et en quotes-parts indivises ne constitue pas une donation-partage : il est requalifié en donations simples soumises au rapport civil à la valeur du jour du partage successoral, et cette requalification frappe l'acte tout entier, y compris les lots correctement individualisés. Les conséquences peuvent être importantes pour une famille qui avait cru sécuriser sa transmission. Action recommandée : faites auditer vos donations-partages par un notaire pour identifier les éventuelles indivisions résiduelles. Une rectification par réincorporation (art. 776 A CGI) reste possible.

En pratique, les cabinets spécialisés (Fidroit, CMS Francis Lefebvre, Fidal, Gide) intègrent désormais ces 7 repères dans chaque projet d'acte. Chez Hagnéré Patrimoine, nous relisons systématiquement, sous l'angle patrimonial et fiscal, toute donation-partage antérieure à 2020 pour repérer les risques, et nous vous orientons vers votre notaire pour les correctifs éventuels (réincorporation, clause complémentaire par acte rectificatif, RAAR complémentaire).

§ 12COMBO·4 MIN

Comment combiner donation-partage avec démembrement, Dutreil et assurance-vie ?

Une donation-partage seule fait gagner beaucoup. Combinée à d'autres outils, elle change de dimension. Voici quatre combos que nous utilisons régulièrement chez Hagnéré Patrimoine.

10.1 Combo 1 — Donation-partage + démembrement + assurance-vie

Le trio classique pour les patrimoines de 1 à 5 M€. Vous donnez la nue-propriété des biens immobiliers et des titres de SCI en donation-partage démembrée, vous conservez l'usufruit (revenus). En parallèle, vous alimentez une assurance-vie avec clause bénéficiaire pour compléter l'équité. À votre décès, les nues-propriétés deviennent gratuites, et l'assurance-vie est transmise hors succession jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I CGI, primes versées avant 70 ans).

10.2 Combo 2 — Dutreil + OBO + donation-partage avec soulte

Pour les dirigeants de PME de 3 à 15 M€. Étape 1 : vous cédez vos titres à une holding que vous contrôlez (OBO), financée par emprunt bancaire. Étape 2 : vous souscrivez un Pacte Dutreil (engagement collectif 2 ans + individuel 6 ans depuis la LF 2026, durée totale 8 ans minimum) sur les titres de la holding. Étape 3 : vous donnez les titres de holding en donation-partage avec soulte. Résultat : droits divisés par 5 à 8 grâce à l'exonération 75 % de l'art. 787 B (à noter : la réduction de 50 % de l'article 790 du CGI avant 70 ans reste applicable lorsque les titres sont donnés en pleine propriété).

10.3 Combo 3 — SCI familiale + donation-partage de parts démembrées

Pour transmettre un portefeuille immobilier (3+ biens). Vous apportez les biens à une SCI familiale, vous démembrez les parts, vous les donnez en donation-partage. Avantages cumulés : décote d'illiquidité sur les parts (10-30 %), barème usufruit/nue-propriété, gel des valeurs, gestion centralisée post-transmission. Un outil puissant mais technique — nécessite une coordination notaire/avocat.

10.3 bis Combo bonus — Donation graduelle ou résiduelle (art. 1048 à 1061 C. civ.)

La donation graduelle (art. 1048 à 1056 C. civ.) oblige le premier gratifié à conserver le bien et à le transmettre à son décès à un second gratifié désigné à l'avance. La donation résiduelle (art. 1057 à 1061 C. civ.) est plus souple : le premier gratifié peut disposer du bien de son vivant, mais ce qui reste à son décès va au second gratifié.

L'avantage fiscal majeur est codifié à l'art. 784 C CGI : au décès du premier gratifié, la seconde transmission est imposée comme si le second gratifié avait reçu directement le bien du donateur d'origine (mêmes abattements, même barème applicable au lien du donateur d'origine vers le second gratifié). Les droits déjà payés par le premier gratifié viennent en déduction. Effet : on évite une fiscalité successorale complète sur une génération entière.

Exemple chiffré — donation graduelle sur un tableau de maître

Contexte : Jacques, 75 ans, collectionneur, souhaite transmettre un Soulages à son fils Paul (48 ans) puis à sa petite-fille Clémence (20 ans) — préservation familiale intergénérationnelle de l'œuvre.

Valeur actuelle : 800 000 € — intégré dans une DP

Transmission 1 (Jacques → Paul) :
   Abattement 100 000 € (ligne directe)
   Base 700 000 € → droits barème 777 CGI ≈ 137 962 €

Transmission 2 (décès de Paul à 78 ans) vers Clémence :
   Art. 784 C CGI : imputation comme si donation directe Jacques → Clémence (lien grand-père / petite-fille)
   Abattement 31 865 € (art. 790 B CGI)
   Droits déjà payés par Paul viennent en déduction
   Aucune seconde taxation au patrimoine de Paul

ÉCONOMIE estimée : ~420 000 € sur 2 générations vs deux transmissions classiques (où le tableau aurait subi les droits au décès de Paul + au décès hypothétique de Clémence).

Conditions strictes de la donation graduelle

(1) Biens identifiables (titres non fongibles, immeubles, œuvres d'art — difficile pour du cash) ; (2) obligation de conservation juridiquement opposable (inaliénabilité implicite) ; (3) publicité foncière si immeuble ; (4) le second gratifié doit exister au jour de la donation (ou être conçu). La résiduelle est plus souple mais expose au risque que le premier gratifié consomme tout. Outil particulièrement adapté pour les collections, les titres de famille, les transmissions en famille recomposée.

10.3 ter Combo bonus — Convention de management fees post-DP (CE 4 octobre 2023, Sté Collectivision)

Après votre transmission via holding (OBO ou FBO), un détail technique va devenir central : votre holding facture-t-elle réellement des prestations à votre société opérationnelle ? Pendant longtemps, le fisc se méfiait beaucoup de ces fameux management fées, surtout depuis un arrêt « Samo Gestion » de 2012 qui refusait la déduction (Cass. com. 23 octobre 2012 n° 11-23.376). Mais le Conseil d'État a assoupli la position : la seule conclusion d'une convention de management fees, même lorsqu'elle porte sur des fonctions relevant du mandat social, ne constitue pas en soi un acte anormal de gestion dès lors que la société établit que ses organes compétents ont entendu rémunérer indirectement le dirigeant et que le versement a une contrepartie (CE 9e-10e ch., 4 octobre 2023, n° 466887, Sté Collectivision). La substance reste donc décisive : convention écrite antérieure aux premières factures, prestations réelles et chiffrées, montant non excessif au regard des fonctions exercées. À défaut, la facturation est requalifiée en acte anormal de gestion, avec à la clé un redressement IS et, en cas de manquement délibéré, 40 % de majoration (art. 1729 a CGI).

