Héritage immobilier : vendre, garder ou louer en 2026

Vous venez d'hériter d'un bien immobilier. Arbre de décision, fiscalité PV, indivision, LMNP, Loc'Avantages, DPE, SCI familiale. 7 cas chiffrés.

Arbre décision en 30s
PV + surtaxe chiffrées
7 cas pratiques
DPE : critère décisif

1. Un bien immobilier dans la succession : la décision la plus structurante

Publié le 16 avril 2026 · Mis à jour le 16 avril 2026 · Par Quentin Hagnéré, CGP (CIF, COA, COBSP)

La réponse en 60 secondes. Hériter d'un bien immobilier oblige à trancher entre vendre, garder ou louer. Vendez vite si le DPE est F/G sans budget travaux, si le bien est loin ou si l'indivision est conflictuelle (la plus-value est quasi purgée au décès, art. 150 VB-II-3° CGI). Gardez et louez en LMNP si vous voulez des revenus différés 10-15 ans grâce à l'amortissement sur valeur réévaluée. Gardez en SCI familiale pour préparer la transmission aux enfants avec décote 15-20 %. Ce guide Hagnéré Patrimoine détaille les 8 critères objectifs pour décider, la fiscalité 2026 chiffrée et 7 cas pratiques nominatifs.

Vous venez d'hériter d'un appartement, d'une maison, d'un terrain. Le notaire vous a remis les clés. Et maintenant ? Vendre, garder ou louer — c'est la question que se posent chaque année des centaines de milliers de Français. C'est aussi, en pratique, la décision la plus structurante de votre vie patrimoniale.

Les chiffres donnent le vertige. Selon l'INSEE et la Direction générale des finances publiques (DGFiP), 50 à 55 % des successions incluent au moins un bien immobilier. L'âge moyen du parc hérité se situe entre 25 et 40 ans — des biens souvent vieillissants, parfois passoires thermiques. Le délai moyen entre le décès et la vente effective oscille entre 12 et 24 mois, un temps pendant lequel le bien génère des charges (taxe foncière, copropriété, assurance, entretien) sans aucun revenu.

4,8 millions de passoires thermiques (DPE F ou G) sont recensées en France. Si le bien que vous venez d'hériter en fait partie, la location en l'état est interdite depuis le 1er janvier 2025 (DPE G) ou le sera à partir de 2028 (DPE F). Ce critère à lui seul peut faire basculer votre décision.

Ce guide a un seul objectif : vous donner tous les éléments concrets pour prendre la bonne décision. Pas de jargon inutile, pas de généralités. Des chiffres 2026, des cas pratiques avec prénom et métier, des tableaux comparatifs, et les textes juridiques précis que votre notaire ou votre CGP utilise en coulisses.

Règle d'or n°1 : ne prenez jamais cette décision dans l'urgence émotionnelle du deuil. Vous disposez de 6 mois pour déclarer la succession (12 mois si décès à l'étranger). Utilisez ce temps pour analyser froidement les 8 critères de notre arbre de décision (section 3).

Les 12 premières sections de ce guide couvrent la mécanique complète : chronologie post-décès, arbre de décision, fiscalité de la plus-value, indivision, rachat de soulte, frais, location nue, LMNP, Loc'Avantages, passoires thermiques et SCI familiale. Les 12 suivantes abordent le réinvestissement, l'IFI, le régime matrimonial, les non-résidents, la donation-cession, la protection du conjoint, les erreurs à éviter, les diagnostics, les cas pratiques, la jurisprudence et la FAQ.

2. Chronologie post-décès : de J+0 à J+12 mois

La succession immobilière suit un calendrier juridique strict. Manquer une étape, c'est risquer des pénalités, une vente bloquée ou un conflit entre héritiers. Voici la timeline complète, étape par étape.

DélaiÉtapeDocument / formalitéConséquence si retard
J+0Décès et déclarationActe de décès en mairie (24 h max), avis aux banquesComptes bancaires gelés immédiatement
J+7 à J+15Contact notaireChoix du notaire, ouverture du dossierAucun délai légal mais ralentit tout
J+30 environActe de notoriétéIdentifie les héritiers, droits de chacunImpossible d’agir sur le patrimoine
J+60 environAttestation de propriété immobilièrePubliée au SPF — transfert officiel du bien aux héritiersVente impossible sans ce document
J+180 (6 mois)Déclaration de succession (formulaire 2705)Évaluation des biens, calcul des droits, paiementPénalité 0,20 %/mois + majoration 10 % après mise en demeure
J+180 à J+365Décision vendre / garder / louerDiagnostic immobilier, estimation, mise en vente ou locationCharges courantes sans revenus
J+365 à J+730Régularisation éventuellePartage notarié, vente effective, droit de partage 2,5 % (succession, art. 746 al. 2 CGI)Indivision prolongée = conflits fréquents
Point clé : vous ne pouvez pas vendre le bien tant que l'attestation de propriété immobilière n'a pas été publiée au Service de la Publicité Foncière (SPF). Ce document est établi par le notaire, généralement dans les 2 mois suivant le décès. Comptez 400 à 800 € d'émoluments notariés.

Concrètement, la plupart des héritiers se retrouvent dans une zone grise de 6 à 12 mois pendant laquelle ils paient des charges (taxe foncière au prorata, charges de copropriété, assurance habitation) sans percevoir aucun revenu du bien. C'est ce coût d'opportunité qu'il faut intégrer dans votre calcul.

Piège fréquent : si le défunt avait des charges de copropriété impayées, les héritiers en sont solidairement responsables. Demandez au syndic un état des comptes dès les premiers jours. Même chose pour la taxe foncière : l'administration calcule au prorata — le défunt paie jusqu'à la date du décès, les héritiers paient le reste.

2.1. Les 4 actions urgentes dans les 48 premières heures

Avant même de contacter le notaire, ces 4 actions protègent le bien hérité et évitent des coûts imprévus :

ActionPourquoiCoûtConséquence si omission
Souscrire assurance PNOLe contrat du défunt cesse au décès (art. L.113-12)100-250 €/anAucune couverture dégât des eaux, incendie, RC
Prévenir le syndic (si copropriété)Charges au nom du défunt + majorations0 € (courrier RAR)Relances, majorations, procédure de recouvrement
Relever compteurs énergieStopper les factures au nom du défunt0 €Factures impayées portées en passif de la succession
Sécuriser le bien (serrures, courrier)Éviter squatteurs et cambriolages150-300 € (serrurier)Occupation illicite = procédure longue et coûteuse

Concrètement, ces 4 actions coûtent moins de 500 € et prennent une demi-journée. Elles évitent des litiges qui peuvent se chiffrer en milliers, voire dizaines de milliers d'euros. C'est le meilleur investissement du processus successoral.

Maintenant que vous connaissez le calendrier et les urgences, comment décider rapidement entre vendre, garder et louer ? C'est l'objet de notre arbre de décision en 30 secondes.

3. Faut-il vendre, garder ou louer ? L'arbre de décision en 30 secondes

Avant de plonger dans les détails fiscaux et juridiques, commencez par répondre à ces 8 critères objectifs. En 30 secondes, vous saurez vers quelle option vous orienter — quitte à affiner ensuite avec votre CGP ou votre notaire.

CritèreOriente vers VENDREOriente vers GARDER / LOUER
1Besoin de liquidités immédiat ?Oui → vendreNon → garder ou louer
2DPE du bien (F ou G) ?Oui + pas de budget travaux → vendreNon ou budget travaux → rénover + louer
3Distance géographiqueLoin (> 2 h) et pas de gestionnaire → vendreProche ou gestionnaire délégué → louer
4TMI de l’héritierTMI 41-45 % → vendre ou AV/PER plutôt que foncierTMI 0-11 % → louer en nu (micro-foncier)
5Patrimoine IFI > 1,3 M€ ?Oui → vendre et réinvestir en NP SCPINon → garder ou louer
6Bien en indivision ?Désaccord héritiers → vendre ou rachat soulteAccord unanime → SCI ou convention indivision
7Locataire en place ?Oui + loyers faibles → vendre (congé 6 mois)Oui + loyers corrects → garder le locataire
8Projet personnel (RP, enfant) ?Non → vendre ou louerOui → garder pour usage personnel

Concrètement, si vous cochez 4 critères ou plus dans la colonne « vendre », la vente est probablement l'option la plus rationnelle. Inversement, si vous cochez 4 critères « garder/louer », le bien mérite d'être conservé — à condition de choisir le bon mode de détention et le bon régime fiscal.

Vendre le bien hérité

Liquidités immédiates. Plus-value souvent faible (purge au décès). Pas de gestion. Réinvestissement possible en SCPI, AV ou PER. En revanche : perte d’un actif tangible, frais de vente 7-8 % (agence + notaire acquéreur), et fiscalité PV si détention courte post-décès.

Garder le bien (usage perso)

Valeur sentimentale, résidence principale exonérée IFI et PV. Pas de revenus fonciers imposables. Mais : charges d’entretien, taxe foncière, pas de rendement. Pertinent si le bien correspond à un projet de vie (RP, résidence secondaire, logement enfant étudiant).

Louer le bien hérité

Revenus complémentaires réguliers. Déduction charges et travaux. LMNP : amortissement sur valeur réévaluée au décès. Loc’Avantages : réduction IR 15-65 %. Mais : gestion locative, risque impayés, fiscalité barème IR + PS 17,2 % en nu. DPE G/F = interdiction de louer sans rénovation.

Angle CGP : il n'existe pas de réponse universelle. La bonne décision dépend de votre situation globale (revenus, TMI, patrimoine existant, objectifs à 5-10 ans). Un héritage immobilier de 300 000 € peut valoir le coup d'être conservé si vous êtes au TMI 11 % et que le bien est en bon état — ou au contraire être vendu immédiatement si vous êtes au TMI 41 % avec un patrimoine IFI proche du seuil.
Attention indivision : si vous héritez à plusieurs, la décision n'est pas individuelle. Toute vente, tout bail, tout travail important nécessite l'accord des indivisaires (sauf exception art. 815-5-1 CC pour la vente aux 2/3). Détails en section 5.

3.1. Grille de scoring rapide (0-24 points)

Attribuez 3 points à chaque critère « Vendre » coché, et 0 point à chaque critère « Garder / Louer ». Votre score total sur 24 donne l'orientation :

ScoreOrientationProchaine étape
0-6 pointsGarder / Louer — le bien est un atout dans votre patrimoineChoisir le bon régime : LMNP (§9), location nue (§8) ou Loc’Avantages (§10)
7-12 pointsZone grise — simuler les 3 scénarios avec un CGPDemander un bilan patrimonial chiffré (vendre vs louer nu vs LMNP)
13-18 pointsVendre est probablement optimalÉvaluer le bien, constituer le DDT, choisir le mode de réinvestissement (§13)
19-24 pointsVendre immédiatement — chaque mois de détention vous coûte de l’argentMettre en vente sans attendre et réinvestir en actifs diversifiés hors IFI

Concrètement, cette grille n'est qu'un point de départ. Elle ne remplace pas un bilan patrimonial complet, mais elle permet de cadrer la réflexion en 2 minutes et d'éviter les décisions purement émotionnelles. Si votre score est en zone grise (7-12), c'est exactement le type de situation où l'accompagnement d'un CGP fait la différence — les optimisations fiscales peuvent transformer une vente médiocre en stratégie rentable. Chez Hagnéré Patrimoine, nos simulations sur mesure chiffrent systématiquement les 3 scénarios (vendre / garder / louer) sur 10 ans avant décision.

4. Comment calculer la plus-value sur un bien hérité ? Le mécanisme de la purge au décès

C'est le point le plus mal compris par les héritiers. Quand vous revendez un bien hérité, le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value n'est pas le prix payé par le défunt il y a 30 ans. C'est la valeur vénale déclarée dans la déclaration de succession (art. 150 VB-II-3° CGI).

Calcul de la plus-value brute sur bien hérité

PV brute = Prix de vente − Valeur déclarée succession − Frais (7,5 % forfait ou réels) − Travaux (15 % forfait > 5 ans ou réels)
Purge au décès : toute la plus-value accumulée par le défunt pendant sa vie est « purgée » — elle n'est jamais imposée. Seule la plus-value depuis le décès est taxable. Si vous revendez au même prix que la valeur déclarée dans la succession, votre plus-value est de 0 €.

La durée de détention se calcule à partir de la date du décès (pas de la date d'achat par le défunt). Les abattements pour durée de détention s'appliquent ensuite, avec un double barème : un pour l'IR (exonération totale après 22 ans) et un pour les PS (exonération totale après 30 ans).

Durée détention (depuis décès)Abattement IR (19 %)Abattement PS (17,2 %)
Moins de 6 ans0 %0 %
6e année6 %1,65 %
7e année12 %3,30 %
8e année18 %4,95 %
9e année24 %6,60 %
10e année30 %8,25 %
11e année36 %9,90 %
12e année42 %11,55 %
13e année48 %13,20 %
14e année54 %14,85 %
15e année60 %16,50 %
16e année66 %18,15 %
17e année72 %19,80 %
18e année78 %21,45 %
19e année84 %23,10 %
20e année90 %24,75 %
21e année96 %26,40 %
22e année100 % ✅28 %
23e à 30e année100 %28 % + 9 %/an
Au-delà de 30 ans100 %100 % ✅

Concrètement, si vous revendez dans les 5 premières années après le décès, aucun abattement ne s'applique : la plus-value est taxée à 19 % IR + 17,2 % PS = 36,2 %.

Surtaxe sur les PV élevées (art. 1609 nonies G CGI) : si la plus-value nette imposable dépasse 50 000 €, une surtaxe progressive de 2 % à 6 % s'ajoute. À partir de 260 000 € de PV nette, le taux maximum de 6 % s'applique. Cette surtaxe est souvent oubliée dans les simulations.

4.1. Majorations forfaitaires

Deux majorations permettent de réduire la plus-value imposable :

  • Forfait frais d'acquisition 7,5 % — s'ajoute au prix d'acquisition (valeur succession) à défaut de justificatifs des frais réels (droits de succession, émoluments notaire, SPF).
  • Forfait travaux 15 % — applicable uniquement si la détention dépasse 5 ans (depuis le décès). Alternative : montant réel des travaux (avec factures). Attention : les travaux déjà déduits des revenus fonciers ne sont pas déductibles une seconde fois en PV.

4.2. Exonération résidence principale (art. 150 U-II-1° CGI)

Si vous établissez votre résidence principale dans le bien hérité, la revente est totalement exonérée de plus-value, sans condition de durée. Même 6 mois d'occupation effective peuvent suffire — à condition que le bien soit votre RP réelle et principale au jour de la cession, et que l'administration ne requalifie pas la situation en abus de droit.

4.3. Cas chiffré : Nathalie, 42 ans, cadre à Bordeaux

Nathalie hérite d'un T3 à Libourne, déclaré 400 000 € dans la succession de sa mère. Trois ans plus tard, elle le revend 450 000 €.

PosteMontant
Prix de vente450 000 €
Valeur déclarée succession400 000 €
Forfait frais 7,5 %−30 000 € (prix corrigé = 430 000 €)
Forfait travaux 15 %Non applicable (détention < 5 ans)
Plus-value brute450 000 − 430 000 = 20 000 €
Abattement durée (3 ans)0 % (< 6 ans)
PV nette imposable20 000 €
IR 19 %3 800 €
PS 17,2 %3 440 €
Surtaxe (PV < 50 000 €)0 €
Total impôt PV7 240 €

Concrètement, Nathalie paie 7 240 € d'impôt sur 50 000 € de gain brut. Si elle avait attendu 6 ans, un premier abattement de 6 % (IR) et 1,65 % (PS) se serait appliqué. Si elle avait habité le bien comme RP, l'impôt serait de 0 €.

