Parlez à un gestionnaire de fortune indépendant
Family office, assurance-vie luxembourgeoise, private equity, structuration internationale et transmission : nous construisons une stratégie cohérente pour les patrimoines élevés, sans conflit d'intérêts.
1. La méthode en cinq lignes
Comparer deux produits structurés, en cinq lignes
- Vérifier d'abord que les deux offres appartiennent à la même famille et qu'elles sont logées dans la même enveloppe.
- Passer la grille en quinze points dans l'ordre, les blocs éliminatoires avant le coupon.
- Faire tourner les deux structures sur les mêmes trajectoires de marché, jamais une trajectoire par produit.
- Comparer des rendements annualisés nets, jamais des coupons faciaux, avec un benchmark dividendes compris.
- Accepter que la conclusion puisse être « aucune des deux ».
Rappelons d'abord ce dont il est question. Un produit structuré est un instrument dont le gain ou la perte dépend d'un ou de plusieurs sous-jacents selon une formule prédéfinie, jamais un niveau de rendement annoncé. Cette page ne développe pas cette définition ni ses conséquences : elle les suppose acquises.
La scène est presque toujours la même. Deux propositions arrivent le même mois, deux brochures soignées, et un chiffre en gras sur chacune : dans notre exemple, entièrement fictif, 8 % d'un côté, 5 % de l'autre. Le réflexe est immédiat, et il est faux. Ces deux nombres n'ont ni la même nature, ni la même durée, ni les mêmes conditions, et ils ne se paient pas le même prix. Autant choisir une voiture sur la vitesse maximale imprimée au compteur.
Rien de ce qui compte n'y est visible à l'œil nu. Ce coupon est conditionnel : il n'est dû que si une condition de marché est remplie à une date précise, et un coupon non versé n'est pas un coupon différé. Cette barrière à -40 % ne protège pas « contre 40 % de baisse » ; en dessous, la perte suit toute la baisse depuis l'origine, et elle peut être totale. Cette échéance à dix ans n'est pas la durée du placement : sur 2022-2024, le Pôle commun AMF-ACPR observe un remboursement moyen après deux ans, contre une échéance théorique de 8 à 12 ans. Quant au prix, il n'apparaît nulle part dans le coupon, parce qu'il est déjà logé dans le montant payé : un coût d'entrée total moyen de 5,83 %, dans une plage de 1,20 % à 13,16 %, sur un échantillon déclaratif de 60 titres de créance structurés (Pôle commun ACPR-AMF, étude du 22 juin 2026). Aucun de ces quatre points ne se lit dans la comparaison de deux coupons.
Vous ne cherchez pas qu'on tranche à votre place. Vous cherchez une procédure que vous puissiez refaire seul, sur ces deux offres comme sur les deux suivantes, et dont vous puissiez discuter chaque ligne avec votre conseiller. C'est l'objet de cette page. À la fin, vous saurez dans quel ordre passer les quinze points pour que le coupon n'arrive qu'en sixième position, quelles vérifications préalables permettent d'écarter une offre avant même de l'ouvrir, et comment ramener deux propositions à un seul chiffre comparable : un taux annualisé net, sur les mêmes trajectoires de marché, dans la même enveloppe. Vous saurez aussi reconnaître le cas, fréquent, où la bonne réponse est qu'aucune des deux ne convient.
Ce que cette page fait, et ce qu'elle refuse de faire
Deux structures peuvent afficher le même coupon et ne pas présenter le même risque ; l'une peut afficher un coupon plus élevé et rester la moins intéressante des deux. Cette page ne désigne aucun gagnant et ne classe aucun produit : elle donne une méthode reproductible — quinze points en cinq blocs, dans un ordre de passage — puis le seul protocole qui départage réellement deux offres, qui consiste à les faire tourner sur les mêmes trajectoires de marché et à comparer des rendements annualisés nets.
Un mot sur ce que cette page ne fera pas, avant d'entrer dans la grille. Notre guide pilier des produits structurés couvre l'ensemble du sujet : mécanisme, familles, barrière, fiscalité, sélection. Cette page n'en traite qu'une opération, mais jusqu'au bout : mettre deux propositions sur la même échelle, et savoir ce qui doit emporter la décision. Elle suppose aussi un préalable que l'on oublie souvent : on ne compare que dans la même famille, et la taxonomie des familles de produits structurés sert à vérifier ce point. Un dernier point de cadrage : au regard de la doctrine de l'AMF, ces instruments sont des instruments financiers complexes, soumis au test du caractère approprié prévu par l'article L. 533-13, II du Code monétaire et financier et, lorsqu'un conseil est délivré, à l'analyse d'adéquation prévue au I du même article.
Sommaire — 10 chapitres
- 1. La méthode en cinq lignes
- 2. Pourquoi comparer deux coupons ne veut rien dire
- 3. La grille : cinq blocs, quinze points, un ordre de passage
- 4. Points 1 à 5 — qui vous doit l'argent, et sur quoi vous pariez
- 5. Points 6 à 10 — la formule : le coupon n'arrive qu'ici
- 6. Points 11 à 15 — le coût qui ne figure sur aucun relevé
- 7. Les scénarios communs : la seule façon honnête de départager
- 8. Un coupon affiché de 8 % contre 5 % : la grille appliquée de bout en bout
- 9. Un score en quatre dimensions — pour dialoguer, pas pour trancher
- 10. Quand la bonne réponse est « aucune des deux »
2. Pourquoi comparer deux coupons ne veut rien dire
2.1 Le coupon est financé, pas offert
Dans la plupart des placements, le coût se voit : des frais d'entrée sur un bulletin, une ligne de frais de gestion sur un relevé. Les produits structurés fonctionnent autrement, et tout part de là. Le Pôle commun AMF-ACPR l'écrit dans son étude du 22 juin 2026 : ces produits se distinguent par l'« absence de prélèvement direct sur le nominal ou sur le rendement », émetteurs et distributeurs se rémunérant « par une marge ajoutée à la valeur de marché (ou fair value) ». Le rapport ajoute une phrase que les brochures ne reprennent jamais : une « rémunération plus faible serait de nature à améliorer les caractéristiques du produit offertes au client (rentabilité et/ou niveau de protection) ».
Autrement dit, le coupon affiché n'est pas un cadeau de l'émetteur : c'est le prix affiché d'un ensemble de renoncements. Un coupon plus élevé se paie quelque part : dans la convention d'indice, dans le nombre de sous-jacents, dans le niveau de la barrière, dans la fréquence d'observation ou dans la juste valeur du titre. Toute la difficulté de la comparaison consiste à retrouver où il a été payé.
Trois notions à ne jamais confondre
Coupon facial = le taux affiche dans la brochure, par periode, sous conditions Gain cumule = somme des coupons effectivement verses +/- le capital rendu Taux annualise equiv. = ((Nominal + Gain net) / Nominal)^(1/n) - 1 <-- LE SEUL COMPARABLE
- n :durée effective du placement, en années (pas la maturité affichée)
- Gain net :après tous les frais du produit, les frais d'enveloppe, le coût de sortie et la fiscalité
Deux offres ne se comparent que sur la troisième ligne. Les deux premières servent à la vendre. Ce taux annualisé équivalent est un taux géométrique : il est exact lorsque tous les flux sont versés au dénouement, ce qui est le cas des illustrations du chapitre 8. Si le produit verse ses coupons en cours de vie, il faut lui préférer un taux de rendement interne intégrant la date de chaque flux.
Ce que le discours commercial oublie : le coupon est financé
Le coupon affiché n'est pas un rendement : il est financé par un décrément, par une formule qui ne retient que la composante la moins performante d'un panier, par une barrière placée plus bas ou par une juste valeur plus dégradée. Et les frais ne sont pas déduits du coupon : ils sont logés dans le prix, dans l'écart entre le nominal payé et la juste valeur économique du titre. Un investisseur qui cherche les frais dans le coupon ne les trouvera jamais.
2.2 Ce que le régulateur a déjà démontré
L'AMF publie, dans son étude de janvier 2026, l'exemple d'un produit servant 4 % par semestre écoulé. La rémunération atteint « 7,62 % par an en cas de remboursement à la fin de la deuxième année », « 6,37 % par an en cas de remboursement la huitième année » avec une valeur de panier supérieure ou égale à 80 %, « 0 % par an » si cette valeur est comprise entre 60 % et 80 %, et « dans tous les autres cas, le rendement de votre placement sera négatif ». Le coupon facial est le même dans les quatre branches. Ces taux sont cités tels que publiés par l'AMF, sans recalcul de notre part.
Le même régulateur écrit, à propos des indices à décrément : « Poussé à l'extrême, ce mécanisme pourrait conduire à afficher un taux de coupon très élevé, dont la probabilité de réalisation serait en réalité très faible du fait d'un décrément excessif. » Un coupon peut donc être élevé parce qu'il a peu de chances d'être versé.
