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Fiscalité, placements, immobilier, retraite et transmission : nous analysons votre situation et vous proposons une feuille de route patrimoniale claire, sans engagement.
Le courrier tient en quelques lignes : vos soixante-six journées d'allocation sont épuisées, le versement s'arrête. Votre père, lui, en est exactement au même point qu'il y a trois mois. Quelques semaines plus tard, pour une raison sans rapport, vous ouvrez votre relevé de points de retraite complémentaire — celui qu'on ne regarde jamais — et vous cherchez ce que ces mois de congé vous ont fait acquérir. Rien : aucun point n'a été porté à votre compte pendant ces mois-là, et personne ne vous l'avait dit.
Aucune décision n'a jamais été prise : un après-midi pris sur des RTT, puis un vendredi, puis un passage à 80 %. Autour de vous, tout le monde parle de l'argent qu'il faut sortir pourle parent — le prix d'une aide à domicile, le reste à charge d'un établissement, ce que le département financera ou non. Personne ne parle de l'argent que celui qui aide cesse d'entrer, ni des droits qu'il cesse d'acquérir. Cette page ne fait que cette addition-là : la vôtre.
La réponse courte
S'occuper d'un parent coûte à l'aidant trois choses : le revenu auquel il renonce, les points de retraite complémentaire qu'il n'acquiert plus — aucun point n'est attribué pendant le congé, sauf accord d'entreprise — et une protection retraite de base plafonnée à un an sur toute une carrière. En face, l'allocation journalière du proche aidant verse 66,64 € par jour au 1er janvier 2026, 264 jours au maximum sur une vie entière, et elle est imposable.
Sources reprises en détail plus bas : C. trav. art. L. 3142-16 à L. 3142-27 pour le congé ; CSS art. L. 168-8 à L. 168-10 et D. 168-12 pour l'allocation et ses plafonds ; CSS art. L. 381-2 pour l'affiliation retraite ; circulaire Agirc-Arrco 2025-16-SG-DRJ du 30 octobre 2025 pour les paramètres 2026 de la retraite complémentaire.
Cette page ne traite pas du financement du parent : le GIR, l'APA, l'obligation alimentaire, l'ASH et le reste à charge en établissement relèvent de notre guide patrimoine et dépendance : financer la perte d'autonomie d'un parent, et le crédit d'impôt dont on bénéficie quand on paie un professionnel relève de crédit d'impôt emploi à domicile. Si votre question porte sur votre retraite en général et non sur votre rôle d'aidant, gestion de patrimoine à la retraite prend le sujet par l'autre bout et en donne une checklist rapide ; c'est ici que les montants, les plafonds et leurs fondements sont repris à la source, texte par texte. Ici, on mesure l'inverse : ce que perd celui qui aide, quand c'est lui qui fait le travail.
Sommaire
- 1. Combien je perds : trois lignes, et la troisième n'est presque jamais le problème
- 2. Le congé est un droit, l'argent ne l'est pas
- 3. Votre retraite de base : gratuite, forfaitaire, et plafonnée à un an
- 4. Les points Agirc-Arrco : le trou qui ne se voit sur aucun décompte
- 5. Être payé pour aider : ce que chaque voie ferme
- 6. Les démarches qui n'aboutiront pas — et la seule qui aboutit
- 7. « Ai-je droit à quelque chose à la succession ? »
- 8. Ce que cette page ne peut pas faire pour vous
- 9. Ce qu'il reste à faire, et ce qu'il ne sert à rien de tenter
- 10. Questions fréquentes
1. Combien je perds : trois lignes, et la troisième n'est presque jamais le problème
Il n'existe aucun « coût moyen de l'aidant » en France. La DREES, dans son Études et Résultatsn° 1358 du 17 décembre 2025 tiré du volet Aidants de l'enquête Autonomie-Ménages 2022, cite la littérature — travailler moins d'heures, percevoir des salaires moins élevés, cesser son activité — sans publier le moindre montant. Nous n'en inventerons pas. À la place, une méthode en trois lignes que vous vérifiez sur vos propres documents.
| Ligne | Ce que c'est | Où vous la lisez vous-même | Gravité |
|---|---|---|---|
| Revenu net non perçu | La différence entre vos bulletins d'avant et vos bulletins d'après | Vos bulletins de paie | La plus lourde |
| Points de retraite complémentaire non acquis | Des points définitivement non portés à votre compte | Votre relevé de points Agirc-Arrco, avant et après | La plus discrète, et définitive |
| Trimestres non validés | Des trimestres manquants au moment de liquider | Votre relevé de carrière sur info-retraite.fr | Souvent nulle : voir ci-dessous |
La ligne dont vous n'avez probablement pas à vous inquiéter
Le revenu minimum qui permet de valider un trimestre est égal au montant du SMIC horaire brut en vigueur au 1erjanvier de l'année multiplié par 150 heures : une hausse du SMIC en cours d'année ne déplace donc pas le seuil de l'année en cours. Pour 2026, cela fait 1 803 € par trimestre (150 × 12,02 €), soit 7 212 € pour quatre trimestres, et il n'est pas possible d'en valider plus de quatre par an, quel que soit le revenu (service-public.gouv.fr, fiche F1761, vérifiée le 1er janvier 2026 ; CSS art. R. 351-9).
Réduire son activité ne fait donc perdre aucun trimestre tant que votre salaire brut soumis à cotisations reste au-dessus de 7 212 € sur l'année, au régime général. Le trimestre n'est pas votre problème. Ce qui bouge, c'est votre revenu annuel moyen et vos points de retraite complémentaire.
