Parlez à un gestionnaire de fortune indépendant
Family office, assurance-vie luxembourgeoise, private equity, structuration internationale et transmission : nous construisons une stratégie cohérente pour les patrimoines élevés, sans conflit d'intérêts.
1. La réponse en cinq lignes : ce que vous payez, et ce que vous ne voyez pas
Un rendez-vous, trois feuilles imprimées. La première porte un coupon potentiel en gros caractères. La deuxième, une barrière de protection exprimée en pourcentage de baisse — mettons −40 %, comme dans l'illustration chiffrée du chapitre 8. La troisième, une maturité de dix ans. Tout y est exact et conforme. Pourtant, en sortant de ce rendez-vous, quatre choses vous manquent encore pour décider. Que ce coupon est conditionnel, et qu'il peut ne jamais être versé. Qu'une barrière à −40 % ne vous protège pas « de 40 % de baisse » : elle tient tant qu'elle tient, puis bascule d'un seul coup — en dessous du seuil, la perte suit toute la baisse depuis l'origine, et non la seule fraction qui dépasse la barrière. Que la durée que vous allez subir n'a qu'un rapport lointain avec les dix ans affichés — sur l'échantillon de performance 2022-2024 du Pôle commun AMF-ACPR, dans un contexte de marchés actions favorable, la durée moyenne avant remboursement ressort à environ deux ans. Et que le coût d'entrée, enfin, est déjà contenu dans le prix que vous payez, sans qu'aucune ligne ne l'indique où que ce soit.
De ces quatre angles morts, cette page ne traite que le dernier — le coût — mais elle le traite jusqu'au bout de son arithmétique. Les trois autres relèvent de guides voisins, auxquels nous renvoyons au fil du texte : le mécanisme du coupon conditionnel et du rappel est détaillé par notre guide de l'autocall, le vocabulaire exact de la protection par notre guide du capital garanti, protégé ou à barrière, et l'inventaire complet des risques par notre guide des risques et pièges.
Le coût d'un produit structuré, en cinq phrases
- Le coût existe, et il est significatif : sur un échantillon de 60 titres de créance structurés, le Pôle commun AMF-ACPR mesure un coût d'entrée total moyen de 5,83 %, dans une plage de 1,20 % à 13,16 %.
- Il n'est pas prélevé : il est intégré au prix d'émission, ce qui explique qu'aucune ligne n'apparaisse sur votre relevé.
- S'y ajoutent les frais de l'enveloppe — contrat d'assurance-vie ou compte-titres — que les documents du produit excluent explicitement de leur périmètre.
- Un rappel anticipé ne rend rien : les frais payés à l'entrée ne sont pas remboursés, même partiellement, et le coût par année de détention en est mécaniquement alourdi.
- Le rendement réellement net ne se lit sur aucun document : il se calcule, après frais et après impôt, et il peut être très éloigné du coupon affiché.
La définition d'abord, et elle ne passe pas par un niveau de rendement. Dans sa note explicative de juin 2026, le Pôle commun ACPR-AMF écrit qu'un produit structuré est « un placement (fonds d'investissement, titre de créance, etc.) dont la valeur dépend de l'évolution d'un ou plusieurs actifs financiers sous-jacents (action, indice boursier…) et d'une formule de calcul prédéfinie ». Rien d'autre. Trois expressions circulent comme des synonymes et n'en sont pas : « fonds à formule », « OPC structuré » et « titre de créance structuré » désignent des véhicules juridiques différents. L'étude AMF-ACPR de juin 2026 dont cette page tire l'essentiel de ses chiffres ne porte que sur les titres de créance structurés, ce qui est déjà une limite de périmètre à garder en tête à chaque chiffre cité.
Le problème que traite cette page n'est pas un problème de transparence au sens habituel du terme. Personne ne vous cache une ligne : elle n'existe pas. Vous versez 100 000 €, votre relevé indique 100 000 €, et si les conditions de la formule sont remplies, vous recevrez bien les coupons prévus et votre capital. Tout est exact. Et pourtant, une part significative de ce que vous avez versé n'a jamais servi à construire votre rendement : elle rémunère la chaîne qui a fabriqué et distribué le produit, et elle a été intégrée au prix. Le régulateur le formule ainsi : il est « difficile pour le client de connaître, ex ante, la part du montant investi qui servira à rémunérer les différents acteurs de la chaîne ».
Avant d'entrer dans le détail, la carte : ce que vous payez, et où chaque poste se lit — quand il se lit.
| Poste de coût | Visible dans quel document ? | Prélevé comment ? |
|---|---|---|
| Coût d'entrée implicite (structure + chaîne) | Document d'informations clés (DIC PRIIPs) — coûts du PRODUIT | Non prélevé : intégré au prix d'émission, il réduit la juste valeur |
| Rémunération de la chaîne de distribution | Information coûts MIF 2 du prestataire — coûts du SERVICE, rétrocessions comprises | Comprise dans le coût d'entrée, versée en amont aux acteurs |
| Frais de l'enveloppe (versement, gestion sur UC, arbitrage, droits de garde) | Conditions tarifaires du contrat ou de la convention de compte — exclues des documents du produit | Prélevées séparément, en général chaque année sur la valeur du support |
| Frais d'exécution d'ordre | Avis d'opéré / conditions tarifaires | Prélevés à l'opération, lorsqu'ils sont dus |
| Coût de sortie anticipée | Conditions du produit et information coûts | Prélevé au moment de la sortie décidée par le client |
Le coût d'un produit structuré ne se lit pas sur un relevé : il est intégré au prix d'émission, pas prélevé sur le coupon. Cette page part de ce mécanisme, additionne toutes les couches — structure, chaîne de distribution, services, enveloppe, sortie — et va jusqu'au bout du calcul : combien il reste, en euros, après frais et après impôt, face au coupon affiché.
Elle ne remplace pas notre guide de référence sur le sujet. Notre guide pilier des produits structurés couvre l'ensemble du sujet — mécanisme, types, barrière, fiscalité. Cette page n'en traite qu'une question, mais jusqu'au bout : ce que le produit coûte réellement, et ce qu'il reste une fois tout compte fait.
Risque de perte en capital
Un produit structuré n'est pas un placement sans risque. Selon l'évolution des marchés et la situation de l'émetteur, l'investisseur peut subir une perte partielle ou totale du capital investi. Une protection éventuelle ne joue qu'à l'échéance, sous réserve de conservation jusqu'au terme et sous réserve de la solvabilité de l'émetteur. La plupart de ces produits relèvent des instruments financiers complexes au sens de MIF II : leur souscription hors conseil suppose une vérification des connaissances et de l'expérience du souscripteur (article L. 533-13 du Code monétaire et financier), et la position AMF DOC-2010-05 ajoute une restriction de commercialisation pour ceux qui offrent à l'échéance une protection du capital inférieure à 90 % du capital investi et qui répondent à au moins un de ses quatre critères. Les frais décrits dans cette page sont supportés dans tous les scénarios, y compris ceux qui se soldent par une perte.
Sommaire — 11 chapitres
- 1. La réponse en cinq lignes : ce que vous payez, et ce que vous ne voyez pas
- 2. Pourquoi vous ne voyez pas les frais : prix d'émission contre juste valeur
- 3. Toutes les couches de coût, une par une : qui est rémunéré, et de combien
- 4. Les frais de l'enveloppe : le point aveugle des documents du produit
- 5. Sortir avant l'échéance : un frais contractuel, et un prix de marché
- 6. Rappel anticipé : pourquoi un produit remboursé plus tôt coûte plus cher, par année
- 7. « 0,65 % par an » ou « 6,5 % d'emblée » : une même réalité, deux bases
- 8. Cas chiffré : de 100 000 € versés au rendement réellement net, en trois scénarios
- 9. Vous détenez déjà un produit : reconstituer ce que vous avez payé
- 10. Ce que le coût ne dit pas : performance, protection, risques
- 11. Ce que cette page ne traite pas, et quand ce produit ne convient pas
2. Pourquoi vous ne voyez pas les frais : prix d'émission contre juste valeur
Tout ce qui suit dépend de ce mécanisme, et c'est celui que la littérature commerciale explique le moins bien, quand elle ne l'explique pas à l'envers. Trois sous-sections un peu techniques, dont dépend la lecture de tout le reste.