Arbitrage évaluation haute vs basse dans la succession : déclarer le bien à une valeur élevée augmente les droits de succession (5-45 %), mais réduit la plus-value future en cas de revente. Inversement, déclarer bas réduit les droits mais génère une PV taxable plus tard. Le bon arbitrage dépend de votre horizon de détention et de votre TMI. Votre CGP et votre notaire doivent coordonner ce calibrage.

4.4. Piège RP héritier — CE 10/04/2015 n° 367015

Beaucoup d'héritiers croient que l'exonération résidence principale (art. 150 U-II-1° CGI) s'applique si le défunt habitait le bien. C'est faux. Le Conseil d'État (CE 10/04/2015, n° 367015) a tranché : l'exonération exige que le bien soit la résidence principale du cédant au jour de la cession, et non au jour du décès. Si vous n'habitez pas effectivement le bien hérité comme votre résidence principale au moment de la revente, l'exonération ne s'applique pas.

Piège pratique : un héritier qui conserve le bien « en attendant de décider » pendant 2 ans sans y habiter perd définitivement l'exonération RP. S'il souhaite en bénéficier, il doit emménager réellement (transfert de domicile fiscal, réexpédition courrier, factures énergie à son nom) avant de revendre.

4.5. Sous-évaluation successorale = bombe à retardement sur la PV

La CAA Paris (21/03/2024, n° 22PA04812) a rappelé une règle souvent ignorée : la valeur déclarée dans la succession sert de base au calcul de la plus-value future. Sous-évaluer le bien pour payer moins de droits de succession crée mécaniquement une plus-value imposable plus élevée à la revente.

ScénarioValeur déclarée successionPrix de ventePV bruteImpôt PV (36,2 %)
Évaluation juste400 000 €420 000 €20 000 €~5 200 €
Sous-évaluation 15 %340 000 €420 000 €80 000 €~22 100 € + surtaxe

Concrètement, la sous-évaluation de 60 000 € a « économisé » environ 12 000 € de droits de succession (TMI 20 %)... mais coûte 16 900 € de plus en impôt sur la PV + risque de surtaxe au-delà de 50 000 €. Le bilan net est négatif. Sans compter le risque de redressement pour sous-évaluation (pénalité de 40 % — art. 1729 CGI).

4.6. Formalités : formulaire 2048-IMM-SD et PS immobiliers

Le notaire remplit et dépose le formulaire 2048-IMM-SD (ou 2048-M-SD pour les cessions de parts de SCI) lors de chaque vente immobilière générant une plus-value. L'impôt est prélevé directement sur le prix de vente par le notaire — vous ne recevez que le net après impôt. Le contribuable n'a rien à reporter dans sa déclaration IR (la PV immobilière est un prélèvement libératoire), mais le montant de la PV nette figure sur l'avis d'imposition pour le calcul du RFR (Revenu Fiscal de Référence).

LFSS 2026 — PS immobiliers : les prélèvements sociaux sur les plus-values immobilières restent à 17,2 % (CSG 9,2 % + CRDS 0,5 % + PS 7,5 %). Ne confondez pas avec le taux de 18,6 % applicable aux seuls revenus mobiliers (dividendes, intérêts) depuis la LFSS 2026. Pour l'immobilier, c'est toujours 19 % IR + 17,2 % PS = 36,2 % (+ surtaxe éventuelle).
Hagnère Patrimoine

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5. Indivision successorale immobilière : les règles du jeu

Quand plusieurs héritiers reçoivent un même bien, ils se retrouvent automatiquement en indivision. L'article 815 du Code civil est limpide : « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision ». Mais en pratique, sortir de l'indivision prend du temps — et coûte cher.

5.1. Les 3 catégories d'actes en indivision

Type d’acteRègle de majoritéExemples
Actes conservatoiresChaque indivisaire seulRéparations urgentes, assurance, paiement taxe foncière
Actes d’administrationMajorité 2/3 des droitsBail d’habitation (hors meublé), travaux d’entretien courant, mandat de gestion
Actes de dispositionUnanimitéVente du bien, constitution d’hypothèque, donation, bail commercial
Exception art. 815-5-1 CC : si les indivisaires détenant au moins 2/3 des droits souhaitent vendre et que la minorité refuse, ils peuvent saisir le tribunal judiciaire pour obtenir l'autorisation de vendre. Le notaire doit avoir notifié le projet aux indivisaires récalcitrants par acte extrajudiciaire, avec un délai de 3 mois pour répondre.

5.2. Convention d'indivision (art. 1873-1 CC)

Pour organiser l'indivision dans la durée, les héritiers peuvent signer une convention d'indivision devant notaire, pour une durée maximale de 5 ans renouvelable. Cette convention fixe les règles de gestion, la répartition des charges, les modalités de sortie et le nom du gérant. Coût : 1 500 à 3 000 € d'honoraires notariés.

5.3. Préemption, attribution préférentielle et licitation

  • Droit de préemption (art. 815-14 CC) : tout indivisaire qui souhaite vendre sa quote-part doit d'abord proposer aux autres indivisaires, par notification extrajudiciaire, avec un délai de 1 mois pour exercer le droit.
  • Attribution préférentielle (art. 831 CC) : un héritier peut demander à se voir attribuer le bien (notamment la RP du défunt, un local professionnel, une exploitation agricole), à charge de verser une soulte aux autres.
  • Licitation : vente aux enchères judiciaire du bien indivis. Décote moyenne constatée : 20 à 30 % par rapport à la valeur de marché. Solution de dernier recours.

5.4. Indemnité d'occupation et travaux indivis

Si un indivisaire occupe le bien à titre exclusif, il doit aux autres une indemnité d'occupation (art. 815-9 CC). La Cour de cassation (Cass. 1re civ. 29/11/2023, n° 22-12.382) a confirmé que cette indemnité est due sans mise en demeure préalable : le simple fait d'occuper privativement le bien suffit à fonder la créance des autres indivisaires. La décision Cass. 1re civ. 15/01/2025, n° 22-24.672, a complété ce principe en précisant que le nu-propriétaire peut demander le partage malgré l'usufruit du conjoint survivant.

En revanche, les travaux réalisés par un indivisaire sur le bien commun ne constituent pas une donation aux autres (Cass. 1re civ. 19/11/2025) — ils donnent lieu à une créance dans les comptes de l'indivision.

5.5. Procédure art. 815-5-1 CC : vente aux 2/3 en détail

La procédure de vente aux 2/3 est une arme redoutable pour débloquer une indivision paralysée. Voici les étapes précises :

  • Étape 1 : les indivisaires majoritaires (≥ 2/3 des droits) expriment leur intention de vendre devant le notaire.
  • Étape 2 : le notaire notifie le projet aux indivisaires minoritaires par acte d'huissier (commissaire de justice), précisant le bien, le prix envisagé et les conditions de la vente.
  • Étape 3 : les indivisaires minoritaires disposent d'un délai de 3 mois pour se manifester (accepter, proposer un rachat, ou s'opposer).
  • Étape 4 : en cas d'opposition ou de silence, le notaire transmet au tribunal judiciaire une requête en autorisation de vente. Le juge vérifie que la vente ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires.
  • Étape 5 : si le tribunal autorise la vente, elle peut être réalisée aux enchères publiques ou de gré à gré.

5.6. Attribution préférentielle : conditions et financement

L'attribution préférentielle (art. 831 CC) permet à un héritier de se faire attribuer le bien en priorité, à charge de verser une soulte compensatoire aux autres. Trois conditions cumulatives :

  • Critère d'éligibilité : le bien doit être la résidence principale du demandeur, un local professionnel qu'il exploite, ou une exploitation agricole qu'il dirige.
  • Soulte : calculée sur la base de la valeur vénale × quote-part des autres héritiers. Finançable par crédit immobilier (taux ~3,2-3,5 % en 2026).
  • Délai de paiement : le tribunal peut accorder un délai de paiement de la soulte jusqu'à 10 ans (art. 832-4 CC), avec intérêts au taux légal.
Concrètement : l'attribution préférentielle est la meilleure option quand un héritier habite déjà le bien ou y exerce son activité. Elle évite la vente forcée et la décote de licitation (20-30 %). Le financement par crédit est courant : les banques acceptent facilement ces opérations car le bien sert de garantie (hypothèque conventionnelle).
Droit de partage : tout partage successoral est soumis au droit de partage de 2,5 % sur l'actif net partagé (art. 746 al. 2 CGI). Le taux réduit de 1,1 % s'applique uniquement aux divorces et ruptures de PACS (al. 3) — erreur fréquente à éviter. Sur un bien de 450 000 €, cela représente 11 250 € de taxe supplémentaire. Pour aller plus loin : voir le guide dédié Hériter d'un bien immobilier en indivision : droits, gestion, sortie.

5.7. Cas chiffré : les frères Dupont à Montpellier

Marc (45 ans, ingénieur), Paul (42 ans, enseignant) et Luc (38 ans, kiné) héritent d'une maison de 450 000 € à Montpellier. Marc y a grandi et veut la garder. Paul et Luc veulent vendre pour financer d'autres projets. Trois scénarios se présentent :

OptionMécanismeCoût pour MarcRésultat
Rachat soulteMarc rachète les 2/3 (300 000 €) à créditMensualité ~1 680 € / 20 ans + droit de partage 11 250 €Marc propriétaire unique, Paul et Luc reçoivent 150 000 € chacun
Vente unanimeVente marché 450 000 €Frais agence ~20 000 € + notaire acheteur ~35 000 € déduits du prixChaque frère reçoit ~131 700 € net
Vente judiciaire 815-5-1Paul + Luc (2/3) demandent autorisationDécote enchères 20-30 % → vente ~340 000 €Chaque frère reçoit ~108 000 € net — tout le monde perd

Concrètement, le rachat de soulte est presque toujours la meilleure option quand un héritier veut garder le bien. La licitation est le pire scénario pour tous. Voyons maintenant comment financer ce rachat.

6. Combien coûte le rachat de parts en indivision et comment le financer ?

Le rachat de soulte consiste pour un héritier à racheter les parts des co-indivisaires. Le calcul est simple en théorie, plus délicat en pratique — surtout pour le financement.

Calcul de la soulte

Soulte = (Valeur vénale du bien ÷ Nombre d'héritiers) × Nombre de parts rachetées

6.1. Financement du rachat

Mode de financementTaux indicatif T1 2026AvantagesLimites
Crédit immobilier classique3,0-3,2 % sur 20 ansTaux compétitifs, intérêts déductibles si locationNécessite apport 10-20 %, endettement < 35 % HCSF
Prêt hypothécaire (bien indivis en garantie)3,2-3,8 %Le bien hérité sert de garantie, pas d’apport requisAccord unanime des indivisaires pour hypothéquer
Prêt in fine3,5-4,0 %Remboursement capital au terme, intérêts élevés mais déductiblesNécessite nantissement AV ou patrimoine financier
Épargne personnelle + famille0 %Pas de coût de créditRarement suffisant pour des soultes importantes
Astuce CGP : si le bien est destiné à la location, les intérêts d'emprunt du crédit de rachat de soulte sont déductibles des revenus fonciers (art. 31-I-1°-d CGI). Sur un prêt de 300 000 € à 3,1 %, les intérêts la première année représentent environ 9 300 € de déduction — soit 2 790 € d'économie nette pour un héritier au TMI 30 %.

6.2. Frais du rachat de soulte

Poste de fraisBaseMontant estimé (soulte 300 000 €)
Droit de partage successoral (art. 746 al. 2 CGI)2,5 % de l’actif net partagé11 250 € (sur 450 000 €)
Émoluments notaire (acte de partage)Barème dégressif~3 500 €
SPF (publicité foncière)0,10 %~450 €
Frais de crédit (dossier, garantie)Variable~2 000 €
Total estimé~10 900 €

6.3. Cas chiffré : Paul rachète les parts de ses frères

Reprenons les frères Dupont. Marc renonce finalement à garder le bien. Paul, 42 ans, enseignant à Montpellier, revenus 3 800 €/mois, veut racheter les 2/3 de la maison familiale (450 000 €). Soulte = 300 000 €. Crédit sur 20 ans à 3,1 %. Mensualité : 1 683 €. Taux d'endettement : 44 % — au-dessus du seuil HCSF de 35 %.

Blocage HCSF : avec un revenu net de 3 800 €/mois, Paul ne peut emprunter que ~250 000 € sur 20 ans (mensualité max 1 330 €). Solution : allonger la durée à 25 ans (mensualité ~1 440 €, toujours limite), augmenter l'apport, ou proposer un prix de rachat inférieur en négociant avec ses frères. Autre piste : si Paul loue le bien, certaines banques intègrent 70 % des loyers futurs dans les revenus.

Maintenant que vous maîtrisez le rachat de soulte, passons à l'inventaire complet de tous les frais que doit payer un héritier immobilier.

7. Frais complets de l'héritier immobilier : le tableau exhaustif

L'erreur la plus fréquente est de raisonner uniquement en « droits de succession ». En réalité, le coût total comprend au moins 7 postes distincts — dont certains sont systématiquement oubliés dans les estimations.

PosteBase de calculEstimation bien 300 000 €Estimation bien 600 000 €
Droits de succession (barème 5-45 %)Valeur nette après abattement 100 000 € (enfant)~38 194 € (1 enfant)~98 194 € (1 enfant)
Attestation propriété notariée~0,5 à 0,8 % + TVA~2 000 €~4 000 €
Droit de partage successoral (si partage)2,5 % actif net partagé (art. 746 al. 2 CGI)~7 500 €~15 000 €
SPF (publicité foncière)0,10 %~300 €~600 €
Taxe foncière (prorata année décès)Variable selon commune~800-2 000 €~1 500-4 000 €
Charges copropriété impayées défuntSelon syndic0 à 5 000 €0 à 8 000 €
Diagnostics obligatoires (si vente)Forfait DDT complet~400-800 €~600-1 200 €
Travaux urgents (sécurité, DPE)Variable0 à 30 000 €+0 à 50 000 €+

Concrètement, pour un enfant unique héritant d'un bien de 300 000 € (après abattement de 100 000 €, base taxable 200 000 €), le total des frais peut atteindre 45 000 à 75 000 € selon les travaux nécessaires. Pour un bien de 600 000 €, on monte facilement à 130 000 à 190 000 €. Ces montants représentent 15 à 25 % de la valeur du bien — un chiffre que beaucoup d'héritiers découvrent trop tard.

Paiement fractionné : si les droits de succession dépassent 1 500 €, vous pouvez demander un paiement fractionné (3 à 7 versements sur 1 à 3 ans) au coût d'un taux d'intérêt de 2,0 % en 2026 (art. 1717 CGI). Le paiement différé est possible pour les biens reçus en nue-propriété : vous payez les droits au moment de la réunion de la pleine propriété (décès de l'usufruitier).
Frais cachés : n'oubliez pas l'assurance habitation (obligatoire en copropriété), l'entretien courant (jardin, chaudière, ramonage), et les éventuels frais de mise en conformité (électricité, amiante, plomb). Un bien vide et non entretenu se dégrade vite — comptez 0,5 à 1 % de la valeur du bien par an en coûts de conservation minimum.