La cartographie 2026 des marchés et des risques de l'AMF, publiée le 30 juin 2026, en donne un cas grandeur nature : des produits de type phoenix indexés sur un indice de taux public de référence servaient des coupons « de l'ordre de 7 % », désactivés depuis 2025 dès que le taux est passé au-delà de seuils « en général fixés entre 3,0 % et 3,5 % », et cela « pour des milliards d'euros d'encours ». Deux produits pouvaient afficher le même 7 % avec des conditions de déclenchement sans commune mesure.
Le même document dit pourquoi l'exercice est aussi difficile : « Les caractéristiques très spécifiques des produits, déclinés par vagues de commercialisation, types de sous-jacent, et structures optionnelles aux multiples paramètres, limitent les capacités d'analyse et de comparaison. » Le lecteur n'y est pour rien : l'opacité tient à la structure du marché, et on n'en sort qu'avec une méthode écrite avant d'ouvrir les brochures.
2.3 La comparabilité est un objectif que le régulateur a écrit
Le document d'informations clés (DIC) du règlement PRIIPs « impose un ordonnancement et un contenu sur trois pages maximum pour faciliter la comparabilité et la lisibilité des produits ». Les sept questions publiées par le groupe de travail de l'AMF en janvier 2026 ont, elles aussi, pour objectif déclaré de « faciliter la comparaison des produits » ; ce sont des bonnes pratiques, non sept obligations juridiques nouvelles, et leur périmètre vise les titres de créance structurés destinés au grand public, hors assurance-vie. Quant à l'ESMA, elle constate que les coûts varient largement à pays, structure de payoff et classe de sous-jacent identiques, et en tire une conclusion directe : il importe que l'investisseur compare plusieurs producteurs et plusieurs offres, même à l'intérieur d'un même marché et pour un même type de produit (« This demonstrates the importance of prospective investors comparing alternative SRP manufacturers and offers even within the same market and for the same type of product », rapport du 3 mars 2026). Savoir où lire chaque information est le préalable de la grille qui suit : lire un DIC et des conditions définitives, ligne par ligne est traité à part.
Avant d'aller plus loin : une barrière à -40 % ne protège pas de 40 % de baisse
Comparer deux coupons, c'est comparer deux scénarios favorables. La comparaison n'a de sens que si elle intègre l'autre côté, et la phrase la plus répandue du marché y est fautive. Une barrière à -40 % ne signifie pas que les quarante premiers points de baisse sont absorbés : elle signifie que tant que le seuil n'est pas franchi, le capital est rendu, et qu'au premier point en dessous, la perte redevient celle d'une détention directe. C'est l'effet de falaise : au-delà de la barrière, « l'investisseur est exposé à une perte équivalente à celle d'un investissement direct » et cette perte « peut être totale » (Pôle commun AMF-ACPR, 22 juin 2026). Le point 9 de la grille reprend ce mécanisme en détail. Les produits structurés présentent donc un risque de perte en capital, pouvant être totale, et cette perte reste possible même lorsque le produit a versé des coupons pendant plusieurs années. Deux paramètres restent à lire avant toute comparaison de barrières : le mode d'observation (à l'échéance, à dates périodiques ou en continu) et la solvabilité de l'émetteur, dont dépend toute protection.
3. La grille : cinq blocs, quinze points, un ordre de passage
3.1 Trois vérifications préalables, sinon la comparaison n'a pas de sens
Même famille. Comparer un produit de protection et un produit de rendement, c'est comparer deux objectifs, pas deux offres : l'un cherche à limiter la perte, l'autre à servir un revenu conditionnel, et aucun indicateur ne les rend commensurables. La vérification se fait en amont, avec la taxonomie des familles.
Même enveloppe. L'AMF le signale explicitement : les réponses aux questions « s'appliquent au seul produit présenté et ne prennent pas en compte les frais liés à l'enveloppe de souscription (compte-titres, assurance-vie...), ni la fiscalité ». Deux offres dont l'une est chiffrée hors enveloppe et l'autre enveloppe comprise ne sont pas comparables. Le retraitement relève de la fiscalité des produits structurés, enveloppe par enveloppe et de ce que l'enveloppe assurance-vie change.
Ce que le discours commercial oublie : l'enveloppe ne protège pas du défaut de l'émetteur
Loger un produit structuré dans un contrat d'assurance-vie change la fiscalité, les frais et les modalités de transmission. Cela ne change ni la formule, ni le risque de crédit. Deux risques cohabitent ici, et l'un est régulièrement vendu comme s'il couvrait l'autre : le risque de défaut de l'émetteur du titre, que l'assureur ne garantit pas, et le risque de défaillance de l'assureur lui-même, qui relève d'un tout autre régime. Une seconde confusion mérite d'être levée : l'enveloppe n'« apporte » pas de la liquidité. Un rachat s'exécute en vendant l'unité de compte à sa valeur de marché : le contrat ne neutralise ni la décote éventuelle, ni le délai de cotation, ni la perte possible avant l'échéance, et la protection promise au terme ne joue qu'au terme. Comparer deux offres « dans la même enveloppe » sert à neutraliser la fiscalité et les frais, jamais à faire disparaître ces risques.
Même horizon de dimensionnement. Et cet horizon est la durée maximale, jamais la durée espérée. Le point est développé au bloc FORMULE, mais il conditionne toute la grille : une offre à huit ans face à un besoin identifié à trois ans est éliminée avant même qu'on regarde son coupon.
3.2 L'ordre de passage : les blocs éliminatoires avant le coupon
La grille se descend dans l'ordre, du premier bloc au dernier, et l'on s'arrête au premier blocage. L'intérêt est moins de gagner du temps que de neutraliser le biais d'ancrage : quand on a lu « 8 % » en premier, tout le reste devient une justification. Dans cette grille, le coupon est le sixième point examiné, jamais le premier.
L'ordre de passage, en une phrase
Famille → enveloppe → horizon → émetteur → sous-jacent → formule (le coupon arrive ici) → coût → contexte. Un blocage à n'importe quelle étape dispense d'examiner les suivantes.
3.3 La grille en un tableau
| Bloc | # | Le point | La question exacte à poser | Où le lire | Ce qui empêche de comparer deux offres en l'état |
|---|---|---|---|---|---|
| ÉMETTEUR | 1 | Émetteur, garant, nature du véhicule | Qui me doit l'argent, un garant intervient-il, et s'agit-il d'un titre de créance ou d'une part d'OPC ? | DIC, conditions définitives | Un titre de créance et un OPC à formule ne portent pas le même risque de contrepartie |
| 2 | Qualité de crédit (indicateur parmi d'autres) | Quelle notation, lorsqu'elle existe, et de qui : l'émetteur ou le garant ? | DIC, prospectus | Une notation de garant comparée à une notation d'émetteur | |
| SOUS-JACENT | 3 | Nature de la référence | Indice large, panier, action unique ? Le sous-jacent est-il le même dans les deux offres ? | Brochure, conditions définitives | Deux sous-jacents différents rendent les coupons incomparables |
| 4 | Worst-of et corrélation | La formule retient-elle la composante la moins performante ? Combien de composantes ? | Conditions définitives | Un mono-sous-jacent face à un panier worst-of de quatre valeurs | |
| 5 | Convention d'indice et décrément | Price Return, Net Total Return ou Gross Total Return ? Décrément en points ou en pourcentage ? | Documentation de l'indice | Un indice dividendes réinvestis face à un indice à décrément : c'est le facteur d'écart le plus discriminant, à neutraliser ou à assumer explicitement | |
| FORMULE | 6 | Niveau et conditionnalité du coupon (B %) | Le coupon est-il conditionnel, à quel seuil, et le taux est-il nominal ou actuariel ? | DIC, conditions définitives | Un taux nominal comparé à un taux actuariel |
| 7 | Effet mémoire | Que reporte-t-il exactement, et dans quel cas ne libère-t-il jamais rien ? | Conditions définitives | Un coupon à mémoire face à un coupon sec, au même taux affiché | |
| 8 | Seuil et fréquence des observations de rappel (X %) | À quel niveau suis-je rappelé, combien de fois par an, et qui déclenche : la formule ou l'émetteur ? | Conditions définitives | Même seuil, mais observation trimestrielle contre annuelle | |
| 9 | Niveau et mode d'observation de la barrière (Z %) | À l'échéance, à dates périodiques ou en continu ? Que se passe-t-il au-delà ? | DIC, conditions définitives | Une barrière basse observée en continu contre une barrière haute à l'échéance | |
| 10 | Durée maximale et durée probable | Sur quelle durée dois-je dimensionner ? La maximale. La probable n'est qu'une information. | DIC (durée recommandée), conditions définitives | Une durée maximale comparée à une durée espérée | |
| COÛT | 11 | Juste valeur et coûts intégrés | Le coût d'entrée total est-il donné, non annualisé, dans les deux offres ? | DIC, rubrique coûts | Un coût total face à un coût annualisé |
| 12 | Frais d'enveloppe | Les deux offres sont-elles chiffrées enveloppe comprise ou hors enveloppe ? | Contrat, information coûts MIF 2 | Le DIC du produit ne contient pas les frais du contrat : le contrat dispose de son propre document d'informations clés | |
| 13 | Coût de sortie et coût annualisé après rappel | Que coûte une sortie avant l'échéance, et que devient le coût rapporté à la durée réelle ? | DIC, conditions du contrat | Un coût rapporté à dix ans face au même coût rapporté à deux ans | |
| CONTEXTE | 14 | Liquidité et valorisation en cours de vie | Qui valorise, à quelle fréquence, et avec quelle fourchette achat-vente ? | Conditions définitives, contrat | Une valorisation quotidienne face à une valorisation hebdomadaire |
| 15 | Cohérence avec l'horizon et le patrimoine | La durée maximale est-elle compatible avec mes besoins, et la perte maximale supportable ? | Votre situation, pas le document | Rien : c'est ce point qui peut éliminer les deux offres |
Le bloc FORMULE parle en X, B et Z. Autant fixer ces trois lettres maintenant : on les retrouve dans toutes les brochures. X % désigne le seuil de remboursement automatique anticipé, B % le seuil de versement du coupon conditionnel et Z % la barrière portant sur le capital. Cette nomenclature est celle de l'annexe 3 de la position AMF DOC-2010-05, dans sa version du 8 décembre 2025. La mécanique de ces trois seuils est détaillée par notre page sur le mécanisme du rappel automatique et l'effet mémoire : nous ne les utilisons ici que comme unités de comparaison. Pour les définitions elles-mêmes — worst-of, décrément, indicateur synthétique de risque — le lexique des produits structurés les rassemble ; cette page suppose ce vocabulaire connu.
