Optimisez votre assurance-vie avec un expert indépendant
Choix du contrat, clause bénéficiaire, fonds euros, unités de compte et fiscalité : nous vous aidons à structurer une assurance-vie cohérente avec vos objectifs.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en assurance-vie et structuration patrimoniale
Quentin Hagnéré accompagne les épargnants, familles et dirigeants sur la sélection de contrats d'assurance-vie, la rédaction des clauses bénéficiaires et l'articulation avec la transmission et la fiscalité.
Sommaire
- L'essentiel en 3 minutes
- 1. Qu'est-ce qu'un contrat de capitalisation ?
- 2. Tableau des 6 différences clés
- 3. Succession : rapportable vs hors succession
- 4. IFI : capi ou AV, même régime ?
- 5. Donation avec purge de plus-value
- 6. Comment démembrer un contrat capi ?
- 7. Personnes morales : SCI, holding, association
- 8. Fiscalité des rachats (art. 125-0 A CGI)
- 9. LF 2024 + BOFiP 2024 + LF 2025 : le capi gagnant
- 10. 5 cas pratiques chiffrés
- 11. Quand choisir l'un ou l'autre ?
- 12. 10 pièges à éviter
- 13. Contrat capi luxembourgeois : alternative HNW
- 14. Grand-parent → petit-enfant : le saut générationnel
- 15. Capi étranger en France (LPS, 3916-bis)
- 16. Comparatif élargi : capi vs PEA vs CTO vs PER
- 17. Clôture du capi au décès : mode opératoire
- Glossaire technique
- FAQ : 32 questions
L'essentiel en 3 minutes
Le contrat de capitalisation et l'assurance-vie partagent la même fiscalité de rachat (art. 125-0 A CGI : abattement 4 600 € / 9 200 € après 8 ans, PFU — Prélèvement Forfaitaire Unique — de 7,5 % ou 12,8 %). Mais 6 différences majeures les séparent : succession rapportable vs hors succession (art. 990 I CGI, abattement 152 500 €), IFI, donation avec purge de plus-value, démembrement, détention par personne morale, effet LF 2024 (art. 774 bis CGI). Chez Hagnéré Patrimoine, nous combinons systématiquement les deux enveloppes pour les patrimoines > 500 000 €.
Vous avez 68 ans. Vous venez de vendre votre entreprise pour 1,2 million d'euros net. Votre banquier vous parle d'assurance-vie, votre notaire évoque un contrat de capitalisation, votre expert-comptable suggère une holding patrimoniale. Trois conseils, trois enveloppes, et au milieu : vous, avec une question simple — qu'est-ce qui change vraiment entre un contrat de capitalisation et une assurance-vie ? Ce guide apporte la réponse, structurée en 14 sections, 5 cas pratiques chiffrés et 25 FAQ.
Ce que vous saurez après ce guide
- Identifier en 30 secondes quelle enveloppe privilégier selon votre profil et votre objectif
- Comprendre pourquoi le contrat capi devient stratégique après avoir saturé l'AV à 152 500 €
- Maîtriser les 5 cas pratiques chiffrés : donation démembrée, SCI IS, holding, succession, purge plus-value
- Éviter les 10 pièges classiques qui coûtent cher à la transmission
- Savoir combiner AV + capi pour optimiser succession, IFI et donation
- Intégrer la jurisprudence 2024-2025 (Cass. 2 mai 2024, 19 déc. 2024, 30 avr. 2025, Cass. com. 17 nov. 2025) et le BOFiP 774 bis du 26 sept. 2024
- Activer la fenêtre 790 A bis jusqu'au 31 décembre 2026
Références légales et doctrinales mobilisées dans ce guide
Textes : CGI art. 125-0 A, 125 A, 669, 757 B, 774 bis, 779 I, 787 B, 790 A bis, 790 B, 790 G, 965, 972, 990 I, 238 septies E — Code des assurances art. L.132-5-1, L.132-5-2, L.132-12, L.132-13 — Code civil art. 382, 587, 843, 912, 1094-1, 1133.
Doctrine administrative : BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, BOI-PAT-IFI-20-20-10, BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 (26 sept. 2024), RM Lambert n° 78192.
Jurisprudence : Cass. Ch. mixte 23 nov. 2004 (2 arrêts fondateurs) ; Cass. 1re civ. 2 mai 2024, n° 22-14.829 ; Cass. 2e civ. 19 déc. 2024, n° 23-19.110 ; Cass. 1re civ. 30 avr. 2025, n° 23-10.983 ; Cass. com. 17 nov. 2025, n° 24-17.415 ; CE 12 déc. 2023, n° 470038 et 470039.
Contrat de capitalisation ou assurance-vie — lequel pour quel objectif ?
Épargne, transmission, optimisation IFI, SCI patrimoniale, holding : chaque objectif penche pour une enveloppe. Nos CGP analysent votre situation familiale, fiscale et patrimoniale et vous orientent vers la bonne combinaison.
1. Qu'est-ce qu'un contrat de capitalisation exactement ?
Imaginez l'assurance-vie. Maintenant retirez la clause bénéficiaire et l'aléa du décès. Ce qui reste s'appelle le contrat de capitalisation. Mêmes assureurs derrière (Generali, Spirica, Suravenir, Cardif, Predica), mêmes supports — fonds en euros, ETF, SCPI, private equity — et surtout même fiscalité sur les rachats (article 125-0 A du CGI). La vraie différence ? Sa nature juridique. Le capi relève d'un simple contrat d'épargne, pas d'un contrat d'assurance. Conséquence : il peut être souscrit par une SCI à l'IS, une holding ou une association — chose impossible avec une AV.
La définition technique : pas d'aléa, pas de clause bénéficiaire
L'assurance-vie repose sur un aléa viager : le capital est versé au bénéficiaire au décès du souscripteur. C'est ce qui justifie son régime civil dérogatoire (art. L.132-12 du Code des assurances : le capital sort de la succession). Le contrat de capitalisation, lui, ne comporte aucun aléa: c'est un simple contrat d'épargne. Résultat concret : à votre décès, le capi entre dans la succession comme un compte-titres ou un PEA. Pas de bénéficiaire désigné, pas d'abattement de 152 500 €, pas de fiscalité dérogatoire 990 I. Ça paraît être un moins. En réalité, c'est précisément cette banalité juridique qui rend l'outil intéressant pour la donation du vivant — on y revient au point 5.
Origine historique : l'outil des CGP pour personnes morales
Le contrat de capitalisation existe depuis les années 1950. À l'origine, il a été conçu pour les personnes morales (associations, fondations, entreprises), qui ne peuvent pas souscrire une AV — pas d'aléa viager possible pour une société. Son usage s'est étendu aux particuliers dans les années 2000, surtout pour la transmission anticipée et l'optimisation IFI. En cabinet, trois profils types le réclament. Le chef d'entreprise avec 300 000 € de trésorerie qui dorment dans sa holding à 0,5 %. Le grand-parent qui veut transmettre 200 000 € à ses petits-enfants en gardant les revenus. Et plus rarement, l'épargnant déjà à saturation côté AV qui cherche un véhicule complémentaire.
Souscription au nom d'un mineur : un atout ignoré du marché
Cas concret rencontré en cabinet le mois dernier : un grand-père de 68 ans veut placer 100 000 € pour sa petite-fille de 4 ans. Réponse classique : ouvrir une AV à son nom à elle. Bonne idée, mais pas optimale. Avec un capi souscrit au nom de la mineure (sous administration légale, articles 382 et suivants du Code civil), on pose une horloge fiscale qui tournera 60, 70, 80 ans. L'antériorité des 8 ans, clé du régime fiscal favorable, sera acquise dès ses 12 ans. L'AV au nom d'un mineur reste possible, mais on perd l'intérêt principal de l'enveloppe : la clause bénéficiaire. Comme l'enfant est lui-même titulaire, à son décès c'est la succession classique qui s'applique — l'article 990 I (l'abattement de 152 500 €) ne sert plus à rien. Le capi, lui, est conçu dès le départ pour fonctionner sans clause bénéficiaire. C'est l'outil naturel de la transmission grand-parent → petit-enfant.
Délai de renonciation 30 jours : protection identique à l'AV
Comme l'assurance-vie, le contrat de capitalisation bénéficie du délai de renonciation de 30 jours calendairesà compter de la date à laquelle le souscripteur est informé de la conclusion du contrat (art. L.132-5-1 et L.132-5-2 du Code des assurances). Cette faculté de rétractation fonctionne sans justification ni pénalité et permet la restitution intégrale des sommes versées. Si l'assureur n'a pas remis l'ensemble des documents d'information requis, ce délai peut être prolongé jusqu'à 8 ansaprès la conclusion du contrat (sanction pour défaut d'information). Les provisions pour participation aux bénéfices (PPB, art. L.132-5 et R.343-3 du Code des assurances) sont également applicables de manière identique aux deux enveloppes : les bénéfices techniques et financiers doivent être redistribués au moins à 85 % aux souscripteurs, avec une obligation de distribution sous 8 ans.
Les contrats capi disponibles sur le marché 2026
En 2026, la majorité des contrats AV phares ont leur équivalent capi. Voici un comparatif des offres de référence, classées par positionnement (retail, patrimonial, personne morale).
| Contrat | Assureur | Versement min. | Frais UC | Frais versement | Architecture |
|---|---|---|---|---|---|
| Linxea Spirit Capi | Spirica (Crédit Agricole) | 500 € | 0,50 % | 0 % | Ouverte : 750 UC, SCPI, ETF, PE |
| Lucya Cardif Capi | BNP Paribas Cardif | 500 € | 0,60 % | 0 % | Ouverte : 2 300 UC, SCPI, ETF, PE |
| Placement-direct Vie Capi | Swiss Life | 500 € | 0,60 % | 0 % | Large : 600+ UC, ETF, SCPI |
| Linxea Avenir 2 Capi | Suravenir (Crédit Mutuel Arkéa) | 100 € | 0,60 % | 0 % | Moyenne : 400 UC, SCPI |
| Generali Himalia Capi | Generali | 10 000 € | 0,96 % | Négociable | Premium haut de gamme, PE, FAS |
| Suravenir Sérénité Entreprise | Suravenir | 50 000 € | 0,70-0,90 % | Négociable | Dédié personne morale IS |
| Predica Capi Entreprise | Crédit Agricole Assurances | 75 000 € | 0,80-1 % | Négociable | Dédié SCI IS, holdings |
| Lombard International (Lux) | Lombard (LUX) | 250 000 € | 0,40-0,80 % | Négociable | Premium LUX : FAS, FID, multi-devises |
Comment choisir son contrat capi en 3 critères
1. Statut du souscripteur— Personne morale ? Contrat dédié entreprise (Suravenir Sérénité, Predica, Generali Entreprise). Particulier ? Contrat grand public (Linxea Spirit, Lucya Cardif) pour < 500 K€, contrat premium (Generali Himalia, Lombard LUX) au-delà. 2. Architecture de supports— Besoin d'ETF et SCPI ? Linxea Spirit ou Lucya Cardif. Besoin de private equity direct, actions vives, multi-devises ? Lombard LUX. 3. Frais— Comparaison stricte frais de gestion UC (0,50 à 1 %) + frais d'arbitrage (idéalement 0 %) + frais de versement (négociables au-delà de 100 K€).
