01. Il n'y a pas une fiscalité espagnole, il y en a dix-sept
La question que vous nous posez au premier rendez-vous est presque toujours la même : « si nous partons en Espagne, ça nous coûte combien ? » Elle n’a pas de réponse. Pas parce que le sujet serait complexe — il l’est, mais ce n’est pas la raison —, parce que la question est mal posée. L’Espagne ne fixe pas votre impôt sur le revenu : elle en fixe la moitié. Elle ne fixe pas votre impôt sur la fortune : elle en fixe un régime par défaut que quinze parlements régionaux peuvent réécrire. Et elle ne fixe quasiment rien de vos droits de succession. Le pays où vous vous installez ne décide pas de votre facture. La communauté autonome où vous posez vos valises, elle, la décide presque entièrement.
Voici l’écart, tout de suite, avant toute explication. Un même dossier — 120 000 € de revenus, 4 000 000 € de patrimoine net, un appartement de 400 000 € à l’achat, une succession de 800 000 € à un enfant majeur — supporte une charge fiscale annuelle récurrente de 42 532 € à Madrid et de 81 160 € à Barcelone. Sur la succession, la même famille paie 1 952 € à Madrid, 0 € à Malaga et 68 938 €à Barcelone. Ce ne sont pas trois pays. C’est le même, à trois heures de train les uns des autres, sous le même passeport, la même monnaie et la même administration centrale.
Et pourtant, le conseil qui découle mécaniquement de ces chiffres — installez-vous à Madrid, il n’y a pas d’impôt sur la fortune— est faux au-dessus d’environ 3 700 000 €de patrimoine net, et il l’est depuis le fait générateur du 31 décembre 2022. L’État espagnol a créé un impôt dont la fonction unique est de reprendre ce que les communautés abandonnent. Cette phrase-là, « pas d’impôt sur la fortune à Madrid », a été exacte pendant quinze ans, elle est répétée partout, et elle est devenue le contresens le plus coûteux du corpus francophone sur l’Espagne. Un client qui déménage à Madrid pour cette raison, et pour cette raison seule, achète un avantage qui n’existe plus à son niveau de patrimoine.
Ce chapitre fait trois choses. Il montre ce que l’État espagnol a cédé, poste par poste, et ce qu’il a gardé — parce que la ligne de partage est la seule chose qui rende les écarts prévisibles. Il chiffre le même dossier à trois adresses. Puis il pose la question que la carte régionale ne suffit pas à trancher : à partir de quel patrimoine le choix de la communauté cesse-t-il de produire un gain, et à partir de quelle durée produit-il son plein effet ? Il se termine par une feuille de décision et par la carte des trente-quatre chapitres qui suivent.
Champ de ce guide : quinze communautés sur dix-sept, et ce n'est pas un détail de périmètre
Le titre de ce chapitre dit « dix-sept » parce que l’Espagne compte dix-sept communautés autonomes. Le compte honnête est plus élevé, et il commande tout ce qui suit. Quinze communautés relèvent du régime commun — celui de la Ley 22/2009, qui organise la cession d’impôts d’État aux régions. La Navarre relève d’un Convenio Económico (Ley 28/1990) et les trois territoires historiques du Pays basque — Álava, Biscaye, Guipúzcoa — d’un Concierto Económico(Ley 12/2002). Ces quatre entités ont leurs propres impôt sur le revenu, impôt sur la fortune, impôt de solidarité et droits de succession, leurs propres modèles déclaratifs, leur propre régime d’impatriés, et leur interlocuteur n’est pas l’Agencia Tributaria mais une Diputación Foral ou la Communauté forale. La Ley 19/1991 sur l’impôt sur la fortune n’y est pas applicable : l’impôt y relève de normes forales propres — Norma Foral 9/2013 en Álava, 2/2013 en Biscaye et 2/2018 en Guipúzcoa, toutes trois intitulées Impuesto sobre el Patrimonio. La dénominationImpuesto sobre la Riqueza y las Grandes Fortunas, portée par la Norma Foral10/2012 guipuzcoane, a été abrogée le 20 juin 2018.
S’y ajoutent Ceuta et Melilla, villes autonomes soumises à l’IPSIet non à la TVA, avec des bonifications propres — y compris sur l’impôt de solidarité, dont l’apartado Catorce de l’article 3 de la Ley 38/2022 leur réserve une bonification de cotisation. Et les Canaries, de régime commun pour l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune, les successions et les droits de mutation, mais dotées d’une fiscalité indirecte propre : l’IGIC, dont le taux général est de 7 % (art. 51.1 de la Ley 4/2012 des Canaries), remplace la TVA.
Une cinquième couche, enfin, que l’on découvre au premier avis d’imposition : les communes. Ce sont elles qui fixent le taux de la taxe foncière — l’IBI — dans une fourchette légale, elles qui votent les coefficients et les minorations de la plusvalía municipaldue à chaque mutation, et elles qui décident d’appliquer ou non la surtaxe sur les logements vacants. Deux villes voisines de la même communauté n’ont donc pas le même coût de détention. Ce niveau est traité aux chapitres 16 et 29 ; il ne relève d’aucun des textes régionaux cités ici.
Conséquence pratique, et elle est stricte. Tout ce que ce guide écrit vaut pour une résidence, ou une localisation de biens, dans une communauté de régime commun. Si vous envisagez Bilbao, Saint-Sébastien, Vitoria ou Pampelune, la quasi-totalité des développements qui suivent vous est inapplicable, et nous ne publions aucun chiffre foral : les normes forales n’ont pas été ouvertes dans le cadre de ce travail. C’est un sujet d’asesor fiscalétabli dans le territoire concerné, sans équivalence possible — un conseil madrilène ne pratique pas le droit foral. Nous le disons ici une fois et nous le répéterons : aucune phrase commençant par « en Espagne » n’est vraie dès que le client sort des quinze communautés de régime commun.
Ce que l’État a cédé, et ce qu’il a gardé
Le texte à connaître est la Ley 22/2009, de 18 de diciembre (BOE-A-2009-20375), qui règle le système de financement des communautés autonomes de régime commun et des villes à statut d’autonomie. Son article 25.1 énumère les impôts dont le rendement est cédé : « a) Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas. b) Impuesto sobre el Patrimonio. c) Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones. d) Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales y Actos Jurídicos Documentados. e) Tributos sobre el Juego. f) Impuesto sobre el Valor Añadido. […] » — la liste se poursuit jusqu’à la lettre p), les lettres g) à p) visant les accises et la taxe sur le dépôt de déchets. Les quatre premiers sont ceux qui décident du sort d’un patrimoine privé français.
Mais céder le rendement d’un impôt et céder le pouvoir de le réglersont deux choses différentes, et c’est précisément là que se joue la géographie de votre facture. Sur l’impôt sur le revenu, la cession est de moitié et le pouvoir normatif est étroit : l’article 46.1 laisse aux communautés le barème applicable à la base liquidable general — « La estructura de esta escala deberá ser progresiva » —, une modulation du minimum personnel et familial « con el límite del 10 por ciento para cada una de las cuantías », et des déductions de cotisation. Sur l’impôt sur la fortune, l’article 47.1 cède trois leviers : « a) Mínimo exento. b) Tipo de gravamen. c) Deducciones y bonificaciones de la cuota. » Sur les successions et donations, l’article 48.1 cède la totalité des paramètres de calcul — réductions d’assiette, barème, coefficients de patrimoine préexistant, déductions et bonifications. Sur les droits de mutation à titre onéreux, l’article 49.1 ne cède que les taux et les bonifications, jamais l’assiette.
Cette gradation explique tout : plus le pouvoir cédé est large, plus l’écart régional est violent. Il est de quelques milliers d’euros par an sur l’impôt sur le revenu, d’un rapport de un à huit sur l’impôt sur la fortune, et de zéro à près de soixante-neuf mille euros sur une même succession.
| Impôt | Ce que la communauté peut régler | Ce qu'elle ne peut pas | Écart observé entre les sept communautés étudiées |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (IRPF) | Le barème de la base générale, obligatoirement progressif ; le minimum personnel et familial à ± 10 % ; des déductions de cotisation (art. 46.1) | Le taux de la base de l'épargne — dividendes, intérêts, plus-values — et les acomptes (art. 46.2 a et d) | 3 272 € par an sur 120 000 € de revenus, entre Madrid et la Communauté valencienne |
| Impôt sur la fortune (IP) | Le minimum exonéré, le barème et les bonifications de cotisation (art. 47.1) | L'assiette, les exonérations d'assiette, le plafonnement de 60 % — tous étatiques | 5 100 € à Madrid contre 41 944 € en Catalogne sur 4 000 000 € de patrimoine net |
| Successions et donations (ISD) | Les réductions d'assiette, le barème, les coefficients de patrimoine préexistant, les déductions et bonifications (art. 48.1) — c'est-à-dire la totalité du calcul | Le fait générateur, la définition des groupes de parenté, les règles de rattachement territorial | De 0 € à 68 938 € sur une succession de 800 000 € en ligne directe |
| Mutations à titre onéreux et actes notariés (ITP-AJD) | Les taux et les bonifications de cotisation (art. 49.1) | L'assiette et les exonérations | 24 000 € à Madrid contre 40 000 € en Catalogne sur un logement ancien de 400 000 € |
Un point mérite d’être isolé, parce qu’il est la seule bonne nouvelle structurelle du dossier pour un patrimoine financier. Le taux applicable à la base de l’épargne — dividendes, intérêts, plus-values mobilières, produits de rachat — est le même dans tout le territoire de régime commun. L’article 46.2 a) de la Ley 22/2009 est une interdiction expresse et non un simple silence : « 2. Las Comunidades Autónomas no podrán regular : a) Los tipos de gravamen autonómicos de la base liquidable del ahorro y los aplicables a determinadas categorías de renta, que serán los que a estos efectos se determinen por la Ley 35/2006, de 28 de noviembre, del Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas. » Le barème résulte de l’addition de l’article 66.1 (moitié étatique) et de l’article 76 (moitié autonomique, fixée au même niveau et non modifiable) : 19 / 21 / 23 / 27 / 30 % aux seuils de 6 000, 50 000, 200 000 et 300 000 €, la dernière tranche à 30 % résultant de la disposition finale 7.2 de la Ley 7/2024, avec effet au 1er janvier 2025.
Il ne faut pas pour autant en conclure que le choix de la communauté serait sans effet sur ces revenus, et nous avons vu cette conclusion écrite noir sur blanc. Le tauxest identique, l’impôtne l’est pas exactement. La moitié autonomique s’applique au minimum personnel et familial tel que majoré ou minoré de 10 % par la communauté (art. 76 de la LIRPF, qui renvoie à l’article 56.3), et les déductions autonomiques de l’article 46.1 c) de la Ley 22/2009 s’imputent sur une cuota íntegra autonómicaqui inclut la moitié « épargne » — l’article 46.4, « La cuota líquida autonómica no podrá ser negativa », ne se comprend pas autrement. L’écart reste d’un ordre de grandeur inférieur à celui qui joue sur les salaires, les pensions et les revenus fonciers. C’est cela, le message : pas « rien ne change », mais « presque rien ne change, et sur le taux, rien du tout ».
Le même dossier à trois adresses : Madrid, Barcelone, Malaga
Prenons un dossier dont la structure nous est familière : un dirigeant de cinquante-deux ans qui cède son entreprise française, s’installe en Espagne, achète un appartement, perçoit ensuite des revenus mixtes, et laissera un jour son patrimoine à un enfant unique majeur. Nous le chiffrons trois fois, à Madrid, à Barcelone et à Malaga. Les hypothèses de calcul comptent autant que les résultats, et nous les donnons avant les tableaux — un chiffrage dont on ne connaît pas les hypothèses ne sert à rien.
Les hypothèses des quatre tableaux qui suivent
Impôt sur le revenu. Contribuable célibataire sans enfant, moins de 65 ans ; base liquidable générale 100 000 € (salaires nets de charges sociales et de réductions) ; base liquidable de l’épargne 20 000 € ; minimum personnel et familial de 5 550 €, montant étatique de l’article 57 de la LIRPF, appliqué de façon identique aux deux moitiés du barème ; aucune déduction de cotisation. Six des sept communautés étudiées ont voté des montants propres de minimum personnel et familial, dans la limite de ± 10 % posée par l’article 46.1 a) de la Ley 22/2009. Notre calcul les ignore. L’effet maximal est de l’ordre de la centaine d’euros et ne change pas le classement, mais ces montants ne sont pas des liquidations exactes.
Impôt sur la fortune. Résident espagnol, obligation personnelle ; patrimoine net imposable 4 000 000 € après déduction des dettes, hors exonération de résidence habituelle (300 000 €, art. 4.Nueve de la Ley 19/1991) et hors biens professionnels exonérés (art. 4.Ocho) ; plafonnement de l’article 31.Uno non atteint.
Succession. Un enfant unique de 30 ans, héritier de la totalité ; masse successorale nette 800 000 € composée d’actifs financiers et d’immobilier locatif — pas de résidence habituelle du défunt, pas d’entreprise familiale, pas de contrat d’assurance-vie ; patrimoine préexistant de l’héritier inférieur à 400 000 € ; loi de la communauté de résidence habituelle du défunt sur les cinq dernières années.
Achat immobilier. Logement ancien de 400 000 € acquis entre particuliers, hors régimes réduits.
Et la réserve qui vaut pour l’ensemble. Ces montants sont calculés par nos soins à partir des barèmes primaires publiés au BOE. Ils ne proviennent d’aucune publication administrative, ils ignorent les déductions autonomiques spécifiques — chaque communauté en compte entre dix et vingt-cinq — ainsi que les réductions sectorielles d’ISD (entreprise familiale, exploitation agricole, patrimoine culturel). Ils servent à hiérarchiser, pas à liquider. Aucune décision d’implantation ne se prend sur leur seul fondement.
Premier poste, l’impôt sur le revenu. C’est celui dont on parle le plus et celui qui compte le moins.
| Communauté | Base générale | Base épargne | Total sur 120 000 € | Taux moyen | Écart / Madrid |
|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 33 352 € | 4 080 € | 37 432 € | 31,19 % | — |
| Îles Baléares | 34 389 € | 4 080 € | 38 469 € | 32,06 % | + 1 037 € |
| Région de Murcie | 34 436 € | 4 080 € | 38 516 € | 32,10 % | + 1 084 € |
| Andalousie (Malaga) | 34 806 € | 4 080 € | 38 886 € | 32,41 % | + 1 454 € |
| Catalogne (Barcelone) | 35 136 € | 4 080 € | 39 216 € | 32,68 % | + 1 784 € |
| Îles Canaries | 35 201 € | 4 080 € | 39 281 € | 32,73 % | + 1 849 € |
| Communauté valencienne | 36 624 € | 4 080 € | 40 704 € | 33,92 % | + 3 272 € |
3 272 € d’écart maximal, soit 8,7 % de la facture madrilène. C’est réel, c’est récurrent, et c’est très en deçà de ce que la légende suggère. L’impôt sur le revenu n’est pas le bon critère de choix d’une communauté — il le devient pour les très hauts revenus, où l’écart de taux marginal se cumule année après année : 45,00 % à Madrid (24,50 % étatique + 20,50 % autonomique), le plus bas des communautés de régime commun relevé communauté par communauté sur le manuel Renta 2025, contre 54,00 % en Communauté valencienne (24,50 % + 29,50 %), 50,50 % aux Canaries et 50,00 % en Catalogne. Les normes forales n’entrent pas dans cette comparaison : nous ne les avons pas ouvertes.
