Mis à jour le — Équipe Hagnéré Patrimoine (CIF · COA · COBSP). Sources : Code monétaire et financier (art. L. 214-109, L. 214-94, R. 214-157-1), règlement général de l'AMF (art. 422-230), données de marché ASPIM 2025.
Le prix affiché ne vous dit pas ce que vaut votre part
Le prix affiché d'une part de SCPI ne vous dit pas ce qu'elle vaut. Un seul chiffre le fait : la valeur de reconstitution. Comparez-la au prix de souscription et vous savez en dix secondes si vous achetez la pierre en bonne affaire, au juste prix, ou trop cher. C'est l'indicateur que nous vérifions en premier, au cabinet Hagnéré Patrimoine, sur chaque rapport annuel — et celui que la plupart des épargnants ne pensent jamais à regarder. La loi le borne d'ailleurs : le prix doit rester à ±10 % autour d'elle.
Pourquoi est-ce devenu central ? Parce qu'en 2023 et 2024, des dizaines de SCPI ont baissé leur prix de part, parfois de plus de 15 %. Et le mouvement n'est pas clos : sur la seule année 2025, le prix de part moyen a encore reculé de 3,45 %, 14 SCPI ayant baissé leur prix (bilan ASPIM publié en février 2026). À chaque fois, le signal était écrit dans la valeur de reconstitution, souvent un an à l'avance. Ceux qui savaient la lire ont arbitré à temps. Les autres ont découvert la perte, un matin, sur leur relevé.
Dans ce guide, on prend le temps de faire trois choses que la plupart des fiches survolent. On distingue d'abord les trois valeurs d'une SCPI (réalisation, reconstitution, retrait), qu'on confond systématiquement. On explique les deux règles des +/-10 % — oui, il y en a deux, pas une. Et on désamorce le piège IFI qui fait surpayer l'impôt. Le tout avec un calcul détaillé, un cas de marché réel et trois situations chiffrées.
À retenir en 30 secondes
- La valeur de reconstitution = ce qu'il faudrait payer pour racheter tout le patrimoine de la SCPI, frais compris. C'est la boussole du prix d'achat.
- Le prix de souscription reste en pratique dans une fourchette de +/-10 % autour de la valeur de reconstitution ; tout écart supérieur doit être justifié et notifié à l'AMF (art. L. 214-94 du Code monétaire et financier).
- Prix inférieur à la reconstitution = décote (potentiellement intéressant) ; supérieur = surcote (risque de baisse à venir).
- Pour l'IFI, on retient la valeur vénale au 1er janvier (proche de la valeur de retrait), pas la valeur de reconstitution.
Qu'est-ce que la valeur de reconstitution d'une SCPI ?
Imaginez que vous vouliez recréer une SCPI de zéro, aujourd'hui : racheter exactement les mêmes immeubles, payer les droits, les frais de notaire et la commission de collecte. Le montant total que cela coûterait, c'est la valeur de reconstitution. Autrement dit, le « prix de revient à neuf » de la SCPI.
La définition n'est pas une invention marketing : elle est inscrite dans la loi. L'article L. 214-109 du Code monétaire et financier dispose que « la valeur de reconstitution de la société est égale à la valeur de réalisation augmentée du montant des frais afférents à une reconstitution de son patrimoine ». La valeur de réalisation, elle, est « la somme de la valeur vénale des immeubles et de la valeur nette des autres actifs de la société ».
Pourquoi cet indicateur compte-t-il autant pour vous ? Parce que c'est la référence légale sur laquelle la société de gestion fixe le prix de souscription. Elle ne choisit pas le prix au doigt mouillé : elle part de la valeur de reconstitution et reste dans un couloir réglementaire autour d'elle. Quand vous comparez le prix d'achat à la valeur de reconstitution, vous lisez exactement la même chose que la société de gestion et que l'AMF.
Concrètement, retenez l'image : la valeur de reconstitution est le « prix juste » de la pierre, frais compris. Si vous payez votre part beaucoup moins que ce prix juste, vous faites une affaire sur le papier. Si vous la payez beaucoup plus, vous achetez de l'air — et la note finit toujours par tomber. Pour resituer cet indicateur dans l'ensemble du mécanisme, notre guide complet sur le fonctionnement d'une SCPI pose les bases.
Mais avant de comparer quoi que ce soit, il faut lever une confusion fréquente : la valeur de reconstitution n'est ni la valeur de réalisation, ni la valeur de retrait.
Réalisation, reconstitution, retrait : quelle différence ?