Ce que des trimestres manquants coûtent réellement — la formule, pas une simulation
Pension de base = revenu annuel moyen (25 meilleures annees)
x taux
x (duree d'assurance / duree requise)- taux :50 %, réduit de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres — soit un plancher de 37,5 %
- durée requise :jusqu'à 172 trimestres (43 ans) pour les générations les plus récentes
- revenu annuel moyen :moyenne des 25 années les plus avantageuses
Un trimestre manquant coûte deux fois : il abaisse le taux, et il abaisse le rapport de proratisation. À titre d'ordre de grandeur, et sur la seule proratisation, huit trimestres manquants — 164 au lieu de 172 — donnent un rapport de 0,9535, soit −4,65 % ; un seul trimestre pèse −0,58 %. Aucune pension n'est simulée ici, et aucune ne peut l'être honnêtement dans une page générique : sortez votre relevé de carrière. Sources : service-public.gouv.fr, fiches F21552 et F1761, vérifiées le 1er janvier 2026.
2. Le congé est un droit, l'argent ne l'est pas
Un droit du salarié, que l'employeur ne peut pas refuser
L'article L. 3142-16 du code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1erjuillet 2022, ouvre le congé de proche aidant au salarié dont l'un des neuf proches énumérés — l'ascendant en fait partie — présente un handicap ou une perte d'autonomie. C'est un droit, pas une autorisation, et aucune condition d'anciennetén'est exigée. Une condition est souvent oubliée : la personne aidée doit résider en France de façon stable et régulière (art. L. 3142-17), et l'allocation est soumise aux mêmes conditions de résidence que les prestations familiales (CSS art. L. 168-8). Sa durée « ne peut excéder, renouvellement compris, la durée d'un an pour l'ensemble de la carrière » (art. L. 3142-19), et à défaut d'accord collectif la disposition supplétive de l'article L. 3142-27 le fixe à trois mois renouvelables dans ce plafond. Le congé peut commencer sans délai en cas de dégradation soudaine de l'état de santé, de situation de crise nécessitant une action urgente ou de cessation brutale de l'hébergement en établissement.
Deux points passent presque toujours à la trappe. Pendant le congé, le salarié ne peut exercer aucune autre activité professionnelle, la seule exception étant d'être employé par la personne aidée (art. L. 3142-18). Et si le congé sec est de droit, le fractionnement et la transformation en temps partiel supposent l'accord de l'employeur (art. L. 3142-20). Or c'est précisément le fractionnement qui correspond à la réalité de l'aide, faite de rendez-vous médicaux et de crises. En contrepartie, la durée du congé est prise en compte pour l'ancienneté, le salarié conserve les avantages acquis avant son départ, et il retrouve à son retour son emploi ou un emploi similaire assorti d'une rémunération au moins équivalente (art. L. 3142-21 et L. 3142-22).
Ce que dit exactement le texte sur la rémunération
Le congé de proche aidant est un droit, pas un congé payé : aucune disposition du code du travail ne met de rémunération à la charge de l'employeur pendant sa durée. La nuance n'est pas cosmétique : les textes ne l'interdisent pas, ils se taisent, et une convention ou un accord collectif peut parfaitement prévoir mieux. Cela vaut la peine de vérifier le vôtre avant toute autre démarche.
L'AJPA : un montant, trois plafonds, et l'impôt
L'allocation journalière du proche aidant est versée aux bénéficiaires du congé (CSS art. L. 168-8). Son montant est fixé par décret et revalorisé au 1er janvier de chaque annéepar référence au SMIC, « rapporté à une valeur journalière et net des prélèvements sociaux obligatoires » (art. L. 168-9) : une hausse du SMIC en cours d'année ne remonte donc pas l'allocation avant le 1er janvier suivant.
| Paramètre | Valeur | Ce que cela fait, en euros | Source |
|---|---|---|---|
| Une journée | 66,64 € | 33,32 € la demi-journée | service-public.gouv.fr, fiche F16920, vérifiée le 15 juin 2026 ; pour-les-personnes-agees.gouv.fr, 1er juin 2026 |
| Un mois civil | 22 allocations au maximum | 1 466,08 € | CSS art. D. 168-12 |
| Une personne aidée | 66 jours | 4 398,24 € | CSS art. D. 168-12 |
| Toute la carrière | 264 jours — soit quatre proches au maximum | 17 592,96 € | CSS art. D. 168-12 (le texte pose les 264 jours ; les quatre proches en sont la conséquence) |
Ce n'est pas une compensation de revenu
17 592,96 € est le plafond absolu de ce qu'un aidant peut percevoir sur toute une vie professionnelle, quatre proches compris. Pour un seul parent, c'est 4 398,24 €. Ce n'est pas une compensation de revenu : c'est un amortisseur d'absence courte.
S'y ajoute un point que beaucoup découvrent en remplissant leur déclaration : l'AJPA est imposable et se déclare avec les salaires (service-public.gouv.fr, fiche F32829, mise à jour le 15 avril 2026). Elle est versée nette des prélèvements sociaux obligatoires, mais elle entre bien dans votre revenu imposable.
Côté procédure, l'allocation se demande par formulaire homologué auprès de la caisse d'allocations familiales ou de la mutualité sociale agricole, avec un justificatif de la suspension ou de la réduction d'activité, puis fait l'objet d'une déclaration mensuelle des journées ou demi-journées prises (CSS art. D. 168-11, version en vigueur au 1er janvier 2026). Un mois non déclaré est un mois non payé.Enfin, l'article L. 168-10 énumère les non-cumuls : ni avec les indemnités servies aux demandeurs d'emploi, ni avec l'indemnisation des congés de maladie (sauf, en cours de droit, celle perçue au titre d'une activité à temps partiel), ni avec l'allocation aux adultes handicapés, ni avec l'allocation journalière de présence parentale ou celle d'accompagnement d'une personne en fin de vie. Et surtout, premier alinéa : l'allocation n'est pas due lorsque le proche aidant est employé par la personne aidée. Nous y revenons au paragraphe 5.
