Rémunération du dirigeant 2026 : salaire ou dividendes, quelle stratégie optimale ?

Vous dirigez une SASU ou une SARL et vous vous demandez comment vous rémunérer intelligemment en 2026 ? Salaire, dividendes, holding, PER TNS — ce guide expert compare tous les scénarios avec des simulations chiffrées, par tranche marginale d'imposition. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet habilité CIF · COA · COBSP.

Flat tax dividendes
TMI max dirigeant
Plafond PER TNS
Exonération holding

1. SASU ou SARL : le statut qui change tout

Vous avez fondé votre entreprise, les bénéfices sont là — et maintenant, la question qui revient chaque fin d'année : comment vous rémunérer de la façon la plus intelligente possible ? Avant même de choisir entre salaire et dividendes, la réponse dépend d'un paramètre fondamental : votre forme juridique. En SASU, vous êtes président-assimilé salarié. En SARL avec plus de 50 % des parts, vous êtes gérant majoritaire, donc travailleur non-salarié (TNS). Ce statut conditionne l'intégralité de votre régime social, votre fiscalité sur les dividendes et toutes vos options d'optimisation.

Les quatre statuts à connaître

SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) : président = assimilé-salarié, régime général de la Sécurité sociale.

SARL, gérant majoritaire (plus de 50 % des parts) : TNS, cotisations Sécurité Sociale des Indépendants (SSI, ex-RSI). Dividendes soumis à cotisations SSI au-delà du seuil de 10 %.

SARL, gérant minoritaire ou égalitaire : assimilé-salarié, régime général. Dividendes exonérés de cotisations sociales (flat tax seule).

EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) : gérant associé unique = TNS, même régime que le gérant majoritaire de SARL.

Le taux d'imposition sur les sociétés (IS) s'applique à tous ces statuts : 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (taux PME), puis 25 % au-delà. Connaître ce taux est essentiel pour calculer combien il reste à distribuer après IS avant d'optimiser la rémunération personnelle.

Forme juridiqueStatut dirigeantRégime socialDividendes : cotisations ?
SASU (unipersonnelle)PrésidentAssimilé-salarié (régime général)Non — flat tax 31,4 % uniquement
SARL, gérant majoritaire (supérieur à 50 %)GérantTNS (SSI)Oui, au-delà du seuil de 10 %
SARL, gérant minoritaire ou égalitaireGérantAssimilé-salarié (régime général)Non — flat tax 31,4 % uniquement
EURL (unipersonnelle)Gérant associé uniqueTNS (SSI)Oui, au-delà du seuil de 10 %

Concrètement. Marc, 42 ans, consultant en stratégie, a fondé sa SASU il y a quatre ans. Son bénéfice annuel est de 80 000 €. En tant que président-assimilé salarié, il peut distribuer des dividendes sans cotisations sociales supplémentaires — un avantage considérable par rapport à la structure SARL dans laquelle son associé, gérant majoritaire, voit les dividendes excessifs requalifiés en revenus professionnels. Même bénéfice, statuts différents : deux fiscalités radicalement distinctes.

2. Cotisations sociales : TNS vs assimilé-salarié

Vous vous demandez combien coûte réellement un euro de salaire que vous vous versez ? La réponse dépend entièrement de votre statut. Pour un assimilé-salarié (SASU), il faut compter des cotisations patronales d'environ 42 à 45 % du brut, plus des cotisations salariales de 22 à 23 %. Un euro de salaire net vous coûte donc environ 1,80 à 1,85 € à la société. Pour un TNS (SARL/EURL), les cotisations SSI représentent environ 40 à 45 % du revenu professionnel net — sans distinction entre part patronale et salariale, puisqu'il n'existe pas de telle séparation pour les indépendants.

