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Donation de son vivant en 2026 : le guide complet

100 000 € par enfant tous les 15 ans, don Sarkozy 31 865 €, don logement neuf 100 000 € (LF 2025), démembrement, pacte Dutreil, quasi-usufruit 774 bis : tout ce qu'un CGP expliquerait à un client. 24 sections, 8 cas pratiques, jurisprudence 2024-2026.

263 730 € par enfant
8 types comparés
8 cas chiffrés
LF 2025 + 2026
Hagnéré Patrimoine

Préparez votre transmission avec un expert succession

Donation, démembrement, testament, Dutreil, clause bénéficiaire et stratégie familiale : nous bâtissons une transmission cohérente avec vos objectifs.

Succession & donationStratégie familialeSans engagement
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Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet

Clément Chatelain

Conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en transmission patrimoniale

Clément Chatelain accompagne familles, dirigeants et retraités sur la donation, la succession, le démembrement, les clauses bénéficiaires et la coordination avec les notaires et experts-comptables.

TransmissionSuccessionORIAS 23002291

Vous avez travaillé toute une vie pour construire votre patrimoine. Vous voyez aujourd'hui vos enfants peiner à acheter leur premier appartement, un petit-fils démarrer ses études, un fils reprendre votre entreprise. Et vous vous posez tous la même question : pourquoi attendre votre décès pour leur transmettre ce que vous pouvez leur donner de votre vivant, alors que c'est maintenant qu'ils en ont besoin ?

La bonne nouvelle, en 2026, c'est que la loi vous y encourage fortement. Un couple peut transmettre jusqu'à 463 730 € par enfant en franchise totale de droits, en combinant trois dispositifs cumulables : l'abattement classique de 100 000 € par parent (art. 779-I CGI), le don familial de sommes d'argent de 31 865 € (art. 790 G, dit « don Sarkozy »), et le dispositif exceptionnel de 100 000 € pour l'achat d'un logement neuf ou pour des travaux de rénovation énergétique, valable jusqu'au 31 décembre 2026 (LF 2025 art. 71, art. 790 A bis CGI).

La moins bonne nouvelle, c'est que neuf familles sur dix sous-exploitent ces dispositifs. Soit parce qu'elles ignorent le compteur des 15 ans, soit parce qu'elles attendent 75 ans pour commencer, soit parce qu'elles confondent donation simple et donation-partage, soit parce qu'un conseiller leur a suggéré un quasi-usufruit qui depuis la LF 2024 art. 26 (article 774 bis CGI) peut entraîner une double taxation au décès. Chaque année d'inaction se chiffre en dizaines de milliers d'euros perdus.

Les chiffres clés 2026 — à garder sous les yeux

  • 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (art. 779-I CGI)
  • 31 865 € de don Sarkozy en sus, par parent de moins de 80 ans vers enfant majeur (art. 790 G)
  • 100 000 € supplémentaires jusqu'au 31/12/2026 pour un logement neuf ou une rénovation énergétique (LF 2025 art. 71, art. 790 A bis CGI, plafond global 300 000 € par donataire)
  • Abattement petit-enfant : 31 865 € (art. 790 B)
  • Abattement arrière-petit-enfant : 5 310 € (art. 790 D)
  • Abattement conjoint / PACS : 80 724 € (art. 790 E / 790 F)
  • Abattement frère/sœur : 15 932 € (art. 779-IV)
  • Abattement neveu/nièce : 7 967 € (art. 779-V)
  • Abattement handicap : 159 325 €, cumulable avec les autres (art. 779-II)
  • Barème droits ligne directe : 5 % à 45 % en 7 tranches (art. 777)
  • Obligation téléprocédure don manuel via impots.gouv.fr depuis le 1er janvier 2026

Trois idées reçues qui coûtent cher

  1. « Le rappel fiscal est passé à 10 ans. » Faux. Il est de 15 ans depuis la LFR 2012 (art. 784 CGI). La promesse d'un retour à 10 ans évoquée depuis 2022 n'a jamais été votée — ni dans la LF 2025, ni dans la LF 2026.
  2. « Un don manuel n'a pas besoin d'être déclaré si c'est dans la famille. » Faux. L'article 635 A CGI impose la déclaration sous 1 mois de la révélation, même si aucun droit n'est dû. Sans déclaration, le délai de 15 ans ne court pas. Un don de 50 000 € oublié et révélé 20 ans plus tard en contrôle fiscal peut coûter jusqu'à 38 000 € de pénalités.
  3. « J'ai le temps, je commencerai à 75 ans. » Faux. À 75 ans, vous avez déjà perdu un cycle complet de rappel de 15 ans, vous avez 5 ans pour basculer dans la tranche 71-80 du barème usufruit (art. 669) où la nue-propriété passe de 70 % à 80 % de la pleine propriété, et il vous reste moins de 5 ans avant de perdre l'accès au don Sarkozy (condition donateur moins de 80 ans).

Ce guide a été conçu pour vous donner, en une lecture, les clés d'un CGP de cabinet : le calcul exact de ce que vous pouvez transmettre, les pièges récents (quasi-usufruit 774 bis, Dutreil holding animatrice Cass. 17/12/2025), les fenêtres fiscales qui se referment (790 A bis au 31/12/2026), et huit cas pratiques chiffrés pour couvrir tous les profils : couple d'actifs, dirigeant qui cède sa société, veuve avec deux enfants, famille recomposée, expatrié, grand-parent qui saute une génération.

Les chiffres et références juridiques sont à jour au 23 avril 2026. Nous les avons tous croisés avec le BOFiP, Legifrance et la jurisprudence la plus récente (Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415, Cass. 1ré civ. 02/07/2025 n° 23-16.329, Cass. 1ré civ. 23/10/2024 n° 22-20.879, Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110, CE 30/12/2011 n° 330940 Motte-Sauvaige, rapport de la Cour des comptes du 18/11/2025 sur le pacte Dutreil chiffrant la dépense fiscale à 5,5 Md€ en 2024).

1. Qu'est-ce qu'une donation de son vivant en 2026 ?

Donner de son vivant, c'est faire un cadeau qu'on ne peut plus reprendre. Pour qu'il soit valable, trois éléments doivent se rencontrer : un bien qui change réellement de mains, l'acceptation du bénéficiaire, et le caractère définitif de la décision. C'est cette irrévocabilité qui sépare la donation du testament (qu'on peut déchirer à tout moment, art. 894 C. civ.) et du prêt (où le bien revient un jour). Le legs, lui, ne prend effet qu'au décès — la donation, elle, agit immédiatement.

Fiscalement, il n'existe que deux façons de transmettre sans vendre : la donation ou la succession. Les deux sont soumises aux mêmes droits de mutation à titre gratuit (DMTG), avec la même logique — un abattement par donataire, puis un barème progressif par tranches. Là où la donation prend l'avantage : vous choisissez le moment. Et comme l'abattement se reconstitue tous les 15 ans (art. 784 CGI), vous pouvez le réutiliser plusieurs fois — ce que la succession, par définition, ne permet pas.

1.1. Les deux grandes familles de donation

Tableau comparatif : Famille — Formalisme — Exemples — Coût notaire — Premier cas : Acte notarié solennel (art. 931 C. civ.)
FamilleFormalismeExemplesCoût notaire
Acte notarié solennel (art. 931 C. civ.)Acte authentique obligatoireImmobilier, titres non cotés, donation-partage, démembrement, donation entre épouxÉmoluments + CSI + TVA + taxe (voir §19)
Hors acte notarié (tolérance fiscale)Don manuel de la main à la main + déclaration 2735Sommes d'argent, valeurs mobilières cotées, bijoux, meubles0 € (seulement les droits si abattement dépassé)

1.2. Les trois formes juridiques possibles

Tableau comparatif : Forme — Caractéristique clé — Article CGI/C. civ. — Premier cas : Donation simple
FormeCaractéristique cléArticle CGI/C. civ.
Donation simpleUnilatérale, à un seul bénéficiaire, réévaluée à la succession (art. 860)art. 931 C. civ.
Donation-partageCollective, plusieurs enfants, fige la valeur au jour de l'acteart. 1076-1078 C. civ.
Donation au dernier vivant (DDV)Entre époux, prend effet au décès du premier, options usufruitart. 1094-1 C. civ.

En pratique, la donation simple est l'outil du quotidien : on l'utilise pour aider un enfant à financer un projet ponctuel — un premier achat immobilier, la création d'une activité. La donation-partage devient incontournable dès qu'on a plusieurs enfants, parce qu'elle évite les drames de la réévaluation 20 ans plus tard. Et la DDV reste la brique de base pour protéger le conjoint survivant.

Nous reviendrons section 11 sur la donation-partage, et renvoyons au guide dédié pour les cas complexes donation-partage 2026.

2. Pourquoi donner de son vivant plutôt qu'attendre la succession ? 7 différences clés

Beaucoup de familles se disent « de toute façon, tout ira aux enfants, donation ou succession, c'est pareil ». Fiscalement, c'est faux. Juridiquement aussi. Voici pourquoi une stratégie de donation de son vivant peut économiser plusieurs centaines de milliers d'euros sur une vie.

Tableau comparatif : Critère — Donation de son vivant — Succession (décès) — Premier cas : Timing
CritèreDonation de son vivantSuccession (décès)
TimingChoisi — à l'âge et moment opportunsSubi — au moment du décès
AbattementUtilisable plusieurs fois (tous les 15 ans)Utilisable une fois — moins ce qui a été consommé
Plus-valuesPurgées au jour de la donation (art. 150-0 D)Purgées au décès (mais actualisation de valeur imposable aux droits)
Valeur taxable démembrementBarème art. 669 selon âge usufruitier (optimisable)Pleine propriété à la date du décès
Contrôle de la répartitionDonation-partage = lots figés, équité contractuelleRéserve héréditaire figée, action en réduction possible
Réduction spécifique50 % des droits Dutreil PP si donateur < 70 ans (art. 790)Pas d'équivalent
Dispositif exceptionnel 2025-2026790 A bis : 100 k€ logement neuf / rénovationNon applicable

Prenons un couple qui décide de donner progressivement à ses deux enfants. À 55 ans, à 70 ans et peut-être en succession à 85 ans, chaque parent peut utiliser trois fois son abattement de 100 000 € par enfant — il se régénère tous les 15 ans. Total : 300 000 € en franchise par parent par enfant, contre 100 000 € si rien n'est fait de leur vivant. Pour deux parents et deux enfants, cela change 800 000 € de base imposable. Résultat : environ 160 000 à 200 000 € d'impôts évités, selon la tranche marginale.

Purge de plus-value latente — l'avantage caché de la donation

Vous achetez un bien immobilier 200 000 € en 2005. Il vaut 500 000 € en 2026. Vous le gardez et le léguez à votre décès en 2040 à 800 000 € : vos héritiers sont taxés sur 800 000 €. Si vous le donnez en 2026 à 500 000 € (abattement 200 000 € couple + droits sur 300 000 €), ils le recevront avec un nouveau prix d'acquisition fiscal de 500 000 € (art. 150 VB III CGI) — les 300 000 € de plus-value entre 2005 et 2026 sont purgés. S'ils le revendent plus tard à 800 000 €, la plus-value taxable n'est plus que de 300 000 € (au lieu de 600 000 € sans la donation). Gain fiscal indirect typique : 50 000 à 100 000 €.

3. Combien peut-on donner sans impôts en 2026 ? Abattements par lien de parenté

Combien pouvez-vous donner en franchise ? Cela dépend de qui reçoit. Vos enfants ? Un abattement plein. Vos frères ? Un autre, plus modeste. Votre concubin ? Pratiquement rien. Cette hiérarchie compte parce que c'est elle qui décide si l'impôt frappe ou non : l'abattement, c'est la tranche que vous pouvez transmettre sans aucun droit ; au-delà, le barème progressif s'applique. Les montants ci-dessous sont en vigueur au 23 avril 2026 et restent gelés jusqu'en 2028 — l'État n'indexe plus les seuils depuis 2011, ce qui, dans les faits, joue contre vous quand l'inflation grignote la valeur réelle des abattements.