3. Votre retraite de base : gratuite, forfaitaire, et plafonnée à un an
Le siège du texte est l'article L. 381-2du code de la sécurité sociale, et non l'article L. 381-1 qui est l'assurance vieillesse des parents au foyer. L'assurance vieillesse des aidants a été créée par l'article 25 de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, avec effet au 1erseptembre 2023. Elle affilie d'office le bénéficiaire de l'AJPA ; elle affilie également celui qui bénéficie du congé pour les périodes non indemnisées, mais dans ce second cas « l'affiliation est subordonnée au dépôt d'une demande par la personne bénéficiaire du congé ». Elle ne coûte rien à l'aidant : la cotisation est à la charge exclusive des organismes débiteurs des prestations familiales, sur assiettes forfaitaires.
Le chiffre qui commande tout l'article
« La somme des durées d'affiliation à l'assurance vieillesse du régime général de sécurité sociale au titre des deuxième et troisième alinéas du présent article ne peut excéder une durée totale d'un an sur l'ensemble de la carrière. »
CSS art. L. 381-2. Un an d'affiliation. Sur toute une vie. Une seule fois. Et ce plafond porte sur une durée d'affiliation, pas sur un nombre de trimestres acquis : les trimestres, eux, se valident sur le salaire reporté au compte carrière — ici une assiette forfaitaire. Quatre trimestres sont donc un maximum théorique, atteint seulement si l'affiliation couvre l'année entière ; les 66 jours indemnisés, pris seuls, en représentent de l'ordre de trois. Que vous accompagniez un parent trois ans ou huit, cette protection ne se renouvelle pas.
Le piège : l'affiliation n'est automatique que tant que l'AJPA est versée
La démarche que personne ne vous rappellera
Tant que l'allocation est versée, la caisse d'allocations familiales vous inscrit et vous n'avez aucune démarche à faire. Dès qu'elle cesse, au-delà des 66 jours ou faute de demande, l'affiliation se demandeauprès de votre caisse d'allocations familiales, au moyen du formulaire prévu à cet effet (« Affiliation à l'Assurance vieillesse des aidants au titre du congé proche aidant »), avec une attestation de votre employeur indiquant les dates de votre congé (service-public.gouv.fr, fiche F16336, vérifiée le 14 août 2026). L'aidant qui prolonge son congé après avoir épuisé ses 66 jours indemnisés et qui ne fait pas cette demande ne valide rien du tout. Ce n'est pas une subtilité de gestion : c'est la différence entre des trimestres et rien. Aucune source ne fixe de délai pour déposer cette demande, et donc aucune raison d'attendre.
Ce que valent réellement ces trimestres
Une seule source descend à ce niveau de détail : la circulaire Cnav n° 2024-28 du 14 octobre 2024. C'est de la doctrine d'organisme — elle lie les caisses, pas le juge.
| Usage | Les trimestres AVA comptent-ils ? |
|---|---|
| Durée d'assurance pour le taux (éviter la décote) | Oui |
| Durée d'assurance pour le calcul de la pension | Oui |
| Salaire annuel moyen | Oui — avec la valeur forfaitaire |
| Minimum tous régimes — ouverture du droit | Oui |
| Minimum — majoration au titre des périodes cotisées | Oui, dans la limite de 24 trimestres |
| Surcote — durée cotisée | Non : ils ne sont pas réputés cotisés |
| Carrière longue — durée cotisée | Réputés cotisés dans la limite de 4 trimestres seulement |
| Retraite anticipée pour assurés handicapés | Non pour l'ouverture du droit (durée cotisée) — oui pour le calcul |
| Majoration de durée d'assurance pour âge | Oui |
| Retraite progressive | Oui |
Un passage change tout : les salaires correspondant à l'assiette forfaitaire « étant reportés au compte carrière des assurés, ils sont retenus pour la détermination du salaire / revenu annuel moyen pris en compte pour le calcul de la retraite ». Autrement dit, les périodes d'aide ne sont pas neutralisées : elles entrent dans le calcul avec leur valeur forfaitaire : 92,33 € pour chaque journée entièrepour le bénéficiaire du congé de proche aidant (circulaire Cnav n° 2025-33 du 23 décembre 2025, point 2.8, mis à jour par la circulaire Cnav n° 2026-6 du 24 février 2026). L'assiette est fixée, par demi-journée, à la moitié d'un vingt-deuxième de 169 fois le SMIC horaire (CSS art. R. 381-8) : elle est calée sur le SMIC, mais sur une base de 169 heures — l'ancien mois de 39 heures — donc un peu au-dessus du SMIC mensuel légal, calculé lui sur 151,67 heures. Et elle s'applique quel que soit le salaire auquel vous avez renoncé. Pour une carrière longue et bien remplie, la règle des vingt-cinq meilleures années les écartera probablement ; pour une carrière courte, heurtée ou tardive, elles tireront la pension vers le bas. La sécurité sociale compense un SMIC, pas une carrière.
Un point n'apparaît nulle part dans cette circulaire, alors qu'elle recense les droits un à un : il n'existe pas de départ anticipé au titre de la qualité d'aidant.
Handicap et grand âge : deux régimes, deux protections
L'article L. 381-2 ouvre une seconde voie d'affiliation, non plafonnée en durée, à qui aide « une personne adulte en situation de handicap » dont la commission de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles reconnaît que l'état nécessite une assistance ou une présence, à condition de n'exercer aucune activité professionnelle ou seulement une activité à temps partiel. Et ce temps partiel a une définition chiffrée : des revenus professionnels inférieurs à 63 % du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 30 277,80 € en 2026 (CSS art. R. 381-7 ; plafond de 48 060 € fixé par l'arrêté du 22 décembre 2025). Deux conditions de plus, souvent passées sous silence : il faut encore que le taux d'incapacité permanentede la personne aidée atteigne au moins le taux fixé par décret, et qu'elle soit, pour l'aidant, l'un des neuf proches énumérés à l'article L. 3142-16 du code du travail.