Un mot sur le 47 % que vous avez lu partout comme « le taux marginal espagnol ». Il ne correspond au taux réellement dû que dans deux des sept communautés du tableau, l’Andalousie et la Région de Murcie, dont le barème autonomique culmine à 22,50 % — soit 47,00 % une fois ajoutés les 24,50 % étatiques ; ailleurs, il ne correspond à rien. C’est un taux de référence : l’échelle de retenue à la source de l’article 101.1 de la LIRPF le fixe expressément à « 47,00 » au-delà de 300 000 €, parce qu’elle agrège les deux moitiés pour calculer l’acompte. Votre employeur retiendra sur cette base ; votre impôt définitif dépendra du barème voté par votre communauté, qui peut être inférieur — Madrid — ou nettement supérieur — Valence.
Deuxième poste, l’impôt sur la fortune. C’est ici que tout se joue, et le rapport n’est plus de un à un et demi mais de un à huit.
| Communauté | Minimum exonéré | Base liquidable | IP au barème | IP effectivement dû | Impôt de solidarité résiduel | Total annuel |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Andalousie (Malaga) | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Région de Murcie | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Îles Baléares | 3 000 000 € | 1 000 000 € | 7 473 € | 7 473 € | 0 € | 7 473 € |
| Îles Canaries | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 36 546 € | 0 € | 36 546 € |
| Communauté valencienne | 1 000 000 € | 3 000 000 € | 39 166 € | 39 166 € | 0 € | 39 166 € |
| Catalogne (Barcelone) | 500 000 € | 3 500 000 € | 41 944 € | 41 944 € | 0 € | 41 944 € |
Quatre lectures, dans l’ordre d’importance. Un : Madrid n’est pas à zéro. Le résident madrilène paie 5 100 € — nous expliquons à la section suivante pourquoi, et à qui. Deux : l’écart Madrid-Barcelone est de 36 844 € par an, sur un même patrimoine, à revenus identiques, et il se reproduit chaque année. La facture barcelonaise est huit fois la facture madrilène. Trois : les Baléares occupent la deuxième place pour une raison entièrement différente des trois premières — ni bonification ni barème doux, mais un minimum exonéré de 3 000 000 €, le plus élevé des sept communautés étudiées, plus de quatre fois le minimum étatique. En dessous de 3 000 000 € de patrimoine net imposable, les Baléares sont strictement à zéro ; au-dessus, elles sont plus chères que Madrid, l’Andalousie et la Murcie jusqu’au point de croisement d’environ 51 M€, au-delà duquel la charge redevient identique. L’avantage baléare est un avantage de seuil, pas un avantage de taux. Quatre : les Canaries ne sont pas le refuge patrimonial qu’on décrit. 36 546 € contre 5 100 € à Madrid. Leur avantage est indirect — IGIC, zone spéciale canarienne, réserve pour investissements — et il n’est pas patrimonial.
Troisième poste, la succession. C’est le seul où l’écart régional ne se rattrape jamais, parce qu’il se réalise une fois, à un moment que personne ne choisit.
| Communauté | Abattement de parenté | Base liquidable | Cotisation brute | Impôt final | % de l'héritage |
|---|---|---|---|---|---|
| Andalousie (Malaga) | 1 000 000 € | 0 € | 0 € | 0 € | 0,00 % |
| Îles Baléares | 25 000 € | 775 000 € | 13 000 € | 0 € | 0,00 % |
| Îles Canaries | 23 125 € | 776 875 € | 193 139 € | 193 € | 0,02 % |
| Communauté valencienne | 100 000 € | 700 000 € | 171 013 € | 1 710 € | 0,21 % |
| Madrid | 16 000 € | 784 000 € | 195 196 € | 1 952 € | 0,24 % |
| Région de Murcie | 15 957 € | 784 043 € | 202 977 € | 2 030 € | 0,25 % |
| Catalogne (Barcelone) | 100 000 € | 700 000 € | 129 000 € | 68 938 € | 8,62 % |
| Pour mémoire : barème étatique subsidiaire | 15 957 € | 784 043 € | 195 272 € | 195 272 € | 24,41 % |
La Catalogne est l’anomalie, et il faut comprendre d’où elle vient parce que l’explication intuitive est fausse. Ce n’est pas son barème : le barème catalan est le plus doux du panel en cotisation brute — 129 000 € contre 195 196 € à Madrid sur la même base. C’est sa bonification dégressive. Là où six communautés accordent 99 % ou 100 % quel que soit le montant, la Catalogne fait décroître la bonification par tranche de base imposable : un enfant majeur héritant de 800 000 € n’obtient qu’un pourcentage moyen pondéré de 46,56 % — 750 000 € à 47,33 % et 50 000 € à 35 %, rapportés à 800 000 €, arrondi à la centième comme l’impose l’article 633-4.5 du DL 1/2024. Au-delà de 3 000 000 € de base imposable, la bonification marginale catalane tombe à zéro pour un enfant majeur.
Précision décisive et rarement écrite : si l’héritier était le conjoint et non l’enfant, la Catalogne appliquerait la bonification fixe de 99 % de l’article 633-4.1 et l’impôt tomberait à 1 290 €. L’écart catalan n’est donc pas un écart Catalogne contre reste de l’Espagne : c’est un écart enfant contre conjoint. Un couple installé à Barcelone dont le premier décès profite au survivant ne subit pas ce que le tableau montre. Il le subit au second décès. Le calendrier de la transmission compte davantage, en Catalogne, que le choix de la Catalogne.
Dernier poste, l’achat. Il ne se paie qu’une fois mais il se paie immédiatement.
| Communauté | Régime applicable au logement ancien | Droits dus sur 400 000 € | Écart / Madrid |
|---|---|---|---|
| Madrid | 6 % (art. 28 du DL 1/2010) | 24 000 € | — |
| Îles Canaries | 6,5 % (art. 31 du DL 1/2009) | 26 000 € | + 2 000 € |
| Andalousie (Malaga) | 7 % (art. 41 de la Ley 5/2021) | 28 000 € | + 4 000 € |
| Région de Murcie | 7,75 % depuis le 25 juillet 2025 (art. 6.1 du DL 1/2010) | 31 000 € | + 7 000 € |
| Îles Baléares | Barème progressif de 8 % à 13 % (art. 10 du DL 1/2014) : 8 % sur la totalité à ce niveau de prix | 32 000 € | + 8 000 € |
| Communauté valencienne | 9 % depuis le 1er juin 2026, 11 % au-delà de 1 000 000 € (art. 13.Uno de la Ley 13/1997) | 36 000 € | + 12 000 € |
| Catalogne (Barcelone) | Barème progressif de 10 % à 13 % depuis le 27 juin 2025 (art. 641-1 du DL 1/2024), liquidé au taux moyen : 10 % sur la totalité à ce niveau de prix | 40 000 € | + 16 000 € |
Voici maintenant le tableau qui résume les quatre précédents, et la conclusion opérationnelle du chapitre.
| Communauté | Impôt sur le revenu (par an) | Impôt sur la fortune (par an) | Charge annuelle récurrente | Succession en ligne directe (une fois) | Droits d'achat (une fois) |
|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 37 432 € | 5 100 € | 42 532 € | 1 952 € | 24 000 € |
| Région de Murcie | 38 516 € | 5 100 € | 43 616 € | 2 030 € | 31 000 € |
| Andalousie (Malaga) | 38 886 € | 5 100 € | 43 986 € | 0 € | 28 000 € |
| Îles Baléares | 38 469 € | 7 473 € | 45 942 € | 0 € | 32 000 € |
| Îles Canaries | 39 281 € | 36 546 € | 75 827 € | 193 € | 26 000 € |
| Communauté valencienne | 40 704 € | 39 166 € | 79 870 € | 1 710 € | 36 000 € |
| Catalogne (Barcelone) | 39 216 € | 41 944 € | 81 160 € | 68 938 € | 40 000 € |
Sur dix ans, et en ajoutant l’achat et la succession, l’écart entre Madrid et Barcelone approche 470 000 € sur ce dossier — 386 280 € de charge courante, 66 986 € de droits de succession, 16 000 € de droits d’acquisition. C’est une conséquence arithmétique de nos hypothèses, pas un chiffre publié ; il n’a de valeur que d’ordre de grandeur. Mais l’ordre de grandeur est le bon, et il est celui d’un appartement.
Le résultat le plus contre-intuitif du tableau est ailleurs, et il mérite d’être dit parce qu’il contredit un raccourci que nous entendons souvent : sur ce dossier précis, Malaga est légèrement plus chère que Madrid. L’Andalousie efface intégralement la succession — son abattement de 1 000 000 € par héritier en ligne directe épuise la base avant même que sa bonification de 99 % ne joue — mais elle coûte 1 454 € de plus par an en impôt sur le revenu et 4 000 € de plus à l’achat. Sur dix ans, le solde est défavorable d’environ 16 600 €. Inversez une seule hypothèse — deux enfants au lieu d’un, ou un décès à cinq ans plutôt qu’à trente — et le classement s’inverse. C’est exactement pourquoi un tableau régional ne se lit pas comme un palmarès : il se lit avec la durée et la composition du foyer.
Le piège que personne ne voit : l’État reprend ce que la région abandonne
Revenons sur les 5 100 € madrilènes. Madrid bonifie l’impôt sur la fortune depuis 2008 — le préambule de la loi régionale de décembre 2023 le rappelle au mot près, « desde el año 2008 ». Pendant quinze ans, la phrase « il n’y a pas d’impôt sur la fortune à Madrid » a été exacte pour tous les niveaux de patrimoine. Elle a cessé de l’être le 31 décembre 2022, et ce n’est pas Madrid qui a changé d’avis : c’est l’État qui a créé un impôt spécifiquement conçu pour récupérer ce que Madrid renonce à prélever.
L’Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas a été institué par l’article 3 de la Ley 38/2022, de 27 de diciembre (BOE-A-2022-22684). Un article unique, vingt-huit apartados. Trois d’entre eux suffisent à comprendre le mécanisme.
« Dos. […] 2. El impuesto no podrá ser objeto de cesión a las Comunidades Autónomas. »
« Quince. Cuota a ingresar del Impuesto sobre el Patrimonio. De la cuota resultante de la aplicación de los apartados anteriores el sujeto pasivo podrá deducir la cuota del Impuesto sobre el Patrimonio del ejercicio efectivamente satisfecha. »
« Diez. […] El impuesto se devengará el 31 de diciembre de cada año y afectará al patrimonio neto del cual sea titular el sujeto pasivo en dicha fecha. »
Le mot décisif est « efectivamente satisfecha ». Ne se déduit de l’impôt d’État que l’impôt régional effectivement acquitté. Dans une communauté qui bonifie à 100 %, la cotisation régionale acquittée est nulle : il n’y a rien à déduire, et l’impôt d’État est dû en totalité. La bonification régionale ne fait donc pas disparaître la charge. Elle en transfère le produit de la communauté vers l’État. Le contribuable madrilène de 2022 a donc acquitté l’impôt d’État en totalité, faute d’impôt régional à déduire, et il l’a versé à Madrid la capitale et non à Madrid la Communauté. Un Catalan, lui, acquittait déjà un impôt régional supérieur, qui ramenait son impôt d’État à zéro.
Il faut ensuite distinguer deux seuils, et le corpus les confond systématiquement. Le fait générateur est constitué au-delà de 3 000 000 € de patrimoine net (apartado Tres : « Constituirá el hecho imponible del impuesto la titularidad por el sujeto pasivo en el momento del devengo de un patrimonio neto superior a 3.000.000 de euros »). Mais la base imposable est réduite d’un minimum exonéré de 700 000 € (apartado Nueve : « Nueve. Base liquidable. La base imponible se reducirá, en concepto de mínimo exento, en 700.000 euros. ») et la première tranche du barème est à 0 % jusqu’à 3 000 000 € de base liquidable. L’impôt ne devient donc effectivement dû qu’à partir d’environ 3 700 000 € de patrimoine net, et en deçà aucune déclaration n’est même exigée, l’apartado Diecinueve réservant l’obligation de dépôt aux redevables dont la cotisation est positive. Ce chiffre de 3 700 000 € est une conséquence arithmétique de la combinaison des trois apartados ; il n’est publié comme tel par aucun texte.
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota | Reste de base liquidable — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 3 000 000,00 € | 0,00 % |
| 3 000 000,00 € | 0,00 € | 2 347 998,03 € | 1,7 % |
| 5 347 998,03 € | 39 915,97 € | 5 347 998,03 € | 2,1 % |
| 10 695 996,06 € | 152 223,93 € | En adelante | 3,5 % |
Les communautés qui avaient effacé leur impôt sur la fortune ont compris immédiatement ce que le dispositif leur faisait, et elles ont riposté. La Ley 12/2023, de 15 de diciembre, de la Comunidad de Madrid porte un intitulé qui suffit à trancher la question : « por la que se modifica de manera temporal la bonificación del impuesto sobre el patrimonio en la Comunidad de Madrid durante el período de vigencia del impuesto de solidaridad de las grandes fortunas ». Publiée au BOCM no 303 du 21 décembre 2023 puis au BOE (BOE-A-2024-5609, BOE no 71 du 21 mars 2024), entrée en vigueur le 22 décembre 2023 avec effets au 1erjanvier 2023, elle remplace la bonification générale de 100 % par une bonification différentielle : le contribuable acquitte à sa communauté exactement ce qu’il aurait versé à l’État, et la déduction de l’apartado Quince ramène alors l’impôt d’État à zéro. Le préambule chiffre l’enjeu : « 10.302 contribuyentes madrileños » et « 555 millones de euros ». Ce n’est pas une baisse d’impôt, c’est un rapatriement de recette.
Pourquoi le résident madrilène paie 5 100 € et non 36 546 €
Patrimoine net ......................... 4 000 000 €
Minimum exonéré (identique aux deux impôts) . − 700 000 €
Base liquidable ........................ 3 300 000 €
1) Impôt sur la fortune, barème étatique art. 30.2
25 904,35 + (3 300 000 − 2 673 999,01) × 1,7 % = 36 546,37 €
2) Impôt de solidarité, barème apartado Once
(3 300 000 − 3 000 000) × 1,7 % .......... = 5 100,00 €
3) Bonification différentielle madrilène = (1) − (2)
= 31 446,37 €
IMPÔT SUR LA FORTUNE PAYÉ = 36 546,37 − 31 446,37 = 5 100 € → à MADRID
IMPÔT DE SOLIDARITÉ PAYÉ = 5 100 − 5 100 = 0 € → à l'ÉTAT
Charge du contribuable : inchangée. Créancier : la Communauté.- Écart constant IP − impôt de solidarité :31 446,37 €
- Charge à 3 300 000 € de base liquidable :5 100 €
- Charge à 5 300 000 € de base liquidable :39 100 €
- Charge à 14 300 000 € de base liquidable :278 364 €, soit 1,86 % de taux effectif
Le raisonnement suppose que Madrid n'a approuvé aucun barème propre d'impôt sur la fortune, ce qui est établi : le chapitre II du Decreto Legislativo 1/2010 ne comporte que deux articles, l'article 19 fixant le minimum exonéré à 700 000 € et l'article 20 la bonification générale. Les bases liquidables des deux impôts ne divergent donc pas à Madrid. Corollaire arithmétique invariant : l'écart entre la cotisation d'impôt sur la fortune au barème étatique et la cotisation d'impôt de solidarité vaut exactement 31 446,37 € pour toute base liquidable supérieure à 3 000 000 €, les deux barèmes appliquant les mêmes taux aux mêmes seuils au-dessus de ce montant. C'est le montant exact de la bonification différentielle madrilène, à tous les niveaux de patrimoine.