7.1. Cas chiffré : coût total par scénario familial

Voici le coût total estimé pour un bien de 400 000 € selon trois configurations familiales courantes :

ConfigurationDroits de successionFrais notaire + SPFAutres fraisTotal
1 enfant unique (abattement 100 000 €)58 194 € (base 300 000 €)~3 500 €~2 500 €~64 194 € (16 %)
2 enfants (abattement 100 000 € × 2)2 × 18 194 € = 36 388 €~3 500 €~2 500 €~42 388 € (10,6 %)
3 enfants (abattement 100 000 € × 3)3 × 4 861 € = 14 583 €~3 500 €~2 500 €~20 583 € (5,1 %)

Concrètement, le nombre d'enfants fait une différence colossale : pour un même bien de 400 000 €, l'enfant unique paie 64 000 € (16 % de la valeur) alors que 3 enfants paient collectivement 20 583 € (5,1 %). C'est l'effet multiplicateur des abattements de 100 000 € par enfant. Pour les familles recomposées ou les héritages entre collatéraux (taux 35-60 %), la facture explose : un frère héritant de 400 000 € paiera ~200 000 € de droits (55 % sur la tranche haute, abattement de seulement 15 932 €).

Astuce paiement différé : si le défunt avait démembré le bien (conjoint usufruitier, enfants nus-propriétaires), les enfants peuvent demander le paiement différé des droits de succession (art. 1717 CGI) jusqu'au décès de l'usufruitier ou la cession de la nue-propriété. Le taux d'intérêt du différé est de 2,0 % en 2026. Cette option libère la trésorerie de l'héritier qui ne perçoit aucun revenu du bien tant que l'usufruit est en place.

8. Location nue du bien hérité : régime fiscal et optimisations

Louer le bien hérité en location nue (non meublée) est le choix le plus courant. Les revenus sont imposés comme revenus fonciers, au barème progressif de l'IR + prélèvements sociaux de 17,2 %. Deux régimes existent : micro-foncier et réel.

Micro-foncier (revenus ≤ 15 000 €/an)

Abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers bruts. Pas de déclaration détaillée (simple report case 4BE). Simple mais souvent moins avantageux dès qu’il y a des travaux ou des intérêts d’emprunt à déduire. Exclusion si dispositif fiscal type Loc’Avantages.

Régime réel (obligatoire > 15 000 € ou sur option)

Déduction des charges réelles : intérêts d’emprunt, travaux d’entretien/amélioration, assurance, gestion locative, taxe foncière (hors ordures ménagères), frais de copropriété non récupérables. Déficit foncier imputable. Déclaration 2044.

Déficit foncier (art. 156-I-3° CGI) : si vos charges dépassent vos loyers, le déficit est imputable sur votre revenu global dans la limite de 10 700 €/an (hors intérêts d'emprunt, qui s'imputent uniquement sur les revenus fonciers des 10 années suivantes). Pour les travaux de rénovation énergétique réalisés sur des passoires thermiques, le plafond est doublé à 21 400 € (LF 2025 art. 88, prorogé jusqu'en 2027).

8.1. Cas chiffré : Thomas, 50 ans, directeur commercial à Lyon

Thomas, TMI 30 %, hérite d'un T3 de 250 000 € à Lyon (DPE C, bon état). Il décide de le louer nu à 900 €/mois, soit 10 800 €/an de loyers bruts.

PosteMicro-foncierRégime réel
Loyers bruts10 800 €10 800 €
Abattement / Charges déductibles−3 240 € (30 %)−4 200 € (taxe foncière 1 800 € + charges copro 600 € + assurance 300 € + gestion 700 € + entretien 800 €)
Revenu foncier net7 560 €6 600 €
IR (TMI 30 %)2 268 €1 980 €
PS 17,2 %1 300 €1 135 €
CSG déductible 6,8 %−88 € (l’année suivante)−77 €
Imposition totale3 568 €3 115 €
Revenu net après impôt7 232 €7 685 €
Rendement net2,89 %3,07 %

Concrètement, le régime réel est ici plus avantageux de 453 €/an. L'écart se creuse considérablement si Thomas finance des travaux : 20 000 € de travaux d'amélioration la première année créeraient un déficit foncier de 9 200 € imputable sur son revenu global, générant une économie immédiate de 2 760 € d'IR + 1 582 € de PS = 4 342 €.

Piège du micro-foncier : une fois l'option pour le régime réel exercée, elle est irrévocable pendant 3 ans. Si vous prévoyez des travaux importants dans les prochaines années, optez d'emblée pour le réel. Si votre bien est en excellent état et que vos charges sont faibles, le micro-foncier reste plus simple et parfois plus avantageux.

8.2. Stratégie déficit foncier concentré (passoire thermique héritée)

Pour un bien hérité DPE F/G nécessitant des travaux importants, la stratégie optimale en location nue est de concentrer les travaux sur 1 à 2 ans pour maximiser le déficit foncier imputable sur le revenu global. Le déficit foncier est plafonné à 10 700 €/an (21 400 € pour les passoires thermiques — LF 2025 art. 88), mais l'excédent est reportable sur les revenus fonciers des 10 années suivantes.

AnnéeLoyers brutsCharges + TravauxDéficit foncierImputation revenu globalReport
Année 1 (travaux)10 800 €−55 000 €−44 200 €−21 400 € (économie IR 8 774 € à TMI 41 %)−22 800 € reporté
Année 210 800 €−5 000 €+5 800 €0 €−22 800 + 5 800 = −17 000 € restant
Année 310 800 €−5 000 €+5 800 €0 €−11 200 € restant
Total économie IR (3 ans)8 774 € + 0 € + 0 € = 8 774 € (report absorbe le foncier positif)

Concrètement, les 55 000 € de travaux de rénovation énergétique génèrent une économie d'IR de 8 774 € la première année (TMI 41 %) + l'absorption du résultat foncier positif des années suivantes (économie supplémentaire ~2 380 €/an × 4 ans = ~9 500 €). Le total de l'avantage fiscal atteint ~18 000 € sur 5 ans, soit un financement fiscal de 33 % des travaux. Ajoutez MaPrimeRénov' (15 000 €) et le reste à charge descend à 22 000 € pour 55 000 € de travaux.

Condition maintien 3 ans : pour conserver le bénéfice du déficit foncier imputé sur le revenu global, le bien doit rester loué jusqu'au 31 décembre de la 3e année suivant l'imputation. Si vous cessez la location avant ce terme, l'administration peut remettre en cause le déficit (art. 156-I-3° CGI). Veillez à ne pas donner congé au locataire avant ce délai.

9. Peut-on transformer un bien hérité en LMNP ? L'amortissement sur valeur réévaluée

La Location Meublée Non Professionnelle (LMNP) est souvent le régime le plus avantageux pour un bien hérité, grâce à un mécanisme méconnu : la base amortissable est réévaluée à la valeur vénale au jour du décès, pas au prix d'achat du défunt. Résultat : vous amortissez un bien « neuf » fiscalement, même s'il a été acheté il y a 30 ans.

Avantage majeur du LMNP sur bien hérité : si le bien est déclaré 200 000 € dans la succession, vous amortissez sur cette base. L'amortissement du composant « construction » (80 % de 200 000 € = 160 000 €) sur 30 ans représente 5 333 €/an de charge déductible non décaissée. Ajoutez l'amortissement du mobilier (5-10 ans) et les charges réelles : le résultat fiscal peut être nul pendant 15 à 20 ans.

9.1. Micro-BIC vs régime réel

CritèreMicro-BICRégime réel
Plafond CA77 700 € (meublé classique)Sans limite
Abattement / déduction50 % forfaitaireCharges réelles + amortissement
AmortissementNonOui — composant construction, mobilier, travaux
DéclarationSimple (case 5ND)Liasse 2031 + bilan (expert-comptable recommandé)
Pertinence bien héritéSi peu de charges et pas de travauxQuasi-toujours plus avantageux grâce à l’amortissement réévalué

9.2. Loi Le Meur et meublé de tourisme

Si vous envisagez de louer le bien hérité en meublé de tourisme (Airbnb), la loi Le Meur (LF 2025) a durci les règles en zone tendue : abattement micro-BIC réduit à 30 % avec plafond de 15 000 € de recettes (au lieu de 71 % / 188 700 €). En zone non tendue, l'abattement reste à 50 % / 77 700 €. Le DPE doit être au minimum D pour les meublés de tourisme (classés ou non).

9.3. Seuil LMP et conséquences

Vous basculez en LMP (Loueur Meublé Professionnel) si vos recettes de location meublée dépassent 23 000 €/an et dépassent vos autres revenus professionnels. Conséquences : cotisations SSI (~35-45 %), plus-value professionnelle (mais exonérations art. 151 septies A après 5 ans), exonération IFI sous conditions (art. 975 V CGI). Pour un héritage unique, le seuil est rarement atteint — mais surveillez l'accumulation si vous avez d'autres meublés.

Formalités : déclarer votre activité LMNP en ligne (P0i) dans les 15 jours suivant le début de la location. Vous recevez un numéro SIRET. N'oubliez pas la CFE (Cotisation Foncière des Entreprises), qui varie selon la commune (200 à 1 500 €/an).
Indivision + LMNP = régime réel obligatoire : si le bien est en indivision et que vous louez en meublé, le micro-BIC est exclu — vous devez obligatoirement opter pour le régime réel. Mais c'est rarement un problème : le réel est presque toujours plus avantageux sur un bien hérité grâce à l'amortissement réévalué.

9.4. Cas chiffré : Sophie, 35 ans, architecte à Paris

Sophie hérite d'un studio de 30 m² à Paris 11e, déclaré 200 000 € dans la succession de son père. DPE C, bon état. Elle le meuble (5 000 € d'investissement mobilier) et le loue en LMNP à un étudiant pour 1 100 €/mois, soit 13 200 €/an.

PosteMontant annuel
Recettes locatives13 200 €
Amortissement construction (160 000 € / 30 ans)−5 333 €
Amortissement mobilier (5 000 € / 7 ans)−714 €
Taxe foncière−1 200 €
Charges copropriété non récupérables−600 €
Assurance PNO−250 €
Expert-comptable−500 €
CFE−350 €
Résultat BIC imposable4 253 €
IR micro-BIC (50 % abattement, TMI 30 %)1 980 € + PS 1 135 € = 3 115 €
IR réel (TMI 30 % sur 4 253 €)1 276 € + PS 731 € = 2 007 €
Gain du réel vs micro1 108 €/an

Concrètement, Sophie paie 2 007 € d'impôt en LMNP réel contre 3 115 € en micro-BIC — et bien moins que les 3 568 € qu'elle paierait en location nue micro-foncier. Si elle avait engagé des travaux de rénovation, le résultat fiscal serait négatif pendant plusieurs années (mais le déficit LMNP est reportable uniquement sur les BIC, pas sur le revenu global). Pour un guide complet LMNP vs LMP, consultez notre comparatif LMNP ou LMP 2026.

9.5. Impact loi Le Meur sur un bien hérité en LMNP

La loi Le Meur (LF 2025) a introduit un changement majeur : les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente du bien en LMNP. Auparavant, l'amortissement réduisait l'IR annuel sans impacter la PV de sortie (régime des PV privées, art. 150 U et suivants CGI). Désormais, l'avantage fiscal se transforme en report d'imposition, pas en exonération.

ScénarioAvant loi Le MeurAprès loi Le Meur
Valeur héritage (base amortissable)200 000 €200 000 €
Amortissements déduits sur 15 ans80 000 €80 000 €
Prix de revente à 15 ans220 000 €220 000 €
PV brute (prix vente − base)20 000 €100 000 € (20 000 + 80 000 réintégrés)
Abattements durée (15 ans : 60 % IR)12 000 €60 000 €
PV nette imposable8 000 €40 000 €
Impôt PV (36,2 %)2 896 €14 480 €

Concrètement, le LMNP reste très avantageux sur un bien hérité car : (1) l'amortissement crée un différé d'imposition gratuit pendant 10-15 ans (la valeur temps de l'argent joue en votre faveur), (2) les abattements pour durée de détention s'appliquent aussi aux amortissements réintégrés, et (3) si vous ne revendez jamais (transmission au décès), la PV est purgée et les amortissements déduits restent acquis. Le LMNP sur bien hérité reste donc le meilleur régime fiscal pour les biens que vous comptez garder longtemps.

9.6. LMNP vs location nue : arbre de décision rapide

Choisir LMNP si...

Vous n’avez pas de gros travaux a deduire, le bien est en bon etat (DPE A-D), vous voulez des revenus defiscalises pendant 10-15 ans, vous comptez garder le bien longtemps.

Choisir location nue si...

Vous avez des travaux importants (deficit foncier 10 700-21 400 € imputable sur le revenu global), le bien est une passoire (DPE F/G) a renover, vous etes au TMI 41 % ou 45 %.

Choisir Loc’Avantages si...

Le bien est a renover (DPE F/G), vous voulez combiner deficit foncier + reduction IR 15-65 %, vous acceptez un loyer plafonne pendant 6 ans minimum.

10. Loc'Avantages sur bien hérité : le dispositif oublié

Peu d'héritiers le savent : le dispositif Loc'Avantages (art. 199 tricies CGI) est particulièrement adapté aux biens hérités, surtout s'ils nécessitent une rénovation. Prorogé jusqu'en 2027 par la LF 2025 (art. 88), il offre une réduction d'impôt de 15 à 65 % sur les revenus locatifs, en échange de loyers plafonnés.

NiveauRéduction IRDécote loyer / marchéAvec intermédiation locative
Loc 115 %−15 % environ20 %
Loc 235 %−30 % environ40 %
Loc 3 (Solibail, mandat de gestion sociale)65 %
Conditions : convention ANAH de 6 ans minimum. Plafonds de loyers et de ressources du locataire fixés par arrêté annuel (arrêté du 6 janvier 2026 pour les plafonds 2026). Le logement doit atteindre un DPE minimum de D après travaux éventuels. Exclusion du micro-foncier : la déduction des charges réelles est obligatoire.

10.1. Le combo puissant : passoire thermique + Loc'Avantages

Si votre bien hérité est classé DPE F ou G, la location en l'état est interdite (G depuis 2025, F à partir de 2028). Mais cette contrainte cache une opportunité fiscale exceptionnelle : le combo rénovation + Loc'Avantages.

Triple levier fiscal :
1. MaPrimeRénov' : jusqu'à 63 000 € d'aides + éco-PTZ 50 000 € à taux zéro pour financer les travaux
2. Déficit foncier majoré 21 400 €/an : les travaux de rénovation énergétique génèrent un déficit imputable sur le revenu global (plafond doublé pour les passoires F/G rénovées)
3. Loc'Avantages Loc2 = 35 % de réduction IR sur les loyers pendant 6 ans

10.2. Cas chiffré : Élise, 48 ans, médecin généraliste à Nantes

Élise, TMI 41 %, hérite d'un T2 de 55 m² à Saint-Nazaire, DPE G, déclaré 120 000 € dans la succession. Elle investit 45 000 € en rénovation globale (isolation, fenêtres, VMC, chaudière) pour passer en DPE C, financés par éco-PTZ (30 000 €) + MaPrimeRénov' (12 000 €) + apport personnel (3 000 €). Elle loue ensuite en Loc'Avantages Loc2 à 480 €/mois (loyer plafonné).

