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Donation immobilière 2026 : le guide complet

Comment donner un bien immobilier de son vivant en 2026 ? Triple cumul 463 730 €/enfant, démembrement art. 669, SCI familiale, frais notaire arrêté 25/02/2026, LF 2025 art. 790 A bis (100 k€ logement neuf), plus-value, 8 cas chiffrés, 10 jurisprudences vérifiées.

Triple cumul 463 730 €/enfant
Démembrement art. 669
LF 2025 art. 790 A bis
Frais notaire 2026
Hagnéré Patrimoine

Préparez votre transmission avec un expert succession

Donation, démembrement, testament, Dutreil, clause bénéficiaire et stratégie familiale : nous bâtissons une transmission cohérente avec vos objectifs.

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Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet

Clément Chatelain

Conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en transmission patrimoniale

Clément Chatelain accompagne familles, dirigeants et retraités sur la donation, la succession, le démembrement, les clauses bénéficiaires et la coordination avec les notaires et experts-comptables.

TransmissionSuccessionORIAS 23002291

TL;DR — Donation immobilière en 60 secondes

En 2026, vous pouvez transmettre jusqu'à 463 730 € d'immobilier par enfant en franchise totale de droits, en cumulant l'abattement 100 000 € (art. 779), le don familial 31 865 € (art. 790 G) et la nouvelle exonération LF 2025 de 100 000 € — fenêtre fermée au 31/12/2026. Avec une donation en nue-propriété (art. 669 CGI), l'assiette taxable chute encore de 50 à 70 %. Chez Hagnéré Patrimoine, c'est notre quotidien sur les dossiers parents-enfants.

Vous voulez transmettre la maison familiale à vos enfants, aider votre fils à acheter sa résidence principale, ou faire sortir un bien locatif de votre patrimoine taxable à l'IFI ? Vous êtes au bon endroit. On déroule 24 sections, 8 cas pratiques chiffrés (de Frédéric à Cédric), les pièges qu'on voit revenir en RDV, et le calendrier opérationnel pas-à-pas — du premier rendez-vous notaire à la signature.

En 60 secondes : les 6 chiffres et articles à connaître avant tout RDV notaire

  • Acte notarié obligatoire (art. 931 C. civ.) — pas de don manuel possible sur un immeuble.
  • Triple cumul 2026 : 100 000 € (art. 779) + 31 865 € (790 G, argent uniquement) + 100 000 € (790 A bis LF 2025) × 2 parents = 463 730 € par enfant.
  • Démembrement : barème art. 669 CGI (NP 60 % à 61-70 ans, 70 % à 71-80 ans, 80 % à 81-90 ans).
  • Frais notaire : émoluments dégressifs arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A + TPF 0,60 % (art. 791 CGI, sur valeur pleine propriété) + CSI 0,10 % (art. 879, idem assiette PP) — même si vous donnez la nue-propriété seule.
  • Rappel fiscal 15 ans (art. 784 CGI) — délai compté à partir de la date d'enregistrement de chaque donation, pas de la date de l'acte.
  • Fenêtre LF 2025 art. 790 A bis : 15/02/2025 → 31/12/2026. Ne pas la rater.

Guide rédigé le 21 avril 2026, audité et mis à jour le 27 avril 2026 par Quentin Hagnéré — fondateur de Hagnéré Patrimoine (CIF, COA, COBSP — Hagnéré Patrimoine enregistré à l'ORIAS n° 23002291). À jour de la loi de finances 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026, indexation IR +0,9 %), de la loi 2025-127 du 14/02/2025 (LF 2025 art. 71), de l'arrêté du 25/02/2026 ECOC2604872A (tarifs notaires en vigueur du 1er mars 2026 au 29 février 2028) et de la jurisprudence 2020-2025.

1. Qu'est-ce qu'une donation immobilière ?

La donation immobilière, c'est transmettre un bien — maison, appartement, terrain, parts de SCI — de votre vivant, gratuitement et sans retour en arrière possible (art. 894 du Code civil). Vous êtes le donateur, celui qui reçoit est le donataire (un enfant, un petit-enfant, votre conjoint, votre partenaire de PACS, ou n'importe qui d'autre). Pas de prix comme dans une vente, pas d'attente du décès comme dans une succession : vous organisez la transmission de votre vivant, et vous en voyez les effets immédiatement.

La donation immobilière obéit à trois règles incontournables en 2026 :

  • Forme authentique obligatoire : l'acte doit être reçu par un notaire (art. 931 C. civ.). Toute donation d'immeuble sous forme de simple écrit est nulle de nullité absolue.
  • Publication au service de la publicité foncière (SPF) : obligatoire pour rendre la donation opposable aux tiers (art. 28 décret 1955-22 du 04/01/1955).
  • Vous ne pouvez pas revenir dessus, sauf trois cas exceptionnels prévus par la loi (ingratitude grave du donataire, non-respect d'une charge prévue dans l'acte, naissance d'un enfant après la donation, art. 953 à 966 C. civ.) ou clause spécifique négociée à l'avance.

Selon l'INSEE (Enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020-2021), 18 % des ménages français ont déjà reçu une donation, et 8 % en ont déjà versé une. Les donateurs ont à 65 % plus de 70 ans. Le patrimoine net moyen d'un ménage donateur atteint 613 000 €, contre 239 900 € pour l'ensemble des ménages.

Attention : donation d'immeuble ≠ don manuel

Contrairement à une somme d'argent ou à un meuble, un immeuble ne peut JAMAIS être transmis par don manuel (remise de la main à la main ou virement). La publication au service de la publicité foncière est constitutive de l'opposabilité aux tiers — seul un acte notarié peut y procéder. En pratique, comptez 2 à 3 mois entre la décision et la finalisation (voir section 20 calendrier).

2. Quels biens immobiliers peut-on donner en 2026 ?

Tout bien immobilier détenu en pleine propriété peut faire l'objet d'une donation. Les cas les plus fréquents :

Types de biens immobiliers transmissibles par donation en 2026
BienSpécificitésPoints d'attention
Résidence principaleExonération PV art. 150 U II-1 CGIRisque perte logement si PP ; privilégier réserve d'usufruit
Résidence secondaireSoumise à PV en cas de reventePurge PV par donation-cession possible (CE Motte-Sauvaige)
Bien locatif nuTransfert IR revenus fonciers si PP, conservés par US si démembrementImpact sur tranche marginale d'imposition du donataire
LMNP / locatif meubléAttention régime micro-BIC et amortissementsArticle 39 C duodecies CGI sur reprises amortissements LF 2025
Terrain nuBase = valeur vénale libre de toute constructionÉvaluation par expert ou comparaison locale
Parts de SCI familialeDécote illiquidité/minorité 10-20 %, déduction passif bancaireGestion comptable annuelle (formulaire 2072)
Monument historique (art. 793 CGI)Exonération possible sous conditions (classement + ouverture public)Convention 15 ans avec État
Bois et forêts (art. 793 CGI)Exonération 3/4 de la valeur (Monichon, renouvelable à chaque transmission)Engagement de gestion durable 30 ans
Bien démembré (on détient déjà l'US ou la NP)Peut transmettre son droit démembréAttention à la valeur fiscale art. 669 et aux conséquences quasi-usufruit
Bien en indivisionDonner uniquement sa quote-partDroit de partage 2,5 % si sortie ultérieure d'indivision art. 746 al. 2 CGI

Exonérations spécifiques art. 793 CGI à exploiter

  • Monuments historiques : exonération totale sous convention avec l'État (ouverture au public 50 jours/an minimum).
  • Bois et forêts (Monichon) : exonération de 3/4 de la valeur du bien, renouvelable à chaque transmission sous engagement de gestion durable 30 ans + plan simple de gestion.
  • Parts de GFA / GFR : exonération 3/4 jusqu'à 500 000 €, 1/2 au-delà (art. 793-2-3° CGI).

3. Le triple cumul 2026 : jusqu'à 463 730 € par enfant

C'est le montage le plus rentable de l'année 2026, et c'est rarement les trois leviers qu'on voit cumulés en cabinet. En empilant trois dispositifs, un couple peut transmettre jusqu'à 463 730 € à chaque enfant sans payer un euro de droits. Une seule contrainte : la fenêtre du dernier levier se ferme le 31 décembre 2026.

Formule du cumul maximal par enfant (couple donateur, 2026)

Parent 1 : 100 000 € (art. 779 I CGI, abattement enfant)
        + 31 865 € (art. 790 G CGI, don familial argent, < 80 ans)
        + 100 000 € (art. 790 A bis CGI, LF 2025 RP neuve/rénov.)
= 231 865 € par parent

Parent 2 : idem = 231 865 €

TOTAL COUPLE PAR ENFANT : 463 730 €
Plafond global par donataire LF 2025 : 300 000 € (art. 790 A bis)
→ cumul réel maximal = 463 730 € (si 790 A bis plafonné à 100 k€/parent)

À condition que la fraction 790 A bis soit affectée en numéraire à une RP neuve/VEFA ou à une rénovation énergétique dans les 6 mois (conservation en RP 5 ans). À noter : le plafond global de 300 000 € par donataire ne s'active que si trois donateurs ou plus interviennent (ex : grands-parents + parent) ; pour un couple parent, le maximum reste 463 730 € par enfant.