Le cas du contrat capi eurocroissance : un hybride à connaître
Créé par la loi Pacte (22 mai 2019) et relancé en 2022, le support eurocroissanceest disponible à la fois en assurance-vie et en contrat de capitalisation. Principe : capital garanti à l'échéance (8 à 40 ans selon le contrat) seulement, avec une gestion plus dynamique en attendant. Rendement potentiel supérieur au fonds euros classique (+0,5 % à +1,5 % annuels d'après les historiques 2023-2025), mais liquidité limitée avant l'échéance. Il reste un support de nicheen 2026 : encours cumulé capi + AV < 10 Md€, contre > 1 800 Md€ sur les fonds en euros classiques. À considérer uniquement si vous acceptez l'immobilisation partielle en échange d'un rendement amélioré.
2. Tableau des 6 différences clés entre contrat capi et assurance-vie
En rendez-vous, c'est toujours cette comparaison ligne à ligne que les clients réclament — on a fini par la sortir d'office. Un point essentiel avant de plonger : la fiscalité des rachats, elle, est rigoureusement la même. Tout ce qui diverge se joue ailleurs — au décès, lors d'une donation du vivant, ou quand vous voulez démembrer.
| Critère | Assurance-vie | Contrat de capitalisation |
|---|---|---|
| Souscripteurs éligibles | Personnes physiques uniquement | Personnes physiques ET morales (SCI IS, holding, association) |
| Clause bénéficiaire | Oui (pilier du régime 990 I) | Aucune (pas d'aléa viager) |
| Succession civile | Hors succession (art. L.132-12 C. ass.) | Rapportable à la succession (actif civil) |
| Succession fiscale | Régime dérogatoire 990 I / 757 B (152 500 € / 30 500 €) | Barème DMTG — Droits de Mutation à Titre Gratuit — classique (100 000 € par enfant) |
| Donation du vivant | Impossible (contrat attaché à la personne) | Possible (purge de plus-value) |
| Démembrement | Uniquement via clause bénéficiaire démembrée | Démembrement dès la souscription OU donation démembrée |
| IFI | Fraction UC immobilière + fonds euros (si conditions) | Identique à l'AV |
| Antériorité au décès | Non transmise (dénouement AV) | Conservée par les héritiers |
| Abattement 990 I (152 500 €) | Oui (avant 70 ans) | Non (jamais) |
| Abattement 757 B (30 500 €) | Oui (primes après 70 ans) | Non (jamais) |
| Fiscalité rachat (art. 125-0 A CGI) | PFU 30 % / 7,5 % après 8 ans + abattement | Identique |
| Régime en société IS | Impossible | Taxation forfaitaire annuelle (105 % TME — Taux Mensuel moyen des Emprunts d'État — × 70 %) |
Ce qu'il faut vraiment garder en tête
Les deux enveloppes appliquent la même fiscalité de rachat. Là où elles ne se ressemblent plus du tout, c'est sur le qui (qui peut souscrire), le comment du décès, la possibilité de donner de son vivant et la manière de démembrer. Tant que votre patrimoine financier reste sous le seuil des 152 500 € transmissibles en franchise, l'AV fait le job seule. Au-delà — ou dès que vous montez une SCI à l'IS, une holding, ou que vous voulez donner de votre vivant — le capi vient s'ajouter à l'AV. Jamais la remplacer : les deux jouent des partitions différentes.
3. Succession : rapportable vs hors succession — la différence qui change tout
En rendez-vous, c'est souvent ici que tout bascule : les clients pensaient que les deux contrats se transmettaient pareil. Pas du tout. L'assurance-vie est hors succession civile — le capital versé au bénéficiaire échappe aux règles de la réserve héréditaire (art. L.132-12 du Code des assurances). Le contrat de capitalisation, lui, intègre la successioncomme un actif financier ordinaire. Cette distinction n'est pas qu'un détail juridique : elle change le régime fiscal applicable, le montant des abattements et même la durée de vie du contrat après le décès.
Assurance-vie : l'article 990 I et l'abattement 152 500 €
Pour les primes versées avant les 70 ans du souscripteur, l'article 990 I CGI prévoit un abattement de 152 500 €par bénéficiaire (tous contrats AV du défunt confondus chez tous les assureurs). Au-delà de l'abattement : taxation à 20 % sur la fraction taxable jusqu'à 700 000 € par bénéficiaire (soit 852 500 € de capital brut perçu), puis 31,25 % au-delà. Les primes versées après 70 ans basculent sous l'article 757 B CGI : abattement global unique de 30 500 € tous bénéficiaires confondus, puis barème DMTG classique — mais seules les primessont taxables, les gains générés après 70 ans restent totalement exonérés. Concrètement, sur une transmission de 500 000 € à un enfant, l'AV avant 70 ans peut diviser la facture fiscale par deux par rapport à un actif rapportable classique — d'où sa popularité chez les CGP.
Contrat capi : barème DMTG classique, pas d'abattement spécifique
Le contrat de capitalisation ne bénéficie ni de l'abattement 152 500 €, ni de l'abattement 30 500 €. Au décès du souscripteur, il intègre l'actif successoral à sa valeur de rachat et est taxé au barème DMTG classique : 100 000 € d'abattement par enfant (art. 779 I CGI), 31 865 € par petit-enfant (art. 790 B CGI), puis barème progressif de 5 % à 45 % selon la tranche. Pour un contrat capi de 500 000 € transmis à un enfant unique : 400 000 € taxables après abattement, soit environ 78 000 € de droits (taux effectif ~15,6 %). En AV avant 70 ans : 500 000 € bénéficiaient de l'abattement 152 500 €, donc 347 500 € taxés à 20 %, soit 69 500 € — écart de 8 500 €, mais qui peut grimper à 50 000 € selon les montants.
L'atout caché : la transmission de l'antériorité fiscale
Le point qu'on oublie souvent de mentionner en rendez-vous, c'est celui-ci. Au décès du souscripteur, le contrat capi se transmet aux héritiers qui conservent l'antériorité fiscaledu contrat. Si le défunt avait un capi ouvert depuis 15 ans avec 500 000 € de valeur de rachat et 150 000 € de gains latents, les héritiers récupèrent ce contrat avec sa date d'ouverture d'origine : ils profitent immédiatementde l'abattement 4 600 € / 9 200 € et du taux 7,5 % sur les rachats futurs. L'AV, elle, se dénoue au décès : le bénéficiaire perçoit le capital et le contrat cesse d'exister. Pour un héritier qui ne veut pas tout liquider à la mort du parent et préfère garder une enveloppe propre pour piloter la suite, le capi prend l'avantage.
Comparaison chiffrée succession AV vs capi (patrimoine 500 000 €)
AV avant 70 ans : (500 000 − 152 500) × 20 % = 69 500 € de droits
Contrat capi : (500 000 − 100 000) × barème progressif = ~78 000 € de droits. Écart en défaveur du capi : ~8 500 €. MAIS l'héritier conserve un contrat avec 15 ans d'antériorité, 150 000 € de plus-value latente purgeables sur rachats futurs, et la possibilité de donner à son tour. Valorisation globale : le capi peut devenir avantageux dans 40 % des configurations familiales.
Primes manifestement exagérées : le risque caché de l'AV absent du capi
Il existe un argument en faveur du capi qui ne sort que devant un juge — et qui peut tout changer dans une succession conflictuelle. L'article L.132-13 du Code des assurances autorise les héritiers réservataires à demander au juge la requalification des primes manifestement exagérées versées sur une AV. Si un tribunal estime que les sommes versées étaient disproportionnées par rapport aux revenus et au patrimoine du souscripteur, elles sont réintégréesdans la succession civile et soumises à la réserve héréditaire. Critères d'appréciation (Cass. Ch. mixte, 23 nov. 2004, n° 02-17.507 et arrêts postérieurs) : âge au moment des versements, situation patrimoniale et familiale, utilité du contrat pour le souscripteur, proportion vs patrimoine global.
La Cour de cassation a considérablement précisé ces critères en 2024-2025, et ces arrêts récents renforcent l'intérêt stratégique du contrat capi pour toute famille exposée à un risque de contentieux successoral.
Jurisprudence 2024-2025 : les nouveaux critères d'appréciation des primes exagérées
- Cass. 1re civ., 2 mai 2024, n° 22-14.829— L'appréciation de l'exagération se fait au jour de chaque versement, pas au jour du décès. Si les revenus et le patrimoine du souscripteur ne permettent pas de couvrir ses charges courantes à la date du versement, l'exagération est retenue. Conséquence : un senior qui verse massivement tardivement sur une AV est particulièrement exposé.
- Cass. 2e civ., 19 déc. 2024, n° 23-19.110 — L'atteinte à la réserve héréditaire n'est PAS un critère d'appréciation de l'exagération. Seuls les 4 critères cumulatifs issus de Cass. Ch. mixte 23 nov. 2004 sont pertinents : âge, situation patrimoniale, situation familiale, utilité du contrat.
- Cass. 1re civ., 30 avr. 2025, n° 23-10.983 — Appréciation contrat par contrat, versement par versement: interdiction d'additionner les primes versées sur plusieurs contrats pour apprécier globalement l'exagération. L'âge supérieur à 70 ans, à lui seul, n'est pas probant.
Le contrat de capitalisation échappe totalementà ce risque : puisqu'il est déjà rapportable à la succession, il n'y a rien à requalifier. Aucun arrêt de la Cour de cassation 2022-2026 n'a étendu l'article L.132-13 au capi — ce dernier n'étant pas soumis au régime dérogatoire de l'AV. Quand la succession s'annonce compliquée — famille recomposée, enfants d'un premier lit, gros patrimoine —, savoir qu'on ne peut pas être attaqué cinq ou dix ans après le décès change la donne. Dans ces dossiers, on bascule presque toujours sur un capi démembré plutôt qu'une AV pleine et entière.
4. IFI : contrat capi ou assurance-vie, même régime ?
On entend souvent que le contrat capi pèserait plus lourd à l'IFI que l'AV. C'est une erreur. Les deux enveloppes suivent exactement le même régime IFI (art. 972 CGI). Seule la part de vos unités de compte investie en immobilier — SCPI, OPCI, SCI, foncières cotées — entre dans l'assiette, pour sa valeur de rachat au 1erjanvier. Les fonds en euros, eux, échappent à l'IFI : l'assureur s'engage à les piloter sans actifs immobiliers, et c'est le cas sur la quasi-totalité des contrats du marché. Chaque année, l'assureur vous remet un état IFI avec la part imposable à reporter sur la déclaration 2042-IFI.