Ce qui reste vrai, et qu'il ne faut pas surcorriger
En deçà d’environ 3 700 000 € de patrimoine net, il n’y a effectivement ni impôt sur la fortune ni impôt de solidarité à Madrid, et il n’y a même pas d’obligation déclarative au titre de l’impôt de solidarité. Pour la très grande majorité des clients, l’affirmation reste juste — et c’est pourquoi elle a la vie dure. L’écart avec la Catalogne, dont le minimum exonéré est de 500 000 €, reste considérable à tous les niveaux de patrimoine.
Attention toutefois à l’obligation déclarative de l’impôt sur la fortune, qui n’a rien à voir avec la cotisation. Le modelo 714 doit être déposé lorsque la cotisation est positive ou, à défaut, lorsque la valeur des biens et droits excède 2 000 000 €. Et ces deux millions se comptent « estén o no exentos del impuesto », sans déduire les charges, les dettes ni les obligations personnelles. Le détenteur d’une entreprise familiale exonérée au titre de l’article 4.Ocho de la Ley 19/1991 franchit ce seuil beaucoup plus vite qu’il ne le croit : sa participation compte intégralement pour le seuil alors qu’elle est exonérée pour le calcul. À Madrid, où l’impôt est bonifié, une déclaration reste donc due.
Trois précisions closent ce point, et chacune corrige une erreur qui circule.
Un. L’impôt n’est ni éteint ni pérennisé. Son apartado Veintiocho porte toujours, au texte consolidé, la clause d’origine : « Veintiocho. Vigencia. Este impuesto será aplicable en los dos primeros ejercicios en los que se devengue a partir de la fecha de su entrada en vigor. » Mais la disposición adicional quinta, point 2, du Real Decreto-ley 8/2023, de 27 de diciembre dispose : « 2. Se prorroga la aplicación del Impuesto temporal de solidaridad de las grandes fortunas aprobado por la Ley 38/2022, de 27 de diciembre, en tanto no se produzca la revisión de la tributación patrimonial en el contexto de la reforma del sistema de financiación autonómica. » Prorogation sans terme, conditionnée à une réforme du financement autonomique qui n’était pas intervenue au 30 juillet 2026. Le rédacteur qui ouvre la seule Ley 38/2022 y lit « deux exercices » et se trompe. Le qualificatif « temporaire » de son intitulé ne correspond plus à rien.
Deux. La riposte régionale n’a pas partout la même forme, et nous ne la publions pas partout. Le mécanisme différentiel est établi sur le texte officiel pour Madrid. Les textes refondus de l’Andalousie (disposition transitoire cinquième de la Ley 5/2021, version consolidée au BOE du 31 décembre 2025) et de la Région de Murcie (disposition transitoire deuxième du DL 1/2010, version consolidée au 24 juillet 2025) portent une construction analogue. Pour les autres communautés, nous ne publions aucune bonification sans avoir ouvert le texte régional dans sa version applicable à l’exercice. Cette prudence n’est pas rhétorique : la bonification madrilène a été vraie, publiée partout, et fausse à compter de l’exercice 2023. Une donnée régionale sans date d’effet est inutilisable ; une donnée régionale de plus de douze mois est présumée fausse, parce que dix-sept parlements votent une loi de finances chaque décembre et que certaines produisent des effets rétroactifs sur l’exercice écoulé — les Canaries l’ont fait en décembre 2025 pour le barème d’impôt sur le revenu de 2025.
Trois. Au-dessus du seuil, la communauté redevient un paramètre — dans deux cas seulement. Là où l’impôt régional est plein, il excède en général l’impôt d’État, qui tombe alors à zéro. C’est vrai sans exception aux Canaries et en Communauté valencienne. Ce ne l’est pas en Catalogne au-delà d’environ 17,5 M€ de patrimoine net : le taux marginal catalan (2,750 % puis 3,480 % au-delà de 20 M€, tranche ajoutée par le Decreto-ley 10/2024) reste inférieur au taux marginal de l’impôt d’État (3,5 %), de sorte qu’un reliquat étatique redevient dû et croît avec le patrimoine — environ 18 400 € à 20 M€. Aux Baléares, dont le taux marginal supérieur est de 3,45 %, le point de croisement se situe vers 51 M€. Deux barèmes progressifs dont les taux marginaux supérieurs diffèrent finissent toujours par se croiser ; la seule question est de savoir où.
Le chapitre 03 traite cet impôt en entier : assiette, exonérations importées, plafonnement de 60 %, contentieux constitutionnel, calendrier de dépôt du modelo 718 du 1erau 31 juillet, articulation avec l’impôt français sur la fortune immobilière et situation du propriétaire non résident. Le chapitre 02 détaille les dix-sept fiscalités communauté par communauté.
Le régime de l’article 93 ne rebat qu’une seule case de cette carte
Le régime des impatriés, que tout le monde appelle « loi Beckham », est le sujet espagnol le plus commenté en français et le plus mal décrit : la quasi-totalité du corpus décrit un régime qui n’existe plus depuis le 1erjanvier 2023. Le chapitre 04 lui est entièrement consacré. Ce qu’il faut en savoir ici tient en une phrase, et elle est contre-intuitive : ce régime neutralise l’hétérogénéité régionale sur l’impôt sur le revenu, et sur lui seul.
Le bénéficiaire du régime est imposé selon les règles de l’impôt des non-résidents, à un barème sans part régionale — 24 % jusqu’à 600 000 € et 47 % au-delà sur ses revenus du travail et d’activité, ses dividendes, intérêts et plus-values de source espagnole relevant pour leur part du barème de l’épargne, 19 / 21 / 23 / 27 / 30 %, en vertu de l’article 93.2 e) 2o de la LIRPF dans sa rédaction issue de la disposition finale 7.3 de la Ley 7/2024, applicable depuis le 1er janvier 2025. L’article 26.2 a) 2ode la Ley 22/2009 cède aux communautés « el resultado de aplicar el 50 por ciento a las cuotas líquidas de los contribuyentes que hayan optado por tributar por el Impuesto sobre la Renta de No Residentes, conforme al régimen fiscal especial […] del artículo 93 de la Ley 35/2006 » : la communauté perçoit la moitié de la recette mais n’a aucun pouvoir normatif sur elle. Conséquence directe : un impatrié madrilène et un impatrié barcelonais paient exactement le même impôt sur le revenu. Toute comparaison régionale d’impôt sur le revenu, y compris le premier tableau de ce chapitre, doit être précédée de la mention « hors régime de l’article 93 ».
Cette neutralisation ne vaut ni pour l’impôt sur la fortune, ni pour l’impôt de solidarité, ni pour les successions. Sur l’impôt sur la fortune, l’impatrié est assujetti par obligación real, donc sur ses seuls biens espagnols — et la doctrine liante lui reconnaît le bénéfice de la norme de sa communauté de résidence, par un raisonnement de rattachement et non par la faculté ouverte aux non-résidents : il est résident espagnol au sens de l’article 9 de la LIRPF, donc résident d’une communauté autonome au sens des articles 28.1.1oa) et 28.2 de la Ley 22/2009, le rendement de l’impôt est cédé à cette communauté (art. 31.2) et ses compétences normatives lui sont applicables (art. 47.1). Un impatrié résidant à Madrid applique donc la bonification madrilène. Cela ne le dispense pas de l’impôt de solidarité, qui n’est pas cessible.
Une réserve doit accompagner cette solution et nous la portons honnêtement : la consulta vinculantequi l’établit est antérieure à la réforme de 2023 et à la création de l’impôt de solidarité, même si aucun des textes sur lesquels elle raisonne n’a été modifié depuis ; et elle laisse subsister une tension avec l’article 28.Tres de la Ley 19/1991, qui dirige les assujettis par obligation réelle vers le minimum exonéré étatiquede 700 000 €. La lecture cohérente est que le minimum reste étatique et que seuls le taux et les bonifications suivent la communauté, mais aucune source ne le dit expressément. C’est un point à faire arbitrer avant tout acte irréversible : la question précise à poser est reproduite à la fin de ce chapitre.
Deux autres asymétries du régime doivent figurer dès le chapitre d’ouverture, parce qu’elles décident du sens du conseil. En donation, l’impatrié est en obligation personnelle mondiale : il reste résident d’Espagne au sens de l’article 6.1 de la Ley 29/1987, et il est imposable en Espagne sur la totalité de ce qu’il reçoit, biens français compris — la convention franco-espagnole du 8 janvier 1963 ne couvre pas les donations entre vifs. En succession, la solution est inverse pour un défunt résident de France : le chapitre successoral de cette même convention de 1963 (articles 29 à 38) est en vigueur — seuls les articles 8 à 28 ont été abrogés par la convention de 1995 —, les immeubles ne sont imposables qu’au lieu de leur situation et les biens incorporels que dans l’État de résidence du défunt. Le chapitre 24 traite ce point en entier, et il faut savoir dès maintenant qu’il contredit ce qu’on lit couramment.
Deux dernières asymétries, qui achèvent de montrer que ce régime n’est pas le régime territorial qu’on décrit. Les revenus du travail sont imposés sur une assiette mondiale : l’article 93.2 b) répute obtenus en territoire espagnol « la totalidad de los rendimientos de actividades económicas calificadas como una actividad emprendedora o de los rendimientos del trabajo » perçus pendant l’application du régime, où qu’ils soient versés. Un cadre qui conserve un mandat rémunéré à l’étranger l’apporte dans l’assiette espagnole. Etle bénéficiaire du régime n’est pas résident conventionnel au sens de la convention du 10 octobre 1995 — la clause d’exclusion de son article 4 § 1 lui est applicable, et l’article 120.2 du règlement d’application de la LIRPF le confirme par un raisonnement indépendant en subordonnant à une condition de réciprocité désignée par le ministre la délivrance à l’impatrié d’un certificat de résidence « a los efectos de las disposiciones de un convenio para evitar la doble imposición ». Il obtient un certificat de résidence espagnol interne ; il n’obtient pas de certificat conventionnel. Cette phrase ne vaut que pour la convention de 1995 : celle de 1963, en matière de successions, définit le résident sans clause d’exclusion, et la question ne s’y pose pas. Nous l’établissons sur le texte du règlement et sur la lettre de l’article 4 § 1, non sur une doctrine visant le couple France-Espagne : aucune n’a été retrouvée.
Combien d’années ? Le calendrier décide autant que l’adresse
Choisir une communauté ne suffit pas : il faut y être rattaché, et le rattachement n’obéit pas à la même règle selon l’impôt. C’est le second test de résidence, celui dont personne ne parle. Le premier — êtes-vous résident fiscal d’Espagne ? — relève de l’article 9 de la LIRPF et fait l’objet du chapitre 05. Le second — de quelle communauté êtes-vous résident ? — relève de l’article 28 de la Ley 22/2009, et il n’a rien d’intuitif.
Le critère n’est pas un seuil de 184 jours mais une pluralité relative : « Cuando permanezcan en su territorio un mayor número de días ». Un client partagé entre trois communautés peut relever de celle où il ne passe que cent jours, si c’est celle où il en passe le plus. Et la période de référence change d’un impôt à l’autre : l’exercice pour l’impôt sur le revenu, les cinq années antérieures pour les successions et donations, l’année antérieure pour les droits de mutation. Le décompte inclut les ausencias temporales, et, sauf preuve contraire, on est réputé séjourner dans la communauté où se trouve la vivienda habitual.
| Impôt | Période de référence du rattachement | Fait générateur | Ce qu'un déménagement produit |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu | L'exercice en cours (art. 28.1.1º a) | 31 décembre | Effet dès l'année où vous passez la majorité de vos jours dans la nouvelle communauté |
| Impôt sur la fortune | La même que l'impôt sur le revenu (art. 28.2) | 31 décembre | Même effet, apprécié au 31 décembre |
| Successions et donations | Les cinq années antérieures, de date à date (art. 28.1.1º b) | Jour du décès ou de la donation | Plein effet sur la loi applicable au bout de trente mois et un jour seulement |
| Mutations à titre onéreux et actes notariés | L'année antérieure, de date à date (art. 28.1.1º c) | Date de l'acte | Effet différé d'un an : un achat signé trop tôt relève encore de l'ancienne communauté |
La ligne successorale est celle qui coûte, et elle est mal comprise partout. Un déménagement Barcelone → Madrid transfère la compétence immédiatement, mais ne produit son plein effet sur la loi applicable qu’au bout de trente mois et un jour. Et il faut distinguer deux critères, pas un. L’article 32.2 a) de la Ley 22/2009 attribue la recette et la compétence de gestion à la communauté de résidence du défunt au jour du décès ; l’article 32.5, par renvoi à l’article 28.1.1o b), désigne comme loi applicable celle de la communauté où le défunt a passé le plus grand nombre de jours des cinq années précédant le décès. Les deux peuvent diverger, et c’est le cas le plus fréquent d’un déménagement récent. Un Français installé à Madrid depuis dix-huit mois et décédé accidentellement ouvre une succession que Madrid liquide, mais que la loi de sa communauté précédente régit.
Reste la clause anti-abus, dont la lecture qui circule est fausse dans le sens le plus fâcheux — celui qui décourage un projet légitime. L’article 28.4 dispose que « No producirán efecto los cambios de residencia que tengan por objeto principal lograr una menor tributación efectiva en los tributos total o parcialmente cedidos ». La présomption de non-changement ne joue que si trois circonstances sont réunies cumulativement : une base imposable d’impôt sur le revenu supérieure d’au moins 50 % à celle de l’année antérieure au changement, une imposition effective inférieure à celle qui aurait résulté de l’ancienne communauté, et un retour dans l’ancienne communauté dans les deux années suivantes. Et elle se renverse par trois ans de résidence continue. Ce n’est pas une règle de carence de trois ans applicable à tout déménagement interrégional : c’est une règle anti-aller-retour, qui vise celui qui déménage l’année d’un revenu exceptionnel puis rentre chez lui. Écrire « il faut trois ans de résidence à Madrid pour bénéficier de la fiscalité madrilène » est inexact au regard du texte. La conséquence procédurale, si la présomption joue, est le dépôt d’autoliquidations complémentaires « con inclusión de los intereses de demora » (art. 28.3).
Le changement de domicile régional est sous surveillance déclarée depuis mars 2026
Les directrices du Plan annuel de contrôle fiscal et douanier de 2026 — Resolución de 11 de marzo de 2026, BOE-A-2026-5843, BOE no63 du 12 mars 2026 — annoncent expressément « la intensificación del control sobre los contribuyentes que cambian su domicilio fiscal a una Comunidad Autónoma distinta de aquella en la que tienen su residencia real ».