3.1 Comment fonctionne chaque brique

Les 3 briques du triple cumul 2026
DispositifMontantConditionsBien visé
Art. 779 I CGI (abattement enfant)100 000 €/parent/enfantRenouvelable tous les 15 ans (art. 784, à compter de la date d'enregistrement)Tous biens (argent, immo, titres)
Art. 790 G CGI (don Sarkozy)31 865 €/parent/enfantDonateur < 80 ans, donataire majeur, renouvelable 15 ansSommes d'argent UNIQUEMENT (exclut immo direct)
Art. 790 A bis CGI (LF 2025 art. 71)100 000 €/donateur, plafond 300 000 €/donataireFenêtre 15/02/2025 → 31/12/2026, RP neuve/VEFA/rénov. énergétique, engagement 5 ansArgent affecté à acquisition/travaux

Cas concret : Xavier et Karine, 45 et 43 ans (Metz), 2 enfants Léo et Emma

Xavier et Karine veulent aider Léo (22 ans, étudiant qui achète un studio neuf à Metz 180 000 €) et Emma (19 ans, en BTS). En 2026, ils peuvent donner :

  • À Léo : 100 k€ (abattement père) + 31 865 € (don Sarkozy père) + idem mère, plus 180 k€ au titre du 790 A bis (l'exonération ne couvre que les sommes affectées au studio, soit 90 k€ par parent) = 443 730 € — Léo finance son studio + garde ~264 k€ pour les études et l'installation.
  • À Emma : mêmes plafonds théoriquement, activables plus tard quand elle achètera à son tour (la fenêtre 790 A bis expire cependant le 31/12/2026).

Coût de l'opération : 0 € de droits. Frais notaire pour la quote-part immo : émoluments + TPF 0,60 % + CSI 0,10 % ≈ 3 500 € sur 180 k€.

Attention au mode d'emploi de chaque brique : le don Sarkozy (31 865 €) ne fonctionne qu'avec de l'argent — pas un immeuble en direct. La fenêtre 790 A bis (100 000 €) impose de l'argent affecté à un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique. Pour donner un immeuble existant tel quel, seul l'abattement parent-enfant de 100 000 € s'applique (art. 779 CGI). Tous les détails dans notre tableau de référence des abattements donation 2026.

Pour un bien existant qu'on transmet tel quel, le vrai levier devient le démembrement — qui peut diviser la base taxable par deux ou trois. On regarde le mécanisme.

4. Comment fonctionne le démembrement de propriété (art. 669 CGI) ?

Le démembrement, c'est couper la propriété en deux. D'un côté l'usufruit : le droit d'utiliser le bien et d'en encaisser les loyers. De l'autre la nue-propriété : le droit d'en disposer (le vendre, le transmettre). En donation, vous gardez l'usufruit (vous continuez à habiter ou à louer) et vous transmettez la nue-propriété à vos enfants. C'est ce qu'on appelle une donation avec réserve d'usufruit (art. 949 C. civ.).

4.1 Le barème art. 669 CGI (inchangé depuis 2004)

Barème fiscal usufruit/nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier (viager)
Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %

L'usufruit temporaire (pour une durée fixe, ex. 10 ans) est évalué à 23 % de la pleine propriété par tranche de 10 ans, sans pouvoir dépasser la valeur viagère du même usufruitier (art. 669 II CGI).

4.2 L'effet de levier du démembrement

Exemple : parent de 65 ans donne la NP d'une maison de 500 000 €

Âge 65 ans → tranche 61-70 ans → NP = 60 %
Valeur NP : 500 000 × 60 % = 300 000 €

Pour 2 enfants :
Part par enfant = 150 000 €
Abattement art. 779 = 100 000 € (par parent/enfant)

Si donation par 1 seul parent :
Base taxable/enfant = 150 000 - 100 000 = 50 000 €
Droits (barème 777) = 8 194 €/enfant
Total droits = 16 388 €

Si donation partagée entre les 2 parents :
Chaque parent donne 75 000 €/enfant
Base = 75 000 - 100 000 = -25 000 € → 0 € droits
TOTAL DROITS = 0 €

Gain vs donation PP : sur 500 k€, droits PP ~70 k€ → économie 70 k€

À 65 ans, un couple marié peut transmettre une maison de 500 000 € en nue-propriété sans droits. L'usufruit conservé permet d'en jouir (y habiter, la louer) jusqu'au décès.

4.3 Reconstitution de la PP au décès (art. 1133 CGI)

Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement entre les mains du nu-propriétaire, sans aucun droit de succession supplémentaire. C'est le gros intérêt fiscal du démembrement : toute la plus-value prise par le bien entre la donation et le décès passe sous le radar des droits de succession.

Conseil Hagnéré Patrimoine : l'âge optimal 55-70 ans

La fenêtre 55-70 ans est la plus efficace. Le donateur a encore une longue espérance de vie devant lui, donc un usufruit qui pèse lourd. La nue-propriété transmise reste contenue (40 à 60 % selon l'âge précis du donateur). Et toute la plus-value à venir sortira du périmètre des droits au décès. Avant 55 ans, ça peut se justifier mais la nue-propriété pèse déjà lourd dans le calcul. Au-delà de 80 ans, elle grimpe à 80 % — l'effet de levier s'effondre.

Pour un traitement approfondi du démembrement (tous types de biens, usufruit temporaire, réversion, quasi-usufruit), consultez notre guide dédié Donation en démembrement 2026.

5. Donation simple ou donation-partage : laquelle choisir ?

Quand on a deux enfants ou plus, le choix entre donation simple et donation-partage compte vraiment : c'est ce qui détermine si vos enfants se chamaillent ou non au moment de la succession. En cabinet, on oriente le plus souvent vers la donation-partage : elle fige les valeurs au jour de l'acte et neutralise les conflits d'héritage liés à la réévaluation des biens au décès.

Donation simple (art. 894 C. civ.)

Donation à UN enfant, réévaluée au jour du décès pour le rapport successoral (art. 843). Risque : si le bien prend de la valeur, l'enfant donataire devra indemniser ses frères/sœurs. Sortie d'indivision = droit de partage 2,5 % (art. 746 al. 2 CGI).

Donation-partage (art. 1076-1078-10 C. civ.)

Donation + répartition entre TOUS les descendants en un acte unique. Fige la valeur au jour de la donation (art. 1078). Exclue du rapport successoral (Cass. 1ré civ. 02/10/2024 n° 22-19.672). Condition : chaque enfant reçoit un lot distinct (Cass. 02/07/2025 n° 23-16.329).

Donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 C. civ.)

Donation saute une génération (grand-parent → petit-enfant) avec consentement de la génération intermédiaire. Utilise les abattements grands-parents/petits-enfants (31 865 €/couple GP/PE). Économise une génération de droits.

Cas Sandrine et Éric (Caen), 68 et 70 ans, 3 enfants

Sandrine et Éric possèdent 2 biens : RP Caen 450 k€ et locatif Deauville 320 k€. Ils hésitent entre donation simple (un bien par enfant, le 3e en numéraire) et donation-partage.

Scénario A (donation simple) : Anne reçoit la RP, Paul le locatif, Julie 200 k€ cash. Au décès dans 15 ans, la RP vaut 650 k€ (+44 %), le locatif 380 k€ (+19 %). Le rapport réévalue : Anne est largement favorisée → indemnités à verser aux frères. Risque conflit.

Scénario B (donation-partage) : Valeurs figées à 450 k€, 320 k€ et 200 k€ au jour de l'acte. Aucune réévaluation au décès. Paix successorale assurée. Coût additionnel : ~1 500 € de frais notaire vs donation simple.

Pour les conditions de validité (lots distincts, cas Cass. 2025), les variantes (donation-partage transgénérationnelle), et 6 cas chiffrés supplémentaires : voir notre guide complet sur la donation-partage 2026.

6. Comment donner sa résidence principale ?

La résidence principale est le bien le plus souvent donné — et le plus piégeux si on n'anticipe pas. Imaginez : vous donnez votre maison à votre fils, et 8 ans plus tard, vous devez aller en EHPAD. Pouvez-vous encore la vendre ? Voici les trois formules possibles, de la plus risquée à la plus sécurisée :

  • Donation en pleine propriété : le donateur perd tout droit sur le logement. Mauvaise idée si le donateur y habite encore.
  • Donation en nue-propriété avec réserve d'usufruit (la plus fréquente) : le donateur conserve le droit d'y habiter et d'en percevoir les loyers éventuels jusqu'au décès (art. 949 C. civ.).
  • Donation avec droit d'usage et d'habitation (DUH, art. 625 C. civ.) : alternative limitée à l'usage personnel (pas de location autorisée). Valorisé fiscalement à 60 % de la valeur de l'usufruit issu du barème art. 669 (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-10-20 §150) — donc base nue-propriété taxable plus élevée qu'avec un usufruit classique.

Piège majeur : la donation RP et le risque EHPAD

Véronique, 71 ans (Rennes), donne sa RP à son fils unique Julien. Elle conserve l'usufruit. 8 ans plus tard, Véronique entre en EHPAD (coût 3 500 €/mois) et sa retraite ne couvre que 1 400 €/mois. Elle ne peut PAS vendre la maison sans l'accord de Julien (nu-propriétaire). Si Julien refuse, elle doit vendre d'autres actifs, solliciter l'aide sociale (avec récupération successorale) ou demander conversion de l'usufruit en rente (art. 759-762 C. civ.) via une procédure longue.

