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Vous pouvez payer comptant : la question n'est plus celle de tout le monde
Guide rédigé le 14 août 2026 — par Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, COBSP — adhérent CNCEF Patrimoine). Droit en vigueur au 14 août 2026 (Code général des impôts, Code civil, Code des assurances, Code monétaire et financier, décisions du Haut Conseil de stabilité financière, BOFiP). Analyse générique : aucun établissement, aucun assureur, aucun courtier, aucun contrat, aucun produit n'y est nommé, et aucune situation réelle n'y est décrite.
La réponse en bref
Après une cession, on peut payer sa résidence principale comptant : la question s'inverse, faut-il emprunter alors qu'on n'en a pas besoin ? Trois voies — comptant, crédit, financement adossé à un nantissement. Emprunter n'est gagnant que si le capital conservé rapporte, net d'impôt et de frais, plus que le coût du crédit : un coût certain contre un rendement espéré. Et sans revenus récurrents, la capacité d'emprunt s'effondre malgré le patrimoine.
Une configuration type, construite pour les besoins de cette page. Trois semaines après le closing, un dirigeant de 57 ans ouvre son application bancaire et voit s'afficher, sur un compte personnel, un solde qu'il n'a jamais vu de sa vie. Pendant vingt ans il a surveillé la trésorerie d'une société, découvert autorisé compris ; ce chiffre-là ne ressemble à rien de ce qu'il connaît. Il n'a pas encore payé l'impôt sur la plus-value. Son téléphone sonne beaucoup, et trois rendez-vous sont déjà calés avec des gens qui veulent l'aider à placer cet argent. Or le premier poste auquel il pense n'est ni un contrat, ni un fonds, ni une holding : c'est la maison— celle qu'il repousse depuis dix ans parce que la trésorerie partait dans l'entreprise. Il peut la payer comptant, tout de suite, sans emprunter un euro. Et c'est là que la décision commence, bien avant la signature du compromis.
C'est aussi la décision qui passe après toutes les autres. Les rendez-vous qui suivent une cession parlent de réemploi et d'impôt sur la plus-value ; la maison, elle, se décide seul, un dimanche soir. L'achat de la résidence principale, qui engage pourtant la fraction la plus irréversible du capital reçu, passe pour une évidence. Il n'en est pas une.Payer comptant, emprunter, ou nantir des actifs pour financer sans les vendre sont trois décisions distinctes, dont les conséquences n'apparaissent parfois qu'au bout de deux ans.
Ce que cette page ne fait pas, pour vous éviter de la lire pour rien. Elle ne répond pas à la question « faut-il acheter ou louer » — c'est le sujet de notre guide acheter sa résidence principale ou louer en 2026, écrit pour quelqu'un qui devra emprunter. Elle ne refait pas non plus le guide du crédit immobilier, ni celui du crédit relais, ni celui de l'IFI et de la résidence principale, ni le comparatif rachat ou crédit lombard. Elle ne traite pas davantage le cas de celui qui détient déjà un patrimoine immobilier et cherche à en tirer de la liquidité : c'est l'objet de notre guide emprunter ou vendre quand le patrimoine est déjà immobilier. Son sujet propre tient en une phrase : la question n'est plus « vais-je obtenir un crédit ? », mais « dois-je en prendre un alors que je n'en ai pas besoin ? ». Pour la stratégie d'ensemble du capital que vous venez de recevoir, voyez le guide après une cession.
Sommaire
- Vous pouvez payer comptant : la question n'est plus celle de tout le monde
- Avant d'arbitrer : combien, sur le prix de la cession, est réellement sur votre compte
- Les trois voies, et ce que chacune vous coûte vraiment
- Le coût d'opportunité : un coût certain contre un rendement espéré
- Riche et illiquide : ce que payer comptant vous retire
- Emprunter après une cession : votre dossier a changé de nature
- L'IFI : l'achat crée l'assiette, le crédit l'atténue — et l'effet est plafonné
- Trois scénarios chiffrés, dont un dégradé — hypothèses entièrement fictives
- Quand la bonne réponse est de ne rien acheter pour l'instant
Avant d'arbitrer : combien, sur le prix de la cession, est réellement sur votre compte
Avant de comparer quoi que ce soit, vérifiez ce qui est réellement sur le compte. Souvent, la réponse règle le débat toute seule : beaucoup d'acheteurs « comptant » découvrent, une fois l'offre acceptée, qu'ils ne disposent pas du montant qu'ils croyaient avoir.
Le prix affiché n'est pas le cash disponible
Quatre dispositifs usuels d'une cession retiennent une partie du prix, et aucun ne relève de cette page. Leur mécanique contractuelle appartient à notre guide crédit-vendeur et earn-out, et leur traitement au moment du closing à notre guide sécuriser le cash entre le closing et les premiers mois. Il suffit ici de les nommer et de retenir leur effet sur le budget d'acquisition.
Suivez l'argent dans l'ordre où il arrive, et le budget se dégonfle à chaque étape. Une fraction du prix est d'abord retenue au closing par le séquestre de garantie d'actif et de passif: sa libération suit un événement, non une date certaine — elle ne peut donc figurer dans aucun plan de financement. Vient ensuite l'earn-out, ou complément de prix, qui n'est pas un actif mais une créance conditionnelle : elle sera peut-être perçue, pour un montant qui n'est pas connu aujourd'hui. Le crédit-vendeur, lui, arrive effectivement, mais échelonné selon un calendrier contractuel : c'est du prix, ce n'est pas de la trésorerie disponible. Et le tout se lit à l'échelle de la durée des garanties, calquée sur les délais de prescription : l'horizon d'indisponibilité se compte en années, quand la recherche immobilière, elle, se compte en semaines.
D'où une chose à ne pas perdre de vue tant que la recherche dure : un acheteur « comptant » peut très bien être un acheteur qui n'a pas encore le cash.
La part qui ne vous appartient pas : la réserve fiscale
Une part connue du montant reçu est due au fisc à une échéance connue. Elle ne vous appartient pas, et elle ne fait pas partie du budget d'acquisition. Nous ne chiffrons ici aucun taux : la catégorie du revenu, la structure de détention et la situation du foyer commandent le résultat, et le calcul relève du conseil fiscal qui vous accompagne sur l'opération.