4. Points 1 à 5 — qui vous doit l'argent, et sur quoi vous pariez
4.1 Bloc ÉMETTEUR (points 1 et 2) : qui vous doit vraiment l'argent
Point 1 — émetteur, garant, véhicule. Derrière une souscription, il y a l'émetteur, qui vous doit l'argent ; parfois un garant ; le distributeur, qui vous vend le produit ; l'assureur, lorsque le titre est logé en unité de compte ; et le détenteur juridique de l'actif. Confondre deux de ces rôles suffit à se tromper de risque. L'inventaire complet de ce que chacun fait porter comme risque est traité par l'inventaire hiérarchisé des risques et les cinq rôles : cette page compare, elle ne recense pas.
Un point d'organisation du marché change la lecture d'une offre. Le Pôle commun observe que « l'initiative de la création du produit structuré relève le plus souvent du distributeur final », et que « dans la plupart des cas, c'est le distributeur final qui sollicite l'assureur pour faire référencer » le produit, « le rôle de l'assureur se limitant alors à accorder ou non le référencement ». Ce qu'il faut en tirer avant de comparer deux offres : le référencement chez un assureur n'est pas un label de qualité, et ne peut donc pas servir de critère départageant deux offres.
Ce que l'épargnant est en droit d'obtenir, en revanche, tient en deux lignes. L'AMF le formule ainsi : « nom et nationalité de l'émetteur et, le cas échéant, du garant », puis « notation de l'émetteur lorsqu'elle existe et/ou celle de son garant » ; elle rappelle que l'investisseur « porte un risque de crédit sur l'émetteur » et que « ce risque de crédit, souvent méconnu des épargnants, doit être présenté de façon claire ». Les véhicules, eux, ne sont pas interchangeables : un titre de créance structuré, un OPCVM ou FIA à formule et une unité de compte sont trois choses différentes, la dernière étant une modalité de détention et non une nature de produit. Écrire que « chaque produit est juridiquement un EMTN » est faux. Pour l'angle patrimoines élevés, notre guide EMTN et BMTN propose une vérification en huit points pensée pour l'assurance-vie luxembourgeoise ; cette page-ci fait autre chose : elle compare deux offres entre elles, pour un investisseur particulier, avec un ordre de passage et des scénarios communs. Environ 20 % des produits sont d'ailleurs commercialisés en offre au public sur compte-titres, contre près de 80 % en unités de compte d'assurance-vie (Pôle commun, 22 juin 2026).
Point 2 — la qualité de crédit, indicateur parmi d'autres. Interrogés par le Pôle commun, les courtiers déclarent six critères de sélection de leurs émetteurs. Ce tableau est utile parce qu'il montre où la notation se situe réellement : au premier rang, mais parmi cinq autres considérations.
| # | Critère déclaré de sélection des émetteurs | Ce que la comparaison doit en retenir |
|---|---|---|
| 1 | Qualité de crédit et solidité financière | Un indicateur, évolutif, qui ne garantit rien et ne se résume pas à une lettre |
| 2 | Sous-jacents proposés et capacité d'innovation | Explique pourquoi deux émetteurs ne proposent pas les mêmes formules |
| 3 | Conditions d'émission proposées | C'est ici que se joue une part du coupon affiché |
| 4 | Qualité de la documentation commerciale | Se recoupe avec le point « lisibilité » du score final |
| 5 | Référencement possible auprès des assureurs | Une condition d'accès, pas un label de qualité |
| 6 | Réputation et respect des obligations réglementaires | Critère qualitatif, non observable dans un DIC |
Deux règles que vous lirez ailleurs et que nous n'écrirons pas
La première est un seuil du type « notation minimale » ou « CDS inférieur à un certain nombre de points de base ». Ces formules ne figurent dans aucun des documents d'autorité que nous avons lus ; l'AMF écrit « notation lorsqu'elle existe ». La seconde est une table de probabilité historique de franchissement de barrière : publier une telle table sans sa période, son univers, sa fréquence d'observation et ses hypothèses n'a aucune valeur. Un test de cohérence, en revanche, est sourcé : sur l'échantillon étudié par la cartographie du 1eravril 2025, « aucune garantie totale en capital n'est prévue dans les produits notés 4 et plus » sur l'indicateur de risque. Le constat vaut pour cet échantillon et l'indicateur synthétique agrège risque de marché et risque de crédit : un DIC affichant un indicateur de 4 ou plus et une brochure parlant de « capital garanti » ne sont donc pas juridiquement impossibles, mais doivent alerter et appellent une explication écrite avant toute comparaison.
4.2 Bloc SOUS-JACENT (points 3 à 5) : sur quoi porte réellement le pari
Point 3 — la nature de la référence. Selon la cartographie du 1eravril 2025, « pratiquement les trois quarts des produits structurés commercialisés en 2023 (en encours) sont indexés sur la classe d'actifs actions », la classe taux représentant 13 % des encours commercialisés cette année-là. Un indice large et public comme le CAC 40 ou l'Euro Stoxx 50 n'a rien à voir, en termes de dispersion, avec un panier de quatre actions. Si les deux offres ne portent pas sur la même référence, la comparaison des coupons est déjà caduque.
Point 4 — worst-of et corrélation. Les produits dits « worst-of » « donnent le rendement de l'action la moins performante d'un panier d'actions » (AMF, janvier 2026). Le raisonnement tient sans chiffre : plus les composantes sont nombreuses et faiblement corrélées, plus la probabilité qu'au moins une d'entre elles passe sous la barrière augmente ; et en période de tension, les corrélations montent précisément au moment où l'on aurait besoin qu'elles baissent. La corrélation figure d'ailleurs au deuxième critère de complexité de la position AMF DOC-2010-05, parmi les paramètres « généralement non observables de façon individuelle sur les marchés ». Certains assureurs écartent d'ailleurs au référencement certains types de sous-jacents : les filtres qu'ils déclarent sont repris au chapitre 9.
Point 5 — convention d'indice et décrément. Un décrément n'est pas un frais : c'est un « prélèvement forfaitaire » appliqué dans un objectif de « couverture du risque de dividende », donc une règle de calcul du sous-jacent lui-même. La première question à poser porte sur la convention retenue par l'indice — Price Return, Net Total Return ou Gross Total Return —, la seconde sur la forme du prélèvement. Et selon la forme retenue, l'effet n'est pas du tout le même quand l'indice baisse.