La checklist substance — 7 preuves à constituer

  • Convention écrite datée antérieure aux premières factures (pas d'effet rétroactif)
  • Détail chiffré des prestations (stratégie, contrôle de gestion, animation commerciale)
  • PV du comité stratégique trimestriel mentionnant les livrables
  • Reporting mensuel ou trimestriel archivé
  • Rémunération d'un dirigeant dans la holding (salaire ou jeton de présence)
  • Moyens propres : bureau, téléphone, informatique, éventuellement un ou deux salariés
  • Prix facturé cohérent avec le marché (benchmark consultants externes)

En pratique : une facturation annuelle < 100 000 € sans aucun livrable matérialisé est systématiquement requalifiée. Au-delà de 250 000 € / an, le dossier doit être d'une rigueur irréprochable — un rescrit fiscal préalable (art. L.80 B LPF) peut sécuriser le montage pour 8 à 15 k€ d'honoraires.

10.4 Combo 4 — Donation-partage cumulative (réincorporation)

Vous avez fait une donation simple il y a 12 ans, vous craignez le rapport civil au décès ? Solution : une donation-partage cumulative qui réincorpore la donation antérieure (art. 1078-1 C. civ.). Si la réincorporation ne comporte pas de libéralité nouvelle, seul le droit de partage de 2,5 % (art. 746 CGI) s'applique — pas de nouveaux droits de donation (art. 776 A CGI) — et ce quelle que soit l'ancienneté de la donation réincorporée. Les droits de mutation à titre gratuit ne redeviennent exigibles que dans un cas : lorsque le bien est réattribué à un descendant du donataire initial et que la donation d'origine remonte à moins de quinze ans. Une optimisation post-facto très puissante.

Réincorporation art. 776 A CGI — en 30 secondes

Vous avez fait une donation simple il y a plus de 15 ans à votre fils aîné, qui a pris énormément de valeur depuis ? Plutôt que de subir le rapport civil au décès, vous pouvez la réincorporer dans une nouvelle donation-partage cumulative : la donation antérieure est intégrée à l'acte global, repartagée si nécessaire entre tous les enfants, et seul le droit de partage de 2,5 % (art. 746 CGI) est dû — pas de nouveaux droits de donation. Conditions : (1) pas de libéralité nouvelle ajoutée à la valeur initiale ; (2) si le bien est réattribué à un descendant du donataire initial et que la donation d'origine remonte à moins de quinze ans, les droits de mutation à titre gratuit redeviennent dus selon le lien entre le donateur et le nouvel attributaire, sous déduction de ceux déjà acquittés (art. 776 A CGI). C'est le « rattrapage post-facto » le plus puissant du droit français.

Quel combo choisir ?

Le bon combo dépend de : votre âge, la composition de votre patrimoine (immobilier vs financier vs entreprise), le nombre et la situation de vos enfants, votre souhait de conserver ou non vos revenus. Un bilan patrimonial complet chez Hagnéré Patrimoine identifie en 2-3 RDV le combo optimal pour votre situation.

Pour une approche encore plus globale à haut patrimoine, consultez notre guide gestion de fortune.

Rappel réglementaire

Les stratégies présentées respectent le cadre fiscal en vigueur au 23 avril 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026 — LF 2026). Modifications majeures intégrées : abrogation de l'article 790 I du CGI (ancien abattement sur les donations de logements neufs 2014-2016 ; la réduction de 50 % de l'article 790 pour les donations Dutreil en pleine propriété avant 70 ans, elle, subsiste), durcissement du Pacte Dutreil (engagement individuel porté à 6 ans, durée totale 8 ans), exonération de l'article 790 A bis ouverte jusqu'au 31/12/2026. Les seuils, plafonds et taux peuvent évoluer. Chaque transmission est unique — un bilan personnalisé avec un conseiller en gestion de patrimoine, un avocat fiscaliste et un notaire reste indispensable avant tout engagement.

Méthode documentée

Préserver la paix familiale vaut plus que quelques milliers d'euros de droits

Donation-partage bien rédigée, clauses anti-conflit, rapport civil neutralisé, coordination notaire : un conseiller en gestion de patrimoine construit une stratégie pérenne sur 15 ans avec vous.

Bilan gratuitCGP immatriculé à l’ORIASSans engagement
§ 13LF 2026·3 MIN

Qu'est-ce que la nouvelle exonération 100 k€ / 300 k€ de la LF 2026 ?

Si vous avez un enfant qui veut acheter sa résidence principale ou rénover son logement, l'article 790 A bis du CGI, créé par la loi de finances pour 2025 et toujours applicable en 2026 (voir notre guide de la loi de finances 2026), vous offre une fenêtre de tir exceptionnelle : il permet de lui donner jusqu'à 100 000 € sans aucun droit. La fenêtre se referme le 31 décembre 2026 — après, plus rien. Raison de plus pour maîtriser ce dispositif avant la fin de l'année.

La fenêtre à ne pas rater en 2026

Jusqu'au 31 décembre 2026, vous pouvez donner à chaque enfant (ou petit-enfant) jusqu'à 100 000 € exonérés de droits par donateur, dans la limite de 300 000 € par donataire, en franchise totale d'impôt. Cumul possible avec l'abattement 100 000 € art. 779, le don familial 31 865 € art. 790 G et le Pacte Dutreil. Un couple avec 3 enfants construisant leur RP peut transmettre en franchise : 200 k€ (779) + 200 k€ (790 A bis) = 400 k€ par enfant, soit 1,2 M€ au total sans un euro d'impôt.