Ce que cela veut dire, sans dramatiser et sans minimiser : le conseil « installez-vous à Madrid » n’est pas juridiquement fermé, il est sous surveillance annoncée. Il suppose une résidence réelle — un logement effectivement occupé, des consommations, une scolarisation, un médecin traitant, des déplacements cohérents — et non une domiciliation de façade. Un client dont la famille reste à Barcelone et qui déclare Madrid s’expose à un contrôle dont l’administration a publié qu’il était sa priorité. La même résolution vise le régime des impatriés, en relevant « un uso abusivo del régimen » et en précisant que l’attestation délivrée à l’optant « se refiere exclusivamente al ejercicio de la opción y no implica que se haya verificado que se cumplen los requisitos exigidos ».
Le calendrier joue aussi de l’autre côté de la frontière, et dans les deux sens. Côté français, l’exit tax de l’article 167 bis du CGI ne concerne qu’un domicile fiscal en France pendant au moins six des dix années précédant le transfert, et des participations dont la valeur excède 800 000 € ou qui représentent au moins 50 % des bénéfices sociaux : pour la très grande majorité des dossiers, la réponse est non. Et l’Espagne étant État membre de l’Union, le transfert relève du IV de cet article : sursis de plein droit, sans garantie ni représentant fiscal. Le dégrèvement intervient à deux ans, porté à cinq ans lorsque la valeur globale des participations excède 2,57 millions d’euros — pour les transferts régis par la rédaction en vigueur ; un départ antérieur à 2019 relève d’un autre régime, que nous ne tranchons pas ici. Second fait générateur du dégrèvement, presque toujours omis et qui est un droit du client : le retour du domicile fiscal en France, s’il est antérieur à l’expiration du délai, déclenche le dégrèvement immédiatement.
Côté espagnol, il existe une exit tax symétrique dont presque personne ne parle : l’article 95 bis de la LIRPF, qui frappe les plus-values latentes sur titres au moment où l’on perd la qualité de résident espagnol, à condition d’avoir été résident « al menos diez de los quince períodos impositivos anteriores » et que la valeur de marché des titres excède 4 000 000 € ou que la participation dépasse 25 % dans une entité dont les titres valent plus de 1 000 000 €. Le second seuil attrape le dirigeant de PME, pas seulement le très grand patrimoine. Un Français installé six ans puis reparti n’est pas concerné ; installé douze ans, il l’est. Un dossier aller-retour France-Espagne comporte donc deux exit tax, pas une, et le chapitre 12 les traite ensemble.
La feuille de décision : quel patrimoine, quels revenus, quelle communauté, combien d’années
Voici l’ordre dans lequel nous instruisons un projet espagnol. Il n’est pas intuitif : il commence par le patrimoine, pas par le revenu, parce que c’est le patrimoine qui produit l’écart régional. Et il finit par la durée, parce que c’est elle qui décide si l’écart se réalise.
Première question : quel est votre patrimoine net, et comment se mesure-t-il ? Pas votre patrimoine ressenti — le patrimoine net imposable au 31 décembre, après déduction des dettes, hors résidence habituelle dans la limite de 300 000 € et hors biens professionnels exonérés au titre de l’article 4.Ocho de la Ley 19/1991, exonération qui couvre en règle générale la participation d’un dirigeant détenant au moins 5 % individuellement, exerçant effectivement des fonctions de direction et en tirant plus de 50 % de ses revenus. Cette exonération est importée telle quelle par l’impôt de solidarité (apartado Cuatro : « Estarán exentos de este impuesto los bienes y derechos exentos del Impuesto sobre el Patrimonio conforme a lo dispuesto en la Ley 19/1991 »). Un dirigeant qui s’installe pour diriger une société espagnole voit donc son outil professionnel sortir de l’assiette des deux impôts — par un texte, pas par un montage.
Deuxième question : de quoi sont faits vos revenus ? La distinction espagnole n’est pas celle à laquelle un Français est habitué. La base general— salaires, pensions, revenus fonciers, revenus d’activité — est régionalisée et va de 45 % à 54 % de taux marginal selon la communauté. La base del ahorro— dividendes, intérêts, plus-values mobilières — ne l’est pas et culmine à 30 %. Un rentier dont les revenus sont majoritairement financiers a donc peu à gagner à choisir sa communauté sur le critère du revenu, et beaucoup à la choisir sur celui du patrimoine. Un cadre dirigeant salarié, c’est l’inverse — sauf s’il relève de l’article 93, auquel cas la carte régionale ne joue plus du tout sur son impôt sur le revenu.
Troisième question : qui hérite de vous, et à quel degré ? C’est le paramètre le plus négligé et celui dont l’amplitude régionale est la plus forte. Les quatre groupes de parenté de l’article 20.2 a) de la Ley 29/1987 commandent tout : groupe I, descendants de moins de 21 ans ; groupe II, descendants de 21 ans et plus, conjoints, ascendants ; groupe III, collatéraux des deuxième et troisième degrés — frères, sœurs, neveux, nièces, oncles, tantes — ainsi que les ascendants et descendants par alliance ; groupe IV, cousins germains, degrés plus éloignés et « étrangers ». Le classement des communautés s’inverse presque entièrement quand on passe de la ligne directe au groupe III.
| Communauté | Enfant majeur, 800 000 € | Neveu, 300 000 € | Ce que l'inversion signifie |
|---|---|---|---|
| Îles Canaries | 193 € (0,02 %) | 84 € (0,03 %) | La seule du panel à bonifier le groupe III au taux quasi intégral de 99,9 %, sans distinguer selon le degré ni la concurrence avec des descendants : une transmission à un frère, une sœur ou un neveu y est presque gratuite |
| Îles Baléares | 0 € | 27 130 € (9,04 %) | Bonification de 60 % pour les collatéraux par le sang ne concourant pas avec des descendants du défunt, 35 % pour le reste du groupe III |
| Madrid | 1 952 € (0,24 %) | 42 398 € (14,13 %) | Bonification de 50 % au groupe III (art. 25.1, 2e alinéa du DL 1/2010), aucune au groupe IV |
| Catalogne (Barcelone) | 68 938 € (8,62 %) | 61 368 € (20,46 %) | Dernière en ligne directe, quatrième hors ligne directe : son barème doux devient le seul levier, faute de bonification pour le groupe III |
| Communauté valencienne | 1 710 € (0,21 %) | 66 560 € (22,19 %) | Seule du panel à n'accorder aucun abattement de parenté au groupe III ; bonification de 25 % depuis le 1er juin 2026, portée à 50 % le 1er juin 2027 |
| Andalousie (Malaga) | 0 € | 77 130 € (25,71 %) | Championne de la ligne directe grâce à son abattement de 1 000 000 €, sixième hors ligne directe : ni l'abattement ni la bonification ne visent le groupe III |
| Région de Murcie | 2 030 € (0,25 %) | 84 855 € (28,29 %) | La plus lourde du panel hors ligne directe, à égalité stricte avec le régime étatique subsidiaire dont elle reprend abattements et coefficients |
Un cas particulier mérite une alerte pour tout couple français non marié. L’assimilation des parejas de hecho aux conjoints est une compétence régionale et ses modalités de preuve varient radicalement. Les sept communautés étudiées l’admettent, mais pas dans les mêmes termes : les Canaries n’exigent aucun registre et admettent la preuve « por cualquier medio de prueba admitido en Derecho » ; la Catalogne ne connaît pas de registre et suppose une parella estable au sens de son droit civil ; Madrid, la Communauté valencienne et les Baléares admettent expressément les registres étrangers, les deux dernières visant nommément l’Union européenne ; l’Andalousie vise les « registros análogos de otras administraciones públicas » sans limitation géographique. La Région de Murcie est asymétrique : son texte admet les registres de l’Union pour les donations et ne renvoie qu’à la norme murcienne pour les successions. Un couple pacsé installé à Murcie doit donc envisager la transmission entre vifs, ou l’inscription au registre régional : la voie successorale n’est pas couverte par la lettre du texte. À défaut d’assimilation, le survivant relève du groupe IV — abattement nul, coefficient multiplicateur de 2,00 à 2,40, aucune bonification. L’enjeu se compte en dizaines de milliers d’euros et il se règle avant, jamais après.
Et il faut poser tout de suite la question qui prolonge la troisième, parce qu’elle change souvent la réponse : faut-il transmettre de son vivant plutôt qu’au décès ? Les communautés ne traitent pas les deux voies de la même façon, et l’écart entre elles n’est pas un détail de technique. La Région de Murcie accorde une déduction de 99 % aux groupes I, II et III en matière de donation, alors que sa déduction successorale est réservée aux groupes I et II : un oncle murcien qui souhaite avantager son neveu a donc un intérêt massif à donner plutôt qu’à léguer — 99 % contre rien. Les Canaries font l’inverse : elles bonifient le groupe III à 99,9 % en succession, mais leur bonification de donation ne vise que les groupes I et II, et elle n’est utilisable qu’une fois tous les trois ans par bénéficiaire, sauf acquisition à cause de mort dans l’intervalle. Une stratégie de donations fractionnées annuelles, parfaitement efficace à Madrid ou en Andalousie, y est inopérante.
La Catalogne, dernière de notre tableau successoral, dispose du meilleur outil de transmission entre vifs du panel : un barème réduit de donation aux groupes I et II — 5 % jusqu’à 200 000 €, 7 % jusqu’à 800 000 €, 9 % au-delà. Donner 600 000 € à un enfant y coûte 38 000 € de cotisation brute, soit 6,33 %, là où le même montant transmis par succession supporte le barème général qui atteint 32 % au-delà de 800 000 €. Ce barème est assorti d’une condition de forme impérative : la donation doit être formalisée en acte public, et lorsque l’acte notarié n’est pas une condition de validité, l’élévation en acte public doit intervenir dans le mois de la remise du bien. Passé ce délai, c’est le barème général qui s’applique. Un virement fait en janvier et régularisé chez le notaire en avril coûte quatre à cinq fois plus cher, pour une raison purement procédurale.
Ce formalisme est le vrai piège de la donation espagnole, bien plus que les taux, et il est différent dans chaque communauté. Madrid exige l’acte public dès que la base imposable dépasse 10 000 € pour les biens dont la transmission n’en exige pas par nature, avec computation de toutes les donations du même donateur au même donataire sur trois ans, et impose que l’origine des fonds figure dans l’acte lui-même ; l’élévation d’un acte sous seing privé après l’expiration du délai de déclaration fait perdre la bonification. L’Andalousie est plus stricte encore : acte public dès 5 000 €, avec remise simultanée du bien, et acte public dans le mois pour les donations en numéraire, origine des fonds justifiée et mentionnée. Aux Baléares, la règle est inversée par rapport à l’intuition : la valeur déclarée dans l’acte ne peut pas excéder la valeur de référence cadastrale majorée de 20 % — sous-évaluer n’est pas le risque, surévaluer fait perdre l’avantage, avec un repli plafonné à 7 % de la base liquidable pour les groupes I et II. En Communauté valencienne, le périmètre de parenté de la bonification de donation est plus étroit que celui de la succession : le texte vise le conjoint, les parents et adoptants, les enfants et adoptés, les petits-enfants et les grands-parents. Un arrière-petit-enfant, pourtant du groupe II, n’y figure pas.
Un dernier point sur la donation, et c’est celui qui change le plus souvent la décision d’un chef d’entreprise. En Espagne, la donation déclenche en principe une plus-value imposable chez le donateur, ce qui n’a pas d’équivalent français et surprend systématiquement. Mais l’article 33.3 c) de la LIRPF exclut cette plus-value pour la donation d’entreprise ou de participations éligibles à l’article 20.6 de la Ley 29/1987, le donataire reprenant la valeur et la date d’acquisition du donateur. C’est l’outil de transmission familiale le plus utilisé en Espagne, et l’idée qu’il coûterait une plus-value au donateur est un contresens qui a fait renoncer des dossiers entiers. Les chapitres 24 et 25 en donnent les conditions.
| Communauté | Donation en ligne directe | Donation au groupe III | La condition de forme qui fait tout perdre |
|---|---|---|---|
| Madrid | 99 % (art. 25.2 du DL 1/2010) ; 100 % en deçà de 1 000 € de base imposable | 50 % | Acte public dès 10 000 € de base, computation sur trois ans ; origine des fonds mentionnée dans l'acte ; élévation tardive = perte de la bonification |
| Andalousie (Malaga) | 99 % (art. 40.1 de la Ley 5/2021) | Aucune | Acte public dès 5 000 € avec remise simultanée ; pour le numéraire, acte public dans le mois de la remise et origine justifiée |
| Catalogne (Barcelone) | Barème réduit de 5 % / 7 % / 9 % (art. 633-2 du DL 1/2024) | Aucune | Acte public, ou élévation en acte public dans le mois de la remise du bien ; à défaut, barème général de 7 % à 32 % |
| Îles Canaries | 99,9 % (art. 26 sexies du DL 1/2009) | Aucune | Acte public exigé, et bonification utilisable une seule fois tous les trois ans par bénéficiaire |
| Îles Baléares | Déduction de 100 % (art. 54 du DL 1/2014) | 60 % pour les collatéraux par le sang, 35 % pour le reste | La valeur déclarée ne doit pas excéder la valeur de référence majorée de 20 % ; au-delà, repli plafonné à 7 % de la base liquidable |
| Communauté valencienne | 99 % (art. 12 bis de la Ley 13/1997), mais pour un périmètre de parenté restreint | 25 % depuis le 1er juin 2026, 50 % à compter du 1er juin 2027 | Acte public, ou formalisation dans le délai de déclaration ; origine des fonds justifiée pour le numéraire |
| Région de Murcie | 99 % (art. 4.Seis du DL 1/2010) | 99 % — la seule du panel à traiter le groupe III comme la ligne directe en donation | Acte public ; si l'avantage exige une mention expresse, son omission le fait perdre, sauf régularisation dans le délai de déclaration |
Quatrième question : combien de temps ? Elle commande trois choses distinctes. Les cinq années de l’article 28.1.1ob) décident du bénéfice réel d’une communauté généreuse en matière successorale. Les trois ans de l’article 28.4 neutralisent la présomption anti-abus. Et les dix des quinze exercices de l’article 95 bis décident de votre exposition à l’exit tax espagnole au retour. Un projet de six ans, un projet de douze ans et un projet définitif n’appellent pas les mêmes arbitrages, et ce n’est pas une nuance : c’est le paramètre le plus discriminant après le patrimoine.
Patrimoine net inférieur à 3 M€
L'impôt de solidarité ne vous concerne pas et aucune déclaration n'est due à ce titre. Le choix de la communauté se joue sur l'impôt sur la fortune régional — nul à Madrid, en Andalousie et en Murcie, nul aux Baléares en dessous de 3 000 000 €, dû dès 500 000 € de base en Catalogne — puis sur les successions. L'écart annuel reste significatif mais il n'atteint pas les ordres de grandeur du tableau de ce chapitre.
Patrimoine net de 3 M€ à 3,7 M€
Zone de transition. Le fait générateur de l'impôt de solidarité est constitué au-delà de 3 000 000 €, mais le minimum exonéré de 700 000 € et la tranche à 0 % l'absorbent : rien n'est dû, rien n'est à déclarer à ce titre. Le classement des communautés est encore celui de l'impôt sur la fortune régional, et il est très ouvert.