L'erreur est fréquente pour une raison bête : le décalage. Le cash arrive en année N ; l'impôt se liquide sur la déclaration de l'année suivante. Entre les deux, le contribuable détient physiquement l'argent de l'impôt. Le voir sur son relevé ne le rend pas disponible. Engager cette part dans un apport immobilier est la faute classique de l'après-cession — et une faute irréversible, puisqu'un bien ne se revend pas en quelques semaines pour honorer une échéance fiscale.
Le premier chiffre à poser n'est pas le prix de la maison
Trois lignes à soustraire du prix affiché de la cession avant même d'ouvrir une annonce : ce qui est séquestré ou conditionnel, ce qui est dû au fisc, et ce que vous voulez garder disponible. Ce qui reste est votre budget. Il est presque toujours plus petit que le chiffre auquel vous pensez.
D'où une conséquence pratique, rarement formulée aussi sèchement : Quand une part significative du prix est séquestrée ou conditionnelle, un financement — même partiel — cesse d'être un arbitrage de rendement pour devenir une réponse à une contrainte de calendrier. C'est le seul cas où l'emprunt se justifie sans qu'aucune hypothèse de rendement n'ait à être formulée : on emprunte parce que l'argent n'est pas là, pas parce qu'on parie qu'il rapportera plus ailleurs. Pour situer cette contrainte dans l'ensemble du capital reçu, notre cas post-cession déroulé de bout en bout montre l'enchaînement complet des postes.
Les trois voies, et ce que chacune vous coûte vraiment
Payer comptant : la voie la plus simple, et la plus irréversible
Aucune qualification juridique particulière : le prix est payé, le bien est acquis libre de dette. Le seul coût évité est le coût du crédit, c'est-à-dire les intérêts, l'assurance emprunteur, les frais de garantie et les frais de dossier. Tout le reste — frais d'acquisition compris — reste dû à l'identique.
Emprunter classiquement : un crédit immobilier, avec les règles d'octroi qui vont avec
Il s'agit d'un crédit immobilier au sens du 1° de l'article L. 313-1 du code de la consommation, dans sa version en vigueur au 1er juillet 2016, modifiée le 29 décembre 2017. Cette qualification a une conséquence immédiate pour vous : le prêt entre dans le champ des conditions d'octroi fixées par le Haut Conseil de stabilité financière, dont la section 6 montre qu'elles lui sont particulièrement défavorables.
Le nantissement, qu'on prend souvent pour un financement
Le nantissement est « l'affectation, en garantie d'une obligation, d'un bien meuble incorporel ou d'un ensemble de biens meubles incorporels, présents ou futurs » (article 2355 du code civil, rédaction issue de l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur au 1er janvier 2022 ; régime aux articles 2355 à 2366). Le nantissement ne finance rien. Il garantit un prêt, qui reste un prêt : vous devez toujours l'argent, vous avez seulement mis vos actifs en gage.
Une clause que presque personne ne lit décide de tout en cas de coup dur. Elle figure au dernier alinéa de l'article L. 132-10 du code des assurances : « Sauf clause contraire, le créancier nanti peut provoquer le rachat nonobstant l'acceptation du bénéficiaire. » C'est l'asymétrie réelle du montage : vous croyez « ne pas vendre vos actifs », alors qu'en cas de défaillance c'est le créancier qui décide de la vente, au moment qui l'arrange lui. Côté compte-titres, autre surprise : l'article L. 211-20 du code monétaire et financier, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2024-936 du 15 octobre 2024, retient une assiette mouvante et extensive, absorbant les titres substitués et, sauf convention contraire, les fruits et produits.
S'y ajoute une remarque propre à ce moment de vie : le contrat qu'on nantirait vient à peine d'être alimenté par le produit de la cession. La garantie porterait donc sur un capital dont l'allocation n'est même pas stabilisée. La mécanique complète appartient à deux pages dédiées : la mécanique du nantissement d'un contrat et racheter son contrat ou nantir : le comparatif. Aucun taux de crédit adossé, aucun seuil réel d'appel de marge, aucune quotité de marché et aucune décote d'actif ne sont publiés dans cette page : les seules quotités citées, en section 8, sont inventées, et elles montrent un mécanisme, pas un usage de marché.
| Voie | Coût certain | Ce qu'elle immobilise | Risque propre |
|---|---|---|---|
| Comptant | Frais d'acquisition (dus dans les trois cas) | La totalité du prix, sortie du patrimoine financier | Illiquidité, et capacité d'emprunt future dégradée |
| Crédit immobilier | Frais d'acquisition + intérêts + assurance + garantie + dossier | Une capacité d'endettement, et un flux mensuel sur toute la durée du prêt, plafonnée à 25 ans par la norme HCSF | Coût certain mis en face d'un rendement incertain |
| Financement adossé à un nantissement | Frais d'acquisition + coût du prêt adossé | Les actifs gagés, dont l'assiette est extensive | Appel de marge ; faculté du créancier de provoquer le rachat |
Payer comptant n'évite pas les frais d'acquisition
Le droit départemental de mutation à titre onéreux est fixé à 3,80 % et modulable par le conseil départemental de 1,20 % à 4,50 % (CGI, art. 1594 D, en vigueur au 1er mars 2016). Selon les dispositions dérogatoires de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025, art. 116), un relèvement au-delà de 4,50 % sans excéder 5 %est autorisé pour les actes passés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028 ; il ne s'applique pas aux premières propriétés au sens du I de l'article L. 31-10-3 du code de la construction et de l'habitation, c'est-à-dire à qui n'a pas été propriétaire de sa résidence principale au cours des deux années précédentes.
Selon la délibération départementale applicable, le taux global des droits de mutation ressort ainsi à 5,09 %, 5,81 % ou 6,32 %. Ces taux globaux ne se déduisent pas du seul droit départemental : ils lui ajoutent la taxe communale additionnelle (1,20 %) et le prélèvement pour frais d'assiette et de recouvrement (2,37 % du droit départemental). Ce ne sont pas non plus des taux nationaux : ils dépendent du département, et doivent être vérifiés pour la commune concernée.
Deux conséquences directes pour vous. D'une part, le cédant qui rachète n'est presque jamais primo-accédant: il supporte le taux plein, majoration comprise. D'autre part, payer comptant ne réduit aucun de ces droits: ils sont assis sur le prix, pas sur le mode de financement. Les émoluments du notaire et les débours s'ajoutent, et nous ne les chiffrons pas ici.