Tableau comparatif : Lien — Abattement 2026 — Article CGI — Cumul avec don Sarkozy 31 865 € — Premier cas : Enfant (ligne directe)
LienAbattement 2026Article CGICumul avec don Sarkozy 31 865 €
Enfant (ligne directe)100 000 €art. 779-IOui (si donateur < 80 ans, donataire majeur)
Enfant handicapé+ 159 325 € (cumul)art. 779-IIOui — total possible 291 190 € par parent
Petit-enfant31 865 €art. 790 BOui — total 63 730 € par grand-parent
Arrière-petit-enfant5 310 €art. 790 DOui
Conjoint marié80 724 €art. 790 ENon (pas un descendant)
Partenaire PACS80 724 €art. 790 FNon
Frère / sœur15 932 €art. 779-IVNon
Neveu / nièce7 967 €art. 779-VOui si donateur sans descendance directe
Autre parent jusqu'au 4e degréAucun abattement dédié (taux 55 % dès 1er €)art. 777 tableau IIINon
Tiers (concubin, filleul, ami)Aucun abattement dédié (taux 60 % dès 1er €)art. 777 tableau IIINon

Sur la base du seul abattement 779-I, un couple avec deux enfants transmet déjà 400 000 € en franchise tous les 15 ans. Avec un enfant handicapé, l'enveloppe pour cet enfant passe à 718 650 € (2 × 100 000 + 2 × 159 325). Le don Sarkozy ajouté (donateurs de moins de 80 ans) porte le total à 527 460 € pour les deux enfants valides. Et jusqu'au 31/12/2026, le 790 A bis peut encore s'ajouter — voir section 8.

Le concubin est toujours un tiers

Beaucoup de couples vivent en concubinage depuis 20 ans et pensent qu'ils bénéficient d'un abattement « comme » des conjoints. Faux. Le concubin ne bénéficie que de l'abattement résiduel de 1 594 € et est taxé à 60 % sur tout le reste (art. 788 IV). Pour optimiser, il faut soit un PACS (abattement 80 724 €, délai 1 jour), soit un mariage, soit basculer sur l'assurance-vie (abattement 152 500 € par bénéficiaire désigné hors succession, art. 990 I pour les primes versées avant 70 ans). Voir notre guide clause bénéficiaire d'assurance-vie.

4. Comment calcule-t-on les droits de donation en 2026 ? Barème 5 % à 60 %

Une fois l'abattement consommé, chaque euro transmis est taxé selon un barème progressif par tranches, différent selon le lien de parenté. Le barème le plus favorable est celui de la ligne directe (enfants, petits-enfants). Le barème tombe sévèrement dès qu'on sort de la cellule familiale directe.

4.1. Barème ligne directe — enfants et descendants (art. 777)

Tableau comparatif : Tranche (après abattement) — Taux — Premier cas : Jusqu'à 8 072 €
Tranche (après abattement)Taux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 12 109 €10 %
De 12 109 € à 15 932 €15 %
De 15 932 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Prenons un cas : 250 000 € donnés à un enfant, abattement de 100 000 € épuisé. Le calcul tranche par tranche est laborieux. D'où la formule de raccourci qu'on utilise en étude pour toute base taxable inférieure à 552 324 € : droits = base × 20 % − 1 806 €. Sur 150 000 € de base taxable : 150 000 × 20 % − 1 806 = 28 194 €. C'est ce que paiera le donataire (ou le donateur s'il prend en charge les droits, ce qui est admis sans requalification).

Droits ligne directe (base taxable ≤ 552 324 €) = base × 20 % − 1 806 €

4.2. Barème époux et partenaires PACS (art. 777 bis)

Tableau comparatif : Tranche (après abattement 80 724 €) — Taux — Premier cas : Jusqu'à 8 072 €
Tranche (après abattement 80 724 €)Taux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 15 932 €10 %
De 15 932 € à 31 865 €15 %
De 31 865 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

4.3. Barèmes frères/sœurs, parents au-delà du 4e degré, tiers

Tableau comparatif : Lien — Taux (après abattement) — Premier cas : Frère/sœur — jusqu'à 24 430 €
LienTaux (après abattement)
Frère/sœur — jusqu'à 24 430 €35 %
Frère/sœur — au-delà45 %
Parent jusqu'au 4e degré (oncle, cousin germain)55 %
Parent au-delà du 4e degré / non-parents60 %

Gel des barèmes jusqu'en 2028 : +10 à +15 % de fiscalité réelle

La LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025) gèle les tranches et les abattements jusqu'en 2028, et la LF 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026) confirme la trajectoire. Avec 10 à 15 % d'inflation cumulée anticipée sur trois ans, chaque euro transmis pèsera plus lourd en pouvoir d'achat. Et si votre patrimoine continue de s'apprécier — immobilier, titres, parts de société — la part taxable progresse d'autant. La conséquence est simple : si vous aviez prévu une donation, anticipez avant 2028. Le coût marginal de chaque année d'attente se mesure en milliers d'euros de droits supplémentaires.

5. Que se passe-t-il si je donne plusieurs fois ? Le rappel fiscal des 15 ans

Le rappel fiscal de 15 ans (art. 784 CGI) est la règle la plus mal comprise — et la plus stratégique — de la donation. Imaginez une horloge fiscale : chaque donation enregistrée met en marche un compteur qui tourne pendant 15 ans. Tant qu'il tourne, l'abattement déjà utilisé n'est pas renouvelé. Au terme des 15 ans et 1 jour, l'horloge se remet à zéro et l'abattement se reconstitue intégralement — comme s'il n'y avait jamais eu de donation.

Les 3 scénarios à retenir

  • Donation + nouvelle donation avant 15 ans : les deux se cumulent et l'abattement ne sert qu'une fois. Ex. : don de 60 000 € à 50 ans + don de 60 000 € à 60 ans = 120 000 €, dont 100 000 € en franchise et 20 000 € taxés (droits ≈ 2 194 € ligne directe).
  • Donation + décès avant 15 ans : la donation reste acquise, mais l'abattement qu'elle a consommé est soustrait du plafond disponible pour les droits de succession. Le délai court de la date de la donation vers le décès.
  • Donation + nouvelle donation après 15 ans : abattement intégralement reconstitué, le nouveau don bénéficie d'une franchise complète.

Le timing pèse lourd. Un couple qui déclenche son premier don à 55 ans peut boucler trois cycles complets avant 100 ans (55, 70, 85). À 75 ans, un seul cycle reste possible. Or à chaque cycle complet, un couple avec deux enfants transmet 400 000 € sans aucun droit (2 parents × 2 enfants × 100 000 €). À 55 ans, vous franchissez 1 200 000 € en totale franchise. À 75 ans, plafond 400 000 €. Différence : 800 000 € qui restent imposables chez vos enfants — uniquement parce qu'on a attendu 20 ans.

Tableau comparatif : Âge 1er don — Cycles disponibles avant 100 ans — Franchise théorique cumulée couple / 2 enfants — Premier cas : 50 ans
Âge 1er donCycles disponibles avant 100 ansFranchise théorique cumulée couple / 2 enfants
50 ans3 cycles (50, 65, 80)1 200 000 €
60 ans2 cycles (60, 75)800 000 €
70 ans2 cycles (70, 85)800 000 €
75 ans1 cycle (75)400 000 €
85 ansSelon longévité restante≤ 400 000 €

Entre un couple de 50 ans qui prend rendez-vous chez son notaire aujourd'hui et un couple de 70 ans qui s'y met demain, l'écart de transmission défiscalisée potentielle sur la vie restante atteint 400 000 à 800 000 € — sans même avoir mobilisé le démembrement, le don Sarkozy ou le 790 A bis.

Attention : rappel fiscal 15 ans ≠ rapport civil au décès

Beaucoup confondent les deux compteurs, et cette confusion coûte cher en contentieux familial. Le rappel fiscal de 15 ans (art. 784 CGI) concerne uniquement l'administration fiscale : il détermine si l'abattement de 100 000 € est reconstitué ou non au moment des droits. Le rapport civil (art. 843 et 860 C. civ.) est une toute autre règle : à votre décès, les enfants rapportent à la masse successorale toutes les donations simples reçues — sans limite de durée — pour rétablir l'égalité entre héritiers. Et la valeur rapportée est celle du jour du décès, pas du jour du don (art. 922 C. civ., méthode de la réunion fictive). Concrètement : un appartement donné 200 000 € en 2010 qui vaut 500 000 € à votre décès en 2045 est rapporté pour 500 000 €, même si le rappel fiscal est prescrit depuis longtemps. La seule façon de neutraliser ce rapport civil : passer par une donation-partage (art. 1078 C. civ.) qui fige les valeurs au jour de l'acte. Voir section 10.

Et précisément, ce don Sarkozy, c'est la deuxième couche d'abattement qui vient s'ajouter aux 100 000 € de l'article 779-I. Un dispositif presque aussi puissant, pourtant 40 % des familles ignorent qu'elles y ont droit.

6. Don Sarkozy / don familial de sommes d'argent (art. 790 G)

Le don familial de sommes d'argent — surnommé « don Sarkozy » depuis sa création en 2007 — ouvre une seconde couche d'abattement : 31 865 € en numéraire, qui s'ajoutent aux 100 000 € de l'article 779-I. Bien utilisé, il accélère sensiblement la transmission. Mal utilisé — donateur de plus de 80 ans, donataire mineur non émancipé, virement non déclaré dans le mois — il bascule en don manuel ordinaire et perd son intérêt.

Les 5 conditions cumulatives du don 790 G

  1. Donateur de moins de 80 ans à la date du don (pas à la date de déclaration — la date du virement fait foi).
  2. Donataire majeur (18 ans révolus) ou mineur émancipé.
  3. Lien familial : enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant. À défaut de descendance, neveu ou nièce.
  4. Sommes d'argent uniquement (numéraire, chèque, virement, titres cotés liquides). Pas de bien immobilier, pas d'œuvre d'art, pas de parts sociales non cotées.
  5. Déclaration formulaire 2735 dans le mois de la révélation, téléprocédure obligatoire depuis le 1/1/2026.

Le don 790 G se cumule avec l'abattement classique art. 779-I. Chaque parent peut donc donner 100 000 € (abattement enfant) + 31 865 € (Sarkozy) = 131 865 € par enfant en franchise totale. Pour un couple avec deux enfants : 527 460 € potentiellement transmis sans un centime de droit, à renouveler tous les 15 ans.

Le piège de l'âge : le 80e anniversaire ferme définitivement la porte

Le jour de vos 80 ans, l'accès au don 790 G se ferme définitivement. Pas de report, pas de rattrapage. Un donateur de 78 ans avec deux enfants et cinq petits-enfants laisse échapper jusqu'à 223 055 € de franchise (31 865 € × 7 donataires) s'il ne déclenche pas le dispositif avant son anniversaire. Si vous avez 78 ou 79 ans avec un patrimoine à transmettre, ce rendez-vous notarial passe avant tous les autres.

7. Comment utiliser le don exceptionnel 100 000 € logement neuf (LF 2025 art. 790 A bis) ?

La loi de finances 2025 (loi 2025-127 du 14 février 2025, article 71) a ajouté un troisième étage d'abattement, codifié à l'article 790 A bis CGI : 100 000 € supplémentaires par donateur et par donataire, cumulables avec le 779-I (100 000 €) et le don Sarkozy 790 G (31 865 €). Le total exonéré atteint 231 865 € par enfant — un cumul inédit depuis la loi Sarkozy 2007. Mais la fenêtre est fermée : le dispositif ferme le 31 décembre 2026, sans prorogation à ce jour.