11.1 Les conditions à respecter

Tableau comparatif : Condition — Détail — Premier cas : Donateurs éligibles
ConditionDétail
Donateurs éligiblesTout contribuable (pas de limite d'âge, pas de condition de patrimoine)
Donataires éligiblesEnfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants — à défaut de descendance : neveux/nièces
Forme du donSomme d'argent UNIQUEMENT (pas de titres, pas d'immeubles, pas de parts de SCI)
Plafond par couple donateur / donataire100 000 €
Plafond global par donataire300 000 € (cumul tous donateurs confondus)
Délai de remploi obligatoire6 mois à compter du don
Usages éligibles(a) Acquisition d'un logement neuf ou en VEFA (Vente En l'État Futur d'Achèvement — achat sur plans) — (b) Travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov' (aide de l'ANAH) sur le logement dont le donataire est propriétaire et qu'il affecte à sa résidence principale. ATTENTION : faire construire une maison sur un terrain à bâtir n'est PAS éligible — l'administration refuse d'y voir l'acquisition d'un immeuble neuf ou une VEFA, le donataire étant alors lui-même maître d'ouvrage
Conservation RP imposée5 ans minimum (sauf mutation professionnelle justifiée)
Période d'applicationDons consentis entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026
Cumul abattement 100 k€ art. 779Oui (bases fiscales distinctes)
Cumul don familial 31 865 € art. 790 GOui
Cumul Pacte Dutreil art. 787 BOui (bases différentes : sommes d'argent vs titres)
Intégration dans donation-partageOUI — l'exonération est préservée dans l'acte DP et bénéficie du gel art. 1078

Au total : l'exonération de l'article 790 A bis permet à un couple retraité de transférer 200 à 400 k€ sans aucun droit vers les enfants primo-accédants, à condition que le remploi en résidence principale neuve, travaux ou VEFA soit effectif sous 6 mois. C'est la fenêtre 2025-2026 la plus généreuse pour les familles. Après le 31 décembre 2026, cette exonération disparaît. Un rescrit fiscal peut sécuriser le dossier pour 3 à 5 k€.

11.2 Cas pratique : un couple, 3 enfants, 1 acquisition en VEFA + 1 rénovation + 1 sans projet

SITUATION
Couple marié, 3 enfants adultes :
- Alex : acquisition d'un appartement neuf en VEFA à Lyon (RE2020)
- Béa : rénovation énergétique RP ancienne (isolation + PAC)
- Chloé : pas de projet immobilier en 2026

ALLOCATION OPTIMALE (dans un acte de DP unique)

Alex (acquisition VEFA) :
   Abattement 779 × 2 parents :         200 000 €
   Exonération 790 A bis × 2 parents :  200 000 €
   TOTAL EXONÉRÉ :                      400 000 €
   Don possible en franchise :          400 000 €

Béa (rénovation énergétique) :
   Abattement 779 × 2 parents :         200 000 €
   Exonération 790 A bis × 2 parents :  200 000 €
   TOTAL EXONÉRÉ :                      400 000 €
   Don possible en franchise :          400 000 €

Chloé (pas de projet éligible) :
   Abattement 779 × 2 parents :         200 000 €
   TOTAL EXONÉRÉ :                      200 000 €

TOTAL DONATION-PARTAGE EN FRANCHISE :
   400 000 + 400 000 + 200 000 = 1 000 000 €

SANS LE DISPOSITIF 790 A BIS, même opération :
   200 000 × 3 = 600 000 € exonérés
   Soit 400 000 € taxables → droits ~72 800 €

ÉCONOMIE FISCALE GRÂCE AU 790 A BIS : 72 800 €
+ gel art. 1078 sur les 1 M€ transmis
+ renouvellement abattement 779 dans 15 ans

3 pièges spécifiques au dispositif 790 A bis

  • Délai 6 mois strict : si le remploi n'est pas effectif sous 6 mois, l'exonération est remise en cause + intérêts de retard art. 1727. Justifier dès le versement avec une promesse de vente, contrat de construction ou devis travaux.
  • Liste des travaux éligibles limitative : seuls ceux éligibles à MaPrimeRénov' (référentiel ANAH) ouvrent droit. Isolation thermique, PAC, VMC double flux, panneaux photovoltaïques sous conditions. Peinture, cuisine, décoration : NON.
  • Conservation RP 5 ans : revente de la RP avant 5 ans déclenche reprise (sauf mutation professionnelle). Pour l'investissement locatif : NON éligible (dispositif réservé à la RP du donataire).
§ 14INTER.·3 MIN

Comment fonctionne la donation-partage si vous êtes expatrié ou frontalier ?

Avec 2,5 millions de Français résidant à l'étranger et environ 1 million de familles binationales, la donation-partage transfrontalière est un angle oublié par 95 % des guides français. Pourtant, les règles sont désormais claires, encadrées par le règlement UE 650/2012 et plusieurs conventions bilatérales.

12.1 La règle générale : art. 750 ter CGI

En matière de donations transfrontalières, le fisc français raisonne en trois entrées : qui donne, où sont les biens, qui reçoit. Si vous vivez en France au moment du don, l'impôt français s'applique sur tout votre patrimoine, où qu'il soit dans le monde. Si les biens sont en France (un appartement, des titres d'une société française), ils sont taxés en France quel que soit votre lieu de résidence. Et si c'est votre enfant qui vit en France depuis 6 ans sur les 10 dernières années, c'est lui qui rapatrie l'imposition côté français. C'est le cumul de ces trois portes (article 750 ter du CGI) qui détermine si Bercy entre dans la danse.

12.2 Le règlement UE 650/2012 et la professio juris

Le règlement UE 650/2012 du 4 juillet 2012 (applicable depuis le 17 août 2015) permet à tout expatrié de choisir la loi française pour régir sa future succession (art. 22 — professio juris), même s'il réside à l'étranger. Intérêt majeur : préserver la réserve héréditaire française et la mécanique du gel art. 1078, face à des législations étrangères très libérales (UK, USA : pleine liberté testamentaire).

Professio juris en 30 secondes : la loi qu'on choisit pour son décès

Si vous êtes Français expatrié au Portugal, en Espagne ou en Belgique, par défaut c'est la loi de votre pays de résidence qui régit votre succession (art. 21 du règlement UE 650/2012). Or beaucoup de pays ne reconnaissent pas la réserve héréditaire. La professio juris (art. 22 du règlement) vous permet de désigner expressément, dans un testament, la loi française comme loi de votre succession — ce qui sanctuarise la réserve de vos enfants et la cohérence avec la donation-partage signée en France.