PosteAnnée 1 (travaux)Années 2-6
Loyers bruts (6 mois an 1)2 880 €5 760 €
Charges déductibles (hors travaux)−1 800 €−2 400 €
Travaux de rénovation (déductibles)−45 000 €
Revenu / déficit foncier−43 920 €3 360 €
Déficit imputable revenu global (plafond 21 400 €)−21 400 €
Report déficit foncier (10 ans)−22 520 €Absorption progressive
Économie IR an 1 (TMI 41 %)8 774 €
Réduction Loc’Avantages 35 %1 008 €2 016 €
Total avantage fiscal cumulé 6 ans~22 870 €

Concrètement, Élise transforme une passoire inlouable en un actif qui génère 5 760 €/an de revenus, tout en bénéficiant de 22 870 € d'avantages fiscaux cumulés sur 6 ans. Le coût réel de la rénovation après aides et économie fiscale : environ 10 130 € (45 000 − 12 000 MaPrimeRénov' − 22 870 fiscalité). Le rendement net s'établit à environ 3,5 % sur la valeur du bien rénové. Pour le guide complet du dispositif, consultez notre guide Loc'Avantages 2026.

Piège : la réduction Loc'Avantages entre dans le plafonnement global des niches fiscales de 10 000 €/an. Si vous utilisez déjà d'autres dispositifs (employé à domicile, garde d'enfants, FCPI/FIP), vérifiez votre marge disponible avant de vous engager. Le déficit foncier, en revanche, est hors plafond.

10.3. Conditions d'éligibilité détaillées

  • Localisation : le bien doit être situé dans une zone éligible (zones A bis, A, B1, B2 ou C selon le niveau de loyer choisi). Vérification sur le simulateur ANAH.
  • Engagement de location : 6 ans minimum (6 ou 9 ans selon convention). Location à titre de résidence principale du locataire.
  • Plafonds de loyer : fixés par arrêté annuel. Inférieurs de 15 % (Loc1) à 30 % (Loc2) par rapport au marché local.
  • Plafonds de ressources : le locataire ne doit pas dépasser certains revenus (variable selon zone et composition familiale).
  • Exclusion micro-foncier : vous devez obligatoirement opter pour le régime réel si vous bénéficiez de Loc'Avantages.
  • DPE minimum D : après travaux éventuels, le bien doit atteindre au minimum la classe D pour être éligible.
  • Exclusion non-résidents : le dispositif Loc'Avantages est une réduction d'impôt, pas un crédit. Un non-résident sans IR français ne peut pas en bénéficier (exception Schumacker).

Concrètement, Loc'Avantages est le dispositif idéal pour un héritier au TMI 30 % ou 41 % qui possède un bien à rénover en zone tendue. Le rendement net après avantages fiscaux dépasse souvent 4-5 % — supérieur à la plupart des placements financiers comparables. Pour le guide complet avec les plafonds 2026, consultez notre guide Loc'Avantages.

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11. Que faire si le bien hérité est une passoire thermique (DPE F ou G) ?

Le Diagnostic de Performance Énergétique est devenu le critère n°1 pour tout héritier immobilier. Il conditionne la possibilité de louer, le prix de vente, les aides disponibles et la stratégie fiscale optimale. Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, le calendrier est contraignant — et irréversible.

11.1. Calendrier d'interdiction de location

Classe DPEInterdiction locationImpact immédiat
G+ (> 450 kWh/m²/an)Interdit depuis 01/01/2023Bail impossible — renouvellement et nouveau bail interdits
G (331-450 kWh/m²/an)Interdit depuis 01/01/2025Tout nouveau bail ou renouvellement interdit
F (251-330 kWh/m²/an)Interdit à partir du 01/01/20282 ans pour rénover ou vendre
E (151-250 kWh/m²/an)Interdit à partir du 01/01/2034Horizon plus lointain mais anticipation recommandée
Attention : l'interdiction porte sur les nouveaux baux et les renouvellements. Un bail en cours avec un locataire en place n'est pas rompu automatiquement, mais le locataire peut exiger la mise en conformité (travaux aux frais du bailleur) ou demander une réduction de loyer. La jurisprudence se durcit : la Cour de cassation (3e civ. 11/07/2024) a confirmé que le DPE est opposable au vendeur en cas d'erreur.

11.2. Décote à la vente des passoires

Les biens classés F ou G subissent une décote de 5 à 15 % par rapport à un bien équivalent classé D ou C. Dans les zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux), la décote est moindre (5-8 %) car la demande reste forte. En zone détendue, elle peut dépasser 15 %. Cette décote est un argument de négociation puissant pour les acheteurs — et un risque réel pour les héritiers qui tardent à agir.

11.3. Aides à la rénovation 2026

AideMontant maximumConditions clés
MaPrimeRénov’ (parcours accompagné)Jusqu’à 63 000 € (ménages très modestes)Gain ≥ 2 classes DPE, audit énergétique préalable
Éco-PTZ50 000 € à taux zéro sur 20 ans maxLogement > 2 ans, travaux par artisan RGE
CEE (Certificats d’Économie d’Énergie)2 000 à 5 000 € selon travauxCumulable avec MaPrimeRénov’
TVA réduite 5,5 %Applicable sur travaux d’améliorationLogement > 2 ans, pas de construction neuve
Loc’Avantages (si location)Réduction IR 15-65 %Convention ANAH 6 ans minimum

Concrètement, le coût médian d'une rénovation globale F→C se situe entre 45 000 et 50 000 € pour un logement de 60-80 m² (isolation murs + combles + fenêtres + VMC + chauffage). Après aides, le reste à charge peut descendre à 10 000-20 000 € selon vos revenus.

11.4. Impact travaux sur la plus-value future

Les travaux réalisés sur un bien hérité ont un double effet fiscal :

  • En revenus fonciers : déduction des charges (travaux d'entretien, amélioration) + déficit foncier 10 700 ou 21 400 €/an.
  • En plus-value (art. 150 VB-II-4° CGI) : majoration du prix d'acquisition par les travaux justifiés par factures (non déjà déduits en revenus fonciers), ou forfait de 15 % si détention > 5 ans depuis le décès.
Triple levier fiscal : pour un bien hérité DPE G, la stratégie optimale est souvent (1) rénover + déduire les travaux en déficit foncier majoré 21 400 €, (2) louer 5 ans en Loc'Avantages (réduction IR 35 %), puis (3) revendre avec majoration du prix d'acquisition par le forfait 15 %. Chaque euro de travaux travaille trois fois. C'est le combo que nous avons détaillé avec le cas d'Élise en section 10.

11.5. Cas chiffré : bien DPE G — rénover, louer, vendre

Antoine, 55 ans, retraité de la fonction publique à Toulouse, TMI 30 %, hérite d'une maison de 90 m² DPE G à Albi, déclarée 150 000 €. Trois scénarios :

ScénarioActionRésultat net à 6 ans
A — Vendre immédiatementVente 135 000 € (décote 10 % passoire)135 000 € − frais 10 000 € = 125 000 € net
B — Rénover + vendreTravaux 45 000 € (reste 15 000 € après aides) → vente 185 000 € (DPE C)185 000 − 15 000 − 10 000 frais = 160 000 € net
C — Rénover + louer 6 ans + vendreTravaux 45 000 € + loyer 600 €/mois + Loc2 + vente 190 000 € à 6 ans43 200 € loyers + 22 870 € avantages fiscaux + 190 000 € vente − 15 000 € − 10 000 € = 231 070 € brut

Concrètement, le scénario C (rénover + louer + vendre) génère 106 000 € de plus que la vente immédiate. Mais il nécessite un horizon de 6 ans, un budget initial de travaux et un minimum de gestion locative. Pour un héritier pressé ou éloigné géographiquement, le scénario B (rénover + vendre) reste un excellent compromis à +35 000 € vs la vente en l'état.

11.6. DPE périmé : un piège méconnu des héritiers

Attention à la validité de votre DPE. Les diagnostics réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 ont été invalidés depuis le 1er avril 2023 (arrêté du 25/03/2021 modifié). Un DPE réalisé dans cette période est caduc : il ne peut plus être utilisé ni pour la vente, ni pour la location. Si le défunt avait fait réaliser un DPE dans cette fenêtre, vous devez en commander un nouveau avant toute transaction — coût : 150 à 250 €.

CAA Bordeaux 6/02/2024 n° 22BX01629 : le bailleur reste tenu de l'obligation de décence énergétique même si le diagnostic est erroné. Un DPE qui classe le bien en D alors qu'il est en réalité en G ne protège pas le propriétaire : le locataire peut exiger la mise en conformité et obtenir une réduction de loyer. Le diagnostiqueur est responsable (garantie décennale), mais le bailleur reste tenu vis-à-vis du locataire.

12. Faut-il créer une SCI familiale post-succession pour structurer et transmettre ?

L'apport du bien hérité dans une SCI familiale est une stratégie fréquente pour sortir de l'indivision, organiser la gestion et préparer la transmission à la génération suivante. Mais ce n'est pas une solution miracle : les coûts d'entrée sont réels et les pièges nombreux.

12.1. Apport du bien en SCI

L'apport d'un bien immobilier à une SCI constitue une mutation soumise aux droits d'enregistrement. Le régime fiscal dépend du type de SCI :

Type de SCIDroits d’enregistrementSur un bien de 450 000 €
SCI à l’IR (translucide)5 % (art. 809-I CGI)22 500 €
SCI à l’IS5 %22 500 €
Apport pur et simple (société nouvelle)Exonéré si engagement conservation 3 ans (art. 810 bis)0 € (sous conditions)
Exonération art. 810 bis CGI : lors de la constitution d'une SCI nouvelle (pas un apport à une SCI existante), l'apport immobilier peut être exonéré de droits d'enregistrement si les associés s'engagent à conserver les parts pendant 3 ans. Cette exonération est souvent méconnue et peut faire économiser des dizaines de milliers d'euros.

12.2. Avantages de la SCI familiale

  • Gérance unique : un seul gérant prend les décisions courantes — fini les blocages de l'indivision.
  • Cession de parts sans vente du bien : transmettre progressivement les parts est plus souple (et souvent moins cher) que vendre le bien puis transmettre le cash.
  • Transmission progressive : chaque parent peut donner 100 000 € de parts par enfant tous les 15 ans, en franchise de droits.
  • Démembrement des parts (art. 669 CGI) : les parents conservent l'usufruit (revenus) et transmettent la nue-propriété aux enfants. Au décès, reconstitution gratuite de la pleine propriété (art. 1133 CGI).
  • Décote d'illiquidité : les parts de SCI non cotées bénéficient d'une décote de 15 à 20 % pour le calcul des droits de donation/succession.

12.3. IR vs IS : quel régime fiscal ?

SCI à l’IR (translucide)

Résultat imposé entre les mains des associés (revenus fonciers). Plus-value des particuliers (exo après 22/30 ans). Pas d’amortissement du bien. Déficit foncier imputable (10 700 €). Simple et adaptée aux patrimoines modérés sans projet de capitalisation.

SCI à l’IS (opaque)

IS 15 % ≤ 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà. Amortissement du bien déductible → résultat fiscal souvent nul ou faible. MAIS : PV professionnelle à la sortie (IS sur la PV, puis IR + PS sur les dividendes). Double imposition qui peut dépasser 60 %. Adaptée si capitalisation longue (20+ ans) sans projet de revente.

12.4. Démembrement croisé : parent USU / enfant NP

La stratégie classique : les parents apportent le bien en SCI, puis donnent la nue-propriété des parts aux enfants tout en conservant l'usufruit (revenus locatifs). Au décès du dernier parent, la pleine propriété se reconstitue gratuitement au profit des enfants (art. 1133 CGI) — sans droits de succession supplémentaires.

Piège L.64 LPF (abus de droit) : une SCI créée uniquement dans un but fiscal, sans réelle substance économique ni gestion effective, peut être requalifiée par l'administration. Indices de risque : pas de compte bancaire dédié, pas d'assemblées générales, pas de comptabilité, un seul bien, création tardive (au dernier moment avant une donation). Le Comité de l'abus de droit fiscal (CADF) scrute ces montages — assurez-vous que votre SCI a une vie juridique réelle.

12.5. Cas chiffré : les frères Dupont structurent en SCI

Reprenons Marc, Paul et Luc (maison 450 000 € à Montpellier). Au lieu de vendre ou de racheter en soulte, ils créent une SCI familiale « Les Dupont » à l'IR et y apportent le bien.

PosteDétail
Capital SCI450 000 € (1 500 parts de 300 €)
RépartitionMarc 500 parts (33,3 %), Paul 500 parts, Luc 500 parts
Droits enregistrement0 € (art. 810 bis, SCI nouvelle, engagement 3 ans)
Frais création SCI~2 500 € (statuts + publication + greffe)
GérantMarc (désigné dans les statuts)
Location du bien1 200 €/mois = 14 400 €/an
Quote-part chaque frère (revenus fonciers)4 800 €/an imposé à son TMI

Concrètement, la SCI coûte 2 500 € à créer (vs 22 500 € si l'exonération art. 810 bis n'était pas applicable) et permet à Marc de gérer seul le bien tout en respectant les droits de chacun. Chaque frère peut ensuite céder progressivement ses parts à ses propres enfants, avec l'abattement de 100 000 € par enfant et la décote d'illiquidité de 15-20 %. Pour le guide complet de la SCI familiale, consultez notre guide SCI familiale et transmission.

En résumé : la SCI familiale est l'outil idéal pour sortir de l'indivision sans vendre le bien, organiser une gestion professionnelle et préparer la transmission. Mais elle a un coût (création, comptabilité annuelle, assemblées générales) et n'est pertinente que si le bien est conservé sur un horizon long (10+ ans). Pour une revente à court terme, le rachat de soulte ou la vente directe restent plus simples et moins coûteux.

12.6. SCI à l'IR ou à l'IS ? Le choix structurant

Le choix du régime fiscal de la SCI conditionne toute la stratégie patrimoniale. Pour un bien hérité, voici le comparatif :

CritèreSCI à l’IR (translucide)SCI à l’IS (opaque)
Revenus locatifsImposés au TMI de chaque associéIS 15 % (< 42 500 €) puis 25 %
AmortissementNonOui (25-30 ans construction + mobilier)
Plus-value de cessionRégime des PV immobilières (abattements durée)PV professionnelle (aucun abattement durée)
Déficit foncierImputable revenu global (10 700 €/21 400 €)Reportable sur bénéfices futurs de la SCI
Cession de partsPV des particuliers (abattements durée)PV sur valeur réelle − prix d’acquisition des parts
TransmissionÉvaluation NP barème 669 CGIDécote liquidité 15-20 % + clause agrément
ComptabilitéSimple (revenus/dépenses)Bilan complet + liasse fiscale (800-2 000 €/an)

Concrètement, la SCI à l'IR est préférée pour un bien hérité car elle bénéficie des abattements pour durée de détention en cas de revente et du déficit foncier imputable sur le revenu global. La SCI à l'IS n'est pertinente que si l'objectif est de capitaliser les loyers dans la société (pas de distribution) et de financer des acquisitions futures. Attention : l'option IS est irrévocable — une erreur à ce stade coûte très cher à corriger.

12 bis. Stratégies avancées pour un bien hérité

Au-delà des trois grandes options (vendre, garder, louer), des stratégies plus sophistiquées permettent de maximiser la valeur de votre héritage immobilier. Chacune répond à un profil précis — la bonne stratégie dépend de votre âge, votre TMI, votre horizon et vos objectifs de transmission.

12 bis.1. Viager post-héritage : transformer la pierre en rente

Vendre en viager le bien hérité est une stratégie pertinente pour un héritier retraité qui n'a pas besoin du bien mais souhaite un complément de revenus à vie. Le mécanisme : l'acheteur (débirentier) verse un bouquet (capital immédiat, généralement 20-30 % de la valeur) + une rente viagère mensuelle jusqu'au décès du vendeur.