C'est l'erreur la plus fréquente. La plupart des épargnants emploient ces trois termes comme des synonymes. Ils ne le sont pas. Une SCPI a trois valeurs officielles distinctes, qui se classent par ordre croissant et répondent chacune à une question différente. Le raccourci à garder en tête : la réalisation, c'est ce que ça vaut ; la reconstitution, ce que vous payez à l'achat ; le retrait, ce que vous touchez en sortant.
| Valeur | Définition | À quelle question elle répond | Référence |
|---|---|---|---|
| Valeur de réalisation | Valeur vénale des immeubles (expertise) + actifs financiers nets de dettes | Combien vaut vraiment le patrimoine, tel quel ? | L. 214-109 CMF |
| Valeur de reconstitution | Valeur de réalisation + frais pour reconstituer le patrimoine (droits de mutation, frais de notaire, commission de souscription) | À quel prix puis-je acheter ? Suis-je en décote ou en surcote ? | L. 214-109 et L. 214-94 CMF |
| Valeur de retrait | Prix de souscription − commission de souscription | Combien je touche réellement si je revends ? | RG AMF 422-230 |
Le sens de lecture est simple. La valeur de réalisation est la vraie valeur du patrimoine net : c'est ce que vaudrait la SCPI si on la liquidait telle quelle. La valeur de reconstitution y ajoute les frais qu'il faudrait engager pour tout racheter à neuf : elle est donc structurellement plus élevée, et c'est elle qui sert de boussole au prix. La valeur de retrait, enfin, est ce que vous récupérez en sortant : le prix de souscription moins la commission d'entrée.
C'est quoi, la valeur de retrait d'une SCPI ?
C'est la valeur la plus concrète pour vous, et pourtant la plus oubliée. Quand vous revendez vos parts d'une SCPI à capital variable, vous ne récupérez pas le prix de souscription, mais la valeur de retrait : le prix de souscription diminué de la commission de souscription, le plus souvent de l'ordre de 10 % (8 à 12 % selon les SCPI). C'est pour cela qu'en cas de revente rapide, vous ne récupérez qu'environ 90 % de votre mise : la commission d'entrée, qui finance la collecte, n'est jamais remboursée. C'est aussi pourquoi une SCPI se détient sur le long terme. Le détail de ces frais est expliqué dans notre guide des frais de SCPI.
Cas pratique — Bernard & Claudine, retraités à Tours
Bernard, 68 ans, et Claudine, 65 ans, anciens cadres, détiennent 1 200 parts d'une SCPI de bureaux achetées en 2019. Sur leur dernier relevé annuel figurent trois chiffres qui les perdent : réalisation, reconstitution, retrait.
On leur traduit : la réalisation leur dit ce que vaut vraiment le patrimoine derrière leurs parts. La reconstitution leur sert à vérifier si la SCPI s'achète aujourd'hui en décote ou en surcote. La valeur de retrait est la seule qui compte s'ils veulent vendre : c'est le chèque qu'ils toucheraient. Trois chiffres, trois décisions différentes.
Maintenant que les rôles sont clairs, voyons comment la valeur de reconstitution se construit, étape par étape.
Comment calculer la valeur de reconstitution pas à pas
Le calcul se fait en deux temps. On établit d'abord la valeur de réalisation (le patrimoine net), puis on ajoute les frais de reconstitution. On divise enfin par le nombre de parts.
Formule de la valeur de reconstitution
Valeur de réalisation = valeur vénale des immeubles + actifs financiers − dettes Valeur de reconstitution = valeur de réalisation + frais de reconstitution Valeur de reconstitution par part = valeur de reconstitution / nombre de parts
- Valeur vénale des immeubles :fixée par un expert externe indépendant
- Frais de reconstitution :frais d'acquisition (droits de mutation + notaire) + commission de souscription
Les frais de reconstitution représentent en pratique 10 à 15 % de la valeur de réalisation selon la nature des actifs et la commission de la société de gestion.