Le piège des SCPI détenues en capi par une holding
Le piège qu'on voit rarement venir : quand le contrat capi est logé dans une holding patrimoniale et qu'il contient des SCPI, celles-ci remontent à l'IFI personnel du dirigeantau prorata de sa participation (art. 965 CGI). Exemple concret : holding détenue à 100 % par Monsieur X, contenant un capi de 800 000 € dont 250 000 € en SCPI — ces 250 000 € sont ajoutés à l'IFI de Monsieur X, sans la moindre décote. Cette transparence anti-abus passe presque toujours sous le radar des montages classiques, et la facture IFI tombe parfois deux ans plus tard sur avis d'imposition. Avant de loger des SCPI dans un capi société, on chiffre la remontée IFI ; sinon on peut se retrouver à payer 1,5 % par an sur des actifs qu'on pensait avoir « sortis ».
Stratégie d'évitement IFI : démembrement du capi
Démembrer le contrat capi peut sortir le nu-propriétaire de l'IFI, totalement ou en partie. Tout se joue sur l'origine du démembrement. Premier cas — succession avec usufruit légal du conjoint survivant (art. 1094-1 C. civ.) : c'est l'usufruitier seul qui paie l'IFI sur la valeur en pleine propriété (art. 968 CGI). Deuxième cas — donation avec réserve d'usufruit : usufruitier et nu-propriétaire se partagent la déclaration selon le barème de l'art. 669 CGI (par exemple 60 %/40 % entre 61 et 70 ans du donateur). Concrètement, sur un donateur de 65 ans, le nu-propriétaire ne déclare que 40 % de la valeur du contrat à l'IFI : la facture peut donc fondre de moitié pour la famille.
Point de vigilance IFI 2026
Depuis la loi de finances 2024, l'article 774 bis CGI durcit la fiscalité du quasi-usufruit sur les sommes d'argent — typiquement la clause bénéficiaire d'AV démembrée, où le nu-propriétaire perd la déductibilité de sa créance au décès. Bonne nouvelle : ce verrou ne touche pasle contrat capi démembré du vivant (donation avec réserve d'usufruit), qui passe par un autre régime. Conséquence pratique : pour toute succession ouverte depuis 2024, le capi démembré du vivant garde l'intégralité de son intérêt IFI et successoral, là où la clause bénéficiaire d'AV démembrée a perdu une partie de son efficacité.
5. Donner son contrat de capitalisation : la purge de plus-value que l'AV n'autorise pas
Le contrat de capitalisation peut être donné de son vivant — c'est sa singularité par rapport à l'AV, qui ne se transmet qu'au décès du souscripteur. Concrètement, vous donnez le contrat à vos enfants ou petits-enfants, en pleine propriété ou seulement la nue-propriété. Et la plus-value latente accumulée jusque-là disparaît fiscalement. Le donataire reprend le contrat avec sa valeur au jour de la donation comme nouvelle base de calcul. Toute l'appréciation antérieure n'est jamaistaxable au titre de l'article 125-0 A CGI. Seuls les gains postérieurs à la donation seront fiscalisés lors des rachats futurs.
Le mécanisme fiscal : valeur retenue et abattements applicables
La valeur retenue pour calculer les droits de donation est la valeur de rachat du contrat au jour de la donation(capital + intérêts cumulés). Les abattements applicables sont ceux du droit commun : 100 000 € par enfant (art. 779 I CGI), 31 865 € par petit-enfant (art. 790 B CGI), renouvelables tous les 15 ans. Le barème progressif DMTG s'applique au-delà : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à 12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €, 20 % jusqu'à 552 324 €, etc. La nouveauté 2025 : l'article 790 A bis CGI (LF 2025 promulguée le 14 février 2025) ajoute un abattement exceptionnel de 100 000 € par donateur / 300 000 € par donataire pour dons familiaux affectés à l'achat d'une résidence principale ou aux travaux de rénovation énergétique — mais ce dispositif ne s'applique pas aux dons de contrats capi (argent affecté à l'immobilier uniquement).
L'enjeu de la purge : exemple chiffré 500 000 €
Prenons un contrat capi souscrit en 2010 à hauteur de 200 000 € de versement, qui vaut 500 000 € en 2026 (300 000 € de plus-value latente). Si le souscripteur de 65 ans donne le contrat en pleine propriété à son enfant unique : droits de donation sur 500 000 − 100 000 = 400 000 €, soit environ 78 000 € de droits. Mais les 300 000 € de plus-value latente sont purgés pour toujours: si l'enfant rachète le contrat 5 ans plus tard à 600 000 €, seuls 100 000 € (gain post-donation) seront taxables à 7,5 % après 8 ans. Économie fiscale nette par rapport à un rachat direct par le parent : environ 45 000 € de fiscalité sur les 300 000 € de plus-value antérieure.
Aller plus loin : intégrer le contrat capi dans une donation-partage
Le contrat capi peut être intégré dans une donation-partage (art. 1075 C. civ.) aux côtés d'autres actifs (immobilier, titres, SCI). L'intérêt est triple : les valeurs sont figées au jour de la donation (donc pas de rapport civil au décès), la répartition entre enfants est équitable et définitive, et chaque parent active son abattement de 100 000 € par enfant — réutilisable tous les 15 ans. La purge des plus-values, elle, joue en plus. Côté AV, la mécanique est impossible : un contrat d'assurance-vie ne se donne pas, il se dénoue au décès.
Recommandation CGP : l'arbitrage purge vs 990 I
La règle d'or que nous appliquons en cabinet : si vos enfants ont moins de 40 ans et que vous avez plus de 60 ans, la donation de contrat capi avec purge plus-value est souvent fiscalement équivalente ou supérieureà l'AV avec abattement 990 I, notamment parce que l'enfant récupère l'antériorité fiscale du contrat et peut le gérer sur 40 ans. Au-delà de 2 enfants et pour des patrimoines > 800 000 €, l'arbitrage penche clairement vers le capi donné.
La pleine propriété reste l'option la plus directe. Mais beaucoup de parents veulent transmettre le capital sans renoncer aux revenus du contrat — c'est précisément l'objet du démembrement.
6. Comment démembrer un contrat de capitalisation pour transmettre ?
Là où l'assurance-vie bloque, le contrat de capitalisation ouvre deux portes. Première option : démembrer dès la souscription — le parent prend l'usufruit, les enfants la nue-propriété, tout est figé d'origine. Seconde option : garder un contrat déjà ouvert et donner uniquement la nue-propriété plus tard, en conservant l'usufruit. L'AV, elle, ne permet que de démembrer la clause bénéficiaire, et ce mécanisme ne se déclenche qu'au décès — beaucoup plus rigide, et désormais encadré par l'art. 774 bis CGI depuis la LF 2024.
La souscription démembrée d'origine
Concrètement : le parent ouvre le contrat capi, garde l'usufruit (les revenus, la gestion), et inscrit ses enfants comme nus-propriétaires dès la première signature. La transmission est lancée le jour J, pas au décès. Le barème de l'art. 669 CGI fixe la répartition selon l'âge du donateur. À 65 ans, l'usufruit pèse 40 %, la nue-propriété 60 %. Prenons un parent qui verse 500 000 € : les droits ne portent que sur la part transmise, soit 60 % = 300 000 €. Avec deux enfants, on retire 100 000 € d'abattement chacun. Reste 200 000 € taxables par enfant — au lieu de 250 000 € si on avait donné en pleine propriété. C'est tout l'intérêt du démembrement : on ne paie de droits que sur ce qu'on transmet vraiment au moment T. Le jour du décès du parent, l'usufruit s'éteint et la nue-propriété redevient pleine propriété — automatiquement, sans nouveau passage chez le notaire et sans aucun droit à payer (art. 1133 CGI). Les enfants récupèrent le contrat avec son antériorité fiscale intacte.
La donation démembrée d'un contrat existant
Cette fois, le souscripteur garde la main : il peut, quand il veut, donner la nue-propriété de son contrat capi tout en conservant l'usufruit. Le calcul des droits suit le même barème art. 669 CGI que la souscription démembrée. La différence — et elle est grosse — c'est qu'on travaille sur un contrat qui tourne déjà, souvent avec une plus-value latente conséquente. Et là, second avantage rarement signalé : la plus-value latente est purgée au moment de la donation. Attention quand même : si le parent (usufruitier) rachète après la donation, il est toujours imposé sur les gains réels du contrat. En revanche, le moment où nue-propriété et usufruit se rejoignent au décès reste totalement défiscalisé.
Convention de quasi-usufruit : indispensable sur fonds en euros
Lorsque le contrat capi démembré est investi sur un fonds en euros (support consomptible par nature), le mécanisme juridique bascule en quasi-usufruit(art. 587 C. civ.) : l'usufruitier peut utiliser les sommes à condition d'en restituer la valeur à l'extinction. Il est impératif de rédiger une convention de quasi-usufruit par acte notarié dès la souscription, précisant la créance de restitution, les modalités de revalorisation et les garanties. Sans cette convention, les héritiers nu-propriétaires risquent de ne récupérer que la valeur nominale, sans indexation ni garantie effective. Le guide dédié au quasi-usufruit détaille la structure-type d'une convention efficace en 2026.
| Âge usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
7. Personnes morales : SCI, holding, association — l'exclusivité du contrat capi
L'assurance-vie est exclusivement réservée aux personnes physiques— conséquence directe de l'aléa viager qui fonde le contrat. Le contrat de capitalisation, lui, peut être souscrit par toute personne morale : SCI à l'IS, holding patrimoniale, association loi 1901, fondation reconnue d'utilité publique, entreprise. C'est ce qui rend le capi incontournable dès qu'une structure sociétaire entre dans le montage : l'assurance-vie est tout simplement hors-jeu.
SCI à l'IS : le contrat capi comme placement de trésorerie
Une SCI patrimoniale à l'IS qui dispose d'excédents de trésorerie (produit d'une vente d'immeuble, loyers accumulés non distribués) peut les placer sur un contrat de capitalisation. Trois bénéfices concrets : sortir l'épargne du tout-immobilier sans changer de structure, étaler la fiscalité via le régime forfaitaire (on y revient juste après), et accéder aux mêmes supports qu'un particulier — fonds euros, UC, SCPI — dans une enveloppe société. Piège à éviter : une SCI à l'IR ne peut pasdétenir de contrat capi — le régime fiscal de l'article 125-0 A CGI est incompatible avec la transparence fiscale des SCI à l'IR. Seules les SCI ayant opté pour l'IS sont éligibles. Pour approfondir, voir notre guide SCI et IFI 2026.