Solution préventive : prévoir dans l'acte une clause de vente conjointe à l'initiative du donateur ou une clause de conversion automatique en rente si situation financière dégradée.

La résidence principale est un cas à part. Pour un bien locatif, la logique change radicalement : ici, l'enjeu n'est plus de garder un toit, mais d'optimiser les loyers, l'IFI et la transmission.

7. Comment donner un bien locatif ?

La donation d'un bien locatif permet d'extraire le bien de l'assiette IFI du donateur (si démembré en NP, l'usufruitier reste redevable mais la NP sort du patrimoine du nu-propriétaire) et de transférer les revenus fonciers (si donation PP) à un enfant dans une tranche marginale d'imposition plus faible.

Impact de la donation selon le type (locatif nu ou LMNP)
FormatRevenus fonciers/BICIFIPlus-value
PP simple (donataire majeur)Transférés au donataire (IR tranche marginale)Sort du patrimoine du donateurCalcul sur valeur donation
NP avec réserve d'usufruitConservés par donateur (usufruitier)Usufruitier seul redevable (art. 968 CGI)Purgée par donation art. 150 VB II-1
Usufruit temporaire (ex. 10 ans à enfant étudiant)Transférés au donataire étudiant (IR faible)Sort de l'assiette du donateur pendant 10 ansRetour au donateur à terme
Donation de parts SCI locativeDividendes SCI selon statutsParts dans patrimoine du titulaireCalcul sur valeur des parts (décote)
LMNP amortiRégime micro ou réel selon seuilsEn principe hors IFI (bien pro)Attention amortissements LF 2025 réintégrés

Pour un LMNP amorti, la donation ne cristallise pas les amortissements réputés différés (ARD) : le donataire reprend le compteur. Une vigilance particulière s'impose depuis la LF 2025 (loi Le Meur) sur la réintégration des amortissements pour le calcul de la plus-value en cas de revente ultérieure — détail dans notre guide LMNP 2026.

Cas Christophe, 48 ans (Montpellier) : donation locatif à sa fille

Christophe possède un studio locatif Montpellier (loué 750 €/mois, valeur 180 k€). Il le donne en nue-propriété à sa fille Clara (22 ans, étudiante, TMI 0 %). Il conserve l'usufruit pour continuer à percevoir les loyers.

Dévolution : NP à 48 ans = 40 % → base 72 000 € − abattement 100 000 € → 0 € droits. Frais notaire : émoluments + TPF 0,60 % + CSI 0,10 % ≈ 2 800 €. Au décès de Christophe (supposons dans 30 ans) : Clara récupère la PP sans droits, valeur alors estimée 280 k€ (+56 %). Économie vs succession : ~34 000 € (une succession sur 280 k€ aurait laissé 180 k€ taxables après l'abattement de 100 k€, soit 34 194 € de droits).

Reste un cas qui fait peur à beaucoup de propriétaires : peut-on donner un bien encore grevé d'un emprunt ? Réponse — et stratégies — juste après.

8. Peut-on donner un bien immobilier avec un emprunt en cours ?

Oui, mais la banque a son mot à dire. La quasi-totalité des prêts immobiliers prévoit une clause d'exigibilité anticipée (art. L. 312-16 du Code monétaire et financier) : si vous cédez le bien (même par donation), la banque peut exiger le remboursement immédiat du capital restant. Deux options s'offrent à vous :

Options de donation d'un bien avec emprunt en cours
OptionMécanismeAvantagesInconvénients
Option 1 : Donateur conserve le prêtLe crédit reste au nom du donateur, qui continue à rembourserPas d'accord banque nécessaire ; pas de reprise d'assurance emprunteurBase taxable = valeur PP (pas de déduction du capital restant dû)
Option 2 : Donataire reprend le prêtAccord banque + renonciation à la clause d'exigibilité + évaluation solvabilité donataire + nouvelle assurance emprunteurBase taxable minorée du capital restant dû (art. 776 bis CGI)Accord bancaire complexe ; assurance à souscrire ; endettement du donataire

Cas Damien, 60 ans (La Rochelle) : donation maison avec emprunt 180 k€ restant

Damien souhaite donner à ses 2 enfants sa maison La Rochelle (valeur 500 k€), encore grevée d'un emprunt de 180 k€ (15 ans restants). À 60 ans, il se situe dans le bracket 51-60 ans de l'art. 669 CGI : NP = 50 %. Deux scénarios :

Scénario A (donateur conserve le prêt, NP démembrée) : base = 500 k€ × 50 % = 250 k€. Par enfant = 125 k€ − 100 k€ abattement = 25 k€ taxables → ~3 194 €/enfant × 2 = ~6 388 €.

Scénario B (enfants reprennent le prêt) : base nette = (500 k€ − 180 k€) × 50 % = 160 k€. Par enfant = 80 k€ − 100 k€ = 0 € de droits. Économie ≈ 6 400 €, mais les enfants doivent assumer 90 k€ d'emprunt chacun avec l'accord de la Banque et une assurance emprunteur à souscrire sur leur tête.

9. Faut-il créer une SCI pour donner un bien immobilier ?

La SCI (Société Civile Immobilière) est l'outil privilégié pour transmettre un patrimoine immobilier de plus de 400 à 500 k€. Elle offre trois avantages cumulatifs par rapport à la donation directe :

  • Décote d'illiquidité et de minorité : les parts de SCI étant moins facilement vendables qu'un bien en direct, leur valeur peut être réduite d'une décote ; aucun texte n'en fixe le taux, qui se justifie au cas par cas (illiquidité, clause d'agrément, part minoritaire) et peut être contesté par l'administration. Concrètement : avec une décote de 10 %, 500 000 € de bien logé en SCI (sans dette) se transmettent comme 450 000 € de parts.
  • Déductibilité du passif bancaire : les dettes de la SCI sont mécaniquement déduites de la valeur des parts (valeur nette), contrairement à la donation directe où le crédit n'est déductible qu'avec reprise expresse par le donataire.
  • Transmission fractionnée : donner 18 parts tous les 15 ans sans fractionner physiquement le bien ni créer d'indivision.

Avant de créer la structure : pesez les frais (constitution 1 500-2 500 € + gestion annuelle), le seuil de rentabilité (~400-500 k€ de patrimoine immobilier), et les pièges classiques. Tout est expliqué dans notre guide créer une SCI familiale 2026.

Ne JAMAIS loger la résidence principale en SCI

Trois raisons : (1) vous perdez l'exonération de plus-value applicable à la résidence principale en cas de revente par la SCI (art. 150 U II-1 CGI) ; (2) vous perdez l'abattement de 30 % IFI qui s'applique à la résidence principale détenue en direct (QPC 2019-820) ; (3) au décès, votre conjoint perd son droit viager d'occupation — ce droit ne fonctionne pas sur des parts de société (art. 764 C. civ.).

Pour un traitement complet (création, gestion, fiscalité IR vs IS, donation des parts), consultez notre guide dédié SCI familiale et transmission.

10. LF 2025 art. 790 A bis : l'exonération 100 000 € pour le logement neuf

100 000 € transmis à votre enfant pour qu'il achète du neuf ou rénove, sans un euro de droits, en plus de tous les abattements habituels : c'est ce qu'a rouvert la loi de finances 2025 (article 71, loi 2025-127 du 14 février 2025). La fenêtre est étroite — du 15 février 2025 au 31 décembre 2026 — et c'est le premier dossier qu'on regarde chez Hagnéré Patrimoine pour les couples qui veulent boucler une opération avant fin 2026.

Les 6 règles clés de l'art. 790 A bis CGI

  • Montant : 100 000 € par donateur, plafond global 300 000 € par donataire (cumul multi-donateurs).
  • Bénéficiaires : enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. À défaut : neveux, nièces.
  • Donateurs : parents, grands-parents, arrière-grands-parents, oncles/tantes (si pas d'enfants).
  • Affectation : acquisition d'un logement neuf ou en VEFA (hors terrain seul) OU travaux de rénovation énergétique éligibles MaPrimeRénov'.
  • Délai d'affectation : 6 mois à compter de la donation.
  • Engagement : conservation du logement en RP (personnelle ou donnée à bail hors foyer fiscal) pendant 5 ans, à compter de l'acquisition du logement (ou de l'achèvement des travaux pour la rénovation énergétique). Toute revente ou cessation d'usage RP avant ce terme = exonération remise en cause rétroactivement (intérêts de retard art. 1727 CGI).
Cumul art. 790 A bis avec autres abattements (couple, 1 enfant)
DispositifMontant couple/enfantRemarque
Art. 779 I CGI200 000 €100 000 € par parent, renouvelable 15 ans
Art. 790 G CGI63 730 €31 865 € par parent (< 80 ans), argent uniquement
Art. 790 A bis CGI200 000 €Plafond 300 000 € par donataire (si 3 donateurs ou +)
Total cumulable463 730 €En franchise totale de droits, hors frais notaire

Attention : la fenêtre expire le 31 décembre 2026. Au-delà, seuls les abattements classiques (100 k€ + 31 865 €) resteront activables. Pour un couple avec 2 enfants, l'économie fiscale potentielle se chiffre à 200 000 € à 400 000 € selon la configuration.