Attention — limite du règlement 650/2012

L'art. 1.2.g du règlement EXCLUT les libéralités entre vifs (donations) du champ d'application. La donation-partage française est donc régie par les règles de conflit de lois propres (souvent la loi du lieu de résidence du donateur ou du lieu des biens). La professio juris agit surtout au décès pour la REDUCTION et le rapport.

12.3 Conventions fiscales bilatérales — état 2026

Tableau comparatif : Pays — Convention donations/successions — État 2026 — Risque double imposition — Premier cas : USA
PaysConvention donations/successionsÉtat 2026Risque double imposition
USAConvention du 24 novembre 1978 (donations)ActiveFaible — crédit d'impôt art. 784 A + exemption fédérale US de 15 M$ par donateur en 2026, montant rendu pérenne et indexé par la loi américaine du 4 juillet 2025 (One Big Beautiful Bill Act), qui a supprimé la baisse à ~7 M$ initialement programmée
Royaume-UniConvention 1963 (successions uniquement)Active pour successions — pas convention donationsMoyen — imposition possible UK si le donateur ou le donataire a résidé au Royaume-Uni au moins 10 des 20 années fiscales précédentes (régime des long-term residents, qui a remplacé le deemed domicile le 6 avril 2025)
AllemagneConvention 12 octobre 2006ActiveFaible — répartition claire des droits d'imposer
SuisseConvention 31 décembre 1953 (successions)DÉNONCÉE 2014Élevé — droit interne FR + droit cantonal suisse se superposent
BelgiqueConvention 20 janvier 1959 + avenant 2021 (non ratifié fin 2025)Convention 1959 limitée aux successions ; avenant donations en attenteMoyen
ItalieConvention 20 décembre 1990ActiveFaible
EspagnePas de convention donationsApplication droit interneÉlevé — double imposition possible (partielle) : Espagne impose via impuesto sucesiones y donaciones
LuxembourgPas de convention DMTGApplication droit interneFaible si résident FR (LU n'impose pas les donations à des résidents étrangers)
PortugalPas de convention DMTGIFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação — incitation fiscale à la recherche scientifique et à l'innovation) depuis 01/01/2024, remplace le RNH (Résident Non Habituel)Faible — Portugal n'impose pas les donations/successions entre ascendants/descendants
Émirats arabes unis (Dubaï)Pas de convention DMTGApplication droit interneNul côté UAE (0 % sur donations/successions)

12.4 Cas pratique : expatrié Portugal (IFICI), patrimoine 3 M€, 2 enfants en France

SITUATION
M., 63 ans, résident fiscal Portugal (IFICI) depuis 2023.
Patrimoine : immobilier France 1,5 M€ + portefeuille français 1 M€ + titres SAS française 500 k€.
Deux enfants résidant en France.

OPTION A — Pas de donation, succession future
   Patrimoine immobilier + titres français : art. 750 ter 2° CGI
   → imposition France quel que soit résidence M.
   Droits succession estimés à 25 ans : ~900 000 €

OPTION B — DP française en 2026 (M. vient en France signer l'acte)
   Immobilier (1,5 M€) + titres français (1,5 M€) = 3 M€ FR
   Par enfant : 1 500 000 €
   Abattement 779 : 100 000 € × 1 parent (M. seul donateur)
   Base taxable : 1 400 000 € par enfant
   Droits FR : 412 678 € par enfant = 825 356 € total

   Application Dutreil (si éligible) sur SAS 500 k€ :
     - abattement 75 % de la BASE taxable (art. 787 B), pas des droits
     - base Dutreil par enfant : 250 k€ × 25 % = 62 500 € (au lieu de 250 k€)
     - écart d'assiette : 187 500 € par enfant, soit 375 000 € au total
     - économie de droits correspondante ≈ 150 k€ (tranche 40 %)
   Application art. 790 A bis (don familial 100 k€ affecté RP neuve) :
     - réduit la base de 100 k€ par enfant, économie ≈ 40 k€ / enfant

   Droits FR recalculés après Dutreil + 790 A bis : ~575 000 €
   (vs 825 356 € sans optimisation — économie ~250 k€)
   Côté Portugal : 0 € (IFICI + pas d'imposition donation ascendant->descendant)

ÉCONOMIE vs succession future : ~490 000 €
+ gel art. 1078 sur 3 M€
+ transmission sécurisée avant retour éventuel en France

PIÈGES
- Acte notarié en France obligatoire (notaire français compétent)
- Professio juris à activer dans un testament complémentaire
- Coordination avocat fiscaliste portugais pour IFICI

Le conseil CGP pour les binationaux FR/USA

Si vous avez la double nationalité franco-américaine, l'année 2026 est décisive. Aux États-Unis, chaque donateur bénéficie en 2026 d'une exemption à vie de 15 M$ sur les donations et successions (la gift and estate tax exemption). La baisse à environ 7 M$ qui était programmée pour 2026 n'a pas eu lieu : la loi américaine du 4 juillet 2025 (One Big Beautiful Bill Act) a pérennisé le montant relevé, avec indexation annuelle. Pour les patrimoines élevés, l'articulation entre la donation-partage française et l'exemption américaine doit donc être arbitrée au cas par cas, et non dans l'urgence d'une fenêtre qui se refermerait. Coordination impérative notaire français + avocat tax attorney US.

Pour la coordination donation-partage / succession à l'international (professio juris UE 650/2012, conventions bilatérales actives, fiscalité comparée), voir notre guide succession internationale.

§ 15ADP·3 MIN

Comment transmettre une entreprise sans soulte via les actions de préférence ?

C'est la stratégie la plus élégante quand un seul de vos enfants reprend l'entreprise. Plutôt que de demander au repreneur de payer 1,5 M€ de soultes à ses frères et sœurs (souvent à crédit, sur 10 ans, avec stress financier permanent), vous transformez les actions de la société en plusieurs catégories : des actions de préférence. Imaginez deux paquets d'actions issus de la même société. Le premier donne le pouvoir de décision (vote double) à votre repreneur. Le deuxième donne des dividendes prioritaires à vos autres enfants, qui touchent leur part chaque année. Personne ne se sent lésé, personne n'a besoin d'emprunter.

En 30 secondes

Les actions de préférence (art. L.228-11 C. com., depuis 2004) permettent de créer plusieurs catégories d'actions avec des droits différents : vote double ou réduit, dividende prioritaire, clause de rachat, conversion. Cette souplesse statutaire est aujourd'hui couramment utilisée dans les transmissions familiales. Résultat : plus besoin de soulte, plus de conflits entre repreneur et fratrie, plus de dette post-transmission.