Le coût d'opportunité : un coût certain contre un rendement espéré
C'est la vraie question, et elle n'a rien à voir avec le débat « acheter ou louer ». Dans ce raisonnement-là, l'apport n'est qu'une fraction du prix et l'alternative est de rester locataire ; c'est le sujet de notre guide acheter sa résidence principale ou louer en 2026. Ici, le capital disponible couvre le prix, et l'alternative n'est jamais de louer : c'est de choisir le mode de financement.La question n'est pas « puis-je me le permettre », mais « qu'est-ce que je perds, selon la façon dont je le finance ? ».
Ce qu'il faut mettre de chaque côté de la balance
La seule comparaison qui a un sens
Emprunter est retrospectivement gagnant si, et seulement si :
rendement NET du capital conserve > cout actuariel TOUT COMPRIS du credit
(net de frais ET net de fiscalite) (interets + assurance + garantie + dossier,
exprime en taux annuel effectif)
sur le MEME horizon- rendement net :espéré, incertain, connu seulement a posteriori
- coût actuariel tout compris :contractuel, connu à la signature, dû quoi qu'il arrive
Toute comparaison qui oublie l'assurance emprunteur ou la fiscalité du placement est biaisée — et toujours dans le même sens : celui qui rassure. Le taux nominal affiché n'est pas le coût du crédit.
Le point mort est le coût actuariel du crédit
On compare deux trajectoires sur vingt ans, qui finissent toutes les deux propriétaires du même bien, sans dette, en regardant la richesse financière terminale. Dans le premier cas, l'acheteur décaisse le coût d'acquisition complet et investit le reliquat au taux net r. Dans le second, il ne décaisse que la différence, investit un reliquat plus important au même taux r, et chaque mensualité est prélevée sur ce portefeuille.
Sur le jeu d'hypothèses entièrement fictivesdétaillé en section 8 — emprunt de 900 000 € sur 20 ans, taux nominal fictif de 3,50 %, prime d'assurance fictive de 0,30 % par an —, le résultat est structurel et ne dépend pas du patrimoine de départ : nous l'avons contrôlé sur trois niveaux de capital, avec le même point mort à 4,05 %.
Le résultat qui ne postule aucun rendement
Le point mort est exactement le coût actuariel annuel du crédit, assurance comprise — 4,05 % dans notre jeu d'hypothèses fictives, alors que le taux nominal affiché est de 3,50 %. L'écart entre les deux vient de la capitalisation mensuelle et de la prime d'assurance. Le seuil réel à franchir est donc supérieur au taux annoncé, et c'est ce que masque un raisonnement mené sur le taux nominal. Cette page ne prétend pas savoir si ce seuil sera franchi.
Pourquoi ce point mort est plus haut qu'il n'en a l'air
| Asymétrie | Ce qu'elle change | Source |
|---|---|---|
| Certitude | Le coût du crédit est contractuel et dû quoi qu'il arrive ; le rendement est espéré, et son signe n'est connu qu'a posteriori. | — |
| Fiscalité | Les intérêts d'un crédit sur la résidence principale ne sont déductibles nulle part : elle ne produit aucun revenu catégoriel, et le crédit d'impôt de l'art. 200 quaterdecies du CGI est éteint pour les prêts émis depuis le 1er janvier 2011. Côté placement, sous PFU les revenus mobiliers sont imposés sur leur montant brut, sans déduction d'aucune charge. | BOI-RPPM-RCM-20-10-20-70 § 50 (15/05/2023) ; CE 28/02/1968, n° 72470 |
| Coût complet | Le point mort se compare au coût actuariel tout compris, pas au taux nominal affiché. Sur nos hypothèses fictives, l'écart entre les deux est de plus d'un demi-point : un raisonnement mené sur le nominal sous-estime systématiquement le seuil à franchir. | — |
| Levier | L'écart, quel que soit son signe, porte sur un capital emprunté sur vingt ans : c'est un pari à effet de levier sur longue durée, mené avec un capital qui ne se reconstitue pas. Le levier n'augmente pas le rendement espéré ; il en augmente la dispersion. | — |
Ce que le rendement doit produire AVANT impôt
rendement BRUT requis = cout actuariel du credit / (1 - taux d'imposition des produits)
Illustration : pour égaler le coût actuariel tout compris de notre crédit fictif, 4,05 %, il faut environ 5,90 % brut sous le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % applicable en 2026 aux revenus mobiliers (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026) — soit près de 46 % de plus que le coût du crédit. Le crédit et son coût sont fictifs ; le taux d'imposition, lui, dépend de la catégorie du revenu, les produits d'assurance-vie et les revenus immobiliers restant soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux.
Tout cela suppose que le capital soit investi — et laissé investi
Tout ce raisonnement s'effondre dans deux cas, que nous voyons souvent. Celui qui emprunte et ne place pascumule le coût du crédit et l'absence de rendement : c'est la combinaison la plus coûteuse des trois, et sur les hypothèses fictives de la section 8 elle coûte de l'ordre de 407 000 € d'intérêts et d'assurance, sans aucune contrepartie. Celui qui place et vend au mauvais moment pour honorer ses échéances réalise ses pertes au plus mauvais moment — un crédit est un flux mensuel, il ne se met pas en pause.
Ce qu'on ne peut pas savoir à l'avance
Emprunter est rétrospectivement gagnant si, et seulement si, le capital conservé rapporte — net de fiscalité et net de frais — davantage que le coût actuariel tout compris du crédit. Ce n'est pas une prévision : c'est une identité comptable. Personne, y compris nous, ne sait de quel côté du point mort les vingt prochaines années tomberont. Ce que l'on peut décider, en revanche, c'est de quel côté on préfère se tromper.
Faire le point avant de signer
Un échange pour poser l'arbitrage — comptant, crédit ou nantissement — dans l'ensemble de votre situation post-cession, sans engagement.
Riche et illiquide : ce que payer comptant vous retire
La contrepartie du comptant n'a rien d'un ressenti : chaque euro versé au vendeur cesse d'être mobilisabletant que le bien n'est pas revendu ou hypothéqué.
Une résidence principale ne produit aucun flux monétaire. Elle rend un service de logement, qui n'est pas de l'argent, et elle génère des charges bien réelles — taxe foncière, entretien, copropriété le cas échéant. Elle ne se vend pas en partie, et sa cession suppose un délai de commercialisation puis un acte notarié.