Deux conséquences. L'aidant d'un parent âgé en perte d'autonomie n'a qu'une seule voie, celle du congé, et elle s'arrête à un an sur toute sa carrière: du point de vue de ses propres droits à retraite, il est nettement moins bien traité que l'aidant d'une personne handicapée. Ce n'est pas un oubli de rédaction : c'est ce que dit le texte. Et le seuil se lit à l'envers : à 80 % d'un temps plein, il faut gagner moins de 30 277,80 € dans l'année pour entrer dans le dispositif, ce qui suppose un temps plein inférieur à environ 37 850 € bruts. Au-dessus, un cadre qui passe à 80 % pour s'occuper de son père reconnu handicapé n'est pas affilié non plus par cette seconde voie.
Un faux ami circule beaucoup sur ce terrain : la majoration d'un trimestre par période de trente mois, dans la limite de huit trimestres (CSS art. L. 351-4-2). Elle suppose trois conditions cumulatives : une prise en charge permanente « au foyer familial », un adulte handicapé, et une incapacité permanente supérieure à un taux fixé par décret. Le critère n'est pas un GIR: un parent âgé classé GIR 1 ou GIR 2 n'ouvre pas cette majoration du seul fait de son GIR. Et huit trimestres exigeraient vingt ans.
4. Les points Agirc-Arrco : le trou qui ne se voit sur aucun décompte
Ce n'est pas la ligne la plus lourde (la plus lourde reste le revenu, et de très loin), mais c'est la seule qui soit à la fois invisible et définitive: elle ne figure sur aucun décompte mensuel, et elle ne se rattrape jamais. Une source directe la pose, une seconde la confirme. L'Agirc-Arrco d'abord, qui range le congé de proche aidant parmi les absences où un accord d'entreprise doit prévoir le versement des cotisations pour que des points soient acquis — les cotisations étant alors calculées comme si l'intéressé avait poursuivi son activité dans des conditions normales, le versement intervenant en principe pendant toute la durée du congé. La circulaire Cnav n° 2024-28 ensuite, dont l'encadré rappelle, à propos de l'assurance vieillesse des parents au foyer, qu'elle « apporte des droits uniquement pour la retraite de base. Il n'y a pas de cotisations pour la retraite complémentaire » : le même principe vaut pour l'assurance vieillesse des aidants, dont la cotisation n'est versée qu'au régime de base.
Contrairement au chômage indemnisé ou à l'activité partielle indemnisée, le congé de proche aidant ne donne aucun point de retraite complémentaire de droit. D'où la question qu'il faut poser à son employeur avant tout le reste, parce que c'est elle qui change le coût de votre congé : un accord d'entreprise prévoit-il le maintien des cotisations Agirc-Arrco pendant un congé de proche aidant ?
Ce qu'un euro de salaire non perçu coûte en retraite complémentaire
Points non acquis = salaire brut non percu (tranche 1) x 6,20 % / 20,1877 EUR Rente annuelle perdue = points non acquis x 1,4386 EUR
- Taux de calcul des points, tranche 1 :6,20 % (salaire jusqu'à 1 plafond annuel de la sécurité sociale, soit 48 060 € par an en 2026)
- Valeur d'achat du point :20,1877 € à compter du 1er janvier 2026
- Valeur de service du point :1,4386 €, en vigueur depuis le 1er novembre 2024 et maintenue inchangée au 1er novembre 2025
Paramètres de la circulaire Agirc-Arrco 2025-16-SG-DRJ du 30 octobre 2025 et formules officielles du régime. Une nuance est systématiquement omise : on cotise à 7,87 % sur la tranche 1, soit 127 % du taux de calcul, mais on n'acquiert des points que sur 6,20 % — la contribution d'équilibre générale et la contribution d'équilibre technique ne génèrent aucun point. Résultat : 1 000 € de salaire brut de tranche 1 non perçu représentent environ 4,42 € de retraite complémentaire brute en moins, par an, à vie.
Hypothèses de travail — illustration entièrement fictive
Ce qui suit est une illustration construite, pas un barème et pas une moyenne de marché. Nous supposons un salaire intégralement situé en tranche 1, c'est-à-dire inférieur au plafond annuel de la sécurité sociale (48 060 € en 2026), et nous appliquons les paramètres publiés par l'Agirc-Arrco pour 2026. Aucun de ces montants n'est un droit, aucun n'est promis, aucun ne correspond à une personne réelle.
| Salaire brut annuel non perçu (tranche 1) | Points non acquis | Rente annuelle brute perdue | Soit par mois |
|---|---|---|---|
| 24 000 € | 73,708 | 106,04 € | 8,84 € |
| 30 000 € | 92,135 | 132,55 € | 11,05 € |
| 36 000 € | 110,562 | 159,06 € | 13,25 € |
| 40 000 € | 122,847 | 176,73 € | 14,73 € |
| 48 060 € (1 plafond annuel) | 147,601 | 212,34 € | 17,69 € |
Rappel sur les hypothèses
Rappel : hypothèses fictives. La valeur de service du point retenue ici est celle applicable au 1er novembre 2025 ; elle est réexaminée chaque année, et elle a précisément été gelée au 1er novembre 2025, de sorte que le montant réel dépendra de la valeur du point au jour de la liquidation. Ce tableau ne dit rien de votre pension totale et ne doit pas être additionné à autre chose. La seule mesure exacte de cette ligne est votre relevé de points Agirc-Arrco, avant et après. Il est gratuit.