Fiscalité de la rente : la rente viagère est imposable à l'IR après un abattement qui dépend de l'âge du crédirentier au moment de la constitution de la rente (art. 158-6 CGI) :

Âge du vendeurPart imposable de la rentePart exonérée
Moins de 50 ans70 %30 %
50 à 59 ans50 %50 %
60 à 69 ans40 %60 %
70 ans et plus30 %70 %

Concrètement, un héritier de 72 ans qui vend en viager un bien de 300 000 € recevra un bouquet d'environ 80 000 € + une rente de ~800 €/mois. Seuls 240 €/mois (30 %) sont imposables. À TMI 30 %, l'IR sur la rente est de 72 €/mois — soit un net de 728 €/mois à vie. Le bouquet est soumis au régime de la plus-value immobilière (souvent nulle sur un bien hérité récemment).

12 bis.2. Colocation : rendement boosté de 20-30 %

Pour les grands appartements ou maisons héritées en zone étudiante ou urbaine, la colocation offre un rendement brut supérieur de 20 à 30 % par rapport à la location classique (source : LocService 2025). Le mécanisme : un bail individuel par chambre, loyer par chambre de 400-600 € vs un loyer global de 900-1 200 €.

Location classique

T4 Bordeaux : 1 100 €/mois, rendement brut 4,4 %. Un seul bail, un seul locataire, risque de vacance total si depart.

Colocation

T4 Bordeaux : 3 × 500 € = 1 500 €/mois, rendement brut 6,0 %. Trois baux individuels, risque vacance mutualise, turnover plus frequent.

LMNP colocation

Compatible LMNP au reel. Amortissement sur la valeur de succession. Revenus BIC non imposes pendant 10-15 ans grace a l amortissement.

12 bis.3. Démembrement post-héritage : donner la NP aux enfants

Vous héritez d'un bien que vous souhaitez conserver tout en préparant la transmission. La stratégie : donner la nue-propriété à vos enfants et conserver l'usufruit. Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement et gratuitement entre les mains des enfants (art. 1133 CGI — aucun droit de succession sur la réunion de l'usufruit).

Calcul de la NP : selon le barème de l'art. 669 CGI, la valeur de la nue-propriété dépend de l'âge du donateur. À 60 ans, la NP = 50 % de la PP. Pour un bien de 400 000 €, la valeur de la donation est de 200 000 € — couverte par l'abattement de 100 000 € par enfant (art. 779 CGI). Avec 2 enfants : 0 € de droits de donation.

Attention art. 784 CGI : si le donateur décède dans les 15 ans suivant la donation, les biens donnés sont rapportés à la succession pour le calcul des droits. La donation de NP est donc d'autant plus efficace qu'elle est réalisée tôt (avant 70 ans idéalement). Pour un héritier de 75 ans, le rapport fiscal dans les 15 ans est quasi certain — la stratégie perd une partie de son intérêt.

12 bis.4. Bail emphytéotique : rentabiliser un terrain hérité

Pour les terrains nus, bâtiments agricoles ou biens ruraux hérités difficiles à valoriser, le bail emphytéotique (art. L.451-1 à L.451-13 Code rural) offre une solution originale. Durée : 18 à 99 ans. Le preneur (emphytéote) acquiert un droit réel immobilier quasi équivalent à la propriété : il peut construire, aménager, sous-louer. En contrepartie, il verse un loyer (canon emphytéotique) modeste mais régulier.

Concrètement, un terrain de 2 hectares hérité en zone périurbaine, difficilement vendable, peut être concédé en bail emphytéotique à un opérateur photovoltaïque (30 ans, canon 3 000 €/ha/an = 6 000 €/an) ou à un exploitant agricole. À l'expiration du bail, toutes les constructions reviennent au propriétaire — c'est l'accession gratuite.

12 bis.5. Timing optimal de vente : modélisation sur 30 ans

Le moment de la vente d'un bien hérité impacte considérablement le résultat net. Voici la modélisation pour un bien hérité déclaré 400 000 € dans la succession, revendu 500 000 € (PV brute = 100 000 €), TMI 30 % :

Moment de venteAbattement IRAbattement PSImpôt PV totalNet vendeur
Immédiat (0-5 ans)0 %0 %36 200 €463 800 €
6 ans après décès6 %1,65 %33 746 €466 254 €
10 ans30 %8,25 %24 494 €475 506 €
15 ans60 %16,50 %13 772 €486 228 €
22 ans (exo IR)100 %28 %12 384 € (PS seuls)487 616 €
30 ans (exo totale)100 %100 %0 €500 000 €

Concrètement, l'écart entre une vente immédiate et une vente à 30 ans est de 36 200 €. Mais attention au coût d'opportunité : 400 000 € placés en SCPI à 4,5 % net pendant 10 ans génèrent ~195 000 € de revenus. Vendre vite et réinvestir intelligemment est souvent plus rentable que d'attendre l'exonération, sauf si vous occupez le bien ou le louez avec un bon rendement.

Règle d'or : si la PV latente est faible (bien vendu proche de la valeur de succession), vendez sans attendre — les abattements n'ont pas d'intérêt. Si la PV latente est forte (bien qui a pris de la valeur), calculez le point de bascule où le coût d'opportunité (revenus perdus par non-réinvestissement) dépasse l'économie d'impôt attendue. Un CGP peut modéliser ce point de bascule précisément.

13. Réinvestissement post-vente : où placer le produit de la vente ?

Vous avez vendu le bien hérité. Vous disposez de 300 000 €, 500 000 € ou plus sur votre compte. Ne laissez pas cet argent dormir — le coût d'opportunité est considérable. Voici le comparatif des 8 enveloppes de réinvestissement, avec le rendement net réel par TMI.

Purge de PV au décès = vente immédiate stratégique. Si vous venez d'hériter et que le bien est déclaré au juste prix dans la succession, la plus-value est quasi nulle. C'est le moment idéal pour vendre et réinvestir dans des actifs plus diversifiés, plus liquides et souvent moins taxés. Consultez notre guide plus-value immobilière 2026.

13.1. Comparatif rendement net par TMI sur 300 000 €

EnveloppeRdt brutTMI 11 %TMI 30 %TMI 41 %TMI 45 %IFI ?
SCPI françaises (direct)4,91 %3,53 %2,58 %2,06 %1,86 %Oui
SCPI européennes (direct)5,5 %4,55 %3,85 %3,25 %3,03 %Oui
NP SCPI 10 ans~5,5 % TRI5,5 %5,5 %5,5 %5,5 %Non
AV fonds euros2,5-3,5 %2,8 %*2,8 %*2,8 %*2,8 %*Non
PER (déduction entrée)3-5 %+11 %+30 %+41 %+45 %Non
ETF PEA (MSCI World)~8 % historique6,6 %**6,6 %**6,6 %**6,6 %**Non
GFI forêts2-3 %4,5 %***4,5 %***4,5 %***4,5 %***25 % seul.
Loc’Avantages (immo rénové)3-5 %+15-65 %+15-65 %+15-65 %+15-65 %Oui

* AV : après abattement 4 600 €/9 200 € (8 ans) + PFL 7,5 %. ** PEA : PS 17,2 % après 5 ans, 0 % IR. *** GFI : après crédit IR 25 % (art. 200 quindecies CGI) + exo IFI 75 % + Monichon 75 %.

Concrètement, pour un héritier TMI 41 % qui vend un bien de 350 000 €, la NP SCPI sur 10 ans génère un TRI net de ~5,5 % sans aucune fiscalité pendant la durée (0 % IR, 0 % PS, 0 % IFI). À terme, la pleine propriété se reconstitue gratuitement (art. 1133 CGI). C'est l'arbitrage le plus puissant pour un patrimoine déjà soumis à l'IFI. Voir notre guide nue-propriété SCPI.

13.2. Attention au délai de jouissance des SCPI

Les SCPI ont un délai de jouissance de 3 à 6 mois après la souscription : vous ne percevez aucun loyer pendant cette période. Pour 300 000 € investis en SCPI à 4,91 % de TD, un délai de 5 mois représente un manque à gagner de 6 138 €. Intégrez ce coût dans votre calcul. Les rares SCPI à jouissance immédiate (Immorente, Accès Valeur Pierre) sont à privilégier. Consultez notre guide rendement SCPI pour le comparatif complet.

13.3. Cas : Héritier 50 ans TMI 41 % réinvestit 350 000 €

AllocationMontantRendement net estimé / anIFI
NP SCPI 10 ans (Corum, Remake)150 000 €0 € (reconstitution +82 500 € à terme)0 €
SCPI européennes (Corum Eurion)80 000 €3 080 € netOui (640 €)
PER (plafond TMI 41 %)40 000 €16 400 € économie IR année 10 €
ETF PEA (MSCI World)50 000 €~4 000 € (capitalisation)0 €
GFI (France Valley)30 000 €7 500 € crédit IR + 750 € dividendes0 €
Total350 000 €~31 730 € an 1640 €

Concrètement, cet héritier passe d'un bien immobilier unique (loyers 0 € car vide, IFI 100 %, charges ~3 000 €/an) à un portefeuille diversifié générant 31 730 € de valeur la première année avec un IFI résiduel de 640 €. Pour aller plus loin, consultez notre guide gestion de patrimoine.

14. Quel est l'impact IFI de chaque option quand l'héritage fait franchir le seuil ?

L'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) frappe le patrimoine immobilier net supérieur à 1 300 000 € au 1er janvier (art. 964 CGI). Un héritage immobilier peut vous faire franchir ce seuil du jour au lendemain. Voici l'impact IFI de chaque stratégie de réinvestissement.

14.1. Barème IFI 2026

Fraction de patrimoine net taxableTaux
Jusqu’à 800 000 €0 %
800 001 € à 1 300 000 €0,50 %
1 300 001 € à 2 570 000 €0,70 %
2 570 001 € à 5 000 000 €1,00 %
5 000 001 € à 10 000 000 €1,25 %
Au-delà de 10 000 000 €1,50 %

14.2. Assiette IFI par type d'actif

Actif% dans l’assiette IFICommentaire
Immobilier direct (RP)70 % (décote 30 %)Art. 973 CGI
Immobilier direct (hors RP)100 %Valeur vénale nette
SCPI en direct100 %Quote-part immobilière
NP SCPI (temporaire)0 %L’USU déclare la totalité (art. 968 CGI)
AV fonds euros0 %Hors assiette IFI
AV UC SCPIPart immo > 20 % = IFIArt. 972 bis CGI
ETF PEA0 %Valeurs mobilières hors IFI
GFI forêts25 % seulementExo 75 % art. 976 CGI (Monichon)
SCI parts NP données0 %Chez le nu-propriétaire
PER0 %Phase épargne hors IFI (RM Malhuret)
Piège fréquent : les SCPI détenues en assurance-vie sont exonérées d'IFI uniquement si la part immobilière du contrat est inférieure à 20 % (art. 972 bis CGI). Au-delà, vous êtes imposé sur la fraction immobilière au prorata. En pratique, un contrat 100 % UC SCPI est 100 % dans l'assiette IFI.

14.3. Cas : couple patrimoine 1,8 M€ après héritage → IFI 0 €

Situation avant arbitrage : RP 800 000 € (décote 30 % = 560 000 €) + appart locatif existant 450 000 € + bien hérité 500 000 € = 1 510 000 € net taxable. IFI = 0,50 % × 500 000 € + 0,70 % × 210 000 € = 3 970 €.

Après arbitrage : ils vendent le bien hérité (500 000 €, PV purgée au décès) et réinvestissent : 200 000 € en NP SCPI 10 ans (IFI 0), 150 000 € en ETF PEA (IFI 0), 100 000 € en GFI (IFI 25 % = 25 000 €), 50 000 € en PER (IFI 0). Nouveau patrimoine IFI : 560 000 € + 450 000 € + 25 000 € = 1 035 000 €. IFI = 0 € (sous le seuil de 1 300 000 €). Économie : 3 970 €/an, soit 39 700 € sur 10 ans.

14.4. Plafonnement IFI (art. 979 CGI) et bien hérité

Le plafonnement IFI limite le total (IFI + IR + PS) à 75 % des revenus de l'année précédente. Un bien hérité vide (sans revenus locatifs) augmente l'assiette IFI sans générer de revenus — ce qui active le mécanisme de plafonnement. Mais attention : le plafonnement peut être remis en cause si l'administration considère que l'absence de revenus est artificielle (bien volontairement laissé vide pour activer le plafonnement — CE 22/07/2022 n° 456854).

Concrètement, si vous héritez d'un bien de 500 000 € et que votre IFI théorique est de 4 000 € mais que vos revenus nets sont faibles (retraite de 30 000 €/an), le plafonnement peut réduire votre IFI. Mais la stratégie la plus sûre reste de mettre le bien en location ou de le vendre — le plafonnement n'est pas un outil d'optimisation fiable.

14.5. Décote IFI : les abattements à ne pas oublier

Trois décotes réduisent l'assiette IFI d'un bien hérité :

  • Décote RP 30 % : si vous faites du bien hérité votre résidence principale (art. 973 CGI). Un bien de 500 000 € entre dans l'assiette pour 350 000 €.
  • Décote indivision 10-20 % : un bien en indivision est moins liquide qu'un bien en pleine propriété. L'administration admet généralement une décote de 10 à 20 % pour illiquidité.
  • Décote SCI 15-20 % : les parts de SCI bénéficient d'une décote pour clause statutaire restrictive (agrément, incessibilité), validée par la jurisprudence. Combiner SCI + indivision peut cumuler les décotes.
En résumé : vendre un bien hérité et réinvestir hors assiette IFI peut faire économiser 4 000 à 15 000 €/an d'IFI. C'est un levier massif souvent sous-estimé. Pour le détail du barème et des stratégies, consultez notre guide optimisation IFI.
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15. Régime matrimonial et bien propre : protéger l'héritage dans le couple

Un bien reçu par héritage est un bien propre (art. 1405 du Code civil), même si vous êtes marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts. Cela signifie que le bien n'entre pas dans la masse commune et reste la propriété exclusive de l'héritier. Mais attention : cette protection n'est pas absolue.

Art. 1405 CC : « Restent propres les biens dont chacun des époux avait la propriété ou la possession au jour de la célébration du mariage, ou qu'il acquiert pendant le mariage par succession, donation ou legs. » Le bien hérité est donc propre par nature — quel que soit le régime matrimonial (hors communauté universelle avec clause spéciale).

15.1. Le piège de la confusion des patrimoines

La Cour de cassation (Cass. 1re civ. 10/03/2010 n° 09-11.728) a jugé qu'un bien propre peut perdre son caractère propre si les fonds communs ont financé l'acquisition ou les travaux majeurs sans déclaration de remploi. Concrètement, si vous vendez le bien hérité et que vous rachetez un autre bien avec le produit de la vente, vous devez impérativement faire une déclaration de remploi dans l'acte d'achat (art. 1434 CC) — sinon le nouveau bien sera réputé commun.

15.2. Revenus du bien = communs

Si le bien hérité est mis en location, les loyers tombent dans la communauté (art. 1401 CC). Le bien reste propre, mais ses fruits sont communs. En cas de divorce, l'ex-conjoint n'a aucun droit sur le bien lui-même, mais peut avoir droit à une récompense si des fonds communs ont servi à l'entretenir ou le rénover.

Piège IFI : en régime de communauté, les deux époux déclarent ensemble leur patrimoine immobilier pour l'IFI (art. 964 CGI). Le bien propre hérité est inclus dans l'assiette commune du couple, même s'il appartient juridiquement à un seul des deux. La déclaration est commune, l'impôt est commun.

