Plus-value immobilière 2026 : tout ce qu'il faut savoir avant de vendre

Vous envisagez de vendre un bien immobilier et vous vous demandez combien l'État va prendre. En 2026, la réponse dépend de 5 variables : la durée de détention, la nature du bien, votre statut, la valeur de la plus-value, et une dizaine de cas d'exonération souvent méconnus. Ce guide vous montre le calcul exact, les 15 cas d'exonération, et les stratégies pour réduire la facture — avec les règles effectivement en vigueur au 15 avril 2026 (la réforme des 17 ans n'a pas été adoptée, contrairement à ce que beaucoup écrivent).

Taux global 2026
Exonération durée
Exo non-résidents
Réforme non adoptée

1. Pourquoi la plus-value immobilière fait peur (à juste titre)

Vous avez acheté un appartement il y a 12 ans. Vous le vendez aujourd'hui avec 180 000 € de plus-value. Question simple : combien reste-t-il après impôts ? Beaucoup de propriétaires partent du principe que « c'est 36,2 % » et s'attendent à perdre 65 000 €. En réalité, selon votre situation, vous pouvez payer entre 0 € et 90 000 € sur la même plus-value. L'écart vient de 5 variables.

  • La durée de détention (abattements progressifs, exonération totale à 22 ans pour l'IR et 30 ans pour les PS)
  • La nature du bien (résidence principale, résidence secondaire, locatif, terrain à bâtir, bien professionnel)
  • Votre statut fiscal (résident France, non-résident EEE, non-résident hors EEE, retraité modeste, etc.)
  • Le montant de la plus-value (surtaxe 2-6 % dès 50 000 € de PV nette imposable)
  • Les 15 cas d'exonération spécifiques du CGI (RP, remploi primo-accédant, non-résident 150 k€, retraité modeste, EHPAD, bien de faible valeur, ORT, logement social, remembrement, etc.)

Ce guide décortique chaque variable, avec les chiffres exacts en vigueur au 15 avril 2026. Il démystifie aussi une confusion majeure : la réforme des « 17 ans » qui ramenait l'exonération IR de 22 à 17 ans n'a PAS été adoptée dans la loi de finances 2026 (amendement I-2793 rejeté en texte final). Les règles 2026 sont les anciennes : 22 ans IR / 30 ans PS. Beaucoup de blogs écrivent le contraire — ils se trompent.

On commence par le calcul de base. Ensuite, on plonge dans chaque cas particulier.

2. Le calcul de base : 4 étapes pour connaître le montant exact

Le calcul de la plus-value immobilière suit toujours la même logique, indépendamment de votre situation. Quatre étapes, dans l'ordre.

Plus-value brute = Prix de vente − Prix d'acquisition majoré

Prix d'acquisition majoré = Prix d'achat + Frais d'acquisition (7,5 % forfait ou réel) + Travaux (15 % forfait ou réel)

PV imposable = PV brute × (1 − Abattement durée détention)

Impôt total = PV imposable × 36,2 % (+ Surtaxe 2-6 % si > 50 000 €)

Étape 1 — Le prix de vente (diminué)

Le prix de vente retenu est le prix net vendeur (prix de vente moins frais de cession supportés par le vendeur : commission d'agence si facturée au vendeur, diagnostics obligatoires, frais de mainlevée d'hypothèque). Attention : si l'acte ne mentionne pas que les frais sont « à la charge acquéreur », par défaut les commissions d'agence sont réputées à la charge du vendeur.

Étape 2 — Le prix d'acquisition majoré

C'est l'étape la plus importante car elle réduit la base taxable. Trois composantes :

ComposanteForfait sans justificatifRéel sur justificatifs
Prix d'achat initialActe de vente (obligatoire)Acte de vente (obligatoire)
Frais d'acquisition (art. 150 VB II 3°)7,5 % du prix d'achatFrais de notaire réels + droits d'enregistrement (souvent ~8 %)
Travaux (art. 150 VB II 4°)15 % du prix d'achat (si détention > 5 ans)Factures d'entreprises uniquement (pas auto-construction)

Concrètement, pour un bien acheté 250 000 € et détenu 12 ans, le forfait donne 250 000 + 18 750 (7,5 %) + 37 500 (15 %) = 306 250 € de prix d'acquisition majoré. Si vous avez réalisé 80 000 € de travaux sur factures, le réel (80 000) bat largement le forfait (37 500). Pour un bien peu rénové, le forfait est meilleur.

Piège 1 — les travaux d'entretien ne sont pas déductibles

Seuls les travaux d'amélioration, reconstruction, agrandissement sont déductibles au titre du prix d'acquisition. Les travaux d'entretien et de réparation (peinture, ravalement, remplacement chaudière à l'identique) sont exclus de la majoration — ils auraient dû être déduits des revenus fonciers pendant l'exploitation. Conserver les factures 10 ans reste impératif pour prouver la nature des travaux en cas de contrôle.

Étape 3 — L'abattement durée de détention

Voir section 4 pour le barème complet. Retenir : rien avant 5 ans, puis abattement progressif qui atteint 100 % à 22 ans pour l'IR et 100 % à 30 ans pour les PS.

Étape 4 — Application des taux et de la surtaxe

19 % pour l'IR (art. 200 B CGI), 17,2 % pour les prélèvements sociaux (art. L136-7 CSS). Les deux se cumulent sur la même base mais avec des abattements distincts (calendriers IR 22 ans et PS 30 ans). Si la PV nette imposable dépasse 50 000 €, la surtaxe art. 1609 nonies G s'ajoute (voir section 5).

Avec cette ossature posée, voyons les taux 2026 en détail.

3. Taux d'imposition 2026 : le chiffre vrai

Le taux global pour un résident français en 2026 est 36,2 % sur la plus-value nette imposable (après abattements durée). Mais derrière ce chiffre se cachent plusieurs subtilités que beaucoup de concurrents oublient.