Patrimoine net supérieur à 3,7 M€
L'impôt de solidarité devient dû, et il reprend ce que la communauté abandonne. Sur l'impôt sur la fortune, l'avantage madrilène disparaît : le contribuable paie le montant de l'impôt d'État, sous étiquette régionale. Le choix de la communauté reste un levier majeur sur les successions et un levier réel sur l'impôt sur le revenu ; il n'en est plus un sur la fortune, sauf aux deux extrémités du barème catalan et baléare.
Quatre situations où la carte régionale ne joue pas — ou joue contre vous
Un. Vous restez résident de France et vous achetez en Espagne. Le régime par défaut de l’obligación real n’est pas la norme régionale mais le barème étatique de l’article 30.2 de la Ley 19/1991 et le minimum exonéré étatique de 700 000 € de l’article 28.Tres. La disposition additionnelle quatrième de la même loi vous ouvre en outre le droit — « tendrán derecho a » — d’appliquer la norme propre de la communauté où se situe la plus grande valeur de vos biens espagnols. Trois précisions en découlent, et chacune contredit ce qu’on lit : c’est une faculté, exercée par une case cochée sur la déclaration ; elle est indivisible, le manuel de l’Agencia Tributaria précisant « deberán aplicar toda la normativa propia del Impuesto aprobada por dicha Comunidad Autónoma » — on ne prend pas le minimum exonéré d’une communauté en laissant son barème ; et la communauté ne se choisit pas, elle résulte de la localisation des actifs. Conséquence directe : le minimum exonéré baléare de 3 000 000 €, réservé aux « sujetos pasivos por obligación personal de contribuir que residen habitualmente en las Illes Balears », n’est jamais accessible à un Français non résident propriétaire à Majorque. Il applique 700 000 €. Le chapitre 22 traite ce cas de bout en bout.
Deux. Vous détenez le bien espagnol par une société française. Depuis le 29 décembre 2022, l’article 5.Uno b), second alinéa, de la Ley 19/1991 répute situés en Espagne les titres non cotés de toute entité dont l’actif est constitué à 50 % au moins, directement ou indirectement, d’immeubles espagnols, appréciés en valeurs de marché. Autrement dit : l’interposition d’une SCI française ne sort plus la villa de l’assiette espagnole de l’impôt sur la fortune. Le montage circule encore, il a été efficace, il ne l’est plus. Le chapitre 20 en tire les conséquences.
Trois. Vous gardez votre maison en France sans la louer. C’est l’actif le plus banal d’un dossier d’expatriation, et il produit en Espagne un revenu que vous n’encaissez pas. L’article 85 de la LIRPF impute un revenu forfaitaire sur les immeubles urbains non affectés à une activité et non générateurs de revenus du capital, « excluida la vivienda habitual y el suelo no edificado ». Un immeuble français n’ayant pas de valor catastralespagnol, le texte prévoit « 1,1 por ciento » appliqué au « 50 por ciento » du prix ou de la valeur d’acquisition — soit 0,55 % de la valeur d’acquisition par an, imposé en base générale, donc au barème régional. Sur une maison acquise 600 000 € : 3 300 € de revenu imposable par an, environ 1 500 € d’impôt à un taux marginal de 45 %, sans un euro encaissé. Et il n’y a rien à imputer, puisque la France ne taxe pas de revenu fictif chez un non-résident. Le seul arbitrage disponible est de louer le bien, ce qui le fait sortir de l’article 85 et basculer dans le régime des revenus fonciers. Réserve de sourçage, que nous portons telle quelle : le texte est lu sur source primaire, mais son application aux immeubles situés hors d’Espagne n’a été confirmée par aucune consulta. Ce point doit être confirmé avant tout chiffrage engageant. Le chapitre 17 le traite en détail.
Quatre. Vous achetez de l’immobilier de rapport en Catalogne. Le taux de droits de mutation y passe à 20 % pour un gran tenedor— propriétaire de plus de dix immeubles urbains résidentiels en Catalogne, ou dont la surface construite cumulée dépasse 1 500 m², ou détenteur de cinq logements ou plus dans une ou plusieurs communes déclarées de marché résidentiel tendu. Ce dernier critère s’est élargi le 14 juillet 2026 : jusqu’au 13 juillet 2026, les cinq logements devaient être situés dans une même zone ; depuis, ils se cumulent quelle que soit la zone. Le même taux de 20 % frappe, hors statut de grand détenteur, la transmission d’un immeuble entier de logements. Un projet français d’achat d’immeuble de rapport à Barcelone se heurte donc à 20 % de droits d’enregistrement, contre 6 % à Madrid, et l’élargissement de juillet 2026 fait entrer dans le champ des portefeuilles qui en sortaient jusque-là.
Ce qui coûte plus cher qu’en France, et les cas où il ne faut pas partir
Un guide qui ne dirait que du bien de l’Espagne serait un argumentaire commercial. Voici ce que nous voyons revenir dans les dossiers, du plus structurel au plus prosaïque.
L’impôt sur la fortune espagnol frappe tout le patrimoine, pas seulement l’immobilier. C’est la différence de nature la plus lourde avec la France, et elle est presque toujours sous-estimée. L’impôt français sur la fortune immobilière se déclenche à 1 300 000 € de valeur nette taxable et ne vise que l’immobilier. L’impôt espagnol vise les comptes-titres, les liquidités, les contrats, les véhicules, les œuvres, les créances — tout ce qui n’est pas expressément exonéré — et son minimum exonéré est de 500 000 € en Catalogne, 700 000 € dans la plupart des communautés. Un portefeuille financier de 2 000 000 € ne coûte rien en France au titre de la fortune ; en Catalogne, il entre dans l’assiette dès le premier euro au-dessus de 500 000 €. Ce seul point renverse l’arbitrage pour un profil de rentier financier.
Les droits d’acquisition sont plus élevés que le raccourci ne le dit. On lit « environ 10 % ». Impôts, notaire et registre représentent en réalité de 7,11 % à 12,09 % du prix selon la communauté et le régime, et s’y ajoutent, hors de ce calcul, la TVA de 21 % sur les honoraires, la gestoría, l’avocat, l’agence, l’expertise et les frais bancaires. Le coût complet approche bien 10 % et le dépasse dans les communautés à droits de mutation élevés.
Le logement se renchérit vite, et Madrid est la communauté la plus chère à vivre après le Pays basque. L’indice des prix du logement publié par l’INE au premier trimestre 2026 donne +12,9 %sur un an — +9,1 % dans le neuf, +13,5 % dans l’ancien — et la note précise que « Los precios de la vivienda presentaron tasas anuales positivas en todas las comunidades y ciudades autónomas », le minimum étant le Pays basque à +10,3 %. Côté dépense des ménages, l’enquête 2025 de l’INE donne une dépense moyenne par personne de 16 124 € à Madrid (indice 114,6 pour une base nationale à 100), 15 017 € en Catalogne (106,8) et 12 197 € en Andalousie (86,7) ; le Pays basque est en tête à 16 642 € (118,3). Autrement dit : la communauté la plus douce fiscalement est aussi, parmi celles que nous étudions, la plus chère au quotidien. Le gain fiscal madrilène de notre dossier — 1 454 € par an face à Malaga — est du même ordre que l’écart de dépense annuelle par personne. Pour un couple, il est largement absorbé.
Les démarches prennent le temps qu’elles prennent, et personne ne vous préviendra si votre dossier est bloqué. Le numéro d’identification d’étranger, l’inscription à la mairie, le certificat d’enregistrement, l’affiliation sociale, l’ouverture de compte : chacune de ces étapes conditionne la suivante, aucune n’a de délai garanti, et l’ordre dans lequel on les engage change la durée totale du parcours. Le chapitre 06 donne l’ordre, les pièces et les points de blocage réels. Nous ne connaissons pas de dossier familial complet bouclé en un mois.
Quatre situations où nous déconseillons le départ, ou au moins son calendrier
Le foyer ne déménage pas réellement. Un conjoint qui reste en France avec les enfants mineurs, un logement français conservé et occupé, une activité française poursuivie : la présomption familiale de l’article 9.1 de la LIRPF et l’article 4 B du CGI vont se disputer le dossier, et vous serez au milieu. Une résidence fiscale contestée par deux administrations coûte plus cher que n’importe quel écart régional. Le chapitre 05 traite la question et signale que le texte espagnol lui-même n’est pas univoque sur la portée de cette présomption.
Le patrimoine est essentiellement immobilier et français, et inférieur au seuil de l’impôt français sur la fortune immobilière. Le levier régional espagnol ne joue alors quasiment pas, la France conserve le droit d’imposer les revenus et les plus-values de ces immeubles, et vous ajoutez à votre situation l’imputation annuelle de l’article 85 sur la maison conservée. Le gain fiscal du départ peut être négatif.
Une cession d’entreprise est en cours de négociation. Le calendrier de l’exit tax française, celui du changement de résidence et celui de la signature ne se pilotent pas au fil de l’eau. Le conseil se donne avant, jamais après — et il se donne avec un avocat fiscaliste français, pas avec un guide.
Le décès prévisible est proche et la communauté visée est mal choisie. La règle des cinq années de l’article 28.1.1ob) fait qu’un déménagement tardif vers une communauté généreuse ne produit pas son effet. Dans plusieurs dossiers, la transmission entre vifs — dont la règle de rattachement est différente — est la seule voie utile, et elle suppose un notaire, pas une note.
Ce que nous ne tranchons pas, et ce qu’il faut demander à nos avocats partenaires
Un guide utile dit aussi où il s’arrête. Voici les points que ce chapitre n’arbitre pas, la question exacte à poser et les pièces à réunir. Nos avocats partenaires spécialisés sur l’Espagne interviennent sur chacun d’eux, et aucun acte irréversible ne devrait être signé avant leur réponse.
| Point ouvert | La question précise à poser | Les pièces à réunir |
|---|---|---|
| Le texte régional applicable à votre exercice | Quelle est la rédaction du texte refondu de la communauté visée, dans sa version applicable au fait générateur qui me concerne, et quelle loi de finances régionale l'a modifiée en dernier ? | Le texte refondu de la communauté dans sa version consolidée et datée, la dernière loi de finances régionale, et le bulletin officiel régional — non le seul texte consolidé du BOE |
| Une installation au Pays basque, en Navarre, à Ceuta ou à Melilla | Quels sont, sous la Norma Foral applicable, le barème d'impôt sur le revenu, le minimum exonéré et le barème de l'impôt sur la fortune, le régime de l'impôt de solidarité concerté, et le rattachement successoral de l'article 25 du Concierto ou de l'article 31 du Convenio ? | Un asesor fiscal établi dans le territoire concerné — il n'y a pas d'équivalence, un conseil madrilène ne pratique pas le droit foral |
| Le PACS français face aux parejas de hecho | Mon PACS satisfait-il les conditions de fond de la loi autonomique visée, et pas seulement sa condition de registre ? Existe-t-il une doctrine sur l'assimilation d'un partenariat étranger ? | Le certificat de PACS, la loi autonomique de référence sur les couples de fait, et l'attestation d'inscription au registre régional si celui-ci est exigé |
| Le minimum exonéré d'impôt sur la fortune d'un impatrié | L'article 28.Tres de la Ley 19/1991 dirige-t-il l'assujetti par obligation réelle vers le minimum étatique de 700 000 €, alors même que la doctrine lui applique la norme régionale pour le taux et les bonifications ? | L'option de l'article 93 déposée, le modelo 149, l'inventaire des biens espagnols et leur localisation par communauté |
| Le rattachement successoral quand le séjour étranger prédomine sur cinq ans | Quelle loi régionale s'applique lorsque le défunt, résident d'Espagne au jour du décès, a passé la majorité des cinq années antérieures hors d'Espagne ? | Le relevé des jours de présence par communauté et par pays sur cinq ans, les justificatifs de logement et les certificats d'empadronamiento successifs |
| L'imputation de l'article 85 sur un immeuble situé hors d'Espagne | Le troisième alinéa de l'article 85.1, écrit pour les immeubles dépourvus de valor catastral, s'applique-t-il à un immeuble français, et sur quelle base de valeur ? | L'acte d'acquisition du bien français, sa valeur d'acquisition et l'attestation d'absence de mise en location |
| Le taux de prélèvements sociaux français sur une cession immobilière réalisée depuis l'Espagne | Quel taux sera effectivement retenu à l'acte, et quel taux est défendable en réclamation ? Le sort du texte contesté devant le Conseil constitutionnel est-il connu à la date de la vente ? | Le projet d'acte, le calcul du représentant fiscal ou du notaire, et la date de signature — le chapitre 17 traite ce point et la question n'est pas close |
Faire chiffrer la communauté avant de signer le compromis, pas après le déménagement
Nous instruisons un projet espagnol dans l'ordre où l'administration le lira : composition et valorisation du patrimoine net au 31 décembre, exonérations de l'article 4 de la Ley 19/1991, communauté de rattachement et texte régional applicable à l'exercice, impôt sur la fortune régional, impôt de solidarité et déduction de l'apartado Quince, droits de succession selon le degré de parenté et la règle des cinq ans, puis articulation avec l'impôt français. Sur les points que ce chapitre laisse ouverts — le texte refondu de votre communauté, le champ foral, le sort d'un PACS, le minimum exonéré d'un impatrié — la mise en relation avec nos avocats partenaires spécialisés sur l'Espagne fait partie de l'accompagnement. Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine, CIF, COA et COBSP, ORIAS 23002291.