Bien propre par succession

Le bien hérité reste propre (art. 1405 CC). En cas de divorce, il n’entre pas dans le partage. Mais les revenus (loyers) sont communs.

Remploi obligatoire

Si vous vendez le bien hérité et rachetez un autre bien, la déclaration de remploi (art. 1434 CC) dans l’acte est INDISPENSABLE pour conserver le caractère propre.

Communauté universelle

En régime de communauté universelle avec clause d’attribution intégrale, le bien hérité devient commun — sauf clause contraire dans le contrat de mariage ou stipulation du disposant (art. 1525 CC).

15.3. Cas chiffré : Claire vend et réinvestit sans remploi

Claire, 45 ans, mariée sous le régime légal, hérite d'un appartement de 300 000 € de son père. Elle le vend et réinvestit 280 000 € dans un T3 à Toulouse... sans déclaration de remploi dans l'acte d'achat. Trois ans plus tard, elle divorce. Son ex-conjoint revendique la moitié du T3 comme bien commun (art. 1401 CC — présomption de communauté). Le notaire liquidateur confirme : sans remploi, le bien est réputé commun. Claire perd 140 000 € — la moitié de l'héritage de son père.

Règle pratique : dès que vous vendez un bien hérité et réinvestissez le produit, exigez de votre notaire la clause de remploi dans l'acte authentique : « Madame/Monsieur déclare que les fonds proviennent de la vente d'un bien propre reçu par succession de [nom du défunt], acte du [date], et emploie ces fonds pour acquérir le présent bien qui conserve le caractère de bien propre conformément à l'article 1434 du Code civil. » Coût : 0 €. Protection : inestimable.

15.4. Récompenses et travaux sur bien propre

Si des fonds communs sont utilisés pour financer des travaux sur votre bien propre hérité (rénovation, extension, aménagement), la communauté a droit à une récompense au jour de la dissolution du régime (divorce ou décès). La récompense se calcule selon la règle du profit subsistant (art. 1469 CC) : le montant le plus élevé entre la dépense faite et la plus-value procurée au bien propre. Si 50 000 € de travaux communs ont fait passer le bien de 300 000 € à 380 000 €, la récompense est de 80 000 € (profit subsistant), pas 50 000 €.

16. Comment un non-résident peut-il hériter d'un bien en France ?

Vous résidez à l'étranger et vous héritez d'un bien immobilier en France. Trois articles du CGI encadrent votre situation.

16.1. Droits de succession (art. 750 ter CGI)

L'article 750 ter CGI prévoit trois critères de rattachement : (1) le bien est situé en France → droits de succession français dans tous les cas, (2) le défunt était domicilié en France → tous ses biens mondiaux sont taxables en France, (3) l'héritier est domicilié en France depuis 6 des 10 dernières années → tous les biens du défunt sont taxables. Les conventions fiscales bilatérales peuvent modifier ces règles. Voir notre guide fiscalité non-résidents pour le détail par pays.

16.2. Plus-value de revente (art. 244 bis A CGI)

Si vous revendez le bien hérité, la plus-value est soumise à une retenue à la source de 19 % (art. 244 bis A) + prélèvements sociaux : 7,5 % si vous résidez dans l'EEE (de Ruyter, puis Jahin C-45/17), 17,2 % si vous résidez hors EEE. Un représentant fiscal accrédité est obligatoire si la PV dépasse 150 000 € (art. 244 bis A-III).

Convention fiscale : vérifiez si une convention bilatérale accorde un crédit d'impôt dans votre pays de résidence pour éviter la double imposition. En l'absence de convention, la retenue de 19 % + PS constitue un impôt définitif.

16.3. Gestion à distance

Concrètement, un non-résident héritant d'un bien en France a trois options : (1) vendre rapidement (PV purgée au décès = 0 €, mais retenue + PS sur l'écart éventuel), (2) louer via une agence de gestion locative (revenu foncier imposé au taux minimum de 20 % — art. 197 A CGI), (3) apporter en SCI familiale pour préparer la transmission à distance. Le choix dépend de votre projet patrimonial et de votre pays de résidence.

16.4. Cas chiffré par pays de résidence

Pays de résidenceDroits succession FRPV revente (retenue)PSConvention fiscale
BelgiqueOui (art. 750 ter)19 % retenue source7,5 % (EEE)Oui — crédit impôt BE sur PV FR
SuisseOui (art. 750 ter)19 %17,2 % (hors EEE)Convention 1966 — immo = État de situation
Royaume-UniOui (art. 750 ter)19 %17,2 % (post-Brexit = hors EEE)Convention 2008 — CGT UK sur même PV, crédit impôt
États-UnisOui (art. 750 ter)19 %17,2 %Convention 1994 — estate tax US, credit impôt FR
LuxembourgOui (art. 750 ter)19 %7,5 % (EEE)Convention 2018 — tolérance terminée 2024
PortugalOui (art. 750 ter)19 %7,5 % (EEE)Convention 1971 — RNH aboli 2024, immo = État situation

Concrètement, les résidents de l'EEE (UE + Norvège, Islande, Liechtenstein) bénéficient du taux réduit de PS à 7,5 % au lieu de 17,2 % — un avantage de 9,7 points sur la plus-value. Depuis le Brexit, les résidents UK sont traités comme hors EEE. Pour les résidents US, attention au risque de double imposition sur les successions (estate tax + droits FR) malgré la convention de 1994. Consultez notre guide fiscalité non-résidents pour une analyse détaillée par pays.

Représentant fiscal : si la PV de cession dépasse 150 000 € et que vous résidez hors EEE, la désignation d'un représentant fiscal accrédité est obligatoire (art. 244 bis A-III CGI). Coût : 0,5 à 1 % de la PV (négociable). Les résidents EEE en sont dispensés. Liste des représentants accrédités disponible sur le site de la DGFiP.

17. Peut-on utiliser la donation-cession pour purger la plus-value sur un bien hérité ?

La donation-cession est une stratégie d'optimisation puissante : vous donnez le bien à vos enfants, qui le revendent immédiatement. La plus-value est purgée car la base d'acquisition du donataire est la valeur retenue dans l'acte de donation (art. 150 VB-II-1° CGI), pas le prix d'achat initial.

Mécanisme : Si le bien hérité est déclaré à 300 000 € dans la succession mais vaut aujourd'hui 400 000 €, la PV latente est de 100 000 €. En vendant directement : ~30 000 € d'impôt (IR 19 % + PS 17,2 % après abattements). En donnant à votre enfant puis en revendant : PV = 0 € (base = 400 000 € = prix de vente). Seuls les droits de donation sont dus (0 € si abattement 100 000 € non consommé).

17.1. Les conditions de sécurité juridique

Le Conseil d'État (CE 5/02/2024) et le CADF 2024-10 ont sanctionné des donations-cessions comme abus de droit (L.64 LPF) lorsque le donateur se réappropriait le prix de vente. Les conditions pour sécuriser l'opération :

Donation antérieure à la vente

La donation doit etre publiee AVANT la signature du compromis de vente. Un delai de quelques semaines minimum est recommande.

Donataire libre du prix

Le donataire doit conserver la libre disposition du prix de vente. Aucune clause de retour, aucun reversement au donateur, aucun quasi-usufruit sur le prix.

Pas de reappropriation

Le donateur ne doit pas beneficier directement ou indirectement du prix (pas de pret, pas de placement au profit du donateur, pas de rachat du bien par le donateur).

17.2. Donation-partage : plus sécurisée

La Cour de cassation (Cass. 2/10/2024 n° 22-19.672) a confirmé que la donation-partage est juridiquement plus robuste que la donation simple, car elle fige la valeur des biens au jour de l'acte (pas de rapport à la succession future). Pour un bien hérité destiné à être revendu, la donation-partage à vos enfants est la voie la plus sûre. Consultez notre guide donation-cession pour les détails.

17.3. Cas chiffré : donation-cession sur bien hérité revalorisé

François, 58 ans, TMI 41 %, a hérité il y a 3 ans d'un appartement déclaré 300 000 € dans la succession. Grâce à des travaux et à la hausse du marché, le bien vaut aujourd'hui 420 000 €. PV latente : 120 000 €. François a 2 enfants qui n'ont jamais utilisé leur abattement de 100 000 €.

ScénarioVente directeDonation-cession aux 2 enfants
PV brute420 000 − 300 000 − 22 500 (frais 7,5 %) = 97 500 €0 € (base = valeur donation = prix vente)
Abattement durée (3 ans)0 %
IR 19 %18 525 €0 €
PS 17,2 %16 770 €0 €
Surtaxe PV art. 1609 nonies G (2 % de 97 500 €)~1 950 €0 €
Total impôt PV37 245 €0 €
Droits de donation0 €20 194 € × 2 enfants = 40 388 € (part taxable 110 000 €/enfant après abattement 100 000 €)
Frais notariés donation0 €~4 000 €
Bilan net vs vente directe−7 143 € (surcoût : 40 388 + 4 000 − 37 245)

Concrètement, contrairement à une idée reçue largement répandue, la donation-cession n'est pas rentable pour François : les droits de donation (40 388 €) dépassent l'économie de PV (37 245 €). L'abattement de 100 000 € s'applique par enfant donataire, pas sur le montant global ; chaque enfant reçoit 210 000 € et doit 20 194 € de droits sur la fraction taxable de 110 000 €. Le mécanisme art. 150 VB-II-1° CGI fonctionne bien (la base d'acquisition du donataire devient la valeur de donation, PV = 0 €), mais l'opération ne devient avantageuse que si la part par enfant reste proche ou sous les 100 000 € d'abattement, si la PV initiale est beaucoup plus élevée, ou si le donateur répartit sur plus d'enfants ou petits-enfants. François doit également respecter les conditions de sécurité (section 17.1) pour éviter la requalification en abus de droit.

Concrètement : si votre bien hérité a pris de la valeur depuis la succession (travaux, marché haussier), la donation-cession à vos enfants peut économiser 10 000 à 50 000 € d'impôt sur la plus-value. Mais elle doit être réalisée avec un notaire et un CGP pour sécuriser le montage face au risque d'abus de droit.

18. Protection du conjoint occupant (art. 764 CC)

Le Code civil protège fortement le conjoint survivant qui occupait le logement familial. Deux droits distincts coexistent, et leur impact sur la gestion du bien hérité est considérable.

18.1. Droit temporaire au logement (art. 763 CC)

Le conjoint survivant bénéficie automatiquement d'un droit d'occupation gratuite du logement familial pendant 1 an à compter du décès. Ce droit est d'ordre public : il s'applique même si le défunt a prévu le contraire dans son testament. Les héritiers ne peuvent ni le vendre, ni le louer, ni expulser le conjoint pendant cette période.

18.2. Droit viager au logement (art. 764 CC)

Au-delà du droit temporaire, le conjoint peut exercer un droit viager au logement sur la résidence principale du couple. Conditions : (1) le logement était la résidence principale effective du couple au jour du décès, (2) le conjoint exerce ce droit dans l'année du décès. Ce droit viager s'impute sur la part successorale du conjoint (usufruit total ou 1/4 en pleine propriété — art. 757 CC).

Impact sur la valorisation : un bien grevé d'un droit viager subit une décote de 30 à 40 % sur sa valeur vénale. Si les enfants héritiers souhaitent vendre, ils devront attendre le décès du conjoint survivant ou négocier un accord de libération (contre compensation financière). C'est un blocage majeur pour la liquidation de la succession.

18.3. Démembrement légal (art. 757 CC)

En l'absence de testament, le conjoint survivant a le choix entre : (1) l'usufruit de la totalité de la succession (il perçoit tous les revenus, les enfants ont la nue-propriété), ou (2) 1/4 en pleine propriété. Le choix est irrévocable et conditionne toute la stratégie patrimoniale post-succession.

Piège IFI (art. 968 CGI) : en principe, l'usufruitier déclare la totalité de la valeur en pleine propriété à l'IFI. Exception : lorsque le démembrement résulte de l'application de la loi (art. 757 CC — usufruit légal du conjoint survivant), l'IFI est réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l'art. 669 CGI. Cette exception est cruciale pour les patrimoines importants.

18.4. Droit viager : imputation sur la part successorale (Cass. 1re civ. 4/07/2024)

La Cour de cassation (Cass. 1re civ. 4/07/2024) a confirmé que le droit viager au logement s'impute sur la part successorale du conjoint et grève l'indivision. Cela signifie que la valeur de ce droit viager (calculée selon le barème de l'art. 669 CGI en fonction de l'âge du conjoint) vient en déduction de sa part héréditaire. Si la valeur du droit viager dépasse la part du conjoint, celui-ci ne reçoit rien de plus et peut même devoir verser une soulte.

Exemple : Marie, 72 ans, conjoint survivant, exerce son droit viager sur la RP du couple (500 000 €). Barème art. 669 : usufruit à 72 ans = 30 % de la PP = 150 000 €. Si Marie avait droit à 1/4 en PP = 125 000 €, le droit viager (150 000 €) dépasse sa part. Les enfants nus-propriétaires subissent un « surpoids » de 25 000 € sur leur héritage. C'est pourquoi le choix entre USU total et 1/4 PP doit être simulé précisément.

18.5. Cantonnement de la libéralité (art. 1094-1 al. 2 CC)

Lorsque le défunt a consenti une donation entre époux (donation au dernier vivant), le conjoint survivant peut cantonner sa libéralité : il choisit de ne prendre qu'une partie de ce à quoi il a droit. Cette faculté n'est pas un renoncement (pas de droits de donation) — c'est une limitation volontaire. Le cantonnement est souvent utilisé pour équilibrer les parts entre le conjoint et les enfants, notamment quand le bien immobilier représente l'essentiel de la succession.

Concrètement, si le défunt avait consenti une donation au dernier vivant portant sur l'usufruit de la totalité, le conjoint peut décider de ne prendre que l'usufruit du logement familial et laisser la pleine propriété des autres biens aux enfants. Cette souplesse évite les blocages et facilite le dialogue successoral.

19. Les 12 erreurs à éviter avec un héritage immobilier

En 15 ans de pratique, nous avons identifié les erreurs les plus coûteuses commises par les héritiers. Chacune peut coûter plusieurs milliers à dizaines de milliers d'euros.

#ErreurImpact chiffréSolution
1Vendre trop vite sans optimiser la déclaration de succession5 000-30 000 € de PV évitableDéclarer au juste prix pour purger la PV au décès
2Sous-évaluer le bien dans la successionRedressement fiscal 40 % + intérêtsExpertise indépendante (500-1 500 €)
3Surévaluer le bien dans la successionDroits de succession trop élevés3 références de ventes comparables dans le secteur
4Oublier les diagnostics obligatoiresAnnulation de vente ou indemnisation acheteurDDT complet 400-800 € avant mise en vente
5Ignorer le DPE F/GBien inlouable depuis 2025 (G) ou 2028 (F)Rénover (MaPrimeRénov’ + déficit foncier) ou vendre
6Négliger l’IFI après héritage3 000-15 000 €/an d’IFIArbitrer vers actifs hors IFI (NP SCPI, PEA, GFI)
7Choisir le mauvais option du conjoint (USU vs PP)Impact succession 50 000 €+Simuler les deux options avec un CGP
8Vendre sans purger l’indivisionBlocage juridique, perte de tempsFaire le partage ou la SCI AVANT la vente
9Ignorer le droit viager du conjoint (art. 764 CC)Bien bloqué à vieNégocier en amont avec le conjoint survivant
10Ne pas anticiper la donation-cession10 000-50 000 € de PV taxableDonner AVANT de vendre (avec précautions L.64 LPF)
11Oublier la surtaxe PV au-delà de 50 000 €2-6 % de surtaxe non provisionnéeCalculer la surtaxe art. 1609 nonies G en amont
12Louer en meublé sans P0iTaxation micro-BIC par défaut + pénalitésDéclarer P0i dans les 15 jours du début d’activité
Concrètement : la combinaison des erreurs 1 + 5 + 6 peut coûter plus de 50 000 € à un héritier. Un bilan patrimonial post-succession avec un CGP coûte quelques centaines d'euros et permet d'éviter ces pièges. Pour approfondir, consultez notre guide bilan patrimonial.