13.1 Le montage type

  1. Étape 1 — Modification des statuts : création de 2 catégories d'actions de préférence
    • ADP « A » (repreneur) : vote double, dividende ordinaire, sans clause de rachat
    • ADP « B » (fratrie) : vote simple, dividende prioritaire majoré (ex. +30 %), clause de rachat à 10 ans
  2. Étape 2 — Conversion des actions ordinaires en ADP : AGE à la majorité renforcée (2/3)
  3. Étape 3 — Donation-partage des ADP à la fratrie selon souches :
    • Repreneur reçoit majorité des ADP A (contrôle opérationnel)
    • Chaque autre enfant reçoit une quantité équivalente en valeur d'ADP B (revenus à vie)
  4. Étape 4 — Application du Pacte Dutreil si engagement collectif signé préalablement sur les deux catégories

13.2 Cas pratique : SAS familiale 6 M€, 3 enfants dont 1 repreneur

SITUATION
SAS opérationnelle valorisée 6 M€.
3 enfants : Julie (repreneur, salariée depuis 10 ans), Thomas et Paul (autres métiers).
Dividendes distribuables : 300 k€/an.

OPTION A — DP classique PP à 3 parts égales + Dutreil
   Valeur titres donnée par enfant : 2 M€
   Dutreil 75 % → base 500 k€ par enfant
   Abattement 100 k€ → 400 k€ taxable
   Droits par enfant (barème art. 777) : 78 194 €
   Droits totaux 3 enfants : 234 583 €

   MAIS problème CONTRÔLE : Julie minoritaire,
   décisions bloquées si Thomas ou Paul s'opposent.
   Risque de cession contrainte à un tiers.

OPTION B — DP via ADP différenciées (validation jurisprudentielle confirmée)
   Création :
   - 60 % ADP A (vote double, dividende ordinaire) = 3,6 M€ théorique
   - 40 % ADP B (vote simple, dividende prioritaire) = 2,4 M€ théorique

   Donation :
   - Julie reçoit 100 % des ADP A = 3,6 M€
   - Thomas reçoit 50 % ADP B = 1,2 M€
   - Paul reçoit 50 % ADP B = 1,2 M€

   Fiscalité (Dutreil sur TOUT) :
   - Julie : 3,6 M€ × 25 % = 900 k€ → ab. 100 k€ → 800 k€
     Base 800 k€ dans tranche 30 % art. 777 CGI :
     droits 182 962 €
   - Thomas : 1,2 M€ × 25 % = 300 k€ → ab. 100 k€ → 200 k€
     droits 38 194 €
   - Paul : idem Thomas = 38 194 €

   TOTAL DROITS : 259 350 €

AVANTAGES MATÉRIELS Option B
   ✓ Julie contrôle 100 % du vote → gère l'entreprise
   ✓ Thomas + Paul reçoivent 60 % des dividendes (180 k€/an partagés)
   ✓ Pas de soulte à verser
   ✓ Pas de contentieux familial potentiel
   ✓ Clause de rachat ADP B à 10 ans : liberté future

SURCOÛT FISCAL Option B : environ +25 k€ (259 k€ vs 234 k€)
GAIN GOUVERNANCE : inestimable
(Note LF 2026 : la réduction de 50 % de l'ancien art. 790 I
 CGI est abrogée pour les transmissions à compter du
 21/02/2026. Les calculs ci-dessus tiennent compte de cette
 abrogation. Le vrai gain de l'Option B est de gouvernance
 — contrôle unifié, dividendes différenciés, pas de soulte à
 financer — et justifie largement le surcoût de 25 k€.)

Prérequis techniques ADP

Création et conversion des ADP nécessitent : (1) commissaire aux avantages particuliers si les ADP créent des droits disproportionnés (art. L.228-15 C. com.), (2) modification statutaire préalable par AGE, (3) accord des engagements Dutreil existants avant conversion. Faisable en SAS (forme souple), plus complexe en SARL. Coordination avocat M&A + notaire + expert-comptable.

§ 16CRYPTOS·3 MIN

Comment transmettre cryptos, NFT et actifs numériques en donation-partage ?

Avec plus de 10 % des Français détenant des cryptos en 2026 et une partie significative du patrimoine HNWI désormais logée en Bitcoin, Ethereum ou NFT, la question de la transmission d'actifs numériques en donation-partage est devenue incontournable. Les règles existent, mais la technicité est réelle.

Les 3 règles à connaître

  • Évaluation : cours du jour de l'acte. Le notaire horodaté le document en fonction des cotations spot disponibles (CoinMarketCap, CoinGecko). Certains notaires exigent un screenshot officiel de la plateforme d'échange au moment de la signature.
  • Remise effective du contrôle : en pratique, la donation d'une crypto suppose la remise effective des clés privées du wallet au donataire, OU le transfert vers un wallet contrôlé par le donataire. Pour un wallet froid (Ledger, Trezor), le notaire peut constater la remise physique du device + phrase de récupération chiffrée.
  • Lutte anti-blanchiment (LCB-FT, Lutte Contre le Blanchiment et le Financement du Terrorisme — art. L.561-2 du CMF, Code Monétaire et Financier) : le notaire doit s'assurer de l'origine des fonds (achat sur plateforme régulée type Coinbase, Binance FR, Bitpanda ; pas de wallet anonyme ou mixé). Le KYC renforcé (Know Your Customer, vérification d'identité poussée) est attendu au-delà de 100 000 € transmis.

14.1 Traitement fiscal : transparence totale

Pour l'administration, les cryptos sont des biens meubles incorporels. La donation est soumise au barème art. 777 CGI comme n'importe quel autre bien (abattement 100 k€ art. 779, barème ligne directe 5-45 %). Le gel art. 1078 s'applique : une crypto donnée à 80 000 € reste à 80 000 € pour le calcul de la réserve, même si elle vaut 30 000 € ou 200 000 € 3 ans plus tard.

14.2 Cas pratique : portefeuille crypto 500 k€, 2 enfants

SITUATION
M., 58 ans, portefeuille crypto diversifié :
- 3 BTC (60 000 € × 3 = 180 000 €)
- 50 ETH (2 800 € × 50 = 140 000 €)
- Stablecoin USDC : 180 000 €
Total : 500 000 €, 2 enfants.