Hagnéré Patrimoine

Au 1er janvier 2027, le 790 A bis disparaît : il reste quelques mois pour agir

Cumul 463 730 € par enfant pour un couple, emploi en RP neuve, délai de 6 mois : on chiffre votre économie et on coordonne l'opération avec votre notaire et votre banque avant la fermeture.

Premier échangeSans engagementCadre documenté

Le 790 A bis répond à un besoin précis : aider un enfant à acheter du neuf. Mais que faire si votre objectif est différent — vendre un bien locatif sur lequel dort une grosse plus-value latente ? Là, c'est la donation-cession qui change la donne.

11. Donation-cession immobilière : comment purger la plus-value ?

La donation-cession, c'est l'opération qui efface une plus-value latente. Le mécanisme : vous donnez le bien à votre enfant (souvent en nue-propriété), il le revend dans la foulée. Côté fisc, son prix d'acquisition n'est pas celui que vous aviez payé il y a 20 ans mais la valeur retenue le jour de la donation (art. 150 VB II-1 CGI) — la plus-value est purgée. Sur un bien acheté 95 000 € qui en vaut 260 000 €, on parle de 50 000 € d'impôt évités.

11.1 La jurisprudence fondatrice CE Motte-Sauvaige

Le Conseil d'État a validé cette stratégie dans son arrêt Motte-Sauvaige du 30 décembre 2011 (n° 330940), confirmé en 2017. Pour ne pas tomber dans l'abus de droit, le Conseil d'État impose trois garde-fous : la donation doit être réelle (vous vous dépouillez vraiment du bien) ; vous ne devez pas récupérer le prix de vente, même par un détour ; et l'acte ne doit comporter aucune clause qui ferait revenir le bien chez vous.

11.2 Les conditions d'application sécurisée

Check-list anti-abus de droit pour une donation-cession immobilière
ConditionDétailRisque si non respecté
Délai entre donation et cessionMinimum 6 mois recommandés (3 mois = limite)Abus de droit (CE 05/02/2024)
Dépouillement réelPas de clause léonine, pas de retour du prix au donateurRequalification en donation fictive
Usage du prix par le donataireFonds réellement reçus et utilisés par le donataireSi quasi-usufruit sur prix : conséquence art. 774 bis CGI
Motif non principalement fiscalRaison économique/patrimoniale cohérenteArt. L. 64 LPF (procédure abus de droit)
TraçabilitéConservation de tous les documents notariaux et bancairesDifficulté de preuve en cas de contrôle

Cas Aurélie, 52 ans (Dijon) : donation-cession d'un locatif

Aurélie a acheté un T3 Dijon en 2005 pour 95 k€. En 2026, le bien vaut 260 k€. PV latente : 165 k€. Si elle le vend directement : IR 19 % + PS 17,2 % = ~50 k€ de PV nette à payer (avant abattements durée détention partiels).

Stratégie donation-cession : elle donne la NP à sa fille Éloïse (25 ans, TMI 11 %) en mars 2026. Base NP à 52 ans = 50 % = 130 k€, abattement 100 k€ → 30 k€ taxables → ~3 200 € droits. Éloïse revend en octobre 2026 (7 mois après). Prix acquisition = 260 k€ (valeur donation), PV = 0 €, 0 € IR+PS. Économie : 47 000 €.

Attention : respecter délai 6 mois, clauses non léonines, fonds réellement reçus par Éloïse. Ne jamais réapproprier le prix.

12. Combien coûtent les frais de notaire en 2026 ?

Les frais d'une donation immobilière comportent trois composantes distinctes, toutes régies par l'arrêté du 25 février 2026 ECOC2604872A (applicable du 1er mars 2026 au 29 février 2028) :

12.1 Émoluments notariaux (dégressifs)

Barème émoluments proportionnels donations — arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A (en vigueur du 1er mars 2026 au 29 février 2028)
Tranche de valeurTaux
Jusqu'à 6 500 €4,837 %
De 6 500 à 17 000 €1,995 %
De 17 000 à 60 000 €1,330 %
Au-delà de 60 000 €0,998 %

Ces taux (baisse moyenne d'environ 2 % vs précédent arrêté 28/02/2020) s'appliquent aux actes de donation (art. A.444-59 à A.444-69-1 C. com.). À ne pas confondre avec le barème ventes (art. A.444-91) : 3,945 / 1,627 / 1,085 / 0,814 %.

Remise admise : jusqu'à 20 % sur la tranche supérieure à 100 000 € (art. A.444-174 C. com.), à négocier avec le notaire pour les donations importantes.

12.2 Taxe de publicité foncière (TPF)

0,60 % de la valeur en pleine propriété (art. 791 CGI, applicable aux mutations à titre gratuit immobilières). À ne pas confondre avec le 0,70 % applicable aux ventes (art. 1584 CGI).

12.3 Contribution de sécurité immobilière (CSI)

0,10 % de la valeur (art. 879 CGI), ex-« salaire du conservateur des hypothèques ». Toujours applicable sur les actes publiés au SPF.

Exemple complet : donation de 300 000 € (NP à 65 ans = 60 %) — arrêté 25/02/2026

Valeur PP : 300 000 €
Valeur NP (barème art. 669, bracket 61-70) : 300 000 × 60 % = 180 000 €

Émoluments (sur 180 000 €) :
  6 500 × 4,837 % = 314,41 €
  10 500 × 1,995 % = 209,48 €
  43 000 × 1,330 % = 571,90 €
  120 000 × 0,998 % = 1 197,60 €
  Total émoluments = 2 293,39 €

TPF : 300 000 × 0,60 % = 1 800 € (sur PP !)
CSI : 300 000 × 0,10 % = 300 € (sur PP !)

TOTAL FRAIS NOTAIRE : ≈ 4 393 €
(hors droits de mutation à titre gratuit)

La TPF et la CSI se calculent toujours sur la valeur en pleine propriété, même si la donation porte uniquement sur la NP. Attention : à 60 ans exactement, la NP vaut 50 % (et non 60 %) — le bracket 61-70 commence à 61 ans révolus (art. 669 CGI : « moins de 71 ans révolus »).

13. Quel est le barème des droits de donation en 2026 ?

Le barème des droits de mutation à titre gratuit (art. 777 CGI) n'a pas été revalorisé depuis 2011. Il s'applique après abattement personnel (art. 779 CGI).

Barème droits de donation ligne directe (art. 777 tableau I CGI)
Tranche (après abattement)Taux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 073 à 12 109 €10 %
De 12 110 à 15 932 €15 %
De 15 933 à 552 324 €20 %
De 552 325 à 902 838 €30 %
De 902 839 à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %
Barèmes autres catégories (art. 777 + 779 CGI)
Qualité du donataireAbattementTaux
Enfant (ligne directe)100 000 € (art. 779 I)5 à 45 % (barème tableau I)
Conjoint / partenaire PACS (donation)80 724 € (art. 790 E et F)5 à 45 % (barème tableau II)
Petit-enfant31 865 € (art. 790 B)Barème ligne directe
Arrière-petit-enfant5 310 € (art. 790 D)Barème ligne directe
Frère / sœur15 932 € (art. 779 IV)35 % ≤ 24 430 €, 45 % au-delà
Neveu / nièce7 967 € (art. 779 V)55 %
Personne handicapée+ 159 325 € (art. 779 II)Cumulable avec autres abattements
Tiers (concubin, ami)Aucun abattement en donation (art. 788 IV réservé aux successions)60 % dès le 1er euro (art. 777 tableau III CGI)

14. Conjoint, PACS ou concubin : quelle fiscalité de la donation ?

Ici, le statut du couple change tout. Pour la même donation de 300 000 €, vous payez environ 41 062 € si vous êtes mariés ou pacsés… et 180 000 € si vous êtes en concubinage. Plus de quatre fois plus, pour deux personnes qui partagent leur vie depuis 25 ans. C'est l'écart qui surprend le plus en RDV patrimonial.

Fiscalité de la donation immobilière selon le statut du couple (2026)
StatutAbattementTauxExemple sur 300 k€
Conjoint marié (donation)80 724 € (art. 790 E)5-45 % (barème tableau II)Droits ~41 062 €
Partenaire PACS (donation)80 724 € (art. 790 F)5-45 %Droits ~41 062 €
ConcubinAucun en donation (788 IV = succession uniquement)60 %Droits 180 000 €

L'écart concubin vs conjoint/PACS ≈ 139 000 € sur 300 k€

Pour une donation immobilière de 300 000 €, un conjoint ou un partenaire PACS paie environ 41 062 € de droits (300 000 € − 80 724 € = 219 276 € taxables au barème entre époux). Un concubin (même après 25 ans de vie commune) paie 180 000 € — soit plus de 4 fois plus, faute d'abattement dédié en donation (l'abattement résiduel 1 594 € de l'art. 788 IV ne concerne que les successions, BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-50-20). Chez Hagnéré Patrimoine, nous recommandons systématiquement aux concubins de se pacser ou de mettre en place une SCI avec parts démembrées si le patrimoine le justifie.

