Structurez votre patrimoine de non-résident avec un expert
Exit tax, régime impatrié, fiscalité internationale, immobilier français et enveloppes patrimoniales : nous cadrons votre stratégie avant tout arbitrage ou changement de résidence.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP
Fondateur d'Hagnéré Patrimoine, cabinet indépendant spécialisé en gestion de fortune et fiscalité internationale. J'accompagne dirigeants, retraités et familles franco-belges sur la structuration de leur patrimoine transfrontalier depuis 2018.
Date de dernière mise à jour : 28/05/2026. Article rédigé selon la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) en vigueur au 28/05/2026.
Avertissement
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les informations fournies sont à jour à la date de publication mais la législation peut évoluer. La fiscalité mentionnée dépend de votre situation individuelle. Pour une analyse adaptée à votre cas, nous vous recommandons de solliciter un bilan patrimonial personnalisé auprès d'un CGP enregistré ORIAS.
Vous êtes l'un des 123 226 Français installés en Belgique (MEAE 2024), et vous venez de lire qu'on aurait « dénoncé » la convention successorale de 1959. C'est faux : elle est en vigueur en 2026, listée au BOI-ANNX-000306. Chez Hagnéré Patrimoine, nous le démontrons à l'euro près — sur le cas de Christine, veuve française à Bruxelles, c'est 177 000 € d'économie pour ses enfants.
La convention France-Belgique du 20 janvier 1959 est en vigueur en 2026. Elle figure dans la liste officielle DGFiP des conventions au 1er janvier 2026 (BOI-ANNX-000306-20260429), et n'a jamais été dénoncée — l'article 14 du texte exige un préavis de 6 mois, qui n'a jamais été notifié depuis 1960. La confusion vient presque toujours de deux autres textes : la convention France-Suisse de 1953 (effectivement dénoncée en 2014), ou la nouvelle convention France-Belgique sur l'impôt sur le revenu signée en 2021 (qui n'est pas encore ratifiée et ne touche pas les successions).
Chez Hagnéré Patrimoine, nous accompagnons les familles franco-belges depuis 2018. Ce guide vous donne, à l'euro près, ce que la convention vous protège — et ce qu'elle ne couvre pas (les donations et la trappe AV 990 I). Vous trouverez la chaîne juridique opposable, le tableau actualisé des 3 régions belges en 2026, l'articulation Bruxelles IV (civil) ↔ convention 1959 (fiscal), un cas chiffré complet (Christine, 64 ans, veuve française à Bruxelles, patrimoine 2,4 M€), et l'inventaire des 10 idées fausses qui circulent — chacune démentie avec sa source officielle.
À retenir en 30 secondes
- La convention France-Belgique du 20 janvier 1959 est EN VIGUEUR au 28 mai 2026 — confirmée par le BOI-ANNX-000306-20260429 (liste officielle DGFiP des conventions au 1er janvier 2026). Elle n'a jamais été dénoncée.
- Deux trappes hors champ à anticiper : les donations (pas couvertes par la convention, seulement les successions + droits d'enregistrement) et le prélèvement 990 Isur l'assurance-vie (qualifié de « sui generis » par la doctrine française, hors champ matériel).
- Trois régions belges autonomes appliquent des barèmes différents : Bruxelles-Capitale 3-30 % (avec exonération logement familial depuis 2014), Wallonie 3-30 % (réforme 2028 → plafond 15 %), Flandre 3-27 % (avec exonération 75 000 € sur mobiliers en ligne directe portée à ce seuil par la réforme 2026).
Ce guide Hagnéré Patrimoine vous donne la preuve juridique opposable de la vigueur de la convention, le cas chiffré à l'euro près d'une veuve française à Bruxelles avec 2,4 M€ de patrimoine, et l'inventaire des 10 idées fausses qui circulent — chacune démentie avec sa source officielle.
Sommaire
- 1. En vigueur en 2026 ? La preuve
- 2. Cadre fiscal français — 750 ter CGI
- 3. Les 18 articles décortiqués
- 4. Bruxelles IV (civil) ↔ 1959 (fiscal)
- 5. Les 3 régions belges en 2026
- 6. Article 784 A CGI — imputation
- 7. Cas Christine 64 ans Bruxelles 2,4 M€
- 8. Cas inverse — Jean-Pierre Liège
- 9. La trappe AV 990 I hors champ
- 10. Donations transfrontalières (hors champ)
- 11. Délais et formalités déclaratives
- 12. Les 10 idées fausses démenties
- 13. Pour aller plus loin
- 14. Conclusion — 3 choses à retenir
1. La convention France-Belgique succession 1959 est-elle toujours en vigueur en 2026 ?
C'est sans doute la question la plus posée par les Français installés en Belgique — et celle où l'on lit le plus d'erreurs. Voici la réponse, en cinq lignes, avec la chaîne de preuves administrative qui la rend incontestable.
Si vous croyez la convention dénoncée, vous structurez votre succession à perte : anticipation inutile, frais notariaux doublés, choix d'enveloppes sous-optimaux. Si vous savez qu'elle est en vigueur, vous activez les bons leviers : l'article 8 pour neutraliser le 750 ter français côté valeurs mobilières belges, l'article 784 A du CGI pour l'imputation des droits payés à l'étranger. L'enjeu chiffré pour notre cas Christine, que vous lirez en section 7 : environ 177 000 € de droits supplémentaires si on raisonne « sans convention ».
La réponse en cinquante mots
Réponse directe
OUI, la convention France-Belgique du 20 janvier 1959 sur les droits de succession est toujours en vigueur au 28 mai 2026. Publiée par décret n° 60-876 du 12 août 1960 (JORF du 19 août 1960), elle figure dans la liste officielle DGFiP des conventions en vigueur au 1er janvier 2026 (BOI-ANNX-000306-20260429). Elle n'a jamais été dénoncée — l'article 14 exige un préavis de 6 mois, jamais notifié depuis 1960.
| Élément | Référence vérifiée |
|---|---|
| Texte source | Convention France-Belgique du 20 janvier 1959 (successions et droits d'enregistrement) |
| Loi d'autorisation | Loi n° 59-855 du 15 juillet 1959 |
| Décret de publication | Décret n° 60-876 du 12 août 1960, JORF du 19 août 1960 |
| Doctrine administrative | BOI-INT-CVB-BEL-20-20120912 (toujours actif au 28/05/2026) |
| Confirmation 2026 | BOI-ANNX-000306-20260429 (liste officielle DGFiP des conventions au 1er janvier 2026) |
La chaîne complète, étape par étape
La convention a été signée à Bruxelles le 20 janvier 1959 par les plénipotentiaires français et belges. Le Parlement français a autorisé sa ratification par la loi n° 59-855 du 15 juillet 1959, publiée au JORF du 16 juillet 1959. Les instruments de ratification ont été échangés à Bruxelles le 2 juin 1960. Conformément à l'article 13 de la convention, le texte est entré en vigueur le 12 juin 1960 — dix jours après l'échange.
Le texte intégral a été publié au JORF par le décret n° 60-876 du 12 août 1960 (JORF du 19 août 1960, pages 7735-7737). Ce décret est toujours consultable sur Légifrance, sans aucune mention d'abrogation. La doctrine administrative française a commenté la convention dans le bulletin officiel BOI-INT-CVB-BEL-20, dont la dernière mise à jour date du 12 septembre 2012 — mais qui reste pleinement opposable à l'administration fiscale au 28 mai 2026.
La preuve administrative la plus récente et la plus opposable : le BOI-ANNX-000306-20260429, mis à jour le 29 avril 2026, qui dresse la liste officielle des conventions fiscales en vigueur au 1er janvier 2026. La convention France-Belgique sur les successions y figure explicitement, sous la mention « C 20 janvier 1959 (JO du 19 août 1960 et R du 9 janvier 1962) » — la lettre « S » dans la colonne des impôts visés indiquant qu'il s'agit bien des droits de succession.
Pourquoi tant de sites se trompent
Sur 18 sources françaises lues en profondeur (Cairn — Revue Internationale du Patrimoine 2025/1, AUREP, Fidal, Picovschi, CSN-IEJ, Tiberghien côté belge), toutes confirment que la convention est en vigueur. Aucun article professionnel ne reprend verbatim l'affirmation de dénonciation. L'erreur que vous lisez sur certains blogs ou forums vient presque toujours de l'une des trois confusions suivantes.