La carte du guide
Trente-quatre chapitres. Ils ne se lisent pas dans l’ordre, et personne ne les lit tous. La colonne de droite dit à quelle question chacun répond, pour que vous puissiez aller directement à la vôtre.
| Chapitre | Ce qu'il tranche |
|---|---|
| 01. Il n'y a pas une fiscalité espagnole, il y en a dix-sept | Le présent chapitre : ce que l'État a cédé, l'écart chiffré entre trois adresses, le piège de l'impôt de solidarité et la feuille de décision |
| 02. Les dix-sept fiscalités | Communauté par communauté : barèmes d'impôt sur le revenu, minimums exonérés et barèmes d'impôt sur la fortune, abattements, barèmes et bonifications de succession, taux de mutation |
| 03. L'impôt de solidarité sur les grandes fortunes | Assiette, exonérations importées, seuils, barème, plafonnement de 60 %, contentieux constitutionnel, calendrier du modelo 718, articulation avec l'impôt français sur la fortune immobilière |
| 04. Le régime de l'article 93, dit loi Beckham | Les quatre voies d'accès depuis la réforme de 2023, la durée, le barème, les revenus du travail mondiaux, la famille, la renonciation, et les quatre pièges du régime |
| 05. Résidence fiscale : 183 jours, intérêts économiques, présomption familiale | Quand vous devenez résident d'Espagne, ce que la France peut encore soutenir, et comment se règle un conflit de résidence |
| 06. S'installer : NIE, empadronamiento, visas | L'ordre des démarches, les délais réels, les coûts, les pièces, et les points où un dossier se bloque sans que personne ne vous prévienne |
| 07. L'impôt sur le revenu espagnol | Base générale et base de l'épargne, minimums personnels et familiaux, déductions autonomiques, retenues, calendrier de déclaration |
| 08. Revenus de capitaux mobiliers | Dividendes, intérêts, plus-values, compensation des pertes, et ce que devient un portefeuille français une fois résident d'Espagne |
| 09. Pensions | Pensions publiques et privées, retraites de source française, régime conventionnel et taux effectivement supporté |
| 10. La convention franco-espagnole | Celle de 1995 pour les revenus et la fortune, celle de 1963 pour les successions, ce que chacune attribue et ce qu'aucune ne règle |
| 11. L'année du départ | Le fractionnement, ce qui reste imposable en France, les déclarations des deux côtés et l'ordre dans lequel les déposer |
| 12. Les deux exit tax | Celle de l'article 167 bis du CGI au départ de France, celle de l'article 95 bis de la LIRPF au départ d'Espagne, et leur symétrie |
| 13. Le patrimoine resté en France | Ce que la France continue d'imposer, ce que l'Espagne impose en plus, et l'imputation de revenu sur le bien conservé |
| 14. Les enveloppes françaises | PEA, assurance-vie, contrats de capitalisation, comptes-titres : ce qui survit au changement de résidence et ce qui change de régime |
| 15. Impôt sur la fortune immobilière et impôt sur la fortune espagnol | Deux impôts, deux assiettes, un mécanisme d'imputation qui n'est pas celui qu'on croit |
| 16. Acheter en Espagne | Droits de mutation par communauté, valeur de référence, frais réels, formalités et pièges d'acquisition |
| 17. L'immobilier français vu d'Espagne | Loyers, plus-values, imputation forfaitaire, prélèvements sociaux et déclarations croisées |
| 18. La location en Espagne | Revenus fonciers, réduction de l'article 23.2, amortissement, location touristique et réglementation régionale du logement |
| 19. Autónomos et professions indépendantes | Statut, cotisations, régime réel, obligations comptables et arbitrage entre société et exercice individuel |
| 20. Créer ou détenir une société en Espagne | Impôt sur les sociétés, sociétés patrimoniales, détention immobilière par société et transparence de l'article 5.Uno b) |
| 21. Canaries et régimes spéciaux | IGIC, zone spéciale canarienne, réserve pour investissements : ce que l'avantage canarien couvre et ce qu'il ne couvre pas |
| 22. Propriétaire non résident | Le régime de l'obligación real : impôt sur le revenu des non-résidents, impôt sur la fortune, option de la disposition additionnelle quatrième, déclarations |
| 23. Le risque français | Les dispositifs anti-abus français qui suivent le contribuable, et ce qu'ils exigent réellement de prouver |
| 24. Succession | La convention de 1963, les groupes de parenté, les deux critères de rattachement régional, les pactes successoraux et le sort d'une succession franco-espagnole |
| 25. Famille et patrimoine | Régimes matrimoniaux, donations, démembrement, protection du conjoint et enfants d'unions différentes |
| 26. Protection sociale | Affiliation, formulaires européens, couverture santé, convenio especial et ce que coûte réellement une couverture privée |
| 27. Retraite | Carrière franco-espagnole, coordination européenne, calcul et fiscalité de la pension espagnole |
| 28. Banque et obligations déclaratives | Modelo 720, déclaration des monnaies virtuelles, obligations françaises, et le régime de sanctions réellement applicable |
| 29. Le quotidien | Écoles, santé, transport, coût de la vie par communauté, et ce qui coûte plus cher qu'en France |
| 30. Cas pratiques | Des dossiers complets, chiffrés de bout en bout, avec leurs arbitrages et leurs impasses |
| 31. Les erreurs | Ce que nous voyons revenir, ce que cela coûte, et à quel moment cela devient irrattrapable |
| 32. Comparaison avec les autres destinations | Ce que l'Espagne offre que le Portugal, l'Italie ou la Grèce n'offrent pas, et l'inverse |
| 33. Le retour en France | Redevenir résident, l'exit tax espagnole, les plus-values latentes, et les erreurs de calendrier au retour |
| 34. Sources | Tous les textes cités, leur référence au BOE ou à Légifrance, et leur date de consultation |
Si vous ne deviez retenir que trois phrases de ce chapitre, ce seraient celles-ci. La première :vous ne choisissez pas un pays, vous choisissez une communauté autonome, et l’écart entre deux d’entre elles, sur un même dossier, se chiffre en dizaines de milliers d’euros par an. La deuxième :au-dessus d’environ 3 700 000 € de patrimoine net, ce choix ne produit plus rien en matière d’impôt sur la fortune, parce que l’État reprend ce que la communauté abandonne — il continue d’en produire beaucoup en matière de successions, et un peu en matière d’impôt sur le revenu. La troisième :le rattachement à une communauté obéit à trois horizons différents selon l’impôt, et celui qui commande les successions est de cinq ans. Une décision d’implantation prise pour des raisons fiscales et exécutée trop tard ne produit pas l’effet recherché. C’est, de toutes les erreurs de ce dossier, celle qui se rattrape le moins bien.
Sources principales de ce chapitre. Ley 22/2009, de 18 de diciembre, articles 25, 26, 28, 32, 46, 47, 48 et 49, texte consolidé au BOE (BOE-A-2009-20375). Ley 35/2006, de 28 de noviembre, del Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas, articles 4, 9, 63, 66, 76, 85, 93, 95 bis et 101. Ley 19/1991, de 6 de junio, del Impuesto sobre el Patrimonio, articles 4, 5, 28, 30, 31, 32 et 37 et disposición adicional cuarta. Ley 29/1987, de 18 de diciembre, del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, articles 2, 6, 20, 21 et 22 et disposición adicional segunda. Article 3 de la Ley 38/2022, de 27 de diciembre (BOE-A-2022-22684), apartados Uno, Dos, Tres, Cuatro, Nueve, Diez, Once, Doce, Quince, Catorce, Diecinueve, Veinticuatro et Veintiocho. Real Decreto-ley 8/2023, de 27 de diciembre (BOE-A-2023-26452), disposición adicional quinta, point 2, et article 17. Ley 9/2023 et Ley 8/2023, de 3 de abril, adaptant le Concierto Económico basque et le Convenio Económico navarrais à l’impôt de solidarité. Ley 12/2002 (Concierto Económico), article 25 ; Ley 28/1990 (Convenio Económico), article 31. Ley 12/2023, de 15 de diciembre, de la Comunidad de Madrid (BOE-A-2024-5609). Textes refondus des impôts cédés des sept communautés étudiées, dans leurs versions consolidées au BOE aux dates indiquées sous chaque tableau. Resolución de 11 de marzo de 2026 de la Dirección General de la AEAT, directrices du Plan annuel de contrôle 2026 (BOE-A-2026-5843). Manuels pratiques Renta 2025 et Patrimonio 2025 de l’Agencia Tributaria, édition du 17 mars 2026. Notes de presse de l’INE sur l’indice des prix du logement du premier trimestre 2026 et sur l’enquête de budget des ménages 2025. Code général des impôts, articles 167 bis et 964. Convention franco-espagnole du 8 janvier 1963 (BOE-A-1964-1), articles 29 à 38, et convention du 10 octobre 1995. Ensemble des sources consultées le 30 juillet 2026.
02. Les dix-sept fiscalités, comparées
Vous avez choisi l’Espagne. Reste la seule question qui décide vraiment de votre facture : où en Espagne. À revenus identiques et patrimoine identique — un cadre célibataire à 120 000 € de revenus, 4 000 000 € de patrimoine net —, la charge annuelle d’impôt sur le revenu et d’impôt sur la fortune s’établit à 42 532 € dans la Communauté de Madrid et à 81 160 € en Catalogne. Chaque année. Et si vous mourez en laissant 800 000 € à un enfant majeur, il paiera 0 € en Andalousie et aux Baléares, 68 938 € en Catalogne. Ces montants sont reconstitués par nos soins à partir des barèmes officiels ; la méthode et les hypothèses sont données sous chaque tableau. Mais l’ordre de grandeur, lui, n’est pas discutable.
La quasi-totalité du corpus francophone parle de « la fiscalité espagnole ». C’est inutilisable. L’impôt sur le revenu est cédé pour moitié aux communautés autonomes, qui votent leur propre barème ; l’impôt sur la fortune l’est sur trois paramètres — le minimum exonéré, le barème et la bonification ; les droits de succession et de donation le sont presque entièrement. Un chiffre présenté comme espagnol sans dire à quelle communauté il s’applique ne veut rien dire. Ce chapitre est écrit pour corriger cela, communauté par communauté, texte par texte, avec la date de la version consolidée dont chaque chiffre est tiré.
Une mise en garde avant d’entrer dans le détail, parce qu’elle renverse le conseil le plus répandu. « Installez-vous à Madrid, il n’y a pas d’impôt sur la fortune » a été exact pendant quinze ans. Ça ne l’est plus au-dessus d’environ 3 700 000 € de patrimoine net : l’État a créé un impôt de solidarité que les communautés n’ont pas le pouvoir d’effacer, précisément pour reprendre ce qu’elles abandonnent. Le chapitre 03 traite cet impôt au fond. Nous en reprenons ici le strict nécessaire, parce qu’il commande la lecture de toute la colonne « impôt sur la fortune » des tableaux qui suivent.
Dernière précision de méthode, et elle est désagréable : dix-sept parlements régionaux votent une loi de finances chaque mois de décembre, avec effet fréquent au 1erjanvier de l’année écoulée. Une donnée régionale sans date d’effet est inutilisable, et une donnée régionale de plus de douze mois doit être présumée fausse. Tous les chiffres de ce chapitre sont arrêtés au 30 juillet 2026 et portent la date de consolidation du texte dont ils sont tirés. Ils doivent être revérifiés en janvier 2027.
Champ de ce chapitre : sept communautés de régime commun sur quinze
L’Espagne fiscale se lit sur cinq couches, et presque toutes les erreurs du sujet naissent du passage silencieux de l’une à l’autre.
Un.L’État, qui fixe la moitié étatique de l’impôt sur le revenu, l’impôt des non-résidents, l’impôt de solidarité sur les grandes fortunes, la TVA et les obligations déclaratives. Deux. Les quinze communautés autonomes de régime commun, qui votent le barème complémentaire d’impôt sur le revenu, le minimum exonéré, le barème et la bonification de l’impôt sur la fortune, l’intégralité des abattements et bonifications de succession et de donation, et les taux de droits de mutation. Trois. Les quatre entités forales — Álava, Biscaye, Guipúzcoa et la Navarre — qui appliquent des Normas Foralesdistinctes, avec leurs propres administrations, leurs propres modèles déclaratifs et leur propre régime d’impatriés. Quatre. Ceuta et Melilla, qui relèvent de l’IPSIet non de la TVA, et du barème de l’article 65 de la LIRPF. Cinq. Les communes, qui fixent le taux d’IBIdans une fourchette légale et les coefficients de la plusvalía municipale.
Tout ce chapitre porte sur la deuxième couche, et sur sept communautés seulement : Madrid, la Catalogne, l’Andalousie, la Communauté valencienne, les Îles Baléares, les Îles Canaries et la Région de Murcie. Ce sont les sept destinations où se concentrent les projets français. Les huit autres communautés de régime commun — Aragon, Asturies, Cantabrie, Castille-La Manche, Castille-et-León, Estrémadure, Galice, La Rioja — ne sont pas traitées ; certaines sont plus favorables encore sur tel ou tel poste, et l’une d’elles, l’Estrémadure, est le contre-exemple exact du raisonnement madrilène, comme nous le verrons.
Aucun chiffre de ce chapitre ne vaut pour une installation à Bilbao, Saint-Sébastien, Vitoria ou Pampelune.L’article 4.2 de la LIRPF, l’article 2 § 1 de la Ley 29/1987 et l’apartado Dos.1 de l’article 3 de la Ley 38/2022 réservent tous les trois, en toutes lettres, « los regímenes tributarios forales de Concierto y Convenio Económico ». Dans les trois territoires historiques basques, l’impôt sur la fortune ne s’appelle même pas de la même façon — c’est l’Impuesto sobre la Riqueza y las Grandes Fortunas—, la Ley 19/1991 n’y est pas applicable, et la mécanique de superposition État / communauté de l’impôt sur le revenu n’y existe pas. Nous n’avons pas ouvert les normes forales et nous ne publions donc aucun chiffre foral, ni aucun superlatif à l’échelle de « l’Espagne ». Quand nous écrivons « le plus bas », c’est toujours « des quinze communautés de régime commun » ou « du panel de sept ».
Un mot des Canaries, qui sont un cas hybride souvent mal présenté. Elles sont de régime communpour l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune, les successions et les droits de mutation : tout ce que ce chapitre en dit vaut. Elles disposent en revanche d’un régime économique et fiscal propre en matière d’imposition indirecte — l’IGICau lieu de la TVA —, traité au chapitre immobilier. Le raccourci « Canaries = paradis fiscal espagnol » est faux en matière patrimoniale : leur avantage est indirect, il n’est pas patrimonial.
Ce que l’État cède, et dans quelles limites
Le texte de base est la Ley 22/2009, de 18 de diciembre, qui règle le système de financement des communautés autonomes de régime commun et des villes à statut d’autonomie (BOE-A-2009-20375). C’est elle qui dit quels impôts sont cédés, et surtout — c’est le point que personne ne lit — jusqu’où va le pouvoir normatif régional sur chacun d’eux. Ce pouvoir n’est pas le même d’un impôt à l’autre, et c’est exactement ce qui explique pourquoi l’écart régional est dérisoire sur les dividendes, modeste sur les salaires, considérable sur la fortune et vertigineux sur les successions.
L’article 25.1 énumère les impôts cédés. Texte exact, copié depuis le PDF consolidé du BOE :
« 1. Con el alcance y condiciones establecidos en este título, se cede a las Comunidades Autónomas, según los casos, el rendimiento total o parcial en su territorio de los siguientes tributos : a) Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas. b) Impuesto sobre el Patrimonio. c) Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones. d) Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales y Actos Jurídicos Documentados. e) Tributos sobre el Juego. f) Impuesto sobre el Valor Añadido. […] »
Les quatre premiers sont ceux qui intéressent un patrimoine privé français. Prenons-les dans l’ordre de leur intérêt réel, qui est l’inverse de celui de la liste.
L’impôt sur le revenu : moitié cédée, compétence normative étroite
Le rendement de l’Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas— l’IRPF — est cédé à hauteur de 50 %. Vous ne payez pas deux impôts : vous payez un impôt unique dont une moitié résulte du barème de l’État et l’autre du barème voté par votre communauté de résidence, appelé escala autonómicaet régi par l’article 74 de la LIRPF. Les deux se cumulent sur la même base.