RégimeBase de calculTaux total approx. (2026)Protection sociale
TNS — SSI (SARL/EURL)Bénéfice professionnel net~40 à 45 %Bonne : maladie, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité
Assimilé-salarié (SASU)Salaire brut (part pat. + sal.)~60 à 65 % du brutOptimale : régime général, chômage possible sous conditions, retraite pleine
Coût d'un salaire brut en SASU (assimilé-salarié)
────────────────────────────────────────────────────
Coût total société  = Salaire brut × 1,45 (charges patronales ~45 %)
Net salarié         = Salaire brut × 0,77 (charges salariales ~23 %)

Exemple pour 100 000 € de budget :
→ Salaire brut : 100 000 / 1,45 = 68 966 €
→ Net salarié  : 68 966 × 0,77 = 53 100 € (avant IR)
→ Coût réel de 1 € net salarié : 1,00 € / (0,77 / 1,45) ≈ 1,88 €

Concrètement. Pour un budget de rémunération de 100 000 € en SASU, le président reçoit environ 53 100 € nets avant impôt sur le revenu. En SARL (gérant TNS), avec le même budget de 100 000 € versé en rémunération de gérance, les cotisations SSI s'élèvent à ~45 000 € et le gérant dispose de ~55 000 € nets — soit environ 2 000 € de plus qu'en SASU. L'écart paraît modeste, mais il se creuse significativement à mesure que les revenus augmentent. En revanche, la protection retraite du régime général reste supérieure à celle du SSI : c'est le prix de la différence.

Retraite : la vraie différence entre TNS et assimilé-salarié

Le TNS cotise moins, mais accumule également moins de droits à la retraite de base et complémentaire. Sur une carrière complète, l'écart de pension peut représenter 15 à 25 % de revenu en moins à la retraite. Le PER TNS (déduction Madelin, voir section 5) est précisément conçu pour compenser ce déficit — il doit être activé dès les premières années de bénéfice.

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3. Dividendes en 2026 : flat tax 31,4 % ou barème progressif ?

Vous avez décidé de vous verser des dividendes. La prochaine question est : quel régime fiscal choisir ? Depuis le 1er janvier 2026, le PFU (prélèvement forfaitaire unique, ou « flat tax ») sur les dividendes est passé à 31,4 % — contre 30 % les années précédentes. Cette hausse résulte de l'augmentation de 1,4 point des prélèvements sociaux (PS) votée dans la LFSS 2026. Toute simulation antérieure à 2026 citant 30 % est donc obsolète.

LFSS 2026 : PS 17,2 % → 18,6 % — PFU 30 % → 31,4 %

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 crée une contribution financière pour l'autonomie de 1,4 point sur les revenus du capital (dividendes, plus-values mobilières, intérêts). Les prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 %. Le PFU passe donc de 30 % à 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS). Exception notable : l'assurance-vie, les contrats de capitalisation, les revenus fonciers de location nue et les plus-values immobilières des particuliers restent à 17,2 % de PS. Les loyers en location meublée (LMNP) passent à 18,6 %.

L'option pour le barème progressif de l'IR reste possible sur option globale au moment de la déclaration. Elle ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes et à la déductibilité partielle de la CSG (6,8 % du taux de 18,6 %). Cette option est avantageuse uniquement si votre TMI est de 11 % ou inférieure. Au-delà, la flat tax 31,4 % est presque toujours plus favorable.

TMI du foyerFlat tax 31,4 %Barème progressif (après abat. 40 %)Option optimale
0 %31,4 %~11,2 % (PS nets)Barème progressif
11 %31,4 %~17,8 %Barème progressif
30 %31,4 %~29,2 %Flat tax (légèrement meilleure)
41 %31,4 %~36,9 %Flat tax (nettement meilleure)
45 %31,4 %~39,7 %Flat tax (très avantageuse)

Concrètement. Pour Marc (TMI 30 %), la différence entre flat tax et barème progressif est quasi nulle sur de petits montants. Dès 50 000 € de dividendes, la flat tax lui économise environ 900 € par an. Pour un dirigeant à TMI 41 %, l'écart atteint 2 750 € pour le même montant : la flat tax s'impose clairement.

Le seuil de 10 % en SARL : la règle à ne jamais oublier

Pour le gérant majoritaire de SARL (TNS), une partie des dividendes est traitée comme du revenu professionnel et soumise aux cotisations SSI. La fraction concernée est celle qui dépasse le seuil défini à l'article L. 131-6 du Code de la Sécurité sociale.