Confusion n° 1 : la convention France-Suisse de 1953. La France a effectivement dénoncé sa convention successorale avec la Suisse par note verbale du 17 juin 2014 (décret 2014-1270, BOI-ACTU-2014-00284), avec cessation d'effets au 1er janvier 2015. Lorsqu'un article évoque cette dénonciation, un lecteur pressé peut croire que toutes les conventions successorales françaises ont été dénoncées. Ce n'est pas le cas.
Confusion n° 2 : la nouvelle convention France-Belgique sur l'IR/IS du 9 novembre 2021. Cette nouvelle convention vise à remplacer la convention de 1964 sur les revenus et fortune. Elle n'est pas encore ratifiée au 28 mai 2026 (Question AN n° 17-1362 du 04/02/2025, intervention Ferracci au Sénat du 24/06/2025). Surtout, elle ne touche pas la convention successorale de 1959, qui reste totalement indépendante.
Confusion n° 3 : l'omission pure. Sur 18 sources françaises lues, 15 ne citent pas la convention 1959 nominativement avec son décret et son JO. Lorsqu'un article ne mentionne pas la convention, certains lecteurs en déduisent qu'elle n'existe pas — alors qu'elle existe, mais que l'auteur ne l'a simplement pas approfondie.
Pour vous prémunir contre toutes ces confusions, retenez le distinguo suivant : la convention France-Belgique sur l'impôt sur le revenu de 1964 (en cours de remplacement par celle de 2021) traite des revenus, l'IFI et la fortune. La convention France-Belgique sur les successions de 1959 traite des successions — et elle, n'a jamais bougé.
L'article 14 — la dénonciation exige un préavis de six mois
L'article 14 de la convention prévoit que « la présente Convention demeurera en vigueur sans limitation de durée. Toutefois, chacun des États contractants pourra, moyennant un préavis de six mois notifié par voie diplomatique, la dénoncer pour la fin d'une année civile ». Aucune notification de cette nature n'a été identifiée entre 1960 et 2026 — ni côté français (aucun décret, aucun communiqué MEAE), ni côté belge (aucune annonce SPF Affaires étrangères).
Cette stabilité s'explique par la rareté des conventions successorales bilatérales. Selon une note du cabinet belge Tiberghien (2021), la Belgique n'a conclu que deux conventions sur les droits de succession : avec la France (1959) et avec la Suède. Dénoncer l'une d'entre elles fragiliserait le cadre existant des grandes diasporas — ce que ni Bruxelles ni Paris n'ont aucun intérêt à faire dans le contexte 2026.
Maintenant que le statut juridique est clair, voyons comment la convention s'articule avec la règle française de territorialité — l'article 750 ter du Code général des impôts.
2. Qui paye les droits français quand votre patrimoine est à cheval sur deux pays ?
L'article 750 ter du Code général des impôts définit qui paye les droits de succession en France. C'est une règle simple en apparence — trois cas — mais qui devient redoutable quand un seul élément se trouve à l'étranger.
Le 750 ter est le point de départ obligé : sans lui, on ne peut pas comprendre pourquoi la convention 1959 est si précieuse. Le 750 ter appliqué seul, c'est souvent la double taxation. Le 750 ter neutralisé par la convention, c'est la sortie propre.
Cas n° 1 — Défunt résident France (art. 750 ter 1°)
Quand le défunt avait son domicile fiscal en France au moment du décès, la France impose l'intégralité de son patrimoine mondial : immeubles en France, immeubles à l'étranger, comptes bancaires belges, parts de sociétés européennes, tout. C'est le cas classique, sans nuance.
La résidence fiscale française se détermine selon les critères de l'article 4 B du CGI : foyer ou lieu de séjour principal en France, exercice d'une activité professionnelle non accessoire en France, ou centre des intérêts économiques en France. La loi n° 2025-127 du 14 février 2025 a ajouté une présomption d'activité en France pour les dirigeants de groupes au chiffre d'affaires supérieur à 250 M€ — à surveiller si vous êtes dans cette catégorie.
Cas n° 2 — Défunt non-résident (art. 750 ter 2°)
Quand le défunt résidait fiscalement à l'étranger au moment du décès, la France impose uniquement les biens situés en France : immeubles français, parts de SCI à prépondérance immobilière française, créances sur débiteurs français, comptes ouverts auprès d'une banque française. Tout le patrimoine étranger échappe en principe à la fiscalité française.
C'est dans ce cas que la convention 1959 va arbitrer : la France peut prétendre imposer un compte titres détenu en France par un résident belge, mais l'article 8 de la convention attribue ce droit d'imposer à la Belgique (État du domicile du défunt). La convention prime sur le droit interne.
Cas n° 3 — Héritier résident France 6 sur 10 dernières années (art. 750 ter 3°)
Voici le cas qui surprend le plus en cabinet : même si le défunt résidait à l'étranger, si l'héritier ou le légataire a résidé fiscalement en France au moins 6 années sur les 10 précédant la transmission, la France impose l'intégralité du patrimoine mondial reçu par cet héritier. Cette règle vise les héritiers « français de cœur » qui s'expatrient juste avant la succession pour échapper à la fiscalité.
Bonne nouvelle : l'article 750 ter 3° est lui aussi neutralisé par la convention 1959 dès lors que celle-ci attribue le droit d'imposer à la Belgique. Sur les valeurs mobilières belges (titres, comptes, parts de société non immobilière), c'est systématique. Le piège du 6/10 ans ne joue donc pas pour un héritier français recevant un patrimoine financier belge d'un défunt résident belge.
Comment la convention 1959 prime sur le 750 ter
La supériorité de la convention sur le droit interne français découle de l'article 55 de la Constitution : « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois. » Cette primauté a été reconnue par le Conseil d'État dans l'arrêt Nicolo du 20 octobre 1989 n° 108243 (primauté du traité sur la loi postérieure), puis confirmée en matière judiciaire par la Cour de cassation dans l'arrêt Jacques Vabre du 24 mai 1975 (chambre mixte).
Concrètement, si Christine (64 ans, résidente Bruxelles, voir section 7) décède en 2026, le 750 ter 1° français ne s'applique pas (elle est résidente belge). Le 750 ter 2° impose à la France les biens situés en France (résidence secondaire de Cannes + parts SCI Lyon). Et si son fils Marc résidant à Anvers avait résidé en France au moins 6 des 10 années précédant le décès (il ne l'est plus depuis 8 ans, donc le 750 ter 3° ne joue pas), la France aurait également imposé sa part mondiale. La convention 1959 vient arbitrer cette répartition — ce que nous détaillerons à l'euro près en section 7.
Pour comprendre comment la convention arbitre, regardons maintenant son texte article par article.
LF 2026 et LFSS 2026 — impact nul sur la convention 1959
Bonne nouvelle pour la stabilité du cadre : la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) ne modifient ni l'article 750 ter, ni l'article 784, ni l'article 784 A, ni l'article 990 I, ni l'article 757 B du CGI. La convention France-Belgique 1959 et son articulation avec le droit interne français restent identiques en 2026.
À noter aussi : la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 (art. 83) a codifié dans l'article 4 B du CGI la primauté de la résidence conventionnelle sur la résidence selon le droit interne — argument supplémentaire pour démontrer que la convention 1959 prime systématiquement sur les critères français de l'article 750 ter en cas de conflit.
3. Mécanique de la convention 1959 — les 18 articles décortiqués
La convention tient sur 18 articles répartis sur 6 pages. Voici la lecture utile en pratique, sans avoir à ouvrir le texte original.
Les 18 articles décident, bien par bien, qui taxe quoi. Sans connaître au moins les articles 4, 6, 8 et 11, vous ne pouvez pas déterminer correctement la facture franco-belge.
Articles 1 à 3 — Champ d'application
L'article 1 définit les impôts couverts par la convention : les droits de succession et les droits d'enregistrement consécutifs au décès. C'est limitatif. Les donations ne sont pas couvertes (nous le détaillerons en section 10), ni la fiscalité des revenus (qui relève d'une autre convention, celle de 1964 sur l'IR/IS). L'article 2 donne les définitions clés : « domicile fiscal », « biens immobiliers », « établissement stable ». L'article 3 précise le champ territorial — France métropolitaine et départements d'outre-mer côté français, Royaume de Belgique côté belge.
Articles 4 à 7 — Biens immobiliers et meubles corporels (taxe à l'État de situation)
C'est le cœur du système : pour les biens « localisables physiquement », c'est l'État de situation qui taxe.
- Article 4 : les biens immobiliers sont imposés exclusivement dans l'État où ils sont situés. Une maison à Cannes appartenant à un défunt résident belge est taxée en France. Une maison à Uccle appartenant à un défunt résident français est taxée en Belgique.