Compte à rebours 790 A bis : 252 jours au 23 avril 2026

La fenêtre d'éligibilité court du 15 février 2025 au 31 décembre 2026. Aucune prorogation n'a été votée dans la LF 2026. Un amendement de reconduction / extension à l'ancien est en discussion mais n'a à ce jour pas été adopté. Planifiez une signature chez le notaire avant le 30 novembre 2026 pour laisser une marge de sécurité (acheminement du dossier, purge des délais de rétractation VEFA).

7.1. Montants et plafonds

Tableau comparatif : Paramètre — Montant 2026 — Premier cas : Plafond par donateur et par donataire
ParamètreMontant 2026
Plafond par donateur et par donataire100 000 €
Plafond global par donataire (tous donateurs confondus)300 000 €
RenouvellementNon — dispositif one-shot
Cumul avec abattement 779-I (100 000 € enfant)Oui
Cumul avec don Sarkozy 790 G (31 865 €)Oui
Cumul avec abattement petit-enfant 790 B (31 865 €)Oui
Cumul avec réduction/crédit d'impôt MaPrimeRénov' sur mêmes travauxNon — anti-double emploi

7.2. Conditions d'affectation du don par le donataire

Le donataire dispose de 6 mois à compter du versement pour affecter la somme à l'une des deux destinations exclusives :

  • Acquisition d'un logement neuf ou en VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) respectant la réglementation RE2020, y compris l'apport personnel ou le remboursement partiel du prêt.
  • Travaux de rénovation énergétique d'un logement dont le donataire est déjà propriétaire, au titre de sa résidence principale, sur le fondement des travaux éligibles MaPrimeRénov' (sans cumul avec l'aide sur les mêmes dépenses).

Le logement doit rester en résidence principale (du donataire ou d'un locataire tiers — pas du donateur ni du conjoint du donataire) pendant au moins 5 ans. En cas de revente ou de changement d'affectation avant ce terme, l'administration reprend intégralement le bénéfice de l'exonération, majorée d'intérêts de retard.

7.3. Cas Laurent & Claire, 58 ans, Annecy — triple abattement

Laurent 58 ans, dirigeant d'une PME agroalimentaire en Haute-Savoie, et Claire 56 ans, médecin hospitalier, ont deux enfants. Marine 28 ans, architecte à Grenoble, en couple et mère d'un enfant de 2 ans, cherche à acheter un T4 neuf à 450 000 €. Mathieu 24 ans, ingénieur junior à Lyon, vient de signer la promesse d'un T2 VEFA à 310 000 €, livraison fin 2026. Patrimoine du couple : 2,3 M€ dont 1,2 M€ en liquidités et contrats d'AV.

Leur stratégie, validée chez leur notaire en mars 2026 : mobiliser les trois couches d'abattements en un seul acte de donation de sommes d'argent à chaque enfant avant le 30 novembre 2026.

Tableau comparatif : Dispositif — Article CGI — Par parent par enfant — Total couple par enfant — Premier cas : Abattement ligne directe
DispositifArticle CGIPar parent par enfantTotal couple par enfant
Abattement ligne directeart. 779-I100 000 €200 000 €
Don familial sommes d'argentart. 790 G31 865 €63 730 €
Don familial logement neufart. 790 A bis100 000 €200 000 €
TOTAL par enfant—231 865 €463 730 €

Résultat : Laurent et Claire transmettent 927 460 € à leurs deux enfants en franchise totale de droits avant le 31/12/2026. L'horloge des 15 ans du 779-I et du 790 G se met en marche pour une réutilisation en 2041. Et ils peuvent toujours, sur les 15 années suivantes, déployer une donation-partage démembrée sur leurs actifs immobiliers ou sur les parts de la société de Laurent (voir section 13 sur le cumul Dutreil).

Hagnéré Patrimoine

Le 790 A bis expire le 31 décembre 2026 : ne ratez pas la fenêtre

Triple abattement 779-I + 790 G + 790 A bis, conditions RP du donataire, délai d'emploi 6 mois : on chiffre votre cumul optimal et on coordonne avec votre notaire avant la clôture.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

8. Comment déclarer un don manuel en 2026 ? Formulaire 2735 et téléprocédure

Un don manuel, c'est simple : un virement, un chèque, un transfert de titres, une remise d'espèces. C'est la forme la plus courante de donation en France, et elle est parfaitement valable juridiquement (art. 757 CGI). Le piège est ailleurs : vous devez la déclarer dans le mois qui suit sa révélation (art. 635 A CGI). Bonne nouvelle pour 2026 : plus de papier. Tout passe par impots.gouv.fr, espace Particulier, rubrique « Déclarer > Je déclare un don ».

8.1. Pourquoi déclarer même si aucun droit n'est dû ?

Parce que l'horloge des 15 ans ne démarre qu'à la déclaration. Imaginez un don de 80 000 € fait en 2010 sans formulaire. Il reste invisible fiscalement jusqu'au jour où il est révélé — par vous, ou par un contrôle. Si la révélation intervient en 2030, le rappel fiscal court à partir de cette date : le don consomme l'abattement pour toute nouvelle donation ou pour la succession jusqu'en 2045. Vingt ans « perdus » qui auraient pu déjà reconstituer la franchise. Déclarer dans le mois, c'est s'assurer que l'abattement renaît 15 ans après le don — pas 35 ans après.

8.2. Don manuel vs présent d'usage : la frontière critique

Le présent d'usage (art. 852 C. civ.) est un cadeau « d'importance modique par rapport à la fortune du donateur » remis à l'occasion d'un événement familial — anniversaire, mariage, réussite à un examen, naissance. Il n'est ni taxable, ni rapportable à la succession. La Cour de cassation juge que cette modicité s'apprécie à la date où le présent est consenti et compte tenu de la fortune du donateur (Cass. 1re civ. 10/05/1995 n° 93-15.187, publié au bulletin). Ni la loi ni la jurisprudence ne fixent de seuil chiffré : le repère de 2 à 2,5 % des revenus ou du patrimoine annuel du donateur, couramment retenu en pratique notariale, n'est qu'un ordre de grandeur indicatif qui ne lie pas l'administration.

Tableau comparatif : Revenus/patrimoine annuel donateur — Seuil jurisprudentiel indicatif présent d'usage — Premier cas : 80 000 €
Revenus/patrimoine annuel donateurSeuil jurisprudentiel indicatif présent d'usage
80 000 €≈ 1 600 à 2 000 € / événement
200 000 €≈ 4 000 à 5 000 € / événement
500 000 €≈ 10 000 à 12 500 € / événement
1 000 000 €≈ 20 000 à 25 000 € / événement

Cas concret : un chèque de 10 000 € remis pour un anniversaire par un parent disposant d'un patrimoine de 500 000 € reste dans la zone du présent d'usage. Le même chèque offert « comme ça » — sans événement, ou par un parent aux revenus modestes — bascule en don manuel à déclarer.

8.3. Les 4 modalités de révélation

  1. Révélation spontanée par le donataire via déclaration 2735 : délai d'un mois, aucune pénalité.
  2. Enregistrement par écrit d'un acte de reconnaissance du don.
  3. Révélation à l'occasion d'une nouvelle donation : rappel obligatoire des donations antérieures dans l'acte notarié.
  4. Révélation provoquée par l'administration lors d'un contrôle sur place ou sur pièces. Conséquence : majoration 40 % (art. 1729 b) ou 80 % (manœuvres frauduleuses) + intérêts de retard 0,2 % par mois.

9. Donation en démembrement : nue-propriété + réserve d'usufruit

Imaginez un pommier. La nue-propriété, c'est l'arbre lui-même. L'usufruit, ce sont les pommes qu'il produit chaque année (loyers, dividendes, jouissance). Avec une donation en démembrement, vous donnez l'arbre à votre enfant et vous gardez les pommes jusqu'à votre décès. Ce jour-là, l'arbre et les pommes se réunissent gratuitement entre les mains de votre enfant (art. 1133 CGI), sans aucun droit supplémentaire.

9.1. Le barème fiscal art. 669 CGI

Le barème de l'article 669 CGI découpe la valeur de la pleine propriété entre usufruit et nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier, par tranches de 10 ans. Plus l'usufruitier est jeune, plus son usufruit vaut cher — donc plus la nue-propriété transmise est faiblement évaluée.

Tableau comparatif : Âge usufruitier — Usufruit — Nue-propriété (base taxable) — Premier cas : Moins de 21 ans
Âge usufruitierUsufruitNue-propriété (base taxable)
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

Le piège du 71e anniversaire

Entre 70 et 71 ans, la nue-propriété passe de 60 % à 70 % de la pleine propriété. Sur un bien de 600 000 €, cela représente 60 000 € de base taxable supplémentaire. Avec un abattement déjà consommé et une tranche à 20 %, c'est environ 12 000 € de droits qui basculent — selon que la signature chez le notaire intervient avant ou après votre anniversaire. Quelques jours de calendrier, plusieurs milliers d'euros d'écart. Ce n'est pas un détail : c'est l'arbitrage le plus rentable que vous ferez avec votre notaire.

9.2. Cas Michel, 68 ans, ancien kinésithérapeute à Bordeaux

Michel, 68 ans, a exercé comme kinésithérapeute en cabinet bordelais pendant 38 ans avant de prendre sa retraite en 2023. Il a acheté un immeuble locatif rive gauche en 1998 pour 280 000 €. Il vaut aujourd'hui 500 000 € et lui rapporte 20 000 € de loyers annuels (rendement brut 4 %) — somme dont il a besoin pour compléter sa pension. Deux enfants : Céline 38 ans, architecte à Paris, et Olivier 36 ans, vétérinaire à Pessac.

Il fait une donation-partage de la nue-propriété à ses deux enfants par moitié. À 68 ans, son usufruit vaut 40 %, la nue-propriété 60 %.

Base taxable totale : 300 000 € (60 % de 500 000 €). Chaque enfant reçoit donc 150 000 € de nue-propriété.

Après abattement 100 000 €, il reste 50 000 € taxables par enfant : environ 8 194 € de droits ligne directe chacun (soit 16 388 € au total).

Michel garde l'intégralité des 20 000 € de loyers annuels jusqu'à son décès. À 85 ans, en 2043, Céline et Olivier récupèrent la pleine propriété — alors estimée à 800 000 € — sans aucun droit supplémentaire (art. 1133 CGI). En transmission classique au décès, l'immeuble aurait supporté environ 95 000 € de droits de succession (base 800 000 € − 200 000 € d'abattement, tranche 20 %, deux enfants). Avec le démembrement : 16 388 € à l'entrée, zéro à la sortie. Gain familial : environ 80 000 €, sans compter la sécurisation civile (donation-partage qui fige les valeurs).

Pour approfondir les montages démembrés, voir notre guide dédié donation en démembrement 2026.

Le démembrement fonctionne très bien pour un enfant unique. Dès qu'on en a deux ou plus, une autre mécanique prend le relais pour prévenir les conflits : basculer en donation-partage pour figer les valeurs.

10. Donation-partage : figer la valeur, éviter les conflits

La donation-partage (art. 1076 à 1078 C. civ.) est la version « multi-enfants » de la donation. En un seul acte notarié, vous partagez une partie de votre patrimoine entre tous vos enfants — ou certains d'entre eux — en figeant la valeur des lots au jour de l'acte. C'est la stratégie civile la plus protectrice contre les conflits successoraux futurs, et elle reste l'outil fiscal de référence des CGP pour une famille avec deux enfants ou plus.

Donation simple (art. 931 C. civ.)

Unilatérale, à un seul bénéficiaire. Rapportable à la succession à la valeur au jour du décès (art. 860). Risque de conflit si la valeur a explosé 20 ans plus tard.

Donation-partage (art. 1078 C. civ.)

Collective, plusieurs enfants. Fige la valeur au jour de l'acte — pas de réévaluation à la succession. Non rapportable, élimine le contentieux sur la réserve.