Pour ne pas se tromper de mot : un décrément n'est pas un frais
On lit souvent qu'un indice à décrément serait une version « truquée » de l'indice, ou un frais caché. Les deux formulations sont fausses. Un décrément est une règle de calcul du sous-jacent : l'indice de référence est construit avec un prélèvement forfaitaire destiné à couvrir le risque de dividende, et c'est cet indice-là, publié et documenté, qui sert de référence à la formule. Aucun euro n'est prélevé sur votre contrat à ce titre. L'effet n'en est pas moins bien réel, et c'est pourquoi le décrément mérite un point de grille à lui seul : il pèse sur le niveau atteint par l'indice, donc simultanément sur le seuil de rappel, sur la condition de coupon et sur la barrière de capital. Il rend aussi la structuration plus facile et peut augmenter le coupon facial : une partie de ce que l'indice ne restitue plus finance ce que la brochure affiche. Dernière précaution de vocabulaire : le prélèvement contractuel ne se lit qu'après la convention de l'indice, et il ne remplace pas mécaniquement le dividende réel : l'écriture « performance moins 5 % » est un raccourci qu'il faut vérifier dans la documentation de l'indice avant de comparer quoi que ce soit.
Décrément en points : l'effet est non linéaire (exemple publié par l'AMF)
Indice a l'emission : 1 000 points -> 50 points retranches = 5 %
Indice tombe a 800 points -> 50 points retranches = 6,25 %
(indice apres decrement : 750)Un décrément en points pèse d'autant plus lourd que l'indice est bas ; un décrément en pourcentage retranche la même fraction quel que soit le niveau. Exemple chiffré publié par l'AMF, étude de janvier 2026.
La règle qui en découle est identique dans trois documents d'autorité : un indice à décrément en points surperformera un indice à décrément en pourcentage dans les marchés haussiers, mais sous-performera ce dernier dans les marchés en baisse. Ce constat ne tient pas seul, et le Pôle commun le dit lui-même : sur 6 472 produits clos entre 2022 et 2024, la performance moyenne des produits avec décrément est proche de celle des produits sans, mais le Pôle commun précise aussitôt que « les marchés étaient haussiers sur la période » et que « ce constat ne serait plus vrai dans un environnement baissier ou stable, où le décrément freinerait l'atteinte des conditions de remboursement anticipé et/ou de délivrance des coupons ». Le détail des conventions est traité par notre page sur les indices à décrément, en points ou en pourcentage : un coupon plus élevé peut n'être que la contrepartie d'une convention d'indice différente.
5. Points 6 à 10 — la formule : le coupon n'arrive qu'ici
C'est le bloc que la brochure met en couverture. Cinq points le composent, et ils se lisent ensemble : un coupon (B %), sa mémoire, un seuil de rappel (X %), une barrière de capital (Z %) et deux durées qui n'ont pas le même usage.
Point 6 — niveau et conditionnalité du coupon (B %). Deux questions suffisent, et la première est formulée par l'AMF elle-même : « les taux communiqués sont-ils nominaux et/ou actuariels ? » ; la seconde porte sur la rémunération « aux bornes des différents scenarii », notamment en cas de remboursement anticipé. B % — le seuil déclenchant le coupon — est distinct de X %, le seuil de rappel, et généralement plus bas : deux offres au même coupon peuvent avoir des seuils de versement très différents.
Point 7 — l'effet mémoire. Il ne protège rien. Il reporte certains coupons non versés, qui peuvent rester définitivement non payés si les conditions ne redeviennent jamais favorables — dans le cas chiffré du chapitre 8, la structure A mémorise dix coupons successifs sans que la condition de versement soit jamais remplie. Ses variantes sont détaillées par la page consacrée au rappel automatique.
Point 8 — seuil et fréquence des observations de rappel (X %). L'AMF demande que l'épargnant connaisse la « durée minimale et maximale » et le « fait déclencheur d'un éventuel remboursement anticipé », en précisant qu'il peut être à la main de l'émetteur et non seulement automatique, distinction souvent ignorée. La fréquence compte autant : à seuil identique, une observation trimestrielle et une observation annuelle ne produisent pas le même profil. On compte les fenêtres, pas seulement le seuil.
Point 9 — niveau et mode d'observation de la barrière (Z %). Trois modes coexistent : observation à l'échéance seulement, à dates périodiques, ou en continu pendant toute la vie du produit. Résumer une barrière à -40 % par « vous êtes protégé contre 40 % de baisse » est donc fautif deux fois. Le mode d'observation manque, et la formulation officielle dit tout autre chose : « en dessous de ce niveau, l'investisseur subit une perte en capital correspondant à la baisse de l'indice depuis le lancement du produit. Cette perte peut être totale. » Ce n'est pas la fraction au-delà du seuil qui est perdue : c'est toute la baisse. Reste ce que la brochure met en note de bas de page : la protection « n'est valable qu'à l'échéance » et l'investisseur « ne sera pas protégé en cas de sortie en cours de vie du produit, notamment à l'initiative du client ou en cas de dénouement du contrat d'assurance-vie » ; et toute protection reste subordonnée à la solvabilité de l'émetteur.
| Situation de protection | Part des produits | Formulation de la source |
|---|---|---|
| Protection totale et inconditionnelle à l'échéance | 14 % | « sous réserve de conservation jusqu'au terme et de la solvabilité de l'émetteur » |
| Protection conditionnelle (barrière) | 57 % | « par exemple une baisse de 30 % à 40 % du sous-jacent » |
| Protection partielle inconditionnelle | 3 % | « protégeant généralement entre 70 % et 90 % du capital investi » |
| Total : une forme de protection | 74 % | 14 + 57 + 3 |
| Aucune protection | 26 % | « exposant pleinement l'investisseur aux variations défavorables » |
Le mot « garanti » ne devrait être employé que pour la première ligne de ce tableau. Sur ce vocabulaire, où se joue une bonne part des malentendus, ce que garanti, protégé et barrière engagent exactement fait le tri : comparer deux barrières suppose de savoir ce que le mot protection recouvre dans chaque offre.
Point 10 — durée maximale et durée probable. On vous parlera d'« une durée ». Il y en a trois, et elles ne servent pas à la même chose : la maturité contractuelle, la durée de détention recommandée affichée au DIC, et la durée effective, qui n'est connue qu'après coup.
Les trois durées, et celle sur laquelle on dimensionne
Sur 2022-2024, « un contexte de marché actions favorable a permis à la plupart des produits structurés d'être remboursés par anticipation après une durée moyenne de 2 ans, bien avant leur échéance théorique (8-12 ans) » ; la cartographie du 1eravril 2025 relève de son côté que plus de 90 % des produits clos entre 2021 et 2023 l'ont été avant leur durée maximale, « 80 % avant 3 ans et 95 % avant 5 ans ». Ces chiffres décrivent une période, pas une règle. Le Pôle commun est explicite sur ce qu'il ne faut pas en faire : le critère « horizon d'investissement » est « dans la moitié des situations, établi de manière trop large », les distributeurs prenant en compte « la possibilité de rappel anticipé alors même que rien ne garantit que le produit sera rappelé ». On dimensionne sur la durée maximale ; la durée probable n'est qu'une information secondaire.
Faire relire deux propositions avant de signer
Vous avez deux offres sur la table et l'impression que la comparaison vous échappe. Nous les passons ensemble sur la même grille, avec les documents sous les yeux — et la conclusion peut être qu'aucune des deux ne correspond à votre horizon.
6. Points 11 à 15 — le coût qui ne figure sur aucun relevé
Restent les blocs COÛT et CONTEXTE. En rendez-vous, c'est là que la conversation s'accélère : quarante minutes ont été passées sur la formule, il en reste dix, et personne ne redemande le coût d'entrée. Le bloc COÛT (points 11 à 13) porte sur un montant que le prix payé a déjà absorbé, et qu'aucune ligne ne fera jamais apparaître ensuite. Le bloc CONTEXTE (points 14 et 15) ne se lit pas dans les documents du produit : il se lit dans votre situation, et c'est le seul bloc qui puisse éliminer les deux offres à la fois.
Ce chapitre ne calcule aucun rendement net et ne décompose aucune couche de frais : il pose une seule question, celle de la comparabilité : les deux offres sont-elles chiffrées sur la même base ? Le calcul complet du coût total et du rendement réellement net est mené par notre page dédiée aux frais et au rendement net, qui est le renvoi le plus important de cette grille.
Point 11 — juste valeur et coûts intégrés. Le coût d'entrée implicite se définit comme « la différence entre le nominal et la juste valeur économique théorique » des instruments qui permettent à l'émetteur de répliquer le produit (Pôle commun ACPR-AMF, étude du 22 juin 2026, p. 19). Le repère chiffré disponible y figure : un coût d'entrée total moyen de 5,83 %, dans une plage allant de 1,20 % à 13,16 %, sur un échantillon déclaratif de 60 titres de créance structurés émis par 18 émetteurs et distribués par 20 distributeurs. Retenez la plage plutôt que la moyenne : sur ces 60 titres, le moins cher coûtait 1,20 % à l'entrée et le plus cher 13,16 %, soit un rapport de 1 à 11. C'est cette dispersion qui rend le coût discriminant entre deux offres, pas les 5,83 % de moyenne. Ce que recouvre cette juste valeur théorique et la façon dont elle est construite relèvent de notre page sur la construction et le pricing d'un produit structuré : ici, elle n'est qu'une ligne de comparaison.