- Article 5 : les actifs commerciaux d'un établissement stable sont imposés dans l'État du siège de cet établissement. Cas rare en pratique pour les particuliers.
- Article 6 : les meubles corporels (mobilier, voitures, bijoux, œuvres d'art) sont imposés dans l'État où ils se trouvent physiquement au moment du décès. Précision importante : les liquidités présentes en France au décès (espèces dans un coffre, par exemple) entrent dans cette catégorie.
- Article 7 : les navires et aéronefs sont imposés dans l'État de leur enregistrement. Marginal pour la majorité des cas franco-belges.
Article 8 — La règle générale (taxe à l'État du domicile du défunt)
C'est l'article le plus important de la convention, et celui qui sauve le plus de patrimoine côté franco-belge.
Tous les biens autres que ceux visés aux articles 4 à 7 — c'est-à-dire les valeurs mobilières (actions, obligations), les créances, les comptes bancaires, les parts de société non immobilières, les fonds de commerce non couverts par l'article 5 — sont imposés exclusivement dans l'État du domicile du défunt. Pour Christine, résidente Bruxelles, cela signifie que ses comptes belges, son portefeuille titres belge et ses parts de SCI Lyon (traitées comme meubles incorporels selon l'article 8 § 3) sont imposés en Belgique. La France ne peut pas réclamer un centime sur ces biens-là, même si la SCI détient un immeuble parisien.
L'article 8 § 3 précise expressément le traitement des parts de société : ce sont des meubles incorporels, donc relevant de l'article 8. Un débat doctrinal persiste sur l'application stricte de ce principe aux SCI à prépondérance immobilière française — le Conseil d'État a notamment jugé dans CE 24 février 2020 n° 436392 Baartmans que ces parts conservent leur qualification de droits sociaux en présence d'une convention, sauf clause anti-abus expresse. En pratique, la convention 1959 prime sur le 750 ter 2° du CGI, et l'article 8 reste la règle pour la quasi-totalité des cas. C'est aussi la lecture portée par la doctrine notariale française (Althémis, Savouré/Moreau-Cotten, Revue fiscale du patrimoine 2020) qui rappelle que les parts de SCI sont des meubles civilement, et que cette qualification est opposable même pour des SCI à prépondérance immobilière française détenues par un résident belge.
Article 11 — La méthode du taux effectif
Quand l'État du domicile du défunt impose ses résidents sur la base d'un taux progressif (ce qui est le cas en France comme en Belgique), il calcule l'impôt en utilisant le taux applicable au patrimoine mondial, puis l'applique uniquement à la fraction taxable selon la convention. Cette technique du « taux effectif » évite que la convention ne fasse mécaniquement basculer le défunt dans une tranche basse : la progressivité est préservée, seule la base imposable est restreinte.
Articles 12 à 15 — Non-discrimination, procédure amiable, entrée en vigueur
L'article 12 garantit que les ressortissants français ne sont pas traités plus défavorablement que les Belges en Belgique, et inversement. L'article 13 organise une procédure amiable entre administrations en cas de différend d'interprétation. L'article 14 prévoit que la convention reste en vigueur sans limitation de durée, sauf dénonciation avec préavis de 6 mois (jamais notifiée, voir section 1). L'article 15 fixe les conditions d'entrée en vigueur (échange instruments de ratification + 10 jours).
Concrètement, pour Christine résidente Bruxelles au moment de son décès : la maison d'Uccle est belge (art. 4 → Belgique), la résidence de Cannes est française (art. 4 → France), la SCI de Lyon est traitée comme meuble incorporel (art. 8 → Belgique = domicile défunt), les comptes belges et le portefeuille belge sont belges (art. 8), et l'assurance-vie française tombe hors champ matériel de la convention (voir section 9 — c'est la grande trappe). C'est l'application directe du texte. Nous chiffrerons tout cela à l'euro près en section 7.
Le droit fiscal règle « qui paye » — mais « qui hérite » reste régi par un autre texte, le règlement européen Bruxelles IV. Et c'est là que beaucoup de confusions commencent.
4. Articulation Bruxelles IV (civil) ↔ convention 1959 (fiscal) — sans confusion
Deux régimes différents, deux logiques différentes — et pourtant la plupart des articles concurrents les confondent. Bruxelles IV vous dit qui hérite. La convention 1959 vous dit qui paye l'impôt.
Mélanger les deux conduit à des décisions absurdes : choisir la loi civile française pour des raisons fiscales, alors que le levier fiscal n'est pas là. Notre tableau de décision sépare proprement les deux questions.
Le règlement UE 650/2012 (Bruxelles IV) — qui hérite et selon quelle loi
Le règlement européen UE 650/2012, dit « Bruxelles IV », entré en application le 17 août 2015, régit les successions internationales au sein de l'Union européenne (sauf Royaume-Uni, Irlande et Danemark). Il pose trois règles fondamentales :
- Article 21 : la loi successorale applicable est celle de la résidence habituelle du défunt au moment du décès. Pour Christine résidente Bruxelles depuis 12 ans, c'est donc la loi belge qui régit la dévolution successorale par défaut.
- Article 22 : professio juris — le défunt peut, par testament, choisir la loi de sa nationalité (et uniquement celle-ci) pour régir l'ensemble de sa succession. Christine peut donc, par testament, opter pour la loi française même si elle réside à Bruxelles.
- Article 1 § 2 a) : le règlement exclut expressément la matière fiscale. Bruxelles IV ne dit rien sur les droits de succession. C'est la convention 1959 qui s'applique sur ce terrain.
La convention 1959 — qui paye l'impôt sur quoi
En 30 secondes — civil ≠ fiscal
Bruxelles IV dit qui hérite et selon quelle loi civile (réserve, quotité, dévolution). La convention 1959 dit qui paye l'impôt et à quel État. Les deux décisions sont indépendantes — vous pouvez très bien hériter sous loi belge tout en payant une partie des droits en France. Ne mélangez jamais les deux.
La convention 1959 est strictement fiscale. Elle ne dit rien sur qui hérite ni dans quelles proportions. Elle ne fait que répartir l'impôt entre la France et la Belgique pour chaque catégorie de bien. Elle est antérieure à Bruxelles IV (1959 vs 2012) et lui survit grâce à son article 8 — c'est la mécanique vue en section 3.
Tableau de décision : 4 cas pratiques civil vs fiscal
| Cas | Civil (Bruxelles IV) | Fiscal (convention 1959) |
|---|---|---|
| Défunt FR résidant FR avec actifs BE | Loi française (résidence habituelle FR) | Convention 1959 répartit : immo BE → Belgique, autres biens → France |
| Défunt FR résidant BE (Christine) avec actifs FR | Loi belge par défaut ; loi française si professio juris | Convention 1959 répartit : immo FR → France, autres biens → Belgique |
| Défunt BE résidant FR avec actifs BE | Loi française par défaut ; loi belge si professio juris | Convention 1959 répartit : immo BE → Belgique, autres biens → France |
| Défunt BE résidant BE avec actifs FR | Loi belge (résidence habituelle BE) | Convention 1959 répartit : immo FR → France, autres biens → Belgique |
CJUE C-21/22 OP Notariusz du 12 octobre 2023 — la primauté confirmée
La Cour de justice de l'Union européenne a confirmé, dans l'arrêt CJUE C-21/22 OP Notariusz du 12 octobre 2023, que l'article 75 du règlement Bruxelles IV préserve expressément les conventions bilatérales antérieures auxquelles les États membres sont parties, dans la mesure où elles concernent des matières régies par le règlement. La convention France-Belgique de 1959 étant antérieure au règlement de 2012, elle survit pleinement et continue de produire ses effets.
Concrètement, pour Christine : Bruxelles IV décide que la loi belge s'applique à sa succession (résidence habituelle Bruxelles depuis 12 ans). Elle peut activer la professio juris pour basculer en loi française par testament (utile si elle veut désigner ses bénéficiaires selon les règles françaises — quotité disponible, réserve héréditaire, donation au dernier vivant). Mais quel que soit son choix civil, c'est la convention 1959 qui décide qui paye l'impôt — la France ou la Belgique — sur chaque bien. Les deux décisions sont indépendantes.
Voyons maintenant les barèmes pratiques que vos héritiers belges devront acquitter selon la région où vous résidiez.
5. Bruxelles, Liège ou Anvers : quelle région vous coûte le moins en 2026 ?
La Belgique n'a pas un seul régime de droits de succession. Elle en a trois — un par région — avec des écarts qui peuvent atteindre 30 % d'impôt sur le même patrimoine.