Un point souvent confondu : au décès, le conjoint marié ou pacsé est totalement exonéré de droits de succession (loi TEPA de 2007, art. 796-0 bis CGI). Mais du vivant, une donation entre époux reste taxée selon le barème ci-dessus, après l'abattement de 80 724 €.

15. Donation aux petits-enfants et donation transgénérationnelle

Donner directement aux petits-enfants permet de sauter une génération de droits et d'exploiter l'abattement spécifique de 31 865 € par couple grand-parent / petit-enfant (art. 790 B CGI, renouvelable 15 ans).

15.1 La donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 C. civ.)

Créée par la loi 2006-728 du 23 juin 2006, la donation-partage transgénérationnelle permet à un grand-parent de donner directement à ses petits-enfants, avec le consentement de la génération intermédiaire (enfants). Elle fige la valeur au jour de l'acte (art. 1078 C. civ.) et exclut les biens du rapport successoral.

Cas Cédric et Émilie (Cannes), 58 et 55 ans, 5 petits-enfants

Cédric et Émilie veulent aider leurs 5 petits-enfants (âges 15 à 28 ans). Patrimoine immobilier : villa Cannes 1,8 M€ + résidence secondaire PACA 600 k€.

Ils organisent une donation-partage transgénérationnelle avec accord de leurs 2 enfants (génération intermédiaire renonçant à ses droits). Abattement de 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant : pour 2 grands-parents et 5 petits-enfants, 318 650 € d'abattements cumulés. Ils transmettent la nue-propriété de la résidence secondaire de 600 k€ (à 58 et 55 ans, NP = 50 %) → base 300 k€, entièrement couverte par les abattements : 0 € de droits.

Au décès, pas de droits supplémentaires (art. 1133 CGI), et le bien saute une génération.

Pour le mécanisme complet du saut de génération (consentement de la génération intermédiaire, abattements 31 865 € par couple GP/PE, fiscalité spécifique) : voir notre guide donation aux petits-enfants : saut de génération.

16. Donation immobilière à un mineur : quelles règles ?

Un mineur peut recevoir une donation mais doit être représenté par ses parents ou son tuteur. Le formalisme dépend de la présence ou non de charges :

  • Sans charge (clause d'inaliénabilité, rente, dettes) : acte d'administration, un seul parent peut accepter (art. 382 C. civ.).
  • Avec charges : acte de disposition, accord des deux parents requis (ou juge des tutelles en cas de désaccord ou parent unique).
  • Vente ou hypothèque du bien reçu : autorisation du juge des tutelles obligatoire (art. 387-1 C. civ.).
  • Clause utile : exclusion expresse de l'administration légale en faveur d'un tiers de confiance (art. 384 C. civ.) pour les actes de gestion.

17. Le piège du quasi-usufruit (art. 774 bis CGI, LF 2024)

Le quasi-usufruit, c'est l'usufruit appliqué à de l'argent (par opposition à un immeuble). Comme l'argent se « consomme » quand on l'utilise, l'usufruitier peut le dépenser librement — à condition de devoir, à terme, l'équivalent au nu-propriétaire. Cette créance qui s'inscrit au passif de l'usufruitier s'appelle la dette de restitution (art. 587 C. civ.).

Article 774 bis CGI : le piège LF 2024

Depuis le 29 décembre 2023 (loi de finances 2024, art. 26), la règle a changé : quand le quasi-usufruit est créé volontairement par les parties (et non imposé par la loi), la dette de restitution n'est plus déductible de la succession de l'usufruitier au moment de son décès (art. 774 bis CGI). Concrètement : ce qui passait gratuitement au nu-propriétaire est désormais taxé.

3 exceptions critiques (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 du 26/09/2024, § 275) :

  • Quasi-usufruit légal du conjoint survivant (art. 757 et 1094-1 C. civ.)
  • Quasi-usufruit portant sur le prix de vente d'un bien démembré (si vente postérieure à la donation)
  • Sommes issues d'expropriation ou de dividendes de réserves

Pour vos donations immobilières démembrées, le scénario classique est le suivant : vous avez donné la nue-propriété d'un appartement à vos enfants, et 5 ans plus tard vous décidez de vendre ensemble. Deux options à l'arbitrage.

  • Cas 1 — répartition classique du prix : l'argent est partagé immédiatement entre vous (usufruitier) et vos enfants (nu-propriétaires) selon le barème art. 669 CGI. Pas de quasi-usufruit, pas de problème.
  • Cas 2 — quasi-usufruit sur le prix de vente : vous gardez la totalité du cash sur votre compte avec engagement de restituer plus tard. Dans ce cas précis, vous bénéficiez de l'exception 2 ci-dessus — la dette de restitution restera déductible à votre décès.

En revanche, si vous créez un quasi-usufruit par convention sur de l'argent qui n'est pas issu d'une vente d'immeuble démembré (par exemple sur des liquidités déjà détenues), la dette n'est plus déductible. C'est précisément le montage que la LF 2024 a fermé.

Éclairage civil : Cass. 3e civ. 19/09/2024 n° 22-18.687 et 22-18.733 juge que, dans une SCI dont les parts sont démembrées, le dividende distribuant le produit de la vente de la totalité des immeubles revient au nu-propriétaire, sauf convention contraire, l'usufruitier exerçant alors son droit de jouissance sous forme de quasi-usufruit sur cette somme.

Pour comprendre toutes les variantes (quasi-usufruit légal du conjoint, remploi des fonds, conventions à insérer dans l'acte) : voir notre guide complet quasi-usufruit : mécanisme et pièges 2024-2026.

18. Plus-value du donataire : le piège du « cadeau empoisonné » (art. 150 VB CGI)

Sujet souvent sous-estimé en RDV, et pourtant lourd de conséquences. Donner un bien à votre enfant peut, dans certains cas, lui transférer une plus-value latente importante au moment où il revendra. Voici les règles pour ne pas se tromper.

Règles de calcul de la plus-value du donataire

Base de calcul (art. 150 VB II-1 CGI) :
  Prix d'acquisition = VALEUR DÉCLARÉE DANS L'ACTE DE DONATION
  + frais de donation (droits + notaire)
  + travaux admissibles (forfait 7,5 % après 5 ans ou justifiés)

Plus-value brute = Prix de vente - Prix d'acquisition ainsi calculé

Abattements pour durée de détention (art. 150 VC CGI) :
  - Durée comptée DEPUIS L'ACQUISITION PAR LE DONATEUR (pas la date donation !)
  - Exonération IR : après 22 ans
  - Exonération PS : après 30 ans

Taux : 19 % IR + 17,2 % PS = 36,2 % + surtaxe 2-6 % si PV > 50 000 €

Le compteur de durée de détention continue de courir depuis l'achat initial du donateur, ce qui peut constituer un avantage ou un inconvénient selon les situations.

Exemple : votre père a acheté un appartement en 2008 (95 k€). Il vous le donne en 2026 (valeur 260 k€). Si vous revendez en 2027 (prix 280 k€) :

  • Si vente par votre père en direct : PV = 280 − 95 = 185 k€. Durée détention 19 ans → abattement IR partiel, PS 10 % → PV taxable ~100 k€ → ~36 k€ IR+PS.
  • Si donation puis vente par vous : prix d'acquisition = 260 k€ (valeur donation). PV = 280 − 260 = 20 k€. Durée détention 19 ans (depuis 2008). PV taxable ~15 k€ → ~5 k€ IR+PS. Économie : 31 k€.

Piège classique : l'exonération de plus-value liée à la résidence principale (art. 150 U II-1 CGI), c'est vous qui en bénéficiez tant que vous y habitez. Si vous donnez votre maison à votre enfant et qu'il la revend sans y avoir habité, il paie la plus-value plein pot — alors que vous, vous auriez vendu sans rien payer. À anticiper si une revente est probable.

Pour la mécanique complète des abattements pour durée de détention (art. 150 VC), de la surtaxe progressive (2-6 % au-delà de 50 k€, art. 1609 nonies G CGI) et des cas d'exonération : voir notre guide plus-value immobilière 2026.

19. Peut-on annuler une donation immobilière ?

La donation est en principe irrévocable (art. 894 C. civ.). Le Code civil prévoit trois causes de révocation (art. 953 à 966 C. civ.) et permet une clause contractuelle spécifique (retour conventionnel art. 951).

Les 3 causes légales de révocation d'une donation
CauseFondementDélai actionEffets
Inexécution des chargesArt. 953 et 954 C. civ.5 ans à partir de l'inexécutionRetour du bien au donateur, restitution des droits
Ingratitude (attentat vie, délits graves, sévices, injures, refus d'aliments)Art. 955 et 957 C. civ.1 an à partir du faitRetour du bien, indemnité possible
Survenance d'enfant après la donationArt. 960 C. civ.5 ans à partir de la naissanceUniquement si clause expresse dans l'acte

Par ailleurs, l'acte peut prévoir un droit de retour conventionnel (art. 951 C. civ.) qui déclenche automatiquement le retour du bien au donateur en cas de prédécès du donataire. Les droits de donation payés sont alors restitués par l'administration fiscale (art. 1961 CGI).