Ce que la communauté peut faire est limité par l’article 46.1 de la Ley 22/2009. Texte exact, les mises en relief étant de nous :
« a) El importe del mínimo personal y familiar aplicable para el cálculo del gravamen autonómico. A estos efectos, las Comunidades Autónomas podrán establecer incrementos o disminuciones en las cuantías correspondientes al mínimo del contribuyente y a los mínimos por descendientes, ascendientes y discapacidad a que se refieren los artículos 57, 58, 59 y 60 de la Ley 35/2006 […] con el límite del 10 por ciento para cada una de las cuantías. b) La escala autonómica aplicable a la base liquidable general : La estructura de esta escala deberá ser progresiva. c) Deducciones en la cuota íntegra autonómica […] »
Et ce qu’elle ne peut pas faire, à l’article 46.2 :
« 2. Las Comunidades Autónomas no podrán regular : a) Los tipos de gravamen autonómicos de la base liquidable del ahorro y los aplicables a determinadas categorías de renta, que serán los que a estos efectos se determinen por la Ley 35/2006 […] b) Las deducciones de la cuota establecidas y reguladas por la normativa del Estado. c) Los límites previstos en el artículo 69 de la Ley 35/2006 […] d) Los pagos a cuenta del Impuesto. […] f) En general, todas las materias no contempladas en el apartado 1 anterior. »
L’article 46.4 ajoute : « La cuota líquida autonómica no podrá ser negativa. »
Conséquence de premier ordre pour un patrimoine français : la base de l’épargne n’est pas régionalisée. Dividendes, intérêts, plus-values mobilières, rachats de contrats — tout ce qui alimente la base liquidable del ahorrosupporte le même barème à Madrid, à Barcelone et à Palma, et l’article 46.2 a) interdit expressément aux communautés d’y toucher. C’est une interdiction, pas un simple silence de la loi. Un guide qui laisse croire qu’on « paie moins d’impôt sur ses dividendes à Madrid » commet une erreur de droit.
Nuance importante, et il faut la porter parce qu’elle est presque toujours escamotée :le taux est uniforme, l’impôt effectivement payé ne l’est pas tout à fait. Deux mécanismes le décalent. D’une part, l’article 76 de la LIRPF fait porter la moitié autonomique du barème de l’épargne sur la fraction excédant « el mínimo personal y familiar que resulte de los incrementos o disminuciones a que se refiere el artículo 56.3 » — c’est-à-dire le minimum personnel tel que majoré ou minoré de ± 10 %par la communauté. D’autre part, les déductions autonomiques de l’article 46.1 c) s’imputent sur la cuota íntegra autonómica, laquelle englobe la moitié « épargne » — l’article 46.4 ne se comprend pas autrement. L’écart reste d’un ordre de grandeur inférieur à celui qui joue sur les salaires, sur la fortune et sur les successions ; c’est cela, le message. Mais il ne faut pas écrire que le choix de la communauté ne change rienaux dividendes : la formulation absolue tombe.
| Base liquidable générale — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux étatique |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 12 450,00 € | 9,50 % |
| 12 450,00 € | 1 182,75 € | 7 750,00 € | 12,00 % |
| 20 200,00 € | 2 112,75 € | 15 000,00 € | 15,00 % |
| 35 200,00 € | 4 362,75 € | 24 800,00 € | 18,50 % |
| 60 000,00 € | 8 950,75 € | 240 000,00 € | 22,50 % |
| 300 000,00 € | 62 950,75 € | au-delà | 24,50 % |
| Base liquidable de l'épargne — jusqu'à | Taux étatique (art. 66.1) | Taux total étatique + autonomique |
|---|---|---|
| 6 000 € | 9,50 % | 19 % |
| 50 000 € | 10,50 % | 21 % |
| 200 000 € | 11,50 % | 23 % |
| 300 000 € | 13,50 % | 27 % |
| au-delà | 15,00 % | 30 % |
Hors régime de l'article 93 : le barème autonomique ne s'applique jamais à un impatrié
Toute comparaison régionale d’impôt sur le revenu suppose que vous relevez du régime de droit commun. Le bénéficiaire du régime spécial des travailleurs déplacés de l’article 93 de la LIRPF— la « loi Beckham » — est imposé selon les règles de l’impôt des non-résidents, à un barème propre : 24 % jusqu’à 600 000 € et 47 % au-delà, sans part régionale. L’article 26.2 a) 2º de la Ley 22/2009 cède bien aux communautés « el resultado de aplicar el 50 por ciento a las cuotas líquidas de los contribuyentes que hayan optado por tributar por el Impuesto sobre la Renta de No Residentes, conforme al régimen fiscal especial […] del artículo 93 de la Ley 35/2006 », mais il ne leur cède que la recette : la compétence normative de l’article 46 porte sur l’escala autonómicade l’article 74, qui ne s’applique pas à ces contribuables.
Un impatrié madrilène et un impatrié barcelonais paient exactement le même impôt sur le revenu.C’est, après le taux lui-même, le second grand avantage du régime : il neutralise, pour l’impôt sur le revenu, l’hétérogénéité régionale qui structure tout le reste de ce chapitre. Mais cette neutralisation s’arrête là :elle ne vaut ni pour l’impôt sur la fortune, ni pour l’impôt de solidarité, ni pour les successions et donations.Le chapitre consacré au régime de l’article 93 traite ce point au fond, avec ses pièges — dont le principal n’est pas son taux.
L’impôt sur la fortune : trois leviers régionaux, pas un
L’article 47.1 de la Ley 22/2009 est court et il donne beaucoup :
« 1. En el Impuesto sobre el Patrimonio, las Comunidades Autónomas podrán asumir competencias normativas sobre : a) Mínimo exento. b) Tipo de gravamen. c) Deducciones y bonificaciones de la cuota. 2. Las deducciones y bonificaciones aprobadas por las Comunidades Autónomas resultarán, en todo caso, compatibles con las deducciones y bonificaciones establecidas en la normativa estatal reguladora del impuesto y no podrán suponer una modificación de las mismas. Estas deducciones y bonificaciones autonómicas se aplicarán con posterioridad a las reguladas por la normativa del Estado. »
Trois leviers, et c’est le point que le corpus francophone rate le plus systématiquement.On lit partout que l’impôt sur la fortune espagnol serait un impôt national dont seule la bonificationvarierait d’une région à l’autre. C’est faux : le mínimo exento est régional (article 28.Uno de la Ley 19/1991), le barèmeest régional (article 30.1), et la bonification aussi. Les 700 000 € de minimum exonéré et le barème 0,2 % → 3,5 % que tout le monde cite sont des valeurs par défaut, applicables uniquement là où la communauté n’a pas exercé sa compétence. Nous verrons que quatre des sept communautés du panel l’ont exercée sur au moins deux des trois leviers. Règle de méthode : ne jamais publier un minimum exonéré ni un taux d’impôt sur la fortune sans nommer la communauté.
Successions et donations : la totalité des paramètres de calcul
L’article 48.1 va beaucoup plus loin que les deux précédents :
« 1. En el Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, las Comunidades Autónomas podrán asumir competencias normativas sobre : a) Reducciones de la base imponible : Las Comunidades Autónomas podrán crear, tanto para las transmisiones ``ínter vivos´´, como para las mortis causa, las reducciones que consideren convenientes, siempre que respondan a circunstancias de carácter económico o social propias de la Comunidad Autónoma de que se trate. Asimismo, las Comunidades Autónomas podrán regular las establecidas por la normativa del Estado, manteniéndolas en condiciones análogas a las establecidas por éste o mejorándolas mediante el aumento del importe o del porcentaje de reducción, la ampliación de las personas que puedan acogerse a la misma o la disminución de los requisitos para poder aplicarla. […] b) Tarifa del impuesto. c) Cuantías y coeficientes del patrimonio preexistente. d) Deducciones y bonificaciones de la cuota. »
Abattements, barème, coefficients de patrimoine préexistant, réductions de cotisation : la totalité des paramètres de calcul. C’est pourquoi les droits de succession sont le poste où l’écart entre communautés est le plus violent — de 0 € à près de 69 000 € sur une même succession de 800 000 € en ligne directe. On lit parfois un écart de 195 000 € : c’est un contresens sur la structure du système. Ce montant est celui du barème étatique subsidiaire, qui n’est la loi d’aucune communauté et ne s’applique qu’à défaut de norme régionale applicable — une hypothèse résiduelle que nous décrirons.
Ce barème subsidiaire et les abattements subsidiaires figurent à la Ley 29/1987, de 18 de diciembre(BOE-A-1987-28141, texte consolidé dont la dernière modification date du 28 décembre 2022). Ses abattements de parenté, à l’article 20.2 a), fixent aussi les quatre groupes qui commandent tout le reste :
« Grupo I : adquisiciones por descendientes y adoptados menores de veintiún años, 15.956,87 euros, más 3.990,72 euros por cada año menos de veintiuno que tenga el causahabiente, sin que la reducción pueda exceder de 47.858,59 euros. Grupo II : adquisiciones por descendientes y adoptados de veintiuno o más años, cónyuges, ascendientes y adoptantes, 15.956,87 euros. Grupo III : adquisiciones por colaterales de segundo y tercer grado, ascendientes y descendientes por afinidad, 7.993,46 euros. Grupo IV : en las adquisiciones por colaterales de cuarto grado, grados más distantes y extraños, no habrá lugar a reducción. »
Traduit en clair : le groupe I réunit les descendants de moins de 21 ans, le groupe II les descendants majeurs, le conjoint et les ascendants, le groupe III les collatéraux des deuxième et troisième degrés — frères, sœurs, neveux, nièces, oncles, tantes — ainsi que les ascendants et descendants par alliance, et le groupe IVles cousins germains, les parents plus éloignés et les « étrangers ». Ce dernier mot est trompeur : il désigne toute personne sans lien de parenté reconnu, ce qui inclut le concubin, et le partenaire d’un couple non marié lorsque la communauté n’a pas assimilé les parejas de hecho aux conjoints. Nous y reviendrons, parce que c’est un sujet français par excellence et que la réponse n’est pas celle qu’on croit.
| Patrimoine préexistant de l'héritier | Groupes I et II | Groupe III | Groupe IV |
|---|---|---|---|
| 0 à 402 678,11 € | 1,0000 | 1,5882 | 2,0000 |
| 402 678,11 à 2 007 380,43 € | 1,0500 | 1,6676 | 2,1000 |
| 2 007 380,43 à 4 020 770,98 € | 1,1000 | 1,7471 | 2,2000 |
| plus de 4 020 770,98 € | 1,2000 | 1,9059 | 2,4000 |
Droits de mutation : le taux, et rien que le taux
L’article 49.1 limite la compétence régionale sur l’Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales y Actos Jurídicos Documentados— l’ITP-AJD — au taux et aux bonifications :
« a) Tipos de gravamen : En relación con la modalidad «Transmisiones Patrimoniales Onerosas», las Comunidades Autónomas podrán regular el tipo de gravamen en : Concesiones administrativas. Transmisión de bienes muebles e inmuebles. Constitución y cesión de derechos reales que recaigan sobre muebles e inmuebles, excepto los derechos reales de garantía. Arrendamiento de bienes muebles e inmuebles. […] En relación con la modalidad «Actos Jurídicos Documentados», las Comunidades Autónomas podrán regular el tipo de gravamen de los documentos notariales. b) Deducciones y bonificaciones de la cuota […] »
Pas de compétence sur la base imposable ni sur les exonérations : seulement le taux. L’écart y est donc moins spectaculaire qu’en matière successorale, mais il reste massif en valeur absolue — 6 % à Madrid contre 10 % en Catalogne sur un logement ancien de 400 000 €, soit 16 000 € d’écart le jour de la signature. Et la Catalogne monte à 20 % dans deux hypothèses qui concernent directement un investisseur français, que nous détaillerons.
Le second test : de quelle communauté êtes-vous résident ?
Établir que vous êtes résident fiscal d’Espagne — c’est l’objet du chapitre 05 — ne règle que la moitié de la question. Il reste à déterminer de quelle communauté autonomevous êtes résident, et ce second test obéit à des règles entièrement distinctes, écrites dans un autre texte, avec des périodes de référence qui ne coïncident pas. C’est un trou classique des guides francophones, et il est structurant : sans lui, aucune conséquence patrimoniale ne peut être chiffrée.
Le texte est l’article 28 de la Ley 22/2009. Ses trois premiers ordinaux forment une cascade :
« 1.º Cuando permanezcan en su territorio un mayor número de días : a) Del período impositivo, en el Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas. b) Del período de los cinco años inmediatos anteriores, contados de fecha a fecha, que finalice el día anterior al de devengo, en el Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones. c) Del año inmediato anterior, contado de fecha a fecha, que finalice el día anterior al de devengo, en el Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales y Actos Jurídicos Documentados […] Para determinar el período de permanencia se computarán las ausencias temporales. Salvo prueba en contrario, se considerará que una persona física permanece en el territorio de una Comunidad Autónoma cuando en dicho territorio radique su vivienda habitual […] »
Trois choses à en retirer, et chacune surprend.
Un.Le critère n’est pas 184 jours, c’est « un mayor número de días » — une pluralité relative. Quelqu’un qui se partage entre trois communautés peut relever de celle où il n’a passé que cent jours, si c’est le total le plus élevé des trois. Il n’y a pas de seuil absolu à franchir.
Deux.Le décompte n’est pas rédigé dans les mêmes mots que celui de l’article 9 de la LIRPF. L’article 9 ajoute les ausencias esporádicas, l’article 28 les ausencias temporales. Ce sont deux notions distinctes, et la doctrine du TEAC construite sur les absences sporadiques ne se transpose pas mécaniquement au second test.
Trois, et c’est le point de conseil le plus fréquent du sujet : la période de référence change selon l’impôt.L’exercice en cours pour l’impôt sur le revenu. Les cinq années précédentespour les successions et donations. L’année précédente pour les droits de mutation. L’impôt sur la fortune, lui, suit l’impôt sur le revenu : l’article 28.2 dispose que « en el Impuesto sobre el Patrimonio, la residencia de las personas físicas será la misma que corresponda para el Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas a la fecha de devengarse aquél », et le fait générateur de cet impôt étant le 31 décembre, c’est la communauté où vous avez passé le plus de jours de l’année civile écoulée qui commande.
| Impôt | Fait générateur | Période de référence pour le rattachement régional | Texte |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (IRPF) | 31 décembre | L'exercice en cours | Art. 28.1.1º a) Ley 22/2009 |
| Impôt sur la fortune (IP) | 31 décembre | L'exercice en cours (renvoi à l'IRPF) | Art. 28.2 Ley 22/2009 |
| Successions et donations (ISD) | Jour du décès ou de la donation | Les CINQ années précédentes, de date à date | Art. 28.1.1º b) Ley 22/2009 |
| Droits de mutation (ITP-AJD) | Jour de l'acte | L'année précédente, de date à date | Art. 28.1.1º c) Ley 22/2009 |
Le piège n° 1 : en matière successorale, il y a deux critères, pas un
C’est l’erreur la plus coûteuse du chapitre, et elle circule partout. On lit que la loi successorale applicable serait celle de la communauté où le défunt a passé le plus de jours des cinq dernières années. C’est vrai — mais ce n’est que la moitié de la règle, et l’autre moitié désigne parfois une communauté différente.
L’article 32 de la Ley 22/2009distingue expressément deux points de rattachement. Texte exact :
« 2. Se considera producido en el territorio de una Comunidad Autónoma el rendimiento del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones de los sujetos pasivos residentes en España, según los siguientes puntos de conexión : a) En el caso del impuesto que grava las adquisiciones “mortis causa” […], en el territorio donde el causante tenga su residencia habitual a la fecha del devengo. […] 5. En los supuestos previstos en las letras a) y c) del apartado 2 anterior, se aplicará la normativa de la Comunidad Autónoma en la que el causante o donatario hubiere tenido su residencia habitual conforme a lo previsto en el artículo 28.1.1º.b) de esta Ley. »
Autrement dit : la communauté compétente — celle à qui la recette revient et devant laquelle la déclaration se dépose — est celle de la résidence du défunt au jour du décès. La loi applicable est celle de la communauté où il a passé le plus grand nombre de jours des cinq annéesprécédentes. Les deux peuvent diverger, et c’est le cas le plus fréquent après un déménagement récent.