Seuil dividendes SARL non soumis aux cotisations SSI
────────────────────────────────────────────────────
Seuil = 10 % × (capital social + primes d'émission + CCA annuel moyen)

Exemple (capital 10 000 €, CCA moyen 0 €) :
Seuil = 10 % × 10 000 = 1 000 €

Si dividendes versés = 50 000 €
→ Fraction soumise SSI = 50 000 - 1 000 = 49 000 €
→ Cotisations SSI (~45 %) = ~22 050 € de cotisations supplémentaires !

Levier : augmenter le CCA (ex. : CCA moyen 200 000 €)
→ Nouveau seuil = 10 % × (10 000 + 200 000) = 21 000 €
→ Fraction soumise SSI = 50 000 - 21 000 = 29 000 € → économie ~9 000 €

Optimisation du seuil SARL via le CCA

Le compte courant d'associé (CCA) est un outil puissant pour élargir le seuil de 10 %. En injectant des liquidités dans la société via un CCA rémunéré (taux plafond 2026 : 4,31 % à 4,55 % selon la date de clôture), vous augmentez le seuil et réduisez la fraction de dividendes soumise aux cotisations SSI. Cette stratégie est particulièrement efficace pour les gérants qui ont des liquidités personnelles à réinvestir dans leur société.

4. Simulation chiffrée : salaire vs dividendes (SASU, 2026)

Pour comparer objectivement les trois stratégies — tout en salaire, mix, tout en dividendes — voici des simulations pour quatre niveaux de bénéfice disponible avant IS en SASU. Les chiffres supposent un célibataire sans enfant, TMI 30 % pour les tranches basses et 41-45 % au-delà de 150 000 €. Les montants sont indicatifs et simplifiés (IS calculé au taux PME, cotisations et IR approximés).

Bénéfice SASU avant IS100 % dividendes — netMix 60 % sal. + 40 % div. — net100 % salaire — net (avant IR)
60 000 €~33 800 €~33 000 €~30 000 €
100 000 €~54 400 €~53 300 €~45 500 €
150 000 €~80 100 €~75 400 €~64 900 €
250 000 €~131 500 €~119 200 €~99 800 €

Concrètement. Sophia, 38 ans, directrice commerciale indépendante en SASU, dégage 150 000 € de bénéfice annuel. En se versant 100 % en dividendes, elle conserve environ 80 100 € nets — contre 64 900 € en salaire pur. La différence de 15 200 € par an représente l'économie permise par la flat tax vs les charges sociales. Sur 10 ans, capitalisés à 4 %, ce différentiel dépasse 185 000 €. Mais Sophia choisit le mix 60/40 : elle s'assure une retraite décente via les cotisations au régime général tout en bénéficiant de la flat tax sur la partie dividendes.

Pourquoi le mix est souvent la meilleure stratégie

Les simulations montrent que les dividendes purs maximisent le net à court terme en SASU. Mais ce calcul ignore deux éléments cruciaux :

  • La retraite : sans salaire, pas de droits au régime général. Le PER ne compense qu'une partie du déficit.
  • La PUMa : sans salaire minimum, une cotisation de 6,5 % s'applique sur vos dividendes (voir section 6).

Le mix optimal se situe souvent entre 20 et 40 % de salaire, le reste en dividendes, ajusté selon votre TMI et votre horizon retraite.

5. PER et TNS : la déduction retraite jusqu'à 88 911 €

Si vous êtes TNS (gérant majoritaire de SARL ou gérant d'EURL), le PER individuel avec déduction Madelin est l'outil de défiscalisation le plus puissant à votre disposition. Via l'article 154 bis du Code général des impôts, vous pouvez déduire de votre revenu imposable jusqu'à 88 911 € par an — soit plus du double du plafond applicable aux salariés (37 680 € en 2026). Avec une TMI à 45 %, chaque euro versé dans votre PER vous économise 0,45 € d'impôt immédiatement. L'État finance donc 45 % de votre épargne retraite.

