Structurez votre assurance-vie luxembourgeoise avec un expert
Triangle de sécurité, fonds dédiés, fiscalité internationale, architecture ouverte : nous vous aidons à choisir le bon cadre luxembourgeois selon votre patrimoine et votre mobilité.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en assurance-vie luxembourgeoise
Quentin Hagnéré accompagne les épargnants mobiles, dirigeants et familles patrimoniales sur la mise en place de contrats luxembourgeois adaptés à leurs objectifs fiscaux, successoraux et financiers.
Sommaire
- 1. La LCB-FT : de quoi parle-t-on ?
- 2. Pourquoi la compagnie vous demande autant de justificatifs
- 3. Qui contrôle : la CAA (et non la CSSF)
- 4. Les obligations de vigilance (KYC)
- 5. L'origine des fonds : le cœur du dispositif
- 6. Le bénéficiaire effectif, expliqué simplement
- 7. PPE et vigilance renforcée
- 8. La déclaration de soupçon à la CRF
- 9. LCB-FT ≠ fisc : trois régimes à ne pas confondre
- 10. Le Luxembourg est-il un paradis opaque ?
- 11. Trois situations concrètes
- FAQ — 10 questions fréquentes
Vous avez décidé d'ouvrir une assurance vie luxembourgeoise, et la compagnie vous adresse la liste des pièces à fournir. Pièce d'identité, justificatif de domicile : rien d'étonnant. Puis vient une demande qui surprend, parfois qui froisse : d'où vient votre argent ? Un justificatif d'origine des fonds vous est réclamé, avec parfois des questions sur la constitution de votre patrimoine. Beaucoup de futurs souscripteurs vivent ce moment comme une suspicion personnelle.
C'est exactement l'inverse. Ces demandes ne sont pas un jugement sur vous : elles sont l'application d'une loi qui s'impose à toutesles compagnies d'assurance, la loi luxembourgeoise du 12 novembre 2004 relative à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme — la LCB-FT. Et c'est précisément cette rigueur qui distingue une place financière régulée d'un montage douteux. Une compagnie qui ne vous demanderait rien serait le vrai signal d'alarme. Et ce contrôle n'a rien de marginal : la France est le premier marché de l'assurance vie luxembourgeoise, et chaque résident français qui souscrit y est soumis, exactement de la même façon.
Dans ce guide, je vous explique en clair le dispositif anti-blanchiment appliqué à la souscription d'une assurance vie luxembourgeoise : la loi socle, le rôle du Commissariat aux Assurances, l'origine des fonds, le bénéficiaire effectif, les personnes politiquement exposées et la déclaration de soupçon — et je vous montre pourquoi tout cela n'a rien à voir avec le fisc. À la fin de cet article, vous ne subirez plus ces demandes : vous saurez d'où elles viennent, ce qu'elles protègent, et vous arriverez chez la compagnie avec le bon justificatif du premier coup. Je suis Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine, CIF ORIAS 23002291, dirigeant du cabinet Hagnéré Patrimoine.
À retenir en 30 secondes
- La LCB-FT repose sur la loi luxembourgeoise du 12 novembre 2004 (modifiée), transposant les 4ᵉ et 5ᵉ directives AML (UE) 2015/849 et (UE) 2018/843.
- Le superviseur du secteur de l'assurance est le Commissariat aux Assurances (CAA), et non la CSSF.
- Les obligations de vigilance (KYC) portent sur l'identité, le domicile, le bénéficiaire effectif, l'origine des fonds et du patrimoine, avec une vigilance renforcée pour les PPE.
- Ce n'est pasle fisc : la LCB-FT ne rend pas le contrat anonyme, qui reste déclaré via le formulaire 3916 et transmis au fisc par le CRS.
Avertissement
La LCB-FT : de quoi parle-t-on ?
LCB-FTsignifie « lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ». Derrière le sigle, une idée simple : empêcher qu'un produit d'épargne comme l'assurance vie serve à recycler de l'argent d'origine illicite ou à financer des activités criminelles. C'est une approche préventive, fondée sur les risques, qui s'impose à tous les professionnels « assujettis », dont les compagnies d'assurance vie luxembourgeoises.