20. Calendrier opérationnel d'une donation immobilière

Comptez 2 à 3 mois entre la décision et la publication au SPF. Voici les 5 étapes opérationnelles, avec les pièces à fournir à chaque jalon :

Calendrier et pièces d'une donation immobilière en 2026
ÉtapeJalonActionsPièces
1. PréparationJ-60 à J-30Prise de contact notaire, réunion de stratégie, estimation du bienTitre de propriété, DPE, diagnostics amiante/plomb, relevé hypothécaire, contrat de mariage, livret de famille
2. Projet d'acteJ-30 à J-7Rédaction projet, accord bancaire si prêt, choix des clauses (réserve US, retour, inaliénabilité)Projet d'acte pour relecture, RIB donataire, justificatifs abattements antérieurs (donations < 15 ans)
3. SignatureJ (jour de l'acte)Acte authentique, paiement des droits et frais, enregistrementPièces d'identité, chèque ou virement pour frais, signature du donateur et donataire
4. Publication SPFJ+7 à J+30Dépôt au service de la publicité foncière par le notaireCopie de l'acte, formulaire de publicité
5. FinalisationJ+60 à J+90Réception de la copie exécutoire, mise à jour du cadastre, information du locataire (si bien locatif)Copie exécutoire notariée, attestation de propriété, information locataire par LRAR

21. 8 cas pratiques nominatifs chiffrés

Pour rendre tout cela moins théorique, voici 8 cas illustratifs (prénoms et chiffres fictifs). Chiffres, droits, frais notaire et économie estimée. L'un d'eux est sans doute proche de votre situation.

Cas 1 — Frédéric et Nathalie, 62 ans (Grenoble) : maison 650 k€ à leur fils unique

Couple marié sous communauté légale. Maison Grenoble 650 k€. Fils unique Antoine, 30 ans. Donation-partage de la NP. NP à 62 ans = 60 % → base 390 k€. Part de chaque parent vers Antoine = 195 k€ − 100 k€ abattement (art. 779 I) = 95 k€ taxables → ~17 194 €/parent × 2 = 34 388 € de droits. Frais notaire ~9 000 €. Coût total ~43 400 €. Au décès, reconstitution PP gratuite (art. 1133 CGI). Économie vs succession future sur 650 k€, à valeur constante : ~52 000 € (86 389 € de droits en succession contre 34 388 €).

Cas 2 — Véronique, 71 ans (Rennes) : RP 420 k€ à son fils avec clause de jouissance

Véronique, veuve, donne la NP de sa RP à son fils Julien (45 ans). NP à 71 ans révolus = 70 % (art. 669 CGI) → 294 k€ − 100 k€ = 194 k€ taxables → ~36 994 € droits. Clause insérée : vente possible avec accord commun et conversion automatique en rente si entrée en EHPAD. Sans la clause, Véronique aurait été bloquée en cas de dépendance.

Cas 3 — Christophe, 48 ans (Montpellier) : studio locatif 180 k€ en NP à sa fille

NP à 48 ans = 40 % → 72 k€ − 100 k€ abattement = 0 € droits. Conservation de l'usufruit (loyers 750 €/mois). Frais notaire ~2 800 €. Au décès (espérance 35 ans), reconstitution PP gratuite. Économie estimée vs succession : ~34 000 € si le studio vaut 280 k€ à ce moment-là (180 k€ taxables après abattement).

Cas 4 — Sandrine et Éric, 68 et 70 ans (Caen) : donation-partage 3 enfants

Patrimoine : RP Caen 450 k€ + locatif Deauville 320 k€ + liquidités 200 k€. À 68 et 70 ans (non encore 71 révolus), bracket 61-70 = NP 60 % (art. 669 CGI). Donation-partage : Anne reçoit la RP en NP (60 % = 270 k€), Paul le locatif en NP (60 % = 192 k€), Julie 200 k€ cash. Abattements 100 k€ × 2 parents × 3 enfants = 600 k€ — couverture quasi totale des bases taxables. Valeurs figées au jour de l'acte — pas de rééquilibrage au décès. Paix successorale assurée.

Cas 5 — Damien, 60 ans (La Rochelle) : maison 500 k€ avec emprunt 180 k€ restant

2 enfants. À 60 ans (non encore 61 révolus), bracket 51-60 = NP 50 % (art. 669 CGI). Option reprise emprunt : base nette (500 − 180) × 50 % = 160 k€. Par enfant = 80 k€ − 100 k€ = 0 € droits. Vs option sans reprise : 500 × 50 % = 250 k€, par enfant = 125 k€ − 100 k€ = 25 k€ taxables → ~3 194 €/enfant × 2 = ~6 388 € droits. Économie ≈ 6 400 € en choisissant la reprise d'emprunt (moyennant accord banque et souscription d'une nouvelle assurance emprunteur par chaque enfant).

Cas 6 — Xavier et Karine, 45 et 43 ans (Metz) : don 790 A bis 200 k€ studio neuf VEFA

Ils donnent 100 k€ chacun à leur fils Léo (22 ans) pour acheter un studio neuf Metz VEFA 180 k€ (livraison 2027). Exonération art. 790 A bis CGI dans la limite des 180 k€ affectés au studio ; les 20 k€ restants sont couverts par l'abattement parent-enfant. 0 € droits. Conservation engagement RP 5 ans. Intérêt vs donation classique : pas de droits dans les deux cas, mais les abattements de 100 k€ restent presque intacts pour une transmission ultérieure.

Cas 7 — Aurélie, 52 ans (Dijon) : donation-cession locatif 260 k€

Bien acheté 95 k€ en 2005, PV latente 165 k€. Donation NP à sa fille (NP 52 ans = 50 %) = 130 k€ − 100 k€ = 30 k€ taxables → ~4 194 € droits. Revente octobre 2026 : la fille cède sa nue-propriété pour une valeur proche de celle de l'acte (130 k€), donc sans plus-value ; la plus-value attachée à l'usufruit conservé par Aurélie reste imposable selon le régime normal si elle le cède aussi. Délai 6 mois respecté, pas de réappropriation.

Cas 8 — Cédric et Émilie, 58 et 55 ans (Cannes) : donation-partage transgénérationnelle 5 petits-enfants

Villa Cannes 1,8 M€ + résidence secondaire PACA 600 k€. Donation NP de la résidence secondaire (NP 58 ans = 50 %) = 300 k€. Répartition entre 5 petits-enfants par donation-partage transgénérationnelle (art. 1078-4 CC) avec accord des 2 enfants. Abattements 5 × 31 865 × 2 (couple GP) = 318 650 €. Base taxable = 300 k€ − 318 650 € = 0 €. Au décès, la pleine propriété se reconstitue sans droits et le bien saute une génération.

22. Jurisprudence pivot 2020-2025

Voici les 7 décisions des hautes juridictions qui structurent aujourd'hui la donation immobilière. Pas besoin de tout retenir — votre notaire et votre CGP s'en chargeront le moment venu. Mais si un jour quelqu'un vous dit que la jurisprudence dit le contraire, vous saurez où regarder.

7 arrêts majeurs sur la donation immobilière
ArrêtNuméroPortée
CE 8e-3e ssr. 30/12/2011n° 330940 Motte-SauvaigeDonation-cession non abusive si donation réelle (dépouillement, absence réappropriation du prix)
Cass. 1ré civ. 24/01/2018n° 17-13.017Donation déguisée : prescription civile 5 ans art. 2224 CC (distincte de la prescription fiscale L. 180 LPF : 3 ans si gratuité apparente, L. 186 LPF : 6 ans sinon)
Cass. 3e civ. 19/09/2024n° 22-18.687 et 22-18.733SCI démembrée, vente de la totalité des immeubles : le dividende revient au nu-propriétaire (sauf convention), quasi-usufruit de l'usufruitier
Cass. 1ré civ. 02/10/2024n° 22-19.672Donation-partage exclue du rapport successoral
Cass. 1ré civ. 02/07/2025n° 23-16.329Donation-partage : exigence de lots distincts par donataire (attribution indivise disqualifie la DP)
Cass. 2e civ. 19/12/2024n° 23-19.110 (Bull.)Primes AV manifestement exagérées : 4 critères cumulatifs ET limitatifs
Cass. 1ré civ. 10/12/2025n° 23-19.975 (Bull.)Indignité successorale ≠ caducité DDV (peine civile personnelle)

23. Les 10 pièges les plus fréquents

  1. Croire qu'un don manuel suffit pour un immeuble. Non : sans acte notarié (art. 931 C. civ.), la donation est nulle, point.
  2. Oublier le rappel fiscal 15 ans (art. 784 CGI) : les donations antérieures se cumulent pour consommer l'abattement et les tranches du barème.
  3. Donner la RP en PP sans solution de repli : vulnérabilité EHPAD, perte de liberté de vendre.
  4. Loger la RP en SCI : vous perdez l'exo PV (art. 150 U) et l'abattement 30 % IFI. Mauvais calcul presque toujours.
  5. Constituer un quasi-usufruit ex nihilo sur une somme d'argent post-LF 2024 : dette non déductible (art. 774 bis CGI).
  6. Donation-cession avec revente sous 3 mois : abus de droit (CE 05/02/2024).
  7. Donation à un concubin en direct : 60 % de droits, c'est la sanction. Un PACS, une AV ou une SCI changent radicalement l'équation.
  8. Dépassement de la quotité disponible sans accord des réservataires : action en réduction 5 ans (art. 921 C. civ.).
  9. Donation-partage avec biens indivis : requalification en donation simple (Cass. 02/07/2025 n° 23-16.329).
  10. Oublier la taxe de publicité foncière 0,60 % (art. 791 CGI) dans le budget total — souvent plusieurs milliers d'euros.
Méthode documentée

Une donation immobilière mal pensée peut coûter des années de contentieux

Acte notarié, rappel fiscal 15 ans, SCI sur résidence principale, donation-cession trop rapide, quasi-usufruit post-LF 2024 : autant de points à passer en revue avant de signer chez le notaire. 15 minutes suffisent souvent à éviter une erreur à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Bilan gratuitCGP immatriculé à l’ORIASSans engagement

24. Sources et références juridiques mobilisées

Code civil

Art. 587 (quasi-usufruit), 625 (DUH), 894 (définition), 900-1 (inaliénabilité), 912-913 (réserve/QD), 920-924 (réduction), 929-930-5 (RAAR), 931 (forme authentique), 949 (réserve US), 951 (retour conventionnel), 953-966 (révocation), 1048-1057 (donations graduelles/résiduelles), 1076-1078-10 (donation-partage), 1078 (cristallisation), 1078-4 (transgénérationnelle), 1094-1 (DDV), 1094-3 (cantonnement), 1527 al. 2 (retranchement), 1964 (tontine).