ComposanteTaux 2026Base légaleÉvolution 2026
IR sur plus-value immo19 %Art. 200 B CGIInchangé
Prélèvements sociaux17,2 %Art. L136-7 CSSMaintenu (la hausse CSG LFSS 2026 ne touche PAS les PV immo)
Total nominal36,2 %Inchangé
Surtaxe PV > 50 k€2 % à 6 % progressifArt. 1609 nonies GInchangée
Non-résident EEE/CH affilié UE19 % + 7,5 % = 26,5 %Art. 244 bis A + Ruyter C-623/13Inchangé
Non-résident hors EEE19 % + 17,2 % = 36,2 %Art. 244 bis A + Jahin C-45/17Inchangé
Cédant domicilié ETNC75 % + 17,2 % = 92,2 %Art. 238-0 A CGIInchangé

Concrètement, pour une PV nette imposable de 100 000 € :

  • Résident français : 19 000 € IR + 17 200 € PS + surtaxe ~4 000 € = ~40 200 € (40,2 %)
  • Non-résident UE/EEE affilié sécu UE : 19 000 € IR + 7 500 € PS + surtaxe ~4 000 € = ~30 500 € (30,5 %)
  • Non-résident ETNC : 75 000 € IR + 17 200 € PS + surtaxe ~4 000 € = ~96 200 € (96,2 %)

Bonne nouvelle 2026 : les PS restent à 17,2 %

La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) a relevé la CSG de 9,2 % à 10,6 %, portant le taux global des prélèvements sociaux à 18,6 % pour les revenus du capital classiques (dividendes, PV mobilières). Les plus-values immobilières en sont expressément exclues (art. L136-7 CSS, circuit différent des art. L136-1 et L136-8). Elles restent donc à 17,2 % en 2026. Banque Populaire, Banque Transatlantique, LégiFiscal et TGS France le confirment.

Maintenant, les abattements durée — c'est là que se joue la vraie économie.

4. Abattements pour durée de détention (tableau complet 2026)

C'est la mécanique la plus puissante de la fiscalité des PV immobilières. Plus vous détenez longtemps, moins l'État prend. Les deux calendriers (IR et PS) ne sont pas synchronisés — c'est une source d'erreurs fréquentes.

Barème IR (exonération à 22 ans)

Durée détentionAbattement IR annuelAbattement IR cumuléPV IR imposable (sur 100 k€)
0 à 5 ans0 %0 %100 000 €
6e année6 %6 %94 000 €
10e année6 %30 %70 000 €
15e année6 %60 %40 000 €
18e année6 %78 %22 000 €
21e année6 %96 %4 000 €
22e année+4 % (bonus)100 %0 € (exonération totale IR)

Barème PS (exonération à 30 ans)

Durée détentionAbattement PS annuelAbattement PS cumuléPV PS imposable (sur 100 k€)
0 à 5 ans0 %0 %100 000 €
6e année1,65 %1,65 %98 350 €
10e année1,65 %8,25 %91 750 €
15e année1,65 %16,5 %83 500 €
21e année1,65 %26,4 %73 600 €
22e année+1,6 %28 %72 000 €
25e année9 %55 %45 000 €
29e année9 %91 %9 000 €
30e année9 %100 %0 € (exonération totale PS)

Concrètement, un bien vendu après 22 ans de détention avec 100 000 € de PV brute paie 0 € d'IR (exonération totale) mais encore 12 384 € de PS (72 000 × 17,2 %). Il faut attendre 30 ans pour sortir totalement libre d'impôts. C'est la double temporalité souvent oubliée.

Piège : le décompte commence à la date d'acquisition, pas à l'acte de vente

La durée de détention s'apprécie de date à date entre l'acquisition et la cession. Vendre le 29 décembre de la 22e année = exonération IR. Vendre le 2 janvier de la 22e année (année civile identique mais quelques semaines avant la date anniversaire) = pas encore 22 ans révolus, IR encore dû sur 4 % de la PV. L'écart peut représenter plusieurs milliers d'euros. Vérifier les dates avant de signer le compromis.

5. Surtaxe 2-6 % au-delà de 50 000 € (art. 1609 nonies G)

Introduite par la LF 2013 pour les PV élevées, la surtaxe s'ajoute à l'IR + PS dès que la plus-value nette imposable (après abattements durée) dépasse 50 000 €. Son barème est progressif avec des décotes de lissage pour éviter les effets de seuil.

PV nette imposableTaux surtaxeFormule exacte (avec lissage)
≤ 50 000 €0 %Exonérée
50 001 à 60 000 €2 % avec lissage2 % × PV − (60 000 − PV) × 1/20
60 001 à 100 000 €2 %2 % × PV
100 001 à 110 000 €3 % avec lissage3 % × PV − (110 000 − PV) × 1/10
110 001 à 150 000 €3 %3 % × PV
150 001 à 160 000 €4 % avec lissage4 % × PV − (160 000 − PV) × 15/100
160 001 à 200 000 €4 %4 % × PV
200 001 à 210 000 €5 % avec lissage5 % × PV − (210 000 − PV) × 20/100
210 001 à 250 000 €5 %5 % × PV
250 001 à 260 000 €6 % avec lissage6 % × PV − (260 000 − PV) × 25/100
≥ 260 001 €6 %6 % × PV

Concrètement, pour une PV nette de 150 000 €, la surtaxe est de 4 500 € (3 % × 150 000). Pour une PV de 260 000 €, elle atteint 15 600 € (6 % × 260 000). Exclusions : la surtaxe ne s'applique PAS aux terrains à bâtir (régime spécifique) ni à la résidence principale (déjà totalement exonérée).

Astuce : vendre en deux fois pour éviter la surtaxe

Si votre PV nette serait juste au-dessus de 50 000 €, vendre le bien en deux lots (par exemple une maison avec deux logements distincts cadastrés) sur deux années fiscales différentes peut maintenir chaque PV sous le seuil. Attention cependant à l'abus de droit fiscal (L.64 LPF) si le fractionnement est artificiel ou si les deux ventes sont conclues à quelques jours d'intervalle.

6. Résidence principale : exonération totale (et ses pièges)

C'est l'exonération la plus puissante du régime : 100 % de la plus-value exonérée d'IR et de PS (art. 150 U II 1° du CGI). Aucune durée minimale d'occupation n'est exigée par la loi. Mais l'administration vérifie de plus en plus strictement la qualification de « résidence principale » — et la notion fiscale est plus exigeante que ce qu'on croit.