La conséquence n'a rien de théorique. Une fois le virement parti chez le notaire, l'impôt de la cession tombera à sa date, que l'achat ait eu lieu ou non : c'est le poste le plus souvent oublié, parce qu'il est décalé d'une année. S'y ajoute l'imprévu, qu'il faudra financer soit par cession d'actifs financiers, s'il en reste, soit par une dette contractée aprèsl'achat, c'est-à-dire dans les conditions que décrit la section suivante. Et l'IFI, qui se règle lui aussi en argent, alors même que l'achat vient de convertir du financier en immobilier (section 7). Aucune de ces trois échéances ne se règle en mètres carrés.
Payer comptant peut vous obliger à emprunter plus tard, au pire moment
Payer comptant, puis découvrir qu'on manque de liquidité, conduit à emprunter ensuite, au moment où le dossier bancaire est le plus faible, faute de revenus récurrents, comme la section suivante le montre. Le choix du comptant n'est donc pas réversible au coût qu'on imagine.
Le bon ordre des opérations
Isoler la réserve fiscale, puis la réserve de sécurité, et seulement ensuiteregarder le prix de la maison. L'inverse — fixer le prix puis regarder ce qu'il reste — est l'ordre dans lequel se prennent la plupart des décisions regrettées.
Un cas voisin, qu'on confond tout le temps avec le vôtre : le besoin de liquidité portant sur un actif immobilier déjà détenu relève de notre guide emprunter ou vendre quand le patrimoine est déjà immobilier. Ici, la situation est inverse : le capital est liquide et l'actif n'existe pas encore.Quant à la sécurisation du cash entre le closing et les premiers mois qui suivent, elle fait l'objet d'un guide dédié du même dossier : sécuriser le cash entre le closing et les premiers mois.
Emprunter après une cession : votre dossier a changé de nature
Pourquoi une banque peut refuser un dossier à plusieurs millions
Vous n'avez jamais eu autant d'argent, et jamais aussi peu de capacité d'emprunt au sens de la réglementation. Changer de banque n'y changera rien : la norme se calcule sur des revenus récurrents, et le produit de la cession n'en est pas un.
Ce que la norme regarde — et ce qu'elle ne regarde pas
Le taux d'effort
charges annuelles d'emprunt (TOUTES dettes) + assurance emprunteur
taux d'effort = --------------------------------------------------------------------
revenus annuels nets RECURRENTSLe patrimoine n'est nulle part dans cette fraction. Ni au numérateur, ni au dénominateur.
Le cadre juridique tient en trois références. Le 5° de l'article L. 631-2-1 du code monétaire et financier permet au Haut Conseil de stabilité financière de fixer des conditions d'octroi de crédit aux entités contrôlées par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. La décision D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, en vigueur au 1er janvier 2022, plafonne le taux d'effort à 35 % et la maturité à 25 ans, portée à 27 ans au maximum dans les seuls cas où l'entrée en jouissance du bien est différée — vente en l'état futur d'achèvement, construction, ou acquisition dans l'ancien avec des travaux représentant au moins 25 % du coût total de l'opération —, la période d'amortissement ne pouvant en tout état de cause excéder 25 ans. Elle prévoit une marge de flexibilité plafonnée à 20 % de la production trimestrielle, permettant aux établissements de déroger à ces critères, prioritairement au profit de l'acquisition d'une résidence principale. Elle a été modifiée par la décision du 29 juin 2023, puis par celle du 18 décembre 2023, NOR ECOT2333556S, publiée au Journal officiel du 24 décembre 2023 et en vigueur au 1er janvier 2024, dont l'article 3 charge l'ACPR de « veiller à la mise en œuvre de la présente décision » : la norme est supervisée, elle n'est pas indicative. À la date de rédaction, les critères posés en 2021 et ajustés en 2023 restent ceux qui encadrent l'octroi des crédits immobiliers.
Le point décisif : le produit de cession ne compte pas
L'article 4 de la décision définit le dénominateur comme le revenu net avant impôt, minoré des revenus exceptionnels, entendus comme les revenus qui, par leur nature, « ne sont pas susceptibles de constituer une ressource stable et récurrente, mobilisable pour faire face aux charges d'emprunt ». Une plus-value en est l'exemple type, et le critère est un critère de nature, pas de montant. Traduit sans détour : avec plusieurs millions sur votre compte, vous êtes, au regard de la norme, un dossier sans revenus.
Une précision de prudence s'impose ici. La façon exacte dont les revenus du patrimoinesont retenus n'est pas uniforme : le calcul retient les revenus et écarte en principe ce qui n'est ni stable ni récurrent, et l'intégration d'un revenu du patrimoine dépend de son caractère régulier et de l'appréciation de l'établissement. Cela se prépare, cela ne s'improvise pas au moment du compromis, et personne ne peut vous promettre l'obtention d'un financement.
| Revenus récurrents annuels (hypothèse fictive) | Taux d'effort | Position au regard de la norme |
|---|---|---|
| 60 000 € | 108,89 % | hors norme |
| 100 000 € | 65,34 % | hors norme |
| 150 000 € | 43,56 % | hors norme |
| 186 673 € | 35,00 % | niveau requis pour tenir le plafond |
L'assurance emprunteur, et pourquoi le dispositif de dispense ne vous protège pas
Le tableau ci-dessus intègre déjà l'assurance emprunteur, parce que la norme la place au numérateur. Isolons sa contribution : avec une prime fictivede 0,30 % par an du capital initial, soit 2 700 € par an, l'annuité de notre illustration passe de 62 636 € à 65 336 €, et le revenu requis pour tenir le plafond de 178 959 € à 186 673 € : soit 7 714 € de revenus supplémentaires exigés pour la seule assurance. Un raisonnement mené sur la seule mensualité de remboursement sous-estime donc le revenu nécessaire.
L'article L. 113-2-1 du code des assurances, créé par la loi n° 2022-270 du 28 février 2022 (art. 10) et en vigueur au 1er juin 2022, dispense de questionnaire de santé sous deux conditions cumulatives : une part assurée sur l'encours cumulédes contrats de crédit immobilier n'excédant pas 200 000 € par assuré, et une échéance de remboursement antérieure au soixantième anniversaire. Sur notre illustration fictive, le montant emprunté écarte la première condition, et un remboursement s'achevant après le soixantième anniversaire écarte la seconde. La sélection médicale est donc complète : questionnaire, surprimes éventuelles, exclusions, voire refus — et un refus d'assurance peut faire tomber le dossier alors même que le patrimoine est là. C'est, à tout le moins, un facteur de délai et d'incertitude à intégrer dans le calendrier d'une acquisition.