Plafond PER TNS 2026 (art. 154 bis CGI)
────────────────────────────────────────
Si Bénéfice net < PASS (48 060 €) :
Plafond = 10 % × Bénéfice net
Exemple : bénéfice 30 000 € → plafond = 3 000 €

Si Bénéfice net ≥ PASS (48 060 €) :
Plafond = 10 % × Bénéfice net + 15 % × (Bénéfice net − PASS)

Plafond maximum = 10 % × 8 PASS + 15 % × 7 PASS
= 38 448 € + 50 463 € = 88 911 €
(atteint pour un bénéfice supérieur ou égal à 384 480 €)

Plafond salarié (comparatif) : 10 % × 8 PASS = 37 680 € max
Bénéfice net TNSPlafond PER 2026Économie IR (TMI 30 %)Économie IR (TMI 41 %)Économie IR (TMI 45 %)
100 000 €17 791 €5 337 €7 294 €8 006 €
150 000 €30 291 €9 087 €12 419 €13 631 €
200 000 €42 791 €12 837 €17 544 €19 256 €
384 480 € ou plus88 911 € (max)26 673 €36 453 €40 010 €

Concrètement. Antoine, 52 ans, gérant majoritaire d'une SARL de conseil, dégage 200 000 € de bénéfice net. Il verse 42 791 € sur son PER TNS en décembre. Résultat : son revenu imposable passe de 200 000 € à 157 209 €, et il économise 19 256 € d'impôt à sa TMI de 45 %. Son PER lui a coûté réellement 23 535 € nets (après économie fiscale), pour une épargne constituée de 42 791 €. À la retraite, les sommes seront imposées à la sortie — mais à un taux probablement inférieur, Antoine n'ayant plus de revenus professionnels. Un levier à activer sans hésiter chaque année.

PER après 70 ans : attention à la LF 2026

La LF 2026 supprime la déductibilité des versements PER pour les personnes ayant dépassé 70 ans au 1er janvier de l'année d'imposition. Les cotisations versées après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. La sortie en capital restant partielle reste possible, mais l'avantage à l'entrée disparaît. À anticiper impérativement avant cet âge.

6. Taxe PUMa (CSM) : le piège silencieux

Voici l'erreur qui coûte plusieurs milliers d'euros par an à des centaines de présidents de SASU sans qu'ils s'en aperçoivent. La Cotisation Subsidiaire Maladie (CSM), communément appelée taxe PUMa, s'applique à toute personne dont les revenus d'activité professionnelle sont inférieurs à 20 % du PASS (Protection universelle maladie, article L. 380-2 du Code de la Sécurité sociale). Son taux est de 6,5 %. Elle est calculée sur les revenus du patrimoine — dont vos dividendes.

Qui est concerné par la PUMa en 2026 ?

La PUMa vise les présidents de SASU (assimilés-salariés) qui se rémunèrent exclusivement ou principalement en dividendes, sans salaire.

  • Seuil déclencheur : revenus d'activité inférieurs à 20 % du PASS = 9 612 €/an (PASS 2026 = 48 060 €)
  • Taux : 6,5 % sur les revenus du patrimoine
  • Assiette : revenus patrimoniaux dépassant 24 030 € (50 % du PASS — plancher d'exonération)
  • Plafond : revenus patrimoniaux jusqu'à 8 PASS (384 480 €)

Les TNS (SARL/EURL) ne sont pas concernés : leur régime SSI couvre déjà la maladie, quel que soit le niveau de leurs revenus patrimoniaux.

Prenons un exemple concret. Paul, 44 ans, président de SASU, se verse zéro salaire et 100 000 € de dividendes dans l'année. Ses revenus d'activité sont inférieurs à 9 612 € — le seuil est dépassé. La PUMa s'applique :

Calcul PUMa pour 100 000 € de dividendes, sans salaire
────────────────────────────────────────────────────────
Assiette PUMa = Dividendes - Plancher
= 100 000 - 24 030 = 75 970 €

CSM due = 75 970 × 6,5 % = 4 938 €

Taux effectif réel sur dividendes = (PFU + PUMa) / dividendes
= (31 400 + 4 938) / 100 000 = 36,3 % au lieu de 31,4 %

Trois stratégies pour éviter la PUMa :

Stratégie 1 — Salaire minimum (recommandée)

Versez-vous un salaire brut d'environ 12 500 € par an (soit ~9 612 € net après charges salariales). Vos revenus d'activité dépassent alors 20 % du PASS : la PUMa ne se déclenche pas. Coût annuel net pour la société : ~18 000 € (charges patronales incluses), déductible de l'IS.