DONATION-PARTAGE EN PP
Par enfant : 250 000 €
Abattement 779 (M. seul donateur) : 100 000 €
Base taxable par enfant : 150 000 €
Droits : 403 + 403 + 573 + 26 813 = 28 194 €
Total droits : 56 388 €

PROCÉDURE PRATIQUE
1. Export preuve de détention (Ledger Live, exchange stmt) - J-30
2. Valorisation notariale avec cours spot - J-J
3. Rédaction acte DP avec description précise (hash wallet, adresses)
4. Signature + transfert immédiat vers wallets enfants
5. Enregistrement de l'acte de donation-partage par le notaire
6. Conservation KYC (Know Your Customer — vérification d'identité renforcée) + traçabilité par donataires (formulaire Cerfa 3916-bis annuel, art. 1649 bis C CGI, obligatoire dès le 1er euro sur les comptes d'actifs numériques ouverts à l'étranger)

RISQUES
- Volatilité : même si valeur baisse à 200 k€ 6 mois après,
  le gel art. 1078 fige à 500 k€ pour le partage
- Perte clés privées : responsabilité donataire post-donation
- Récupération en cas d'ingratitude : très difficile (blockchain immuable)
- Oubli formulaire 3916-bis (art. 1649 bis C CGI) : amende de 750 €/compte non déclaré, portée à 1 500 € lorsque la valeur des comptes dépasse 50 000 € (art. 1736, X CGI)

Spécificité NFT : évaluation contentieuse

Pour les NFT (œuvres numériques, collections PFP type BAYC, CryptoPunks), l'évaluation est plus complexe : marché illiquide, cours très volatils, absence de référentiel officiel. L'administration fiscale accepte une valorisation par comparaison avec transactions récentes (OpenSea, Blur) ou expertise d'un marchand d'art numérique. Pour une sécurité maximale, recours à 2 experts indépendants et mention dans l'acte de la méthode retenue. Réduction de valeur de 15-30 % admise pour illiquidité avérée.

§ 17ABUS·2 MIN

Quels montages d'abus de droit éviter en donation-partage ?

Depuis 2019, le fisc dispose d'une arme nouvelle qu'il appelle le « mini-abus de droit » (article L.64 A du LPF). Avant, pour vous redresser, l'administration devait prouver que votre montage avait un objectif exclusivement fiscal — quasi impossible. Maintenant, il lui suffit de démontrer que la fiscalité était votre motivation principale. La barre est tombée d'un cran, et plusieurs schémas de donation-partage ont déjà été requalifiés depuis 2021. Voici les 6 montages à proscrire absolument.

Tableau comparatif : # — Montage à risque — Sanction — Premier cas : 1
#Montage à risqueSanction
1Soulte fictive (jamais payée ou paiement de complaisance)Requalification en libéralité + 80 % majoration art. 1729 b CGI (CE 8 mars 2023 n° 458070, CADF avis 2024-3)
2Donation puis apport-cession via holding < 3 ansRéintégration de la plus-value au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) + 80 % majoration L.64 A (CE 12 avril 2024 n° 472855)
3Donation avec retour immédiat (donataire de paille)Requalification en donation fictive, nullité civile + sanctions fiscales
4DP transgénérationnelle artificielle pour multiplier abattementsRemise en cause doctrine BOFiP si aucun saut économique réel
5Démembrement immédiatement converti en quasi-usufruit gonfléCass. 3e civ. 19 septembre 2024 n° 22-18.687 + art. 774 bis CGI LF 2024 : dette de restitution sur une somme d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit non déductible de l'actif successoral
6DP + rachat systématique des biens par le donateurRequalification en vente déguisée + droits enregistrement mutation onéreuse

Dans les faits : si l'administration redresse un montage classé à risque (soulte jamais payée, apport-cession rapide, donation-fictive), vous affrontez 80 % de majoration sur les droits évités + intérêts de retard (0,20 %/mois pendant 10 ans). Une soulte fictive de 500 k€ peut générer une facture finale de 720 k€ (400 k€ de droits évités + 320 k€ de majoration). Le rescrit fiscal préalable (15 à 20 k€) reste la meilleure assurance.

Le cas le plus fréquent : soulte fictive

Un parent donne à son fils aîné l'entreprise familiale (valeur 2 M€) avec obligation de verser 500 k€ de soulte à chacun de ses deux frères. La soulte n'est jamais payée, aucun acte de remboursement, aucun intérêt. 5 ans après, l'administration requalifie : les 500 k€ par frère étaient une libéralité déguisée du parent au fils aîné. Sanctions : 80 % majoration sur les droits évités + intérêts de retard 0,20 %/mois. Sur un dossier type : facture finale 400 000 à 500 000 €. Règle d'or : si soulte, elle doit être réellement payée, datée par virement traçable, avec éventuel calendrier notarié et garanties hypothécaires.

Comment se protéger ? Le rescrit fiscal L.80 B LPF

Quand le montage devient sophistiqué (apport-cession, OBO, holding animatrice, transmission transgénérationnelle), il existe un outil rare mais imparable : le rescrit fiscal. Vous décrivez votre opération à l'administration avant de signer. Elle dispose en principe de trois mois pour répondre. Attention : pour le rescrit général de l'article L. 80 B, 1° du LPF, le silence de l'administration ne vaut pas accord — seule une prise de position formelle et expresse l'engage (BOI-SJ-RES-10-20-10 § 350). Si elle valide expressément, aucun redressement n'est alors possible sur ce dossier précis. Le coût (8 à 20 k€ d'honoraires d'avocat) est négligeable face aux centaines de milliers d'euros qu'un redressement peut représenter. (Article L.80 B du LPF.)

La sécurité avant tout

Chez Hagnéré Patrimoine, nous n'accompagnons aucune opération de transmission complexe (OBO, apport-cession, DP transgénérationnelle avec saut) sans préavis d'un avocat fiscaliste sur le risque L.64 A. La tranquillité d'esprit du client et de sa famille vaut toujours les quelques milliers d'euros d'honoraires préventifs.