La définition fiscale de la résidence principale

Au sens de l'art. 150 U II 1° + BOI-RFPI-PVI-10-40-10 §30, la résidence principale est le logement :

  • Occupé à titre de résidence principale au jour de la cession (ou jusqu'à un délai normal avant — voir infra)
  • Occupation effective et habituelle : pas de simple domiciliation administrative
  • Centre des intérêts matériels et familiaux du contribuable

Concrètement, l'administration s'appuie sur un faisceau d'indices (BOFiP + jurisprudence CE) :

  • Consommations d'eau, électricité, gaz cohérentes avec une occupation ≥ 8 mois/an
  • Adresse fiscale déclarée à l'IR, compte bancaire principal, carte grise, contrats d'assurance
  • Scolarisation des enfants, lieu de travail du conjoint, inscription médicale
  • Déclarations à la CAF, à la sécurité sociale
  • Absence de location parallèle (même saisonnière Airbnb)

Le « délai normal » de vente après déménagement

Vous déménagez, vous mettez votre ancienne RP en vente, elle se vend plusieurs mois après. Peut-on encore bénéficier de l'exonération ? Oui, si la vente intervient dans un délai normal. La tolérance administrative BOFiP + jurisprudence constante du Conseil d'État pose :

  • 12 mois : délai normal standard (tolérance de principe, BOI-RFPI-PVI-10-40-10 §190)
  • 18-24 mois : délai possible avec preuve de diligence (mandats successifs, baisses de prix documentées, marché tendu) — CE 6 octobre 2021 n° 441511
  • Plus de 24 mois sans justification : rejet quasi systématique (CAA Paris 19 janvier 2023 n° 21PA04043, refus à 28 mois sans diligence)

Piège majeur : la RP déclarée mais non-occupée

L'administration a récemment durci sa position. L'arrêt CE 2 octobre 2024 n° 473104 a jugé qu'une adresse fiscale déclarée comme résidence principale ne suffit pas — il faut la preuve d'une occupation réelle. Si vous déclarez votre RP à Bordeaux mais que vos factures EDF, votre travail et vos enfants sont à Paris, l'administration requalifie votre « RP » bordelaise en résidence secondaire, avec rattrapage de PV + majorations 10 à 40 %. La qualification de RP se prouve, elle ne se déclare pas.

Concrètement — Julien, 48 ans, cadre à Lyon, divorce et vend la RP

Julien et son ex-conjointe ont acquis leur maison de Lyon en 2011 (450 000 €, dont 50 000 € de frais). Divorce prononcé en mars 2025. Julien quitte le domicile en avril 2025, son ex-conjointe et les enfants restent dans la maison. La maison est vendue 720 000 € en octobre 2026. PV brute = 720 000 − 500 000 = 220 000 €.

  • Pour l'ex-conjointe qui y vit encore en octobre 2026 : RP au jour de la cession → exonération totale sur sa quote-part (110 000 €).
  • Pour Julien qui a quitté 18 mois avant : ex-RP, délai « normal » respecté avec circonstance divorce. La doctrine BOFiP + tolérance administrative en cas de séparation/divorce permet le maintien de l'exonération sur sa quote-part également.
  • Total exonéré : 100 % des 220 000 € de PV.

Avec un bien en exonération RP, aucun impôt à payer — malgré 220 000 € de plus-value. C'est pour ça qu'on dit que la RP est le levier le plus puissant de la fiscalité immobilière française.

Mais il existe 15 autres exonérations, beaucoup moins connues, qui couvrent des profils très spécifiques.

7. Les 15 autres exonérations du CGI (souvent méconnues)

Au-delà de la RP, le CGI prévoit 15 cas d'exonération spécifiques — certains très connus (détention longue), d'autres pratiquement jamais publicisés (remploi primo-accédant, EHPAD, ORT). Tableau consolidé.

#Cas d'exonérationBase CGIConditions clés
1Résidence principale150 U II 1°Occupation effective + délai normal 12-24 mois après déménagement
2Ancienne RP avec remploi primo-accédant150 U II 1° bisNon-propriétaire de sa RP les 4 années précédentes ; remploi dans 24 mois ; plafond 150 k€ par personne
3Retraité/invalide modeste150 U IIIRFR N-2 ≤ 12 793 € (1 part) + non-IFI ; 2026 : majoration 3 428 €/demi-part
4Résident EHPAD/foyer handicapés150 U III 2 bisCession dans 2 ans de l'entrée ; RFR ≤ 30 024 € ; logement resté libre
5Non-résident UE/EEE 1re cession FR150 U II 2°Résidence fiscale FR antérieure ≥ 2 ans ; PV ≤ 150 000 €/cédant ; cession dans 10 ans du départ OU libre disposition depuis 1er janv. N-1
6Expropriation utilité publique150 U II 4°Indemnité remployée à 90 % minimum dans 12 mois
7Remembrement/échange rural150 U II 5°Opérations art. L.121-1 C. rural ; soulte ≤ 10 %
8Cession à organisme logement social150 U II 7°Cession à HLM/SEM/OFS ou opérateur s'engageant à construire LS dans 4-10 ans ; tolérance BOFiP 2026 à l'attente texte
9Cession à collectivité relayant vers LS150 U II 8°Collectivité/EPCI/EPF rétrocédant à bailleur social dans 1 an (3 ans pour EPF)
10Bien de faible valeur150 U II 6°Prix ≤ 15 000 € par quote-part indivise (par cédant)
11Détention > 22 ans IR / 30 ans PS150 VC IExonération totale par abattements durée
12Démolition-reconstruction zones tendues150 VE (LF 2021/2024)Abattement 70-85 % ; promesse signée 01/01/2024-31/12/2025 ; acte dans 2 ans ; tolérance BOFiP 01/01/2026-20/02/2026 ; éteint ensuite sauf LF nouvelle
13Partage successoral pur et simple150 U III (principe)Partage entre indivisaires originaires : pas une cession taxable
14Échange dans opération d'aménagement150 U II 5° bisSoulte ≤ 10 % de la valeur des biens échangés
15Donation (purge PV latente)Art. 777 CGI (pas 150 U)La donation n'est pas une cession ; nouvelle base = valeur déclarée

Concrètement, ces exonérations sont gratuites et cumulables avec les abattements durée. Un retraité modeste qui vend un terrain isolé à 12 000 € remplit deux cas d'exonération (n° 3 et n° 10) — mais un seul suffit. L'erreur fréquente : les notaires ne les connaissent pas toutes. Toujours vérifier chaque cas avant de signer.

Deux exonérations qui valent leur pesant d'or pour les retraités

Si vous êtes retraité ou invalide avec un RFR inférieur à 12 793 € (1 part) ou 30 024 € (EHPAD), vos plus-values sont totalement exonérées sans condition de durée. Ça couvre les petites retraites (pension inférieure à 1 200 €/mois environ). Beaucoup de retraités modestes paient la PV par méconnaissance. Vérifier son RFR 2024 sur l'avis d'imposition et rappeler ces articles au notaire si applicable. Économie potentielle : 10 000 à 40 000 € selon la PV.