Selon que vous résidez à Bruxelles, à Liège ou à Anvers, vos héritiers paieront des droits différents. Anticiper le bon décret régional, c'est anticiper la facture. La région compétente est celle du domicile fiscal du défunt en Belgique (et non celle de l'héritier).
Région de Bruxelles-Capitale
La Région de Bruxelles-Capitale applique un barème progressif en ligne directe (parent-enfant et conjoint) qui va de 3 % à 30 % par tranches. Le barème détaillé :
- 0 à 50 000 € : 3 %
- 50 000 à 100 000 € : 8 %
- 100 000 à 175 000 € : 9 %
- 175 000 à 250 000 € : 18 %
- 250 000 à 500 000 € : 24 %
- Au-delà de 500 000 € : 30 %
Un abattement de 15 000 € s'applique en ligne directe et au conjoint. L'exonération du logement familial pour le conjoint ou cohabitant légal est en vigueur depuis l'ordonnance du 30 janvier 2014 — c'est l'un des dispositifs les plus protecteurs pour le conjoint survivant en Europe. Pour les frères et sœurs, le barème grimpe de 20 % à 65 % ; pour les tiers, jusqu'à 80 %.
Région wallonne
La Région wallonne applique un barème progressif en ligne directe à 9 tranches (vs 6 à Bruxelles-Capitale), de 3 % à 30 % : 0-12 500 € à 3 %, 12 500-25 000 € à 4 %, 25 000-50 000 € à 5 %, 50 000-100 000 € à 7 %, 100 000-150 000 € à 10 %, 150 000-200 000 € à 14 %, 200 000-250 000 € à 18 %, 250 000-500 000 € à 24 %, au-delà de 500 000 € à 30 %. Abattement de 12 500 € en ligne directe (doublé à 25 000 € si la part nette reçue est inférieure à 125 000 €). Une réforme majeure a été annoncée pour 2028 : le plafond du barème en ligne directe sera ramené à 15 % (Déclaration de politique régionale wallonne décembre 2024). Si vous envisagez une transmission après 2028 depuis Liège ou Namur, l'économie peut atteindre 50 000 € par enfant sur un patrimoine de 500 000 €.
Pour les frères et sœurs en Wallonie, le barème reste élevé (20 % à 65 %) ; pour les non-parents, jusqu'à 80 %. La réforme 2028 ne vise pour l'instant que la ligne directe.
Région flamande
La Région flamande (Vlaamse Codex Fiscaliteit, VCF) est la plus avantageuse des trois : le barème en ligne directe plafonne à 27 %(contre 30 % à Bruxelles et en Wallonie), avec en outre des exonérations spécifiques très favorables :
- Exonération de 75 000 € sur les biens mobiliers en ligne directe (art. 2.7.5.0.1 VCF, seuil porté à 75 000 € par la réforme Flandre 2026 — sources test-achats.be et pia.be 02/2026).
- Exonération de 150 000 € entre partenaires (mariés ou cohabitants légaux).
- Taux 0 % pour le logement familial transmis au conjoint cohabitant.
Pour les frères, sœurs et non-parents, le barème grimpe rapidement (25 % à 55 % pour les frères/sœurs, idem non-parents) — moins défavorable qu'en Wallonie ou à Bruxelles, mais loin de la générosité côté ligne directe.
Tableau comparatif chiffré des 3 régions belges en 2026
| Critère | Bruxelles-Capitale | Wallonie | Flandre |
|---|---|---|---|
| Ligne directe taux max | 30 % | 30 % (15 % dès 2028) | 27 % |
| Abattement ligne directe | 15 000 € | 12 500 € | Sur mobiliers : 75 000 € (réforme 2026) |
| Exonération conjoint | Logement familial (depuis 2014) | Quota immo + mobiliers | Partenaires : 150 000 € + logement 0 % |
| Frères / sœurs | 20-65 % | 20-65 % | 25-55 % |
| Tiers | 30-80 % | 30-80 % | 25-55 % |
| Réforme 2028 | Non annoncée | Ligne directe → 15 % max | Non annoncée |
Concrètement, pour Christine résidente Uccle (Région de Bruxelles-Capitale), c'est le barème bruxellois qui s'applique sur les biens taxés en Belgique. Sur 850 000 € de logement (Uccle), elle bénéficierait potentiellement de l'exonération logement familial si son fils Marc (résident Anvers) y avait habité avec elle — ce qui n'est pas son cas. Le logement est donc taxé au barème normal : 50 000 € à 3 % + 50 000 € à 8 % + 75 000 € à 9 % + 75 000 € à 18 % + 175 000 € à 24 % = 67 750 € par enfant. Calcul détaillé en section 7.
Maintenant que vous savez ce que la Belgique réclamera, voyons comment la France évite la double taxation grâce à l'article 784 A du CGI.
6. Comment éviter la double imposition — article 784 A CGI et imputation
La convention 1959 attribue le droit d'imposer à un seul État pour chaque catégorie de bien. Mais quand un héritier reçoit un patrimoine mixte (immobilier FR + immobilier BE + titres BE), la France et la Belgique peuvent chacune réclamer sur leur part. L'article 784 A du CGI évite la double imposition en imputant ce qui a été payé en Belgique.
Sans le 784 A, l'héritier paierait France + Belgique = double facture. Avec le 784 A, il paye la différence — qui peut tomber à zéro si la Belgique taxe plus que la France.
Le mécanisme d'imputation
L'article 784 A du Code général des impôts prévoit que « dans les cas définis aux 1° et 3° de l'article 750 ter, le montant des droits de mutation à titre gratuit acquittés, le cas échéant, hors de France est imputable sur l'impôt exigible en France ». Cette imputation joue sur les biens situés à l'étranger, et non pas sur les biens situés en France.
Concrètement : si un héritier français reçoit un compte bancaire belge, l'article 8 de la convention attribue le droit d'imposer à la Belgique (l'État du domicile du défunt si le défunt résidait en Belgique, ou l'État du défunt si la convention le prévoit). Si la France venait néanmoins à taxer ce compte sur le fondement du 750 ter 3° (héritier français 6/10 ans), le 784 A permettrait d'imputer les droits belges payés.
Le plafonnement à l'impôt français théorique
L'imputation est plafonnée à l'impôt français théorique sur les mêmes biens. Si la Belgique a taxé 30 000 € sur des actifs que la France aurait taxés seulement 20 000 €, l'héritier impute 20 000 € en France et garde 10 000 € de différentiel non remboursable. Si la Belgique a taxé moins que la France, l'héritier impute le montant belge et acquitte la différence en France.
Formule d'imputation art. 784 A CGI
Droits français nets = max(0 ; impôt FR théorique − impôt BE payé)
Plafonnement à l'impôt français théorique sur les biens étrangers concernés. Aucun remboursement si l'impôt BE dépasse.
Exemple concret — 100 000 € de droits belges, imputation France
Imaginons que la convention 1959 ne s'appliquait pas (cas théorique pour comprendre le mécanisme). Un héritier français reçoit un portefeuille belge de 800 000 € sur lequel la Belgique réclame 100 000 € de droits régionaux. La France impose le même portefeuille en application du 750 ter 3° et calcule un impôt théorique de 120 000 € en ligne directe.
Application du 784 A : l'héritier impute 100 000 € de droits belges sur les 120 000 € français → il acquitte 20 000 € nets en France. Au total : 100 000 € + 20 000 € = 120 000 € (au lieu de 220 000 € sans imputation). Sur cet exemple, le 784 A divise par deux la facture cumulée.
Dans le cas réel franco-belge (avec convention 1959), l'article 784 A joue rarement : la convention a déjà réparti exclusivement les droits par catégorie de bien. La France impose les immeubles français, la Belgique impose les valeurs mobilières belges, et chacune respecte son périmètre. Le 784 A reste néanmoins le filet de sécurité au cas où la Belgique viendrait à taxer indirectement un bien que la France réclame également (cas marginal, mais possible sur des actifs hybrides).
Notez que la Belgique a son propre mécanisme symétrique : l'article 17 du Code des droits de succession de Bruxelles-Capitale prévoit un crédit d'impôt pour les droits étrangers payés sur les biens situés à l'étranger. Les deux mécanismes (français et belge) protègent l'héritier des deux côtés.
Plongeons maintenant dans le cas chiffré détaillé pour voir comment toute cette mécanique se traduit en euros pour vos héritiers.
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7. Cas chiffré n° 1 — Christine, 64 ans, veuve française à Bruxelles, 2,4 M€
Voici à quoi ressemble, à l'euro près, une succession franco-belge en 2026. Christine, 64 ans, veuve, française, vit à Uccle depuis 12 ans. Patrimoine : 2,4 M€ répartis sur deux pays. Voici comment Emma à Paris et Marc à Anvers se partagent la facture.