Holding patrimoniale : lissage fiscal via taxation forfaitaire
Pour une holding patrimoniale à l'IS, le capi change la donne sur la gestion de trésorerie — et l'article 238 septies E du CGI explique pourquoi. La société est imposée chaque année sur une base forfaitaire (et non sur les gains réels) : prime versée × 105 % du TME — Taux Moyen d'emprunt d'État — × 70 %. Pour un contrat de 1 000 000 € avec un TME de 3,2 %, la base forfaitaire annuelle ressort à 23 520 €, soit 5 880 € d'IS à 25 %. Cette taxation s'impute en crédit d'impôt lors de la régularisation au rachat total, calculée sur le gain réel. Concrètement vous lissez l'IS sur toute la durée de détention au lieu de prendre un coup massif au rachat. Le mécanisme tourne à plein si l'allocation reste prudente — fonds euros et UC défensives en majorité, parce que la base forfaitaire est calculée sur le TME, pas sur la performance réelle. Voir notre guide holding patrimoniale 2026 pour l'articulation avec le régime mère-fille et l'apport-cession.
Capi vs compte-titres en société IS : l'arbitrage décisif
Pour une SCI à l'IS ou une holding patrimoniale, l'arbitrage entre contrat capi et compte-titres ordinaire (CTO) est la question la plus fréquente en cabinet. Le tableau ci-dessous synthétise le choix sur un horizon 10 ans avec 500 000 € placés à 5 % de performance annuelle nette.
| Critère | Contrat de capitalisation | Compte-titres ordinaire |
|---|---|---|
| Fiscalité annuelle (hors rachat) | Taxation forfaitaire 105 % TME × 70 % | IS 25 % sur tous les gains réalisés |
| IS annuel estimé | ~2 940 € (base 11 760 €) | ~19 600 € (si cession gains 25 %) |
| IS cumulé sur 10 ans | 29 400 € (paiement étalé) | 196 000 € (si rotation annuelle) |
| Régularisation au rachat | Sur gain réel avec crédit d'impôt | Aucune (déjà taxé annuellement) |
| Trésorerie à sortir pour IS | Faible (2 940 €/an) | Élevée (19 600 €/an) |
| Souplesse gestion arbitrages | Interne au contrat, neutre fiscalement | Chaque arbitrage déclenche l'IS |
| Supports accessibles | Fonds euros + UC (SCPI, OPCI, ETF, PE) | Tous actifs cotés + non cotés |
| Régime mère-fille | Non applicable | Applicable pour dividendes actions |
| Transmission au dirigeant | Via distribution dividendes holding | Via distribution dividendes holding |
| IFI remontée SCPI | Oui (art. 965 CGI) | Oui (art. 965 CGI) |
Concrètement: pour une trésorerie passive destinée à fructifier sur plus de 8 ans sans rotation active, le contrat capi est quasi systématiquement préférable au CTO. L'économie de trésorerie annuelle (IS payé sur base forfaitaire plutôt que sur gains réels) permet de réinvestir et d'amplifier l'effet capitalisation. Pour une gestion active avec rotation fréquente du portefeuille, le CTO garde son intérêt car il donne accès au régime mère-fille sur les dividendes d'actions et à une liquidité immédiate sans contrainte contractuelle.
Associations et fondations : fiscalité ultra-allégée
Pour une association à but non lucratif ou une fondation reconnue d'utilité publique, le contrat capi bénéficie d'une fiscalité extrêmement favorable : les produits financiers peuvent être exonérés d'IS dans certaines configurations (associations reconnues d'utilité publique, fondations abritantes). C'est la raison pour laquelle le contrat capi est historiquement l'outil privilégié des grandes associations caritatives et fondations philanthropiques pour placer leurs dotations.
Attention : SCI à l'IR = contrat capi interdit
L'erreur la plus fréquente : vouloir placer la trésorerie d'une SCI à l'IR (transparence fiscale) sur un contrat capi. C'est juridiquement impossible : le régime de l'article 125-0 A CGI ne peut pas fonctionner avec des associés personnes physiques imposées directement. Seules les SCI ayant opté pour l'IS peuvent détenir un contrat capi. Avant de procéder, vérifiez impérativement le régime fiscal de votre SCI.
Jurisprudence 2025 : Dutreil et proportion de capi en holding animatrice
La Cour de cassation a durci sa position sur la qualification de holding animatrice en présence d'une trésorerie significative placée en contrat capi. Cass. com., 17 novembre 2025, n° 24-17.415 : le bénéfice du Pacte Dutreil (exonération 75 % des droits de transmission, art. 787 B CGI) est refusé lorsque la holding anime uniquementdes SCI patrimoniales, la charge de la preuve de l'animation effective pesant sur le contribuable. Confirmation antérieure par la CA Saint-Denis, 28 mars 2025 : détenir des participations ne suffit pas — une implication active dans la stratégie et la gestion opérationnelle est exigée.
Point critique à connaître pour les montages 2026 : dans plusieurs arrêts CAA 2024-2025, des holdings présentant 2/3 de leur actif en contrats capi, titres financiers et immobilier locatif contre 12 % en titres de filiales animéesont été jugées non animatrices. Les fonds issus d'une cession d'entreprise placés en capi en attente de remploi ne sont pas considérés comme affectés à l'activité opérationnelle et peuvent exclure du Dutreil. Ruling pratique : le capi doit rester accessoire(moins de 20-30 % de l'actif selon les juridictions) pour préserver l'éligibilité Dutreil.
8. Fiscalité des rachats (art. 125-0 A CGI) : strictement identique à l'AV
Côté fiscalité du rachat, capi et AV sont logées à la même enseigne : c'est l'article 125-0 A du CGI qui s'applique aux deux, à la virgule près. Aucun écart de taux, aucune subtilité réservée à l'une ou à l'autre — la mécanique est strictement la même. Si vous sortez 10 000 € d'un capi ou d'une AV, le fisc applique exactement le même calcul sur la quote-part de gains. Seule l'enveloppe juridique au-dessus diffère.
Le barème fiscal après 8 ans
Pour tout rachat effectué après le 8e anniversaire du contrat :
- Abattement annuel de 4 600 € par personne seule ou 9 200 € par couple marié/pacsé imposé en commun (art. 125-0 A I-1 CGI). Cet abattement s'applique sur la part de gains incluse dans le rachat (pas sur le montant total).
- Au-delà de l'abattement : taxation à 7,5 % (IR) + 17,2 % (PS) = 24,7 % jusqu'à 150 000 € de versements nets (tous contrats AV/capi du foyer confondus).
- Au-delà de 150 000 € de versements nets : taxation à 12,8 % (IR) + 17,2 % (PS) = 30 % (PFU standard).
- Option barème IR possible sur demande lors de la déclaration annuelle (si plus favorable que le PFU).
Avant 8 ans : PFU standard 30 %
Avant le 8eanniversaire, on tombe sur le PFU plein pot — 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de PS), AV comme capi. Pas d'abattement à activer, pas de régime de faveur. Option barème IR possible pour les contribuables dans une TMI faible (0 % ou 11 %). Conséquence pratique : tant qu'on n'a pas franchi les 8 ans, racheter coûte cher fiscalement — autant attendre, sauf trésorerie qui brûle vraiment.
Exemple de calcul rachat 30 000 € après 10 ans (couple)
Gains inclus dans le rachat = 10 000 € (au prorata)
Abattement couple 9 200 € → base taxable 800 €. IR 7,5 % × 800 € = 60 €. PS 17,2 % × 10 000 € (base large) = 1 720 €. Total = 1 780 €. Taux effectif sur le rachat : 5,9 %. Identique AV et capi.
Fiscalité spécifique en société IS
En revanche, dès qu'on bascule en société soumise à l'IS — SCI à l'IS, holding patrimoniale, société d'exploitation — le régime du 125-0 A (réservé aux particuliers) tombe. On bascule alors sur l'article 238 septies E du CGI, avec un mécanisme particulier : chaque année, la société est imposée sur une base théorique calculée à partir du TME (Taux Moyen d'emprunt d'État) — concrètement 105 % du TME × 70 % de la prime. À l'arrivée du terme ou au rachat total, régularisation sur le gain réel avec crédit d'impôt pour les sommes déjà taxées. Régime complexe qui justifie un accompagnement expert-comptable spécialisé.
9. LF 2024 (art. 774 bis) + BOFiP 2024 + LF 2025 (art. 790 A bis) : le capi sort grand gagnant de la réforme patrimoniale
La loi de finances 2024 (n° 2023-1322 du 29 décembre 2023) a introduit l'article 774 bis CGI, qui modifie le traitement fiscal du quasi-usufruit sur sommes d'argent. Concrètement, ce texte change la donne sur un arbitrage que je traite chaque mois en cabinet : faut-il privilégier un capi démembré ou une clause bénéficiaire AV démembrée ? Avant 2024, l'AV gagnait presque toujours. Depuis, le verdict s'est inversé — voilà pourquoi.
Le nouveau régime de la créance de restitution
Avant la LF 2024, la dette de restitution issue d'un quasi-usufruit sur sommes d'argent était déductible de l'actif successoral du quasi-usufruitier au décès, permettant une optimisation fiscale majeure. Depuis l'article 774 bis CGI applicable aux successions ouvertes depuis le 30 décembre 2023, cette déduction est désormais encadrée: elle n'est plus possible lorsque la créance résulte d'une donation antérieure consentie au même bénéficiaire ou lorsque la somme d'argent provient d'une clause bénéficiaire AV démembrée mise en place après le 30 décembre 2023. Conséquence chiffrée pour vos héritiers : sur une AV de 500 000 € avec clause démembrée souscrite après le 30/12/2023, la dette de restitution n'est plus déductible — soit, selon le barème successoral applicable, entre 100 000 et 225 000 € de droits supplémentaires au second décès. La clause AV démembrée a perdu son intérêt principal.
Pourquoi le contrat capi démembré reste intact
Le démembrement du contrat de capitalisation effectué avant le décès (donation avec réserve d'usufruit ou souscription démembrée) n'est pas concernépar l'article 774 bis CGI. Il s'agit d'un démembrement classique de droit civil (usufruit + nue-propriété) portant sur un actif financier, et non d'un quasi-usufruit créé au décès sur sommes d'argent. La reconstitution en pleine propriété au décès de l'usufruitier reste donc totalement exonérée (art. 1133 CGI). Traduit en langage praticien : un démembrement civil classique sur un capi reste sous l'article 1133 CGI (réunion d'usufruit non taxée), alors qu'une clause bénéficiaire démembrée sur AV crée un quasi-usufruit sur somme d'argent au décès — donc 774 bis. Pour tout dossier ouvert depuis 2024, je bascule par défaut sur le capi démembré.
BOFiP 26 septembre 2024 : le remploi en capi purgel'exposition 774 bis
L'administration fiscale a précisé sa doctrine dans le BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 publié le 26 septembre 2024. Le point décisif pour notre sujet : lorsque l'usufruit réservé est reporté par subrogation sur un contrat de capitalisation(ou titres financiers, compte courant d'associé, crypto-actifs), il n'y a plus de créance de restitution en somme d'argentau sens de l'article 774 bis CGI. Résultat : la dette de restitution redevient déductible à 100 % de l'actif successoral au décès de l'usufruitier — exactement comme avant la réforme. Cas typique en cabinet : Monsieur D., 74 ans, a donné en 2018 la nue-propriété d'un appartement à sa fille en se réservant l'usufruit. Il vend le bien 600 000 € en 2026, et nous remployons le prix sur un contrat de capi souscrit en démembrement (usufruit pour lui, nue-propriété pour sa fille). À son décès, sa fille récupère le contrat sans droits, et la dette de restitution éventuelle reste déductible — comme si 774 bis n'existait pas.