Une année, puis trois : la soustraction complète
| Ce que vous perdez / ce que vous recevez | Sur une année | Sur trois années consécutives, pour le même parent |
|---|---|---|
| Rémunération brute non perçue (hypothèse fictive de 36 000 € par an) | 36 000 € | 108 000 € |
| AJPA reçue, au montant du 1er janvier 2026 | 4 398,24 € (66 jours × 66,64 €) | 4 398,24 € — les 66 jours sont épuisés : les deux années suivantes ne donnent rien |
| Rente Agirc-Arrco définitivement non acquise, par an et à vie | 159,06 € | 477,17 € (calculé sur les valeurs non arrondies) |
| Trimestres validés au titre de l'aide | Jusqu'à 4 | Jusqu'à 4 au total — un plafond de durée, pas un acquis : celui d'un an de carrière ne se renouvelle pas |
La deuxième année d'aide, pour le même parent, ne donne plus un euro d'AJPA : sur trois ans, l'allocation représente environ 4 % de la rémunération brute non perçue dans notre hypothèse fictive, de 3 % à un peu plus de 6 % selon le salaire retenu, et un peu plus encore si on la rapportait à un net, puisqu'elle est versée nette des prélèvements sociaux obligatoires. L'ordre de grandeur, lui, ne bouge pas : quelques pour cent. Et la rente de retraite complémentaire non acquise, elle, ne se rattrape pas : elle manquera chaque année, à vie. Nous ne soustrayons pas 4 398,24 € de 36 000 € pour en tirer un « net perdu » : les deux grandeurs n'ont pas la même base, et présenter cette différence comme un solde serait faux.
Le don de jours de repospréserve à la fois le revenu et les points : c'est le seul dispositif de cette page dans ce cas. L'article L. 3142-25-1 du code du travail permet à un salarié, « sur sa demande et en accord avec son employeur », de renoncer anonymement et sans contrepartie à tout ou partie de ses jours de repos non pris au profit d'un collègue qui vient en aide à l'un des proches énumérés aux 1° à 9° de l'article L. 3142-16 ; le bénéficiaire conserve sa rémunérationpendant l'absence, et la période est assimilée à du temps de travail effectif pour les droits liés à l'ancienneté. Or les points de retraite complémentaire s'acquièrent sur les rémunérations soumises à cotisations : maintenir la rémunération, c'est maintenir les points. Mais rien n'est de droit ici : il faut à la fois des collègues volontaires et l'accord de l'employeur, et le dispositif reste très peu utilisé.
Mesurer ce que cette période vous a coûté
Trois pièces suffisent : vos bulletins d'avant et d'après, votre relevé de points Agirc-Arrco, votre relevé de carrière. Un premier échange sert à les lire ensemble — et, le cas échéant, à conclure qu'aucun montage ne rattrapera la perte.
5. Être payé pour aider : ce que chaque voie ferme
Trois voies existent pour qu'aider rapporte quelque chose. Elles ne se cumulent pas : prendre l'une ferme les autres. Et le choix se fait le plus souvent sans être fait — on réduit son activité, on ne demande rien, et aucun droit ne s'ouvre. C'est la situation la plus fréquente, et la plus coûteuse. Voici ce que chacune ouvre et ce qu'elle ferme.
A. Congé de proche aidant et AJPA
Points forts
- L'emploi est protégé : retour dans l'emploi ou un emploi similaire, rémunération au moins équivalente (C. trav. art. L. 3142-22)
- L'affiliation retraite est automatique tant que l'allocation est versée
- Elle ne coûte rien : la cotisation est à la charge des organismes débiteurs des prestations familiales
Points de vigilance
- 66,64 € par jour au 1er janvier 2026, 22 jours par mois, 66 jours pour ce parent, 264 sur la carrière
- L'allocation est imposable
- Aucun point de retraite complémentaire, sauf accord d'entreprise
- Aucune autre activité professionnelle possible (C. trav. art. L. 3142-18)
- Un an d'affiliation au maximum sur toute la carrière
B. Être salarié de son parent
Points forts
- Un vrai salaire, avec de vraies cotisations
- Donc des trimestres réellement cotisés
- Et de vrais points de retraite complémentaire
Points de vigilance
- Exclut l'AJPA : l'allocation n'est pas due lorsque l'aidant est employé par la personne aidée (CSS art. L. 168-10)
- Impossible pour le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS du bénéficiaire de l'APA (CASF art. L. 232-7)
- Salaire imposable
- Suppose un contrat de travail et un plan d'aide qui le finance
C. Réduire son activité sans rien demander
Points forts
- Aucune démarche
Points de vigilance
- Aucun droit ne s'ouvre : ni allocation, ni affiliation, ni point
- C'est la voie par défaut, et de très loin la plus coûteuse
Une précision pour ceux qui ne sont pas salariés : le travailleur non salarié et le conjoint collaborateurqui interrompent leur activité pour s'occuper d'une personne présentant un handicap ou une perte d'autonomie disposent d'une voie d'affiliation propre, ouverte par le troisième alinéa de l'article L. 381-2 du code de la sécurité sociale, sur demande et dans le même plafond d'un an sur l'ensemble de la carrière. Elle ne rémunère rien ; elle protège la retraite, et elle ne s'ouvre pas toute seule.
La voie B mérite une précision de lettre, parce qu'elle est souvent racontée de travers. L'article L. 232-7 du code de l'action sociale et des familles dispose que le bénéficiaire de l'allocation personnalisée d'autonomie « peut employer un ou plusieurs membres de sa famille, à l'exception de son conjoint ou de son concubin ou de la personne avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité ». Le texte parle d'emploi: contrat, salaire, cotisations. Le handicap relève d'une règle inverse : sous prestation de compensation du handicap, l'article L. 245-12 autorise au contraire d'employer un membre de sa famille « y compris son conjoint, son concubin ou la personne avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité ».
L'asymétrie se prolonge à l'impôt. Le dédommagement perçu par un aidant familial dans le cadre de la prestation de compensation du handicap est exonéré d'impôt sur le revenu(CGI art. 81, 9° ter, b, issu de l'article 14 de la loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019, applicable aux sommes perçues à compter du 1erjanvier 2019). Le salaire versé à l'aidant employé par son parent sous APA, lui, est imposable, comme l'AJPA. Pour le même travail, l'aidant d'une personne en situation de handicap peut percevoir un dédommagement non imposable, là où l'aidant d'un parent âgé perçoit un salaire imposable et cotisé.