Prenons une SCPI à capital variable, pour l'exemple (chiffres volontairement ronds). À la clôture de l'exercice, son expert valorise les immeubles à 940 M€. La SCPI détient 40 M€ de trésorerie et actifs financiers, et porte 80 M€ de dettes bancaires.
| Étape | Montant |
|---|---|
| Valeur vénale des immeubles (expertise) | 940 M€ |
| + Trésorerie et actifs financiers | + 40 M€ |
| − Dettes | − 80 M€ |
| = Valeur de réalisation | 900 M€ (soit 200 € / part) |
| + Frais de reconstitution (≈ 15 % de la réalisation) | + 135 M€ |
| = Valeur de reconstitution | 1 035 M€ (soit 230 € / part) |
Concrètement, la valeur de réalisation ressort à 200 € par part (900 M€ ÷ 4,5 millions de parts) et la valeur de reconstitution à 230 € par part (1 035 M€ ÷ 4,5 millions). L'écart de 30 € par part, c'est exactement ce qu'il faudrait dépenser en frais pour racheter le portefeuille à neuf. Si le prix de souscription affiché est de 215 €, la part s'achète 6,5 % sous sa valeur de reconstitution : elle est en décote.
Cas pratique — Julien & Anne hésitent entre deux SCPI
Julien, 47 ans, et Anne, 44 ans, cadres à Nantes, veulent placer 60 000 €. La SCPI A affiche un prix de 215 € pour une reconstitution de 230 € : décote de 6,5 %, ils achètent la pierre sous sa valeur. La SCPI B affiche 256 € pour une reconstitution de 230 € : plus de 11 % au-dessus de la valeur de reconstitution (surcote). Au-delà du tunnel légal, cette SCPI sera contrainte de corriger son prix. À rendement comparable, le calcul de la valeur de reconstitution leur évite d'entrer au plus mauvais moment.
Vous ne savez pas où trouver ces chiffres pour vos SCPI ?
Nous lisons les rapports annuels de vos SCPI, calculons la décote ou la surcote réelle de chaque ligne et vous disons quoi conserver, renforcer ou arbitrer. Bilan gratuit, sans engagement.
Reste à comprendre pourquoi la SCPI B ne peut pas afficher n'importe quel prix. C'est tout l'objet des deux règles des +/-10 %.
Les deux règles des +/-10 % que tout le monde confond
Voici le cœur du sujet, et c'est là que presque tout le monde se trompe : il n'existe pas une, mais deux règles de 10 % en SCPI. Elles ne portent pas sur la même valeur et ne protègent pas la même personne. Les confondre, c'est passer à côté de la moitié du mécanisme.
Règle n° 1 — le prix de souscription, encadré par la reconstitution
Quand vous achetez, c'est la valeur de reconstitution qui commande. L'article L. 214-94 du Code monétaire et financier le dit noir sur blanc : « Le prix de souscription des parts est déterminé sur la base de la valeur de reconstitution... Tout écart entre le prix de souscription et la valeur de reconstitution des parts supérieur à 10 % doit être justifié par la société de gestion et notifié à l'Autorité des marchés financiers. » Dans les faits, le prix doit donc rester dans une bande de +/-10 % autour de la valeur de reconstitution. Cette règle protège l'acheteur d'un prix gonflé.
Règle n° 2 — le prix de retrait, encadré par la réalisation
Quand vous vendez, c'est une autre valeur et une autre règle. L'article 422-230 du règlement général de l'AMF dispose que « si le retrait n'est pas compensé, le remboursement ne peut s'effectuer à un prix supérieur à la valeur de réalisation ni inférieur à celle-ci diminuée de 10 % ». Le plancher du prix de retrait, c'est donc la valeur de réalisation moins 10 % — pas la reconstitution. Cette règle protège le vendeur d'un remboursement bradé quand la SCPI doit puiser dans son fonds de remboursement — cette réserve de trésorerie que certaines SCPI constituent justement pour racheter les parts des associés qui sortent quand les acheteurs manquent.
| Règle n° 1 (achat) | Règle n° 2 (vente) | |
|---|---|---|
| S'applique au | Prix de souscription | Prix de retrait non compensé |
| Valeur de référence | Valeur de reconstitution | Valeur de réalisation |
| Seuil | Écart limité à +/-10 % | Plancher à −10 % |
| Qui est protégé | L'acheteur | Le vendeur |
| Texte | Art. L. 214-94 CMF | Art. 422-230 RG AMF |
Concrètement, retenez la phrase : la première règle vous évite d'acheter trop cher, la seconde vous évite de vendre à perte forcée. Deux protections, deux valeurs de référence. Le jour où une société de gestion sort du tunnel de la règle n° 1, elle n'a pas le choix : elle doit ajuster le prix. C'est exactement ce qui s'est passé en 2023.
Décote ou surcote : la part est-elle chère ?
Une fois la valeur de reconstitution en main, le plus dur est fait. Il ne reste qu'à la comparer au prix de souscription. L'écart entre les deux porte un nom : la décote ou la surcote.