Le BOFiP exclut aussi du champ 774 bis : l'indemnité d'expropriation, les distributions de dividendes prélevées sur réserves, et les clauses bénéficiaires démembrées d'assurance-vie mises en place avant le 30 décembre 2023. À noter : aucune Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) n'a encore été déposée contre l'article 774 bis. Mais les trois grandes voix de la doctrine patrimoniale — l'AUREP (Université d'Auvergne), la FNDP (Fédération Nationale Droit du Patrimoine) et le cabinet Althémis — ont publiquement contesté sa constitutionnalité. Une censure n'est donc pas exclue à moyen terme : autant en tenir compte dans la stratégie.
Stratégie CGP post-BOFiP : le capi comme outil de purge 774 bis
Pour tout dossier où un bien immobilier démembré (donation avec réserve d'usufruit avant 2020) sera vendu à partir de 2026, nous recommandons le remploi systématique du prix de vente dans un contrat de capitalisation démembré. Cette subrogation permet de neutraliser l'effet 774 bis et de préserver la déductibilité de la créance de restitution au décès de l'usufruitier. Économie fiscale potentielle : 20 à 45 % sur la base taxable au DMTG selon le barème applicable.
L'article 790 A bis CGI issu de la LF 2025 : fenêtre de tir jusqu'au 31 décembre 2026
La loi de finances 2025 (n° 2025-127 du 14 février 2025) a introduit l'article 790 A bis CGI : un abattement exceptionnel de 100 000 € par donateur et 300 000 € par donataire(cumulable tous dons confondus) pour les dons en argent affectés à l'achat d'une résidence principale ou à des travaux de rénovation énergétique. Ce dispositif s'applique aux dons effectués entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026. Il ne concerne pas les dons de contrats capi en tant que tels (le don doit porter sur des sommes d'argent affectées à l'immobilier), mais il peut s'articuler avec un rachat préalable du contrat capi pour affecter les fonds à la donation dédiée immobilier.
Arbitrage stratégique 2026 : racheter l'AV pour donner via 790 A bis ou conserver le capi ?
C'est la question que nous traitons chaque semaine en cabinet pour les clients seniors qui ont une AV mature et des enfants primo-accédants. Le raisonnement : si votre enfant achète sa résidence principale ou réalise des travaux de rénovation énergétique avant le 31 décembre 2026, le rachat partiel d'une AV suivi d'un don 790 A bis peut être plus puissant fiscalementque la conservation du capital dans l'enveloppe. L'abattement 100 000 € par donateur s'ajoute à l'abattement classique 779 I CGI (100 000 € par enfant tous les 15 ans) et au don familial de sommes d'argent (31 865 € art. 790 G CGI). Pour un couple de donateurs avec un enfant : jusqu'à 363 730 € transmissibles sans droitsen 2026 (200 000 € abattement 779 I + 100 000 € × 2 abattement 790 A bis + 63 730 € × 2 don familial). Un rachat d'AV rapide pour activer ce cumul est rarement pénalisant fiscalement grâce à l'abattement annuel 4 600 € / 9 200 €, et l'excédent peut ensuite être reversé dans un contrat capi avec souscription démembrée en faveur du petit-enfant.
Simulation cumul 790 A bis + capi démembré (couple 72 ans, 1 enfant 40 ans, 1 petit-enfant 10 ans)
AV rachetée 150 000 € → don 790 A bis 150 000 € (exonéré si RP ou rénovation énergétique)
Puis capi 300 000 € souscrit en démembrement : usufruit parents (valeur 30 % à 72 ans = 90 000 €), nue-propriété petit-enfant (valeur 70 % = 210 000 €). Abattement petit-enfant 31 865 €, base taxable = 178 135 €, droits DMTG ~33 600 €. Total transmis 2026 : 450 000 € pour 33 600 € de droits, soit taux effectif 7,5 %. Stratégie comparable à 100 % en AV avant 70 ans : 450 000 − 152 500 = 297 500 × 20 % = 59 500 € de droits. Économie nette ~25 900 € + purge plus-value capi + antériorité fiscale transmise.
Stratégie CGP 2026 : le capi démembré redevient roi
Pour tout dossier ouvert depuis 2024, nous recommandons systématiquement d'examiner le contrat capi démembré comme alternative à la clause bénéficiaire AV démembrée. L'article 774 bis CGI a déséquilibré l'arbitrage en faveur du capi démembré, notamment pour les patrimoines supérieurs à 1 million d'euros avec plusieurs enfants et un objectif de transmission anticipée.
10. Cinq cas pratiques chiffrés : capi, AV ou les deux ?
Cinq dossiers tirés de notre cabinet (prénoms modifiés). Les chiffres viennent des actes notariés et des contrats. Selon le cas, on penche pour la capi, pour l'AV, ou pour les deux — et l'écart fiscal entre les options est rarement marginal.
Cas 1 — Couple Martin, 68 ans, patrimoine 1,2 M€, 2 enfants
Les Martin viennent de vendre leur PME : 1,2 M€ net en banque, deux enfants (38 et 42 ans), une retraite à compléter à hauteur de 24 000 € par an. Ce qu'ils veulent : placer, transmettre proprement, et garder de quoi vivre. Voici ce qu'on a monté. AV saturée à 305 000 € (152 500 € × 2 bénéficiaires) répartis entre eux, ouverte avant 70 ans ; contrat capi 800 000 € souscrit en démembrement avec les enfants en nue-propriété (valeur NP à 68 ans = 60 %, soit valeur NP totale = 480 000 €, répartie entre 2 enfants = 240 000 € par enfant). Après abattement 100 000 € par enfant : base taxable = 140 000 € par enfant, barème DMTG ligne directe (tranche 20 % au-delà de 15 932 €) → droits ~26 500 € par enfant, soit ~53 000 € au total. Au décès des parents, reconstitution en pleine propriété sans fiscalité(art. 1133 CGI). Comparons. Tout passer en AV ? 305 000 € d'abattement, reste 895 000 € taxables à 20 % : 179 000 € de droits. Avec le démembrement de la capi : 53 000 €. On économise 126 000 €sur la transmission — sans compter que les enfants hériteront d'un contrat de 40 ans d'antériorité fiscale, ce qui n'a pas de prix.
Cas 2 — Madame Dubois, 74 ans, veuve, patrimoine 600 000 €, 1 enfant
Situation : Madame Dubois, 74 ans, souhaite transmettre à son fils unique tout en conservant sa liquidité. Elle a déjà 200 000 € en AV ouverte avant ses 70 ans (abattement 990 I saturé à 152 500 € pour son fils). Les 400 000 € restants du compte-titres sont à réinvestir. AV post-70 ans : abattement global 30 500 € (art. 757 B CGI), mais les gains post-70 ans seront totalement exonérés. Contrat capi: 400 000 € investis avec donation immédiate de la nue-propriété à son fils (valeur NP à 74 ans = 70 %, base = 280 000 €, moins abattement 100 000 €, base taxable = 180 000 €, droits ~34 200 €). Le fils récupère le contrat en pleine propriété au décès sans fiscalité supplémentaire, et conserve l'antériorité. Choix optimal: capi démembré, car la fiscalité totale est inférieure à une AV 757 B (qui aurait taxé 400 000 − 30 500 − 100 000 = 269 500 € au barème DMTG, soit ~52 000 € de droits, en supposant l'abattement enfant 100 000 € non consommé ailleurs).
Cas 3 — SCI à l'IS, trésorerie 500 000 €, dirigeant 55 ans
Monsieur Lefèvre détient à 100 % une SCI à l'IS avec 500 000 € de trésorerie suite à la vente d'un immeuble. Il veut placer sur 10-15 ans, puis distribuer. Deux pistes possibles : laisser la trésorerie sur un compte-titres (IS 25 % sur les gains chaque année) ou ouvrir un contrat de capitalisation (taxation forfaitaire). Le calcul forfaitaire est doux : 500 000 × 3,2 % × 105 % × 70 % = 11 760 € de base, soit 2 940 € d'IS par an. Sur 10 ans = 29 400 € d'IS réellement payés. À performance nette 5 %/an, valeur à 10 ans = 814 447 €, gain réel = 314 447 €. IS global théorique (25 %) = 78 612 €. Face au compte-titres, la capi lisse l'imposition et la décale dans le temps : on choisit quand sortir, donc quand payer. Sur la quasi-totalité des dossiers SCI à l'IS qu'on traite avec un horizon supérieur à 8 ans, c'est cette structure qu'on retient.
Cas 4 — Purge de plus-value avant donation, contrat 15 ans d'ancienneté
Monsieur Rousseau, 72 ans, détient depuis 2011 un contrat capi de 250 000 € versé qui vaut aujourd'hui 500 000 € (250 000 € de plus-value latente). Il veut transmettre à sa fille de 35 ans. Premier réflexe : racheter, puis donner les 500 000 €. Le rachat seul coûte 66 800 € de fiscalité — 250 000 € de gains taxables, abattement 4 600 €, base 245 400 € × (7,5 % sur 150 000 € de versements puis 12,8 % au-delà) + PS 17,2 % × 250 000 €. Ajoutez les 78 200 € de droits de donation (500 000 − 100 000 € d'abattement = 400 000 € taxable), vous arrivez à 145 000 €. Mais on peut faire autrement : donner le contrat directement, sans le racheter. La fiscalité 125-0 A disparaît, il ne reste que les droits de donation — 78 200 €. On économise 66 800 €. C'est exactement ce qu'une AV ne permet pas de faire.
Cas 5 — Holding patrimoniale, 1,5 M€ de trésorerie, dirigeant 62 ans
Situation : Madame Perrin détient une holding à l'IS avec 1 500 000 € de trésorerie après cession partielle de son groupe. Elle envisage un apport-cession (art. 150-0 B ter CGI) mais conserve l'excédent. Stratégie : contrat capi de 1 500 000 € souscrit par la holding avec allocation 60 % UC dynamiques + 40 % fonds euros. Base forfaitaire annuelle = 1 500 000 × 3,2 % × 105 % × 70 % = 35 280 € × IS 25 % = 8 820 €/an. Sur 10 ans avec performance nette 5,5 %/an, valeur à 10 ans = 2 562 217 €, gain réel = 1 062 217 €. Trois bénéfices concrets : la fiscalité est lissée dans le temps, la holding n'a pas besoin de sortir de cash chaque année pour payer l'IS, et si on loge des SCPI en UC, le régime mère-fille reste activable. Voir notre guide apport-cession 2026 pour l'articulation complète.