On voit régulièrement additionner le coût d'entrée moyen et le coût de sortie moyen pour annoncer un « coût total ». Ces lignes de coûts ne s'additionnent pas : ce sont des moyennes indépendantes calculées sur un échantillon hétérogène. Les soustraire est tout aussi fautif. Et surtout, le coût d'entrée ne se retranche pas des euros reçus : écrire « 5 830 € déduits du capital » serait une faute, car ce coût a réduit en amont la juste valeur disponible pour financer le coupon et la protection. Cette estimation dépend en outre de paramètres propres à l'émetteur : le coût « dépend de paramètres propres à l'émetteur et des conditions de marché » et « doit être interprété comme une estimation et non comme une mesure exacte ». Deux coûts d'entrée lus dans deux DIC de deux émetteurs différents ne se comparent donc pas au centième près. Quant à un éventuel seuil de « trop cher », il n'existe pas : « l'ACPR et l'AMF n'encadrent pas les frais, qui sont fixés librement par les acteurs ». Aucun barème officiel ne permet donc de disqualifier une offre dans l'absolu ; la seule chose que la comparaison puisse faire, c'est constater un écart entre les deux offres et demander ce qui le justifie.
Point 12 — les frais d'enveloppe. Ils ne figurent pas dans les documents du produit et viennent s'y ajouter. Deux documents, deux périmètres, à ne jamais mélanger : l'information sur les coûts issue de MIF II porte sur le service (article 50 du règlement délégué (UE) 2017/565, article 325-14 du règlement général de l'AMF), le DIC PRIIPs porte sur le produit. La qualité de cette information reste d'ailleurs perfectible : sur 15 prestataires interrogés par le Pôle commun, 2 seulement communiquent l'information ex ante de manière conforme. La position à retenir pour comparer est explicite : « ce montant total, non annualisé, doit être la base » de l'information sur les coûts et frais. Si l'une des deux offres est présentée en coût annualisé et l'autre en coût total, les colonnes ne sont pas commensurables.
Point 13 — coût de sortie et coût annualisé après rappel. La question de grille tient en une ligne : le coût d'une sortie avant l'échéance est-il chiffré dans les deux offres, et sur la même base ? Repère de dispersion, sur le même échantillon déclaratif de 60 titres : un coût de sortie moyen de 0,71 % (Pôle commun ACPR-AMF, 22 juin 2026). Le détail de ce que coûte réellement une sortie, et la façon dont un produit est valorisé en cours de vie, sont traités par notre page sur la sortie anticipée et la valorisation : cette page-ci ne dit que ce qu'il faut en demander pour comparer deux offres avant souscription. Mais le point décisif pour la comparaison est ailleurs : un rappel anticipé change le poids du coût.
Ce qu'un rappel anticipé fait au coût (exemple publié par l'AMF)
Commission de distribution : 0,65 % l'an du nominal,
CALCULEE SUR LA DUREE DE VIE MAXIMALE (10 ans),
payable EN UNE SEULE FOIS a l'emission
-> 6,5 % preleves des le depart, quelle que soit la duree effective
Poids annualise selon la duree REELLEMENT vecue :
10 ans -> 0,65 %/an 5 ans -> 1,30 %/an
8 ans -> 0,81 %/an 2 ans -> 3,25 %/an (x 5)Un rapport coût / durée est un poids annualisé approximatif obtenu par simple division : ce n'est ni un taux de rendement interne, ni un taux actuariel. Source : AMF, étude de janvier 2026.
Ce que le discours commercial oublie : le rappel anticipé alourdit le coût
Un rappel anticipé est toujours présenté comme une bonne nouvelle. Il multiplie le coût annualisé : des frais calculés sur dix ans et prélevés en une fois pèsent cinq fois plus lourd par année si le produit est rappelé au bout de deux ans. Et le Pôle commun le confirme : « les frais payés à l'entrée ne lui seront pas partiellement remboursés quand bien même le produit serait rappelé avant son échéance » (même constat dans le rapport ESMA du 3 mars 2026, qui relève que les gains d'un rappel rapide peuvent être annulés par des coûts payés d'avance et proportionnellement élevés au regard de la durée effective).
Point 14 — liquidité et valorisation en cours de vie. L'AMF constate que « la question de la liquidité n'est pas abordée dans les documents commerciaux » : d'où un point de grille explicite, faute de quoi il ne serait jamais posé. Posez les questions par écrit avant de signer : qui valorise le produit, à quelle fréquence, et quelle fourchette achat-vente s'applique en cas de sortie ? Si les réponses arrivent par téléphone et jamais par mail, c'est déjà une information. Certains organismes imposent contractuellement à leurs émetteurs une double valorisation quotidienne et une fourchette achat-vente d'au plus 1 % (pratiques observées chez certains acteurs, non une norme de marché). L'ESMA rappelle de son côté que beaucoup de ces produits sont destinés à être conservés jusqu'à l'échéance : « many of these products are intended to be held to maturity: they are structurally illiquid as they do not have a secondary market and they must be redeemed with the issuer » (rapport du 3 mars 2026). Ce que vaut réellement le produit avant son terme relève de la valorisation en cours de vie : pour comparer deux offres, il suffit d'obtenir ces trois réponses par écrit.
Point 15 — cohérence avec l'horizon et le patrimoine. Ce point-là ne se trouve dans aucun PDF. Il se règle avec un calendrier : un apport prévu à cinq ans, des études à financer, une cession d'entreprise en discussion, face à une durée maximale que rien ne garantit d'écourter. La perte maximale est-elle supportable, financièrement et psychologiquement ? La règle du marché cible est stricte : « il est impossible de modifier le profil client pour faire entrer le client dans le marché cible » (AMF, étude de janvier 2026 ; l'obligation de marché cible elle-même est fondée sur les articles 313-11 et 313-18 du règlement général de l'AMF). Nous ne publierons aucune allocation chiffrée recommandée ; signalons seulement que certains assureurs plafonnent contractuellement la part de supports complexes, à 50 % maximum par exemple, pour limiter un risque de concentration (pratique relevée par le Pôle commun ACPR-AMF, étude du 22 juin 2026) ; là encore, pratique observée, pas recommandation. Une ligne pour la personne morale : une société ne peut pas souscrire d'assurance-vie, et l'article 209-0 A du CGI, qui vise les parts ou actions d'organismes de placement collectif, ne paraîtrait pas applicable à un titre de créance structuré détenu en direct — en revanche, un produit structuré logé dans un OPC à formule relèverait bien de ce régime, la nature juridique du support commandant le traitement fiscal [à vérifier au cas par cas, avec le support et la doctrine applicable]. Le sujet relève de notre page sur les produits structurés détenus par une société et, plus largement, de nos pages sur les placements de trésorerie d'entreprise.
| Ligne à comparer | Ce qu'il faut demander | Document où le trouver | Piège de comparabilité |
|---|---|---|---|
| Coût du produit | Le coût d'entrée total, non annualisé | DIC, rubrique « Que va me coûter cet investissement ? » | Une offre en coût annualisé face à une offre en coût total |
| Frais d'enveloppe | Les frais de gestion de l'unité de compte et les éventuels droits d'entrée | Contrat, information coûts MIF 2 | Absents du DIC du produit : ils s'ajoutent et figurent dans le DIC du contrat |
| Coût de sortie | Le coût d'une sortie avant l'échéance, frais d'exécution compris | DIC et conditions du contrat | Souvent oublié parce qu'il ne se produit « en principe » pas |
7. Les scénarios communs : la seule façon honnête de départager
7.1 Pourquoi les scénarios du DIC ne départagent pas deux offres
Beaucoup d'investisseurs posent les deux DIC côte à côte et comparent les quatre scénarios de performance normalisés. L'ESMA a mesuré ce que cela donne. Dans son rapport du 3 mars 2026, elle constate que le scénario intermédiaire ressort supérieur au scénario favorable à l'horizon de détention recommandé pour 35 % des produits de son échantillon (13 891 produits structurés de détail émis en 2024, issus des données des documents d'informations clés), dont 99,5 % sont des autocalls, et que les deux scénarios sont égaux pour 16 % d'entre eux. L'explication est donnée par l'ESMA elle-même : « the scenarios being based on different horizons when using different simulated termination dates for the product, as is the case, for instance, for many autocall products », auxquels s'ajoutent des structures qui plafonnent la surperformance. Autre chiffre du même rapport et du même périmètre (produits émis en 2024) : 20 % des produits affichent un rendement négatif dans le scénario intermédiaire à un an, contre 6 % à l'horizon recommandé.