Code général des impôts

Art. 150 U II-1 (exo PV RP), 150 VB II-1 (purge PV donation), 150 VC (durée détention), 224 (CDHR 2026), 669 (barème démembrement), 746 al. 2 (droit de partage 2,5 %), 750 ter (territorialité), 777 (barème DMTG), 779 (abattements 100 k€/159 325/15 932/7 967), 784 (rappel 15 ans), 788 (abattement défaut 1 594 € + III bis beaux-enfants), 790 (réduction 50 % Dutreil), 790 A bis (LF 2025 art. 71), 790 B (petits-enfants 31 865 €), 790 D (arrière-petits-enfants 5 310 €), 790 E et F (conjoint/PACS 80 724 €), 790 G (don Sarkozy 31 865 €), 791 (TPF 0,60 %), 793 (exonérations Monichon/monuments), 879 (CSI 0,10 %), 968 al. 2 (IFI usufruit), 1133 (reconstitution PP gratuite), 1727 (intérêts retard), 1728 (majoration), 1961 (restitution droits si retour).

Code de commerce

Art. A.444-53 à A.444-186 (tarifs notaires). Arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A (nouveaux tarifs 01/03/2026 → 29/02/2028). Remise 20 % art. A.444-174.

Lois 2024-2026

  • Loi 2012-958 du 16/08/2012 — délai rappel fiscal 15 ans (art. 784)
  • Loi 2006-728 du 23/06/2006 — réforme successions et libéralités (RAAR, DP transgénérationnelle, réduction en valeur)
  • Loi 2007-1223 du 21/08/2007 (TEPA) — exonération conjoint/PACS (art. 796-0 bis)
  • Loi 2020-936 du 30/07/2020 — indignité facultative pour violences conjugales (art. 727 2° bis C. civ.)
  • Loi 2023-1322 du 29/12/2023 (LF 2024) art. 26 — art. 774 bis CGI (quasi-usufruit)
  • Loi 2025-127 du 14/02/2025 (LF 2025) art. 71 — art. 790 A bis CGI
  • Loi 2026-103 du 19/02/2026 (LF 2026)
  • Arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A — tarifs notaires

BOFiP et doctrine administrative

BOI-ENR-DMTG-20-10-10 (exigibilité), BOI-ENR-DMTG-20-20-20 (790 A bis, 04/09/2025), BOI-ENR-DMTG-20-30-10 (assiette), BOI-ENR-DMTG-20-30-20-10, BOI-ENR-DMTG-20-30-20-20 (abattements 19/03/2024), BOI-ENR-DMTG-20-30-20-50 (réductions), BOI-ENR-DMTG-20-40 (TPF donations, 30/09/2014), BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 (774 bis quasi-usufruit, 26/09/2024), BOI-ENR-DMTG-10-50-50 (rappel 15 ans), BOI-RFPI-PVI-20-10-20-10 (PV prix acquisition donation).

Jurisprudence (arrêts cités)

CE 8e-3e ssr. 30/12/2011 n° 330940 Motte-Sauvaige ; CE 10/02/2017 n° 387960 ; Cass. 1ré civ. 24/01/2018 n° 17-13.017 ; Cass. 3e civ. 19/09/2024 n° 22-18.687 ; Cass. 1ré civ. 02/10/2024 n° 22-19.672 ; Cass. 1ré civ. 02/07/2025 n° 23-16.329 ; Cass. 2e civ. 19/12/2024 n° 23-19.110 (Bull.) ; Cass. 1ré civ. 10/12/2025 n° 23-19.975 (Bull.) ; Cass. 1ré civ. 11/02/2009 n° 07-21.421.

Statistiques institutionnelles

INSEE Enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020-2021 (37 % ménages ont hérité, 18 % reçu une donation, 8 % versé, 65 % donateurs de plus de 70 ans, patrimoine moyen donateur 613 k€) ; DGFiP IFI 2025 (donations déclarées 0,25 Md€) ; Notariat 2024 (666 actes/étude, CA 9 Md€).

Avertissement éditorial

Ce guide présente les règles applicables en 2026. Chaque situation familiale et patrimoniale est unique : les conséquences chiffrées peuvent varier selon le régime matrimonial, les donations antérieures, la situation des donataires et l'existence de biens à l'étranger. Les performances passées ne garantissent pas l'avenir. Avant toute opération, nous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine et votre notaire. Hagnéré Patrimoine — CIF enregistré ORIAS n° 23002291, COA, COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine.

Questions fréquentes

FAQ — Donation immobilière 2026

La règle simple : chaque parent donne jusqu'à 100 000 € à chaque enfant tous les 15 ans sans payer un euro de droits. Pour un couple avec 2 enfants, ça fait 400 000 € transmis tous les 15 ans (art. 779 CGI). On y ajoute deux étages : 31 865 € en argent par parent et par enfant (art. 790 G), et depuis février 2025 jusqu'à 100 000 € en argent dédiés à un logement neuf ou rénové (art. 790 A bis, fenêtre jusqu'au 31/12/2026). Cumul théorique maximum : 463 730 € par enfant pour un couple. Le démembrement (vous donnez la nue-propriété, vous gardez l'usufruit) écrase encore la base taxable selon votre âge.

Pour donner un bien de 300 000 €, comptez 6 000 à 7 500 € de frais notaire, hors droits de donation. Trois lignes composent la facture : les émoluments du notaire (barème dégressif, baisse moyenne de 2 % depuis l'arrêté du 25/02/2026), la taxe de publicité foncière de 0,60 % (art. 791 CGI), et la contribution de sécurité immobilière de 0,10 % (art. 879 CGI). Au-delà de 100 000 € sur une tranche, le notaire peut consentir une remise commerciale jusqu'à 20 %, à négocier à l'avance. Ces frais sont indépendants des droits de donation eux-mêmes : on les paie même si la donation est totalement exonérée par les abattements.

Oui. L'acte authentique notarié est obligatoire sous peine de nullité absolue (art. 931 C. civ.). Le notaire rédige l'acte, calcule les droits, gère la publication au service de la publicité foncière et encaisse les taxes. Contrairement à une donation de sommes d'argent (don manuel possible), une donation d'immeuble ne peut jamais se faire de la main à la main.

Vous donnez la nue-propriété (la « coquille ») à vos enfants et vous gardez l'usufruit, c'est-à-dire l'usage du bien et les loyers s'il est loué (art. 949 C. civ.). Trois avantages se cumulent : la base taxable est réduite selon votre âge (à 65 ans, vous ne donnez fiscalement que 60 % de la valeur, art. 669 CGI), au décès la pleine propriété se reconstitue chez vos enfants sans aucun droit supplémentaire (art. 1133 CGI), et toute la prise de valeur du bien entre la donation et le décès leur revient sans impôt. Chez Hagnéré Patrimoine, c'est l'opération que nous privilégions systématiquement entre 55 et 75 ans.

Si vous avez plusieurs enfants, choisissez la donation-partage : elle fige la valeur du bien au jour de la donation (art. 1078 C. civ.). Avec une donation simple, le bien est réévalué au jour de votre décès pour calculer la part de chacun (art. 843 C. civ.) — si la maison a doublé entre-temps, l'enfant qui l'a reçue devra parfois indemniser ses frères et sœurs. La donation-partage évite quasi-systématiquement ce conflit, à condition que chaque enfant reçoive un lot distinct (Cass. 1ré civ. 02/07/2025 n° 23-16.329). Elle est aussi exclue du rapport successoral (Cass. 02/10/2024 n° 22-19.672), donc plus protectrice.

Oui mais avec accord exprès de la banque (clause d'exigibilité anticipée). Deux options : (1) le donateur conserve le prêt à sa charge (donation sur valeur pleine) ; (2) le donataire reprend le prêt avec renonciation de la banque à la clause d'exigibilité et évaluation de sa solvabilité (base minorée du capital restant dû). L'assurance emprunteur du donateur n'est pas automatiquement transférée.