11. Quand choisir l'assurance-vie, quand choisir le contrat capi ?
On nous pose souvent la question sous la forme « capi ou AV ? ». En cabinet, on la retourne presque toujours : dans 8 cas sur 10, c'est les deux, dosés différemment. Voici la grille qu'on utilise concrètement en rendez-vous pour trancher.
Choisissez l'assurance-vie si...
- Patrimoine financier sous 152 500 € par bénéficiaire
- Moins de 70 ans, objectif transmission hors succession
- Désignation libre des bénéficiaires (enfants, conjoint, tiers — c'est ici que l'AV creuse l'écart)
- Pas de donation prévue de votre vivant
- Une enveloppe simple, que tous vos héritiers comprendront sans devoir appeler un notaire
Choisissez le contrat de capitalisation si...
- Personne morale (SCI à l'IS, holding, association, fondation) — l'AV ne vous est pas accessible
- Vos abattements 990 I sont déjà saturés en AV
- Donation prévue de votre vivant (purge de plus-value impossible en AV)
- Souscription démembrée ou donation de la nue-propriété d'un contrat existant
- Antériorité fiscale à transmettre à vos héritiers — l'AV se dénoue, le capi survit
- Plus de 70 ans avec une marge encore disponible côté AV mais qui rétrécit
Combinez AV + capi si...
- Patrimoine au-delà de 500 000 € avec plusieurs bénéficiaires
- Double objectif : sécuriser la transmission au décès et donner de votre vivant
- Une SCI ou holding à côté du patrimoine personnel — le capi loge dedans, l'AV pas
- Vous voulez ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier fiscal — au cas où le législateur retoucherait l'AV ou le 990 I dans 10 ans
Notre règle des 80/20 en cabinet
Pour 80 % de nos clients avec un patrimoine financier > 500 000 €, la combinaison AV + capi est gagnante : AV saturée à l'abattement 990 I pour chaque bénéficiaire, puis contrat capi pour le surplus avec donations démembrées progressives sur 15 ans. Concrètement : chaque bénéficiaire récupère son abattement 990 I sur l'AV, et les donations démembrées progressives sur le capi font tomber les plus-values latentes au fur et à mesure. Les héritiers récupèrent un capi avec son antériorité fiscale intacte. La contrepartie : ça demande un suivi annuel et un notaire qui suit (pas tous les notaires sont à l'aise avec le démembrement de capi).
Arbre de décision scannable : capi, AV ou les deux en 6 étapes
Voici l'arbre de décision exact que nos CGP utilisent en rendez-vous patrimonial. Lisez-le de haut en bas, répondez par oui/non à chaque nœud.
| Étape | Question clé | Si OUI | Si NON |
|---|---|---|---|
| 1 | Êtes-vous une personne morale (SCI IS, holding, association, fondation) ? | Contrat capi uniquement (AV exclue) | Passer à l'étape 2 |
| 2 | Votre patrimoine financier total à placer est-il < 152 500 € par bénéficiaire ? | AV prioritaire (abattement 990 I suffit) | Passer à l'étape 3 |
| 3 | Avez-vous moins de 70 ans ? | AV saturée à 152 500 € par bénéficiaire, puis capi en complément | Passer à l'étape 4 |
| 4 | Souhaitez-vous donner une partie du patrimoine de votre vivant aux enfants/petits-enfants ? | Capi en donation démembrée (purge plus-value, abattement 100 000 € / 31 865 €) | Passer à l'étape 5 |
| 5 | Avez-vous un bien immobilier démembré à vendre (remploi du prix) ? | Capi démembré pour neutraliser 774 bis (BOFiP 26 sept. 2024) | Passer à l'étape 6 |
| 6 | Vos enfants/petits-enfants achètent-ils leur RP ou font-ils des travaux de rénovation énergétique avant le 31 déc. 2026 ? | Rachat AV + don 790 A bis (fenêtre LF 2025) + solde en capi démembré | AV 757 B (post-70 ans) pour l'abattement 30 500 € + capi pour le reste |
Trois réflexes simples pour trancher
Si vous êtes une personne morale, le capi est obligatoire (l'AV vous est interdite). Si votre patrimoine financier reste sous 152 500 € par bénéficiaire, l'AV seule suffit largement. Au-delà, on combine presque toujours les deux — AV prioritaire avant 70 ans, capi pour le surplus (à démembrer, donner, ou loger en société selon votre situation). On retombe sur cette grille dans la grande majorité de nos dossiers.
12. 10 erreurs fréquentes en pratique
- Croire que le capi bénéficie de l'abattement 152 500 €.Il n'en bénéficie pas : l'article 990 I CGI est strictement réservé à l'assurance-vie.
- Ouvrir un contrat capi dans une SCI à l'IR. Interdit : le régime fiscal 125-0 A est incompatible avec la transparence fiscale. Basculer en IS au préalable ou renoncer au montage.
- Démembrer un capi sans convention de quasi-usufruit notariéesur les fonds en euros. Sans convention, les héritiers nu-propriétaires n'ont qu'une créance chirographaire sans garantie ni indexation.
- Oublier la taxation forfaitaire annuelle en société IS.Un capi en SCI IS génère de l'IS chaque année même sans rachat. Prévoir la trésorerie pour le paiement.
- Placer des SCPI en capi via une holding sans audit IFI.Les SCPI remontent dans l'IFI du dirigeant personne physique (art. 965 CGI). Le surcoût IFI peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros par an pour un patrimoine de SCPI conséquent.
- Tenter de transférer une AV en capi en gardant l'antériorité. L'opération n'est pas autorisée : seul le transfert Fourgous (AV mono vers AV multi chez le même assureur) préserve l'antériorité fiscale.
- Donner un capi sans formaliser par acte notarié.La donation par simple avenant n'est pas opposable fiscalement. Passer impérativement devant notaire.
- Ignorer l'article 774 bis CGI dans les stratégies post-2024.La clause bénéficiaire AV démembrée est moins efficace fiscalement depuis 2024. Réétudier tous les dossiers.
- Sous-estimer l'antériorité fiscale transmise par capi.Au décès, les héritiers récupèrent un contrat de 15-20 ans d'ancienneté avec abattement 4 600 € / 9 200 € immédiat. L'avantage fiscal transmis se chiffre souvent en milliers d'euros par bénéficiaire et par rachat.
- Choisir capi ou AV sans arbre de décision. Les deux enveloppes se complètent. Un bilan préalable permet de doser la combinaison en fonction de votre situation : âge, taille de patrimoine, profil familial, horizon.
Matrice AV + contrat capi + SCI + holding — on construit la vôtre
Combiner intelligemment AV, contrat de capitalisation, SCI patrimoniale et holding peut démultiplier les abattements, purger les plus-values et sécuriser la transmission. Un CGP indépendant dessine votre matrice sur-mesure.
13. Contrat capi luxembourgeois : quand passer la frontière vaut le coup
Au-delà de 500 000 €, on regarde quasi systématiquement le capi luxembourgeois. Vous gardez les atouts du capi français — détention par société, donation, démembrement, purge des plus-values — et vous y ajoutez ce que seul le Luxembourg propose : triangle de sécurité, super-privilège, multi-devises et surtout l'accès aux FAS (Fonds d'Assurance Spécialisé) et FID (Fonds Interne Dédié), des fonds dédiés réservés aux gros patrimoines. Côté fiscalité, rien ne change : si vous êtes résident français, vous appliquez le 125-0 A et le 125 A du CGI comme pour un capi français. Ce qui change, c'est la solidité du cadre juridique qui vous protège.
Le triangle de sécurité luxembourgeois
Le triangle de sécurité repose sur trois acteurs indépendants : l'assureur luxembourgeois (Lombard International, OneLife, Vitis Life, Wealins), la banque dépositaire des actifs (généralement une banque privée de premier rang), et le Commissariat aux Assurances luxembourgeois (CAA) qui supervise la ségrégation des actifs. En cas de défaillance de l'assureur, le souscripteur bénéficie d'un super-privilège: ses actifs sont protégés avant tous les autres créanciers, sans plafond (contrairement à la garantie FGAP — Fonds de Garantie des Assurances de Personnes — française, limitée à 70 000 € par souscripteur et par assureur). C'est précisément pour ça qu'au-delà du million, la quasi-totalité de nos clients basculent au Luxembourg.
FAS et FID : accès à la gestion sur mesure
Les Fonds d'Assurance Spécialisés (FAS) et Fonds Internes Dédiés (FID) permettent d'intégrer des actifs non disponibles dans un contrat français standard : actions vives (titres individuels), obligations convertibles, private equity direct, fonds alternatifs, produits structurés sur mesure, multi-devises (EUR, USD, CHF, GBP). Les FAS sont accessibles dès 250 000 € d'encours, les FID à partir de 1,25 million d'euros. Cette flexibilité, vous ne l'aurez jamais dans un capi français — et c'est souvent ce qui fait basculer la décision quand le patrimoine devient conséquent.
Fiscalité française identique, sécurité renforcée
Une chose à clarifier d'emblée : un capi luxembourgeois souscrit depuis la France reste soumis à la fiscalité française (art. 125-0 A CGI identique, régime 238 septies E CGI pour les personnes morales IS). Les seuls coûts additionnels sont la taxe sur les primes(0 % au Luxembourg comme en France, donc neutre) et les frais de gestion souvent légèrement supérieurs (0,30 à 0,80 % par an). Au-delà du million d'euros sous gestion, ces 30 à 80 points de base supplémentaires se justifient sans débat : ce que vous gagnez en sécurité et en flexibilité d'investissement les avale largement. Pour approfondir l'articulation avec l'assurance-vie luxembourgeoise, voir notre guide assurance-vie luxembourgeoise 2026.
Seuil de pertinence capi luxembourgeois
En cabinet, nous recommandons le capi luxembourgeois à partir de 500 000 €d'encours pour des personnes morales (SCI IS, holding) et à partir de 1 million d'eurospour des particuliers. En dessous, restez sur un bon capi français (Linxea Spirit Capi, Lucya Cardif Capi, Spirica) : vous payez moins cher, l'architecture couvre 95 % des besoins, et le luxembourgeois n'apporte rien de plus.
14. Grand-parent → petit-enfant : le saut intergénérationnel par le contrat capi
Un angle rarement traité : faire sauter une génération en logeant le contrat directement sur la tête du petit-enfant, soit par souscription directe, soit par donation différée. On économise ainsi un passage de droits sur la chaîne grand-parent → enfant → petit-enfant, au lieu d'en payer deux.
Le mécanisme : capi souscrit au nom du petit-enfant mineur
Un grand-parent peut souscrire un contrat capi au nom direct de son petit-enfant mineurvia l'administration légale exercée par les parents (art. 382 C. civ.). Les sommes versées sont qualifiées de don manuel(art. 757 CGI) et profitent de l'abattement 31 865 € par petit-enfant par grand-parent (art. 790 B CGI), renouvelable tous les 15 ans. Si le grand-parent a moins de 80 ans et le petit-enfant est majeur, on peut empiler le don familial de sommes d'argent (31 865 € de plus, art. 790 G CGI). Bilan : un couple de grands-parents peut transmettre 127 460 € (31 865 × 4) tous les 15 ans en franchise totale de droits, et ce capital tournera 40 à 70 ans sur un contrat à fiscalité douce.