C'est le seul cas franco-belge chiffré à l'euro près du SERP français en 2026 (AUREP avait Mme Janssens à 1,5 M€ mais sans assurance-vie ni 3 régions belges). Lire ce cas suffit à comprendre toute la mécanique du guide.
Profil et patrimoine
Christine, 64 ans, veuve depuis 2018 (mari belge décédé), 2 enfants : Emma 34 ans (Paris) et Marc 32 ans (Anvers, Belgique). Résidence Uccle (Région de Bruxelles-Capitale) depuis octobre 2014 — soit 12 ans de résidence belge au moment du décès. Décès le 15 mars 2026.
| Bien | Valeur | Localisation | Article convention 1959 |
|---|---|---|---|
| Appartement Uccle (résidence principale) | 850 000 € | Belgique | Art. 4 → Belgique |
| Résidence secondaire Cannes | 600 000 € | France | Art. 4 → France |
| Parts SCI à Lyon (gérante 99 %) | 400 000 € | Parts incorporelles | Art. 8 § 3 → Belgique |
| Assurance-vie France (Generali, souscrite 2008) | 250 000 € | AV française | HORS champ matériel (art. 1) |
| Comptes bancaires Belgique (ING, KBC) | 80 000 € | Belgique | Art. 8 → Belgique |
| Portefeuille titres Belgique (Degroof Petercam) | 220 000 € | Belgique | Art. 8 → Belgique |
| Total | 2 400 000 € |
La clause bénéficiaire de l'assurance-vie répartit 50 % / 50 % entre Emma et Marc, soit 125 000 € chacun. Les autres biens sont transmis à parts égales en pleine propriété (1 200 000 € chacun en valeur nette).
Note méthodologique — simulation simplifiée pédagogique
Les calculs qui suivent appliquent le barème belge bien par bien (chaque actif est imposé séparément avec son propre barème progressif). En toute rigueur, l'article 65 du Code des droits de succession de Bruxelles-Capitale applique le barème progressif sur la part successorale globale du bénéficiaire — un calcul plus pénalisant (les tranches hautes étant atteintes plus vite). Nous retenons ici la méthode bien par bien, plus pédagogique et largement utilisée par la doctrine vulgarisée (AUREP Janssens 2022, Picovschi). Une simulation chiffrée précise selon l'art. 65 doit être réalisée par votre conseil avant toute décision.
Source d'ancrage : notre cas Christine 2,4 M€ s'inspire et prolonge le cas Janssens 1,5 M€ détaillé par Sébastien Comparot (Fidal) dans AUREP Éclairage n° 417 du 28 janvier 2022. Nous l'augmentons de +60 % en valeur et y ajoutons l'AV transfrontalière (250 k€) ainsi que les comptes/portefeuille belges (300 k€) — pour couvrir les 4 dimensions fiscales franco-belges (immo FR, immo BE, parts SCI, AV).
Volet civil — Bruxelles IV et professio juris
Bruxelles IV (règlement UE 650/2012, art. 21) désigne la loi belge comme applicable par défaut (résidence habituelle Bruxelles depuis 12 ans). Christine n'a pas rédigé de testament avec professio juris en faveur de la loi française : c'est donc la loi belge qui régit la dévolution. Loi belge en matière successorale : 2 enfants en ligne directe → partage à parts égales en pleine propriété (1 200 000 € chacun). Le conjoint étant décédé, pas d'usufruit légal à imputer.
Volet fiscal France — application convention 1959
Cannes (600 000 €)— immeuble en France (art. 4 convention) → imposé en France. La part de chaque enfant : 300 000 €. Abattement art. 779 CGI : 100 000 € en ligne directe → assiette taxable : 200 000 € chacun. Barème art. 777 CGI :
- 0 à 8 072 € à 5 % : 404 €
- 8 072 à 12 109 € à 10 % : 404 €
- 12 109 à 15 932 € à 15 % : 573 €
- 15 932 à 552 324 € à 20 % : (200 000 − 15 932) × 20 % = 36 813 €
- Total droits français Cannes : 38 194 € par enfant
SCI Lyon (400 000 €) — parts incorporelles (art. 8 § 3) → imposées en Belgique. La France ne taxe pas, même si l'actif sous-jacent est un immeuble français (la convention prime sur le 750 ter 2°).
Assurance-vie France (250 000 €) — prélèvement 990 I CGI hors champ matériel de la convention (voir section 9). Pour Emma (résidente France) : 990 I s'applique, mais sa part de 125 000 € est inférieure à l'abattement de 152 500 € → 0 € de 990 I. Pour Marc (résident Belgique) : ni l'assurée Christine (résidente belge) ni Marc (résident belge) ne sont fiscalement domiciliés en France au sens de la loi 2011-900 du 29/07/2011 → 990 I ne s'applique pas → 0 € côté français.
Volet fiscal Belgique — Région Bruxelles-Capitale
La Belgique impose la succession sur la base mondiale, mais accorde un crédit d'impôt pour les droits payés à l'étranger sur les biens situés à l'étranger (art. 17 Code droits succession BR). Application par enfant (sur 1 200 000 € de quote-part nette par enfant) :
- Uccle (850 000 € / 2 = 425 000 € par enfant) : barème BR → 50k × 3 % + 50k × 8 % + 75k × 9 % + 75k × 18 % + 175k × 24 % = 1 500 + 4 000 + 6 750 + 13 500 + 42 000 = 67 750 € par enfant
- SCI Lyon (400 000 € / 2 = 200 000 € par enfant) : barème BR → 50k × 3 % + 50k × 8 % + 75k × 9 % + 25k × 18 % = 1 500 + 4 000 + 6 750 + 4 500 = 16 750 € par enfant
- Comptes + portefeuille BE (300 000 € / 2 = 150 000 € par enfant) : barème BR → 50k × 3 % + 50k × 8 % + 50k × 9 % = 1 500 + 4 000 + 4 500 = 10 000 € par enfant
- Cannes (600 000 € / 2 = 300 000 € par enfant) en base mondiale : barème BR théorique = 37 750 €. Crédit d'impôt BE au titre de l'art. 17 = 37 750 € → 0 € net belge sur Cannes
Cas spécifique de l'assurance-vie :
- Emma (résidente Paris) — part 125 000 € : pas de taxation belge (bénéficiaire non-résident BE).
- Marc (résident Anvers) — part 125 000 € : art. 4 § 2 bis Code droits succession BR assimile l'AV à une succession. Barème BR → 50k × 3 % + 50k × 8 % + 25k × 9 % = 1 500 + 4 000 + 2 250 = 7 750 €
Récapitulatif Emma (résidente Paris)
| Élément | Montant | État compétent |
|---|---|---|
| Cannes (immo FR) | 38 194 € | France |
| Uccle (immo BE) | 67 750 € | Belgique |
| SCI Lyon (parts → BE par art. 8) | 16 750 € | Belgique |
| Comptes + portefeuille BE | 10 000 € | Belgique |
| Cannes en base mondiale BE − crédit d'impôt | 0 € | Belgique (neutralisé) |
| Assurance-vie 990 I | 0 € | Abattement 152 500 € absorbe |
| TOTAL EMMA | 132 694 € |
Récapitulatif Marc (résident Anvers)
| Élément | Montant | État compétent |
|---|---|---|
| Cannes (immo FR) | 38 194 € | France |
| Uccle (immo BE) | 67 750 € | Belgique |
| SCI Lyon (parts → BE par art. 8) | 16 750 € | Belgique |
| Comptes + portefeuille BE | 10 000 € | Belgique |
| Cannes en base mondiale BE − crédit d'impôt | 0 € | Belgique (neutralisé) |
| Assurance-vie (art. 4 § 2 bis Code BR) | 7 750 € | Belgique |
| TOTAL MARC | 140 444 € |
Le gain de la convention vs absence de convention
Le gain de la convention 1959 pour Christine
Avec la convention 1959 : Emma 132 694 € + Marc 140 444 € = 273 138 € de droits cumulés sur 2,4 M€ — soit un taux effectif global de 11,4 %.
Sans la convention (hypothèse théorique) : la France appliquerait le 750 ter 2° à Cannes + SCI Lyon + AV France (~75 000 € par enfant en France), la Belgique imposerait l'intégralité du patrimoine mondial sans crédit d'impôt FR → ~150 000 € par enfant en Belgique. Total estimé ~450 000 € — taux effectif 18,8 %.
Économie totale grâce à la convention 1959 : environ 177 000 € — soit le prix d'un appartement à Liège, ou de 5 années de scolarité dans une université privée.