Stratégie 2 — Passer en EURL (TNS)

La PUMa ne s'applique pas aux TNS (SARL/EURL). Si votre activité le permet, transformer votre SASU en EURL supprime définitivement ce risque. Contrepartie : vous devenez TNS avec les cotisations SSI et le seuil de 10 % sur les dividendes. À arbitrer selon votre niveau de bénéfice.

Stratégie 3 — Revenus d'activité connexes

Si vous percevez des revenus salariaux chez un autre employeur (cumul mandat-salariat) supérieurs à 9 612 €/an, la PUMa ne se déclenche pas non plus. Applicable aux dirigeants qui cumulent leur mandat social avec une activité salariée partielle.

La stratégie 1 (salaire minimum) est la plus simple et la plus répandue. Pour 100 000 € de dividendes, payer 18 000 € de charges pour éviter 4 938 € de PUMa peut sembler disproportionné. Mais ce calcul ignore que ce salaire minimum génère également des droits retraite et que les charges sont déductibles de l'IS. Au-delà de 150 000 € de dividendes annuels, l'évitement de la PUMa devient systématiquement rentable.

7. Holding patrimoniale : régime mère-fille et CDHR 2026

Vous atteignez un niveau de bénéfice annuel supérieur à 150 000 ou 200 000 € et votre TMI plafonne à 41 ou 45 % ? La création d'une holding patrimoniale devient la stratégie d'optimisation la plus puissante à votre disposition. L'idée est simple : au lieu de remonter les bénéfices de votre société opérationnelle vers votre patrimoine personnel (et de les soumettre au PFU 31,4 %), vous les faites transiter par votre holding, qui les reçoit pratiquement en franchise d'IS via le régime mère-fille.

Le régime mère-fille : exonération à 95 %

Le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) exonère d'IS les dividendes reçus par une société mère de sa filiale, à hauteur de 95 %. Seule une « quote-part pour frais et charges » de 5 % est réintégrée dans le résultat de la holding et soumise à l'IS au taux normal (25 %). L'IS effectif sur les dividendes reçus est donc de 5 % × 25 % = 1,25 % — contre 31,4 % en flat tax personnelle.

Conditions d'accès au régime mère-fille

  • Participation de la holding dans la filiale : au moins 5 % du capital
  • Durée de détention : au moins 2 ans (ou engagement de conservation)
  • Les deux sociétés sont soumises à l'IS

Pour une SASU unipersonnelle, ces conditions sont toujours réunies dès lors que la holding détient 100 % de la filiale opérationnelle.

ScénarioIS payéImpôt persoTotal prélevéDisponible pour réinvestir
300 000 € bénéfice → distribution perso directe75 000 € (25 %)70 650 € (flat tax 31,4 %)145 650 €154 350 €
300 000 € bénéfice → remontée en holding (mère-fille)75 000 € (25 %)2 812 € (IS 1,25 % sur 225 000 €)77 812 €222 188 €
Économie annuelle via holding–67 838 €+67 838 €

Concrètement. Isabelle, 48 ans, dirige une SARL spécialisée en formation professionnelle générant 300 000 € de bénéfice. Sans holding, elle distribue 225 000 € après IS et paie 70 650 € de flat tax. Il lui reste 154 350 € à réinvestir. Avec sa holding patrimoniale, les mêmes 225 000 € arrivent à 222 188 €. La différence — 67 838 € supplémentaires à faire travailler chaque année — est réinvestie en SCPI européennes, en private equity ou via un contrat de capitalisation souscrit par la holding. Sur dix ans, l'écart de capital accumulé dépasse 800 000 € à rendement identique.