Le texte socle est la loi luxembourgeoise du 12 novembre 2004, plusieurs fois modifiée. Elle transpose en droit national les standards internationaux du GAFI(Groupe d'action financière), relayés par les directives européennes : la 4ᵉ directive anti-blanchiment (UE) 2015/849 (transposée au Luxembourg par la loi du 13 février 2018) et la 5ᵉ directive (UE) 2018/843(transposée par la loi du 25 mars 2020). Le même cadre s'applique côté français : l'assurance vie luxembourgeoise commercialisée en France s'inscrit dans un espace réglementaire européen commun, comme le montre notre guide de l'assurance vie luxembourgeoise.
La LCB-FT en une phrase
Avant de vous accepter comme client, une compagnie luxembourgeoise doit savoir qui vous êtes, ce que vous faites et d'où vient votre argent— puis rester vigilante pendant toute la vie du contrat. C'est la contrepartie légale d'une place financière sérieuse.
Trois piliers
La loi de 2004 s'articule autour de trois obligations : (1) la vigilance à l'égard de la clientèle(identifier et vérifier le client, le bénéficiaire effectif, l'origine des fonds) ; (2) la conservation des documentscollectés pendant plusieurs années ; (3) la coopération avec les autorités, dont la fameuse déclaration de soupçon. On y revient plus bas, point par point.
Pourquoi la compagnie vous demande autant de justificatifs (et pourquoi c'est bon signe)
La demande d'origine des fonds n'est pas un jugement sur votre honnêteté : c'est une obligation légalequi pèse sur la compagnie, sous peine de sanctions administratives, voire pénales. Autrement dit, l'assureur n'a pas le choix : il ne peut pas nouer la relation d'affaires sans avoir compris qui vous êtes et d'où vient votre argent.
Il faut donc renverser la lecture. Une place financière qui vous ferait souscrire un contrat à six chiffres sans jamais s'interroger sur l'origine des fonds ne serait pas « pratique » : elle serait dangereuse. La rigueur du KYC luxembourgeois est le pendant direct de la solidité de la place — celle-là même qui protège votre épargne à travers le triangle de sécurité luxembourgeois.
Un contrôle qui vous protège
L'exigence KYC ne vous vise pas : elle protège la réputation de la place et la sécurité de tous les souscripteurs. C'est l'opposé de l'opacité. En bloquant l'argent sale à l'entrée, la compagnie fait le ménage pour vous : votre épargne côtoie d'autres capitaux sains, jamais un dossier douteux.
Reste une question pratique : quellespièces fournir concrètement, source par source ? Nous l'avons traitée en détail dans notre guide dédié à la liste des documents à réunir pour une souscription conforme. Ici, restons sur le pourquoi et le cadre.
Qui contrôle : la CAA (et non la CSSF)
On me pose souvent la question, et l'erreur est quasi systématique : non, la CSSF(Commission de Surveillance du Secteur Financier) ne supervise pas tout au Luxembourg. Elle contrôle les banques et les fonds d'investissement, mais pas l'assurance. Pour le secteur de l'assurance — donc pour votre contrat —, le superviseur LCB-FT est le Commissariat aux Assurances (CAA).
Le texte est sans ambiguïté : l'article 2-1 §2 de la loi du 12 novembre 2004confie ce rôle au CAA, autorité de contrôle LCB-FT des professionnels de l'assurance (dont le périmètre est fixé par l'article 301 de la loi du 7 décembre 2015). Pour préciser les obligations, le CAA a édicté le règlement RCAA N° 20/03 du 30 juillet 2020, qui détaille les procédures de vigilance attendues des assureurs.
| Autorité | Secteur supervisé | Rôle LCB-FT |
|---|---|---|
| CSSF | Banques, fonds d'investissement, entreprises d'investissement | Superviseur LCB-FT du secteur bancaire et financier |
| CAA | Compagnies d'assurance et de réassurance | Superviseur LCB-FT du secteur de l'assurance (art. 2-1 §2, RCAA 20/03) |
| CRF | Toutes activités | Cellule de Renseignement Financier : reçoit et analyse les déclarations de soupçon |
Idée reçue : « c'est la CSSF qui contrôle »
On lit souvent que la CSSF supervise « toute » la finance luxembourgeoise. C'est faux pour l'assurance vie : votre contrat relève du CAA, pas de la CSSF. Retenir la bonne autorité n'est pas un détail — c'est elle qui, en cas de litige ou de contrôle, veille à la fois sur la solidité financière de votre assureur et sur sa rigueur anti-blanchiment.