Ces quatre scénarios — tensions, défavorable, intermédiaire, favorable — sont normalisés pour un produit donné. Ils ne simulent pas deux produits sur les mêmes trajectoires ni sur les mêmes horizons de terminaison. Ils ne peuvent donc pas servir à départager deux offres. L'AMF ajoute que les scénarios figurant dans une documentation commerciale « ne sont pas comparables aux scenarii du DIC ». Le DIC reste pour autant la source normalisée de l'indicateur de risque, de la durée de détention recommandée et des coûts : il ne sert simplement pas à départager deux offres, et savoir le lire ligne par ligne reste indispensable. Les graphiques de backtest ne le remplacent pas non plus : lorsqu'un indice est de création récente « il n'y a pas à proprement parler d'historique », l'évolution passée étant reconstituée.
7.2 La règle des trajectoires communes
Le protocole, en quatre lignes
1. MEMES trajectoires appliquees AUX DEUX structures (hausse / lateral / baisse / choc)
2. TAUX ANNUALISE EQUIVALENT, jamais un coupon facial ni un gain cumule
= ((Nominal + Gain net) / Nominal)^(1/n) - 1
(si des coupons sont verses en cours de vie : un TRI datant chaque flux)
3. NET : apres frais d'enveloppe, cout de sortie eventuel et fiscalite
(le cout du produit est integre au prix : il ne se deduit pas une seconde fois)
4. MEME enveloppe pour les deux, sinon on compare deux regimes fiscauxLes trajectoires courent jusqu'à la durée maximale, le rappel intervenant s'il est déclenché — jamais l'inverse. Le taux du point 2 est un taux géométrique, exact lorsque tous les flux sont versés au dénouement. Le coût de sortie du point 3 ne s'applique qu'en cas de revente avant l'échéance. Le fondement du point 2 est une question posée par l'AMF : « les taux communiqués sont-ils nominaux et/ou actuariels ? ».
7.3 Le bon benchmark : dividendes compris
Reste à savoir contre quoi mesurer. La méthode officielle existe et mérite d'être imitée : le Pôle commun a comparé 65 produits représentatifs du marché, soit 5 milliards d'euros d'encours, à des « fonds indiciels (ne comportant pas de protection en capital) répliquant les sous-jacents » de ces produits, sur la même période 2022-2024, et relève un différentiel moyen de 2,4 points en défaveur des produits structurés. Le rapport pose lui-même les limites de sa mesure : les marchés actions ont été haussiers sur la période ; les fonds comparés n'offraient aucune protection, si bien que les profils de risque ne sont pas identiques ; et en évolution latérale ou en baisse contenue en deçà des seuils, l'investisseur « peut percevoir une performance supérieure à celle d'un investissement dans le sous-jacent ».
Pourquoi dividendes compris ? Parce que le décrément se justifie officiellement par la couverture du risque de dividende : comparer une structure adossée à un indice à décrément avec un indice nu, hors dividendes, fausse structurellement la comparaison en faveur de la structure. Le fonds indiciel n'intervient ici que comme étalon de mesure, jamais comme alternative recommandée. Et il ne faut pas écrire qu'un fonds indiciel coté « ne verse rien » en marché baissier : il distribue ou réinvestit ses dividendes, quelle que soit l'orientation des cours. À l'inverse, d'après la cartographie du Pôle commun ACPR-AMF du 1er avril 2025, portant sur les produits clos entre 2021 et 2023, ceux-ci ont majoritairement bien fonctionné, avec « moins de 1 % des produits » enregistrant une perte en capital et un « rendement annuel médian s'établi[ssant] à 6,50 % », la même source précisant que ce rendement est brut de frais et « ne présage pas des rendements futurs offerts dans un contexte de marché différent ». C'est une mesure ex post sur une période de marchés porteurs, pas une espérance de rendement.
| Colonne de gauche | Colonne de droite | Pourquoi elles ne sont pas commensurables |
|---|---|---|
| Coupon facial | Taux annualisé équivalent | Le premier est un taux périodique conditionnel, le second un résultat après coup |
| Gain cumulé | Taux annualisé équivalent | Un même gain cumulé sur 2 ans ou sur 8 ans n'a pas la même valeur |
| Résultat brut | Résultat net | Frais du produit, frais d'enveloppe, coût de sortie et fiscalité manquent |
| Chiffré hors enveloppe | Chiffré enveloppe comprise | Les frais du contrat s'ajoutent, ils ne sont pas dans le DIC du produit |
| Durée probable | Durée maximale | Dimensionner sur la durée espérée revient à parier sur le rappel |
| Indice nu (hors dividendes) | Indice dividendes compris | Le décrément couvre précisément le risque de dividende |
Ce que le discours commercial oublie : le comparatif de brochure ne démontre rien
Le comparatif de brochure oppose presque toujours un coupon facial à une performance brute d'indice : deux grandeurs de nature différente, sur des durées différentes, et dont l'une ignore les dividendes. La comparaison paraît écrasante en faveur du produit structuré. Demandez que le même graphique soit refait avec l'indice dividendes réinvestis et un taux annualisé des deux côtés, puis regardez ce qu'il en reste.
8. Un coupon affiché de 8 % contre 5 % : la grille appliquée de bout en bout à deux structures fictives
8.1 Les hypothèses, toutes fictives
Un investisseur reçoit deux propositions à quinze jours d'intervalle. La structure A affiche un coupon conditionnel de 8 % par an, la structure B un coupon de 5 %. Les deux tiennent en quatre pages, les deux annoncent une protection, les deux portent sur le même panier d'actions. Voici ce que la grille fait apparaître. Les paramètres ci-dessous sont explicitement fictifs : ils sont choisis pour être pédagogiques, ne décrivent aucun produit réel et ne correspondent à aucune offre du marché.
Un mot sur le calibrage de l'exemple, parce qu'il commande tout le résultat. Le point 5 de la grille signale qu'un indice à décrément et un indice dividendes réinvestis sont le facteur d'écart le plus discriminant entre deux offres : nous comparons ici volontairement ces deux conventions, parce que c'est la variable que la brochure ne montre pas, et non parce que deux offres ainsi construites seraient spontanément comparables. Surtout, le décrément retenu (50 points, soit 5 % du niveau initial) dépasse de 2 points le rendement en dividendes retenu (3 %). L'indice de A dérive donc d'environ 2 % par an même quand le panier ne bouge pas, et c'est ce choix, fictif, qui produit l'essentiel du résultat commenté plus bas : un décrément calibré au niveau du dividende inverserait la conclusion. Un décrément n'est donc pas un handicap par nature, et rien de ce qui suit ne permet d'écrire que « décrément = perdant ».
| Paramètre | Structure A | Structure B | Statut |
|---|---|---|---|
| Nominal investi | 100 000 € | 100 000 € | hypothèse |
| Coupon conditionnel, à effet mémoire | 8 %/an | 5 %/an | FICTIF |
| Sous-jacent | même panier — indice à décrément de 50 points/an | même panier — indice dividendes réinvestis, sans décrément | FICTIF |
| Niveau initial de l'indice | 1 000 | 1 000 | convention |
| Rendement en dividendes du panier | 3 %/an | 3 %/an | FICTIF |
| Seuil de rappel X % et seuil de coupon B % | 100 %, observation annuelle | 100 %, observation annuelle | FICTIF |
| Barrière de capital Z %, observée à l'échéance | 50 % (500 points) | 60 % (600 points) | FICTIF |
| Maturité maximale | 10 ans | 10 ans | FICTIF |
| Coût d'entrée implicite | 8 % | 3 % | FICTIF, choisi dans la plage sourcée 1,20 %-13,16 % |
| Enveloppe | assurance-vie de moins de 8 ans, primes versées depuis le 27 septembre 2017, rachat total : 12,8 % + 17,2 % = 30,0 % | identique | taux vérifiés |
| Frais de gestion de l'unité de compte | 0,80 %/an | 0,80 %/an | FICTIF |
Les tableaux reposent sur cinq raccourcis de calcul. Les frais d'unité de compte sont calculés linéairement sur le nominal : cette convention les surestime dans les scénarios de baisse et les sous-estime dans les scénarios de hausse ; elle est donc légèrement favorable au fonds indiciel du § 8.4 en marché porteur et légèrement défavorable à tous en marché baissier ; l'écart mesuré reste inférieur à un quart de point par an et ne modifie aucun des résultats commentés. L'indice « dividendes compris » progresse selon une convention additive, la performance prix augmentée de 3 points de dividende, retenue pour la lisibilité. Le coût d'entrée n'entre pas dans les flux : il explique pourquoi A peut afficher 8 % et combien il reste pour financer la formule, il ne se déduit pas des euros reçus. La fiscalité est appliquée en supposant un rachat total à la date de sortie : dans un contrat, un coupon crédité n'est pas imposable avant rachat, et l'assiette d'un rachat partiel serait proratisée. Enfin, aucun crédit d'impôt n'est calculé sur les pertes, la qualification juridique du gain n'étant pas tranchée ici.