6. Les démarches qui n'aboutiront pas — et la seule qui aboutit
Cinq questions reviennent systématiquement, et quatre appellent une réponse négative. Savoir à l'avance qu'une démarche n'aboutira pas épargne du temps et de l'énergie au pire moment d'une vie. La cinquième est le seul « oui » de trésorerie de cette page, et elle est très peu connue.
| La question | La réponse | Le fondement |
|---|---|---|
| « Puis-je débloquer mon PER puisque je perds du revenu ? » | Non, pas pour un ascendant | Le législateur a bien élargi le déblocage anticipé en 2026, mais au bénéfice du titulaire dont l'enfant à chargeest gravement malade, handicapé ou victime d'un accident d'une particulière gravité : article 4 de la loi n° 2026-492 du 12 juin 2026, insérant un 2° bis à l'article L. 224-4 du code monétaire et financier. L'ascendant n'y figure pas — et certaines présentations, antérieures à cette loi, décrivent encore une liste strictement limitée à six cas. Voir les cas légaux de déblocage du PER |
| « Et mon épargne salariale ? » | Oui | « L'activité de proche aidant exercée par l'intéressé, son conjoint ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité auprès d'un proche tel que défini aux articles L. 3142-16 et L. 3142-17 du code du travail » est un cas de déblocage anticipé de la participation depuis le 7 juillet 2024 (C. trav. art. R. 3324-22, 10°, décret n° 2024-690 du 5 juillet 2024), étendu au plan d'épargne d'entreprise par le renvoi de l'article R. 3332-28. Voir le déblocage anticipé du PEE |
| « Puis-je démissionner et toucher le chômage ? » | Non | Les cas de démission légitime visent notamment le suivi du conjoint, le changement de résidence d'un mineur ou un enfant handicapé admis dans une structure éloignée — aucun ne vise l'accompagnement d'un parent âgé ou en perte d'autonomie (Unédic, fiche Démission, mise à jour le 25 novembre 2025, convention du 15 novembre 2024). Reste le réexamen au-delà de 121 jours de chômage non indemnisé, avec des allocations possibles dès le 122e jour : c'est discrétionnaire, et cela suppose quatre mois sans revenu |
| « Existe-t-il une retraite anticipée pour les aidants ? » | Non | La circulaire Cnav n° 2024-28 détaille usage par usage ce que valent ces trimestres et n'en mentionne aucun de cette nature |
| « Vais-je perdre des trimestres en passant à temps partiel ? » | Non, au-dessus de 7 212 € bruts par an | 1 803 € par trimestre validé en 2026, quatre au maximum par an, quel que soit le revenu (service-public.gouv.fr, fiche F1761 ; CSS art. R. 351-9) |
Un dernier dispositif est régulièrement rangé parmi les « aides aux aidants » : le droit au répit, qui relève du plan d'aide de la personne aidée. Il finance l'accueil temporaire du parent. Aucune des trois lignes de coût mesurées ici n'en est réduite. Il appartient au financement du parent, donc à patrimoine et dépendance, et nous n'en publions aucun montant.
Aller plus loin : et si le pronostic vital du parent est engagé
Le dispositif applicable est alors le congé de solidarité familiale(C. trav. art. L. 3142-6), dont la durée maximale est fixée par accord collectif et, à défaut d'accord, à trois mois renouvelable une fois (art. L. 3142-15), et qui est indemnisé par une allocation distincte (CSS art. L. 168-1). Nous ne publions pas de montant pour cette allocation, faute de source à jour ouverte.
7. « Je me suis occupé de mes parents : ai-je droit à quelque chose à la succession ? »
La question paraît indigne à ceux qui la posent. Elle est pourtant très commune : selon la DREES (Études et Résultatsn° 1358, 17 décembre 2025, volet Aidants de l'enquête Autonomie-Ménages 2022, France métropolitaine, logements ordinaires ; dernier millésime consulté à la date de rédaction), la moitié des enfants aidants n'ont pas de frère ou sœur co-aidant, et trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche. Un enfant aidant sur deux, donc, a porté la charge sans qu'un frère ou une sœur y prenne part, alors que la succession, elle, se partage par principe à parts égales entre les enfants, sauf disposition contraire du parent.
Il n'existe aucune créance automatique, sauf en agriculture
Le droit sait indemniser un travail familial gratuit, mais dans un seul domaine : les descendants majeurs qui participent directement et effectivement à une exploitation agricole, sans être associés aux bénéfices ni aux pertes et sans salaire, bénéficient d'une présomption légale de contrat de travail à salaire différé, exerçable après le décès au cours du règlement de la succession (C. rural et de la pêche maritime, art. L. 321-13). Hors agriculture, aucune présomption de ce type ne joue au profit de l'enfant aidant. L'enfant qui a soigné sa mère pendant des années n'a, lui, aucune présomption de créance. Le mécanisme et ses conditions sont traités par notre guide indivision successorale : créances et comptes entre héritiers.
La seule voie de droit commun : l'enrichissement injustifié
Elle existe, et un arrêt fondateur l'a ouverte : « le devoir moral d'un enfant envers ses parents n'exclut pas que l'enfant puisse obtenir indemnité pour l'aide et l'assistance apportées dans la mesure où, ayant excédé les exigences de la piété filiale, les prestations librement fournies avaient réalisé à la fois un appauvrissement pour l'enfant et un enrichissement corrélatif des parents » (Cass. 1re civ., 12 juillet 1994, n° 92-18.639, publié au Bulletin). Le régime figure aujourd'hui aux articles 1303 à 1303-4 du code civil.