Amortissable ou in fine : pourquoi on vous proposera le second
| Amortissable | In fine | |
|---|---|---|
| Charge mensuelle courante, hors assurance | 5 219,64 € | 2 625 € (− 49,7 %) |
| Coût en intérêts sur 20 ans | 352 713 € | 630 000 € (+ 78,6 %) |
| Capital dû au terme | 0 € | 900 000 € |
La charge courante est presque deux fois plus faible, et c'est exactement pour cela que cette formule sera proposée à ce profil : le dossier « passe » plus facilement. En revanche elle produit nettement plus d'intérêts, sans que la comparaison des deux totaux suffise à conclure : l'emprunteur in fine conserve 900 000 € investis pendant vingt ans là où l'amortissable les consomme progressivement. L'in fine ne coûte donc pas seulement plus : il fait porter davantage au portefeuille, dans les deux sens, comme le tableau de la section 8 le montre pour le crédit amortissable. Et à l'IFI, il ne procure pas l'avantage d'assiette qu'on lui prête, comme la section suivante l'établit. Le sujet du financement adossé est traité pour lui-même dans notre comparatif racheter son contrat ou nantir.
Le corollaire honnête : le pire moment pour monter un dossier est le lendemain du closing
Un exercice complet de revenus du patrimoine documentés — perçus, déclarés, réguliers — change la nature d'un dossier. C'est mécaniquement efficace, mais cela suppose un délai et des choix d'allocation, donc l'inverse d'un achat rapide. Autant l'écrire : ce constat ne nous arrange pas. Un dossier qui se prépare pendant un exercice complet, c'est un achat qui ne se fait pas cette année. Nous n'en tirons ici aucune allocation, aucune classe d'actifs et aucun objectif de rendement : la stratégie d'ensemble appartient au guide après une cession.
Enfin, un cas à ne pas confondre : le crédit relais obéit à des règles distinctes, exposées dans notre guide crédit relais et résidence principale — ses particularités ne se transposent pas au crédit d'acquisition ordinaire.
L'IFI : l'achat crée l'assiette, le crédit l'atténue — et l'effet est plafonné
Pour un cédant, l'achat de la résidence principale ne réduit pas l'exposition à l'IFI : il la crée. Le produit de cession est un actif financier, hors assiette. Le convertir en immobilier fait entrer de la valeur dans l'assiette. Le régime général appartient aux pages citées en fin de section ; trois faits suffisent ici.
L'abattement, d'abord : 30 %sur la valeur vénale réelle de l'immeuble occupé à titre de résidence principale par son propriétaire (CGI, art. 973, I, en vigueur au 31 décembre 2023), pour un seul immeuble par foyer. Le seuil d'assujettissement est un patrimoine immobilier net taxable supérieur à 1 300 000 € au 1er janvier (CGI, art. 964 ; fiche service-public F563, vérifiée le 6 mars 2026).
La dette, ensuite, est déductible mais écrêtée, et c'est là que le raisonnement se casse : « à concurrence de son montant total sans pouvoir toutefois excéder la valeur imposable de la résidence principale (soit 70 % de la valeur vénale réelle) » (BOI-PAT-IFI-20-40-10, § 160, 5 juin 2024). C'est un plafond, pas une décote de 30 % appliquée à la dette. Cette limitation est de source doctrinale : sous l'ISF la déduction était totale, sa légalité est contestée, et aucune jurisprudence n'a tranché — son avenir doit donc s'écrire au conditionnel.
Reste l'idée qu'un in fine y échapperait : le II de l'article 974 du CGI y met fin en imposant un amortissement fictif, le montant total étant diminué d'une fraction correspondant aux années écoulées rapportées à la durée totale (un vingtième par année pour un prêt sans terme). Un in fine n'est donc pas « déductible en plein », contrairement à ce qu'on lit souvent.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Résidence principale (valeur vénale fictive) | 1 200 000 € |
| Abattement de 30 % (CGI, art. 973, I) | 360 000 € |
| Valeur imposable (70 %) | 840 000 € |
| Capital emprunté | 900 000 € |
| Dette admise en déduction | 840 000 € |
| Dette écrêtée, sans aucun effet IFI | 60 000 € |
Emprunter « pour l'IFI » : l'ordre de grandeur qui clôt le débat
Configuration entièrement fictive : la résidence principale de 1 200 000 € ci-dessus, plus un immobilier locatif préexistant de 900 000 €. Achat comptant → assiette de 1 740 000 €, IFI de 5 580 €. Achat à crédit → assiette de 900 000 €, sous le seuil, IFI de 0 €(barème de l'article 977 du CGI). L'« économie » ressort donc à 5 580 € par an. Or les intérêts de la première année, au taux nominal fictif de 3,50 %, s'élèvent à 30 996 € : les intérêts valent environ 5,5 fois l'économie d'IFI. Ce n'est ni un barème, ni une moyenne, ni une recommandation, seulement un ordre de grandeur, et il suffit à trancher : l'IFI se constate après coup ; il ne choisit pas le mode de financement.
Deux choses tempèrent aussitôt cet exemple. Une résidence principale de 1 200 000 € détenue seule donne une assiette de 840 000 € : vous n'êtes même pas redevable de l'IFI, et le réflexe « j'emprunte pour l'IFI » suppose un patrimoine immobilier qui n'existe pas toujours. Et l'erreur qu'on voit passer le plus souvent consiste à appliquer l'abattement de 30 % à la dette aussi: sur la même configuration, l'écart d'assiette atteint 210 000 €.
« Je loge la maison dans ma holding » : le démenti
L'abattement de 30 % suppose la détention directe. Le BOFiP (BOI-PAT-IFI-20-30-20, § 50, 5 juin 2024) réserve le dispositif à la détention directe et aux sociétés de l'article 1655 ter du CGI, et exclut les titres de sociétés civiles de gestion ou d'investissement immobilier. Cette exclusion a été jugée conforme à la Constitution à propos du texte identique de l'ancien impôt de solidarité sur la fortune (Conseil constitutionnel, 17 janvier 2020, n° 2019-820 QPC, sur l'article 885 S du CGI), au motif que les associés d'une société civile, même détenant l'intégralité des parts, ne disposent pas des droits attachés à la qualité de propriétaire. La jurisprudence de la Cour de cassation est constante en ce sens, y compris lorsque la résidence est logée dans une holding animatrice. La détention en société change par ailleurs le régime de plus-value applicable à la revente.