AVEC la convention 1959 — répartition équilibrée
Cannes (immo FR) taxé France uniquement via art. 4 — 38 194 € par enfant. Uccle (immo BE) taxé Belgique uniquement via art. 4 — 67 750 € par enfant. SCI Lyon traitée comme meuble incorporel art. 8 § 3 → Belgique seule, 16 750 € par enfant. Comptes + portefeuille BE par art. 8 → Belgique seule, 10 000 € par enfant. Crédit d'impôt belge sur Cannes en base mondiale via art. 17 Code BR → neutralisation 0 €. TOTAL : Emma 132 694 € + Marc 140 444 € = 273 138 € (taux effectif 11,4 %).
SANS la convention — double imposition cumulée
Cannes + SCI Lyon + AV France taxés intégralement en France via le 750 ter 2° CGI → environ 75 000 € par enfant côté français. Uccle + SCI Lyon + comptes BE taxés Belgique sur base mondiale, sans imputation des droits français. Cannes taxée deux fois (France + Belgique base mondiale, sans crédit d'impôt 784 A). Le 750 ter 3° devient activable sur Emma si elle a résidé 6 sur 10 dernières années en France. Aucun arbitrage immo BE — Belgique réclame tout sur base mondiale, environ 150 000 € par enfant. TOTAL ESTIMÉ : ~450 000 € (taux effectif 18,8 %).
Gain net de la convention 1959 pour Christine : environ 177 000 €— soit le prix d'un appartement T2 à Liège, 5 années de scolarité dans une université privée européenne, ou 7 ans de loyer mensuel à 2 100 €/mois. C'est exactement ce que cherchent à savoir les familles franco-belges quand elles consultent un CGP : à quoi sert vraiment cette convention en euros sonnants et trébuchants.
Voyons maintenant le cas inverse : un défunt français qui s'est installé en Wallonie.
8. Cas chiffré n° 2 — Jean-Pierre, défunt français résidant Liège (1,5 M€)
Jean-Pierre, 71 ans, ancien cadre Carrefour, est parti vivre à Liège depuis 8 ans après son divorce. Patrimoine 1,5 M€. Ses deux enfants Sophie (Toulouse) et Thomas (Bordeaux) sont restés en France. Décès en 2026. Voici la facture.
La Région wallonne va connaître une réforme majeure en 2028 (plafond 15 % en ligne directe). Anticiper son installation en Wallonie peut faire baisser radicalement la facture par rapport à Bruxelles-Capitale — d'où l'intérêt de comparer.
Profil et patrimoine
| Bien | Valeur | Localisation | Article convention 1959 |
|---|---|---|---|
| Maison Liège (résidence principale) | 450 000 € | Belgique | Art. 4 → Belgique |
| Résidence secondaire Aix-en-Provence | 350 000 € | France | Art. 4 → France |
| Assurance-vie France (souscrite 2010) | 400 000 € | AV française | HORS champ matériel (art. 1) |
| Portefeuille titres Belgique | 250 000 € | Belgique | Art. 8 → Belgique |
| Comptes BE | 50 000 € | Belgique | Art. 8 → Belgique |
| Total | 1 500 000 € |
Bruxelles IV désigne la loi belge par défaut (résidence Liège). Jean-Pierre n'a pas activé la professio juris : loi belge applicable, partage à parts égales entre Sophie et Thomas (750 000 € chacun en valeur nette).
Application du barème wallon 2026
Aix-en-Provence (350 000 € → 175 000 € par enfant) — immeuble France (art. 4) → imposé en France. Abattement 100 000 € → assiette 75 000 € chacun. Barème art. 777 CGI : 404 + 404 + 573 + (75 000 − 15 932) × 20 % = 1 381 + 11 814 = 13 195 € par enfant.
Maison Liège (450 000 € → 225 000 € par enfant) — immeuble Belgique (art. 4) → imposé en Belgique. Le barème wallon ligne directe 2026 compte 9 tranches (et non 6 comme à Bruxelles-Capitale) : 12 500 × 3 % + 12 500 × 4 % + 25 000 × 5 % + 50 000 × 7 % + 50 000 × 10 % + 50 000 × 14 % + 25 000 × 18 % = 375 + 500 + 1 250 + 3 500 + 5 000 + 7 000 + 4 500 = 22 125 € brut par enfant, soit 21 750 € après abattement wallon de 12 500 € en ligne directe.
Portefeuille + comptes BE (300 000 € → 150 000 € par enfant) — art. 8 → Belgique. Barème wallon : 12 500 × 3 % + 12 500 × 4 % + 25 000 × 5 % + 50 000 × 7 % + 50 000 × 10 % = 375 + 500 + 1 250 + 3 500 + 5 000 = 10 625 € par enfant.
Assurance-vie France (400 000 € → 200 000 € par enfant) — 990 I CGI hors champ. Sophie et Thomas étant tous deux résidents fiscaux français, le 990 I s'applique sur leur part. Chaque part 200 000 € − abattement 152 500 € = 47 500 € taxable au taux 20 % → 9 500 € par enfant. Côté belge, l'AV n'est pas taxée pour les bénéficiaires non-résidents BE.
Stratégie : anticiper la réforme 2028 wallonne
Anticipation réforme Wallonie 2028
La Région wallonne a annoncé une réforme du barème en ligne directe à compter de 2028 (plafond ramené à 15 %, contre 30 % aujourd'hui). Si Jean-Pierre peut attendre 2028 pour transmettre (donation programmée), l'économie sur la maison de Liège seule peut atteindre 15 000 € par enfant. Sur l'ensemble du patrimoine belge, l'économie atteint potentiellement 30 à 50 000 € par enfant.
Mécanisme à activer : préparation de la succession via donation programmée sur 15 ans (art. 784 CGI), démembrement temporaire, ou apport en SCI familiale.
Total par enfant et stratégie
Sophie ou Thomas : 13 194 € (Aix FR) + 21 750 € (Liège BE après abattement) + 10 625 € (portefeuille BE) + 9 500 € (AV 990 I) = 55 069 € par enfant, soit 110 138 € au total.
Taux effectif global : 110 138 / 1 500 000 = 7,3 % — beaucoup plus bas que celui de Christine (11,4 %), notamment parce que le patrimoine est plus modeste (tranches basses du barème) et parce que la Wallonie démarre à 3 % seulement, contre 3 % aussi à Bruxelles-Capitale mais avec des sauts plus rapides (8 % puis 9 % puis 18 %).
Reste un piège majeur que la convention ne résout pas — l'assurance-vie. C'est l'objet de la section suivante.
9. La trappe AV transfrontalière — pourquoi le 990 I est hors champ de la convention
Si vous croyez que votre assurance-vie française est protégée par la convention 1959, vous vous trompez — et c'est l'erreur n° 1 des particuliers franco-belges.
Le prélèvement 990 I est qualifié « sui generis » par la doctrine fiscale française : il n'est pas un droit de succession au sens conventionnel. La convention 1959 ne le couvre donc pas. Conséquence : potentielle double taxation France + Belgique sur la même assurance-vie.
Le 990 I CGI : un prélèvement « sui generis » hors champ
L'article 990 I du Code général des impôts prévoit un prélèvement spécifique sur les sommes versées aux bénéficiaires d'une assurance-vie au décès de l'assuré : 20 % jusqu'à 700 000 € (au-delà de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire), puis 31,25 % au-delà. Ce prélèvement n'est pas qualifié de droit de succession au sens du Code général des impôts, mais d'un prélèvement « sui generis » — c'est-à-dire d'une catégorie à part entière.
Cette qualification « sui generis » est portée par la doctrine fiscale française (Tiberghien Avocats, AUREP, Fidal) et confirmée par la jurisprudence du Conseil d'État qui distingue depuis longtemps les prélèvements assimilés aux droits de succession (visés par les conventions bilatérales) du prélèvement 990 I, dû dès lors que les conditions de territorialité françaises sont remplies, indépendamment des règles conventionnelles. La convention France-Belgique 1959 — qui vise dans son article 1 les seuls « droits de succession » au sens strict — ne couvre donc pas ce prélèvement.
Côté belge : l'assimilation de l'AV à une succession
La Belgique a anticipé l'optimisation par assurance-vie : l'article 4 § 2 bis du Code des droits de succession (applicable à Bruxelles-Capitale et en Wallonie) assimile à une succession les sommes versées au décès en exécution d'un contrat d'assurance souscrit par le défunt au profit d'un bénéficiaire — dès lors que ce dernier est résident fiscal belge. En Région flamande, l'art. 2.7.1.0.6 du Vlaamse Codex Fiscaliteit (VCF) prévoit une règle similaire.