2.1. « Absence de prélèvement direct » : ce que dit exactement le régulateur
L'étude du Pôle commun AMF-ACPR du 22 juin 2026 y consacre une page entière. Les produits structurés, écrit-elle, « se distinguent par l'absence de prélèvement direct sur le nominal ou sur le rendement ». Et plus loin : « émetteurs et distributeurs se rémunèrent par une marge ajoutée à la valeur de marché (ou « fair value ») du produit. L'émetteur met en place une politique de couverture en recourant à des instruments dérivés. »
Il faut en tirer deux choses, qui ne vont pas dans le même sens. La première est rassurante et il faut la dire clairement : si les conditions de la formule sont remplies, les montants prévus vous sont intégralement versés. Il n'y a pas de retenue sur le coupon, pas de commission déduite du remboursement, pas de mauvaise surprise à l'échéance sur le montant lui-même. La seconde est plus gênante : le coût, lui, a bel et bien été supporté — simplement, il l'a été avant, et ailleurs.
Cela corrige deux erreurs qu'on entend en rendez-vous, et qui sont symétriques. La première, « les frais sont déduits du coupon », est factuellement fausse : rien n'est déduit du coupon. La seconde, « le rendement affiché est donc net de frais », est fausse aussi, et bien plus dangereuse, parce qu'elle est la conclusion apparemment logique de la première correction. Le rendement affiché n'est ni brut de frais ni net de frais : il est calculé sur une base qui a déjà intégré le coût.
2.2. La décomposition interne du prix : ce que vous payez, ce que la formule utilise
La décomposition du prix d'émission, au sens de l'étude AMF-ACPR
Valeur nominale (100) = rémunération de l'émetteur + rémunération des distributeurs et des assureurs + juste valeur (fair value)
- Rémunération de l'émetteur :estimée à la création du produit, elle n'est pleinement connue qu'à l'échéance : elle dépend du résultat de la politique de couverture
- Rémunération des distributeurs et assureurs :fixe et déterminée à l'avance, versée en amont aux acteurs de la chaîne
- Juste valeur (fair value) :assiette de calcul des paramètres de la formule : protection conditionnelle, niveau de coupon, barrière, fréquence d'observation
Vous payez 100. La formule, elle, se construit sur la juste valeur — c'est-à-dire sur moins de 100.
Sur la répartition entre ces postes, l'étude donne une indication chiffrée : « à titre indicatif, la répartition déclarée des coûts implicites entre émetteurs et autres acteurs se situe généralement entre 50/50 et 30/70 des coûts totaux ». Autrement dit, dans une partie des cas, la majorité du coût ne va pas à celui qui fabrique le produit, mais à ceux qui le distribuent.
Reste une phrase du rapport, qui décide de toute la compréhension du sujet. L'étude écrit : « bien que cette rémunération de la chaîne de distribution n'impacte pas le paiement de la formule proposée, une rémunération plus faible serait de nature à améliorer les caractéristiques du produit offertes au client (rentabilité et/ou niveau de protection offert au client) ». En clair : le coût ne rogne pas le coupon promis ; il réduit le coupon qu'on pouvait vous promettre, et le niveau de protection qu'on pouvait vous offrir. Un produit peut donc tenir chacun de ses engagements à la lettre et avoir coûté cher.
2.3. Le « coût d'entrée implicite » : un terme réglementaire, une estimation
Ce mécanisme a un nom officiel. L'étude rappelle que « la réglementation PRIIPs impose aux émetteurs de produits structurés de calculer et de présenter dans les documents d'informations clés des coûts d'entrée implicites, calculés comme la différence entre le nominal et la juste valeur économique théorique des instruments qui permettent à l'émetteur de le répliquer ». C'est donc bien un chiffre publié, dans un document que vous avez reçu ou que vous pouvez réclamer.
Le régulateur pose lui-même la réserve : il s'agit d'une estimation, pas d'une mesure exacte. « Le calcul de cette juste valeur donc du coût d'entrée implicite dépend de paramètres propres à l'émetteur et des conditions de marché au moment de la valorisation. » Deux émetteurs peuvent aboutir à des chiffres différents pour des structures voisines, sans que l'un ait tort.
Un ordre de grandeur, et rien d'autre. Appliquons la moyenne de l'échantillon de 60 titres de l'AMF-ACPR (juin 2026) à un versement de 100 000 €. Un coût d'entrée total de 5,83 % correspondrait à une juste valeur de l'ordre de 94 170 €. C'est sur ces 94 170 € environ, et non sur les 100 000 € versés, que se construiraient le niveau de coupon, la barrière et la protection. Illustration bâtie sur une moyenne d'échantillon : ce n'est pas la valeur de votre produit.
Ce que ce chiffre ne veut PAS dire
On ne retranche pas 5 830 € des euros que vous recevez. L'étude est formelle sur l'« absence de prélèvement direct sur le nominal ou sur le rendement ». Si votre produit est rappelé, vous percevez 100 % du nominal et les coupons prévus, sans qu'aucun de ces 5 830 € ne vous soit facturé à ce moment-là. Écrire « 5 830 € déduits de mon capital » serait une erreur de lecture. Ces 5 830 € ont agi en amont : ils ont réduit la juste valeur qui a servi d'assiette à la fabrication du coupon et de la protection. Rien n'a été retiré de votre relevé. Ce qui a été retiré, c'est du coupon et de la protection qu'on pouvait vous proposer.
Ce que le discours commercial oublie
Vous versez 100 euros. Le coupon, lui, a été calculé sur la juste valeur, c'est-à-dire sur une base plus faible.
3. Toutes les couches de coût, une par une : qui est rémunéré, et de combien
Le coût d'entrée implicite n'est pas un bloc homogène. Il recouvre au moins trois natures de rémunération, auxquelles s'ajoutent des postes qui n'y figurent pas du tout. Les distinguer est indispensable, parce que chacun se lit dans un document différent et se négocie — ou ne se négocie pas — dans des conditions différentes.
3.1. Les coûts intégrés à la structure : la seule couche qui ne peut pas être chiffrée à l'avance
Pour tenir la promesse de la formule, l'émetteur doit se couvrir. Il achète et vend des instruments dérivés, gère cette couverture dans le temps, et supporte le risque résiduel. Sa rémunération n'est donc pas une commission fixée à l'avance : elle dépend du résultat de cette couverture. L'étude le dit sans détour — cette rémunération n'est ni certaine ni observable au moment de la commercialisation, et elle n'est pleinement connue qu'à l'échéance.
C'est la raison pour laquelle aucune « marge annuelle du constructeur » ne peut être publiée sérieusement. Les chiffres de ce type que l'on rencontre parfois — « la banque prend tant par an » — ne reposent sur aucune donnée publiée et ne correspondent à aucune grandeur mesurable ex ante. La mécanique de fabrication et de valorisation d'une structure, elle, est un sujet en soi : elle est traitée par notre guide de la construction et du pricing d'un produit structuré.
3.2. La rémunération de la chaîne de distribution : les chiffres publiés
L'étude de juin 2026 chiffre ici la chaîne poste par poste. Ces données sont très faciles à mal lire, et l'encadré qui suit dit pourquoi.
| Poste | Moyenne | Minimum | Maximum |
|---|---|---|---|
| Distributeur final (hors gestion de portefeuille pour compte de tiers) | 3,15 % | 0,90 % | 7,11 % |
| — dont conseillers en investissements financiers et CGP | 3,95 % | 2,00 % | 7,11 % |
| — dont prestataires de services d'investissement | 2,69 % | 0,90 % | 6,50 % |
| Distributeurs intermédiaires | 1,07 % | 0,00 % | 7,00 % |
| Assureur (au titre de la distribution du produit) | 0,56 % | 0,00 % | 1,50 % |
| COÛT D'ENTRÉE TOTAL | 5,83 % | 1,20 % | 13,16 % |
| Coût de sortie (si sortie décidée par le client) | 0,71 % | 0,00 % | 2,60 % |
Pourquoi ce tableau ne s'additionne pas
L'addition vient toute seule : 3,15 + 1,07 + 0,56 = 4,78 %. Or le coût d'entrée total publié est de 5,83 %. L'écart n'est pas une erreur du rapport : ces lignes sont des moyennes de distributions distinctes, calculées sur un échantillon hétérogène. Environ 20 % des produits de l'échantillon sont logés en compte-titres, donc sans aucune ligne « assureur » ; les périmètres déclaratifs diffèrent d'une ligne à l'autre ; et la rémunération propre de l'émetteur n'est pas isolée dans une ligne du tableau.
La soustraction est tout aussi fautive. Retrancher 4,78 de 5,83 pour en déduire « la part de l'émetteur » donnerait un résultat qui contredit frontalement la répartition déclarée par les acteurs eux-mêmes, située « entre 50/50 et 30/70 ». Ces chiffres se lisent côte à côte, jamais en colonne.