« Je me fais prêter par ma holding » ne produit pas l'effet espéré aussi facilement qu'on le croit : le III de l'article 974 du CGI écarte en principe les prêts contractés auprès d'une société contrôlée, comme ceux consentis par les ascendants, les descendants et les frères et sœurs — ces dettes n'étant réadmises en déduction que si le redevable justifie du caractère normal des conditions du prêt, notamment du respect du terme des échéances et du caractère effectif des remboursements. Les prêts consentis par le redevable lui-même, son conjoint ou ses enfants mineurs sont, eux, exclus sans échappatoire. Pour la première série, c'est donc une question de preuve et de conditions réelles, non un interdit absolu.
Un dernier point : le plafonnement du passif prévu au IV de l'article 974 du CGI — lorsque la valeur des biens et droits immobiliers et des parts taxables excède 5 000 000 € et que les dettes admises excèdent 60 % de cette valeur, l'excédent n'étant admis en déduction qu'à hauteur de la moitié, sauf si le redevable justifie que ces dettes n'ont pas été contractées dans un objectif principalement fiscal — peut concerner un cédant qui achète très gros à crédit. Le régime complet est exposé dans nos guides IFI et résidence principale et dettes déductibles de l'IFI.
Deux précisions de contexte, pour finir. À la date de rédaction, et sous réserve d'évolutions législatives ultérieures, les liquidités ne sont pas dans l'assiette de l'IFI, dont le champ reste strictement immobilier : le projet d'« impôt sur la fortune improductive », qui aurait étendu cette assiette aux actifs financiers des particuliers, n'a pas été retenu dans le texte final de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026.
Cette loi a en revanche créé, à son article 7, une taxe distincte codifiée à l'article 235 ter C du CGI, qui vise certains actifs non affectés à une activité opérationnelle détenus par des sociétés : elle concerne donc le cédant qui loge son cash dans une holding, et non son patrimoine personnel. C'est l'objet de notre page taxe sur les holdings patrimoniales. Dernier point, parce que la question revient : il n'y a aucune « nouveauté 2026 » sur l'IFI de la résidence principale, le régime est celui décrit ci-dessus, inchangé.
Un mot, enfin, sur une confusion courante : ce qui compte est l'usage des fonds empruntés, pas la garantie donnée. Une dette contractée pour acquérir des actifs financiers ne réduit pas l'assiette, fût-elle garantie par une hypothèque.
Trois scénarios chiffrés, dont un dégradé — hypothèses entièrement fictives
⚠️ Lisez ceci avant les chiffres
Tous les paramètres qui suivent sont inventés: le prix du bien, le montant emprunté, la durée, le taux nominal du crédit, la prime d'assurance, le rendement du capital conservé, la valeur des actifs nantis. Aucun n'est un taux de marché, un prix constaté, une moyenne, un barème ou une recommandation. Ils ne servent qu'à faire apparaître un mécanisme. Seuls les taux légaux cités — abattement de 30 %, plafond de 70 %, plafond de taux d'effort de 35 %, droits de mutation — sont réels et datés. Vos chiffres seront différents ; la logique, elle, est transposable.
Jeu d'hypothèses commun aux trois scénarios : capital disponible après cession de 3 000 000 € ; prix de la résidence principale de 1 200 000 € ; frais d'acquisition retenus à 96 000 €, soit 8 % du prix (hypothèse fictive arrondie), dont la seule part vérifiée est le droit de mutation — 69 680 € au taux global de 5,80665 %, usuellement arrondi à 5,81 %, ou 75 822 € en département majoré, au taux global de 6,3185 %, arrondi à 6,32 % —, le solde couvrant les émoluments et débours que nous ne chiffrons pas ; coût total de l'acquisition de 1 296 000 € ; financement envisagé de 900 000 € sur 20 ans au taux nominal fictif de 3,50 %, assurance fictive de 0,30 % par an du capital initial — soit un coût actuariel de 4,05 % par an, intérêts et assurance compris. Les frais de garantie et de dossier ne sont pas chiffrés, faute de pouvoir les documenter : les 4,05 % sont donc un plancher, et le coût réel d'un crédit comparable serait supérieur. Horizon de 20 ans, les trois scénarios finissant propriétaires du même bien.
Scénario A — payer comptant
Décaissement immédiat de 1 296 000 €. Reste investi : 1 704 000 €, soit 56,8 % du capital. Mais si la réserve fiscale représentait un tiers du produit — part elle aussi fictive —, il ne resterait que 704 000 €, soit 23,5 % du capital: 3 millions reçus, 704 000 € réellement disponibles. Les frais d'acquisition, 96 000 €, sont perdus dès la signature. La capacité d'emprunt future est dégradée, et l'assiette IFI est créée en totalité.
Scénario B — crédit amortissable
Décaissement immédiat de 396 000 €. Reste investi : 2 604 000 €. Charge mensuelle de 5 219,64 €, arrondie à 5 220 €, soit une annuité de 62 636 € — 5 444,64 € par mois et 65 336 € par an assurance comprise. Revenus récurrents nécessaires pour tenir le plafond de 35 % : 186 673 € par anassurance comprise, contre 178 959 € si l'on omettait l'assurance. Coût total certain du crédit : 406 713 €— 352 713 € d'intérêts et 54 000 € d'assurance sur vingt ans —, soit 45,2 % du capital emprunté. À l'IFI, la dette admise est de 840 000 €, dont 60 000 € écrêtés sans aucun effet.