Cette porte existe. Elle se referme quatre fois avant même qu'on parle de délais. Le premier obstacle est le devoir moral lui-même.Aider ses parents en est le point de départ, pas l'exception : ce que vous aurez à démontrer n'est pas que vous avez aidé, c'est que vous avez fait davantage que ce que la piété filiale commandait — et le juge ne le présume jamais. Vient la preuve, plus concrète qu'il n'y paraît. C'est ici que les bulletins de paie d'avant et d'après, le relevé de points et le relevé de carrière cessent d'être des documents administratifs pour devenir des pièces : c'est la raison pratique de les éditer tôt plutôt que dix ans après.
Vient l'enrichissement corrélatif.Il ne suffit pas de s'être appauvri ; encore faut-il qu'en face le parent se soit enrichi, et que les deux mouvements se répondent. L'indemnité est alors plafonnée à la plus faible des deux valeurs(art. 1303), et la règle ne s'inverse, au profit de la plus forte, qu'en cas de mauvaise foi de l'enrichi (art. 1303-4), ce qui est rare entre un parent et son enfant. Vient enfin l'imputation des contreparties : tout ce que vous avez reçu du parent, en argent comme en avantages, vient en déduction de ce que vous réclamez.
La subsidiarité et la prescription quinquennalese referment par-dessus : pas d'action si une autre était ouverte, ou si elle se heurte à un obstacle de droit tel que la prescription (art. 1303-3), et cinq ans pour agir (art. 2224). Et surtout un second arrêt, moins cité que le premier et beaucoup plus utile : le 23 janvier 2001 (n° 98-22.937, publié au Bulletin), la même première chambre civile a rejetéla demande d'un fils dont l'aide n'avait pas excédé les exigences de la piété filiale et trouvait sa contrepartie dans des avantages substantiels : il était logé sans frais et avait reçu la quotité disponible.
Ce que cela veut dire concrètement
Il n'existe aucun barèmede la compensation d'un enfant aidant, et nous n'en publierons aucun montant : la Cour de cassation censure les décisions qui allouent une indemnité sans rechercher si l'aide n'était pas la contrepartie d'avantages reçus.
Une action en enrichissement injustifié contre ses propres frères et sœurs est longue, subsidiaire, plafonnée, et elle abîme une famille. Dans beaucoup de situations, elle coûte plus qu'elle ne rapporte. Ce n'est presque jamais la bonne réponse. Et sur ce terrain, notre cabinet n'a pas qualité : nous ne sommes ni avocat ni notaire, et nous orientons vers ces professions.
Le revers : ce qu'on vous opposera
Le débat ne va pas dans un seul sens. L'aidant qui a été hébergé chez son parent s'expose à ce qu'on lui oppose le loyer qu'il n'a pas payé. La règle est plutôt protectrice : le logement gratuit d'un héritier ne constitue pas de plein droit une libéralité rapportable, il faut établir l'intention libérale et rechercher si les dépenses assumées par l'occupant n'en constituaient pas la contrepartie, la charge de la preuve pesant sur l'héritier qui invoque l'avantage (Cass. 1re civ., 18 janvier 2012, n° 11-12.863, publié au Bulletin). Mais elle joue dans les deux sens : l'aidant hébergé n'est pas automatiquement débiteur d'un rapport — son hébergement lui sera pourtant opposé s'il demande une indemnité.
Ce qui marche vraiment, et qui n'appartient pas à l'aidant
Tout héritier doit rapporter à ses cohéritiers ce qu'il a reçu du défunt par donation entre vifs, « à moins qu'ils ne lui aient été faits expressément hors part successorale » — et la règle est inverse pour les legs, qui « sont réputés faits hors part successorale, à moins que le testateur n'ait exprimé la volonté contraire » (C. civ. art. 843). Dans les deux cas, les dons hors part et les legs ne peuvent être retenus que « jusqu'à concurrence de la quotité disponible : l'excédent est sujet à réduction » (même article), la quotité disponible étant la moitié des biens si le défunt laisse un enfant, le tiers s'il en laisse deux, le quart s'il en laisse trois ou plus (art. 913). C'est le plafond dur de toute compensation. Le montage vu du côté du parent (quotité disponible, désignation bénéficiaire, renonciation anticipée) appartient à réserve héréditaire et quotité disponible, et les deux instruments à faire un testament et donner de son vivant. Une désignation bénéficiaire d'assurance-vie au profit de l'enfant aidant relève du hors-succession, sous la réserve des primes manifestement exagérées eu égard aux facultés du souscripteur (C. assur. art. L. 132-13). Nous n'allons pas plus loin sur ce point.
Il faut d'ailleurs corriger une idée qui circule beaucoup. L'exemption de récupération au profit de l'héritier ayant assumé « de façon effective et constante » la charge du bénéficiaire existe bien, mais elle est réservée à l'aide sociale à l'hébergement d'une personne reconnue handicapée (CASF art. L. 344-5, 2° ; Cass. 2eciv., 26 janvier 2023, n° 21-18.653, publié au Bulletin). Pour l'ASH d'un parent âgéen perte d'autonomie, aucune disposition équivalente n'existe : la récupération sur la succession s'exerce, et le temps que vous y avez consacré n'y change rien. Le mécanisme lui-même est exposé dans notre section consacrée à l'ASH et à sa récupération. Le droit n'indemnise pas l'aidant d'un parent âgé, et — contrairement à ce qu'on lit souvent — il ne le dispense pas davantage. Il en résulte une seule chose : ce qui protège l'enfant aidant n'est pas une action après le décès, mais ce que le parent écrit de son vivant, dans la limite de la quotité disponible. Et cette décision appartient au parent, pas à l'aidant.