CDHR 2026 et l'argument décisif pour la holding

La Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus (CDHR), prorogée par la LF 2026 jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB, instaure une imposition minimale de 20 % pour les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Or, les bénéfices laissés dans une holding — et non distribués au dirigeant — ne figurent pas dans son revenu fiscal de référence. La holding offre donc une double protection : exonération quasi totale via le régime mère-fille ET soustraction des revenus à la CDHR. Pour les dirigeants dont les revenus dépassent ces seuils, la holding n'est plus une option, c'est une nécessité.

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8. Rémunération en nature, CCA et épargne salariale

Votre rémunération de dirigeant ne se limite pas au salaire et aux dividendes. Plusieurs mécanismes complémentaires permettent de vous rémunérer indirectement, souvent à moindre coût fiscal et social. Voici les principaux leviers à activer.

La voiture de société

Mettre une voiture à disposition du dirigeant via la société permet à l'entreprise de déduire les charges de l'IS. La contrepartie : un avantage en nature (AEN) est calculé selon la méthode forfaitaire (9 à 12 % du coût d'acquisition selon que les frais réels sont pris en charge ou non) et soumis à l'IR et aux cotisations sociales. Pour les véhicules électriques mis à disposition depuis le 1er février 2025, une réduction de 70 % sur l'AEN s'applique (plafonnée à 4 582 €/an), jusqu'au 31 décembre 2027 (arrêté du 25 février 2025).

Le compte courant d'associé (CCA) rémunéré

Vous avez des liquidités personnelles à faire fructifier ? Le CCA vous permet de prêter de l'argent à votre société, qui vous verse des intérêts déductibles de son IS. Le taux plafond 2026 (TEMP — taux effectifs moyens pratiqués, publié trimestriellement au Journal officiel, art. 39-1-3° du CGI) est de 4,31 % à 4,55 % selon la date de clôture de l'exercice. Les intérêts sont imposés à votre niveau en flat tax (31,4 %) ou au barème. Avantage supplémentaire pour les gérants SARL : le CCA augmente le seuil des 10 % pour les dividendes non soumis aux cotisations SSI (voir section 3).

Prévoyance et mutuelle Madelin (TNS)

Pour les TNS uniquement, les cotisations à un contrat de prévoyance Madelin (incapacité, invalidité, décès) et à une mutuelle santé Madelin sont déductibles du revenu imposable, en dehors du plafonnement global des niches fiscales. C'est une rémunération différée (protection contre les aléas) financée par l'État à hauteur de votre TMI. À ne jamais négliger, surtout pour les TNS qui ont une protection invalidité plus faible que les salariés.

Intéressement en SASU/SARL : au moins 1 salarié requis

Pour mettre en place un accord d'intéressement, votre SASU ou SARL doit employer au moins 1 salarié (hors dirigeant). La loi du 29 novembre 2023 a facilité l'accès à ce dispositif pour les TPE. Plafond 2026 : 75 % du PASS = 36 045 € par an, exonérés d'IR si placés sur un PEE (Plan d'Épargne Entreprise), avec exonération de cotisations patronales. Un levier d'épargne salariale à activer dès l'embauche du premier employé.

9. Apport-cession et report d'imposition (art. 150-0 B ter CGI)

Vous envisagez de céder votre société dans les prochaines années ? L'apport-cession est le mécanisme le plus puissant de report de plus-value pour les entrepreneurs. Le principe : avant la cession, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value constatée lors de l'apport est placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) — elle n'est pas imposée immédiatement. La holding cède ensuite les titres et réinvestit le produit. Tant que les conditions de réinvestissement sont respectées, la plus-value reste en report — voire est définitivement purgée en cas de transmission par décès ou donation.