Scénario C — financement adossé à un nantissement, structuré in fine
Choix de méthode assumé : nous retenons volontairement le même taux nominal fictif de 3,50 % que pour le scénario B, afin que la comparaison porte sur la structure de remboursement et non sur un écart de taux que nous ne sommes pas en mesure de documenter. Aucun taux de crédit adossé de marché, aucune quotité de marché et aucune décote d'actif réelle ne sont publiés dans cette page : les quotités qui suivent sont des hypothèses inventées. Charge mensuelle de 2 625 € hors assurance (− 49,7 %) : le dossier « passe » plus facilement. Mais le coût en intérêts ressort à 630 000 € (+ 78,6 %), et 900 000 € restent dus au terme. Aucun avantage IFI supplémentaire (art. 974, II). Risque propre : les actifs sont gagés, et le créancier nanti peut, sauf clause contraire, provoquer le rachat.
| A — comptant | B — crédit amortissable | C — adossé, in fine | |
|---|---|---|---|
| Décaissement immédiat | 1 296 000 € | 396 000 € | 396 000 € |
| Charge mensuelle, hors assurance | 0 € | 5 219,64 € | 2 625 € |
| Coût en intérêts sur 20 ans | 0 € | 352 713 € | 630 000 € |
| Assurance fictive sur 20 ans | 0 € | 54 000 € | 54 000 € |
| Coût total certain du crédit | 0 € | 406 713 € | 684 000 € |
| Capital dû au terme | 0 € | 0 € | 900 000 € |
| Ce qui est immobilisé | La totalité du prix | Une capacité d'endettement | Les actifs gagés |
| Risque propre | Illiquidité, capacité future dégradée | Coût certain contre rendement incertain | Appel de marge, rachat provoqué par le créancier |
Le scénario dégradé : le levier joue symétriquement
Le tableau ci-dessous compare la richesse financière au terme des vingt ans selon le rendement net hypothétique du capital conservé. Les lignes négatives ne sont pas là pour faire sérieux : sans elles, on ne verrait qu'un côté du levier.
| Rendement net annuel hypothétique | A — comptant | B — crédit | Écart B − A |
|---|---|---|---|
| − 4,00 % | 753 172 € | 256 379 € | − 496 793 € |
| − 2,00 % | 1 137 604 € | 662 589 € | − 475 015 € |
| 0,00 % | 1 704 000 € | 1 297 287 € | − 406 713 € |
| 2,00 % | 2 532 054 € | 2 267 423 € | − 264 632 € |
| 3,50 % | 3 390 600 € | 3 304 283 € | − 86 317 € |
| 4,00 % | 3 733 674 € | 3 724 698 € | − 8 975 € |
| 4,50 % | 4 109 561 € | 4 188 493 € | + 78 932 € |
| 6,00 % | 5 464 959 € | 5 882 572 € | + 417 613 € |
La ligne à 0 % donne la clé : l'écart y vaut exactement le coût total du crédit, − 406 713 €, intérêts et assurance. Ce n'est pas la simulation qui le produit, c'est l'arithmétique : quand le capital conservé ne rapporte rien, emprunter coûte ce que coûte le crédit, ni plus ni moins.
Les lignes négatives, que presque aucune présentation n'affiche, montrent que l'écart ne se stabilise pas : il se creuse contrele crédit, − 406 713 € à 0 %, − 475 015 € à − 2 %, − 496 793 € à − 4 %. C'est là que le tableau sert vraiment à quelque chose : le levier joue dans les deux sens, il augmente la dispersion des résultats et non le rendement espéré.
Le changement de signe, lui, tombe entre 4,00 % et 4,50 % : le point mort ressort à 4,05 % net pour un taux nominal fictif de 3,50 %, soit le coût actuariel tout compris du crédit (identité algébrique, vérifiée à 3, 5 et 10 M€ de capital de départ), et il est donc plus haut que le taux affiché. Celui qui compare son rendement espéré aux 3,50 % affichés se croit gagnant à 3,8 % ; il perd encore.
Et le pire cas, sans le déguiser : emprunter et ne pas placer. Le coût est alors supporté en entier, sans contrepartie : − 406 713 €. C'est fréquent, et pratiquement aucun tableau ne le modélise.
Le scénario dégradé du nantissement : la quotité, puis le terme
Sur un encours fictif de 900 000 € gagé sur une part des actifs conservés — soit 2 000 000 € dans cette hypothèse fictive —, la quotité de financement initiale ressort à 45 %.
| Baisse de la valeur des actifs gagés | Valeur des actifs | Quotité résultante |
|---|---|---|
| 0 % | 2 000 000 € | 45,00 % |
| − 10 % | 1 800 000 € | 50,00 % |
| − 20 % | 1 600 000 € | 56,25 % |
| − 25 % | 1 500 000 € | 60,00 % |
| − 30 % | 1 400 000 € | 64,29 % |
| − 50 % | 1 000 000 € | 90,00 % |
La quotité monte sans que personne n'ait rien décidé: l'encours ne bouge pas, seule la valeur des actifs baisse. Si le seuil contractuel de rappel était fixé à 60 % — hypothèse fictive —, il serait atteint dès une baisse de 25 %. Le prêteur peut alors réclamer un apport ou un remboursement partiel dans un délai court, au moment où les actifs valent le moins. Et ce qui est financé, ici, c'est la maison : on gage un portefeuille dont la valeur bouge tous les jours pour acheter un bien qui met des mois à se vendre, et c'est le toit de la famille.
Il faut aller jusqu'au terme, ce que les présentations de ce montage font rarement. L'in fine suppose que 900 000 € soient remboursés en une fois au bout de vingt ans, à partir du portefeuille lui-même. Dans la même convention que le tableau précédent — le portefeuille supporte les intérêts et l'assurance, et le reliquat sert à solder le capital —, un rendement net de − 4 % par an sur vingt ans laisserait un portefeuille de 682 697 € face à un capital de 900 000 € à rembourser : un découvert de 217 303 €, à combler par la vente d'un autre actif — au pire, la maison elle-même. À − 2 % par an, le portefeuille tiendrait, avec 1 175 290 € au terme, soit 275 290 € de reliquat après remboursement. Ces deux chiffres sont des hypothèses inventées: ils ne disent rien de la probabilité d'un tel scénario, seulement de sa conséquence arithmétique s'il survenait.
Rappel : ces chiffres n'existent que pour rendre un mécanisme lisible
Tous les montants ci-dessus découlent d'hypothèses inventées pour rendre les mécanismes lisibles. Ce n'est ni un barème, ni une moyenne de marché, ni une promesse de rendement, ni une recommandation. Un coût de crédit est certain et contractuel ; un rendement est espéré et incertain. Comparer les deux, c'est comparer un fait à une hypothèse.
Quand la bonne réponse est de ne rien acheter pour l'instant
Acheter trop grand, ou trop tôt : l'erreur la plus fréquente de ce moment de vie
Les frais d'acquisition sont dus dans les trois voies et immédiatement perdus. Acheter vite puis revendre deux ans plus tard coûte la friction deux fois. C'est le seul chiffre de cette page qui ne dépende d'aucune hypothèse de rendement : un coût net, connu avant de signer.