8. Ce que cette page ne peut pas faire pour vous
Ce que nous n'avons pas chiffré, et pourquoi
Il n'existe aucun coût moyen national de l'aidanten euros ; nous n'en inventerons pas. Nous ne simulons aucune pension: elle dépend du revenu annuel moyen des vingt-cinq meilleures années, de la durée requise et de la présence d'une décote, et aucune donnée publique ne permet de le faire honnêtement dans une page générique. Nous donnons la formule et nous renvoyons à votre relevé de carrière. Aucun barème n'existepour la compensation entre héritiers. Et nous ne publions ni le taux d'incapacité du décret d'application de l'article L. 351-4-2, ni les montants de l'allocation d'accompagnement de fin de vie, ni les tarifs de dédommagement de la prestation de compensation du handicap, ni aucun taux de CSG ou de CRDS applicable à l'AJPA : nous n'avons pas pu ouvrir ces sources, et un chiffre non vérifié n'a pas sa place ici.
Un dispositif favorable manque à cette page : la loi n° 2026-492 du 12 juin 2026 comporterait, à son article 12, un crédit d'impôt au titre des prestations de suppléance du proche aidant, dont les conditions seraient renvoyées à un décret. Son applicabilité effective à la date de rédaction reste à confirmer : nous ne le chiffrons pas, et c'est un point à faire préciser auprès de l'administration fiscale avant toute déclaration.
Un cas particulier mérite d'être nommé sans être chiffré : l'aidant qui cesse toute activité et vit de revenus du capital peut devenir redevable d'une cotisation d'assurance maladie au titre de la protection universelle maladie. Les seuils et les taux n'étaient pas accessibles à la date de rédaction. Nous en donnons la logique sans le chiffre ; l'URSSAF est l'interlocuteur.
Ce que le droit ne fera pas pour vous
Il n'existe aucun mécanisme légal qui vous rembourse ce que vous avez donné. Il existe une allocation courte et plafonnée, une affiliation retraite gratuite mais bornée à un an, un déblocage d'épargne salariale, et une action judiciaire subsidiaire et incertaine. C'est tout. Signalons au passage que l'article 10 de la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 prévoyait qu'une loi de programmation pluriannuelle pour le grand âge soit adoptée avant le 31 décembre 2024 : c'est l'obligation posée par le texte, et nous nous en tenons là.
Avant de réduire votre activité
Avant de réduire votre activité, faites la comparaison dans l'autre sens : mettez en face le coût d'une aide professionnelle et le coût de votre propre carrière : revenu, points, trimestres. Il arrive que l'aide professionnelle soit moins chère que votre propre carrière. Ce n'est pas une réponse confortable ; c'est parfois la bonne. Et si la perte est déjà consommée, si le parent est décédé et que rien n'a été écrit de son vivant : il n'y a souvent rien à faire, et le dire vaut mieux que vendre un espoir.
Ce que ce cabinet est, et ce qu'il n'est pas
Cette page est informative. Elle ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal : votre situation individuelle relève d'un professionnel. Hagnéré Patrimoine est CIF, COA et COBSP, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291, établi à Chambéry et adhérent CNCEF Patrimoine. Le cabinet n'est ni avocat, ni notaire, ni expert-comptable: sur la compensation successorale et sur toute action judiciaire, il oriente vers ces professions et ne s'y substitue pas.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.
9. Ce qu'il reste à faire, et ce qu'il ne sert à rien de tenter
Ces cinq démarches sont gratuites
- Demander l'affiliation à l'assurance vieillesse des aidants dès que l'AJPA n'est plus versée, auprès de votre caisse d'allocations familiales, au moyen du formulaire prévu à cet effet, avec une attestation de votre employeur indiquant les dates de votre congé. Rien n'est automatique dans ce cas.
- Poser à son employeur la question qui change le coût : un accord d'entreprise prévoit-il le maintien des cotisations Agirc-Arrco pendant un congé de proche aidant ?
- Éditer son relevé de points Agirc-Arrco avant et après, et son relevé de carrière sur info-retraite.fr. Ce sont les deux seules mesures exactes du coût.
- Demander le fractionnement ou le temps partiel plutôt que le congé sec (C. trav. art. L. 3142-20), en sachant qu'il suppose l'accord de l'employeur, contrairement au congé lui-même.
- Faire écrire au parent, de son vivant, ce qu'il veut pour l'enfant qui l'aide, dans la limite de la quotité disponible. C'est le seul geste qui protège réellement — et c'est le sien.
Un point d'entrée public existe pour être orienté : le service public départemental de l'autonomie(CASF art. L. 149-5, créé par l'article 2 de la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024), qui doit apporter une réponse complète, coordonnée et individualisée et porte des actions d'accompagnement des proches aidants. Nous le citons comme point d'entrée départemental, sans promettre un niveau de service : son déploiement effectif varie.
Trois démarches à ne pas entreprendre
Le déblocage du PER au motif que l'on aide un ascendant, la démission en comptant sur le chômage, l'inquiétude sur ses trimestres au-dessus de 7 212 € bruts par an : les trois figurent au tableau de la section 6, et les trois donnent le même résultat.
Les pages qui traitent le reste
Le financement du parent (GIR, APA, obligation alimentaire, ASH, établissement) est traité par patrimoine et dépendance. Le crédit d'impôt quand vous payez un professionnel appartient à crédit d'impôt emploi à domicile. Votre retraite prise en elle-même est le sujet de gestion de patrimoine à la retraite, et l'âge où l'on devient aidant est traité par gestion de patrimoine à 50-55 ans. L'ensemble de la démarche est cartographié dans le hub bilan patrimonial. Enfin, si c'est votre parent qui vient d'apprendre un diagnostic grave et qu'il faut organiser les choses dans l'urgence, c'est l'autre bout du problème : anticiper dans l'urgence après un diagnostic grave regarde la personne malade et le temps court ; cette page-ci regarde la durée, et celui qui accompagne.
10. Questions fréquentes
Ces questions sont celles que l'on pose une fois passée la première période, quand l'organisation a tenu et qu'on regarde enfin ce qu'elle a coûté.