Imaginons que vous donniez en 2026 à votre fils Jacqués un appartement parisien valorisé 500 000 € et à votre fille Marie un portefeuille de 500 000 €. Vingt ans plus tard, l'appartement vaut 900 000 € et le portefeuille 800 000 €. Voici ce qui se passe selon le mode de donation choisi :

  • Donation simple : on réévalue → Jacqués reçoit 900 000 €, Marie 800 000 €. Marie peut contester et demander en compensation 50 000 € à Jacqués pour rétablir l'équité.
  • Donation-partage : les lots sont figés à 500 000 €. Jacqués et Marie gardent leurs actifs avec leurs trajectoires respectives, aucune contestation possible.

La donation-partage exige qu'un bien divisible soit effectivement attribué en parts privatives (Cass. 1re civ. 20/11/2013 n° 12-25.681, publié au bulletin : il n'y a donation-partage que dans la mesure où l'ascendant procède à une répartition matérielle de ses biens entre ses descendants), pas en indivision. Elle peut intégrer des lots inégaux si une lettre d'intention précise explicitement les raisons (enfant aidant, enfant handicapé, enfant repreneur d'entreprise), idéalement assortie d'un RAAR — la renonciation anticipée à l'action en réduction, art. 930-1 C. civ. — signée par les enfants non-avantagés.

Nous renvoyons au guide complet donation-partage 2026 pour les cas complexes (famille recomposée, donation-partage démembrée, attribution d'entreprise, soulte, clauses d'inaliénabilité temporaire).

11. Donation transgénérationnelle (art. 1078-4 C. civ.)

Grand-parent, vous voulez aider directement un petit-enfant en études ou jeune actif, mais vous vous dites que « de toute façon, mes enfants le feront à ma place » ? La donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 à 1078-10 C. civ.) vous permet de sauter une génération à condition que vos enfants renoncent expressément à recevoir leur part en faveur de leurs propres enfants. Fiscalement, les droits se calculent comme si la transmission se faisait à l'enfant intermédiaire, puis repartaient vers le petit-enfant (art. 784 B CGI).

L'avantage caché : préserver les compteurs de 15 ans

Dans une donation transgénérationnelle, l'abattement de 100 000 € de l'enfant intermédiaire n'est pas consommé (puisqu'il ne reçoit rien). Son horloge de 15 ans reste intacte — il pourra recevoir ensuite des grands-parents ou des parents dans des cycles ultérieurs. Et le petit-enfant bénéficie de son propre abattement 790 B (31 865 €) puis du barème ligne directe, le tout en une seule opération.

11.1. Les conditions juridiques

  1. L'enfant intermédiaire doit comparaître à l'acte et consentir expressément au saut de génération.
  2. Une pluralité de petits-enfants est requise (art. 1078-5, sauf cas particulier enfant unique).
  3. Acte notarié obligatoire — pas de don manuel transgénérationnel.
  4. Chaque petit-enfant doit accepter sa part.

11.2. Cas Caroline, 70 ans, ancienne pharmacienne à Nantes

Caroline, 70 ans, a tenu pendant 35 ans une pharmacie d'officine à Nantes. Veuve depuis 3 ans, son mari lui a laissé un patrimoine de 1,8 M€ (maison vendéenne 600 k€, AV 800 k€, portefeuille titres 400 k€). Elle a deux enfants bien installés : Arnaud 45 ans, cadre supérieur à Paris, et Sylvie 42 ans, médecin hospitalière à Toulouse.

Tous les deux lui ont dit la même phrase, à quelques semaines d'écart : « Maman, garde tes forces pour les petits. » Ils ont en effet cinq enfants à eux deux (2 chez Arnaud, 3 chez Sylvie), tous entre 15 et 24 ans, plusieurs en études supérieures.

Caroline procède à une donation-partage transgénérationnelle de 300 000 € en numéraire, avec accord exprès d'Arnaud et Sylvie au saut de génération. Chaque petit-enfant reçoit 60 000 €.

Calcul des droits par petit-enfant : abattement 790 B de 31 865 €, reste taxable 28 135 €. Barème ligne directe → environ 3 820 € de droits. Soit 19 100 € de droits au total sur 300 000 € transmis. Sans saut de génération, Caroline aurait transmis d'abord à ses deux enfants (qui auraient consommé leur abattement 100 000 € de manière redondante), puis ceux-ci à leurs enfants. Double couche de droits, compteurs 15 ans saturés pour rien.

12. Donation + pacte Dutreil : 75 % d'abattement sur l'entreprise

Pour un chef d'entreprise qui transmet à ses enfants, le pacte Dutreil (art. 787 B CGI) reste l'outil le plus efficace du Code général des impôts. Le mécanisme : vous ne payez de droits que sur 25 % de la valeur des titres transmis. Les 75 % restants sortent de l'assiette taxable. Ajoutez l'abattement 100 000 € par enfant (art. 779-I) et, si vous avez moins de 70 ans et que vous transmettez en pleine propriété, la réduction supplémentaire de 50 % sur les droits (art. 790 CGI). Sur une SAS valorisée 4 M€ transmise à deux enfants, la facture descend autour de 80 000 €, soit un taux effectif de 2 % — contre 1,3 M€ environ sans Dutreil.

12.1. Les 5 conditions cumulatives du Dutreil

  1. Engagement collectif de conservation (art. 787 B a) de 2 ans minimum par les signataires, avant la transmission. Peut être « réputé acquis » si le donateur détient depuis plus de 2 ans 17 % des droits financiers + 34 % des droits de vote (non coté) et exerce une fonction de direction.
  2. Engagement individuel de conservation (art. 787 B c) par chaque donataire pendant 4 ans à compter de l'expiration de l'engagement collectif.
  3. Exercice d'une fonction de direction par l'un des signataires pendant au moins 3 ans après la transmission.
  4. L'entreprise doit exercer une activité opérationnelle (industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale). LMNP et LMP sont exclus depuis la LF 2024 art. 23, applicable aux transmissions postérieures au 17/10/2023.
  5. Déclaration spécifique et attestation annuelle sur l'honneur à joindre à la déclaration de donation.

12.2. Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 : le tournant holding animatrice

La Cour de cassation a, dans un arrêt du 17 décembre 2025, durci les critères d'éligibilité au Dutreil pour les holdings animatrices. Elle exige désormais que l'animation effective s'apprécie au jour du fait générateur (décès ou donation) et non au moment du dépôt de la déclaration. La holding doit détenir directement des filiales opérationnelles — les SCI patrimoniales et les structures de pure gestion passive disqualifient l'éligibilité.

Audit Dutreil J-24 mois : la nouvelle norme praticien

Depuis fin 2025, les contrôles Dutreil se sont durcis. La Cour de cassation (arrêt du 17/12/2025) exige une animation effective au jour du fait générateur, et la Cour des comptes (rapport du 18/11/2025) chiffre la dépense fiscale à 5,5 Md€ en 2024 (contre 3,3 Md€ en 2023) en demandant un recentrage sur l'industriel. Conséquence pratique : tout projet Dutreil doit être préparé au moins 24 mois avant la transmission. Sur ces 24 mois, vous devez documenter l'animation réelle de la holding (procès-verbaux d'AG, conventions de services facturées avec les filiales, rapports annuels), faire sortir les actifs patrimoniaux qui n'ont rien à y faire (SCI passives, immobilier de jouissance), et formaliser l'engagement collectif. Voir notre guide dédié pacte Dutreil 2026.

12.3. Combo gagnant : donateur moins de 70 ans en pleine propriété

Si le donateur a moins de 70 ans au jour de la donation et transmet en pleine propriété (pas en démembrement), une réduction de 50 % des droits calculés s'applique (art. 790 CGI). Cette réduction ne se cumule pas avec une transmission en nue-propriété. Arbitrage stratégique : pour un dirigeant de 65-69 ans, la pleine propriété avec réduction 50 % est souvent plus avantageuse que la nue-propriété sans réduction, surtout pour les valorisations supérieures à 3 M€.

12.4. Cas Bernard, 65 ans, SAS valorisée 4 M€

Bernard dirige depuis 18 ans une SAS industrielle valorisée 4 M€, détenue à 100 %. Il a deux enfants, Alexandre 35 ans (ingénieur dans le groupe, repreneur désigné) et Camille 32 ans (sans activité dans l'entreprise). Il décide de transmettre en pleine propriété après engagement collectif de 2 ans réputé acquis (conditions remplies de longue date).

Stratégie : donation-partage en pleine propriété, 50 % à chacun des enfants. Valeur 2 M€ par enfant. Abattement Dutreil 75 % → base taxable 500 000 € par enfant. Abattement 100 000 € par enfant → base 400 000 €. Droits ligne directe ≈ 78 194 € par enfant. Réduction 50 % art. 790 CGI (donateur moins de 70 ans, PP) : 39 097 € par enfant. Total droits : 78 194 € sur une transmission de 4 M€, soit un taux effectif de 2 %. Sans Dutreil ni réduction, droits auraient été d'environ 1,3 M€.

Pour équilibrer entre Alexandre (repreneur) et Camille (non repreneur), Bernard peut organiser une donation-partage avec soulte ou prévoir une dissociation — Alexandre reçoit plus de titres mais Camille reçoit en contrepartie des liquidités issues d'une distribution de réserves, ou un actif immobilier. La donation-partage évite toute contestation 20 ans plus tard.

13. Donation-cession : le timing optimal avant cession d'entreprise

Vous allez céder votre entreprise dans 6 à 18 mois et la plus-value sera massive. Schéma classique : vous vendez, vous payez le PFU 31,4 % (parfois la CDHR en plus), puis vous donnez le net à vos enfants en repayant des droits de donation. Schéma optimisé : vous donnez d'abord les titres, vos enfants vendent ensuite. C'est la donation-cession, validée par le Conseil d'État (CE 30/12/2011 n° 330940 Motte-Sauvaige). Le mécanisme repose sur un point précis du droit fiscal : le donataire reçoit les titres avec un nouveau prix d'acquisition égal à la valeur retenue pour les droits de donation. La plus-value latente accumulée par le donateur est purgée — elle ne sera jamais imposée. Sur une cession à 5 M€ avec une plus-value latente de 4 M€, l'économie d'IR + PS atteint facilement 1 M€ à 1,3 M€.

13.1. Les 3 conditions jurisprudentielles de sécurité

  1. Dépossession réelle et antérieure à toute négociation commerciale engagée. Pas de lettre d'intention, pas de mandat exclusif de vente, pas de data room ouverte avant la signature de l'acte de donation.
  2. Absence de contrepartie dissimulée. Si le donataire reverse de l'argent au donateur après la cession, l'administration requalifie en abus de droit L. 64 LPF (majoration 80 %).
  3. Réemploi économique d'une part significative du produit de cession si les titres sont détenus via une holding soumise à l'apport-cession 150-0 B ter. Attention : la LF 2026 a relevé le seuil à 70 % minimum dans 36 mois pour les cessions réalisées à compter du 20 février 2026 (l'ancien régime 60 % / 24 mois reste applicable aux cessions antérieures). Le délai de conservation des titres par le donataire a par ailleurs été porté à 5 ans depuis la LF 2024 (CE 31/05/2022 n° 455349 pour le principe).