8. Non-résidents : taux, représentant fiscal, exonération 150 000 €

Vous êtes expatrié et vous vendez un bien en France ? Les règles sont différentes selon votre pays de résidence et votre affiliation sociale. Ce que beaucoup de blogs oublient : la différence entre « EEE avec dispense représentant fiscal » et « EEE sans dispense » (le Liechtenstein et la Suisse sont des cas à part).

Pays de résidenceSécu affiliéeTaux IR + PSTotalReprésentant fiscal
Portugal, Espagne, Belgique, Italie, Allemagne, Lux.Pays UE19 % + 7,5 %26,5 %Dispense auto
Islande, Norvège (EEE)EEE19 % + 7,5 %26,5 %Dispense auto
Liechtenstein (EEE)LI19 % + 7,5 %26,5 %Obligatoire (pas de convention recouvrement)
SuisseLAMal19 % + 7,5 %26,5 %Obligatoire (hors EEE dispense)
Royaume-Uni (post-Brexit)UK19 % + 7,5 %*26,5 %*Obligatoire (à sécuriser par rescrit)
États-Unis, CanadaUS/CA19 % + 17,2 %36,2 %Obligatoire
MonacoMC (convention 1963)19 % + 17,2 %36,2 %Obligatoire
Émirats, Qatar, Singapour, Hong Kong19 % + 17,2 %36,2 %Obligatoire
États ou territoires non coopératifs (ETNC art. 238-0 A)75 % + 17,2 %92,2 %Obligatoire

*UK : contentieux en cours sur le 7,5 %. Position administrative 2026 = maintien du taux réduit par tolérance SSCA post-Brexit, à sécuriser par rescrit pour les montants élevés.

Concrètement, un non-résident belge qui vend un appartement avec 100 000 € de PV nette paie 26 500 €. Le même non-résident en Suisse paie aussi 26 500 € mais doit en plus désigner un représentant fiscal (3 000-5 000 €). Un expatrié à Dubaï paie 36 200 €.

L'exonération spécifique 150 000 € art. 150 U II 2°

Cette exonération permet à un ancien résident fiscal français, désormais expatrié, d'être exonéré de PV jusqu'à 150 000 € par cédant (300 000 € pour un couple). 5 conditions cumulatives :

  1. Nationalité UE/EEE avec convention d'assistance (UE27 + Islande + Norvège). Suisse et UK post-Brexit ouverts par clause de non-discrimination.
  2. Résidence fiscale française continue ≥ 2 ans à un moment quelconque avant la cession.
  3. Plafond 150 000 € de PV nette imposable par cédant. Au-delà = taxé au régime standard.
  4. Une seule fois à vie (purge définitive si déjà utilisée depuis 2014).
  5. Cession dans les 10 ans suivant le transfert OU bien resté libre de location depuis le 1er janvier de l'année précédant la cession (libre disposition).

La notion de libre disposition a été précisée par l'arrêt CE 5 avril 2024 n° 473230 : les locations saisonnières occasionnelles (Airbnb ponctuel) sont admises dès lors que le cédant conserve la maîtrise effective du bien. Un bail de longue durée ferait perdre la branche « libre disposition » ; seule la branche « 10 ans » reste alors accessible.

Le représentant fiscal accrédité

Obligation pour les non-résidents hors UE/EEE (art. 244 bis A III CGI) : désigner un tiers accrédité, solidairement responsable du paiement de la PV pendant le délai de reprise triennal. Coût marché 2026 : 0,4 % à 1 % du prix de cession (GPB Accrédité, SARF, Tevea, Financière Accréditée).

3 dispenses automatiques de représentant fiscal

  • Cédant UE/EEE avec convention d'assistance (UE27 + Islande + Norvège). Liechtenstein et Suisse EXCLUS malgré l'EEE.
  • Prix ≤ 150 000 € par cédant (apprécié par quote-part en indivision — vendre en deux lots indivis peut aider).
  • Cession bénéficiant d'une exonération totale (détention ≥ 30 ans, RP ancienne, art. 150 U II 3° dans les 150 k€ premiers euros).

Cas pratique — Sophie, expatriée à Lisbonne (portugaise), vend son appart parisien

Sophie a quitté Paris pour Lisbonne en 2022 (transfert RFRF 01/07/2022). Elle avait acheté son appart parisien en 2015 à 250 000 €, le vend en 2026 à 420 000 €. PV brute = 170 000 €. Détention 11 ans → abattement IR 36 %, abattement PS 8,25 %.

  • PV IR après abattement : 170 000 × 64 % = 108 800 €
  • PV PS après abattement : 170 000 × 91,75 % = 155 975 €
  • Article 150 U II 2° applicable (nationalité UE portugaise acquise, > 2 ans résidence FR, libre disposition depuis > 2 ans, dans les 10 ans)
  • Abattement 150 000 € sur IR + PS : PV IR retenue = 0 € (108 800 < 150 000), PV PS retenue = 5 975 €
  • IR dû : 0 €. PS dus : 5 975 × 7,5 % (Portugal affilié sécu UE) = 448 €
  • Représentant fiscal : dispense auto (UE + exonération IR totale)
  • Total dû : 448 € au lieu de 31 200 € en régime standard non-résident EEE — économie 30 752 €

Pour approfondir les règles fiscales des non-résidents, consultez notre guide dédié Fiscalité des non-résidents.

9. SCI IR vs SCI IS : le grand écart à la cession

Si vous détenez un bien en SCI, votre régime de PV dépend du régime fiscal de la société. Les écarts sont massifs — un même bien cédé 550 000 € après 20 ans peut coûter 30 000 € en SCI IR et 260 000 € en SCI IS avec distribution. Détail.

CritèreSCI IR (transparence)SCI IS
Base imposition PVPrix vente − prix acquisition (art. 150 U CGI)Prix vente − valeur nette comptable (amortissements déduits)
Abattements durée détentionOui, barème 22/30 ansNon, aucun abattement
Taux d'imposition19 % IR + 17,2 % PS + surtaxe éventuelleIS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà
Amortissements pendant exploitationNon (art. 39 C CGI limite aux loyers)Oui, intégralement déductibles
Distribution aux associésN/A (déjà taxée)PFU 31,4 % ou barème + PS (double imposition)
Taux effectif si distribution20-36 % selon durée~ 40-44 % combiné IS + PFU
Cession de parts SCI (régime spécifique)PV immo art. 150 UB (mêmes abattements)PV mobilière art. 150-0 A (PFU 30 % sans abattement)
Purge PV par donationOui (150 U classique)Plus complexe, PV latente reste dans la société

Concrètement — Cas chiffré SCI IR vs SCI IS sur 20 ans

Acquisition 2006 : 250 000 €. Cession 2026 : 650 000 €. PV économique = 400 000 €. Détention 20 ans. TMI associé 41 %.