Le CAA a une double casquettequi joue en votre faveur : il est à la fois le superviseur prudentiel (Solvabilité II, cantonnement des actifs, super-privilège) et le superviseur LCB-FT. La même autorité qui vérifie la solidité financière de votre assureur vérifie aussi sa rigueur anti-blanchiment. Un seul interlocuteur pour les deux : rien ne passe entre les mailles. Pour approfondir le volet prudentiel, voyez notre guide sur le régime Solvabilité II des assureurs luxembourgeois et la présentation du Commissariat aux Assurances.
Les obligations de vigilance (KYC)
Le cœur opérationnel de la LCB-FT, c'est la vigilance à l'égard de la clientèle — en anglais Customer Due Diligence, souvent résumée par le sigle KYC(« Know Your Customer »). En pratique, la compagnie doit cocher cinq cases avant de vous accepter — puis rester attentive tant que le contrat vit :
1. vérifier votre identité avec une pièce officielle ; 2. confirmer votre domicile par un justificatif récent ; 3. identifier le bénéficiaire effectif de la relation ; 4. comprendre pourquoi vous ouvrez ce contrat — votre objectif patrimonial ; 5. et, le point clé, établir l'origine des fonds et du patrimoine. À cela s'ajoute une vigilance constante pendant toute la vie du contrat.
Le KYC en une phrase : qui, quoi, d'où
Derrière ces cinq axes, une logique très simple : la compagnie doit savoir qui vous êtes (identité, domicile), qui contrôle réellement les fonds (bénéficiaire effectif), ce que vous cherchez (votre objectif patrimonial) et d'où vient l'argent (origine des fonds et du patrimoine). Rien de plus, rien de moins — et une fois établi, cela ne se redemande pas à chaque versement.
| Niveau | Quand s'applique-t-il ? | Ce que ça implique |
|---|---|---|
| Simplifiée | Risque faible identifié (situations limitées) | Mesures allégées, mais jamais absentes |
| Normale (standard) | Cas courant d'un particulier résident français | Identité, domicile, bénéficiaire effectif, origine des fonds |
| Renforcée | PPE, pays tiers à haut risque, situation atypique | Justificatifs supplémentaires, validation hiérarchique, suivi accru |
L'approche est fondée sur les risques : plus la situation présente de risque, plus la vigilance est poussée. Pour la plupart des souscripteurs — un particulier résident français plaçant une épargne dont l'origine est claire —, on reste dans la vigilance normale. Pour connaître la liste précise des pièces attendues selon votre profil, reportez-vous à notre guide sur les documents de souscription d'une assurance vie luxembourgeoise.
L'origine des fonds : le cœur du dispositif
C'est le point le plus sensible, et il mérite une distinction précise. La compagnie s'intéresse à deux choses : l'origine des fonds (source of funds : d'où vient le versement précis que vous effectuez) et l'origine du patrimoine (source of wealth : comment votre patrimoine global s'est constitué). Les deux se complètent : la première explique le virement, la seconde replace ce virement dans une histoire patrimoniale cohérente.
Le principe posé par la loi du 12 novembre 2004 est strict : la compagnie ne peut pas nouer la relation d'affairestant que l'origine des fonds n'est pas établie. Un dossier non justifié n'est donc pas « mis en attente » : il aboutit à un refus de souscription. Autre point de vigilance classique : le versement doit provenir d'un compte à votre nom. Un virement depuis le compte d'un tiers est un signal d'alerte qui bloque immédiatement le dossier.
Les grandes familles de sources sont bien identifiées : une vente immobilière, une succession, la cession d'une entreprise, une épargne constituée au fil des revenus, une donation. À chacune correspond un justificatif type — mais nous ne reproduisons pas ici la checklist complète : elle figure dans le guide dédié aux documents de souscription.
Que se passe-t-il si vous ne pouvez pas justifier l'origine des fonds ?
La compagnie ne peut légalement pas nouer la relation : c'est un refus de souscription, pas une sanction personnelle. La contrainte est légale, pas discrétionnaire. La bonne nouvelle : presque toutes les origines patrimoniales légitimes se justifient facilement, à condition de préparer le bon document en amont. C'est précisément le rôle d'un conseiller.