13.2. Chronologie sécurisée J-90 → J+0

Tableau comparatif : Jalon — Action — Risque si non respecté — Premier cas : J-120
JalonActionRisque si non respecté
J-120Audit valorisation, expertise indépendanteContestation de la valeur par l'administration
J-90Signature acte de donation notarié, enregistrementRequalification si négociation engagée avant
J-60Purge droits de préemption (statuts SAS, pactes)Nullité relative de la cession
J-30Signature mandat de vente, LOI, data roomSécurisé si donation J-90 bien formalisée
J+0Cession, encaissement du prix par les donatairesPV calculée sur (prix cession − valeur donation)
J+36 moisRéemploi 70 % produit cession en activité économique (cessions post-20/02/2026 via holding)Rupture art. 150-0 B ter, taxation rétroactive PV report

13.3. Interaction avec le CDHR 2026 (art. 224)

La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR, art. 224 CGI, reconduite par la LF 2026) impose un taux plancher de 20 % sur le revenu fiscal de référence (RFR) au-delà de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Or une plus-value de cession à plusieurs millions d'euros fait exploser le RFR du cédant — donc la facture CDHR. La donation-cession permet de contourner le problème en répartissant le produit de cession sur plusieurs foyers fiscaux : chaque enfant majeur détaché reçoit sa part dans son propre RFR, qui reste sous son seuil CDHR personnel. Pour un dirigeant qui vend à 5 M€ avec deux enfants majeurs détachés, c'est typiquement 200 000 à 400 000 € de CDHR évitée, en plus du gain sur la plus-value. Voir notre guide loi de finances 2026 pour le détail du mécanisme CDHR.

Point CDHR 2026 : ce que la loi corrige

La LF 2026 a précisé que les plus-values en report dont le report expire sont exclues du calcul du RFR pris en compte au CDHR. Conséquence praticien : un apport-cession art. 150-0 B ter avec expiration de report reste neutre CDHR, ce qui renforce l'attractivité du combo apport-donation + cession + réemploi (70 % / 36 mois pour les cessions post-20/02/2026). L'avantage lié aux dons (art. 200 CGI) majore l'IR pris en compte pour ne pas pénaliser la générosité.

Ces optimisations dirigeant sont puissantes. Mais elles reposent sur un socle plus large : l'articulation entre donation, assurance-vie et PER, qu'il faut maîtriser dans toutes les configurations patrimoniales.

14. Donation + assurance-vie + PER : les stratégies combinées

Aucune transmission sérieuse ne se construit avec un seul outil. Donation et assurance (assurance-vie ou PER assurantiel) ont chacune leur propre abattement — et ces abattements s'additionnent au niveau du bénéficiaire final. Attention toutefois : l'abattement de 152 500 € de l'article 990 I est accordé par bénéficiaire, tous contrats d'assurance-vie et de PER assurantiel confondus ; ouvrir un PER à côté de l'assurance-vie ne le double pas. Pour un enfant, vous pouvez ainsi cumuler 100 000 € d'abattement donation (779-I) et 152 500 € au titre de l'article 990 I (assurance-vie pour les primes versées avant 70 ans, PER si vous décédez avant 70 ans). Soit plus de 250 000 € en franchise par enfant et par parent — sans compter le don Sarkozy ni le 790 A bis. Pour un PER, c'est l'âge au décès qui compte : en cas de décès après 70 ans, tout le plan relève de l'article 757 B.

Tableau comparatif : Enveloppe — Abattement par bénéficiaire — Article — Premier cas : Donation 779-I (enfant)
EnveloppeAbattement par bénéficiaireArticle
Donation 779-I (enfant)100 000 €art. 779-I CGI
Don familial 790 G (enfant majeur, donateur moins de 80 ans)31 865 €art. 790 G CGI
Don logement neuf 790 A bis (jusqu'au 31/12/2026)100 000 €art. 790 A bis CGI
AV primes versées avant 70 ans (par bénéficiaire désigné)152 500 €art. 990 I CGI
AV primes versées après 70 ans (abattement global tous bénéficiaires)30 500 €art. 757 B CGI
PER assurantiel, décès du titulaire avant 70 ans (abattement commun avec l'AV)152 500 € (990 I)art. 990 I CGI
PER assurantiel, décès du titulaire après 70 ans (montant total, abattement global commun avec l'AV)30 500 €art. 757 B CGI

14.1. Primes manifestement exagérées : Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110

Danger pour les versements tardifs : une prime jugée disproportionnée peut être requalifiée en donation indirecte et réintégrée à la succession (art. L. 132-13 Code des assurances). L'arrêt Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110 confirme la méthode d'appréciation autour de quatre critères cumulatifs : âge du souscripteur, patrimoine total, revenus réguliers, utilité économique du versement. Cas typique de requalification : une prime versée à 89 ans pour un montant équivalent à 80 % du patrimoine liquide. Règle pratique de cabinet : au-delà de 80 ans, ne dépassez pas 30 à 40 % du patrimoine liquide en primes nouvelles. Au-delà, le risque devient sérieux.

Donation vs AV : la grille d'arbitrage praticien

  • Donation préférable si : (1) transmission immédiate voulue, (2) bénéficiaire a un besoin actuel (achat immobilier, études), (3) bien qui va s'apprécier mécaniquement (parts de société, immobilier).
  • Assurance-vie préférable si : (1) souscripteur veut rester liquide, (2) souhait de désigner un tiers non-parent (concubin, filleul), (3) cumul avec abattement 990 I 152 500 € qui « double » l'enveloppe transmise.
  • Combiner donation + AV si : patrimoine supérieur à 1 M€, plusieurs bénéficiaires, capacité financière en santé. Chaque enveloppe capte son abattement dédié.

15. Quasi-usufruit post LF 2024 art. 774 bis : le piège et ses exceptions

La LF 2024 a réécrit les règles du quasi-usufruit en intégrant l'article 774 bis CGI. Conséquence très concrète : depuis le 29 décembre 2023, la dette de restitution née d'un quasi-usufruit sur somme d'argent n'est plus déductible de l'actif de succession du quasi-usufruitier. Sur 600 000 € donnés en NP avec usufruit réservé, votre fils paie d'abord les droits de donation, puis votre succession est taxée à nouveau sur les 600 000 € au décès. Double imposition. Le BOFiP du 26/09/2024 (BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20) trace cependant trois exceptions qui restent pleinement déductibles — et l'une concerne directement les clauses bénéficiaires d'assurance-vie.

15.1. Le mécanisme du piège

Imaginez. Vous donnez en 2024 à votre fils la nue-propriété de 600 000 € en numéraire, en vous réservant l'usufruit. Jusque-là, tout va bien.

Problème : parce que la somme est fongible (un euro remplace un autre euro), vous devenez « quasi-usufruitier » (art. 587 C. civ.). Vous pouvez dépenser l'argent.

À votre décès, votre fils dispose d'une créance de restitution de 600 000 € sur votre succession. Avant la LF 2024, il déduisait cette créance de l'actif brut — pas de double imposition.

Depuis la LF 2024, la créance n'est plus déductible. Les 600 000 € sont intégrés à l'actif taxable au décès, même si votre fils avait déjà payé des droits sur la nue-propriété à la donation d'origine. Résultat : la même somme est taxée deux fois.

15.2. Les 3 exceptions BOFiP 26/09/2024 qui préservent la déductibilité

Exception 1 — Quasi-usufruit légal du conjoint

Le quasi-usufruit né par l'effet de la loi (art. 587 C. civ., combiné à l'option successorale du conjoint survivant) sur les sommes d'argent reste déductible sans restriction.

Exception 2 — AV avec clause bénéficiaire démembrée

Le quasi-usufruit issu du dénouement d'une assurance-vie avec clause bénéficiaire démembrée (usufruit au conjoint, NP aux enfants) reste pleinement déductible au décès de l'usufruitier.

Exception 3 — Absence de but principalement fiscal

Le quasi-usufruit issu d'une cession de bien démembré (ex. vente d'un immeuble détenu en NP/usufruit) reste déductible si l'administration ne démontre pas un but principalement fiscal (faisceau d'indices : ancienneté du démembrement, motif économique, absence de montage artificiel). La doctrine BOFiP 26/09/2024 privilégie l'analyse temporelle et l'intention.

Conséquence pratique : réécrire les clauses bénéficiaires AV démembrées

Si vous avez rédigé une clause bénéficiaire démembrée avant 2024 sans préciser explicitement le mécanisme de quasi-usufruit, faites-la réécrire dès maintenant chez votre assureur ou notaire pour bénéficier de l'exception n° 2 BOFiP. Mentionner explicitement « clause bénéficiaire démembrée avec constitution conventionnelle d'un quasi-usufruit au profit du conjoint survivant, les nus-propriétaires étant X et Y » sécurise la déductibilité. Voir notre guide clause bénéficiaire d'assurance-vie.

16. Donation dans une famille recomposée

La famille recomposée concentre trois difficultés patrimoniales simultanées. Le beau-fils élevé depuis ses 4 ans reste fiscalement un tiers (barème 60 %, abattement résiduel 1 594 €) tant qu'il n'est pas adopté. Les enfants d'un premier lit peuvent attaquer un remariage avec communauté universelle via l'action en retranchement. Et le règlement successoral s'étire en moyenne sur 18 à 24 mois au lieu de 6, le temps de désigner les ayants droit. Trois outils éprouvés permettent de sécuriser le tout : l'adoption simple, la donation-partage conjonctive, et la DDV avec cantonnement.

16.1. Les 4 configurations et leurs outils

Tableau comparatif : Configuration — Outil fiscal — Effet — Premier cas : Beau-fils / belle-fille non adopté
ConfigurationOutil fiscalEffet
Beau-fils / belle-fille non adoptéDonation directe — barème 60 %, abattement 1 594 €Coût fiscal élevé, à éviter au-delà de 5-10 k€
Beau-fils / belle-fille adopté (adoption simple)Abattement 100 000 € + barème ligne directe (art. 786 CGI)Assimilation fiscale complète, sous conditions
Enfant du premier lit du conjointDonation via le conjoint biologique + adoption simple possibleMaintien de la réserve héréditaire sur la lignée
Enfant commun d'une recompositionTraitement standard ligne directe des deux parentsAbattement 100 000 € × 2 × cycle 15 ans

16.2. L'adoption simple art. 786 CGI : la solution souvent ignorée

L'adoption simple est l'outil le plus rentable de la famille recomposée — et le moins utilisé. Elle permet d'adopter un majeur (ou un mineur avec accord des parents biologiques) sans rompre le lien de filiation d'origine. Fiscalement, l'adopté simple bascule en ligne directe : abattement 100 000 € + barème 5-45 %, à condition que le lien soit réel et durable (art. 786 CGI). Coût notarial : 1 500 à 2 500 €. Sur une transmission de 200 000 € à un beau-fils, l'économie atteint environ 100 000 € de droits — c'est-à-dire un retour sur investissement supérieur à 4 000 % en quelques semaines de procédure.

Le piège de la communauté universelle en famille recomposée

Adopter la communauté universelle avec clause d'attribution intégrale au conjoint survivant semble protéger le couple. En réalité, les enfants du premier lit peuvent intenter une action en retranchement (art. 1527 C. civ.) pour récupérer la part de réserve qui leur échappe. Sans anticipation, le contentieux dure 3 à 5 ans et coûte facilement 175 000 € en frais d'avocat et droits supplémentaires sur un patrimoine d'1,8 M€. L'alternative plus solide : une donation entre époux (DDV) avec cantonnement, doublée d'une donation-partage conjonctive qui répartit clairement entre enfants des deux lits — chacun sait ce qu'il reçoit, et toute contestation tombe.

17. Profils particuliers : handicap, expatriés, concubins, majeurs protégés

17.1. Enfant handicapé : l'abattement cumulable de 159 325 €

L'abattement pour enfant handicapé (art. 779-II CGI) de 159 325 € se cumule avec l'abattement ligne directe 100 000 € et avec le don Sarkozy 31 865 €. Soit 291 190 € par parent par enfant handicapé tous les 15 ans. Conditions taxatives : infirmité physique ou mentale empêchant l'exercice d'une activité professionnelle dans des conditions normales OU, pour un mineur, l'acquisition d'une instruction ou formation d'un niveau normal. Justificatifs acceptés : carte d'invalidité, pension d'invalidité 2e ou 3e catégorie, AAH, certificat médical circonstancié. Pas de seuil d'âge pour le donataire.