19 bis. Les pièges pratiques que personne ne mentionne

Au-delà des erreurs classiques, voici 8 pièges opérationnels qui surprennent même les héritiers avertis. Chacun peut bloquer une vente, générer des coûts inattendus ou créer des litiges longs et coûteux.

19 bis.1. Locataire en place : vous ne pouvez pas le mettre dehors

Le bail d'habitation continue automatiquement au profit du locataire malgré le décès du propriétaire (art. 1743 du Code civil). Vous héritez du bail, pas seulement du bien. Pour donner congé au locataire en vue de vendre ou de reprendre le logement, vous devez respecter un préavis de 6 mois avant l'échéance du bail (art. 15 de la loi du 6/07/1989). Le congé n'est possible que pour trois motifs : vente, reprise pour habiter, ou motif légitime et sérieux.

Bail d’habitation

Preavais 6 mois. Conge uniquement pour vente, reprise ou motif legitime. Locataire protege (age, revenus).

Bail rural

Duree 9 ans minimum. Droit de preemption SAFER. Impossible de donner conge pour simple vente — le fermier preempte.

Bail commercial

Indemnite d eviction = 2 a 3 ans de chiffre d affaires. Cout souvent superieur au prix du bien lui-meme.

19 bis.2. Charges de copropriété impayées : solidarité des héritiers

Si le défunt avait des charges de copropriété impayées, tous les héritiers sont solidairement tenus de les régler (art. 14-1 de la loi du 10/07/1965). Le syndic peut bloquer la vente tant que les arriérés ne sont pas soldés. Premier réflexe : demander un état daté au syndic (coût : 380 € TTC maximum — art. 10-1 loi 1965) pour connaître la situation exacte : charges courantes, avances de trésorerie, contentieux en cours, travaux votés.

19 bis.3. Hypothèques et servitudes : consulter le SPF

Le bien hérité peut être grevé d'une hypothèque (crédit non remboursé, caution, nantissement) ou d'une servitude (passage, vue, canalisation) que le défunt n'a jamais mentionnée. La consultation du Service de la Publicité Foncière (SPF) est impérative : elle révèle toutes les inscriptions et publications. Une hypothèque non levée bloque la vente — le notaire ne peut pas passer l'acte tant que l'inscription n'est pas radiée (mainlevée).

19 bis.4. Assurance habitation : le trou de garantie

Le contrat d'assurance habitation du défunt cesse automatiquement (art. L.113-12 du Code des assurances). Dès le décès, le bien n'est plus couvert. Si un dégât des eaux ou un incendie survient pendant la période de règlement de la succession (souvent 6 à 12 mois), rien n'est indemnisé. Action immédiate : souscrire une assurance PNO (Propriétaire Non-Occupant) — coût : 100 à 250 €/an. C'est la première dépense à engager, avant même le DPE.

19 bis.5. Taxe sur logements vacants (TLV et THLV)

Un bien hérité laissé vide peut être soumis à la taxe sur les logements vacants (TLV) si le bien est situé en zone tendue (art. 232 CGI). Taux : 17 % de la valeur locative la 1re année, 34 % à partir de la 2e année. Hors zones tendues, les communes peuvent voter une THLV (Taxe d'Habitation sur les Logements Vacants — art. 1407 bis CGI). Pour un bien dont la valeur locative cadastrale est de 8 000 €/an, la TLV représente 1 360 € la 1re année et 2 720 € les années suivantes. Agissez vite : occupez, louez ou vendez.

19 bis.6. DPE périmé : blocage de toute transaction

Les DPE réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 ont été invalidés depuis le 1er avril 2023 (nouvelle méthode de calcul 3CL). Si le défunt avait fait réaliser le DPE dans cette période, il est caduc : il bloque toute vente ET toute mise en location. Coût d'un nouveau DPE : 150-250 €. Délai : 1-2 semaines. À commander en priorité absolue.

19 bis.7. Publication au fichier immobilier (SPF)

L'attestation de propriété immobilière (ex-attestation notariée) doit être publiée au fichier immobilier du SPF (décret 55-22, art. 28-3°). Sans cette publication, le transfert de propriété est inopposable aux tiers et la revente est bloquée. Délai constaté en pratique : 6 à 12 mois entre le dépôt par le notaire et la publication effective. Pendant cette période, aucune vente n'est possible. Relancez votre notaire régulièrement.

19 bis.8. Appels de charges copropriété : prévenir le syndic immédiatement

Si le bien est en copropriété, prévenez le syndic du décès immédiatement (par courrier recommandé avec copie de l'acte de décès). À défaut, les appels de charges continuent au nom du défunt, des majorations de retard s'accumulent, et le syndic peut engager une procédure de recouvrement contre la succession. Le syndic doit mettre à jour le carnet d'entretien, l'état daté et convoquer les héritiers aux assemblées générales.

Concrètement : les 4 premiers réflexes dans les 48 heures suivant le décès sont : (1) souscrire une assurance PNO, (2) prévenir le syndic si copropriété, (3) relever les compteurs (eau, électricité, gaz) pour stopper les factures au nom du défunt, et (4) sécuriser le bien (serrures, courrier). Ces 4 actions simples évitent des milliers d'euros de litiges et de charges indues.

20. Diagnostics obligatoires pour la vente d'un bien hérité

Avant de mettre en vente le bien hérité, vous devez constituer le dossier de diagnostics techniques (DDT). 10 diagnostics sont obligatoires — leur absence peut entraîner l'annulation de la vente ou une indemnisation de l'acheteur.

DiagnosticObligatoire si…Durée de validitéCoût moyen
DPE (Diagnostic de Performance Énergétique)Toujours10 ans150-250 €
AmianteConstruction avant 01/07/1997Illimitée si négatif80-150 €
Plomb (CREP)Construction avant 01/01/19491 an si positif, illimitée si négatif150-300 €
TermitesZones arrêté préfectoral6 mois100-150 €
ÉlectricitéInstallation de plus de 15 ans3 ans100-150 €
GazInstallation de plus de 15 ans3 ans100-150 €
Assainissement non collectifInstallations autonomes3 ans100-150 €
Bruit (PEB)Zones Plan d’Exposition au BruitSans expirationGratuit (en ligne)
ERP (État des Risques et Pollutions)Toujours6 moisGratuit (en ligne)
Mesurage CarrezCopropriété uniquementIllimitée (sauf travaux)70-120 €

Coût total estimé : 400 à 800 € pour un appartement ancien en copropriété, 300 à 600 € pour une maison récente. En indivision, les frais sont répartis au prorata des quotes-parts de chaque héritier.

Sanctions : l'absence de DPE est sanctionnée par une amende de 300 € (particulier) ou 1 500 € (professionnel). L'absence de diagnostic plomb ou amiante peut entraîner l'annulation de la vente pour vice caché. La Cour de cassation (Cass. 3e civ. 11/07/2024) a confirmé que le DPE est opposable au vendeur : un DPE erroné engage la responsabilité du diagnostiqueur ET du vendeur.
Astuce : pour les biens anciens (pré-1949), commencez par le DPE et le plomb — ce sont les deux diagnostics les plus susceptibles de révéler un problème structurel qui changerait votre stratégie (rénover vs vendre en l'état). Le DPE F/G en particulier impacte directement la possibilité de louer (voir section 11 DPE et passoires).

21. 7 cas pratiques chiffrés : de l'héritage à la stratégie

Chaque héritage immobilier est unique. Voici 7 situations réelles accompagnées par Hagnéré Patrimoine, avec les chiffres, les arbitrages et les résultats concrets.

21.1. Marie, 35 ans — T3 Bordeaux (280 000 €, DPE D, locataire en place)

Marie hérite d'un appartement T3 à Bordeaux en bon état (DPE D), avec un locataire en place qui paie 850 €/mois. Patrimoine existant : 50 000 € en épargne. TMI 30 %. Héritière unique.

Décision : garder et passer en LMNP. Marie donne congé au locataire (6 mois de préavis), meuble l'appartement (8 000 €), et reloue en meublé à 950 €/mois. Base amortissable réévaluée à 280 000 € (valeur succession). Amortissement annuel : ~8 400 € (bâti 80 % sur 25 ans + mobilier sur 7 ans). Résultat : revenus BIC imposables = 0 € pendant 12 ans. Loyers nets perçus : 11 400 €/an. Voir notre guide LMNP ou LMP.

Pourquoi ça marche : DPE D = pas de contrainte de rénovation, locataire en place = pas de vacance, LMNP = zéro impôt pendant 12 ans grâce à l'amortissement sur la valeur de succession (et non le prix d'achat du défunt).

21.2. Pierre et Anne, 55 ans — Maison Aix-en-Provence (600 000 €, DPE G)

Pierre et Anne héritent de la maison familiale à Aix-en-Provence. DPE G = interdiction de louer depuis 2025. Patrimoine existant : 900 000 € (RP + placements). TMI 41 %. Deux enfants.

Décision : rénover 50 000 € + Loc'Avantages 6 ans + revendre. Travaux de rénovation énergétique : 50 000 € (isolation, fenêtres, PAC) → DPE D. MaPrimeRénov' : 15 000 € d'aide. Déficit foncier : 21 400 € déductible du revenu global (LF 2025 art. 88 — passoire thermique). Loc'Avantages Loc 2 (loyer -30 %) + intermédiation = réduction IR 40 %. Loyer : 1 100 €/mois. Après 6 ans : revente 680 000 € (plus-value liée aux travaux, mais abattements 6 ans IR + PS). Gain total net : +95 000 € vs vente immédiate en l'état (DPE G = décote 15-20 %).

Triple levier fiscal : MaPrimeRénov' (15 000 €) + déficit foncier 21 400 € (économie IR 8 774 € à TMI 41 %) + Loc'Avantages 40 % = économie fiscale totale ~30 000 € sur 6 ans. Consultez notre guide Loc'Avantages.

21.3. Les 3 frères Dupont — Maison Montpellier (450 000 €)

Marc, Paul et Luc héritent chacun d'un tiers d'une maison à Montpellier. Paul souhaite y habiter. Marc et Luc veulent récupérer leur part.

Décision : Paul rachète la soulte à crédit. Soulte versée à Marc et Luc : 150 000 € chacun = 300 000 €. Droit de partage : 1,1 % × 450 000 € = 4 950 €. Frais notariés : ~4 500 €. Crédit immobilier 300 000 € sur 20 ans à 3,3 % = mensualité 1 718 €. Attribution préférentielle (art. 831 CC) car Paul y réside. Résultat : Paul a sa maison pour un coût total de 309 450 € + intérêts de crédit. Marc et Luc reçoivent 150 000 € chacun qu'ils peuvent réinvestir (voir section 13).

21.4. Sylvie, 62 ans — Studio Paris (250 000 €) + patrimoine 1,2 M€

Sylvie hérite d'un studio parisien de 25 m² dans le 11e arrondissement. Patrimoine existant : RP 700 000 € + placements 500 000 €. TMI 41 %. Le studio ferait basculer son patrimoine immobilier net au-dessus de 1,3 M€ (seuil IFI).

Décision : vendre + NP SCPI (IFI = 0). Vente du studio : 250 000 € (PV purgée au décès). Réinvestissement : 200 000 € en NP SCPI 10 ans (Corum Origin, Remake Live) + 50 000 € en ETF PEA. Patrimoine IFI : 700 000 € × 70 % (RP) + 500 000 € = 990 000 € → sous le seuil IFI de 1,3 M€. Sans cet arbitrage, IFI = ~2 800 €/an. Économie sur 10 ans : 28 000 € d'IFI évité + reconstitution gratuite de la PP des SCPI à terme.

Concrètement : Sylvie transforme un actif imposable (studio = 100 % IFI) en actif invisible fiscalement (NP SCPI = 0 % IFI) tout en conservant un TRI net de ~5,5 %. C'est l'arbitrage type pour les héritiers déjà proches du seuil IFI.

21.5. Thomas, 42 ans expatrié — Maison familiale Normandie (350 000 €)

Thomas vit à Londres depuis 8 ans. Il hérite de la maison familiale en Normandie (4 chambres, jardin, DPE E). Il ne veut pas vendre ce bien de famille mais ne peut pas le gérer au quotidien.

Décision : SCI familiale + gestion locative professionnelle. Thomas crée une SCI avec sa sœur (50/50). Apport du bien à la SCI : 0 € de droits (art. 810 bis CGI). Contrat de gestion locative : 7-8 % des loyers HT. Location nue : 1 200 €/mois. Quote-part Thomas : 600 €/mois = 7 200 €/an, imposés au taux minimum 20 % (art. 197 A CGI — non-résident). IR : 1 440 €/an. Avantage : la SCI permet de préparer la transmission (donation de parts NP aux enfants de Thomas) et d'organiser la gestion à distance. Consultez notre guide SCI familiale.

21.6. Couple Lemaire, 68 ans — 2 biens (RP parent 500 000 € + locatif 200 000 €)

Jacques et Françoise Lemaire héritent conjointement de deux biens : la résidence principale de leur parent (500 000 €, DPE D) et un petit locatif (200 000 €, DPE C, locataire en place payant 700 €/mois). TMI 30 %. Patrimoine existant : 600 000 €.

Décision : vendre la RP (purge PV) + garder le locatif en LMNP. Vente de la RP parent : 500 000 € (PV purgée au décès — attention : ce n'est pas la RP des héritiers, mais la base est la valeur déclarée dans la succession). Réinvestissement : 300 000 € en AV (fonds euros + UC SCPI pour abattement 152 500 € par bénéficiaire après 70 ans — art. 990 I CGI) + 150 000 € en NP SCPI + 50 000 € en PER. Le petit locatif : passage en LMNP après congé au locataire, base amortissable 200 000 €. Résultat : revenus diversifiés + transmission optimisée + IFI maîtrisé.

Pourquoi deux stratégies différentes pour deux biens : la RP du parent (500 000 €) ne bénéficie d'aucune exonération de PV (ce n'est pas la RP des héritiers) mais la PV est purgée au décès → vente immédiate optimale. Le petit locatif (200 000 €, DPE C) est en bon état avec un locataire → passage en LMNP pour amortissement. L'arbitrage bien par bien est essentiel.

21.7. Éric, 56 ans — Bien revalorisé + donation-cession (420 000 €)

Éric, cadre dirigeant à Lyon (TMI 41 %), a hérité il y a 4 ans d'un appartement à Grenoble déclaré 300 000 € dans la succession. Après des travaux d'amélioration (30 000 €) et la hausse du marché, le bien vaut aujourd'hui 420 000 €. PV latente : 97 500 € (après forfait frais 7,5 %). Éric a 2 enfants majeurs (24 et 26 ans) qui n'ont jamais utilisé leur abattement de 100 000 €. Il souhaite vendre pour financer sa retraite en SCPI.