Deux phrases du rapport expliquent cette dispersion. Sur le mode de fixation, d'abord : « la rémunération est déterminée produit par produit selon des critères difficilement objectivables ». Il n'existe donc pas de barème, même informel. Sur le cadre, ensuite — à garder en tête devant n'importe quel chiffre de frais : « l'ACPR et l'AMF n'encadrent pas les frais, qui sont fixés librement par les acteurs sous réserve du respect des obligations réglementaires applicables ». Aucun plafond réglementaire n'existe. C'est précisément pour cela que la dispersion de 1,20 % à 13,16 % sur un même échantillon n'a rien d'anormal — et pourquoi la moyenne ne vous renseigne pas sur votre produit.
3.3. Le coût des services — et notre propre rémunération
À côté du coût du produit existe une seconde information, distincte et souvent ignorée : l'information sur les coûts et frais due au titre de MIF 2. Elle porte sur le service qui vous est rendu, elle inclut les rétrocessions perçues, et elle est due quel que soit le service fourni — conseil, réception-transmission d'ordres, gestion sous mandat (règlement délégué (UE) 2017/565, art. 50 ; règlement général de l'AMF, art. 325-14 pour les conseillers en investissements financiers). Un point de périmètre : les conseillers en investissements financiers ne peuvent pas fournir de service d'exécution d'ordres sur ces titres, ce qui explique une partie des écarts observés entre canaux.
Notre position, dite clairement
Une page sur les frais écrite par un distributeur rémunéré doit le dire. Hagnéré Patrimoine est un cabinet capitalistiquement indépendant, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291, qui délivre un conseil non indépendant au sens de MIF II et perçoit des rétrocessions. L'étude AMF-ACPR chiffre d'ailleurs la rémunération moyenne des conseillers en investissements financiers et conseillers en gestion de patrimoine sur son échantillon de 60 titres — 3,95 % en moyenne, jusqu'à 7,11 % — et la réglementation impose de vous communiquer le montant des rétrocessions perçues. Demandez-le.
À ne pas confondre : ces chiffres décrivent l'échantillon du régulateur, pas notre tarification. Le seul montant qui vous concerne est celui qui figure dans l'information coûts MIF 2 qui vous est remise, en euros et non annualisée.
Ce triple découpage — coût du produit, coût du service, coût de l'enveloppe — est également celui que suit notre guide des EMTN et BMTN, mais dans une autre optique : il détaille les couches de frais dans une logique de patrimoine élevé et d'assurance-vie luxembourgeoise ; cette page-ci part du prix d'émission et va jusqu'au rendement net en euros, pour un investisseur particulier. Pour comparer l'architecture de frais d'une classe d'actifs à une autre, notre page sur les frais des SCPI offre un point de comparaison utile : là aussi, l'essentiel du coût est supporté à l'entrée et l'essentiel des malentendus vient de la base de calcul.
3.4. Ce qui n'est PAS un frais, et qu'on confond souvent avec un frais
- L'indice à décrément. Ce n'est pas un frais : c'est une règle de calcul synthétique du sous-jacent, dont l'effet dépend de la méthodologie de l'indice (price return, net total return, gross total return) et du mode de prélèvement retenu, et il n'apparaît dans aucune des lignes de coûts du rapport. Son effet est réel, mécanique et non linéaire selon qu'il est exprimé en points ou en pourcentage, mais il relève d'une autre catégorie d'analyse. Sujet traité par notre guide des indices à décrément.
- La décote de valorisation en cours de vie. Si vous demandez le prix de revente de votre produit trois ans après la souscription et qu'il ressort, par hypothèse, à 92 % du nominal, ce n'est pas un frais de 8 % : c'est un prix de marché, fonction du niveau du sous-jacent, du temps restant, des taux et de la volatilité. Voir la sortie anticipée et la valorisation en cours de vie.
- La perte en capital. Une barrière franchie n'est pas un coût : c'est la réalisation d'un risque de marché. L'inventaire complet de ces risques figure dans notre guide des risques et pièges des produits structurés.
Ce que le discours commercial oublie
Sur l'échantillon du régulateur, la ligne la plus élevée de la chaîne est celle du distributeur final. La réglementation, elle, n'impose pas de publier le détail de la rémunération de chaque acteur.
Faire chiffrer le coût total avant de signer
Vous avez reçu une brochure, un document d'informations clés et un bulletin de souscription, et vous voulez savoir ce que le produit coûte réellement, enveloppe comprise, avant de vous engager. Nous reprenons ces documents avec vous et chiffrons le total en euros, sans engagement.
4. Les frais de l'enveloppe : le point aveugle des documents du produit
4.1. Les documents du produit excluent explicitement l'enveloppe
Les deux publications récentes des régulateurs l'écrivent explicitement. C'est pourtant le point qui saute le plus souvent en rendez-vous. L'étude AMF-ACPR de juin 2026 précise que l'épargnant reçoit son capital « hors frais d'enveloppe » liés au contrat d'assurance-vie ou au compte-titres.
L'AMF, dans son étude de janvier 2026 sur la lisibilité et la compréhension des produits structurés, pose l'avertissement : « en raison de la diversité des canaux de distribution et des différentes enveloppes fiscales, les réponses aux questions s'appliquent au seul produit présenté et ne prennent pas en compte les frais liés à l'enveloppe de souscription (compte-titres, assurance-vie…), ni la fiscalité ». Et, sur l'assurance-vie : « les frais du contrat viennent s'ajouter aux frais du produit, dans le cadre d'un contrat d'assurance vie ».
Ce n'est pas un détail de périmètre : l'essentiel du marché passe par l'assurance. Sur le champ de l'étude, environ 20 % des produits sont logés en compte-titres et près de 80 % en unités de compte d'assurance-vie. Pour quatre investisseurs sur cinq, le chiffre de coût du produit n'est donc, par construction, qu'une partie du total.
4.2. En assurance-vie : trois familles de frais, et une vigilance
Ce que le contrat prélève ne peut être ni supposé, ni moyenné, ni déduit du document d'informations clés du produit : tout dépend du contrat lui-même. Les frais sur versement — ou droits d'entrée — sont prélevés une seule fois, au moment où l'argent entre dans le contrat. Les frais d'arbitrage sont dus lorsqu'on entre dans le support ou qu'on en sort au sein du contrat : ils reviennent donc à chaque mouvement, y compris celui qui sert à sortir d'un produit qu'on ne veut plus détenir. Entre les deux vient le poste qui décide du résultat sur les durées longues : les frais de gestion annuels sur unités de compte, prélevés chaque année sur la valeur du support. Ils courent pendant toute la durée de détention, y compris les années où le produit ne verse aucun coupon, et y compris quand le produit baisse. C'est la seule couche de coût de cette page qui se comporte comme un abonnement : elle ne dépend d'aucun événement, elle ne s'interrompt pas, et le chapitre 8 montre en euros ce que huit années de ce prélèvement font à un gain.
Attention au tableau du chapitre 3 : la ligne « assureur, 0,56 % » désigne la rémunération de l'assureur au titre de la distribution du produit, comprise dans le coût d'entrée. L'étude précise d'ailleurs que l'assureur « n'est pas nécessairement rémunéré au titre de la distribution du produit » — le minimum observé sur l'échantillon est de 0,00 % — et que sa rémunération est « essentiellement constituée de frais sur encours », au titre de la gestion du contrat. Ce sont deux choses différentes, et elles se cumulent : cette ligne de 0,56 % ne recouvre pas les frais de gestion de votre contrat.
Certains organismes assureurs refusent d'ailleurs le référencement d'un produit lorsque « les frais globaux indiqués dans le DIC dépassent 10 % ». C'est une pratique de certains acteurs, relevée par le rapport, et non une règle de place — mais elle indique au passage que des niveaux de cet ordre existent bel et bien sur le marché. Pour la mécanique des frais d'un contrat, poste par poste, voir notre grille de lecture des frais de gestion, d'entrée et d'arbitrage et notre guide de l'assurance-vie. Le choix de loger un produit structuré dans un contrat, avec ses avantages et ses limites, est traité à part par notre guide du produit structuré en assurance-vie.
4.3. En compte-titres : moins de couches, mais pas zéro
Le compte-titres supprime les frais de gestion sur unités de compte, ce qui est son principal avantage de coût. Il en laisse deux. Les droits de garde d'abord, selon la convention de compte. Les frais d'exécution d'ordre ensuite, et le rapport livre ici un chiffre inédit : lorsque l'ordre transite par une plateforme, des frais d'exécution de 0,50 % en moyenne sont facturés au client en complément de ceux prélevés à l'entrée dans le produit ; en revanche, « lorsque l'ordre est passé directement par le PSI, il n'y a généralement pas de frais d'exécution additionnels ».