PosteSCI IRSCI IS
Calcul PV fiscale400 000 € (particuliers)550 000 € (après réintégration amort. ~100 k€)
Abattement IR durée (20 ans → 84 %)400 k × 16 % = 64 000 €N/A
IR/IS sur PV64 000 × 19 % = 12 160 €550 k × 25 % = 137 500 €
Abattement PS durée (20 ans → 24,75 %)400 k × 75,25 % = 301 000 €N/A
PS301 000 × 17,2 % = 51 772 €Intégré IS
Surtaxe (400 k éligible car > 50 k)64 000 × 2 % = 1 280 €N/A
Distribution aux associés en dividendesN/A (déjà taxée)412 500 × 30 % PFU = 123 750 €
TOTAL~ 65 212 €~ 261 250 €

Concrètement, sur cette opération la SCI IR bat la SCI IS de 196 000 €. La raison : la SCI IR profite des abattements durée (20 ans = 84 % d'abattement IR, 33 % d'abattement PS), tandis que la SCI IS taxe 100 % de la PV à l'IS, puis rajoute une couche de 30 % sur la distribution.

Quand la SCI IS reste pertinente

La SCI IS bat la SCI IR dans 3 cas précis :
  • Pas de cession prévue : si le bien est conservé à vie et transmis en parts (purge par donation), la SCI IS profite de l'amortissement pendant 30 ans sans payer la PV latente.
  • Besoin de capitalisation : le bénéfice IS 15 % est conservé dans la société pour acquisitions futures.
  • Structure patrimoniale complexe : SCI IS comme filiale d'une holding IS avec intégration fiscale.

Pour approfondir, consultez notre guide comparatif SCI IR vs SCI IS. Passons maintenant au régime LMNP, transformé par la LF 2025.

10. LMNP et Jeanbrun : réintégration des amortissements (LF 2025)

Depuis le 15 février 2025, la règle du jeu a changé pour les LMNP au régime réel. L'article 84 de la loi de finances 2025 a inséré un nouveau III à l'article 150 VB CGI : lors de la revente d'un bien LMNP, le prix d'acquisition est minoré des amortissements admis en déduction pendant l'exploitation. C'est ce qu'on appelle la « réforme Jeanbrun ».

Le mécanisme exact

Avant 15/02/2025 : PV LMNP = Prix vente − Prix acquisition majoré

Depuis 15/02/2025 (art. 150 VB III CGI) :
PV LMNP = Prix vente − (Prix acquisition − Amortissements déduits) − Forfait travaux/frais

Concrètement, un bien acheté 250 000 € en 2010, amorti à hauteur de 150 000 € sur 15 ans (taux 4 %/an), revendu 400 000 € en 2026, voyait sa PV calculée à 150 000 € (400 − 250) en régime particuliers. Désormais, elle est calculée à 300 000 € (400 − (250 − 150)). L'amortissement qui avait allégé l'IR pendant 15 ans est repris à la sortie. Le « double avantage » du LMNP est supprimé.

Les exceptions à la réforme Jeanbrun

Deux catégories de biens conservent l'ancien régime (pas de réintégration des amortissements) :

  • Résidences étudiantes / formation / apprentissage (art. L.631-12 CCH) : étudiants et moins de 30 ans en formation.
  • Résidences seniors (art. L.631-13 CCH) : personnes de plus de 65 ans avec services.

Les EHPAD ne sont pas nommément exclus par la loi — leur éligibilité à l'exception dépend de leur qualification juridique (L.631-13 ou régime médico-social distinct). À vérifier cas par cas.

Le LMP reste épargné par Jeanbrun

La réforme Jeanbrun vise uniquement le LMNP (régime particuliers art. 150 U). Le LMP, qui relève du régime professionnel (art. 151 septies et suivants), n'est pas concerné. Pour un LMP, la PV de cession reste calculée selon l'ancien mécanisme BIC (prix − valeur nette comptable + amortissements réintégrés EN PV court terme), avec la possibilité d'exonérations puissantes (art. 151 septies si CA < 90 k€, 151 septies A départ retraite, 151 septies B abattement durée). Pour un investisseur meublé envisageant une revente dans 5-10 ans, passer en LMP peut économiser des dizaines de milliers d'euros (voir notre guide LMNP ou LMP).

11. Démembrement : 3 scénarios de cession

Vous détenez un bien en démembrement (usufruit + nue-propriété séparés) et vous voulez vendre ? Les règles diffèrent selon qui vend et comment. Trois scénarios possibles.

Scénario 1 — Vente simultanée usufruit + nue-propriété (art. 621 C. civ.)

L'usufruitier et le nu-propriétaire vendent ensemble le bien. Le prix se répartit selon la valeur de chaque droit (barème art. 669 CGI ou valorisation économique). Chacun calcule sa plus-value personnelle sur sa quote-part, selon sa propre durée de détention.

Concrètement : usufruitier 68 ans → valeur usufruit 40 %, nu-propriétaire 60 %. Sur une vente 600 000 €, usufruitier encaisse 240 000 €, nu-propriétaire 360 000 €. Chacun a sa propre durée de détention à appliquer.

Scénario 2 — Report sur un nouveau bien (remploi)

Les parties peuvent décider de reporter le démembrement sur un nouveau bien acquis avec le prix de vente. Dans ce cas, la PV n'est pas exigible à la vente initiale (report d'imposition). Elle sera calculée à la prochaine cession du bien remployé.

Scénario 3 — Quasi-usufruit sur le prix

L'usufruitier reçoit 100 % du prix de vente en quasi-usufruit (art. 587 C. civ.), à charge pour lui de restituer une somme équivalente à son décès aux nus-propriétaires. La PV est alors calculée intégralement sur la tête de l'usufruitier.

Réunion de l'usufruit par décès (art. 1133 CGI) — fiscalité zéro

Si l'usufruitier décède pendant le démembrement, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans aucune fiscalité (art. 1133 CGI). L'enrichissement mécanique par extinction de l'usufruit n'est jamais taxé. Lors de la revente ultérieure par le nouveau plein propriétaire, la durée de détention se décompte à partir de la date d'acquisition de la nue-propriété (pas du décès), et la base = valeur de la nue-propriété au jour de l'acquisition initiale. Le rapport CPO 2024 a proposé une réforme (taxer la réunion) — non retenue en LF 2026, art. 1133 demeure intact.