Calculer la décote ou la surcote
Écart = (prix de souscription − valeur de reconstitution) / valeur de reconstitution
Résultat négatif = décote (le prix est sous la valeur du patrimoine reconstitué). Résultat positif = surcote (le prix est au-dessus).
Concrètement, vous faites une simple soustraction : le prix payé moins la valeur de reconstitution, le tout rapporté à la reconstitution. Si le résultat est négatif, vous achetez moins cher que ce que vaut le patrimoine reconstitué (décote) ; s'il est positif, vous payez une prime (surcote). Rien de plus à retenir sur le principe.
Décote — prix < valeur de reconstitution
Vous achetez la part sous la valeur de son patrimoine reconstitué. Potentiel de revalorisation si la valeur se redresse — mais une décote n'est jamais une garantie (voir section 10).
Surcote — prix > valeur de reconstitution
Vous payez plus que ce qu'il en coûterait de reconstituer le patrimoine. Au-delà de +10 %, la société de gestion est contrainte de baisser le prix : risque de moins-value latente.
Comment savoir concrètement si une SCPI est décotée
Dans les faits, vous commencez par ouvrir le dernier bulletin trimestriel ou le rapport annuel de la SCPI pour y relever la valeur de reconstitution par part. Vous notez ensuite le prix de souscription en vigueur, vous appliquez la formule ci-dessus, et il ne reste plus qu'à situer l'écart dans le tunnel de +/-10 %. Un prix proche de +10 % annonce une baisse probable ; proche de −10 %, un potentiel de revalorisation.
Quand une baisse de prix devient obligatoire : le cas Accimmo Pierre
Là, l'exemple est réel — et il s'est joué en direct. Fin 2023, la valeur de reconstitution de la SCPI Accimmo Pierre (BNP Paribas REIM) a chuté de près de 10 % au second semestre, pour tomber à 153,16 € au 31 décembre 2023. Or le prix de souscription était de 170 € : l'écart atteignait +11 %, au-delà du seuil légal de la règle n° 1. La société de gestion a donc dû agir : elle a ramené le prix à 168 € le 1er mars 2024, pour faire repasser l'écart à 9,69 %, juste sous la barre des 10 %.
Ce qu'il faut retenir : une valeur de reconstitution qui baisse est le signal avancé d'une future baisse de prix. Les SCPI de bureaux, les plus touchées par la correction de 2023-2024, en sont l'illustration — un sujet que nous détaillons dans notre analyse des SCPI de bureaux. À l'inverse, le report à nouveau (RAN) agit comme un matelas qui amortit ces à-coups.
Quelles SCPI sont aujourd'hui en décote ou en surcote ? Cela change chaque trimestre : chez Hagnéré Patrimoine, nous tenons cette analyse à jour dans notre sélection des meilleures SCPI 2026 plutôt que de figer une liste qui serait périmée demain.
Où trouver la valeur de reconstitution, et à quelle fréquence ?
Inutile de la calculer vous-même : la valeur de reconstitution est une donnée publique, que la société de gestion est tenue de publier. Encore faut-il savoir où regarder et à quel rythme elle est actualisée.
Et vous êtes protégé : par la loi, ces deux valeurs sont figées une fois par an, à la clôture des comptes, et validées en assemblée par les associés — vous ne dépendez donc pas du bon vouloir de la société de gestion. C'est l'article L. 214-109 du Code monétaire et financier qui l'impose. Depuis l'ordonnance n° 2024-662 du 3 juillet 2024, les SCPI à capital variable doivent même les publier au moins une fois par semestre, ce qui colle bien mieux au marché.
En pratique, vous les trouvez dans deux documents : le rapport annuel (le plus complet, avec l'état du patrimoine et les comptes) et le bulletin trimestriel d'information, qui rappelle le prix de souscription, le prix de retrait et les dernières valeurs connues. Le réflexe à prendre est simple : comparer le prix de souscription affiché à la dernière valeur de reconstitution publiée.
Capital fixe ou capital variable : une nuance utile
La règle des +/-10 % sur le prix de souscription concerne surtout les SCPI à capital variable, dont le prix est fixé en continu par la société de gestion. En capital fixe, le prix se forme par confrontation de l'offre et de la demande sur un marché secondaire — une sorte de carnet d'ordres où acheteurs et vendeurs se rencontrent, comme en Bourse, sans que la société de gestion fixe le prix. La valeur de reconstitution y reste un repère de valeur patrimoniale, mais le prix d'échange peut s'en écarter davantage.