LF 2026 : durcissement des conditions de réinvestissement

La loi de finances pour 2026 a significativement durci les règles de l'apport-cession. Les nouvelles conditions applicables aux apports réalisés à compter du 1er janvier 2026 sont les suivantes :

  • Taux de réinvestissement : minimum 70 % du produit de cession (contre 50 % auparavant)
  • Délai pour nouvelles souscriptions : 3 ans à compter de la cession par la holding
  • Délai pour sociétés déjà détenues : 5 ans si le réinvestissement cible des sociétés détenues par la holding à la date de la cession

Les investissements éligibles restent : souscription au capital de sociétés opérationnelles soumises à l'IS, fonds professionnels de capital investissement (FPCI), fonds communs de placement à risques (FCPR).

Voici le schéma en trois étapes d'une opération d'apport-cession après LF 2026 :

Note sur l'étape 2 : lorsque la holding cède des titres de participation détenus depuis plus de 2 ans, elle bénéficie du régime spécial dit des titres de participation à long terme (art. 219 I-a quinquies du CGI). La plus-value nette de cession est exonérée d'IS à hauteur de 88 % — seule une quote-part de frais et charges de 12 % est réintégrée et imposée à 25 %. L'IS effectif sur la plus-value est donc de seulement 3 % (25 % × 12 %), contre 25 % en régime de droit commun.

ÉtapeActionFiscalitéDélai
1 — ApportDirigeant apporte ses titres à la holding (HoldCo) qu'il contrôlePlus-value en report — 0 € d'impôt immédiatAvant la cession
2 — CessionHoldCo cède les titres au repreneur. Le produit reste dans la holding.IS sur titres de participation : exonération à 88 % (quote-part 12 %) si détenus + 2 ansAu moment du rachat
3 — RéinvestissementHoldCo réinvestit ≥ 70 % du produit de cession dans des PME opérationnellesLe report perdure. La plus-value est définitivement purgée au décès.Dans les 3 ou 5 ans

Concrètement. Thomas, 55 ans, fondateur d'un cabinet de conseil, cède ses titres pour 1 500 000 €. Sa plus-value est de 1 200 000 €. Sans apport-cession, il paie 376 800 € de PFU (1 200 000 × 31,4 %) et n'a que 1 123 200 € à réinvestir. Avec apport-cession, la HoldCo dispose de l'intégralité des 1 500 000 €, dont elle doit réinvestir au moins 1 050 000 € (70 %) dans des PME dans les 3 ans. Thomas investit dans deux fonds de private equity via sa holding. Sur 10 ans à 7 % net, la différence de départ (376 800 € supplémentaires à faire travailler) génère 367 000 € de plus-value additionnelle. Et si Thomas transmet sa holding à ses enfants par donation, la plus-value en report s'éteint définitivement.

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10. Stratégies par profil de dirigeant

Il n'existe pas de stratégie universelle. Voici les recommandations adaptées aux trois profils les plus fréquents, construites à partir des sections précédentes.

ProfilSituation typePrioritésLeviers à activer en 2026
Dirigeant débutant (bénéfice inférieur à 100 000 €)SASU ou SARL créée récemment, bénéfice en croissance, TMI 30 %Minimiser les prélèvements, construire la protection sociale, préparer la retraiteSalaire minimum PUMa (12 500 € brut), PER TNS dès 5 000 €/an, mutuelle Madelin (TNS), mix 40/60 salaire/dividendes
Dirigeant en croissance (bénéfice 100 000 – 500 000 €)SASU ou SARL en forte croissance, TMI 41-45 %Optimiser l'IS et différer l'imposition personnelle, capitaliser hors sphère personnelleDividendes SASU avec salaire minimum, PER TNS au plafond, holding patrimoniale dès 200 000 € de bénéfice, CDHR protection
Dirigeant cédant (cession dans moins de 5 ans)Bénéfice élevé, exit envisagé, valeur société supérieure à 500 000 €Reporter la plus-value, préparer la transmission, optimiser post-cessionApport-cession LF 2026 (70 %/3 ans/5 ans), PER avant 70 ans, holding + régime mère-fille, donation avant cession

Concrètement. Ces trois profils ne sont pas figés : un dirigeant passe souvent de l'un à l'autre au fil des années. L'erreur classique est de ne jamais réviser sa stratégie de rémunération. Marc (profil débutant) a activé son PER dès la troisième année — et capitalisé 45 000 € d'économies fiscales cumulées sur cinq ans. Isabelle (profil croissance) a créé sa holding à temps pour bénéficier du régime mère-fille sur trois exercices consécutifs, soit plus de 200 000 € préservés de la flat tax. Thomas (profil cédant) a anticipé son apport-cession 18 mois avant la signature — sans cela, les conditions LF 2026 n'auraient pas été respectables dans les délais.