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Le bénéficiaire effectif, expliqué simplement
« Bénéficiaire effectif » : le terme fait peur, mais dans la grande majorité des dossiers que je traite, la réponse tient en une ligne — c'est le souscripteur lui-même. Reste à cerner la notion pour les cas moins évidents. Selon l'article 1er (7) de la loi du 12 novembre 2004, le bénéficiaire effectif est la personne physiquequi, en dernier ressort, possède ou contrôle le client, ou pour le compte de laquelle une opération est réalisée. L'idée est d'empêcher qu'une structure interposée dissimule la personne réellement aux commandes.
Le cas le plus courant est rassurant : si vous êtes un particulier résident français qui souscrit en son nom propre, vous êtes votre propre bénéficiaire effectif. La compagnie coche la case en trente secondes : vous souscrivez en votre nom, vous êtes le bénéficiaire effectif, point final. Le sujet ne devient technique que lorsqu'une personne moraleintervient — par exemple une holding patrimoniale qui souscrit un contrat de capitalisation. La compagnie doit alors identifier la ou les personnes physiques qui contrôlent l'entité (généralement au-delà de 25 % du capital ou des droits de vote), en s'appuyant sur le Registre des bénéficiaires effectifs (RBE), institué par la loi du 13 janvier 2019.
Bénéficiaire effectif ≠ bénéficiaire de la clause
Attention au vocabulaire : le bénéficiaire effectif(notion LCB-FT) est la personne qui contrôle le souscripteur ; le bénéficiaire de la clauseest celui qui recevra le capital au décès. Ce sont deux notions totalement distinctes. Pour une souscription via une entité, voyez notre guide sur l' assurance vie luxembourgeoise souscrite par une personne morale.
PPE et vigilance renforcée
Une personne politiquement exposée (PPE) est une personne qui exerce ou a exercé une fonction publique importante : chef d'État ou de gouvernement, ministre, élu, magistrat de haut rang, ambassadeur, dirigeant d'entreprise publique, responsable d'organisation internationale… La qualification s'étend aux proches (conjoint, enfants, parents) et aux associés connus. La logique est simple : un ancien ministre qui place soudain deux millions doit pouvoir expliquer d'où ça vient — pas parce qu'il est suspect, mais parce que la loi cible d'abord les risques de corruption et de détournement de fonds publics.
Pour une PPE, la loi impose une vigilance renforcée : procédure d'acceptation spécifique, approbation par un niveau hiérarchique supérieurau sein de la compagnie, vérification plus stricte de l'origine des fonds et surveillance accrue de la relation. Les mêmes exigences s'appliquent aux personnes établies dans des pays tiers à haut risque ou visées par des mesures de gel des avoirs et de sanctions internationales.
Suis-je une PPE ?
Si vous êtes élu, haut fonctionnaire, magistrat, dirigeant d'une entreprise publique — ou un proche de l'une de ces personnes —, vous êtes probablement concerné. Concrètement, cela signifie des justificatifs supplémentaires et des délais un peu plus longs, pas un refus par principe. Une PPE peut tout à fait souscrire une assurance vie luxembourgeoise ; la procédure est simplement plus encadrée.
La déclaration de soupçon à la CRF
Si, malgré la vigilance, un professionnel conserve un soupçon de blanchiment ou de financement du terrorisme, il doit transmettre une déclaration de soupçon à la CRF — Cellule de Renseignement Financier luxembourgeoise. Rattachée au parquet, la CRF reçoit et analyse ces déclarations via la plateforme goAML ; elle est membre du Groupe Egmont (réseau mondial des cellules de renseignement financier) et opère selon les standards du GAFI.
Une règle verrouille tout le dispositif : la non-divulgation (« no tipping-off »). Le professionnel qui déclare n'a pas le droit de vous prévenir ; en contrepartie, il est protégé lorsqu'il agit de bonne foi. Retenez toutefois qu'un dossier honnête et justifié ne déclenche pas de déclaration : la déclaration vise les situations réellement suspectes, pas les souscriptions ordinaires.