Une question demeure : ces chiffres sont-ils fiables ? Qui les produit, et qui les contrôle ?
Qui calcule et contrôle la valeur de reconstitution ?
La valeur de reconstitution n'est pas un chiffre que la société de gestion sort de son chapeau. Elle repose sur l'évaluation des immeubles par un tiers indépendant, encadré par la loi, et passe par plusieurs filtres de contrôle.
Tout repose sur une personne : l'expert externe en évaluation. L'article R. 214-157-1 du Code monétaire et financier (dans sa version en vigueur au 1er janvier 2026) prévoit qu'il est « nommé par la société de gestion pour six ans » — et non cinq, comme on le lit souvent. Chaque immeuble est expertisé à fond tous les cinq ans — et même tous les trois ans pour une SCPI à capital variable. Entre deux expertises, sa valeur est réajustée chaque année (chaque semestre en capital variable).
| Élément | Capital variable | Capital fixe |
|---|---|---|
| Expertise complète des immeubles | Tous les 3 ans | Tous les 5 ans |
| Actualisation de la valeur vénale | Chaque semestre | Chaque année |
| Mandat de l'expert externe | 6 ans | 6 ans |
En clair, vous n'achetez pas sur la parole de la société de gestion : les immeubles sont valorisés par un expert indépendant, tenu à des garanties professionnelles et qui ne peut pas sous-déléguer sa mission (art. L. 214-24-16 CMF). Les valeurs sont ensuite approuvées par l'assemblée des associés, contrôlées par le commissaire aux comptes, et l'AMF veille au respect des procédures — elle a déjà sanctionné des sociétés de gestion pour des procédures de valorisation défaillantes (décisions de la Commission des sanctions AMF, 2021 et 2024). Bref, plusieurs paires d'yeux indépendantes passent derrière la société de gestion avant que le chiffre n'arrive sous le vôtre — encore faut-il savoir le lire, y compris pour l'impôt. C'est exactement ce travail de lecture des rapports annuels que nous menons, au cabinet Hagnéré Patrimoine, ligne par ligne.
Valeur de reconstitution et IFI : le piège à éviter
Là, on voit passer une vraie erreur en rendez-vous : croire que la valeur de reconstitution sert à déclarer ses parts de SCPI à l'impôt sur la fortune immobilière. C'est faux, et cette confusion fait surpayer l'IFI — parfois plusieurs centaines d'euros par an, on le chiffre plus bas.
Le principe est posé par l'article 973 du CGI : pour l'IFI, les biens et droits sont retenus à leur valeur vénale réelle au 1er janvier de l'année d'imposition. Pour des parts de SCPI à capital variable, cette valeur vénale correspond en pratique à la valeur de retrait — ce que vous obtiendriez en vendant — et non à la valeur de reconstitution, plus élevée puisqu'elle inclut les frais. La société de gestion vous communique d'ailleurs chaque année la valeur IFI à reporter — un point que nous détaillons aussi dans notre guide de la fiscalité des SCPI.
Cas pratique — Alain, rentier redevable de l'IFI
Alain, 62 ans, ancien chef d'entreprise à la retraite, marié, vit à Bordeaux. Son patrimoine immobilier de 3,8 M€ le rend redevable de l'IFI. Parmi ses actifs, 1 000 parts d'une SCPI dont la valeur de reconstitution est de 230 € et la valeur de retrait de 193,50 €. S'il déclarait la reconstitution, sa base serait de 230 000 €. La base correcte est la valeur de retrait, soit 193 500 €.
L'écart de 36 500 € de base sur-déclarée tombe dans sa tranche d'IFI la plus haute, taxée à 1 % (barème 2026, fraction comprise entre 2,57 et 5 M€). Résultat : environ 365 € d'impôt payés en trop chaque année (36 500 € × 1 %), pour une simple confusion de vocabulaire. Sur dix ans, plus de 3 600 €.
La règle à retenir : la valeur de reconstitution sert à juger le prix d'achat, pas à calculer l'IFI. Pour la mécanique complète de l'assiette (coefficient immobilier, actifs taxables), voyez nos guides dédiés à l' IFI et aux placements financiers et au calcul de l'IFI 2026.
Vous déclarez peut-être vos SCPI à la mauvaise valeur
Nous vérifions la valeur IFI réellement à déclarer pour chacune de vos SCPI et identifions les sur-déclarations passées. Un bilan patrimonial offert, sans engagement.