12. Donation avant vente : purge de la PV ou abus de droit ?

La donation est l'un des leviers les plus puissants pour réduire la plus-value latente. Mécanisme : le donateur transmet le bien à son enfant (ou conjoint), la donation purge la PV latente, le donataire reçoit le bien à la valeur déclarée qui devient son nouveau prix d'acquisition fiscal. S'il revend rapidement au même prix, la PV est nulle ou marginale. Mais l'administration surveille — et requalifie si l'opération est trop artificielle.

Quand est-ce pertinent ?

Donation avant vente PERTINENTE

PV latente > 150 k€ + détention < 15 ans (abattements faibles) + transmission intergénérationnelle déjà planifiée + donataire à TMI faible ou futur occupant RP. Économie potentielle : 30 000 à 100 000 €.

Donation avant vente INUTILE

Détention > 22 ans (IR déjà exonéré) ou > 30 ans (PS déjà exonéré) : la PV est déjà purgée par le temps. PV < 50 k€ : les DMTG coûteront plus cher que la PV évitée.

Le risque abus de droit L.64 LPF

L'administration peut requalifier l'opération en abus de droit (art. L.64 LPF) si elle démontre que la donation est fictive ou que le donateur se réapproprie les fonds. Conditions de sécurité issues de la jurisprudence :

  • Donation réelle : acte notarié définitif, dépossession effective, paiement des droits.
  • Chronologie propre : donation AVANT tout mandat de vente ou compromis.
  • Pas de réappropriation : le donataire encaisse réellement le prix sur son compte, pas de rétrocession au donateur.
  • Délai sécurisé : aucun délai minimum dans la loi (CE 9/02/2022 n° 454105), mais pratique CGP = 6 mois minimum, idéal 12 à 24 mois entre donation et vente.

Jurisprudence clé récente : CE 5/02/2024 n° 470324 (requalification d'une donation-cession avec délai court et réappropriation), CE 9/02/2022 n° 454105 (pas de délai minimum mais preuve de sincérité exigée). Pénalité en cas de redressement abus de droit : majoration 40 % (non-contestation) à 80 % (manœuvres), intérêts de retard, publication possible.

13. Bien hérité : calcul sur valeur de succession

Vous avez hérité d'un bien et vous l'avez revendu peu après. Comment calculer la plus-value ? Le prix d'acquisition retenu est la valeur vénale du bien déclarée dans la déclaration de succession (art. 150 VB II 3° CGI) — celle qui a servi à calculer les droits de succession.

Éléments majorants du prix d'acquisition

  • Droits de succession payés au prorata du bien : déductibles en majoration du prix.
  • Frais notariés de succession : déductibles au prorata.
  • Travaux effectués depuis l'héritage : sur factures OU forfait 15 % si détention > 5 ans.
  • ⚠️ Pas de forfait 7,5 % frais d'acquisition (réservé aux acquisitions à titre onéreux).

Concrètement — Sarah, hérite puis vend 2 ans après

Sarah hérite en 2024 d'un appartement parisien évalué à 400 000 € dans la déclaration de succession. Droits de succession payés : 30 000 € (part Sarah). Frais notaire succession : 5 000 €. Elle vend en 2026 à 450 000 €.

  • Prix d'acquisition retenu : 400 000 + 30 000 + 5 000 = 435 000 €
  • PV : 450 000 − 435 000 = 15 000 €
  • Détention 2 ans (inférieure à 6 ans) → pas d'abattement
  • IR 19 % = 2 850 € + PS 17,2 % = 2 580 € = 5 430 €
  • Pas de surtaxe (PV inférieure à 50 000 €)

Point clé pour les héritiers multiples : chaque héritier calcule sa PV sur sa quote-part, selon sa situation personnelle. Un héritier qui y habite comme RP est totalement exonéré, un autre qui ne fait que vendre paie la PV standard.

14. Réforme 17 ans : ce qui a été adopté (et ce qui ne l'a pas été)

Beaucoup de sites écrivent que la réforme qui raccourcissait le délai d'exonération IR de 22 à 17 ans a été adoptée en LF 2026. C'est faux. Voici les faits documentés.

DateÉvénementStatut
3 novembre 2025Amendement I-2793 (Le Fur, LR) voté en 1re lecture à l'Assemblée nationaleVote favorable en 1re lecture
Nov 2025 - Fév 2026Navette parlementaire + Commission mixte paritaireAmendement NON retenu dans le texte final
19 février 2026Loi de finances 2026 n° 2026-103 promulguée au JO (JORFTEXT000053508155)Barème 22/30 ans inchangé dans le texte adopté
Printemps 2026Débats sur proposition Sénat : indexation inflation + fin progressive des abattements (amendements I-CF109 / I-CF1814)Également NON adoptés en LF 2026

Concrètement, les règles applicables au 15 avril 2026 sont les anciennes : abattement IR 6 %/an années 6-21 + 4 % année 22 (exonération totale à 22 ans), abattement PS 1,65 %/an années 6-21 + 1,6 % année 22 + 9 %/an années 23-30 (exonération totale à 30 ans). Aucun report formel à 2027 ou 2028 n'a été inscrit dans la LF 2026.

À surveiller pour PLF 2027 et suivants

Deux pistes gouvernementales ou parlementaires sont à surveiller pour les prochaines lois de finances :
  • Retour de la réforme 17 ans : l'idée fait toujours débat, avec des arguments favorables (harmonisation IR/PS) et défavorables (dynamitage du marché secondaire de l'immobilier).
  • Coefficient d'érosion monétaire (amendements I-CF109 / I-CF1814 de la LF 2026) : remplacement des abattements durée par un coefficient inflation pour les terrains à bâtir (2027) et le bâti (2028). Rejetés en LF 2026 mais pourraient revenir.
Si vous avez un projet de revente dans les 5 prochaines années, il est prudent de vendre tant que le barème 22/30 ans reste en vigueur.

15. 6 cas pratiques chiffrés

Pour concrétiser toutes les règles précédentes, voici 6 profils d'investisseurs avec calculs détaillés.

Cas 1 — Émilie, 52 ans, vend sa résidence secondaire à La Baule

Émilie, cadre supérieure à Nantes, possède une maison de vacances à La Baule achetée 380 000 € en 2014 (frais notaire réels 32 000 €, aucun travaux). Elle la vend 620 000 € en 2026. Détention 12 ans.