§ 18ÂGE·2 MIN

Quand donner ? La stratégie par tranche d'âge

En France, on signe sa première grosse donation à 66 ans en moyenne (chiffre INSEE 2024). C'est tard. Très tard. Parce que la donation-partage révèle toute sa puissance quand vous avez le temps de la déployer sur deux cycles complets de 15 ans — c'est-à-dire idéalement à partir de 55-60 ans. Chaque tranche d'âge a ses propres leviers, voici la grille.

Tableau comparatif : Tranche — Clé 669 NP — Don Sarkozy 790 G — Pacte Dutreil 787 B (LF 2026) — Stratégie prioritaire — Premier cas : 55-65 ans
TrancheClé 669 NPDon Sarkozy 790 GPacte Dutreil 787 B (LF 2026)Stratégie prioritaire
55-65 ans50-60 %Oui (< 80 ans)Très favorable : engagement 8 ans absorbéDP démembrée + Dutreil PP, consommer 2 cycles 15 ans
65-75 ans — âge d'or60-70 %Oui < 80 ansPossible (engagement 8 ans à anticiper)DP NP + don Sarkozy + transgénérationnelle
75-85 ans — urgence70-80 %Non (> 80 ans)Engagement 8 ans difficilement absorbéDP NP + réversion usufruit + 776 A réincorporation

Note : la réduction de 50 % des droits pour une donation Dutreil en pleine propriété avant 70 ans (art. 790 CGI) n'a pas été supprimée par la LF 2026 et se cumule avec l'exonération de 75 % de l'art. 787 B. Ce que la LF 2026 a abrogé au 21/02/2026, c'est l'article 790 I du CGI, texte distinct relatif aux donations de logements neufs 2014-2016.

Attention art. 751 CGI — présomption de propriété

Au décès de l'usufruitier, l'art. 751 CGI pose une présomption générale que les biens démembrés détenus avec un héritier présomptif appartenaient en pleine propriété au défunt — réintégrés à l'actif successoral, sauf preuve contraire (acte authentique d'origine régulier, démembrement antérieur à 3 mois du décès, prix payé par le nu-propriétaire avec ses fonds personnels). Signer une donation-partage démembrée en urgence en fin de vie expose la famille à un redressement lourd. La bonne pratique : anticiper au moins 6 mois avant tout risque médical identifié.

§ 19DP+AV·2 MIN

Comment articuler donation-partage et assurance-vie ?

Les deux enveloppes sont complémentaires : AV hors succession (art. L.132-12 C. ass., abattement 152 500 € art. 990 I), DP dans la succession mais valeur figée art. 1078 CC. Deux stratégies s'articulent naturellement.

17.1 Clause bénéficiaire démembrée + DP en NP

L'idée est de superposer deux étages cohérents. Premier étage : votre donation-partage transmet la nue-propriété de votre immobilier à vos enfants, avec usufruit réversible à votre conjoint — autrement dit, si vous décédez, votre conjoint continue à percevoir les loyers et à habiter les lieux. Deuxième étage : votre assurance-vie est rédigée avec une clause bénéficiaire démembrée : le conjoint reçoit l'usage du capital (quasi-usufruit, art. 587 C. civ.), les enfants en reçoivent la nue-propriété. Résultat : votre conjoint vit confortablement, vos enfants récupèrent tout sans frais supplémentaires au décès du conjoint, grâce à l'art. 1133 CGI qui reconstitue la pleine propriété gratuitement. La créance de restitution du quasi-usufruit issue d'une AV démembrée reste déductible (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10, maj 26/09/2024), exception maintenue au principe de l'art. 774 bis CGI (LF 2024).

Piège — ne jamais inclure l'AV dans l'acte de DP

L'AV doit rester dénouée par la clause bénéficiaire. L'inclusion du contrat dans l'acte de DP transforme le capital en bien successoral ordinaire et fait perdre la franchise 152 500 € de l'art. 990 I.

§ 20HANDICAP·2 MIN

Comment protéger un enfant handicapé via la donation-partage ?

L'article 779, II du CGI accorde un abattement supplémentaire de 159 325 € à tout héritier/donataire atteint d'une infirmité l'empêchant de travailler normalement. Cumulable avec l'abattement 100 k€ parent-enfant = 259 325 € en franchise par parent.

DP résiduelle (art. 1057-1058 CC) : l'enfant handicapé reçoit les biens « à charge de transmettre ce qui subsistera » à ses frères/sœurs à son décès. Droits calculés une seule fois au 1er degré, reliquat transmis en franchise (art. 784 C CGI). DP graduelle (art. 1048-1051 CC) : plus stricte, l'enfant doit conserver le bien intégralement.

Combinaison gagnante

DP résiduelle + RAAR anticipée des frères et sœurs sur l'action en réduction (art. 929 CC) + contrat d'épargne handicap (art. 199 septies CGI, rente survie) + mandat de protection future. Pour un enfant sous tutelle ou curatelle renforcée, autorisation du juge des contentieux de la protection obligatoire (art. 505 CC). Prévoir 2 à 3 mois supplémentaires.

§ 2115 ANS·2 MIN

Combien d'économies sur 15 ans avec une donation-partage ? Cas chiffré 380 k€

Hypothèse : couple 55 ans, 2 enfants, patrimoine 2,5 M€.

T+0 — PREMIER CYCLE (55 ans)
   2 × 100 k€ × 2 enfants (abat. 779)   = 400 000 €
   2 × 2 × 31 865 € (don 790 G)         = 127 460 €
   Franchise totale                      = 527 460 €
   NP 55 ans = 50 % → PP équivalente ~1 000 k€
   DROITS                                = 0 €

T+15 — SECOND CYCLE (70 ans)
   Abattements renouvelés (art. 784 CGI) = 527 460 €
   NP 70 ans = 60 % → PP équivalente ~879 k€
   DROITS                                = 0 €

T+30 — DÉCÈS (85 ans)
   Reconstitution PP art. 1133 CGI       = GRATUITE
   Solde AV + liquidités sous abat. succession

ÉCONOMIE CUMULÉE vs absence de planification : ~380 000 €
§ 22800 K€·2 MIN

Cas cœur de cible — Claude & Véronique, 65 et 63 ans, 800 k€

Claude (65 ans) et Véronique (63 ans), cadres retraités à Nantes, deux enfants (35 et 32 ans). Patrimoine 800 k€ : RP 500 k€, immeuble locatif 200 k€, AV 100 k€. Ils veulent transmettre l'immeuble locatif en conservant les loyers.