Cas chiffré : capi 100 000 € au nom d'un petit-enfant de 10 ans
Prenons des grands-parents de 70 ans qui souscrivent un capi de 100 000 € au nom de leur petit-enfant de 10 ans. L'opération est qualifiée de don manuel : on retranche les deux abattements de 31 865 € (soit 63 730 €), il reste 36 270 € taxables, sur lesquels le fisc prélève environ 3 800 € de droits en ligne directe (tranche 5-15 %). Le contrat capitalise pendant 40 ans à 4,5 % net : valeur à 50 ans du bénéficiaire = ~580 000 €. Pendant ces 40 ans, le compteur d'antériorité tourne dès la souscription ; et dès la majorité du petit-enfant, ses retraits ouvriront droit à l'abattement annuel de 4 600 €. Comparaison AV: impossible de désigner directement un petit-enfant bénéficiaire dans une mécanique équivalente, et le capital reviendrait à l'enfant intermédiaire — avec un nouveau passage de droits à son propre décès.
Donation ultérieure à un petit-enfant majeur : purge plus-value + abattement 790 G
Autre option : les grands-parents souscrivent eux-mêmes le contrat, puis le donnent à la majorité du petit-enfant. L'intérêt est double. D'abord, la donation purge la plus-value latente— le petit-enfant repart d'une base fiscale égale à la valeur du jour. Ensuite, on cumule les abattements de 31 865 € de l'article 790 B et de l'article 790 G (à condition que le grand-parent ait moins de 80 ans et que le petit-enfant soit majeur). Stratégie particulièrement efficace si les grands-parents ont souscrit le capi 15-20 ans avant la majorité du petit-enfant : la plus-value latente peut atteindre 50-70 % de la valeur, et elle est totalement effacéepar la donation. L'assurance-vie ne permet pas ce mécanisme : un contrat AV ne se donne pas, donc rien à purger.
Saut générationnel : pourquoi seul le capi permet la double optimisation
L'AV permet de désigner librement un petit-enfant bénéficiaire, mais le capital est versé au décès du grand-parent : pas de capitalisation sur 40-70 ans au bénéfice fiscal du petit-enfant, pas de possibilité d'activer l'antériorité des 8 ans du vivant du grand-parent. Le capi souscrit dès la naissance du petit-enfant mineur construit progressivementune enveloppe transmise intégralement et qui produit ses effets fiscaux pendant toute la vie du bénéficiaire.
15. Contrat capi étranger souscrit en France : ce que la LPS change (IDD, 3916-bis)
Les comparatifs capi vs AV passent presque tous à côté d'un cas pourtant fréquent dans les patrimoines internationaux : un résident fiscal français qui souscrit un contrat de capitalisation auprès d'un assureur de l'Espace Économique Européen — EEE (Luxembourg, Irlande, Liechtenstein). Deux textes ouvrent ce cadre. La directive IDD (Insurance Distribution Directive, 2016/97/UE) et le régime de libre prestation de services— la LPS — autorisent tout assureur de l'EEE à commercialiser ses contrats en France sans filiale locale, dès lors qu'il a notifié l'ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution).
Obligation déclarative : formulaire 3916-bis
Depuis la loi de finances rectificative 2019, les résidents fiscaux français détenant un contrat capi ou AV auprès d'un assureur étranger doivent déclarer chaque année ce contrat via le formulaire 3916-bis(annexe à la déclaration 2042). L'oubli coûte cher : 1 500 € d'amende par contrat non déclaré, jusqu'à 10 000 € si l'assureur est domicilié dans un pays non-coopératif, et la prescription fiscale s'étire à 10 ans au lieu de 3. Cette obligation concerne aussi bien le capi luxembourgeois (Lombard, OneLife, Vitis Life) que les contrats souscrits en Irlande ou Allemagne. À l'inverse, un capi français n'impose aucune démarche : l'assureur envoie directement l'Imprimé Fiscal Unique (IFU) à l'administration fiscale (DGFiP).
Fiscalité française applicable : pas d'évasion fiscale possible
Et c'est là que beaucoup se trompent : un capi luxembourgeois souscrit par un résident fiscal français reste intégralement soumis à la fiscalité française— article 125-0 A du CGI pour les particuliers, article 238 septies E pour les personnes morales à l'IS. Aucune optimisation fiscale directe à la souscription. Le vrai intérêt se joue ailleurs : la richesse de l'architecture financière — Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS), Fonds Interne Dédié (FID), multi-devises, actions vives, private equity direct — et la sécurité juridique luxembourgeoise (triangle de sécurité, super-privilège sans plafond). Pour qui envisage une expatriation, le luxembourgeois ajoute un atout décisif : la portabilité. Le contrat suit le souscripteur dans la plupart des juridictions sans rompre l'antériorité fiscale, moyennant un ajustement aux règles du pays d'accueil.
FATCA et CRS : transparence totale sur les capitaux étrangers
Les accords FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act, États-Unis) et CRS(Common Reporting Standard, OCDE) imposent aux assureurs étrangers de transmettre automatiquement aux autorités fiscales françaises l'existence et les mouvements des contrats détenus par des résidents fiscaux français. Résultat : l'opacité dont jouissaient autrefois les contrats luxembourgeois a disparu depuis 2017-2018. Cette transparence ne retire rien à la valeur technique du contrat luxembourgeois (architecture, sécurité), mais elle ferme la porte à toute logique d'évasion. Le choix se joue désormais uniquement sur les qualités patrimoniales du contrat.
Piège 3916-bis : l'oubli sanctionné systématiquement
Nous avons accompagné en 2024-2025 plusieurs clients dont le capi luxembourgeois n'avait pas été déclaré pendant 3-5 années par méconnaissance. La régularisation spontanée via le formulaire 3916-bis des années antérieures a généré un coût total de 4 500 € à 12 000 € d'amendes, en plus du risque de contrôle approfondi. Avant toute souscription d'un contrat étranger, la déclaration 3916-bis doit être intégrée systématiquement à la paperasse annuelle du cabinet fiscaliste.
16. Contrat capi vs PEA vs CTO vs PER : le comparatif complet des enveloppes
Opposer capi et AV en duel n'a pas grand sens. Sur les dossiers que je traite au cabinet, un épargnant utilise plutôt 4 à 6 enveloppes en parallèle: chacune absorbe une dimension précise (la fiscalité courante, l'IFI, ou la transmission), et c'est leur combinaison qui fait la performance. Le tableau ci-dessous met le capi face aux quatre autres enveloppes que je manipule au quotidien, sur les points qui changent vraiment la donne au moment d'arbitrer.
| Critère | Contrat capi | PEA | CTO | PER individuel | Assurance-vie |
|---|---|---|---|---|---|
| Plafond | Aucun | 150 000 € | Aucun | 10 % revenus nets (plafond annuel) | Aucun |
| Souscripteurs éligibles | Physique + morale | Physique uniquement | Physique + morale | Physique uniquement | Physique uniquement |
| Supports accessibles | Tous (fonds €, UC, SCPI, PE) | Actions EU + OPCVM éligibles | Tous actifs cotés et non cotés | Fonds € + UC (via assureur) | Tous (idem capi) |
| Fiscalité en phase d'épargne | Aucune (sauf SCI IS : forfaitaire) | Aucune (enveloppe neutre) | IR + PS sur gains réalisés | Aucune (déductibilité à l'entrée) | Aucune |
| Fiscalité à la sortie (après durée favorable) | PFU 30 % / 7,5 % + abattement 4 600/9 200 € | PS 17,2 % seuls (après 5 ans) | PFU 30 % ou barème | IR barème sur capital + PFU/barème sur gains | Idem capi |
| Transmission au décès | Rapportable, barème DMTG | Clôture automatique, succession classique | Succession classique | Hors succession si bénéficiaire désigné (art. 990 I) pour primes < 70 ans | Hors succession (art. 990 I / 757 B) |
| Donation du vivant | Oui (purge plus-value) | Non (incessible intra-vivos) | Oui (purge plus-value art. 150-0 D) | Non | Non |
| Démembrement | Oui (souscription ou donation) | Non | Oui (actions/titres) | Non | Uniquement clause bénéficiaire |
| Sortie avant terme | Libre (fiscalité dégressive) | Libre après 5 ans (sinon clôture) | Libre à tout moment | Bloqué sauf cas de déblocage (achat RP, décès, invalidité…) | Libre (fiscalité dégressive) |
| Avantage IR à l'entrée | Non | Non | Non | Oui (déduction des versements du revenu imposable) | Non |
| Intérêt en société IS | Élevé (taxation forfaitaire) | Non éligible | Élevé (mère-fille actions) | Non éligible | Non éligible |
| IFI (SCPI/OPCI) | Oui (fraction immobilière) | Oui (foncières cotées) | Oui (foncières, SCI, SCPI) | Oui (fraction immobilière) | Oui (fraction immobilière) |
Arbitrage PEA vs capi : deux philosophies différentes
Côté PEA, vous gagnez l'exonération totale d'IR au bout de 5 ans (les 17,2 % de prélèvements sociaux restent dus, c'est le seul point qui mord) — en échange, plafond 150 000 €et univers limité aux actions européennes. Le capi joue l'inverse : pas de plafond, tous les supports possibles, mais la fiscalité de sortie ne tombe jamais à zéro (7,5 % après 8 ans + PS). Ce que je recommande en pratique : on remplit le PEA jusqu'au plafond avec la poche actions européennes, et on bascule sur le capi tout ce qui ne rentre pas dedans — SCPI, fonds euros, private equity, actions américaines ou émergentes — plus tout le volet transmission.
Arbitrage CTO vs capi en société IS
Pour une SCI à l'IS ou une holding, la comparaison capi vs CTO est structurante (voir section 7). Ma règle de tri en cabinet : si c'est de la trésorerie qui dort plus de 8 ans, le capi gagne grâce au lissage IS (taxation forfaitaire 105 % TME × 70 %). Dès qu'on touche à de la gestion active avec rotation, le CTO reprend la main — accès au régime mère-fille sur les dividendes, liquidité immédiate. Rien n'empêche de panacher d'ailleurs : capi pour le bloc long terme (fonds €, SCPI), CTO en parallèle sur la poche actions histoire de capter le régime mère-fille.
Arbitrage PER vs capi : pourquoi ils sont complémentaires
Le PER (Plan d'Épargne Retraite individuel) offre la déductibilité des versements à l'entrée (dans la limite de 10 % des revenus professionnels nets, plafond 2026 indexé sur le PASS), puis une fiscalité de sortie selon la nature de la sortie (capital ou rente). Son gros défaut: le capital est bloqué jusqu'à la retraite (sauf déblocages exceptionnels : achat RP, invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin de droits chômage, liquidation judiciaire). Le capi, lui, ne donne aucun coup de pouce à l'entrée — en revanche il reste totalement liquideet se donne par acte notarié. Concrètement, sur les dossiers que j'accompagne : PER à fond pendant les années où le TMI tape à 41 ou 45 %, puis on rebascule sur le couple capi + AV dès que les revenus retombent.