Ce que le discours commercial oublie
« Capital garanti » s'entend hors frais d'enveloppe : les frais du contrat viennent s'ajouter à ceux du produit, et ils courent aussi quand le produit baisse.
L'enveloppe ne déplace pas non plus le risque. Le contrat d'assurance-vie ne protège pas du défaut de l'émetteur du titre : l'unité de compte reflète la valeur du support, quelle qu'elle devienne. La solidité de l'assureur et celle de l'émetteur sont deux risques distincts, portés par deux entités différentes, et aucun des deux mécanismes ne rétablit un capital perdu sur le titre.
Cette remarque a une portée qui dépasse le calcul de coût. Sur les 4 046 produits en cours de vie à fin 2024 étudiés par le Pôle commun, 74 % comportaient une forme de protection du capital, mais 14 % seulement une protection totale et inconditionnelle à l'échéance, sous réserve de conservation jusqu'au terme et de la solvabilité de l'émetteur. Et même dans ces 14 % de cas, la garantie porte sur le nominal du titre : elle n'absorbe pas les frais de votre contrat. Un capital « garanti » amputé de plusieurs années de frais de gestion sur unités de compte n'est pas un capital préservé. Le vocabulaire exact de la protection — garanti, protégé, barrière, effet de falaise — est traité par notre guide du capital garanti, protégé ou à barrière.
5. Sortir avant l'échéance : un frais contractuel, et un prix de marché
Sur l'échantillon de 60 titres de l'étude AMF-ACPR de juin 2026, le coût de sortie moyen ressort à 0,71 %, dans une plage allant de 0,00 % à 2,60 % ; et, selon les termes mêmes de l'étude, « 42 des 60 produits (71 %) » affichent un coût de sortie de 0,50 % lorsque le client décide de sortir avant l'échéance. La concentration autour de 0,50 % est notable : c'est le seul poste de cette étude où les pratiques convergent nettement.
Deux choses de nature différente sont ici confondues en permanence. Le coût de sortie est un frais : il est contractuel, connu à l'avance, exprimé en pourcentage. La décote est un prix : c'est la valeur de marché à laquelle votre titre peut être racheté à un instant donné, qui dépend du niveau du sous-jacent, du temps restant jusqu'à l'échéance, du niveau des taux et de la volatilité. Les deux se cumulent, et la seconde est presque toujours d'un ordre de grandeur supérieur à la première. Confondre les deux conduit à sous-estimer massivement le coût réel d'une sortie. Le sujet de la valorisation en cours de vie est traité par notre guide de la sortie anticipée et de la valorisation.
Et une distinction qui change la suite : un rappel décidé par la formule n'est pas une sortie du client. Lorsqu'un mécanisme de remboursement anticipé automatique se déclenche parce que la condition d'observation est remplie, ce n'est pas vous qui sortez : c'est le produit qui se termine. Le coût de sortie ne s'applique donc pas. Cela ne change strictement rien au fait que le coût d'entrée a, lui, été intégralement supporté — et c'est tout l'objet du chapitre suivant. Le fonctionnement de ces mécanismes de rappel est détaillé par notre guide de l'autocall.
Et toujours le même point d'ancrage : la protection éventuelle joue à l'échéance. Elle ne protège pas la valeur de revente en cours de vie. Sortir avant le terme, c'est sortir sans filet, quel que soit le vocabulaire employé dans la brochure.
« Vous pouvez sortir quand vous voulez » : ce que la phrase ne dit pas
« Vous pouvez sortir quand vous voulez » n'est pas faux, mais n'énonce que la moitié de la phrase. Sortir, c'est payer deux choses de nature différente : un frais contractuel, généralement modeste et connu à l'avance, et un prix de marché sur lequel personne ne s'engage. C'est le second qui décide du montant récupéré, et il peut être très inférieur au nominal, puisque la protection éventuelle ne joue qu'à l'échéance. Une sortie anticipée peut donc convertir une moins-value latente en perte définitive — et le coût d'entrée, lui, restera intégralement supporté.
6. Rappel anticipé : pourquoi un produit remboursé plus tôt coûte plus cher, par année
Un client dont le produit est rappelé au bout de deux ans encaisse ses coupons et récupère son capital : de son point de vue, l'opération a réussi. Le rappel anticipé est d'ailleurs presque toujours présenté comme une bonne nouvelle, et il l'est souvent, en montant absolu. Il est en même temps le scénario dans lequel le coût pèse le plus lourd par année de détention. Gagnant en euros, perdant en coût annualisé : les deux à la fois.
6.1. Les frais sont calculés sur la durée maximale et payés en une seule fois
L'AMF a documenté ce mécanisme en janvier 2026, en reproduisant une clause tirée d'une documentation commerciale réelle : « la commission ponctuelle, notamment de distribution, pourra atteindre un montant maximum annuel de 0,65 % du montant nominal des titres de créance placés, calculée sur la durée de vie maximale des titres. Le paiement de l'intégralité de la commission pourra être réalisé en une seule fois à l'émission des titres de créance. »
Le régulateur en tire le calcul, et c'est celui que reprend toute cette section : « ce mode de prélèvement affecte l'estimation des frais annuels (un taux de 0,65 % l'an pour une échéance fixée à 10 ans correspond à un coût de 6,5 % prélevé dès le départ, quelle que soit la durée effective du produit structuré) ». Autrement dit : le « 0,65 % par an » affiché n'est pas un frais annuel. C'est un mode de calcul d'un montant unique, prélevé une fois, à l'entrée.
L'AMF recommande d'ailleurs, au titre des bonnes pratiques de rédaction de la documentation commerciale, que celle-ci précise que ces frais « seront définitivement acquis au distributeur quelle que soit la durée effective du produit » — la recommandation porte donc sur l'information donnée au client, non sur le mécanisme lui-même. Et l'étude AMF-ACPR de juin 2026 prend soin de l'écrire à l'intention directe de l'épargnant : « le client doit comprendre que les frais payés à l'entrée ne lui seront pas partiellement remboursés quand bien même le produit serait rappelé avant son échéance » .
Ne pas additionner cette clause et le 5,83 %
La commission de 0,65 % annuel citée par l'AMF est l'un des postes du coût d'entrée total, pas un supplément qui viendrait s'ajouter aux 5,83 % mesurés par l'étude AMF-ACPR. Les deux illustrations qui suivent restent volontairement séparées et étiquetées : la première raisonne sur le coût d'entrée seul, à partir de l'exemple officiel de l'AMF ; la seconde ajoute le coût de sortie et les frais d'enveloppe, sur des hypothèses distinctes. Les mélanger reviendrait à compter deux fois le même coût.
6.2. La durée que vous subissez n'est pas la durée affichée
Quand une brochure parle de « la durée du produit », le mot peut désigner trois choses différentes, qui ne coïncident presque jamais. La maturité contractuelle est la date limite inscrite dans les conditions du produit — souvent huit, dix ou douze ans : c'est celle que la brochure met en avant, et c'est aussi celle sur laquelle la commission de distribution a pu être calculée. La durée de détention recommandée est celle qui figure dans le document d'informations clés et qui sert de base au calcul des coûts annualisés au sens PRIIPs : c'est une convention de calcul, pas une prévision. Reste la durée effective, la seule que vous subirez réellement — et la seule des trois que personne ne maîtrise, puisqu'elle dépend du déclenchement, ou non, du rappel, donc d'un niveau de marché à une date d'observation. Le coût vous est pourtant présenté sur l'une des deux premières, jamais sur celle-là.
Sur ce dernier point, l'étude AMF-ACPR de juin 2026 apporte une mesure : sur son échantillon de performance 2022-2024, dans un contexte de marchés actions favorable, la durée moyenne de détention avant remboursement ressort à environ deux ans, contre une échéance théorique souvent comprise entre 8 et 12 ans. Ce chiffre ne se généralise pas : il décrit une période et un univers précis, et un contexte de marché différent produirait un résultat différent. Le régulateur note d'ailleurs que, dans la moitié des situations examinées, le critère d'horizon d'investissement retenu par les distributeurs est « établi de manière trop large ».