Contrôlé en France ET au Luxembourg
Côté français, votre distributeur — courtier ou conseiller en investissements financiers, ORIAS 23002291 pour Hagnéré Patrimoine — est lui aussi assujettià la LCB-FT (articles L. 561-2 et suivants du Code monétaire et financier), avec déclaration à TRACFIN (art. L. 561-15 CMF) sous la supervision de l'ACPR. Résultat : un double filtre cohérent— le distributeur en France, la compagnie au Luxembourg — et non une redondance suspecte. Concrètement : votre CGP vérifie votre dossier avant même qu'il parte à Luxembourg, où la compagnie le revérifie. C'est deux fois plus de sérieux, pas deux fois plus de paperasse pour vous.
LCB-FT ≠ fisc : trois régimes à ne pas confondre
C'est la confusion la plus dommageable, et je la dissipe systématiquement en rendez-vous. Trois notions distinctes sont souvent mélangées : la LCB-FT, la transparence fiscale et la confidentialité. La LCB-FT vise les criminels et parle à la CRF ; la transparence fiscale vise le fisc français ; la confidentialité protège votre vie privée face aux tiers. Trois sujets, trois interlocuteurs — qu'on mélange à tort.
La LCB-FT est un dispositif préventif et pénal : son but est d'empêcher le blanchiment, sous la supervision du CAA et de la CRF. La transparence fiscale, elle, relève de l'échange automatique d'informations : via le CRS, la compagnie luxembourgeoise transmet chaque année au fisc français les informations sur votre contrat, et vous devez vous-même le déclarer via le formulaire 3916 / 3916 bis(article 1649 AA du CGI ; le défaut de déclaration est puni d'une amende de 1 500 € par contrat et par an, article 1766). Enfin, la confidentialité découle du secret des assurances (article 300 de la loi du 7 décembre 2015) : il est opposable aux tiers privés, mais levé face aux autorités LCB-FT, fiscales et de surveillance.
| Notion | Objet | Vis-à-vis du fisc / des autorités |
|---|---|---|
| Anonymat | Dissimuler l'identité du souscripteur | Impossible : identité, bénéficiaire effectif et origine des fonds connus |
| Confidentialité | Secret des assurances (art. 300, loi 07/12/2015) | Réelle vis-à-vis des tiers privés, levée face aux autorités |
| Opacité fiscale | Soustraire le contrat au fisc | Inexistante : CRS + formulaire 3916 rendent le contrat transparent |
Autrement dit : votre contrat est confidentielvis-à-vis de vos voisins ou de vos concurrents, mais il n'est pas anonymeet encore moins invisible pour l'administration fiscale. Nous détaillons ces mécanismes dans nos guides sur l' échange automatique d'informations (CRS et FATCA), le cadre fiscal européen (DAC6, ATAD, CRS), la confidentialité du contrat luxembourgeois et la déclaration via le formulaire 3916. Sur le sort de vos données KYC, voyez notre guide RGPD et contrat luxembourgeois.
Le Luxembourg est-il un paradis opaque ?
Non— et je le dis d'autant plus volontiers que la question revient à presque chaque rendez-vous. Le Luxembourg est l'un des marchés d'assurance vie les plus régulés d'Europe — la France en est d'ailleurs le premier marché. Tout ce que nous venons de décrire (KYC, origine des fonds, bénéficiaire effectif, PPE, déclaration de soupçon) est la preuve du contraire de l'opacité. Un paradis « opaque » ne demanderait jamais l'origine de votre argent.
Et j'insiste sur un point que beaucoup croient acquis à tort. Pour un résident fiscal français, l'assurance vie luxembourgeoise a exactement la même fiscalitéqu'une assurance vie française : mêmes règles de rachat (PFU ou barème), même article 990 I(abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes avant 70 ans), même article 757 B(abattement global de 30 500 € après 70 ans), mêmes prélèvements sociaux de 17,2 %, même exonération totale du conjoint et du partenaire de PACS (article 796-0 bis). La LCB-FT ne crée aucun avantage ni aucun désavantage fiscal : elle est neutre sur ce plan.
Ce que l'AVL vous apporte vraiment (et ce n'est pas fiscal)
Le vrai atout du contrat luxembourgeois est la sécurité : le triangle de sécurité (compagnie / banque dépositaire aux actifs cantonnés / CAA) et le super-privilège de l'article 118 de la loi du 7 décembre 2015, qui fait de vous un créancier de 1er rang avec une protection illimitée(là où le fonds de garantie français est plafonné à 70 000 €). S'y ajoutent le multidevises(EUR, USD, GBP, CHF) et l'architecture ouverte (FID, FAS, FIC). La neutralité fiscale est un point rassurant, détaillé dans notre guide dédié à la neutralité fiscale de l'AVL — pas un avantage à survendre.