8.2 Quatre trajectoires, appliquées aux deux structures
| Scénario (performance prix du panier) | Str. | Sortie | Coupons versés | Capital rendu | Gain net | Annualisé net |
|---|---|---|---|---|---|---|
| S1 — Hausse, +5 %/an | A | an 1 | 8 % | 100 % | +5 040 € | +5,04 %/an |
| B | an 1 | 5 % | 100 % | +2 940 € | +2,94 %/an | |
| S2 — Latéral, 0 %/an | A | an 10 | 0 % | 100 % | −8 000 € | −0,83 %/an |
| B | an 1 | 5 % | 100 % | +2 940 € | +2,94 %/an | |
| S3 — Baisse, −5 %/an | A | an 10 | 0 % | 36,0 % | −72 025 € | −11,96 %/an |
| B | an 10 | 0 % | 100 % | −8 000 € | −0,83 %/an | |
| S4 — Choc en an 1 (−45 %) puis 0 %/an | A | an 10 | 0 % | 18,4 % | −89 643 € | −20,29 %/an |
| B | an 10 | 0 % | 100 % | −8 000 € | −0,83 %/an |
| Trajectoire de l'indice | An 1 | An 2 | An 5 | An 10 |
|---|---|---|---|---|
| S1 — avec décrément (A) | 1 030 | 1 062 | 1 176 | 1 435 |
| S1 — sans décrément (B) | 1 080 | 1 166 | 1 469 | 2 159 |
| S2 — avec décrément (A) | 980 | 959 | 894 | 771 |
| S2 — sans décrément (B) | 1 030 | 1 061 | 1 159 | 1 344 |
| S3 — avec décrément (A) | 930 | 861 | 664 | 360 |
| S3 — sans décrément (B) | 980 | 960 | 904 | 817 |
| S4 — avec décrément (A) | 530 | 496 | 387 | 184 |
| S4 — sans décrément (B) | 580 | 597 | 653 | 757 |
8.3 Le résultat contre-intuitif
Sur une seule des quatre trajectoires, la structure au coupon de 8 % l'emporte. Sur les trois autres, elle est battue, et deux fois très largement.
En S1, la hausse déclenche le rappel dès l'année 1 pour les deux structures : A rapporte 5,04 % net, B 2,94 %. C'est le seul cas où le coupon élevé fait la différence. En S2, tout s'inverse. Le panier ne perd pas un point, et pourtant l'indice à décrément tombe sous 1 000 dès l'année 1, à 980, et n'y remonte jamais : 771 points à l'année 10. La structure A ne verse aucun coupon en dix ans : l'effet mémoire a bien mémorisé dix coupons, soit 80 % du nominal en cumulé, mais la condition de versement n'a jamais été retrouvée et ces coupons restent définitivement non payés. La structure A termine à -0,83 %/an ; la structure B, rappelée dès l'année 1, ressort à +2,94 %/an. Le coupon de 8 % était financé par le décrément. L'exemple fixe le seuil de coupon B % à 100 %, au même niveau que le seuil de rappel. Sur une structure de type phoenix, où ce seuil est souvent placé plus bas, la mémoire de A se libérerait en S2 et l'ordre des deux structures pourrait s'inverser. Le paramètre B % n'est donc pas un détail de la grille : c'est un point de bascule.
En S3 et en S4, c'est l'effet de falaise qui joue. L'indice à décrément passe sous la barrière de 50 % — 360 points, puis 184 en cas de choc, alors que l'indice sans décrément reste largement au-dessus de la barrière de 60 % de la structure B. Résultat : A rend 36 % puis 18,4 % du capital, B rend 100 % dans les deux cas. L'écart atteint 11 points de taux annualisé dans le premier cas et près de 20 dans le second. Le contraste avec le sous-jacent réel rend l'effet de falaise incontestable : en S3, le panier lui-même ne perd que 40 % en prix (598,7 points) et 18,3 % dividendes réinvestis (817 points), mais l'indice à décrément, lui, tombe à 360 points et fait franchir la barrière. Ce n'est pas un artefact de calcul : l'AMF écrit qu'un décrément excessif peut conduire à « afficher un taux de coupon très élevé, dont la probabilité de réalisation serait en réalité très faible » ; et la cartographie du 1er avril 2025 relève, sur les produits clos entre 2021 et 2023 et brut de frais, une corrélation positive entre le niveau de risque et le rendement, les produits au risque le plus élevé offrant généralement les performances brutes les plus importantes. Autrement dit, quand un coupon passe de 5 à 8 % entre deux propositions, la question à poser au distributeur n'est pas « comment font-ils » mais « qu'est-ce qui a été déplacé » : le décrément, la barrière, le nombre de sous-jacents ou la juste valeur.
Le cas contient enfin la démonstration du point 9, à niveau de barrière strictement inchangé. En S4, l'indice de la structure B tombe à 580 points dès l'année 1, donc sous sa barrière de 600, avant de remonter à 757 points à l'échéance. Avec une barrière observée à l'échéance, comme dans nos hypothèses, B rend 100 % du capital et ressort à -0,83 %/an. Avec la même barrière de 60 % observée en continu, elle serait franchie dès l'année 1 : le capital rendu tomberait à 75,7 % et le résultat à -3,83 %/an, soit 3,00 points d'écart par an sans qu'aucun chiffre de la brochure n'ait changé. C'est pourquoi le mode d'observation figure dans la grille au même rang que le niveau de la barrière.
Structure A — ce qu'elle achète et ce à quoi elle renonce
Elle achète un coupon affiché plus élevé et une barrière plus basse en apparence protectrice. Elle renonce aux dividendes du panier, absorbés par le décrément retenu dans nos hypothèses, et accepte que le seuil de rappel s'éloigne mécaniquement chaque année. Sous ces hypothèses fictives, elle ne l'emporte que dans un scénario de hausse franche et rapide ; dans les deux trajectoires de baisse retenues, elle ne rend que 36,0 % puis 18,4 % du capital, soit une perte nette, frais d'unité de compte compris, de 72 025 € puis de 89 643 € sur 100 000 € investis.
Structure B — ce qu'elle achète et ce à quoi elle renonce
Elle achète un sous-jacent qui ne se dégrade pas mécaniquement et une barrière plus haute mais atteinte moins vite. Elle renonce à la moitié du coupon affiché par A. Elle reste exposée au risque de perte en capital : en cas de baisse supérieure à sa barrière, la perte suivrait toute la baisse depuis l'origine.
8.4 Le benchmark dividendes compris, sur les mêmes durées
| Scénario | Horizon | Fonds indiciel dividendes compris | Structure A | Structure B |
|---|---|---|---|---|
| S1 — Hausse | 1 an | +5,04 %/an | +5,04 %/an | +2,94 %/an |
| S2 — Latéral | 10 ans (horizon de A) | +1,71 %/an | −0,83 %/an | — |
| S2 — Latéral | 1 an (horizon de B) | +1,54 %/an | — | +2,94 %/an |
| S3 — Baisse | 10 ans | −3,00 %/an | −11,96 %/an | −0,83 %/an |
| S4 — Choc | 10 ans | −3,83 %/an | −20,29 %/an | −0,83 %/an |
En S1, la structure A égale exactement le fonds indiciel alors qu'elle a plafonné la hausse et ajouté un risque émetteur : coïncidence de ces hypothèses, le coupon de 8 % égalant par construction la performance totale du panier, n'en faites pas une règle. En S2 et S3, la structure A fait nettement pire que l'exposition indicielle dividendes compris. Et en S3 comme en S4, la structure B fait nettement mieux que le fonds indiciel : la protection conditionnelle a joué son rôle. Reste le seul comparatif officiel disponible : 2,4 points en défaveur des produits structurés, sur 65 produits représentatifs (5 milliards d'euros d'encours) comparés à des fonds indiciels ne comportant pas de protection en capital, sur 2022-2024. La comparaison n'est donc pas à risque égal, et elle ne vaut pas prévision. Précisons enfin le périmètre de cet exercice : le fonds indiciel n'est mobilisé ici que comme étalon de mesure pour départager deux structures. La comparaison des produits structurés avec les autres classes d'actifs (fonds en euros, obligations, immobilier, private equity) appartient à notre guide pilier, qui lui consacre une section entière.