6.3. Le calcul : une division, pas un taux de rendement
Poids annualisé approximatif d'un coût prélevé en une fois
Poids annualisé approximatif = coût total supporté (en % du nominal) ÷ durée effective (en années)
- Coût total supporté :l'ensemble des coûts effectivement payés sur la période : entrée, enveloppe, et sortie le cas échéant
- Durée effective :le nombre d'années réellement écoulées entre la souscription et le remboursement, pas la maturité affichée
C'est une division, pas un taux de rendement interne : ce calcul ignore volontairement la capitalisation et la chronologie des flux. Il sert à comparer le poids d'un même coût selon la durée, pas à mesurer une performance.
Première illustration, sur la base de l'exemple officiel de l'AMF — donc sur le coût d'entrée seul, à l'exclusion de tout autre poste.
| Durée effective | Coût d'entrée supporté | Poids annualisé approximatif | Rapport |
|---|---|---|---|
| 10 ans (échéance de l’exemple AMF) | 6,5 % | ≈ 0,65 % par an | référence |
| 8 ans | 6,5 % | ≈ 0,81 % par an | × 1,25 |
| 2 ans | 6,5 % | ≈ 3,25 % par an | × 5 |
| 1 an | 6,5 % | ≈ 6,50 % par an | × 10 |
Seconde illustration, propre à cette page : elle ajoute au coût d'entrée les frais d'enveloppe et, le cas échéant, le coût de sortie, pour approcher le coût total réellement supporté. Les hypothèses sont affichées et deux d'entre elles sont des moyennes d'échantillon, la troisième étant fictive.
| Situation | Entrée | Sortie | Enveloppe cumulée | Coût total supporté | Durée | Poids annualisé approx. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Rappelé à 2 ans | 5,83 % | — | 1,80 % | 7,63 % | 2 ans | ≈ 3,82 % / an |
| Mené à 8 ans | 5,83 % | — | 7,20 % | 13,03 % | 8 ans | ≈ 1,63 % / an |
| Mené à 10 ans | 5,83 % | — | 9,00 % | 14,83 % | 10 ans | ≈ 1,48 % / an |
| Revendu à 18 mois | 5,83 % | 0,71 % | 1,35 % | 7,89 % | 1,5 an | ≈ 5,26 % / an |
Plus le produit se termine tôt, plus le coût pèse lourd par année de détention, parce que le coût, lui, ne se raccourcit pas : les 6,5 % de l'exemple AMF sont les mêmes que le produit dure deux ans ou dix. Ne renversez pas pour autant l'intuition : les frais d'enveloppe, eux, courent chaque année, si bien que le coût total en euros est au contraire le plus élevé dans les scénarios longs. Ce sont deux grandeurs différentes, qui ne se classent pas dans le même ordre. Le chapitre 8 montre en euros ce que cela donne.
Le rappel anticipé pose une seconde question, traitée ailleurs : que faire des fonds qui reviennent sur le compte deux ans après la souscription, et à quelles conditions de marché. C'est l'angle du risque de réinvestissement, développé par notre guide des risques. Cette page-ci ne traite que son effet sur le coût par année de détention.
Ce que le discours commercial oublie
« Il a été rappelé au bout de deux ans, tout s'est bien passé. » C'est exact. Sur ces deux ans, le coût calculé pour dix a été supporté en totalité, et rien n'en revient.
7. « 0,65 % par an » ou « 6,5 % d'emblée » : une même réalité, deux bases
Ici moins de 1 % par an, là plusieurs pour cent : ces chiffres semblent incompatibles et peuvent être exacts tous les deux. Ils ne sont simplement pas exprimés sur la même base, et il faut savoir laquelle demander à son prestataire.
7.1. La règle française : le total, non annualisé
L'étude AMF-ACPR de juin 2026 rappelle la règle applicable à l'information sur les coûts et frais due au titre de MIF 2 : ce montant total, non annualisé, doit être la base de l'information sur les coûts et frais. Un coût prélevé une fois, à l'entrée, et jamais remboursé, ne devient pas un coût annuel parce qu'on le divise par une durée qui, de surcroît, ne sera peut-être pas celle du produit.
Le constat qui accompagne cette règle est sévère : sur les 15 prestataires interrogés sur l'information du client relative aux coûts et frais en compte-titres, seuls 2, soit 13 %, communiquent l'information ex ante sur les coûts et frais de manière conforme, et la présentation annualisée figure parmi les non-conformités relevées. Ce n'est donc pas une querelle de méthode entre spécialistes : 13 prestataires sur 15 ne présentent pas cette information comme la réglementation l'exige. Nous ne nommons personne. En pratique : demandez le total en euros, non annualisé, et vérifiez que c'est bien ce qu'on vous remet.
7.2. Deux unités qui ne se comparent pas directement
Base « total non annualisé » — étude AMF-ACPR, juin 2026
Coût d'entrée total moyen de 5,83 %, de 1,20 % à 13,16 %, sur 60 titres de créance structurés, 18 émetteurs et 20 distributeurs, en données déclaratives. C'est un montant supporté une fois, à l'entrée, exprimé en pourcentage du nominal. C'est la base que la réglementation française retient pour l'information sur les coûts et frais.
Base « annualisée sur la durée recommandée » — ESMA, mars 2026
Coûts concentrés à l'entrée (front-loaded) et moins de 3 % des produits supportant des coûts récurrents sur leur durée de vie, sur un échantillon de 13 891 produits structurés émis en 2024 dans l'Union européenne pour 59 milliards d'euros de ventes, à partir des documents d'informations clés. Coût médian annualisé de l'ordre de 0,6 à 0,7 % sur la durée de détention recommandée, dans les trois plus grands marchés européens (Italie, France, Allemagne). Selon l'édition 2023 du même rapport, portant sur les produits émis en 2022, le coût d'entrée était l'unique poste de coût dans près de 97 % des documents d'informations clés.
Rapprocher ces deux ordres de grandeur par une multiplication serait tentant. Le rapprochement est faux : ce sont deux unités et deux périmètres différents, et elles ne se comparent pas directement. D'un côté, un montant total supporté une fois, à l'entrée, exprimé en pourcentage du nominal, mesuré sur un échantillon français de 60 titres. De l'autre, un coût annualisé, réparti sur une durée de détention recommandée qui ne sera peut-être pas celle du produit, mesuré sur un échantillon européen de plusieurs milliers de produits. L'un ne se déduit pas de l'autre. L'ESMA relève en revanche elle-même la conséquence de cette structure de coûts : elle se traduit par une incidence des coûts bien plus forte lorsque l'investissement est dénoué au bout d'un an que lorsqu'il est calculé sur la durée de vie du produit telle que présentée dans le document d'informations clés. Le régulateur européen aboutit au même constat que l'AMF, sur 13 891 produits au lieu de 60.
Ce que l'annualisation fait disparaître
Annualiser, c'est diviser un montant supporté une seule fois par une durée qui n'a pas encore eu lieu, et qui n'aura peut-être jamais lieu. Le même coût passe ainsi de 6,5 % à « 0,65 % par an » : le montant n'a pas bougé, seule la présentation a changé. Si le produit est rappelé au bout de deux ans, le chiffre exact n'est ni l'un ni l'autre : c'est 6,5 % supportés sur deux ans. Le régulateur range d'ailleurs la présentation annualisée parmi les non-conformités relevées dans son contrôle de l'information sur les coûts et frais en compte-titres.
7.3. Deux documents, deux périmètres : ne jamais les confondre
| Document d'informations clés (DIC PRIIPs) | Information coûts MIF 2 | |
|---|---|---|
| Base juridique | Règlement (UE) 1286/2014 et règlement délégué (UE) 2017/653 | Directive 2014/65/UE et règlement délégué (UE) 2017/565, art. 50 ; RG AMF art. 325-14 pour les CIF |
| Périmètre | Le PRODUIT | Le SERVICE qui vous est rendu, rétrocessions comprises |
| Contenu de coût | Coûts d'entrée implicites, coûts récurrents, coûts de sortie du produit | Coûts du service, rétrocessions perçues par le distributeur, en montant total non annualisé |
| Ce qui en est absent | Les frais de l'enveloppe et la fiscalité | Les coûts du produit lui-même (ils relèvent du DIC) |
Les scénarios de performance du document d'informations clés sont standardisés et comportent des limites méthodologiques qu'il faut connaître avant de les lire comme des prévisions. Au-dessus de ces deux documents existe par ailleurs une hiérarchie documentaire — brochure commerciale, conditions définitives, prospectus — dont chaque étage a une valeur juridique différente. Ces deux sujets sont traités par notre guide de la lecture du DIC et du term sheet. Ils dépassent le périmètre de cette page, qui s'arrête au calcul du coût.