  • Prix acquisition majoré : 380 000 + 32 000 (frais réels) = 412 000 € (forfait 15 % travaux non applicable, pas de travaux)
  • PV brute : 620 000 − 412 000 = 208 000 €
  • Abattement IR 12 ans : 6 % × 7 = 42 % → PV IR = 120 640 €
  • Abattement PS 12 ans : 1,65 % × 7 = 11,55 % → PV PS = 183 976 €
  • IR : 120 640 × 19 % = 22 922 €
  • PS : 183 976 × 17,2 % = 31 644 €
  • Surtaxe (120 640 > 100 000) : 120 640 × 3 % = 3 619 €
  • Total : 58 185 € (soit 27,9 % de la PV brute)

Cas 2 — Mathieu et Léa, vendent leur RP à Bordeaux

Mathieu, architecte, et Léa, enseignante, vendent leur maison familiale à Bordeaux (achetée 320 000 € en 2010, vendue 700 000 € en 2026). Ils y vivent depuis l'acquisition avec leurs deux enfants scolarisés localement.

  • Statut : résidence principale au sens de l'art. 150 U II 1° CGI (occupation effective continue)
  • PV brute calculée : 700 000 − 320 000 = 380 000 € (sans compter travaux/frais car inutile)
  • Application exonération RP : 100 % de la PV exonérée d'IR et de PS
  • Total : 0 € — exonération totale pour une PV de 380 000 €

Cas 3 — Jacques, 69 ans, RFR 10 500 €, vend un terrain hérité

Jacques, retraité modeste (RFR 2024 = 10 500 € pour 1 part, non-IFI), vend en 2026 un terrain hérité de ses parents (valeur succession 2019 = 40 000 €, prix de vente 90 000 €). Détention depuis 2019 = 7 ans.

  • Applicabilité de l'art. 150 U III CGI (retraité modeste) : RFR 10 500 € < 12 793 € ✓ + non-IFI ✓
  • Exonération totale IR + PS
  • Total : 0 € — au lieu de 13 330 € en régime standard

Cas 4 — Antoine, expatrié à Singapour, vend son appart parisien

Antoine, consultant expatrié à Singapour depuis 2019, vend en 2026 son appart parisien acheté 450 000 € en 2016. Prix de vente 720 000 €.

  • PV brute : 720 000 − (450 000 + 33 750 forfait 7,5 % + 67 500 forfait 15 %) = 168 750 €
  • Détention 10 ans : abattement IR 30 %, abattement PS 8,25 %
  • Art. 150 U II 2° inapplicable (pas UE/EEE, cession hors 10 ans départ + bien loué)
  • PV IR : 118 125 × 19 % = 22 444 €
  • PS (Singapour hors EEE) : 154 828 × 17,2 % = 26 630 €
  • Surtaxe (PV IR 118 k entre 110 k et 150 k) : 118 125 × 3 % = 3 544 €
  • Représentant fiscal obligatoire : ~ 720 000 × 0,8 % = 5 760 €
  • Total : ~ 58 378 €

Cas 5 — Donation-vente : Bernard donne à ses enfants puis vend

Bernard, 72 ans, détient un appartement acheté 200 000 € en 2012. Valeur 2026 : 450 000 €. Il donne la pleine propriété à ses 2 enfants (100 k€ abattement chacun) en mars 2025. Vente par les enfants en juin 2026 (délai 15 mois, sécurisé).

  • Donation 2025 : 450 000 € valeur déclarée → chaque enfant reçoit 225 000 €. Après abattement 100 k€/enfant : 125 000 € taxables × barème parent-enfant → ~22 200 € de DMTG par enfant = 44 400 € total
  • Vente 2026 : 450 000 € (valeur stable, pas de PV). Base acquisition = 450 000 €. PV = 0 €
  • Total : 44 400 € (DMTG) au lieu de ~75 000 € en vente directe (PV 250 k€ × 36,2 % après abattements durée 14 ans = ~31 500 € IR+PS, mais la famille économise surtout l'effet transmission)
  • Bonus : les 450 000 € sont transmis aux enfants, le patrimoine générationnel est préservé.

Cas 6 — Philippe, LMNP revente avec Jeanbrun

Philippe, architecte, a acheté en 2015 un appartement meublé 280 000 € pour le louer LMNP. Il l'a amorti 120 000 € sur 11 ans. Il le vend 420 000 € en 2026. PV économique = 140 000 €.

  • Avant Jeanbrun : PV = 420 000 − (280 000 + 21 000 frais + 42 000 travaux) = 77 000 €. Détention 11 ans, abattements IR 36 %, PS 9,9 %. IR : 49 280 × 19 % = 9 363 €. PS : 69 377 × 17,2 % = 11 933 €. Total : ~ 21 300 €.
  • Après Jeanbrun (depuis 15/02/2025) : prix acquisition minoré des amortissements (120 k€). Base = 280 000 − 120 000 + 21 000 + 42 000 = 223 000 €. PV = 420 000 − 223 000 = 197 000 €. Après abattements 11 ans : IR 126 080 × 19 % = 23 955 €. PS 177 519 × 17,2 % = 30 533 €. Surtaxe 3 % × 126 080 = 3 782 €. Total : ~ 58 270 €.
  • Surcoût Jeanbrun : +37 000 €. Si Philippe avait basculé en LMP avant la vente (art. 151 septies), il aurait payé 0 € d'impôt sur la PV (CA < 90 k€).

16. Jurisprudence 2022-2026 à connaître

DécisionDatePortée
CJUE C-623/13 de Ruyter26/02/2015PS non-résidents UE/EEE/CH affiliés sécu UE = 0 % (puis 7,5 % LFSS 2019). Arrêt fondateur.
CJUE C-45/17 Jahin18/01/2018PS pays tiers maintenus à 17,2 % (cédants hors EEE)
CJUE C-372/18 Dreyer14/03/2019Extension Ruyter aux revenus non contributifs (ASPA, etc.)
CE 6/10/2021 n° 44151106/10/2021Délai normal vente RP = 12 mois. Extension 18-24 mois possible avec preuve de diligence.
CE 9/02/2022 n° 45410509/02/2022Donation-cession : pas de délai minimum imposé par la loi. Preuve de sincérité requise.
CAA Paris 19/01/2023 n° 21PA0404319/01/2023RP refusée à 28 mois après déménagement sans diligence.
CAA Nantes 8/12/2022 n° 21NT0276408/12/2022Conjoints séparés : appréciation RP individuelle.
CE 10/03/2023 n° 46412310/03/2023Double résidence professionnelle : le centre familial prime.
CE 5/02/2024 n° 47032405/02/2024Donation-cession très courte + réappropriation = abus de droit L.64.
CE 5/04/2024 n° 47323005/04/2024Libre disposition non-résident : locations saisonnières OK si maîtrise effective.
Cass. com. 19/09/2024 n° 22-18.68719/09/2024Quasi-usufruit et valeur acquisition démembrement.
CE 2/10/2024 n° 47310402/10/2024RP déclarée ≠ RP fiscale : faisceau d'indices exigé.
CE 20/10/2021 n° 44467420/10/2021Responsabilité solidaire représentant fiscal confirmée.
CE 9/11/2015 n° 37005209/11/2015Parts SCI IR à prépondérance immobilière : hors exit tax.