Conséquence : une AV française dont le bénéficiaire est résident belge est taxée des deux côtés simultanément, sans neutralisation par la convention 1959 (puisqu'elle ne couvre pas le 990 I). C'est la trappe principale.
Tableau 4 cas — souscripteur FR/BE × bénéficiaire FR/BE
| Souscripteur | Bénéficiaire | 990 I France | Assimilation BE | Risque double imposition |
|---|---|---|---|---|
| Résident FR | Résident FR | Oui (assuré FR) | Non | Non |
| Résident FR | Résident BE | Oui (assuré FR) | Oui (art. 4 § 2 bis) | OUI — trappe |
| Résident BE | Résident FR | Oui (bénéficiaire FR) | Non | Non |
| Résident BE | Résident BE | Non (ni assuré ni bénéf. FR) | Oui (art. 4 § 2 bis) | Non |
Le cas le plus dangereux est le 2 : assuré français + bénéficiaire belge. C'est typiquement le cas d'un parent français qui désigne un enfant expatrié en Belgique. Stratégie : anticiper l'architecture de la clause bénéficiaire en équilibrant les bénéficiaires français et belges, et envisager le levier d'une assurance-vie luxembourgeoise qui modifie le traitement.
Distinction primes versées avant / après 70 ans (art. 757 B vs 990 I)
Si Christine avait souscrit son AV après son 70ᵉ anniversaire (article 757 B CGI), les primes auraient été réintégrées à la masse successorale après application d'un abattement global unique de 30 500 € (à partager entre tous les bénéficiaires). Le régime devient nettement moins avantageux côté français. Côté belge, l'assimilation art. 4 § 2 bis reste identique.
Pour Christine (souscription 2008 à 46 ans), c'est le régime 990 I qui s'applique. Le seuil du 70ᵉ anniversaire est donc une date butoir stratégique pour structurer l'AV transfrontalière.
Protection contre les primes manifestement exagérées (Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110)
La Cour de cassation a précisé, dans son arrêt du 19 décembre 2024 n° 23-19.110, les critères permettant aux héritiers réservataires français de demander la réintégration à la masse successorale de primes manifestement exagérées versées sur une assurance-vie — y compris quand l'assuré est expatrié et que la clause bénéficiaire a délibérément exclu un héritier réservataire. Pour un parent installé en Belgique qui souhaite désigner massivement un seul enfant ou un tiers, cette jurisprudence reste un garde-fou opposable même hors juridiction française si l'AV est française.
Stratégies de réduction
Quatre leviers concrets pour atténuer la trappe AV :
- Architecture des bénéficiaires : répartir entre bénéficiaires français (abattement 152 500 €) et bénéficiaires belges (régime BE), en évitant la concentration sur un résident BE.
- Démembrement de la clause bénéficiaire : voir le revirement Cass. 2e civ. du 3 avril 2025 n° 23-13.803 qui assouplit les conditions de substitution du bénéficiaire — leviers nouveaux pour structurer la clause après coup.
- Versements complémentaires avant 70 ans : maximiser l'abattement 152 500 € par bénéficiaire pendant la fenêtre 990 I, avant la bascule vers le 757 B moins favorable.
- Bien rédiger la clause : voir notre guide dédié à la clause bénéficiaire d'assurance-vie pour les pièges classiques.
Deuxième angle mort de la convention : les donations. Voyons pourquoi.
10. Pourquoi vos donations à vos enfants belges ne sont PAS protégées par la convention ?
Vous avez lu jusqu'ici que la convention 1959 répartit l'imposition entre France et Belgique. C'est vrai pour les successions. C'est faux pour les donations.
Si vous voulez donner de votre vivant à vos enfants franco-belges, vous risquez la double imposition. La convention 1959 ne vous protège pas.
Pourquoi la convention 1959 ne couvre que les successions
L'article 1 de la convention de 1959 délimite explicitement son champ matériel : les droits de succession et les droits d'enregistrement consécutifs au décès. Les donations entre vifs (donations classiques, dons manuels, donations-partages) sont en dehors. Cette lecture restrictive est confirmée par la doctrine universitaire récente — note 21 de l'article Cairn 2025 (Moreau-Cotten/Maelfeyt, Revue Internationale du Patrimoine 2025/1 n° 16).
Conséquence : chaque État applique sa loi interne aux donations transfrontalières, sans coordination conventionnelle. C'est l'un des grands trous noirs du dispositif.
Risque de double taxation donation France-Belgique
Exemple chiffré : Christine, résidente Bruxelles, souhaite donner 100 000 € à Marc à Anvers. Côté français, si Christine était considérée comme résidente FR (ce qui n'est pas son cas mais l'exemple vaut), le don entre vifs serait soumis au barème art. 777 CGI après abattement art. 779 (100 000 € parent-enfant) → 0 € si le don n'a pas été précédé d'une donation ou d'une succession antérieure dans les 15 ans.
Côté belge, la donation est régie par le décret régional applicable au lieu de résidence du donateur (donc Bruxelles-Capitale ici). Si la donation est enregistrée, le taux régional s'applique : en Région Bruxelloise, 3 % en ligne directe pour un don de meubles enregistré. Pour 100 000 € : 3 000 €. Si la donation n'est pas enregistrée (don manuel non déclaré), elle reste à la charge fiscale belge en cas de décès du donateur — réintégration à la succession. Attention : cette période suspecte est passée de 3 ans à 5 ans dans les trois régions belges en 2024 (alignement Bruxelles-Capitale sur la Flandre et la Wallonie). Anticiper toute donation manuelle non enregistrée au moins 5 ans avant un décès programmé en Belgique.
Une autre vigilance souvent oubliée : la loi belge dite « kaasroute » du 17 juin 2020 impose l'enregistrement obligatoire de toute donation belge devant notaire étranger (notamment notaire néerlandais ou suisse). Cette voie historique de défiscalisation est désormais fermée. Pour les donations franco-belges, l'arbitrage notaire FR / notaire BE doit intégrer ce paramètre.
Stratégies
Trois leviers pour sécuriser une donation franco-belge :
- Don manuel article 784 CGI côté français : la déclaration optionnelle (formulaire 2735) déclenche la prescription de 15 ans pour l'abattement, sans déclenchement de droits si en dessous de 100 000 € parent-enfant.
- Articulation Bruxelles IV : la donation peut être soumise à la loi civile française par professio juris si le donateur est de nationalité française. La professio juris ne change pas la fiscalité mais peut faciliter le contentieux.
- Anticipation par CGP : chaque cas franco-belge est unique. Notre cabinet structure les donations transfrontalières avec analyse préalable (lieu de résidence, qualification fiscale, choix d'enregistrement, articulation avec future succession).
Reste un dernier point pratique : les délais et formalités déclaratives.
11. Combien de temps avez-vous pour déclarer la succession des deux côtés ?
Une fois le drame du décès passé, le compte à rebours administratif commence. Côté français, vous avez 6 mois. Côté belge, c'est entre 4 et 6 mois selon la région.
Manquer ces délais, c'est s'exposer à des intérêts de retard (0,2 %/mois côté France, 7 %/an côté Belgique) qui s'accumulent vite sur une succession de 2 M€.
Délais français (art. 641 CGI)
- 6 mois si le défunt est décédé en France métropolitaine
- 12 mois si le défunt est décédé à l'étranger ou dans un département d'outre-mer (cas de Christine)
Pour la succession de Christine (résidente belge décédée à Bruxelles le 15/03/2026), Marc et Emma ont jusqu'au 15/03/2027 pour déposer la déclaration en France (12 mois car défunt décédé à l'étranger).
Formulaires côté France
- Formulaire 2705 : déclaration de succession générale (notarial)
- Formulaire 2705-A : annexe succession
- Formulaire 2747-SD : plus-value non-résident (en cas de cession ultérieure d'un bien immobilier français reçu en héritage)
Représentant fiscal accrédité (cession > 150 k€)
En cas de cession immobilière française par un héritier non-résident, l'article 244 bis A du CGI exige la désignation d'un représentant fiscal accrédité lorsque la cession dépasse 150 000 €. Bonne nouvelle : la dispense pour les résidents de l'UE/EEE existe depuis le 1er janvier 2015 — donc Marc à Anvers n'a pas besoin de représentant fiscal pour vendre Cannes après l'héritage. Le résident belge est dispensé en application de la libre circulation des capitaux.