8. Cas chiffré : de 100 000 € versés au rendement réellement net, en trois scénarios
Reprenons les mêmes mécanismes sur 100 000 € versés. Trois scénarios sur le même produit, la même somme et le même jeu d'hypothèses, détaillé ci-dessous : un rappel rapide, une détention longue jusqu'au terme, et une barrière franchie. Le troisième, celui où la barrière est franchie, est détaillé aussi précisément que les deux autres. C'est celui que les documents commerciaux traitent le plus vite.
8.1. Les hypothèses, une par une
Hypothèses de l'illustration — 2 août 2026
- Nominal investi : 100 000 € (hypothèse).
- Coupon potentiel : 5 % par an, conditionnel — HYPOTHÈSE EXPLICITEMENT FICTIVE. Aucun niveau de coupon de marché n'est sourçable ; ce chiffre est retenu pour la seule lisibilité du calcul.
- Observation annuelle, barrière de protection du capital à −40 % à l'échéance — HYPOTHÈSE EXPLICITEMENT FICTIVE. L'observation de cette barrière est supposée avoir lieu à l'échéance seulement, et non en continu.
- Trois seuils distincts, tous fictifs. Un seuil de rappel déclenchant le remboursement anticipé, une condition de versement du coupon située en dessous de ce seuil de rappel — ce qui permet qu'un coupon soit versé sans que le produit soit rappelé — et la barrière de capital ci-dessus. Ces trois niveaux sont différents les uns des autres et sont retenus ici sans valeur chiffrée, pour la seule cohérence des scénarios.
- Aucun effet mémoire (hypothèse) : les coupons non versés ne sont pas reportés sur les échéances suivantes.
- Maturité contractuelle : 8 ans (hypothèse).
- Coût d'entrée total : 5,83 % — moyenne de l'échantillon de 60 titres du Pôle commun AMF-ACPR (juin 2026), reprise comme ordre de grandeur, jamais comme un tarif.
- Frais de gestion annuels sur unités de compte : 0,90 % par an — HYPOTHÈSE EXPLICITEMENT FICTIVE ; droits d'entrée : 0 % (hypothèse fictive également).
- Variante compte-titres : frais d'exécution de 0,50 % à l'entrée, chiffre issu de l'étude AMF-ACPR dans le cas d'un ordre transitant par une plateforme ; droits de garde supposés nuls (hypothèse simplificatrice — une convention de compte peut en prévoir).
- Âge du contrat d'assurance-vie : le contrat est supposé ouvert au moment de la souscription du produit. Son âge au dénouement est donc de 2 ans dans le scénario A (moins de 8 ans) et de 8 ans révolus dans les scénarios B et C.
- Fiscalité retenue : assurance-vie de moins de 8 ans, 12,8 % + 17,2 % = 30 % ; assurance-vie de 8 ans révolus, 7,5 % + 17,2 % = 24,7 % dans la limite de 150 000 € de primes versées nettes de remboursement appréciées au 31 décembre de l'année précédente, ce régime de taux ne visant que les primes versées depuis le 27 septembre 2017, avec un abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € portant sur l'impôt sur le revenu seul ; compte-titres, 12,8 % + 18,6 % = 31,4 %.
- Simplifications assumées : les frais de gestion sur unités de compte sont appliqués au nominal alors que leur assiette suit la valeur du support ; les coupons sont supposés perçus en fin d'année ; aucun autre versement ni rachat n'intervient. Ni une projection, ni une promesse, ni une offre.
8.2. Scénario A — rappelé au bout de deux ans : + 5 740 € nets pour un coupon facial affiché de 5 % par an
Le sous-jacent est au-dessus du niveau de rappel à la deuxième observation : le produit est remboursé. Sur l'échantillon 2022-2024 du Pôle commun, dans un contexte de marchés actions favorable, la plupart des produits ont été remboursés par anticipation, après une durée moyenne d'environ deux ans. C'est une moyenne d'échantillon sur une période donnée, et non une fréquence d'occurrence.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Montant versé | — | 100 000 € |
| dont rémunération de la chaîne, INTÉGRÉE AU PRIX, non prélevée | 100 000 × 5,83 % | ≈ 5 830 € (jamais débités de votre compte) |
| juste valeur servant d'assiette à la formule | 100 000 − 5 830 | ≈ 94 170 € |
| Coupons perçus (2 ans) | 2 × 5 000 | + 10 000 € |
| Capital remboursé au rappel | — | + 100 000 € |
| Frais de gestion sur unités de compte | 100 000 × 0,90 % × 2 | − 1 800 € |
| Gain brut d’impôt | 10 000 − 1 800 | 8 200 € |
| Fiscalité au rachat (contrat de moins de 8 ans) | 8 200 × 30 % | − 2 460 € |
| GAIN RÉELLEMENT NET | 8 200 − 2 460 | + 5 740 € |
Soit 5,74 % sur deux ans, c'est-à-dire 2,87 % par an en moyenne simple et environ 2,83 % par an en équivalent actuariel — face à un coupon facial affiché de 5 % par an. Le net ressort à un peu plus de la moitié du facial. Le produit a fait exactement ce qu'il annonçait, et votre relevé ne porte aucune ligne de frais.
Variante compte-titres, mêmes hypothèses. Les coupons de 10 000 € sont imposés à 31,4 % au fil de l'eau, soit 3 140 € ; les frais d'exécution coûtent 500 € à l'entrée ; il n'y a pas de frais de gestion sur unités de compte. Le net ressort à 10 000 − 500 − 3 140 = 6 360 €, soit 6,36 % sur deux ans et environ 3,13 % par an en équivalent actuariel.
La lecture à en tirer — et surtout celle à ne pas en tirer
Sous ces hypothèses précises, le compte-titres ressort légèrement devant (6 360 € contre 5 740 €), soit 620 € d'écart. On attribue spontanément cet écart à la fiscalité. Ce sont d'abord les frais de gestion qui l'expliquent : le surcoût de frais net de l'assurance-vie est de 1 300 € (1 800 € de frais de gestion sur unités de compte, moins les 500 € de frais d'exécution supportés en compte-titres), tandis que l'économie d'impôt procurée par l'assurance-vie n'est que de 680 €. Et sur ces 680 €, environ 140 € seulement viennent du différentiel de taux (30 % contre 31,4 %) ; les 540 € restants viennent de ce que les frais de gestion sur unités de compte réduisent l'assiette imposable. 1 300 − 680 = 620.
L'arbitrage bascule si l'une des hypothèses change. Un contrat de 8 ans révolus ferait tomber le taux à 24,7 % : appliqué seul, ce taux laisserait 6 174,60 €, soit toujours moins que les 6 360 € du compte-titres. L'écart ne s'inverse qu'avec l'abattement annuel de 4 600 € imputé sur l'assiette de l'impôt sur le revenu, qui porte le net à 6 519,60 € (6 789,60 € avec l'abattement de 9 200 € d'un couple soumis à imposition commune). C'est donc l'abattement qui fait basculer le résultat, pas le taux réduit. Des frais de gestion sur unités de compte nettement plus bas produiraient le même effet. À l'inverse, allonger l'horizon dégrade l'assurance-vie sous ces hypothèses, puisque les frais de gestion courent chaque année : le scénario B le montre en euros.
Il faut y ajouter ce que ce calcul ne mesure pas : le décalage d'imposition (au rachat en assurance-vie, à l'année du coupon en compte-titres), la transmission, et le référencement du support par l'assureur. La conclusion se tire au cas par cas. Écrire que l'assurance-vie serait systématiquement préférable est faux, écrire l'inverse le serait tout autant.
La fiscalité complète, enveloppe par enveloppe, n'est pas développée ici : voir notre guide de la fiscalité des produits structurés, ainsi que notre guide de la fiscalité de l'assurance-vie. Sur la dualité des taux de prélèvements sociaux applicable depuis 2026, voir notre page sur la CSG, la CRDS et les prélèvements sociaux et notre synthèse de la loi de finances 2026.