Trois situations concrètes : ce qui se passe vraiment
Trois dossiers que j'ai suivis récemment (prénoms modifiés) montrent à quoi ressemble la LCB-FT en vrai — et à quel point elle est indolore quand le dossier est propre.
Cas 1 — Hélène, 61 ans : origine = vente immobilière
Hélène vend sa résidence secondaire et souhaite placer 480 000 €sur une assurance vie luxembourgeoise. La compagnie lui demande l'acte notarié de ventecomme justificatif d'origine des fonds. C'est une procédure KYC standard, sans la moindre suspicion personnelle. Seul point de vigilance : le virement doit partir d'un compte à son nom— un virement depuis le compte d'un tiers bloquerait le dossier. Ses versements, effectués avant 70 ans, relèveront de l'article 990 I à la transmission.
Cas 2 — Marc, 54 ans : bénéficiaire effectif via holding
Marc souscrit un contrat de capitalisation via sa holding patrimoniale, qu'il détient à 100 %. Le bénéficiaire effectif au sens LCB-FT est Marc lui-même(il contrôle bien au-delà de 25 %). La compagnie identifie la chaîne de détention et vérifie l'inscription au RBE(loi du 13 janvier 2019). La souscription via une structure ne complique pas les choses : elle explicite simplement qui contrôle réellement les fonds.
Cas 3 — Sylvie, 66 ans : origine = héritage, et démonstration de neutralité fiscale
Sylvie place 250 000 € issus d'un héritage ; le justificatif est l'attestation du notaire (déclaration de succession). Elle désigne ses deux enfantsbénéficiaires à parts égales, avec des versements avant 70 ans. Voici la preuve que la LCB-FT n'a rien à voir avec la fiscalité : à son décès, sous l'article 990 I, chaque enfant reçoit 125 000 €, en dessous de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Capital transmis | Héritage placé, versé avant 70 ans | 250 000 € |
| Part par bénéficiaire | 250 000 € ÷ 2 enfants | 125 000 € / enfant |
| Abattement 990 I | Par bénéficiaire | − 152 500 € |
| Base taxable / enfant | 125 000 € − 152 500 € (plancher à 0) | 0 € |
| Prélèvement 990 I | Aucune base taxable | 0 € |
Résultat : 0 € de prélèvement. Et surtout : cette fiscalité serait identiquesur une assurance vie française. La LCB-FT a encadré l'entrée des fonds (justificatif d'origine), mais elle n'a créé ni avantage, ni pénalité fiscale. Bref : la LCB-FT contrôle la porte d'entrée des fonds, la fiscalité calcule l'impôt à la sortie. Deux guichets différents, qui ne se parlent pas.
À ne pas confondre : l'article 990 I n'est pas l'article 757 B
Le calcul d'Hélène et de Sylvie relève de l'article 990 I parce que les primes ont été versées avant 70 ans : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % et 31,25 %. Les primes versées après 70 ansrelèvent au contraire de l'article 757 B : abattement globalde 30 500 € partagé entre bénéficiaires, seules les primesétant taxées (les produits sont exonérés). Deux régimes, deux logiques : ils s'appliquent de la même manière à un contrat luxembourgeois qu'à un contrat français, comme le détaillent nos guides sur l' article 990 I et l'article 757 B.
Mentions légales et conformité
Hagnéré Patrimoine — cabinet de conseil en gestion de patrimoine. Conseiller en Investissements Financiers (CIF) enregistré à l'ORIAS sous le n° 23002291, membre de la CNCEF Patrimoine ; Courtier en Assurance (COA) et Courtier en Opérations de Banque et Services de Paiement (COBSP). Cet article, publié le 7 juillet 2026, a une visée informative et pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les procédures LCB-FT décrites peuvent varier selon la compagnie et évoluer avec la réglementation. Un contrat investi en unités de compte comporte un risque de perte en capital ; la fiscalité dépend de votre situation et est susceptible d'évoluer.