Aucune limite d'âge légale tant que vous êtes lucide. Mais fiscalement, plus tôt vous donnez, mieux c'est : à 65 ans, le démembrement vous fait transmettre fiscalement 60 % de la valeur ; à 85 ans, c'est 80 %. Trois bornes utiles à connaître : 70 ans (fin de la réduction Dutreil de 50 %, art. 790 CGI), 80 ans (fin du don familial de 31 865 €, art. 790 G CGI) et au-delà de 85 ans, un certificat médical au moment de l'acte est recommandé pour blinder la donation contre toute contestation pour insanité d'esprit (art. 414-1 C. civ.).

Oui, mais seulement dans une certaine limite. La loi protège vos autres enfants via la « quotité disponible » : avec 1 enfant unique, vous disposez de la moitié de votre patrimoine ; avec 2 enfants, d'un tiers ; avec 3 ou plus, d'un quart (art. 913 C. civ.). Si vous donnez au-delà à un seul d'entre eux, les autres pourront contester pendant 5 ans après votre décès (art. 921 C. civ.). Pour sécuriser : qualifier la donation « hors part successorale » (donc imputée sur la quotité disponible) et faire signer aux autres enfants une renonciation anticipée à l'action en réduction, la RAAR (art. 929 C. civ.).

Oui sauf clause d'inaliénabilité (art. 900-1 C. civ., temporaire et justifiée). Trois vigilances : (1) si réserve d'usufruit : accord du donateur obligatoire ; (2) plus-value calculée sur la valeur déclarée dans l'acte de donation (art. 150 VB II-1 CGI), pas au prix d'achat du donateur ; (3) frais de donation viennent en majoration du prix d'acquisition. L'exonération RP du donateur ne se transmet pas : le donataire doit occuper le bien en RP au jour de la vente.

Techniquement oui, fiscalement c'est ruineux : un concubin paie 60 % de droits dès le premier euro reçu, sans aucun abattement (art. 777 CGI tableau III). Sur une maison de 300 000 €, cela fait 180 000 € d'impôt — vous donnez 40 % à votre compagne et 60 % au fisc. Quatre alternatives bien plus efficaces : se pacser (abattement 80 724 € + barème conjoint 5-45 %), passer par une SCI avec parts démembrées, utiliser une assurance-vie avec clause bénéficiaire (152 500 € exonérés par bénéficiaire, art. 990 I CGI), ou une tontine pour la résidence principale. À noter : sans testament, votre concubin n'a aucun droit successoral légal, même après 30 ans de vie commune.

Le barème n'a pas bougé depuis 2004 (art. 669 CGI). Voici les couples usufruit / nue-propriété par tranche d'âge : moins de 21 ans = 90/10, 21-30 = 80/20, 31-40 = 70/30, 41-50 = 60/40, 51-60 = 50/50, 61-70 = 40/60, 71-80 = 30/70, 81-90 = 20/80, plus de 91 ans = 10/90. Concrètement, à 72 ans, donner la nue-propriété d'un bien de 400 000 € génère une base taxable de 280 000 € (70 %), soit après abattement parental 100 000 € : 180 000 € imposables, environ 34 000 € de droits par parent. Pour un usufruit temporaire (ex : transmission à une SCI pour 10 ans), le barème est forfaitaire : 23 % par tranche de 10 ans (art. 669 II CGI).

C'est une fenêtre fiscale ouverte par la loi de finances 2025 (loi du 14/02/2025) : chaque parent, grand-parent ou arrière-grand-parent peut donner jusqu'à 100 000 € en argent à un enfant ou petit-enfant, totalement exonérés de droits, plafonné à 300 000 € reçus au total par le bénéficiaire. Trois conditions à respecter : les fonds doivent servir dans les 6 mois à acheter une résidence principale neuve (ou en VEFA), ou à financer des travaux de rénovation énergétique éligibles MaPrimeRénov' ; le logement doit rester en résidence principale 5 ans ; et la donation doit être passée avant le 31/12/2026 (fenêtre stricte ouverte depuis le 15/02/2025). Ce dispositif se cumule avec les abattements classiques (100 000 € de l'art. 779 et 31 865 € du don familial), d'où le cumul théorique de 463 730 € par enfant pour un couple. Attention : non cumulable avec MaPrimeRénov' ou le CITE sur les mêmes dépenses.

La donation-cession, c'est l'astuce qui efface la plus-value : vous donnez un bien à vos enfants, qui le revendent dans la foulée. Comme leur prix d'acquisition fiscal devient la valeur déclarée à la donation (art. 150 VB II-1 CGI), la plus-value que vous auriez payée s'évapore. Le Conseil d'État l'a validé (CE 30/12/2011 Motte-Sauvaige n° 330940), mais sous conditions strictes : ne pas revendre dans les 3 mois, ne pas conserver la maîtrise des fonds, ne pas mettre en place une convention fictive (sinon abus de droit, CE 05/02/2024). Notre recommandation : laisser au minimum 6 mois entre la donation et la revente pour sécuriser l'opération.

Imaginez : vous avez donné la nue-propriété d'un appartement à vos enfants, vous le vendez ensemble, et vous gardez le prix de vente sur votre compte (avec l'engagement de leur restituer plus tard). C'est ça, un quasi-usufruit (art. 587 C. civ.) : un usufruit qui porte sur de l'argent. Le piège : depuis le 29/12/2023 (art. 774 bis CGI, loi de finances 2024), si ce quasi-usufruit a été constitué par convention sur une somme d'argent, la dette de restitution n'est plus déductible de votre actif successoral — vos enfants paient des droits de succession sur le même argent qu'ils étaient déjà censés récupérer. Trois exceptions sauvent la mise (BOFiP 26/09/2024) : le quasi-usufruit légal du conjoint survivant, celui qui porte sur le prix de vente d'un bien démembré et celui issu d'une expropriation. Règle d'or : ne jamais vendre un bien immobilier démembré sans avoir organisé en amont le remploi des fonds ou la répartition.

SCI : 3 avantages. (1) Déductibilité du passif bancaire de la SCI. (2) Décote d'illiquidité/minorité 10-20 % admise par l'administration. (3) Transmission progressive sans fractionner le bien. Inconvénients : constitution 1 500-2 500 € + gestion annuelle. Rentable dès 400-500 k€ de patrimoine immobilier. NE JAMAIS loger la RP en SCI (perte exonération PV art. 150 U II-1 + abattement 30 % IFI).

Plus-value brute = prix de vente − valeur déclarée dans l'acte de donation (art. 150 VB II-1 CGI). Frais de donation (droits + notaire) en majoration du prix d'acquisition. Abattements pour durée de détention calculés à partir de la date d'acquisition PAR LE DONATEUR (art. 150 VC CGI) : exonération IR 22 ans, PS 30 ans. Taux 19 % IR + 17,2 % PS = 36,2 % + surtaxe 2-6 % si PV > 50 000 €. RP : l'exonération du donateur ne se transmet pas automatiquement.

La donation est en principe IRRÉVOCABLE (art. 894 C. civ.). Trois exceptions légales (art. 953-966 C. civ.) : (1) inexécution des charges (rente, soins) : action dans 5 ans ; (2) ingratitude (attentat à la vie, délits, sévices, injures graves) : action dans 1 an ; (3) survenance d'enfant postérieurement à la donation : clause expresse seulement. Clause contractuelle possible : droit de retour conventionnel (art. 951 C. civ.) si prédécès du donataire.

Vous vous remariez avec des enfants d'un premier lit, et vous voulez avantager votre nouveau conjoint sur l'immobilier ? Attention : si vous le faites via un régime matrimonial très favorable (notamment la communauté universelle avec attribution intégrale au survivant), vos enfants du premier lit peuvent attaquer après votre décès via l'action en retranchement (art. 1527 al. 2 C. civ., Cass. 11/02/2009 n° 07-21.421). Un seul enfant non commun suffit pour déclencher l'action, dans les 5 ans suivant le décès, et le juge ramène alors l'avantage à la quotité disponible spéciale entre époux (art. 1094-1 C. civ.). Quatre parades : adopter en simple l'enfant non commun, changer de régime matrimonial, faire une donation hors part successorale anticipée, ou obtenir une renonciation anticipée à l'action en réduction (RAAR, art. 929 C. civ.).

Acceptation par représentant légal. Deux cas : (1) sans charge : acte d'administration, un parent peut accepter seul (art. 382 C. civ.) ; (2) avec charges (inaliénabilité, rente, dettes) : acte de disposition, accord des deux parents ou juge des tutelles. Vente ou hypothèque du bien reçu = autorisation du juge des tutelles obligatoire (art. 387-1 C. civ.). Clause utile : exclusion de l'administration légale en faveur d'un tiers de confiance (art. 384 C. civ.).

Compter 2-3 mois entre décision et publication. (1) J-60 à J-30 : contact notaire, titre de propriété, DPE, diagnostics, relevé hypothécaire, régime matrimonial. (2) J-30 à J-7 : projet d'acte, accord bancaire si prêt, estimation, clauses (réserve US, retour, inaliénabilité). (3) J : signature acte authentique, paiement droits et frais. (4) J+7 à J+30 : publication au SPF. (5) J+60 à J+90 : attestation, mise à jour cadastre, information locataire si bien locatif.