8.3. Scénario B — jamais rappelé, barrière tenue, terme à huit ans : + 2 318,40 € nets
Le sous-jacent reste sous le niveau de rappel à chaque observation, mais au-dessus de la barrière à l'échéance. Supposons que les conditions de versement du coupon aient été remplies deux années sur huit, pour un total de 10 000 € — même montant de coupons que dans le scénario A, mais étalé sur huit ans au lieu de deux. Le capital est intégralement remboursé au terme.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Coupons perçus (8 ans) | 2 × 5 000 | + 10 000 € |
| Capital remboursé au terme | — | + 100 000 € |
| Frais de gestion sur unités de compte | 100 000 × 0,90 % × 8 | − 7 200 € |
| Gain brut d’impôt | 10 000 − 7 200 | 2 800 € |
| Impôt sur le revenu (contrat de 8 ans révolus, primes ≤ 150 000 €) | produits de 2 800 € < abattement annuel de 4 600 € : l’abattement porte sur l’ASSIETTE, pas sur l’impôt → assiette IR ramenée à 0 € | 0 € |
| Prélèvements sociaux (dus sur la totalité, sans abattement) | 2 800 × 17,2 % | − 481,60 € |
| GAIN RÉELLEMENT NET | 2 800 − 481,60 | + 2 318,40 € |
Soit 2,32 % sur huit ans, c'est-à-dire environ 0,29 % par an. Un coupon facial de 5 % par an peut donc laisser un rendement net de l'ordre de 0,3 % par an, sans qu'aucune promesse n'ait été rompue : les coupons ont été versés quand les conditions étaient remplies, le capital a été intégralement remboursé, et les frais d'enveloppe ont simplement couru pendant huit ans. Ce scénario illustre au passage un point de fiscalité que l'on lit souvent à l'envers : l'abattement après huit ans n'a réduit ici que l'impôt sur le revenu, et les prélèvements sociaux de 17,2 % sont restés dus intégralement.
8.4. Scénario C — barrière franchie : environ 47 800 € récupérés pour 100 000 € versés
Huit ans plus tard, le sous-jacent est à −45 % de son niveau initial : la barrière de −40 % est franchie. La protection conditionnelle disparaît intégralement, et c'est là que se joue l'effet de falaise : la perte ne porte pas sur les cinq points qui dépassent le seuil, elle suit toute la baisse depuis l'origine. Aucun coupon n'a été versé sur la période.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Coupons perçus | conditions jamais remplies | 0 € |
| Capital remboursé au terme | 100 000 × (1 − 45 %) | 55 000 € |
| Frais de gestion sur unités de compte | ≈ 100 000 × 0,90 % × 8 (approximation, voir note) | ≈ − 7 200 € |
| MONTANT RÉCUPÉRÉ POUR 100 000 € VERSÉS | 55 000 − 7 200 | ≈ 47 800 € |
| Impôt dû | aucun produit imposable | 0 € |
Environ 47 800 € récupérés pour 100 000 € versés. Le tableau ne comporte pas de ligne de coût d'entrée, parce qu'il n'y a jamais eu de débit. Les 5 830 € n'en ont pas moins été supportés ici exactement comme dans les scénarios A et B : une opération qui tourne mal ne donne droit à aucun remboursement.
Aucun impôt, mais aucune consolation fiscale non plus, et c'est un point que peu de pages traitent. En compte-titres, lorsque le titre relève du régime des plus-values de cession de valeurs mobilières, la moins-value serait imputable sur les plus-values de même nature réalisées la même année et les dix années suivantes (CGI art. 150-0 D, 11). La qualification fiscale exacte d'un titre de créance structuré dépend toutefois de ses caractéristiques propres et doit être vérifiée au cas par cas avec votre conseil fiscal [à vérifier selon le titre concerné]. En assurance-vie, une perte constatée à l'intérieur du contrat n'ouvre aucune imputation de ce type : elle réduit simplement la valeur de rachat. Le détail de ces régimes relève de notre guide de la fiscalité des produits structurés.
Ce que ce scénario rappelle
La perte peut être partielle ou totale. La protection éventuelle joue à l'échéance seulement, sous réserve de conservation jusqu'au terme et sous réserve de la solvabilité de l'émetteur : en cas de défaut de ce dernier, ni la barrière, ni le contrat d'assurance-vie, ni le mécanisme de l'unité de compte ne rétablissent le capital. Les frais de gestion sur unités de compte, eux — 900 € par an sous les hypothèses retenues ici —, sont prélevés l'année où le support baisse comme l'année où il monte, y compris les années de baisse : sur huit ans, ils s'ajoutent à la perte au lieu de l'atténuer.
8.5. Coupon facial, gain cumulé, rendement net : trois notions différentes
| Scénario | Coupon facial affiché | Gain cumulé brut | Résultat net après frais et impôt |
|---|---|---|---|
| A — rappelé à 2 ans | 5 % par an | 10 000 € de coupons | + 5 740 €, soit ≈ 2,83 % par an |
| B — mené à 8 ans, barrière tenue | 5 % par an | 10 000 € de coupons | + 2 318,40 €, soit ≈ 0,29 % par an |
| C — barrière franchie | 5 % par an | 0 € | négatif : ≈ 47 800 € récupérés sur 100 000 €, soit ≈ −52 % au total |
L'AMF a refait ce calcul sur un document commercial réel. Dans son étude de janvier 2026, elle reprend un produit affichant « 4 % par semestre » et calcule le rendement annuel effectif correspondant : 7,62 % par an en cas de remboursement à la fin de la deuxième année, 6,37 % par an en cas de remboursement la huitième année dans une configuration favorable, 0 % dans un autre cas de figure, et un rendement négatif dans le scénario défavorable. Ces quatre chiffres sont calculés avant même les frais d'enveloppe et la fiscalité. C'est pourquoi le régulateur recommande de faire préciser une question toute simple, qui devrait figurer sur chaque proposition : « les taux communiqués sont-ils nominaux et/ou actuariels ? »
Ce que le discours commercial oublie
Le coupon est annoncé en pourcentage par an, le coût en pourcentage du nominal, l'impôt arrive l'année suivante. Trois unités, trois documents, et l'addition nulle part.
Le même calcul, sur votre proposition
Nous refaisons ce calcul sur le produit qui vous est proposé et sur votre enveloppe réelle : coût d'entrée du document d'informations clés, information coûts MIF 2, conditions tarifaires de votre contrat, fiscalité applicable, et le résultat en euros dans trois scénarios.
9. Vous détenez déjà un produit : reconstituer ce que vous avez payé
Le calcul reste faisable après coup. Aucun document ne le contient en entier : il faut en rassembler les morceaux, dans cet ordre.
- Retrouver le document d'informations clés remis avant la souscription. Il contient les coûts d'entrée implicites du produit, l'indicateur synthétique de risque et la durée de détention recommandée. À défaut, le document est réclamable auprès du distributeur.
- Demander l'information sur les coûts et frais due au titre de MIF 2. Elle est due, elle porte sur le service, elle inclut les rétrocessions perçues, et le document d'informations clés n'en dispense pas. C'est aussi le moment de rappeler que la plupart de ces produits relèvent des instruments financiers complexes au sens de MIF II : leur souscription hors conseil suppose une vérification des connaissances et de l'expérience de l'investisseur (article L. 533-13 du Code monétaire et financier) et, lorsqu'un conseil a été fourni, une analyse d'adéquation. La position AMF DOC-2010-05 ajoute par ailleurs une restriction de commercialisation pour les titres qui offrent à l'échéance une protection du capital inférieure à 90 % du capital investi et répondent à au moins un de ses quatre critères de complexité.
- Reprendre les conditions tarifaires de l'enveloppe : frais sur versement, frais de gestion annuels sur unités de compte, frais d'arbitrage, ou droits de garde et frais d'exécution en compte-titres. C'est la ligne qu'on oublie, et c'est celle qui décide du résultat sur les durées longues : sous les hypothèses du chapitre 8, huit années de frais de gestion représentent 7 200 € sur 100 000 €, davantage que le coût d'entrée. Notre grille de lecture des frais d'un contrat aide à ne rien oublier.
- Poser la durée effective écoulée, pas la maturité affichée. C'est elle, et elle seule, qui donne le poids annualisé du coût déjà supporté.
- Ne pas confondre coût de sortie et décote. Si vous envisagez de sortir, demandez les deux séparément : le frais contractuel d'une part, le prix de rachat indicatif d'autre part.
Les trois questions à poser par écrit
- Quel est le montant total des coûts, non annualisé et exprimé en euros, supporté sur cette souscription ?
- Quel montant de rétrocession avez-vous perçu, ou percevrez-vous, sur ce produit ?
- Quel serait, chiffré aujourd'hui, le coût d'une sortie anticipée — frais contractuel et prix de rachat indicatif, séparément ?
Reconstituer ce que vous avez payé ne change ni le produit, ni son risque, ni son issue. Si le calcul révèle un coût élevé, la conclusion n'est pas automatiquement de sortir : une sortie anticipée ajoute un frais contractuel et vous expose au prix de marché du moment, qui peut être très inférieur au nominal, et qui transformerait une moins-value latente en perte définitive. Le coût déjà supporté l'est, lui, définitivement. La seule question qui reste ouverte porte sur la suite : votre horizon réel et votre besoin de liquidité. Un tableau de frais n'y répond pas.