17. Checklist : les 10 actions à mener avant de vendre

Vos 10 actions avant toute signature de compromis

  1. Vérifier la qualification de RP si applicable (factures énergie, scolarisation, adresse fiscale, assurances). Faisceau d'indices solide = exonération totale.
  2. Calculer la durée de détention à la date anniversaire : vendre le 29 décembre de la 22e année ≠ le 2 janvier.
  3. Comparer forfait 7,5 % + 15 % vs réel justifié sur factures : retenir le plus avantageux.
  4. Vérifier l'éligibilité aux exonérations spéciales (retraité modeste, EHPAD, non-résident 150 k€, bien de faible valeur, remembrement, cession à logement social).
  5. Si LMNP : envisager une bascule LMP avant la vente pour échapper à la réforme Jeanbrun. Voir guide LMNP ou LMP.
  6. Si patrimoine à transmettre : envisager une donation préalable (délai sécurisé 12-24 mois, pas de rétrocession fonds au donateur).
  7. Si non-résident : vérifier affiliation sécu + convention fiscale (PS 7,5 % ou 17,2 %). Préparer représentant fiscal si hors UE/EEE convention.
  8. Si SCI IR : laisser la SCI IR si prévoyez une revente (abattements durée). Ne basculer à l'IS que si réinvestissement intra-société.
  9. Calculer l'impact CEHR/CDHR : PV imposable entre dans le RFR. Au-delà de 250 k€/500 k€, surtaxe 3-4 %.
  10. Se faire accompagner par un CGP ORIAS avant le compromis — une mauvaise structuration coûte facilement 20 000 à 100 000 €.

La plus-value immobilière est l'un des impôts les plus optimisables du système fiscal français. Avec les 15 cas d'exonération, les abattements durée, les régimes spécifiques SCI/LMNP/LMP et les stratégies de donation ou démembrement, il y a toujours une marge de manœuvre. Le tout est de calculer avant de signer.

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Sources et références juridiques

Textes législatifs : Loi de finances 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025 art. 84 (réforme Jeanbrun art. 150 VB III CGI) — LF 2026 n° 2026-103 du 19 février 2026 (barème 22/30 ans maintenu, amendement I-2793 rejeté) — LFSS 2026 n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (PS immobiliers maintenus à 17,2 %) — Arrêté 22 décembre 2025 PASS 2026 = 48 060 €.

Articles CGI : art. 150 U (PV particuliers), art. 150 U II 1° (RP), art. 150 U II 1° bis (remploi primo-accédant), art. 150 U II 2° (non-résident 150 k€), art. 150 U II 3° et 3° bis (expropriation, remembrement), art. 150 U II 4° (cession biens faible valeur), art. 150 U II 7° et 8° (logement social), art. 150 U III (retraité/EHPAD), art. 150 VB (prix acquisition majoré, forfaits 7,5 % et 15 %), art. 150 VB III (réintégration amortissements Jeanbrun), art. 150 VC (abattements durée 22/30 ans), art. 150 VE (abattement démolition-reconstruction), art. 150 UB (PV parts SCI IR), art. 200 B (taux IR 19 %), art. 1609 nonies G (surtaxe 2-6 %), art. 244 bis A (prélèvement non-résident 19 %), art. 238-0 A (ETNC 75 %), art. 150-0 B ter (apport-cession holding), art. 151 septies / A / B (exonérations PV pro LMP), art. 39 C (amortissements LMNP/LMP), art. 1133 (réunion usufruit).

Articles CSS et C. civ. : art. L136-7 CSS (PS PV immobilières 17,2 %), art. L.380-2 CSS (PUMA), art. 621 C. civ. (vente démembrée simultanée), art. 587 C. civ. (quasi-usufruit), art. 669 CGI (barème usufruit/NP). Règlement européen 883/2004 (non-résidents EEE/Suisse). CCH art. L.631-12 et L.631-13 (résidences services exclues Jeanbrun).

BOFiP : BOI-RFPI-PVI-10-40-10 (RP + exonérations), BOI-RFPI-PVI-10-40-30 (remploi primo), BOI-RFPI-PVI-10-40-50 (retraités), BOI-RFPI-PVI-10-40-60 (EHPAD), BOI-RFPI-PVINR (non-résidents, 4 sous-sections), BOI-RFPI-TPVIE (surtaxe), BOI-RES-RFPI-000242 (rescrit prorogation démolition 31/12/2025).

Jurisprudence : CJUE 26/02/2015 C-623/13 de Ruyter — CJUE 18/01/2018 C-45/17 Jahin — CJUE 14/03/2019 C-372/18 Dreyer — CE 6/10/2021 n° 441511 — CE 9/02/2022 n° 454105 — CE 5/02/2024 n° 470324 — CE 5/04/2024 n° 473230 — CE 2/10/2024 n° 473104 — Cass. com. 19/09/2024 n° 22-18.687 — CAA Paris 19/01/2023 n° 21PA04043 — CE 9/11/2015 n° 370052 (SCI IR exit tax) — CE 20/10/2021 n° 444674 (représentant fiscal).

Avertissement : Les informations contenues dans ce guide sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les données juridiques et fiscales sont à jour au 15 avril 2026. La réforme du délai d'exonération ramenant 22 à 17 ans, débattue en 1re lecture à l'Assemblée nationale, n'a PAS été adoptée dans le texte final de la LF 2026 — les règles applicables en 2026 restent 22 ans IR / 30 ans PS. Pour votre situation spécifique, consultez un conseiller en gestion de patrimoine enregistré à l'ORIAS (CIF, COA, COBSP) et votre notaire. Hagnéré Patrimoine — cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant, rémunéré via rétrocommissions partenaires, avec une tarification parmi les plus compétitives du marché.

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