Le capital est par ailleurs fini et non renouvelable. Une erreur d'allocation immobilière n'est pas rattrapable par le travail comme elle l'aurait été à trente ans — c'est ce qui distingue cette décision de toutes celles prises jusqu'ici. Et il faut nommer la pression réelle, qui est sociale et familiale : le prix de la maison a une fâcheuse tendance à se caler sur le montant reçu, et non sur le besoin.
Reste l'évidence qu'on oublie au moment de fixer le prix : le même euro ne sert qu'une fois. Celui qui part dans la maison ne financera ni ce que vous envisagez de transmettre, ni ce que vous envisagez de réinvestir — deux décisions qui se posent exactement au même moment, et que traitent nos guides transmettre après une cession et réinvestir en private equity après une sortie. Fixer le prix de la maison, c'est fixer ce qui restera pour le reste, même si personne ne le formule ainsi autour de la table.
La résidence principale n'est pas un investissement
Elle ne produit aucun revenu, ne se vend pas par fractions, et supporte des charges récurrentes. Un contre-argument revient toujours : « mais la revente de la résidence principale est exonérée ». C'est exact — le 1° du II de l'article 150 U du CGI exonère la plus-value de cession de la résidence principale du cédant au jour de la cession —, mais cela n'en fait pas un investissement: l'exonération porte sur une plus-value éventuelle, elle ne produit ni revenu, ni liquidité, ni diversification, et elle ne compense pas les frais d'acquisition supportés à l'entrée. Si une ancienne résidence est encore détenue, la question devient celle de l'achat-revente, traitée par notre guide crédit relais et résidence principale.
Et si vous envisagez aussi de vous installer à l'étranger ?
Un seul repère juridique ici : la résidence fiscale se détermine par l'article 4 B du CGI et par les conventions fiscales. Acheter un logement à l'étranger n'emporte par lui-même aucun changement de résidence fiscale, et acheter en France n'empêche aucun départ. La vraie question est une question de calendrier — partir avant ou après l'opération —, et elle appartient à notre guide partir avant ou après la cession. Conséquence pratique, en revanche, immédiatement utile : une mobilité envisagée à brève échéance est une raison sérieuse de différer un achat, pas de l'accélérer.
Ce que coûte vraiment le fait d'attendre six mois
Il n'y a aucune urgence à engager un capital qui vient d'arriver. Différer un achat de quelques mois coûte un loyer et une incertitude de prix. Acheter trop grand ou trop tôt engage une fraction irréversible d'un capital non renouvelable, et les frais d'acquisition sont perdus dès la signature. Le temps joue même en votre faveur sur un point : un exercice complet de revenus du patrimoine documentés change la nature d'un dossier bancaire.
Cinq configurations dans lesquelles nous disons d'attendre
Il n'existe pas de règle, mais il existe des situations où la réponse penche nettement. Une part du prix est encore séquestrée ou conditionnelle? Alors le budget n'est pas connu, et on ne signe pas un compromis sur une créance. L'impôt de la cession n'est ni payé ni isolé: la somme visible n'est pas la somme disponible. Vous envisagez de bouger dans les deux ans, et les frais d'acquisition seront payés deux fois — un coût net, sans aucune hypothèse de rendement. Le prix envisagé a monté après l'annonce du montant reçu: c'est le montant qui décide, plus le besoin. Enfin, si le projet ne tient que si le crédit est obtenualors que les revenus récurrents n'existent pas encore, le financement n'est plus un arbitrage : c'est une contrainte subie. Dans ces cinq cas, différer coûte un loyer et une incertitude de prix, le moins cher des inconvénients examinés dans cette page.
Et si vous concluez, en lisant cette page, qu'il ne faut rien acheter pour l'instant — c'est une conclusion recevable, et nous préférons que vous l'ayez tirée avant de signer un compromis.
Poser la décision, y compris celle d'attendre
Un échange pour situer la décision dans l'ensemble de votre situation, y compris si la conclusion est d'attendre.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — Hagnéré Patrimoine
Conseiller en gestion de patrimoine, Quentin Hagnéré accompagne des dirigeants et des managers sur le volet patrimonial de l'après-cession. Sur l'achat de la résidence principale, son cabinet part d'un principe simple : regarder ce que chaque voie de financement retire — en coût certain, en liquidité et en capacité future — plutôt que ce qu'elle promet.
⚠️ Informations légales et réglementaires
L'intégralité des montants, prix, taux de crédit, primes d'assurance, rendements, valeurs d'actifs et quotités figurant dans cette page est fictive : ce sont des hypothèses construites pour rendre un mécanisme lisible. Elles ne constituent ni un barème, ni une moyenne de marché, ni une recommandation, et ne décrivent aucune situation réelle. Seuls sont réels les taux et seuils légaux cités — abattement de 30 %, plafond de déduction de 70 %, plafond de taux d'effort de 35 %, droits départementaux de mutation, seuil d'assujettissement à l'IFI —, avec leur source et leur date ; date de dernière vérification des textes : 14 août 2026 (Légifrance, BOFiP, service-public.gouv.fr).
Cette page est informative. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni un conseil en investissement personnalisé. Les dispositifs cités sont ceux en vigueur à la date de publication et sont susceptibles d'évoluer. Une acquisition immobilière et son financement engagent du droit civil, du droit fiscal et du droit du crédit : ils relèvent d'un notaire, le cas échéant d'un avocat, et d'un établissement de crédit. Toute situation individuelle doit être examinée par un professionnel.
Aucun rendement n'est garanti, et le capital investi peut être perdu, en totalité ou en partie. Un financement adossé à un nantissement expose à un appel de marge : le prêteur peut exiger un apport ou un remboursement partiel dans un délai court, et le créancier nanti peut, sauf clause contraire, provoquer le rachat du contrat. Aucun établissement de crédit, aucun assureur, aucun courtier, aucun fonds, aucune société de gestion, aucun contrat et aucun produit ne sont nommés dans cette page, et aucune obtention de financement n'y est promise.
Hagnéré Patrimoine est immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291 (www.orias.fr) en qualité de Conseiller en Investissements Financiers (CIF), Courtier en Assurance (COA) et Courtier en Opérations de Banque et en Services de Paiement (COBSP), adhérent de la CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Chambéry. Le cabinet accompagne la décision patrimoniale ; il n'est ni banquier, ni avocat, ni notaire, et ne garantit aucun rendement.