17.2. Expatriés et non-résidents : territorialité art. 750 ter

L'article 750 ter CGI assujettit aux droits français la donation dans l'un des trois cas suivants : (1) le donateur est résident fiscal français, OU (2) le bien donné est situé en France, OU (3) le donataire est résident fiscal français depuis au moins 6 des 10 dernières années. Chaque critère suffit : donation d'un bien français par un donateur non-résident à un enfant non-résident reste taxable en France.

Tableau comparatif : Configuration — Taxation donation en France ? — Premier cas : Donateur français, bien français, enfant expatrié depuis 8 ans
ConfigurationTaxation donation en France ?
Donateur français, bien français, enfant expatrié depuis 8 ansOui — donateur résident
Donateur expatrié 15 ans, bien français, enfant expatrié 15 ansOui — bien situé en France
Donateur expatrié 15 ans, bien étranger, enfant résident France depuis 8 ansOui — donataire résident 6/10
Donateur expatrié 15 ans, bien étranger, enfant expatrié 4 ansNon — aucun critère

17.3. Concubins : toujours des tiers

Le concubin (union libre non formalisée par un PACS ou un mariage) est fiscalement un tiers, taxé à 60 % dès le premier euro en donation (art. 777 tableau III CGI) — sans aucun abattement dédié (l'abattement résiduel 1 594 € de l'art. 788-IV ne s'applique qu'en succession). Les seules solutions pour optimiser : PACS (abattement 80 724 €, procédure d'un jour), mariage, adoption simple si l'écart d'âge le permet, ou basculement sur l'assurance-vie (abattement 152 500 € par bénéficiaire désigné, art. 990 I pour primes versées avant 70 ans).

17.4. Majeurs protégés : l'autorisation du juge

Un majeur sous tutelle ou curatelle renforcée ne peut donner qu'avec l'autorisation du juge des contentieux de la protection (art. 457-1 et s. C. civ.). L'acte se prépare par le tuteur/curateur, avec avis médical, inventaire patrimonial et motif d'intérêt supérieur du majeur protégé. Le juge vérifie que la donation ne dépouille pas le majeur ni ne contrevient à ses intérêts. Délai typique d'instruction : 2 à 4 mois.

18. Combien coûte une donation chez le notaire en 2026 ?

Les émoluments de notaire pour une donation sont réglementés par le décret 2020-179 du 28 février 2020 et codifiés aux articles A.444-53 et suivants du Code de commerce. Ils sont proportionnels à la valeur du bien donné, selon un barème à 4 tranches dégressives (en vigueur au 23 avril 2026 ; un nouvel arrêté du 25 février 2026 est entré en vigueur au 1er mars 2026 — les taux ci-dessous correspondent au barème général applicable aux donations).

Tableau comparatif : Tranche de valeur — Taux émoluments proportionnels — Premier cas : De 0 à 6 500 €
Tranche de valeurTaux émoluments proportionnels
De 0 à 6 500 €4,837 %
De 6 500 € à 17 000 €1,995 %
De 17 000 € à 60 000 €1,330 %
Au-delà de 60 000 €0,998 %

S'ajoutent, pour une donation immobilière : la contribution de sécurité immobilière (CSI) à 0,10 % (art. 879 CGI, min. 15 €) pour la publication de l'acte au service de publicité foncière, la TVA 20 % sur les émoluments et certaines prestations, et la taxe fixe 0,60 % de la taxe départementale de publicité foncière (TPF / ex-droits de mutation, art. 791 CGI pour la part DMTG). Attention : la CSI à 0,10 % est souvent confondue avec la TPF à 0,60 % dans l'écosystème patrimonial — les deux s'ajoutent.

18.1. Exemples chiffrés 2026

Tableau comparatif : Type de donation — Valeur — Émoluments HT — TVA 20 % — CSI 0,10 % — TPF 0,60 % — Total frais notaire — Premier cas : Don manuel 50 000 € avec acte notarié
Type de donationValeurÉmoluments HTTVA 20 %CSI 0,10 %TPF 0,60 %Total frais notaire
Don manuel 50 000 € avec acte notarié50 000 €≈ 930 €≈ 186 €Non applicableNon applicable≈ 1 120 €
Donation immobilière 200 000 €200 000 €≈ 2 300 €≈ 460 €200 €1 200 €≈ 4 160 €
Donation immobilière 500 000 €500 000 €≈ 5 280 €≈ 1 060 €500 €3 000 €≈ 9 840 €
Donation immobilière 1 000 000 €1 000 000 €≈ 10 270 €≈ 2 050 €1 000 €6 000 €≈ 19 320 €

Cas pratique : un immeuble de 300 000 € donné à un enfant unique génère environ 6 100 € de frais notaire tous frais inclus (≈ 3 300 € émoluments + 660 € TVA + 300 € CSI + 1 800 € TPF). À cela s'ajoutent les droits de donation calculés après abattement — qui tombent à zéro si la donation-partage va à deux enfants (chacun absorbant son abattement de 100 000 €).

19. Huit cas pratiques nominatifs chiffrés

Cas 1 — Laurent & Claire, 58 ans, Annecy : triple abattement 790 A bis

Voir détail §7.3 ci-dessus. 463 730 € par enfant transmis en franchise avant le 31/12/2026.

Cas 2 — Bernard, 65 ans, Lyon, dirigeant SAS 4 M€ : Dutreil + réduction 50 %

Voir détail §12.4 ci-dessus. Taux effectif 2 % sur 4 M€ grâce au cumul Dutreil + abattement + réduction 50 %.

Cas 3 — Sophie, 55 ans, Toulouse, veuve : donation-partage démembrée

Sophie, chirurgienne en clinique privée, veuve depuis 2022, mère de deux enfants majeurs (Julien 28 ans, Inès 25 ans). Patrimoine net 1,4 M€ dont la maison familiale à Toulouse (650 000 €), un appartement locatif à Balma (280 000 €), un PEA (150 000 €) et une AV (320 000 €).

Elle fait une donation-partage de la nue-propriété de l'appartement locatif (280 000 € × 50 % barème 669 à 55 ans = 140 000 €) à ses deux enfants par moitié. Chaque enfant reçoit 70 000 € de NP, absorbé par l'abattement 100 000 €. Sophie conserve l'usufruit et ses loyers (12 000 €/an). À son décès, Julien et Inès recueilleront la pleine propriété gratuitement. Droits payés : 0 €. Valeur transmise à terme : potentiellement 350 000 à 400 000 € (avec appréciation).

Cas 4 — Jean & Hélène, famille recomposée : piège communauté universelle 175 k€

Jean, 62 ans, remarié avec Hélène, 55 ans, a deux enfants d'un premier lit (Marine 30 ans, Pierre 28 ans). Hélène a une fille d'un premier lit (Lisa 22 ans). Patrimoine Jean 1,8 M€. Hélène souhaite la sécurité d'une communauté universelle avec attribution intégrale au survivant. Après consultation CGP, on découvre que Marine et Pierre peuvent, au décès de Jean, exercer l'action en retranchement (art. 1527 C. civ.) pour récupérer 900 000 € sur les 1,8 M€.

Alternative retenue : DDV (donation au dernier vivant) avec option 1/4 PP + 3/4 usufruit + cantonnement pour Hélène, donation-partage préalable de 200 000 € à Marine et Pierre (100 000 € chacun, abattement 779-I couvre). Économie vs CU : environ 175 000 € de droits supplémentaires + frais de procédure évités.

Cas 5 — Thomas, 48 ans, Singapour : donation bien parisien et territorialité

Thomas, directeur financier expatrié à Singapour depuis 14 ans, marié à une Singapourienne, trois enfants binationaux résidant à Singapour. Il possède un appartement à Paris (800 000 €) qu'il souhaite donner à son fils aîné (27 ans, également expatrié depuis 3 ans). Application art. 750 ter : bien situé en France → taxation française. L'enfant est résident fiscal de Singapour depuis moins de 6 ans → critère non rempli côté donataire, mais critère bien français suffit.

Abattement 100 000 €. Base taxable 700 000 €. Droits ligne directe ≈ 152 962 € (tranche 30 % au-delà de 552 324 €). Le don Sarkozy 790 G ne s'applique pas ici : il est réservé aux dons en numéraire, pas aux biens immobiliers. Solution optimisée : donation de la nue-propriété. À 48 ans, le barème art. 669 CGI attribue 60 % à l'usufruit et 40 % à la nue-propriété. Base NP = 800 000 × 40 % = 320 000 €, après abattement 100 000 € → 220 000 € taxables, droits ≈ 42 194 €. Économie ≈ 110 768 € vs transmission en pleine propriété, plus récupération gratuite de l'usufruit par le fils au décès de Thomas (art. 1133 CGI).

Cas 6 — Alain, 82 ans, Aix : arbitrage donation vs AV 757 B

Alain a 82 ans. Le don Sarkozy 790 G lui est fermé (condition moins de 80 ans). Il a deux enfants (Julie 52 ans, Marc 49 ans) et veut leur transmettre 400 000 € de cash. Option 1 : donation classique 200 000 € par enfant → abattement 100 000 € → 100 000 € taxables par enfant, droits ≈ 18 194 € × 2 = 36 388 €. Option 2 : verser 400 000 € sur une assurance-vie existante avec Julie et Marc comme bénéficiaires à parts égales, primes versées post-70 ans → régime art. 757 B abattement global 30 500 € tous bénéficiaires confondus, 369 500 € taxables, droits ligne directe sur cette assiette ≈ 73 094 € à partager. Option 1 gagne clairement ici.

Arbitrage praticien : post-80 ans, la donation directe est généralement plus avantageuse que l'AV à l'entrée. L'AV reste intéressante pour la désignation d'un tiers (concubin, filleul) qui n'aurait pas d'abattement donation.

Cas 7 — Caroline, 70 ans, 5 petits-enfants : donation transgénérationnelle

Voir détail §11.2 ci-dessus. 300 000 € transmis, droits totaux 19 100 €.

Cas 8 — Philippe, 62 ans, donation-cession 5 M€ + CDHR neutralisé

Philippe s'apprête à vendre sa SAS de conseil pour 5 M€. PV latente ≈ 4,5 M€. RFR couple post-cession sans stratégie ≈ 4,2 M€ → CDHR estimée ≈ 740 000 € en plus du PFU 31,4 % = 1 413 000 € + 740 000 € = 2,15 M€ d'impôts.

Stratégie : apport à holding + donation NP des titres holding à ses 3 enfants majeurs détachés fiscalement (J-90 avant tout mandat de vente). Base donation après barème 669 (62 ans → 60 % NP) : 3 M€ × 60 % = 1,8 M€, divisé par 3 = 600 000 € par enfant. Après abattement 100 000 € → 500 000 € taxables par enfant. Droits ≈ 98 194 € × 3 = 294 582 €. PV purgée au profit des enfants. Cession par la holding au prix de marché. Réemploi 60 % dans activité éco dans 24 mois. RFR des 3 enfants séparés → chacun bien en-dessous du seuil CDHR. Impôt total famille ≈ 295 000 € au lieu de 2,15 M€ : économie 1,9 M€.

Hagnéré Patrimoine

Donation directe, AV, démembrement ou Dutreil : lequel dans votre cas ?