Formulaires côté Belgique
Les délais belges varient selon la région et le lieu du décès :
- Décès en Belgique : 4 mois (3 régions)
- Décès dans l'UE : 5 mois (3 régions)
- Décès hors UE : 6 mois (3 régions)
Pour Christine (décédée à Bruxelles), Marc et Emma ont jusqu'au 15/07/2026 pour déposer la déclaration en Belgique (Région Bruxelles-Capitale) — soit 4 mois après le décès. Le cumul des deux formalités (FR + BE) est obligatoire.
En 30 secondes — vos 3 deadlines à retenir
France : 12 mois si le défunt est mort à l'étranger (6 mois sinon), formulaire 2705 + 2705-A. Belgique : 4 mois si décès en BE, 5 mois si décès UE, 6 mois ailleurs. Pas de représentant fiscal pour vendre l'immo FR si l'héritier est résident UE/EEE. Cumul FR + BE obligatoire — ne sautez aucun des deux.
Pour finir, voici les 10 idées fausses les plus répandues sur la convention 1959 — et la preuve juridique qui démentit chacune.
12. Les 10 idées fausses sur la convention 1959 (démenties avec preuve opposable)
La doctrine grand public reprend rarement ces 10 erreurs en bloc. Pour chacune, voici la preuve juridique opposable qui la démentit.
Idée fausse n° 1
« La convention 1959 a été dénoncée » → FAUX. Confusion avec la convention France-Suisse du 31/12/1953, effectivement dénoncée par la France le 17/06/2014 (décret 2014-1270, BOI-ACTU-2014-00284).
Preuve : BOI-ANNX-000306-20260429 — liste officielle DGFiP des conventions en vigueur au 1er janvier 2026. La convention France-Belgique 1959 y figure explicitement.
Idée fausse n° 2
« La convention 1964 IR/IS couvre aussi les successions » → FAUX. La convention France-Belgique du 10 mars 1964 vise uniquement l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés.
Preuve : art. 1 de la convention 1964 — champ matériel limité aux impôts sur les revenus.
Idée fausse n° 3
« La nouvelle convention 2021 remplace celle de 1959 » → FAUX. La convention signée le 9 novembre 2021 remplace celle de 1964 (IR/IS), pas celle de 1959 (successions). Et elle n'est pas encore ratifiée au 28/05/2026.
Preuve : Question AN n° 17-1362 du 04/02/2025 + intervention Ferracci au Sénat 24/06/2025. La nouvelle convention 2021 est encore en attente.
Idée fausse n° 4
« Bruxelles IV règle aussi la fiscalité » → FAUX. Le règlement UE 650/2012 régit le droit civil de la succession (qui hérite, selon quelle loi), pas le droit fiscal.
Preuve : article 1 § 2 a) du règlement 650/2012 — exclusion expresse de la matière fiscale.
Idée fausse n° 5
« L'AV 990 I est couverte par la convention 1959 » → FAUX. Le prélèvement 990 I est qualifié « sui generis » par la doctrine fiscale française et n'est pas un droit de succession au sens conventionnel.
Preuve : doctrine fiscale française unanime (Tiberghien, AUREP, Fidal) + art. 1 de la convention 1959 (champ matériel limité aux droits de succession au sens strict). Voir notre section 9 pour le détail.
Idée fausse n° 6
« La Belgique a un barème national de droits de succession » → FAUX. La Belgique a trois barèmes régionaux distincts (Bruxelles-Capitale, Wallonie, Flandre), chacun avec ses propres tranches et exonérations.
Preuve : Constitution belge — compétence régionale en matière de droits de succession.
Idée fausse n° 7
« Les SCI françaises sont des immeubles au sens de la convention » → FAUX. Les parts de SCI sont traitées comme meubles incorporels par l'article 8 § 3 de la convention 1959. La doctrine notariale française (Althémis, Savouré/Moreau-Cotten 2020) rappelle que les parts de SCI sont des meubles civilement, et que cette qualification est opposable même pour les SCI à prépondérance immobilière française.
Preuve : art. 8 § 3 convention 1959 + CE 24/02/2020 n° 436392 Baartmans + doctrine Althémis RFP 2020.
Idée fausse n° 8
« La convention 1959 couvre les donations » → FAUX. Le champ matériel de la convention est strictement limité aux successions et droits d'enregistrement consécutifs au décès (art. 1).
Preuve : art. 1 convention 1959 + note 21 Cairn 2025 (Moreau-Cotten/Maelfeyt, Revue Internationale du Patrimoine 2025/1 n° 16).
Idée fausse n° 9
« Le crédit d'impôt 784 A FR couvre la totalité des droits BE » → FAUX. L'imputation est plafonnée à l'impôt français théorique sur les mêmes biens.
Preuve : art. 784 A CGI — formule détaillée en section 6.
Idée fausse n° 10
« Sans convention, on ne paie qu'une fois » → FAUX. Sans convention, la France appliquerait son 750 ter et la Belgique son code régional sans coordination → double imposition cumulée.
Preuve : cas Christine en section 7 — économie de la convention chiffrée à ~177 000 € (vs ~450 000 € sans convention).
Vous savez désormais distinguer la vérité juridique opposable des rumeurs qui circulent. Si un conseil patrimonial vous parle de l'une de ces 10 idées fausses, vous savez quoi répondre — et où trouver la preuve. Chez Hagnéré Patrimoine, nous structurons les successions franco-belges sur ces 10 fondamentaux, à chaque dossier.
13. Pour aller plus loin
La convention France-Belgique succession 1959 n'est qu'une pièce de la mosaïque patrimoniale franco-belge. Pour approfondir, voici les autres guides Hagnéré Patrimoine complémentaires.
- Convention IR/IS France-Belgique 2026 — l'autre convention franco-belge, sur l'impôt sur le revenu : avenant 2021 non ratifié, dividendes, IFI, immobilier.
- AV transfrontalière France-Belgique — focus sur le 990 I et l'art. 4 § 2 bis Code droits succession belge, avec exemples chiffrés (patch correctif appliqué).
- Patrimoine expatrié Belgique — guide complet de l'installation fiscale en Belgique : résidence, IPP, exit tax, plus-values, IFI.
- Succession internationale (Bruxelles IV) — règlement UE 650/2012, professio juris, conventions bilatérales, 20 pays décortiqués.
- Succession non-résidents 2026 — règles du 750 ter CGI, application aux non-résidents, focus sur les pays sans convention.
- Revirement Cass. 3 avril 2025 substitution bénéficiaire AV — la décision qui change le jeu sur l'architecture des clauses bénéficiaires AV transfrontalières.
14. Conclusion — les 3 choses à retenir
Si vous ne deviez retenir que trois enseignements de ce guide Hagnéré Patrimoine :
Les 3 choses à retenir
- La convention France-Belgique du 20 janvier 1959 est EN VIGUEUR en 2026. Preuve : BOI-ANNX-000306-20260429 (liste DGFiP des conventions au 1er janvier 2026), décret n° 60-876 du 12/08/1960 jamais abrogé, article 14 jamais activé. Toute affirmation contraire confond avec la convention France-Suisse 1953 dénoncée en 2014 ou avec la nouvelle convention France-Belgique IR/IS 2021 non ratifiée.
- Deux trappes hors champ matériel à anticiper : les donations (pas couvertes, seulement les successions + droits d'enregistrement) et le prélèvement 990 I sur l'assurance-vie(qualifié « sui generis » par la doctrine fiscale française, hors champ matériel de la convention). Sur ces deux sujets, double imposition possible — architecturer en amont.
- L'article 8 de la convention neutralise le 750 ter CGI dans la plupart des cas. Sur le cas chiffré Christine (2,4 M€), la convention 1959 économise environ 177 000 € par rapport à un scénario sans convention. C'est la convention la plus protectrice du droit successoral franco-européen — il faut savoir l'activer.
Vous êtes franco-belge ? Demandez un audit patrimoine offert
Hagnéré Patrimoine est expert des successions transfrontalières franco-belges. Nous structurons votre patrimoine avec la convention 1959 comme socle, anticipons les trappes (AV 990 I, donations), et optimisons le couple loi civile (Bruxelles IV) + loi fiscale (convention 1959). Audit patrimoine franco-belge offert — 45 minutes avec un CGP enregistré ORIAS 23002291.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP
Fondateur d'Hagnéré Patrimoine, cabinet indépendant spécialisé en gestion de fortune et fiscalité internationale. J'accompagne dirigeants, retraités et familles franco-belges sur la structuration de leur patrimoine transfrontalier depuis 2018.
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Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. La fiscalité mentionnée dépend de votre situation individuelle. Pour une analyse adaptée à votre cas, sollicitez un bilan patrimonial personnalisé.