Tableau comparatif : Élément — Montant — Premier cas : Immeuble locatif communauté
ÉlémentMontant
Immeuble locatif communauté200 000 €
Part NP transmise par enfant (60 % × 200 000 / 2)60 000 €
Abattement 100 k€ × 2 parents × 2 enfants400 000 € disponibles
Base taxable par enfant0 €
DROITS DE DONATION0 €
Émoluments notariaux~3 000 € HT

Résultat : Claude et Véronique continuent de percevoir 14 k€/an de loyers. Au décès du premier, extinction gratuite de l'usufruit sur sa moitié (art. 1133 CGI). Au décès du second, idem. Gain vs transmission PP au décès : ~40 000 € de droits évités + 15 ans de revalorisation sortie de la base successorale.

§ 23PRODIGUE·2 MIN

Comment protéger un enfant prodigue ou fragile avec 6 clauses de sauvegarde ?

Voici les 6 verrous que nous proposons à votre notaire d'insérer dans l'acte quand l'enfant a un profil fragile (jeune adulte instable, addiction, vulnérabilité psychologique). Ces clauses sont opposables aux créanciers et même au futur conjoint du donataire :

  1. L'inaliénabilité temporaire motivée : le bien donné ne peut pas être vendu pendant 10 à 20 ans, à condition que la motivation soit sérieuse (art. 900-1 du Code civil, Cass. 8 mars 2023).
  2. L'exclusion de communauté : si l'enfant divorce, le bien reste à lui et n'est pas partagé avec son ex-conjoint (art. 1405 CC).
  3. La clause d'emploi : en cas de revente, le prix doit être réinvesti dans un bien équivalent — impossible de tout dépenser en quelques mois.
  4. Le mandat à effet posthume : un tiers de confiance gère les biens pendant 2 ans après votre décès, le temps que la situation se stabilise (art. 812 CC).
  5. La charge de rente : votre enfant verse une rente mensuelle à un tiers dépendant (un autre membre de la famille à protéger, par exemple) — art. 953 CC.
  6. Le droit de retour conventionnel : si votre enfant décède sans descendance, le bien vous revient automatiquement, sans nouveau droit fiscal (art. 951 CC, art. 791 ter CGI).

Conseil du CGP — limiter l'inaliénabilité

Pour un enfant en addiction documentée, privilégier la DP résiduelle avec administration par un tiers plutôt que l'inaliénabilité pure (risque de nullité si durée excessive — Cass. 1re civ. 20/11/2019). L'inaliénabilité doit être proportionnée à l'intérêt sérieux et légitime qui la justifie.

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Sources et références légales

  • Code civil

    Art. 1075 (définition DP). Art. 1076 (DP conjonctive). Art. 1077-1 (allotissement inégal, soulte). Art. 1078 (gel des valeurs). Art. 1078-4 (DP transgénérationnelle). Art. 1078-7 et 1078-8 (rapport transgén.). Art. 843 et 860 (rapport civil donations simples). Art. 912-913 (réserve héréditaire). Art. 921 (prescription action en réduction). Art. 922-924 (masse de calcul, indemnité de réduction). Art. 929 à 930-5 (RAAR). Art. 894 et 960 (irrévocabilité). Art. 900-1 (clause inaliénabilité). Art. 812 à 814-1 (mandat à effet posthume).

  • Code général des impôts

    Art. 746 (droit de partage 2,5 %). Art. 776 A (réincorporation DP). Art. 777 (barème DMTG). Art. 779 (abattement 100 000 € enfant). Art. 784 (rappel fiscal 15 ans). Art. 787 B (Pacte Dutreil, EIC 6 ans LF 2026). Art. 790 B (abattement petits-enfants 31 865 €). Art. 790 G (don familial somme d'argent 31 865 €). Art. 790 A bis (LF 2025/2026 : 100 000 € RP neuve, plafond 300 000 €/donataire jusqu'au 31/12/2026). Art. 774 bis (LF 2024 quasi-usufruit). Art. 750 ter (donation internationale). Art. 669 et 1133 (barème usufruit/reconstitution PP).

  • BOFiP & arrêté tarifs notaires

    BOI-ENR-DMTG-20-20-10 (donations-partages). BOI-ENR-DMTG-20-30-20 (liquidation et paiement des droits). BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10 (quasi-usufruit, mise à jour 26/09/2024). BOI-ENR-PTG-10-10 (droit de partage 2,5 %). Arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A (tarifs notaires 01/03/2026 — 29/02/2028, baisse moyenne 2 % émoluments).

  • Jurisprudence pivot 2020-2025

    Cass. 1re civ. 2/07/2025 n° 23-16.329 (lot indivis = requalification de l'acte en donations simples). Cass. 1re civ. 20/11/2013 n° 12-25.681 (répartition matérielle exigée). Cass. 1ré civ. 6/03/2013 n° 11-21.892 (qualification DP vs simple). Cass. 3e civ. 19/09/2024 n° 22-18.687 (quasi-usufruit dividendes SCI démembrée). Cass. 1ré civ. 17/01/2025 n° 23-22.537 (UE 650/2012 professio juris). Cass. com. 11/05/2023 (3 arrêts holding animatrice Dutreil). 121e Congrès Notaires 2025 (DP famille recomposée).

  • Code de la sécurité sociale & LFSS 2026

    Art. L. 136-7 et L. 136-8 (PS). LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025) : PS 17,2 % maintenus sur foncier (PV immo privées) ; hausse à 18,6 % sur RCM, PV mobilières. Conventions internationales France-Suisse 1953, France-Belgique 1959, France-USA 1978 pour les donations transfrontalières.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Toute donation-partage doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable par un CGP et un notaire. Les règles fiscales mentionnées sont celles en vigueur au 8 mai 2026 et sont susceptibles d'évoluer (LF, LFSS, doctrine BOFiP, jurisprudence). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Foire aux questions

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  • La donation simple est réévaluée au jour du décès du donateur (art. 860 C. civ.) : si le bien donné a pris de la valeur, l'enfant gratifié peut devoir une indemnité à ses frères et sœurs. La donation-partage, elle, fige définitivement la valeur au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.) : pas de réévaluation, pas de rapport civil, pas de conflits. C'est la différence majeure — et la raison pour laquelle la donation-partage est l'outil préféré des familles qui veulent protéger la paix.