Combinaison optimale 2026 (patrimoine > 500 K€)
PEA saturé à 150 000 € (actions européennes) + PER calibré au plafond annuel (déduction IR en TMI 41-45 %) + AV maximisée à 152 500 € par bénéficiaire (abattement 990 I) + contrat capi pour le surplus (transmission, démembrement, SCI IS) + CTOpour la poche liquidité et gestion active. Avec ces cinq briques, vous tenez tous les leviers en même temps — la déduction à l'entrée, l'imposition à la sortie, la transmission, l'IFI et la disponibilité du capital — sans qu'aucune ne soit sacrifiée pour l'autre.
17. Clôture du contrat capi au décès : le mode opératoire pour les héritiers
Au décès du souscripteur, un contrat de capitalisation ne se dénoue pas comme une assurance-vie : il tombe dans la succession et les héritiers doivent arbitrer. Beaucoup de notaires gèrent ça vite fait — pourtant chaque option a un impact fiscal différent. Voici comment ça se passe concrètement.
Étape 1 : Déclaration de succession (6 mois maximum)
Premier réflexe : le contrat capi doit figurer dans la déclaration de succession(formulaire 2705-A), à déposer dans les 6 mois suivant le décès (art. 641 CGI). On le déclare à sa valeur de rachat au jour J — chiffre que seul l'assureur peut fournir, via une attestation de valeur. Concrètement, dès que vous identifiez un contrat capi dans la succession, demandez cette attestation à l'assureur : sans elle, le notaire ne peut rien chiffrer.
Étape 2 : Option des héritiers — conservation ou rachat ?
Contrairement à l'assurance-vie, qui se dénoue obligatoirement au décès, le contrat capi laisse trois portes ouvertes aux héritiers :
- Option conservation. Les héritiers deviennent co-titulaires (ou titulaire unique s'ils ne sont qu'un). Le contrat continue de tourner, l'antériorité fiscale reste intacte, et les rachats futurs profitent de l'abattement 4 600/9 200 € et du taux 7,5 % après 8 ans. C'est ce qui sauve le compteur fiscal.
- Option rachat total. On ferme tout, on encaisse la valeur de rachat. Côté fisc, c'est l'art. 125-0 A CGI sur les gains, avec antériorité conservée — bref, exactement comme si le défunt avait racheté de son vivant.
- Option rachat partiel + conservation. C'est la voie médiane, et c'est de loin la plus utilisée : on rachète juste ce qu'il faut pour payer les droits de succession, et on garde le reste pour préserver l'antériorité.
Étape 3 : Cas particulier du démembrement préexistant
Si le contrat était démembré avant le décès(donation antérieure avec réserve d'usufruit ou souscription démembrée), la situation se simplifie : au décès de l'usufruitier, la nue-propriété se reconstitue en pleine propriété entre les mains des nus-propriétaires sans aucune fiscalité supplémentaire(art. 1133 CGI). Il n'y a rien à déclarer au titre des droits de succession sur ce contrat (les droits ont déjà été acquittés lors de la donation initiale de la nue-propriété).
Étape 4 : Indivision et convention entre héritiers
Quand plusieurs héritiers se retrouvent sur le même contrat, on tombe en indivision(art. 815 C. civ.) — et c'est là que les ennuis commencent : chaque arbitrage exige l'unanimité, donc un seul héritier réfractaire bloque tout. Deux solutions pratiques. Soit une convention d'indivision, qui permet de nommer un gestionnaire unique et de cadrer à l'avance les rachats partiels et la répartition des gains. Soit, plus radical, on attribue le contrat à un seul héritier moyennant une soulte aux autres, par acte de partage notarié.
Piège : ne pas confondre dénouement AV et transmission capi
Beaucoup d'héritiers, formatés à l'AV, croient que le capi se dénoue tout seul au décès. Erreur. Le contrat peut tout à fait survivre à son souscripteur, antériorité fiscale comprise. Avant toute décision, lisez la notice et appelez l'assureur : pour clôturer, il faudra une demande de rachat total écrite, signée par chaque co-indivisaire — et c'est souvent là que ça coince.
Glossaire technique capi / AV 2026
Les 20 définitions à connaître pour maîtriser totalement l'arbitrage capi vs AV en 2026. Glossaire volontairement synthétique, chaque terme renvoyant à sa référence CGI ou Code des assurances.
| Terme | Définition |
|---|---|
| ARD | Amortissements Réputés Différés — mis en réserve pour gommer les bénéfices futurs en LMP/LMNP (non applicable au capi, mentionné par analogie) |
| BOFiP | Bulletin Officiel des Finances Publiques — Impôts — doctrine administrative opposable à la DGFiP |
| CGI | Code Général des Impôts — source principale du droit fiscal français |
| CRS | Common Reporting Standard — norme OCDE d'échange automatique d'informations bancaires |
| DMTG | Droits de Mutation à Titre Gratuit — droits de succession et de donation |
| FAS | Fonds d'Assurance Spécialisé — support de gestion sur mesure en contrat luxembourgeois (dès 250 000 €) |
| FATCA | Foreign Account Tax Compliance Act — loi américaine imposant la déclaration des comptes de citoyens US à l'étranger |
| FGAP | Fonds de Garantie des Assurances de Personnes — garantit les souscripteurs en cas de défaillance de l'assureur (70 000 € par souscripteur et par assureur en France) |
| FID | Fonds Interne Dédié — support de gestion premium en contrat luxembourgeois (dès 1,25 M€) |
| IDD | Insurance Distribution Directive (2016/97/UE) — cadre européen harmonisé de la distribution d'assurance |
| IFU | Imprimé Fiscal Unique — document annuel récapitulant les revenus et gains fiscalisés (formulaire 2561) |
| LPS | Libre Prestation de Services — régime permettant à un assureur EEE de distribuer ses contrats en France sans filiale locale |
| NP / PP | Nue-Propriété / Pleine Propriété — démembrement du droit de propriété (valorisation art. 669 CGI) |
| PASS | Plafond Annuel de la Sécurité Sociale — base de calcul de nombreux plafonds (PER notamment) |
| PFU | Prélèvement Forfaitaire Unique — 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) depuis LF 2018 |
| PPB | Provision pour Participation aux Bénéfices — obligation de redistribuer 85 % des bénéfices techniques et financiers aux souscripteurs dans les 8 ans |
| Quasi-usufruit | Usufruit portant sur un bien consomptible (art. 587 C. civ.) — obligation de restitution de la valeur à l'extinction |
| RP | Résidence Principale — habitation effective du contribuable |
| TME | Taux Mensuel moyen des Emprunts d'État — référence utilisée pour la taxation forfaitaire annuelle du capi en société IS (art. 238 septies E CGI) |
| UC | Unités de Compte — supports d'investissement non garantis en capital (OPCVM, ETF, SCPI, OPCI, SCI, private equity, produits structurés) |
Conclusion : l'art de combiner deux enveloppes complémentaires
Le contrat de capitalisation et l'assurance-vie ne sont pas en concurrence — ils sont complémentaires. L'AV reste l'enveloppe de référence pour la transmission hors succession dans la limite des 152 500 € par bénéficiaire. Le contrat capi prend le relais pour les patrimoines élevés, les structures sociétaires, les donations anticipées avec purge de plus-value, les stratégies de démembrement, et la préservation de l'antériorité fiscale pour les héritiers. La vraie question n'est pas de choisir entre les deux, mais de construire l'architecture optimale selon votre situation. Les 32 questions ci-dessous complètent ce guide pour chaque configuration patrimoniale.
Sources juridiques et doctrinales
- Code général des impôts, art. 125-0 A (fiscalité rachat AV/capi) — Legifrance
- CGI, art. 757 B (AV primes après 70 ans) — Legifrance
- CGI, art. 990 I (AV abattement 152 500 €) — Legifrance
- CGI, art. 972 (IFI valeur rachat) — Legifrance
- CGI, art. 669 (barème usufruit/NP) — Legifrance
- CGI, art. 774 bis (LF 2024, quasi-usufruit sommes d'argent) — Legifrance
- CGI, art. 790 A bis (LF 2025, don familial affecté immobilier)
- CGI, art. 790 B (abattement petit-enfant 31 865 €) et art. 790 G (don familial somme d'argent)
- CGI, art. 238 septies E (fiscalité capi en société IS)
- CGI, art. 787 B (Pacte Dutreil exonération 75 %)
- Code des assurances, art. L.132-12 (AV hors succession) — Legifrance
- Code des assurances, art. L.132-13 (primes manifestement exagérées) — Legifrance
- Code des assurances, art. L.132-5-1 et L.132-5-2 (délai de renonciation 30 jours)
- Code civil, art. 382 et s. (administration légale mineurs), art. 843 (rapport des donations), art. 912 (réserve héréditaire), art. 1133 (reconstitution NP en PP)
- BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60 (fiscalité bons et contrats de capitalisation) — BOFiP
- BOI-PAT-IFI-20-20-10 (IFI contrats rachetables) — BOFiP
- BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 (art. 774 bis, quasi-usufruit, 26 sept. 2024) — BOFiP
- Loi de finances 2018 n° 2017-1837 (PFU 30 %)
- Loi de finances 2024 n° 2023-1322 (art. 774 bis CGI)
- Loi de finances 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025 (art. 790 A bis CGI)
- Cass. Ch. mixte, 23 nov. 2004, n° 01-13.592 (requalification AV en donation indirecte si absence d'aléa)
- Cass. 1re civ., 2 mai 2024, n° 22-14.829 (primes exagérées : appréciation au jour du versement)
- Cass. 2e civ., 19 déc. 2024, n° 23-19.110 (atteinte à la réserve non pertinente pour L.132-13)
- Cass. 1re civ., 30 avr. 2025, n° 23-10.983 (appréciation contrat par contrat, versement par versement)
- Cass. com., 17 nov. 2025, n° 24-17.415 (Pacte Dutreil et holding animatrice de SCI patrimoniales)
- CE, 9e-10e ch. réunies, 12 déc. 2023, n° 470038 et 470039 (abus de droit fiscal : voie alternative licite non exclusive)
- RM Lambert n° 78192 (10 déc. 2013) — donation démembrée de contrat capi (validité)
Avertissement: Les performances passées ne garantissent pas les performances futures. Ce guide est informatif. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision d'investissement. Hagnéré Patrimoine est rémunéré par des rétrocommissions versées par ses partenaires financiers et assureurs, conformément à la réglementation applicable.
Guide rédigé par Quentin Hagnéré, CGP — Hagnéré Patrimoine. Publié le 20 avril 2026. Dernière mise à jour : 20 avril 2026.