10. Ce que le coût ne dit pas : performance, protection, risques
Le coût est une donnée d'entrée, pas un verdict. Cinq précisions avant de refermer.
10.1. Le différentiel de 2,4 points : un constat de performance, pas de frais
L'étude AMF-ACPR de juin 2026 relève un différentiel moyen de 2,4 points en défaveur des produits structurés, sur une comparaison de 65 produits représentatifs du marché, pour 5 milliards d'euros d'encours, avec des fonds indiciels ne comportant pas de protection en capital répliquant leurs sous-jacents, sur la période 2022-2024. Ce chiffre ne s'écrit ni « par an » ni « au total » sans préciser lequel des deux, et il ne se généralise pas hors de ce périmètre. Surtout, c'est un constat de performance, pas une mesure de frais : un produit peut être cher et performer, ou bon marché et décevoir. Ce constat, son contrepoint — dans des environnements de marché faiblement haussiers ou faiblement baissiers, l'investisseur peut percevoir « une performance supérieure à celle d'un investissement dans le sous-jacent, qui serait alors nulle ou négative » — et ses limites méthodologiques sont traités par notre guide des risques.
10.2. Le mythe du « 6 à 12 % par an »
Il n'existe aucune source publique permettant d'écrire qu'un produit structuré « rapporte 6 à 12 % par an ». Le seul chiffre officiel qui s'en approche figure dans la cartographie AMF-ACPR d'avril 2025, et il faut en énoncer tous les qualificatifs dans la même phrase : un rendement annuel médian, brut, hors impact des frais et hors fiscalité, de l'ordre de 6 à 7 %, sur les produits remboursés entre 2021 et 2023. La cartographie ajoute elle-même que « ces performances ne doivent pas occulter le risque de perte en capital en cas de retournement du marché ». Nous y ajoutons, pour notre part, un rappel de contexte qui ne figure pas dans ce document : la période observée a été marquée par des marchés actions porteurs. Enlevez « médian », ou « brut », ou « remboursés entre 2021 et 2023 », et la phrase cesse d'être exacte. Ajoutez les frais d'enveloppe et la fiscalité, comme le fait le chapitre 8, et vous obtenez un tout autre ordre de grandeur.
10.3. Protection, risques, comparaison : trois sujets voisins, trois pages
- La protection. Un coût, si élevé soit-il, ne dit rien du niveau de protection réellement offert. Les quatre situations à ne jamais confondre — garantie totale et inconditionnelle, protection partielle inconditionnelle, barrière conditionnelle, absence de protection — ainsi que la ventilation observée par le régulateur sont détaillées par notre guide du capital garanti et protégé.
- Les risques. Un coût élevé n'est pas un risque : c'est une certitude. Les risques, eux — marché, émetteur, liquidité, valorisation, worst-of, réinvestissement, compréhension — sont inventoriés par notre guide des risques.
- Comparer deux offres. Le coût n'est qu'un critère parmi d'autres, et le moins cher n'est pas le mieux adapté. La méthode complète est traitée par notre grille de comparaison en 15 points.
Le piège symétrique : le moins cher n'est pas le mieux adapté
Le symétrique du discours commercial existe aussi, et il est tout aussi trompeur : un coût faible ne rend pas un produit adapté, et un coût élevé ne le rend pas mécaniquement mauvais. Le coût, lui, est supporté dans tous les scénarios, y compris ceux qui se soldent par une perte, et le chapitre 8 le montre trois fois. Classer deux produits sur leur seul coût d'entrée reviendrait à classer deux contrats d'assurance sur leur seule cotisation.
10.4. Si le coût rend le produit inadapté : quelques repères
Il arrive que le calcul conduise à écarter le produit. C'est une conclusion fréquente en rendez-vous. Il faut alors regarder ailleurs, sans qu'aucune de ces alternatives ne constitue une recommandation : l'investissement obligataire en direct ou via des fonds datés pour un rendement contractuel connu à l'avance, les fonds monétaires pour une poche de court terme, ou les ETF pour une exposition indicielle simple — en gardant en tête qu'un ETF distribue ou capitalise les dividendes de ses composantes, contrairement à ce qu'on lit parfois, et qu'il n'offre en revanche aucune protection du capital. Chacune de ces solutions a ses propres frais, ses propres risques et son propre profil : elles ne se substituent pas mécaniquement à un produit structuré.
10.5. Une phrase sur la société à l'impôt sur les sociétés
Les calculs de ce chapitre 8 sont ceux d'une personne physique. Une société soumise à l'impôt sur les sociétés relève d'une logique entièrement différente : elle ne peut pas souscrire d'assurance-vie, elle n'est soumise ni au prélèvement forfaitaire unique ni aux prélèvements sociaux, et son seul impôt sur les produits financiers est l'IS. Sur un point précis, la prudence s'impose : l'application de l'article 209-0 A du CGI à un titre de créance structuré n'est pas établie et ne doit pas être transposée mécaniquement depuis le régime des OPCVM. Ce point est à faire confirmer par votre expert-comptable. Ce cas d'usage est traité par notre guide du produit structuré en trésorerie d'entreprise et, plus largement, par notre guide de la trésorerie d'entreprise.
11. Ce que cette page ne traite pas, et quand ce produit ne convient pas
Cette page traite le coût total et le calcul du net. Elle s'arrête là, volontairement, et renvoie pour le reste :
- La fiscalité détaillée par enveloppe, avec ses conditions et ses exceptions → fiscalité des produits structurés.
- Le choix de loger un produit dans un contrat d'assurance-vie, référencement compris → produit structuré et assurance-vie.
- La lecture des documents, du DIC aux conditions définitives → DIC et term sheet.
- La comparaison méthodique de deux offres → la grille en 15 points.
- La valorisation en cours de vie et la sortie anticipée → sortie anticipée et valorisation.
- La construction et le pricing d'une structure → construction et pricing.
- Le vocabulaire technique, terme par terme → le lexique des produits structurés.
- L'ensemble du sujet, mécanisme, types, barrière → le guide pilier des produits structurés.
11.1. Quand le coût rend le produit inadapté
Sans désigner de gagnant ni prescrire de conduite, quelques situations se dégagent de tout ce qui précède. Un épargnant dont l'horizon réel est court supporte un coût concentré à l'entrée, non remboursable et calculé sur une durée bien plus longue : il paie une durée qu'il n'utilisera pas. Si les fonds peuvent être nécessaires avant le terme, le coût de sortie et une éventuelle décote de valorisation se cumulent, et l'opération devient difficile à défendre. Une enveloppe qui prélève des frais de gestion élevés sur unités de compte, combinée à une durée longue, peut absorber une part importante du gain : c'est ce que montre le scénario B. Et quand le total, une fois additionné, n'est pas connu avant la signature, la décision est de ne pas signer tant qu'il ne l'est pas.
Cette page délivre une information générique et ne constitue pas une recommandation personnalisée. La plupart des produits structurés relèvent des instruments financiers complexes au sens de MIF II ; leur souscription hors conseil suppose une vérification des connaissances et de l'expérience du souscripteur (article L. 533-13 du Code monétaire et financier) et, lorsqu'un conseil est fourni, une analyse d'adéquation ; la position AMF DOC-2010-05 ajoute une restriction de commercialisation pour ceux qui offrent à l'échéance une protection du capital inférieure à 90 % du capital investi et répondent à au moins un de ses quatre critères. Hagnéré Patrimoine est un cabinet capitalistiquement indépendant, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291 ; le conseil délivré est un conseil non indépendant au sens de la directive MIF II, le cabinet percevant des rétrocessions. Le capital n'est pas garanti et la perte peut être partielle ou totale. Et il arrive que la bonne conclusion soit de ne pas souscrire.
Note de méthode sur les chiffres cités. L'étude du Pôle commun AMF-ACPR du 22 juin 2026 précise elle-même : « cette étude a été réalisée dans un contexte de marchés haussiers sur la base de données déclaratives. Les données chiffrées présentées dans cette étude ne préjugent en aucun cas des résultats futurs. » Toutes les moyennes reprises dans cette page sont des moyennes d'échantillon, jamais des tarifs, jamais des normes, jamais des prévisions.
Ce que votre produit vous laisserait réellement, en euros
Hagnéré Patrimoine, cabinet CIF, COA et COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291, reprend votre document d'informations clés, l'information coûts MIF 2 de votre prestataire et les conditions tarifaires de votre contrat. Vous repartez avec le total en euros et le résultat net dans trois scénarios, par écrit. Il arrive que la réponse soit de ne pas signer.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.