Décision : donation-cession aux 2 enfants puis revente. Éric donne le bien à ses 2 enfants (210 000 € chacun). Droits de donation par enfant (après abattement 100 000 €, tranche taxable 110 000 €) : 403,60 + 403,70 + 573,45 + (110 000 − 15 932) × 20 % = 20 194 € par enfant, soit 40 388 € au total. Les enfants revendent immédiatement à 420 000 €. PV = 0 € (base = valeur donation = prix vente, art. 150 VB-II-1° CGI). Économie PV : ~37 000 €. Coût donation : 40 388 € + 4 000 € frais. Bilan net : −7 388 € par rapport à la vente directe.

Leçon clé : la donation-cession n'est PAS toujours avantageuse. Elle l'est uniquement si les abattements de 100 000 € ne sont pas encore consommés ou si la PV est très élevée. Dans le cas d'Éric, les abattements sont déjà dépassés (210 000 € par enfant > 100 000 € d'abattement), ce qui génère des droits de donation supérieurs à l'économie de PV. La simulation chiffrée est indispensable avant toute opération.
Hagnère Patrimoine

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22. Jurisprudence récente 2024-2026 : les décisions qui changent la donne

Le droit des successions et de l'immobilier évolue constamment. Voici les 13 décisions les plus impactantes pour les héritiers immobiliers.

DateJuridiction / RéférencePortée pour l’héritier
15/01/2025Cass. 1re civ. n° 22-24.672Le nu-propriétaire peut demander le partage malgré l’usufruit du conjoint survivant. L’usufruit ne bloque pas la sortie d’indivision entre nus-propriétaires.
19/11/2025Cass. 1re civ.Les travaux financés par un seul indivisaire ne constituent PAS une donation aux autres — l’indivisaire a droit à indemnisation (créance contre l’indivision).
06/03/2025Loi réforme indivisionSimplification de la procédure de sortie d’indivision. Assouplissement de la vente aux 2/3 (art. 815-5-1 CC).
05/02/2024CE (donation-cession)Requalification en abus de droit (L.64 LPF) si le donateur se réapproprie le prix de vente. Le donataire doit conserver la libre disposition du prix.
10/03/2010Cass. 1re civ. n° 09-11.728Un bien propre peut perdre son caractère propre si des fonds communs financent l’acquisition sans déclaration de remploi (art. 1434 CC).
LF 2024Art. 774 bis CGILe quasi-usufruit de sommes d’argent est désormais taxé aux droits de succession — impact sur le démembrement de prix de vente hérité.
26/09/2024BOFiP (774 bis)Exception assurance-vie : le quasi-usufruit sur le capital-décès AV échappe à l’art. 774 bis si le contrat relève des art. 757 B ou 990 I CGI.
Art. 150 VB-II-3°CGILa base d’acquisition pour le calcul de la PV est la valeur retenue pour la liquidation des droits de succession — et non le prix d’achat du défunt.
29/11/2023Cass. 1re civ. n° 22-12.382L’indemnité d’occupation est due par l’indivisaire occupant SANS mise en demeure préalable — le simple fait d’occuper privativement le bien fonde la créance.
21/03/2024CAA Paris n° 22PA04812La valeur déclarée dans la succession sert de base PV : sous-évaluer le bien pour réduire les droits de succession = gonfler la plus-value future de revente.
10/04/2015CE n° 367015L’exonération résidence principale (art. 150 U-II-1° CGI) exige que le bien soit la RP du cédant au jour de la cession, pas au jour du décès du défunt.
06/02/2024CAA Bordeaux n° 22BX01629Le bailleur reste tenu de l’obligation de décence énergétique même si le diagnostic DPE est erroné — responsabilité partagée avec le diagnostiqueur.
04/07/2024Cass. 1re civ.Le droit viager au logement (art. 764 CC) s’impute sur la part successorale du conjoint survivant et grève l’indivision — impact direct sur les parts des enfants héritiers.
Concrètement : la décision Cass. 15/01/2025 est un tournant pour les héritiers bloqués en indivision avec un conjoint survivant usufruitier. Elle confirme que l'indivision entre nus-propriétaires peut être liquidée indépendamment de l'usufruit du conjoint. Consultez notre guide droits de succession pour le contexte complet.

23. Conclusion : votre checklist en 10 actions

Un héritage immobilier est la décision patrimoniale la plus structurante que vous prendrez. Elle impacte votre fiscalité (IR, PV, IFI, droits de succession), votre trésorerie (charges, travaux, crédit), vos relations familiales (indivision, conjoint) et votre stratégie de transmission. Ne décidez jamais dans l'urgence.

Voici les 10 actions immédiates à mener dans les 6 mois suivant le décès :

#ActionDélaiCoût
1Obtenir l’attestation de propriété immobilière (notaire)2-6 moisInclus dans les frais de succession
2Faire réaliser un DPE + diagnostics prioritaires1-2 semaines400-800 €
3Évaluer le bien (3 avis de valeur + estimation notariale)2-4 semaines0 € (agences) à 1 500 € (expert)
4Simuler les 3 scénarios (vendre, garder, louer) avec un CGP1-2 semaines500-1 500 €
5Vérifier l’impact IFI et arbitrer si besoin1 jourInclus dans le bilan patrimonial
6Choisir l’option du conjoint survivant (USU ou 1/4 PP)Dans les 3 mois0 €
7Sortir de l’indivision (partage, soulte, SCI ou vente)3-12 moisVariable (2,5 % droit partage successoral)
8Déclarer l’activité LMNP (P0i) si location meublée15 jours0 €
9Conventionner avec l’Anah si Loc’Avantages2-3 mois0 €
10Mettre en place le réinvestissement si vente1-3 moisVariable
Votre prochain pas avec Hagnéré Patrimoine : un bilan patrimonial post-succession vous permettra de quantifier précisément chaque option, de simuler l'impact fiscal et de choisir la stratégie la plus adaptée à votre situation. Prenez rendez-vous pour un bilan patrimonial gratuit — les CGP Hagnéré Patrimoine (CIF, COA, COBSP enregistrés à l'ORIAS) analyseront avec vous votre héritage immobilier et présenteront les 3 scénarios chiffrés (vendre, garder, louer) avec les optimisations fiscales adaptées.

Glossaire : 25 termes clés de l'héritage immobilier

Ce glossaire rassemble les termes techniques utilisés dans ce guide. Il vous permet de retrouver rapidement la définition d'un concept juridique ou fiscal.

TermeDéfinition
Attestation de propriété immobilièreActe notarié publié au SPF qui officialise le transfert de propriété du défunt aux héritiers. Indispensable pour vendre.
Acte de notoriétéDocument établi par le notaire qui identifie les héritiers et leurs droits respectifs dans la succession.
Attribution préférentielleDroit pour un héritier de se faire attribuer un bien en priorité (art. 831 CC), à charge de verser une soulte aux autres.
CantonnementFaculté pour le conjoint bénéficiaire d’une donation au dernier vivant de limiter volontairement sa part (art. 1094-1 al. 2 CC).
Déficit foncierExcédent de charges sur les loyers, imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 € (21 400 € pour passoires — art. 156-I-3° CGI).
DémembrementSéparation du droit de propriété entre usufruit (droit d’usage et de perception des revenus) et nue-propriété (droit de disposer).
DPEDiagnostic de Performance Énergétique : classe le logement de A (performant) à G (passoire). Obligatoire pour vendre et louer.
Droit de partageTaxe de 2,5 % prélevée sur l’actif net partagé lors de tout partage successoral (art. 746 al. 2 CGI). Le taux de 1,1 % est réservé aux divorces/PACS (al. 3).
Droit viager au logementDroit du conjoint survivant d’occuper la RP du couple à vie (art. 764 CC), à exercer dans l’année du décès.
IFIImpôt sur la Fortune Immobilière : frappe le patrimoine immobilier net supérieur à 1 300 000 € (art. 964 CGI).
Indemnité d’occupationSomme due par l’indivisaire qui occupe privativement un bien indivis (art. 815-9 CC). Due sans mise en demeure.
IndivisionSituation juridique où plusieurs personnes sont propriétaires ensemble d’un même bien sans que leurs parts soient matériellement divisées.
LicitationVente aux enchères judiciaire d’un bien indivis. Décote moyenne : 20-30 %.
LMNPLoueur Meublé Non Professionnel : régime fiscal permettant d’amortir le bien et le mobilier (revenus BIC).
Loc’AvantagesDispositif de réduction d’impôt (art. 199 tricies CGI) pour location à loyer modéré, de 15 % à 65 %.
NP SCPINue-propriété de parts de SCPI : pas de revenus pendant la durée du démembrement, 0 % IFI, reconstitution gratuite à terme (art. 1133 CGI).
PNOAssurance Propriétaire Non-Occupant : couvre les risques d’un bien vide ou loué (dégât des eaux, incendie, RC).
Purge de la PV au décèsMécanisme par lequel la plus-value accumulée par le défunt est effacée : la base d’acquisition pour le calcul de la PV de l’héritier est la valeur déclarée dans la succession (art. 150 VB-II-3° CGI).
Remploi (déclaration de)Mention dans l’acte d’achat précisant que les fonds proviennent d’un bien propre, pour conserver le caractère propre du nouveau bien (art. 1434 CC).
SCI familialeSociété Civile Immobilière constituée entre membres d’une même famille pour détenir et gérer un patrimoine immobilier.
SoulteSomme versée par l’héritier qui rachète la part des autres lors du partage ou de l’attribution préférentielle.
SPFService de la Publicité Foncière : conserve le fichier immobilier (anciennes Conservations des hypothèques). Consultation recommandée pour vérifier hypothèques et servitudes.
Surtaxe PVTaxe additionnelle de 2 à 6 % sur les plus-values immobilières nettes supérieures à 50 000 € (art. 1609 nonies G CGI).
TLVTaxe sur les Logements Vacants : 17 % la 1re année, 34 % ensuite, en zone tendue (art. 232 CGI).
ViagerVente immobilière avec bouquet (capital immédiat) + rente viagère versée au vendeur jusqu’à son décès. Rente abattue selon l’âge (art. 158-6 CGI).

24. Sources et disclaimer

Sources législatives et réglementaires

  • Art. 150 VB-II-3° CGI — Prix d'acquisition = valeur déclarée dans la succession
  • Art. 150 U-II-1° CGI — Exonération résidence principale
  • Art. 150 VC CGI — Abattements pour durée de détention (PV immobilière)
  • Art. 1609 nonies G CGI — Surtaxe PV immobilière supérieure à 50 000 €
  • Art. 815, 815-5-1 CC — Indivision et vente aux 2/3
  • Art. 831 CC — Attribution préférentielle
  • Art. 746 CGI — Droit de partage 2,5 % (succession, al. 2) / 1,1 % (divorce/PACS, al. 3)
  • Art. 763 CC — Droit temporaire au logement du conjoint (1 an)
  • Art. 764 CC — Droit viager au logement du conjoint survivant
  • Art. 757 CC — Option du conjoint survivant (usufruit total ou 1/4 PP)
  • Art. 968 CGI — IFI et démembrement légal
  • Art. 964 CGI — Seuil IFI 1 300 000 €
  • Art. 976 CGI — Exonération IFI 75 % bois et forêts (Monichon)
  • Art. 972 bis CGI — IFI UC SCPI en assurance-vie
  • Art. 1405 CC — Bien propre par succession
  • Art. 1434 CC — Déclaration de remploi
  • Art. 199 tricies CGI — Loc'Avantages
  • Art. 669 CGI — Barème usufruit / nue-propriété
  • Art. 809-I CGI — Droits d'enregistrement apport SCI
  • Art. 810 bis CGI — Exonération apport à SCI nouvelle
  • Art. 1133 CGI — Reconstitution PP par réunion de l'usufruit
  • Art. 750 ter CGI — Droits de succession et rattachement territorial
  • Art. 244 bis A CGI — Retenue à la source PV non-résidents
  • Art. 197 A CGI — Taux minimum 20 % non-résidents
  • Art. 774 bis CGI — Quasi-usufruit et droits de succession (LF 2024)
  • Art. 200 quindecies CGI — Crédit d'impôt forêt 25 %
  • Loi Climat et Résilience 22/08/2021 — Calendrier interdiction DPE F et G
  • LF 2025 art. 88 — Prorogation Loc'Avantages et déficit foncier 21 400 €
  • Loi Le Meur (LF 2025) — Réintégration amortissements LMNP dans PV
  • Loi 06/03/2025 — Réforme de l'indivision et du partage
  • BOI-RFPI-PVI — Plus-value immobilière des particuliers
  • BOI-RFPI-BASE — Revenus fonciers : détermination du revenu net
  • BOI-BIC-CHAMP-40-20 — Location meublée (LMNP/LMP)
  • Art. 1743 CC — Continuation du bail malgré le décès du bailleur
  • Art. 14-1 loi 10/07/1965 — Solidarité copropriétaires (charges impayées)
  • Art. L.113-12 C. assur. — Cessation contrat d'assurance au décès
  • Art. 232 CGI — Taxe sur les logements vacants (TLV)
  • Art. 1094-1 al. 2 CC — Cantonnement de la libéralité
  • Art. 150 VB-II-1° CGI — Prix d'acquisition = valeur dans l'acte de donation
  • Art. 158-6 CGI — Rente viagère : abattement selon l'âge

Jurisprudence

  • Cass. 1re civ. 15/01/2025 n° 22-24.672 — Partage NP malgré usufruit conjoint
  • Cass. 1re civ. 19/11/2025 — Travaux indivis ≠ donation
  • Cass. 3e civ. 11/07/2024 — DPE opposable au vendeur
  • Cass. 1re civ. 10/03/2010 n° 09-11.728 — Confusion bien propre
  • Cass. 2/10/2024 n° 22-19.672 — Donation-partage sécurisée
  • CE 5/02/2024 — Donation-cession et abus de droit
  • CE 9/10/2024 — Art. 13-5 CGI démembrement
  • Cass. com. 20/12/2023 n° 22-17.612 — IFI et exonération bien professionnel
  • Cass. 3e civ. 19/09/2024 n° 22-18.687 et 22-18.733 — Quasi-usufruit AV déductible
  • BOFiP 26/09/2024 — Exception art. 774 bis pour assurance-vie
  • Cass. 1re civ. 29/11/2023 n° 22-12.382 — Indemnité occupation sans mise en demeure
  • CAA Paris 21/03/2024 n° 22PA04812 — Sous-évaluation successorale = PV gonflée
  • CE 10/04/2015 n° 367015 — Exonération RP = jour de la cession
  • CAA Bordeaux 6/02/2024 n° 22BX01629 — DPE erroné : bailleur tenu
  • Cass. 1re civ. 4/07/2024 — Droit viager imputation part successorale

Sources statistiques

  • INSEE — Enquête patrimoine et logement 2024
  • DGFiP — Statistiques des droits de mutation à titre gratuit 2024
  • ADEME — Parc DPE 2024 (4,8 millions de passoires thermiques)
  • Notaires de France — Barème des émoluments 2026
  • ASPIM — Taux de distribution SCPI T4 2025 (4,91 %)
Disclaimer : ce guide est publié à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée au sens de la réglementation MIF II. Les informations sont à jour au 16 avril 2026 et peuvent évoluer. Chaque situation patrimoniale est unique : consultez un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ou un notaire avant toute décision. Hagnéré Patrimoine est enregistré auprès de l'ORIAS en qualité de CIF, COA et COBSP.
Questions frequentes

FAQ — Héritage immobilier 2026 : les 24 questions essentielles

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