8.5 Vérification de robustesse : l'écart tient-il hors assurance-vie ?
Les mêmes structures détenues en compte-titres, avec un taux forfaitaire global de 31,4 % — prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % d'impôt sur le revenu (CGI, art. 200 A) majoré de 18,6 % de prélèvements sociaux, et sans frais d'unité de compte, donnent, sur les mêmes valeurs exactes que ci-dessus : en S1, A +5,49 % contre B +3,43 % ; en S2, A 0,00 % contre B +3,43 % ; en S3, A -9,72 % contre B 0,00 % ; en S4, A -15,59 % contre B 0,00 %. Ces taux supposent une qualification du gain en revenu de capitaux mobiliers, question qui n'est pas tranchée ici. Rappelons au passage la dualité 2026 des prélèvements sociaux, décisive dans toute comparaison d'enveloppes : le taux de droit commun applicable aux revenus du capital ressort à 18,6 %, tandis que 17,2 % sont maintenus sur l'assurance-vie et le contrat de capitalisation. Le sens de l'écart A / B est identique ; seul le niveau change. C'est ce qui justifie la règle « comparer dans la même enveloppe » : changer d'enveloppe déplace les deux offres du même côté, cela ne départage rien. Le détail des régimes est traité par notre page sur la fiscalité des produits structurés.
Ce que ces chiffres sont, et ce qu'ils ne sont pas
Ces simulations sont des illustrations pédagogiques datées, bâties sur des hypothèses explicitement fictives : elles ne sont ni une projection, ni une promesse, et aucune des deux structures n'est désignée comme préférable ; elles montrent seulement comment la même méthode produit un résultat différent selon la trajectoire. Les produits structurés présentent un risque de perte en capital, pouvant être totale. Aucune probabilité n'est attachée à ces quatre trajectoires : elles sont choisies pour être contrastées et pédagogiques, non pour être représentatives d'une distribution de résultats.
9. Un score en quatre dimensions — pour dialoguer, pas pour trancher
Avant d'entrer dans ce score, une réserve : aucune pondération entre ces quatre dimensions n'a de fondement scientifique ou réglementaire. Personne ne peut affirmer qu'un critère « détermine 80 % du risque », et toute note sur 20 ou sur 100 présentée comme objective est une construction commerciale. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est situer chaque offre sur une échelle qualitative à trois niveaux — faible, moyen, élevé — et s'en servir comme d'un outil de dialogue avec son conseiller, jamais comme d'une note absolue ni d'un seuil d'acceptabilité.
Qui écrit cette page, et ce que cela change
Une page qui explique comment comparer des produits structurés, écrite par un distributeur rémunéré, doit le dire. Hagnéré Patrimoine est un cabinet capitalistiquement indépendant, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291, qui délivre un conseil non indépendant au sens de MIF II et perçoit des rétrocessions. C'est aussi pourquoi cette page ne comporte aucun classement, aucune sélection et aucun produit nommé : elle peut parfaitement conduire à la conclusion qu'aucune des deux offres examinées ne vous convient.
| Dimension | Ce que l'on observe | Le seul repère objectif disponible | Points de grille |
|---|---|---|---|
| Lisibilité | Combien de mécanismes de calcul différents la formule combine-t-elle ? | Position AMF DOC-2010-05, critère n° 4 (version du 8 décembre 2025) : au-delà de trois mécanismes, « il est délicat, voire impossible, pour l'investisseur de reconstituer le pari qu'il prend ». Critère d'appréciation d'un risque de mauvaise commercialisation, pas une interdiction — ces instruments restent des instruments complexes. | 5, 6, 7, 8, 9 |
| Risque | Où se situe la protection parmi les quatre situations ? Quel indicateur de risque ? Quel mode d'observation ? | Ventilation 14 / 57 / 3 / 26 % (4 046 titres de créance structurés, fin 2024) ; « aucune garantie totale en capital n'est prévue dans les produits notés 4 et plus » | 1, 2, 4, 9 |
| Liquidité | Qui valorise, à quelle fréquence, avec quelle fourchette ? Quel coût de sortie ? | Exigences imposées par certains assureurs : double valorisation quotidienne, fourchette achat-vente d'au plus 1 % ; coût de sortie moyen de 0,71 % sur l'échantillon de 60 titres | 13, 14 |
| Cohérence patrimoniale | La durée maximale est-elle compatible avec l'horizon réel ? La perte maximale est-elle supportable ? | Constat du Pôle commun : l'horizon est « dans la moitié des situations, établi de manière trop large » ; référence attendue : un horizon supérieur à la durée de vie maximale | 10, 15 |
Un produit peut être refusé au référencement par un assureur sans qu'aucun texte ne l'interdise : formule combinant plus de trois mécanismes, sous-jacent reposant sur un fonds « maison », indice single stock à décrément, ou frais globaux du document d'informations clés jugés trop élevés au regard de sa politique de référencement (le seuil de place observé est cité en question fréquente ; pratiques relevées par le Pôle commun ACPR-AMF, étude du 22 juin 2026). Ces filtres disent beaucoup de ce qui inquiète les professionnels eux-mêmes ; ils ne constituent ni une réglementation, ni un label de qualité pour les produits qui les franchissent.
Deux propositions sur la table, et quinze jours pour répondre
Hagnéré Patrimoine, cabinet CIF, COA et COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291, examine avec vous les documents des deux propositions : formule, coûts, durées, marché cible. Sans classement, et sans obligation de conclure.
10. Quand la bonne réponse est « aucune des deux », et où s'arrête cette page
10.1 Quand la bonne réponse est « aucune des deux »
Une comparaison peut se conclure par un refus des deux offres, et c'est une issue fréquente : horizon réel plus court que la durée maximale, besoin de liquidité identifié, faible capacité à subir une perte, ou simplement mécanisme non compris. Ces produits sont des instruments financiers complexes au sens de la doctrine de l'AMF ; ils exposent à un risque de perte en capital, pouvant être totale, et le cadre réglementaire existe pour arrêter une souscription inadaptée : test du caractère approprié (article L. 533-13, II du Code monétaire et financier), analyse d'adéquation en cas de conseil (article L. 533-13, I), définition du marché cible (articles 313-11 et 313-18 du règlement général de l'AMF). L'AMF ajoute dans son étude de janvier 2026 une phrase qui suffit à clore un rendez-vous : « il est impossible de modifier le profil client pour faire entrer le client dans le marché cible ». Le Pôle commun ACPR-AMF le formule de son côté sans détour : un investisseur particulier ne devrait pas investir dans un produit structuré s'il n'est pas en mesure d'en comprendre le fonctionnement, les conditions de performance et les risques de perte.
10.2 Où s'arrête cette page
Cette page s'arrête à la comparaison. Elle ne définit pas ce qu'est un produit structuré ni ses familles — le guide pilier s'en charge. Elle ne lit pas les documents ligne par ligne, ne recense pas les risques, ne calcule pas le coût total ni le rendement net, n'explique ni le mécanisme du rappel, ni la sémantique de la protection, ni les conventions de décrément, ni la fiscalité par enveloppe : chacun de ces sujets a sa page, et les liens ont été posés au fil du texte. Elle ne compare pas non plus les produits structurés à d'autres classes d'actifs — le fonds indiciel n'y intervient que comme étalon de mesure. Et si la conclusion est « aucune des deux », le sujet ne se referme pas pour autant : d'autres familles de placement répondent à d'autres besoins, qu'il s'agisse d'un compte à terme, d'un fonds monétaire ou d'un investissement obligataire : chacun avec ses propres risques, et sans qu'aucune recommandation ne soit formulée ici. Si les deux offres passent la grille et que l'écart reste faible, la question n'est d'ailleurs plus « laquelle des deux », mais « faut-il en prendre une ». Aucune page web ne peut y répondre à votre place.
Page datée et sourcée
Les taux et seuils cités sont ceux applicables au 2 août 2026. Les données de marché proviennent de l'étude du Pôle commun AMF-ACPR du 22 juin 2026, de la cartographie du Pôle commun du 1eravril 2025, de l'étude AMF de janvier 2026, de la cartographie AMF 2026 et du rapport ESMA du 3 mars 2026 ; elles portent sur les périmètres et les périodes indiqués et ne préjugent en aucun cas des résultats futurs. Les cas chiffrés reposent sur des hypothèses explicitement fictives : ce sont des illustrations pédagogiques, ni des projections, ni des promesses. Les produits structurés présentent un risque de perte en capital, pouvant être totale. Cette page décrit une méthode de comparaison : elle délivre une information générique et ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une incitation à souscrire.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.