Décote = opportunité ? Pas si vite
Une part en décote s'achète sous la valeur de son patrimoine reconstitué. Tentant. Mais une décote n'est jamais une réduction commerciale : c'est un symptôme, et il faut en comprendre la cause avant de signer.
Une décote peut traduire une vraie opportunité — un prix en retard sur un patrimoine qui se redresse. Elle peut aussi signaler une fragilité : un patrimoine déprécié que la valeur n'a pas encore entièrement répercuté, une tension sur les retraits, ou des actifs de mauvaise qualité. La valeur de reconstitution ne se lit donc jamais seule.
Les garde-fous avant de conclure
- Le taux de distribution et la qualité du rendement — voir notre guide du rendement SCPI.
- La liquidité : un stock élevé de parts en attente de retrait peut bloquer votre sortie. Notre guide pour vendre ses parts sur le marché secondaire détaille ce risque.
- Le taux d'occupation financier (TOF) : la part des loyers réellement encaissés par rapport à un patrimoine loué à 100 %. En dessous de 90 %, la SCPI a des locaux vides — un signal à creuser.
- Le délai de jouissance — le temps avant de toucher vos premiers loyers, souvent 3 à 6 mois après la souscription — et la qualité des actifs : les SCPI européennes ont par exemple leur propre logique.
Une décote alléchante sur une SCPI dont les retraits sont engorgés, c'est tout sauf une affaire : vous achetez moins cher une part dont vous ne pourrez pas ressortir. Le bon réflexe, c'est de croiser ces indicateurs avant de signer — exactement le travail d'un bilan patrimonial.
Les erreurs classiques à éviter
En rendez-vous, au cabinet Hagnéré Patrimoine, on retombe toujours sur les mêmes méprises chez les détenteurs de SCPI. Les voici, des plus courantes aux plus coûteuses.
- Croire qu'un prix stable = un patrimoine stable. C'est la méprise la plus fréquente. Tant que l'écart reste dans le tunnel des 10 %, une SCPI peut garder un prix inchangé alors que sa valeur de réalisation a déjà reculé.
- Oublier la décote mécanique à la sortie. Entre le prix de souscription et la valeur de retrait, il y a la commission de souscription : on perd environ 10 % à la revente, même marché stable.
- Acheter en surcote. Payer une part au-dessus de sa valeur de reconstitution, c'est s'exposer à une baisse de prix quasi programmée.
- Confondre les trois valeurs. Réalisation, reconstitution et retrait répondent à trois questions différentes (voir section 3).
- Déclarer la reconstitution à l'IFI. La base, c'est la valeur vénale au 1er janvier, proche de la valeur de retrait.
- Prendre toute décote pour une bonne affaire. Une décote se justifie ou se subit : croisez-la avec la liquidité et la qualité des actifs.
- Confondre valeur de reconstitution et valeur liquidative. La « valeur liquidative », c'est le vocabulaire des OPCI, pas des SCPI : ces dernières ont leurs propres valeurs, réalisation, reconstitution, retrait et souscription.
Un avis indépendant sur la valorisation de vos SCPI
Cabinet CIF · COA · COBSP, sans produit-maison : nous calculons la décote ou la surcote de chacune de vos SCPI et vous remettons une recommandation claire, conserver, renforcer ou arbitrer.
Les 3 choses à retenir
- La valeur de reconstitution est votre boussole d'achat : comparée au prix de souscription, elle vous dit si vous êtes en décote (potentiellement intéressant) ou en surcote (risque de baisse). C'est la seule valeur qui répond à la question « est-ce que je paie le juste prix ? ».
- Il y a deux règles des +/-10 %, pas une : le prix de souscription est encadré par la valeur de reconstitution (art. L. 214-94 CMF) ; le prix de retrait par la valeur de réalisation (art. 422-230 RG AMF). L'une protège l'acheteur, l'autre le vendeur.
- Pour l'IFI, on déclare la valeur vénale au 1er janvier (proche de la valeur de retrait), jamais la valeur de reconstitution — sous peine de surpayer l'impôt.
La valeur de reconstitution reste le repère le plus fiable pour juger le prix d'achat. Mais elle ne remplace pas le reste : rendement, liquidité, qualité des actifs et fiscalité comptent tout autant. Si vous voulez savoir où vous en êtes réellement, le plus simple est d'en parler. Vous pouvez aussi croiser les SCPI avec notre comparateur de SCPI ou approfondir la fiscalité des SCPI.