Au-delà de 80 ans, avec un dirigeant en cession, pour un expatrié ou une famille recomposée : les bons leviers diffèrent radicalement. On modélise 2 à 3 scénarios chiffrés à comparer.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

20. Quels sont les 12 pièges à éviter dans une donation ?

Tableau comparatif : Erreur — Conséquence — Référence — Premier cas : Ne pas déclarer un don manuel dans le mois
ErreurConséquenceRéférence
Ne pas déclarer un don manuel dans le moisHorloge 15 ans non démarrée + majoration 40-80 % en cas de contrôleart. 635 A CGI, art. 1729 CGI
Confondre don Sarkozy et don manuel classiqueConditions 790 G non remplies (âge 80 ans, majorité donataire, numéraire) = abattement refuséart. 790 G CGI
Donner 10 jours après ses 71 ans au lieu de 10 jours avantPassage barème 669 60 → 70 % NP, +10 points taxablesart. 669 CGI
Donation-cession avec mandat de vente déjà signéRequalification abus de droit L. 64 LPF, majoration 80 %CE 05/02/2024, L. 64 LPF
Primes AV manifestement exagérées post-80 ansRequalification donation indirecte + intégration succession + action en réductionCass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110
Quasi-usufruit sans acte authentique préalableCréance de restitution non déductible au décès (art. 774 bis)art. 774 bis CGI, BOFiP 26/09/2024
Dutreil holding avec filiales SCI patrimonialesRequalification animation inexistante, rupture engagement, droits intégraux + 40 %Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415
Communauté universelle en famille recomposée sans anticipationAction en retranchement enfants du 1er lit, 100-200 k€ contentieuxart. 1527 C. civ.
Donation indirecte (achat au nom de l'enfant) sans acte préalableRequalification don manuel non déclaré + majorationart. 757 CGI, L. 64 LPF
Oublier le RAAR dans une donation-partage inégalitaireContestation possible 5 ans après décès, action en réductionart. 930-1 C. civ.
Donation sous seing privé d'un bien immobilierNullité absolue art. 931 C. civ.art. 931 C. civ.
Oublier la purge préemption (statuts, locataire, urbanisme)Nullité relative de la cession liée, blocage 6 mois à 2 ansL. 214-1 C. urbanisme, art. 15 loi 1989

21. Jurisprudence récente 2024-2026 (15 décisions clés)

Quatre décisions de 2024-2025 redessinent la donation pour 2026. Cass. com. 17/12/2025 durcit le Dutreil holding (animation effective au jour du fait générateur). Cass. 1ré civ. 02/07/2025 requalifie en donation simple les donations-partages avec lots indivis — gel des valeurs perdu. Cass. 1ré civ. 23/10/2024 bascule en donation indirecte les travaux d'amélioration financés par l'usufruitier. Et Cass. 2e civ. 19/12/2024 cristallise les quatre critères des primes AV manifestement exagérées. À ces arrêts s'ajoute le rapport de la Cour des comptes du 18/11/2025, qui chiffre à 5,5 Md€ la dépense fiscale Dutreil en 2024 et appelle un recentrage en LF 2027. La fenêtre de stabilité se referme : les CGP travaillent désormais sur l'hypothèse d'un durcissement à compter de 2027.

Tableau comparatif : Décision — Référence — Portée praticien — Premier cas : Cass. com. 17/12/2025
DécisionRéférencePortée praticien
Cass. com. 17/12/2025n° 24-17.415Dutreil holding animatrice : appréciation au jour du fait générateur, documentation animation requise
Rapport Cour des comptes 18/11/2025Dutreil 5,5 Md€ (2024)Coût en forte croissance (3,3 Md€ en 2023), recentrage recommandé — durcissement probable en LF 2027
Cass. 1ré civ. 02/07/2025n° 23-16.329Donation-partage avec lots indivis : requalification en donation simple, perte du gel des valeurs (art. 1078 C. civ.)
Cass. 1ré civ. 17/01/2025n° 23-22.537Successions internationales Règl. UE 650/2012 — validation professio juris
Cass. 2e civ. 19/12/2024n° 23-19.110Primes AV manifestement exagérées : frontière donation indirecte, 4 critères cumulatifs
CADF aff. 2024-10 (14/11/2024)Séance CADFDonation-cession + rachat J+1 + quasi-usufruit rétroactif = donation fictive (majoration 80 %)
Cass. 1ré civ. 23/10/2024n° 22-20.879Travaux d'amélioration financés par l'usufruitier = donation indirecte rapportable — alerte clauses démembrées
CE 30/12/2011 (Motte-Sauvaige)n° 330940Dépossession réelle avant toute négociation commerciale engagée (arrêt fondateur de la donation-cession)
Cass. com. 20/12/2023n° 22-17.612LMP et IFI : exonération sous conditions taxatives, impact donation parts LMP
CE 29/09/2023n° 473972Dutreil et location meublée : exclusion confirmée (neutralisée par LF 2024 art. 23)
Cass. com. 11/05/2023n° 21-16.923Dutreil donation holding : conditions d'animation au fait générateur
Cass. com. 01/06/2023n° 22-15.152 (inédit)Dutreil 787 B : la location d'un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation est une activité commerciale au sens de l'art. 35, I, 5° du CGI, susceptible de rendre la transmission des parts éligible — cassation pour défaut de base légale, l'éligibilité elle-même n'étant pas tranchée ; activité désormais exclue du Dutreil (LF 2024 art. 23 ; BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 § 15)
CE 31/05/2022n° 455349Donation-cession via holding : réemploi 60 % / 24 mois (seuil relevé à 70 % / 36 mois par LF 2026 pour cessions post-20/02/2026)
Cass. com. 06/12/2016n° 15-19.966Donation déguisée art. 792 bis : vente à vil prix requalifiable via L. 64
Cass. 1re civ. 20/11/2013n° 12-25.681Donation-partage (Bull.) : répartition matérielle exigée, l'attribution de droits indivis la requalifie en donation simple
Cass. 1re civ. 10/05/1995n° 93-15.187Présent d'usage (Bull.) : modicité appréciée à la date du don et au regard de la fortune du donateur, sans seuil chiffré

22. Checklist actionnable : les 10 actions à mener dans les 12 mois

Tableau comparatif : # — Action — Horizon — Gain potentiel — Premier cas : 1
#ActionHorizonGain potentiel
1Établir un bilan patrimonial complet (actif, passif, régime matrimonial, flux)Ce mois-ciBase de toute stratégie
2Lister tous les dons manuels antérieurs non déclarés et régulariser via loi ESSOC2 moisSécurisation + démarrage horloge 15 ans
3Vérifier l'éligibilité au dispositif 790 A bis (enfant en projet immobilier neuf ou rénovation)Avant 31/10/2026100 000 € par parent × enfants
4Si moins de 80 ans : programmer un don Sarkozy 31 865 € par enfant/petit-enfant12 mois31 865 € × nombre donataires par donateur
5Audit Dutreil si chef d'entreprise (engagement collectif, animation, fonctions)24 mois avant transmission75 % + 50 % PP si < 70 ans = économie plusieurs M€
6Réécrire les clauses bénéficiaires AV démembrées (exception 774 bis)6 moisDéductibilité créance restitution au décès
7Planifier une donation-partage si 2+ enfants (anti-conflit + gel valeurs)12 moisÉlimination 95 % du risque contentieux
8Adoption simple en famille recomposée si enfants élevés par beau-parent6-12 moisAbattement 100 000 € + ligne directe vs 1 594 € + 60 %
9Vérifier régime matrimonial (communauté universelle en famille recomposée = piège)3 moisJusqu'à 175 000 € évités
10Si cession d'entreprise prévue : lancer donation-cession J-90 minimumAvant toute LOIPurge PV + réduction Dutreil + 790 = économie massive
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23. Sources officielles et jurisprudence

23.1. Textes juridiques

  • Code général des impôts (CGI) : art. 669, 750 ter, 757, 777, 779, 784, 787 B, 788, 790, 790 A bis, 790 B, 790 D, 790 E, 790 F, 790 G, 792 bis, 990 I, 1729.
  • Code civil : art. 843, 852, 894, 913, 919, 922, 931, 953-960, 1075-1078, 1078-4, 1094-1, 1133, 1527.
  • Livre des procédures fiscales (LPF) : art. L. 64 et L. 64 A (abus de droit et mini-abus), L. 169 (délai de reprise 6 ans), L. 186.
  • Loi de finances 2024 (loi 2023-1322 du 29/12/2023) — art. 26 (art. 774 bis CGI quasi-usufruit).
  • Loi de finances 2025 (loi 2025-127 du 14/02/2025) — art. 71 (art. 790 A bis CGI logement neuf).
  • Loi de finances 2026 — reconduction CDHR art. 224, gel barèmes 2028, relèvement seuil réemploi 150-0 B ter à 70 % / 36 mois pour cessions post-20/02/2026.

23.2. Doctrine administrative BOFiP

  • BOI-ENR-DMTG-20 — Donations, généralités.
  • BOI-ENR-DMTG-20-20-20 (maj 04/09/2025) — Don familial sommes d'argent art. 790 G.
  • BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 (maj 26/09/2024) — Quasi-usufruit art. 774 bis et exceptions.
  • BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 (maj 30/05/2024) — Pacte Dutreil art. 787 B.
  • BOI-CF-IOR-30-20 — Abus de droit L. 64 A LPF.
  • BOI-ENR-DMTG-10-50-20 — Abattements.

23.3. Jurisprudence 2020-2026

  • Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 (Dutreil holding animatrice)
  • Cass. 1ré civ. 02/07/2025 n° 23-16.329 (donation-partage lots indivis requalifiée)
  • Cass. 1ré civ. 17/01/2025 n° 23-22.537 (successions internationales)
  • CADF aff. 2024-10 du 14/11/2024 (donation-cession + rachat J+1 requalifiée)
  • Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110 (primes AV exagérées)
  • Cass. 1ré civ. 23/10/2024 n° 22-20.879 (travaux usufruitier = donation indirecte)
  • Cass. com. 20/12/2023 n° 22-17.612 (LMP et IFI)
  • CE 29/09/2023 n° 473972 (Dutreil et location meublée, neutralisé par LF 2024)
  • Cass. com. 11/05/2023 n° 21-16.923 (Dutreil holding)
  • CE 31/05/2022 n° 455349 (donation-cession réemploi 60 %)
  • Cass. com. 06/12/2016 n° 15-19.966 (donation déguisée)
  • Cass. 1re civ. 20/11/2013 n° 12-25.681 (donation-partage : répartition matérielle exigée)
  • Cass. 1re civ. 10/05/1995 n° 93-15.187 (présent d'usage)

23.4. Autres sources institutionnelles

  • Cour des comptes — rapport du 18/11/2025 sur le pacte Dutreil (5,5 Md€ de dépense fiscale en 2024, en forte croissance vs 3,3 Md€ en 2023, recentrage recommandé).
  • Conseil supérieur du notariat (CSN) — baromètre transmission 2024-2025.
  • impôts.gouv.fr — formulaire 2735 (notice 03-2025), téléprocédure depuis le 1er janvier 2026.
  • Service-Public.fr — fiche F14203 (droits de donation) et A18081 (790 A bis).

Mise à jour : 23 avril 2026. Par Quentin Hagnéré (fondateur ; cabinet CIF, COA, COBSP — Hagnéré Patrimoine enregistré à l'ORIAS). Sources : Code général des impôts (CGI), BOFiP, Legifrance, impots.gouv.fr, INSEE, Conseil supérieur du notariat, Cour des comptes. Les chiffres et barèmes mentionnés sont ceux en vigueur au 23 avril 2026.

Ce guide est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les situations patrimoniales étant toutes différentes, consultez un conseiller en gestion de patrimoine certifié pour une recommandation adaptée à votre situation.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la donation de son vivant

Chaque parent peut donner 100 000 € par enfant tous les 15 ans en franchise (abattement art. 779-I CGI), soit 200 000 € par enfant pour un couple. S'y ajoute le don Sarkozy de 31 865 € par parent (donateur de moins de 80 ans, donataire majeur ou émancipé, art. 790 G). Soit 263 730 € par enfant pour un couple tous les 15 ans. Jusqu'au 31/12/2026, on peut en plus mobiliser le dispositif LF 2025 art. 790 A bis : 100 000 € par donateur par donataire (plafond global 300 000 € par donataire) pour l'achat d'un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique. Cumul maximal théorique par enfant 2026 : 463 730 € pour un couple.