11. Les 7 erreurs à ne jamais faire

Voici les erreurs que nos conseillers rencontrent le plus fréquemment lors des bilans patrimoniaux de dirigeants. Chacune peut coûter plusieurs milliers d'euros par an.

Erreur 1 — Se verser exclusivement des dividendes en SASU sans salaire minimum. Résultat : la taxe PUMa (6,5 %) s'applique sur vos dividendes. Pour 100 000 € de dividendes, c'est près de 5 000 € de cotisation surprise. Correction : versez au moins 12 500 € brut de salaire annuel.

Erreur 2 — Ignorer le seuil des 10 % en SARL. Le gérant majoritaire qui distribue 80 000 € de dividendes avec un capital de 10 000 € et aucun CCA voit 79 000 € soumis aux cotisations SSI (~45 %). Facture imprévue : plus de 35 000 €. Correction : augmentez le CCA ou le capital social avant tout versement de dividendes.

Erreur 3 — Ne pas utiliser le PER TNS chaque année. C'est l'outil de défiscalisation le plus puissant pour les indépendants, avec un plafond pouvant atteindre 88 911 € en 2026. Chaque année sans PER est définitivement perdue (les plafonds non utilisés sont reportables 3 ans mais la déduction retraite accumulée, elle, ne se récupère pas). Correction : automatisez un virement annuel vers votre PER chaque décembre.

Erreur 4 — Créer une holding sans stratégie d'investissement claire. Une holding sans actifs génère des frais de gestion comptable et juridique (1 500 à 3 000 €/an) pour aucun avantage réel. La holding prend tout son sens à partir de 150 000 à 200 000 € de bénéfice annuel à capitaliser, avec un projet d'investissement précis (SCPI, private equity, immobilier via holding). Correction : définissez votre allocation cible avant la création.

Erreur 5 — Citer le PFU à 30 % dans vos simulations 2026. Depuis le 1er janvier 2026, le PFU est de 31,4 % (LFSS 2026). Toute simulation basée sur 30 % surestime votre net de 1,4 point — soit 1 400 € d'erreur pour 100 000 € de dividendes. Correction : mettez à jour vos fichiers Excel et votre calcul mental.

Erreur 6 — Réaliser un apport-cession sans respecter les nouvelles conditions LF 2026. Si vous apportez vos titres après le 1er janvier 2026, le taux de réinvestissement est de 70 % (et non plus 50 %) dans un délai de 3 ans. Ne pas respecter ces seuils entraîne la déchéance du report et l'imposition immédiate de la plus-value avec intérêts de retard. Correction : faites valider votre plan de réinvestissement avec un CGP et un avocat fiscaliste avant tout apport.

Erreur 7 — Oublier la prévoyance Madelin (TNS). Un gérant TNS sans contrat de prévoyance est en danger : en cas d'arrêt de travail, son revenu s'arrête. Or, les cotisations Madelin sont déductibles du revenu imposable, hors plafonnement des niches. Un contrat de 3 000 €/an à TMI 41 % coûte réellement 1 770 € à l'assuré. La prévoyance Madelin est une rémunération différée financée à 41 % par l'État. Correction : souscrivez dès la première année de bénéfice positif.

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Sources et références légales

Avertissement

Ce guide est fourni à titre informatif et éducatif. Les simulations présentées sont indicatives et simplifiées. Elles ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les taux et plafonds sont ceux applicables en 2026 selon les textes disponibles à la date de rédaction (avril 2026). Pour votre situation spécifique, consultez un conseiller en gestion de patrimoine (CIF) ou un expert-comptable.

Questions frequentes

Questions fréquentes sur la rémunération du dirigeant en 2026

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Girardin 2026

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Rentab.+29,9%