Tous les 15 ans (art. 784 CGI, depuis la LFR 2012 du 16/08/2012). Le délai était de 10 ans entre 2007 et 2011, puis de 6 ans avant cela. La promesse électorale d'un retour à 10 ans évoquée depuis 2022 n'a jamais été votée et ne figure ni dans la LF 2025 ni dans la LF 2026. Le compteur de 15 ans repart à zéro à chaque donation enregistrée.

Oui pour toute donation par acte solennel (art. 931 Code civil) : donation immobilière, donation de titres non cotés, donation-partage, donation avec réserve d'usufruit, donation entre époux. Non pour le don manuel de sommes d'argent, de valeurs mobilières ou d'objets (art. 757 CGI) et pour le don familial art. 790 G. Mais le don manuel doit être déclaré au service des impôts dans le mois de sa révélation via le formulaire 2735 (téléprocédure obligatoire depuis le 1er janvier 2026).

Formulaire 2735 (notice 03-2025). Depuis le 1er janvier 2026, la téléprocédure est obligatoire via l'espace Particulier impôts.gouv.fr (rubrique 'Déclarer > Je déclare un don'). Le délai est d'un mois à compter de la révélation (art. 635 A CGI). La révélation peut être spontanée (recommandé, fait courir le délai de reprise de 6 ans) ou provoquée par un contrôle (majoration 40 % à 80 % alors applicable). Si aucun droit n'est dû (abattement non épuisé), la déclaration reste obligatoire pour faire courir le délai de 15 ans.

Émoluments proportionnels (décret 2020-179, arrêté A.444-53 et s.) sur 4 tranches dégressives : 4,837 % jusqu'à 6 500 € / 1,995 % jusqu'à 17 000 € / 1,330 % jusqu'à 60 000 € / 0,998 % au-delà. S'ajoutent la contribution de sécurité immobilière (0,60 % pour les immeubles), la TVA 20 % sur les émoluments et une taxe fixe 0,715 %. Exemple : donation d'un bien 300 000 € = environ 3 300 € d'émoluments HT + 660 € TVA + 1 800 € CSI = ~5 800 € tous frais, à quoi s'ajoutent les droits de donation calculés après abattement.

Donation simple pour un enfant unique ou un don ponctuel ciblé. Donation-partage dès que l'on a deux enfants ou plus et qu'on veut figer la valeur au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.) pour éviter les réévaluations conflictuelles à l'ouverture de la succession. La donation-partage n'est pas rapportable (avantage fiscal décisif sur 20 ans), fige les lots et élimine la plupart des contentieux successoraux. Coût notaire similaire, bénéfices civils très supérieurs dans 90 % des cas.

Toute donation enregistrée moins de 15 ans avant une nouvelle donation ou avant votre décès est 'rappelée' : l'abattement déjà consommé vient en déduction du plafond disponible (art. 784 CGI). En cas de décès dans le délai de 15 ans, la donation reste acquise au donataire mais elle consomme l'abattement de 100 000 € pour le calcul des droits de succession. Au-delà de 15 ans, l'abattement se reconstitue intégralement. Astuce praticien : une donation à 55 ans puis une autre à 70 ans puis le décès à 85 ans = trois utilisations complètes du même abattement.

La réserve héréditaire (art. 913 C. civ.) est la part de votre patrimoine que la loi réserve obligatoirement à vos enfants : 1/2 si un enfant, 2/3 si deux, 3/4 si trois ou plus. La quotité disponible est le reste que vous pouvez librement donner ou léguer à qui vous voulez. Un enfant lésé peut, dans les 5 ans à compter de l'ouverture de la succession, engager une action en réduction (art. 921 C. civ.) pour récupérer la fraction qui excède la quotité disponible. Pour y renoncer à l'avance : RAAR (art. 930-1 C. civ.).

Oui, dans la limite de la quotité disponible, en précisant dans l'acte que la donation est faite 'hors part successorale' (art. 919 C. civ.). Elle ne sera alors pas rapportable à la succession et s'impute sur la quotité disponible, pas sur la réserve. Les enfants non-avantagés conservent leur réserve intacte. Pour sécuriser, on adjoint une lettre d'intention expliquant les raisons (handicap, aide apportée, repreneur d'entreprise) et, idéalement, un RAAR signé par les enfants non-avantagés.

Chaque grand-parent peut donner 31 865 € par petit-enfant tous les 15 ans en franchise (abattement art. 790 B CGI). S'y ajoute le don Sarkozy de 31 865 € supplémentaires si le grand-parent a moins de 80 ans et le petit-enfant est majeur (art. 790 G). Soit 63 730 € par grand-parent par petit-enfant. Pour 4 grands-parents, cela peut monter à 254 920 € par petit-enfant, renouvelables tous les 15 ans. Jusqu'au 31/12/2026, s'y ajoute le dispositif 790 A bis (100 000 € par grand-parent).

Vous donnez la nue-propriété à votre enfant et conservez l'usufruit (jouissance, revenus) jusqu'à votre décès. Les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété selon le barème fiscal de l'art. 669 CGI : 10 % par tranche de 10 ans d'âge de l'usufruitier. À votre décès, l'usufruit s'éteint et votre enfant récupère gratuitement la pleine propriété (art. 1133 CGI) — sans aucun droit supplémentaire. Avantage double : assiette taxable réduite et revenus conservés.

L'article 774 bis CGI (LF 2024 art. 26) prévoit que la dette de restitution née d'un quasi-usufruit sur somme d'argent n'est plus déductible de l'actif de succession du quasi-usufruitier. Conséquence : la valeur donnée à l'origine est taxée une seconde fois au décès. Trois exceptions BOFiP 26/09/2024 : (1) quasi-usufruit légal du conjoint (art. 757 Code civil ou 1094-1), (2) quasi-usufruit issu du dénouement d'une assurance-vie avec clause bénéficiaire démembrée, (3) quasi-usufruit issu d'une cession de bien démembré lorsque l'administration ne démontre pas un but principalement fiscal (faisceau d'indices : ancienneté du démembrement, motif économique). Hors exceptions, la dette est forclose fiscalement.

Le don familial de sommes d'argent (art. 790 G CGI) de 31 865 € se cumule avec l'abattement 100 000 €. Conditions taxatives : donateur de moins de 80 ans à la date du don, donataire majeur ou émancipé, don en numéraire (pas en nature), descendant direct (enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant) ou à défaut neveu/nièce. Au jour des 80 ans du donateur, le dispositif n'est plus accessible. Pour un couple 78/76 ans, chaque année de retard = perte potentielle de 63 730 € de transmission défiscalisée.

La donation-cession est un schéma validé par la jurisprudence (CE 30/12/2011 n° 330940 Motte-Sauvaige) qui purge la plus-value latente au profit du donataire. Mais la dépossession doit être réelle : la donation doit être intervenue avant toute négociation commerciale engagée (pas de LOI signée, pas de mandat exclusif de vente). Le réemploi par la holding dans une activité économique est requis — pour les cessions réalisées à partir du 20 février 2026 (LF 2026) : 70 % du produit dans 36 mois (ancien régime 60 % / 24 mois pour les cessions antérieures, art. 150-0 B ter CGI). Le délai de conservation des titres par le donataire est porté à 5 ans depuis la LF 2024. Risque en cas d'abus de droit L. 64 LPF : majoration 80 % (voir CADF aff. 2024-10 du 14/11/2024 sanctionnant un schéma donation-cession + rachat J+1).

Le pacte Dutreil (art. 787 B CGI) permet un abattement de 75 % sur la valeur des titres d'une société opérationnelle transmise par donation ou succession. Conditions : engagement collectif de conservation de 2 ans (ou réputé acquis), seuils de détention 17 % des droits financiers + 34 % des droits de vote pour les non cotées, engagement individuel de 4 ans, exercice d'une fonction de direction pendant au moins 3 ans après la transmission par l'un des signataires. Si donateur de moins de 70 ans en pleine propriété, réduction supplémentaire de 50 % des droits restants (art. 790 CGI). Cass. com. 17/12/2025 n° 24-17.415 a durci les conditions d'animation pour les holdings.

Jusqu'au 31 décembre 2026 (dispositif temporaire 15/02/2025 → 31/12/2026, créé par la LF 2025 art. 71). Chaque donateur peut donner 100 000 € par donataire ; plafond global par donataire 300 000 € tous donateurs confondus. Affectation obligatoire par le donataire dans les 6 mois à l'acquisition d'un logement neuf ou en VEFA, OU à des travaux de rénovation énergétique de sa résidence principale. Engagement de conservation du logement comme résidence principale (du donataire ou d'un locataire tiers) pendant 5 ans. Non cumulable avec MaPrimeRénov'/CITE sur les mêmes dépenses. Cumulable avec art. 779 et art. 790 G.

L'abattement pour enfant handicapé (art. 779 II CGI) de 159 325 € se cumule avec l'abattement classique 100 000 € art. 779 I et avec le don Sarkozy 31 865 € : soit 291 190 € par parent par enfant handicapé tous les 15 ans. Conditions taxatives : infirmité physique ou mentale empêchant l'exercice d'une activité professionnelle dans des conditions normales, OU pour un mineur l'empêchant d'acquérir une instruction ou une formation d'un niveau normal. Justificatifs : carte d'invalidité, pension d'invalidité 2e ou 3e catégorie, AAH, ou certificat médical circonstancié. Pas de seuil d'âge pour l'abattement.

Règle de territorialité art. 750 ter CGI : droits français dus si (1) le donateur est résident fiscal français, OU (2) le bien donné est situé en France, OU (3) le donataire est résident fiscal français depuis au moins 6 des 10 dernières années. Si donateur français et donataire expatrié depuis plus de 6 ans sans bien français donné : pas de droits en France. Attention aux conventions fiscales bilatérales donation : la France n'en a signé que 8 (Allemagne, Autriche, États-Unis, Italie, Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte, plus Suède dénoncée 2008). Pour Canada ou Suisse : pas de convention, risque de double imposition. Crédit d'impôt art. 784 A CGI peut limiter mais pas éliminer.

Sans lien de parenté ni alliance reconnue, la donation est taxée à 60 % après un abattement résiduel de 1 594 € (art. 788 IV CGI). Solutions pour optimiser : (1) adoption simple (art. 786 CGI) qui ouvre droit à l'abattement 100 000 € et au barème ligne directe 5-45 % si le lien a des racines réelles ; (2) PACS (abattement 80 724 € art. 790 F et barème ligne directe) ; (3) mariage (abattement 80 724 € art. 790 E mais attention au régime matrimonial) ; (4) donation via assurance-vie (abattement 152 500 € par bénéficiaire art. 990 I si primes avant 70 ans).

Donation déguisée (art. 792 bis CGI) : vente à vil prix, salaire fictif, prise en charge de dettes sans contrepartie. Donation indirecte : achat d'un bien immobilier au nom de l'enfant en payant soi-même, sans acte de donation préalable. Les deux sont requalifiables via la procédure d'abus de droit L. 64 ou L. 64 A LPF, avec majoration 80 % (but exclusivement fiscal) ou 40 % (but principalement fiscal), plus intérêts de retard 0,2 % par mois. Délai de reprise : 6 ans à compter de la révélation. Bonne pratique : acte authentique préalable + virement traçable + déclaration 2735 systématique.

Non, la donation est irrévocable par principe (art. 894 Code civil). Trois exceptions taxatives : (1) inexécution des charges imposées au donataire (art. 953 C. civ.) ; (2) ingratitude du donataire — attentat à la vie, sévices, injures graves, refus d'aliments (art. 955 C. civ.) ; (3) survenance d'enfant postérieure à la donation, sauf clause expresse de renonciation depuis la loi 2006-728 (art. 960 C. civ.). La jurisprudence récente admet également une requalification lorsque les faits révèlent l'absence d'intention libérale. La révocation doit être demandée dans l'année de l'offense (art. 957).