Conséquence opérationnelle : un déménagement de Barcelone vers Madrid transfère immédiatement la compétence de gestion, mais ne produit son plein effet sur la loi applicable qu’au bout de trente mois et un jour.Un client qui déménage à soixante-dix-huit ans pour « échapper aux droits catalans » doit savoir que la bascule n’est pas instantanée.
Et un Français mort peu après son installation en Espagne ne relève pas de la règle des non-résidents : la disposition additionnelle deuxième de la Ley 29/1987 exige, en toutes lettres, que le défunt « hubiera sido no residente en España ». Il faut donc déterminer, entre communautés autonomes, celle où il a séjourné le plus de jours au cours des cinq ans. Nous n’avons pas trouvé de consulta vinculantetranchant l’hypothèse où ce total espagnol est minoritaire par rapport au séjour à l’étranger— le cas de tout Français installé depuis moins de deux ans et demi. L’article 28.1.1º b) compare des communautés entre elles et n’exige pas une majorité absolue des cinq ans ; sait-on pour autant si l’on retient malgré tout la communauté espagnole de plus long séjour, ou si les règles étatiques reprennent leurs droits ? Aucune source consultée au 30 juillet 2026 ne le dit. Ne pas conclure sur ce cas sans arbitrage préalable.
La clause anti-abus des trois ans, et ce qu’elle ne dit pas
L’article 28.4 de la Ley 22/2009 est cité de travers dans presque toutes les sources francophones. Voici son texte :
« 4. No producirán efecto los cambios de residencia que tengan por objeto principal lograr una menor tributación efectiva en los tributos total o parcialmente cedidos. Se presumirá, salvo que la nueva residencia se prolongue de manera continuada durante, al menos, tres años, que no ha existido cambio, en relación con el rendimiento cedido de los Impuestos sobre la Renta de las Personas Físicas y sobre el Patrimonio, cuando concurran las siguientes circunstancias : a) Que en el año en el cual se produce el cambio de residencia o en el siguiente, su base imponible del Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas sea superior en, al menos, un 50 por ciento, a la del año anterior al cambio. […] b) Que en el año en el cual se produce la situación a que se refiere la letra anterior, su tributación efectiva por el Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas sea inferior a la que hubiese correspondido de acuerdo con la normativa aplicable en la Comunidad Autónoma en la que residía con anterioridad al cambio. c) Que en el año siguiente a aquel en el cual se produce la situación a que se refiere la letra a) anterior, o en el siguiente, vuelva a tener su residencia habitual en el territorio de la Comunidad Autónoma en la que residió con anterioridad al cambio. »
Lecture correcte : la présomption ne joue que si les trois conditions a), b) et c) sont réunies cumulativement, et elle se renverse dès lors que la nouvelle résidence dure trois ans en continu. Ce n’est pasune règle de carence de trois ans applicable à tout déménagement interrégional. C’est une règle anti-aller-retour : elle vise celui qui déménage l’année d’un revenu exceptionnel — la cession de son entreprise, typiquement — puis rentre chez lui. Écrire « il faut trois ans de résidence à Madrid pour bénéficier de la fiscalité madrilène » est inexact au regard du texte.
La sanction, elle, est rarement citée et elle mérite de l’être. L’article 28.3 prévoit que, lorsque le changement de résidence est réputé n’avoir pas eu lieu, les personnes physiques « deberán presentar las autoliquidaciones complementarias que correspondan, con inclusión de los intereses de demora ». Régularisation rétroactive, intérêts de retard compris.
Deux règles subsidiaires complètent le dispositif et sont utiles aux profils mobiles. L’article 28.5rattache la personne résidente d’Espagne qui n’y séjourne pas plus de 183 jours à la communauté où se trouve « el núcleo principal o la base de sus actividades o de sus intereses económicos » — cas exact de celui qui est résident espagnol par le critère du centre des intérêts économiques. L’article 28.6rattache la personne réputée résidente d’Espagne par la présomption familiale du dernier alinéa de l’article 9.1 de la LIRPF à la communauté où résident habituellement le conjoint non séparé et les enfants mineurs à charge.
Le changement de domicile régional est sous surveillance déclarée depuis mars 2026
Ce n’est pas une supposition, c’est écrit noir sur blanc dans un texte publié au BOE. Les directrices du Plan annuel de contrôle fiscal 2026, arrêtées par une résolution du 11 mars 2026 (BOE-A-2026-5843), annoncent expressément « la intensificación del control sobre los contribuyentes que cambian su domicilio fiscal a una Comunidad Autónoma distinta de aquella en la que tienen su residencia real ».
Le conseil « installez-vous à Madrid » n’est donc pas juridiquement fermé — l’article 28.4 ne sanctionne que l’aller-retour, pas le déménagement sincère — mais il est sous surveillance annoncée. Ce qui se contrôle, ce sont des faits : l’empadronamiento, la consommation d’eau et d’électricité, la localisation des dépenses par carte, l’école des enfants, le médecin traitant, le lieu de stationnement du véhicule. Un déménagement régional qui n’est pas réellement vécu ne tient pas, et le coût du redressement est le différentiel d’impôt sur trois exercices, majoré des intérêts de retard.
Si vous restez résident de France : ce que vous pouvez réclamer, et comment
Un Français resté résident fiscal de France mais propriétaire en Espagne, ou héritier d’un défunt espagnol, n’est pas renvoyé au barème étatique par principe. La loi espagnole lui ouvre l’accès aux régimes régionaux — mais selon deux mécanismes différents en succession et en fortune, et le second est une option formelle que personne ne signale.
En matière de succession et de donation, la disposition additionnelle deuxième de la Ley 29/1987 pose la règle. Texte exact des trois premières lettres :
« a) En el caso de la adquisición de bienes y derechos por herencia, legado o cualquier otro título sucesorio, si el causante hubiera sido no residente en España, los contribuyentes tendrán derecho a la aplicación de la normativa propia aprobada por la Comunidad Autónoma en donde se encuentre el mayor valor de los bienes y derechos del caudal relicto situados en España. Si no hubiera ningún bien o derecho situado en España, se aplicará a cada sujeto pasivo la normativa de la Comunidad Autónoma en que resida. b) En el caso de la adquisición de bienes y derechos por herencia, legado o cualquier otro título sucesorio, si el causante hubiera sido residente en una Comunidad Autónoma, los contribuyentes no residentes tendrán derecho a la aplicación de la normativa propia aprobada por dicha Comunidad Autónoma. c) En el caso de la adquisición de bienes inmuebles situados en España por donación o cualquier otro negocio jurídico a título gratuito e ''inter vivos'' los contribuyentes no residentes tendrán derecho a la aplicación de la normativa propia aprobada por la Comunidad Autónoma donde radiquen los referidos bienes inmuebles. […] »
Deux lettres suivantes sont systématiquement oubliées, et ce sont celles qui concernent le plus un donateur français. La lettre d) vise la donation d’un immeuble situé hors d’Espagneà un donataire résident d’Espagne : loi de la communauté de résidence du donataire. La lettre e) vise la donation de biens meubles situés en Espagneà un donataire non résident : loi de la communauté « donde hayan estado situados los referidos bienes muebles un mayor número de días del período de los cinco años inmediatos anteriores ». Un virement depuis un compte espagnol vers un enfant resté en France relève de cette lettre e), avec sa propre règle des cinq ans, distincte de toutes les autres.
L’intitulé de cette disposition additionnelle renvoie nommément à l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 3 septembre 2014, affaire C-127/12(Commission contre Espagne), qui avait condamné la discrimination entre résidents et non-résidents. Nous n’avons pas retrouvé le texte de cet arrêt et nous ne le citons donc pas : nous signalons seulement que la loi espagnole s’y réfère elle-même. Sa rédaction en vigueur, issue de l’article 4.6 de la Ley 11/2021 applicable depuis le 11 juillet 2021,ne limite plus le bénéfice aux résidents de l’Union et de l’Espace économique européen : elle vise « los contribuyentes no residentes » sans restriction géographique. Sans portée directe pour un Français, puisque la France est dans l’Union ; utile pour un binational, ou pour apprécier un dossier antérieur à 2021.
Attention à une conséquence procédurale que la lettre du texte ne dit pas : l’apartado Dos de la même disposition additionnelle impose aux contribuables relevant de l’administration de l’État de déposer une autoliquidación auprès de celle-ci.Le droit d’appliquer la norme d’une communauté autonome ne déplace donc pas la compétence de gestion :pour un héritier français d’un défunt non résident, le dossier se dépose auprès de l’administration centrale, même si le calcul se fait sur une loi régionale.
En matière d’impôt sur la fortune, le mécanisme est autrement plus subtil, et trois précisions se cumulent. La disposición adicional cuarta de la Ley 19/1991 dispose que les contribuables non-résidents « tendrán derecho a la aplicación de la normativa propia aprobada por la Comunidad Autónoma donde radique el mayor valor de los bienes y derechos de que sean titulares y por los que se exija el impuesto ».
Un. C’est un droit, pas un régime automatique.Le régime par défaut de l’obligación realest le barème étatique de l’article 30.2 et le minimum exonéré étatique de 700 000 € — l’article 30.3 dispose que « en el caso de obligación real de contribuir, la tarifa aplicable será la establecida en el apartado anterior », et l’article 28.Tres que le minimum étatique « será aplicable en el caso de sujetos pasivos no residentes que tributen por obligación personal de contribuir y a los sujetos pasivos sometidos a obligación real de contribuir ». Vous retenez donc la plus favorable des deux normes : la norme régionale quand elle vous avantage, la norme étatique quand la communauté a un barème plus lourd ou un minimum inférieur à 700 000 € — ce qui est le cas de la Catalogne, à 500 000 €.
Deux. L’option est formelle et elle est indivisible. Le manuel pratique Patrimonio 2025de l’Agencia Tributaria l’énonce ainsi : « […] la aplicación de la normativa autonómica constituye un derecho y, por ello, una opción, que podrán ejercitar o no, si bien, en caso de ejercitarla, deberán aplicar toda la normativa propia del Impuesto aprobada por dicha Comunidad Autónoma. Para optar […] estos contribuyentes deberá consignar una X en la casilla [12] o casilla [3] […] de la declaración. » Une case à cocher sur le modelo 714, et c’est tout ou rien : on ne prend pas le minimum exonéré baléare de 3 000 000 € en laissant le barème baléare de côté.
Trois, et cela ruine un conseil très répandu : la communauté ne se choisit pas. Elle est imposée par la localisation des actifs — « donde radique el mayor valor de los bienes y derechos ». « Choisissez votre communauté » n’a de sens que pour quelqu’un qui déplace sa résidence. Un non-résident propriétaire à Marbella relève de l’Andalousie, point.
Les minimums exonérés régionaux ne bénéficient qu'aux résidents de la communauté
C’est la conséquence la plus contre-intuitive de tout ce chapitre, et elle prend à contre-pied la lecture naturelle des tableaux qui suivent. Le minimum exonéré de 3 000 000 € des Baléaresest réservé, par la lettre de l’article 8 du Decreto Legislativo 1/2014, aux « sujetos pasivos por obligación personal de contribuir que residen habitualmente en las Illes Balears». Même rédaction en Communauté valencienne, à l’article 8 de la Ley 13/1997 : « que residan habitualmente en la Comunitat Valenciana ». Et le manuel de l’AEAT généralise : « la base imponible se reducirá, exclusivamente en el supuesto de obligación personal de contribuir, en el importe que haya sido aprobado por la Comunidad Autónoma ».
Un Français non résident propriétaire d’une villa à Majorque applique donc 700 000 €, pas 3 000 000 €.Il en va de même du bénéficiaire du régime de l’article 93, assujetti à l’impôt sur la fortune par obligación realen vertu de l’avant-dernier alinéa de l’article 93.1 de la LIRPF. Pour lui, la règle joue d’ailleurs en sens inverse et à son avantage : installé en Catalogne, où le minimum régional est de 500 000 €, il conserve les 700 000 € de l’État.
Sur ce dernier point, une réserve honnête. La doctrine liante retient que l’impatrié, résident espagnol au sens de l’article 9 de la LIRPF, est résident d’une communauté autonome et se voit appliquer sa norme d’impôt sur la fortune — c’est le sens de la consulta vinculante V0339-16du 27 janvier 2016, qui conclut, pour une contribuable résidant à Barcelone, à l’application de « la normativa estatal con las modificaciones introducidas por la normativa autonómica catalana ». Mais l’article 28.Tres dirige expressément les assujettis par obligation réelle vers le minimum étatique. La lecture cohérente est que le minimum reste étatique et que seuls le barème et les bonifications suivent la communauté ; aucune source consultée au 30 juillet 2026 ne le dit expressément. Nous retenons le minimum étatique dans tout chiffrage, la solution inverse étant la plus favorable au client et donc celle qu’il ne faut pas retenir par défaut.
Une nouveauté de 2025-2026 qu’il ne faut pas manquer si vous êtes propriétaire en Espagne sans y résider : le plafonnement de l’impôt sur la fortune est désormais opposable par les non-résidents. L’article 31.Uno de la Ley 19/1991 plafonne la somme des cotisations d’impôt sur le revenu et d’impôt sur la fortune à 60 % de la somme des bases imposables d’impôt sur le revenu, la réduction de la cotisation de fortune ne pouvant excéder 80 %. L’administration le réservait aux résidents. Deux arrêts du Tribunal Supremo — STS 1372/2025 du 29 octobre 2025 (pourvoi 4701/2023, ROJ STS 4849/2025) et STS 1402/2025 du 3 novembre 2025 (pourvoi 7626/2023, ROJ STS 4846/2025) — ont jugé cette différence de traitement discriminatoire et injustifiée, sur le fondement de la libre circulation des capitaux. Nous paraphrasonsici la doctrine telle que l’Agencia Tributaria la rapporte dans son manuel Patrimonio 2025 : nous n’avons pas consulté le texte intégral des arrêts au CENDOJ et nous ne les citons donc pas entre guillemets. Le Tribunal Economico-Administrativo Central a réitéré ce critère par deux résolutions du 18 décembre 2025 (RG 4119/2025 et RG 5527/2025), et l’administration en a tiré les conséquences : l’OrdenHAC/652/2026 a substitué l’annexe du modelo 718, et la mention restrictive « únicamente para sujetos pasivos por obligación personal » a disparu de la page 10 du modelo 714.
Ce qui reste ouvert, et c’est le point qui décide du montant : la base de revenus à retenir. Le TEAC a délibérément renvoyé le calcul à la phase d’exécution, en mettant la charge de la preuve sur le contribuable : « […] para que en ejecución, previa aportación por parte del obligado tributario de la documentación necesaria para la determinación del citado límite, la AEAT efectúe los cálculos necesarios ». Aucune source officielle consultée au 30 juillet 2026 ne précise si la base de référence est celle des revenus de source espagnole ou celle des revenus mondiaux.L’écart est considérable pour un résident de France percevant l’essentiel de ses revenus en France.
Deux règles d’assiette du plafonnement méritent d’être connues, parce qu’elles décident en pratique de son efficacité. La lettre a)de l’article 31.Uno exclut du calcul la part de la base de l’épargne provenant de plus-values sur éléments détenus depuis plus d’un an, ainsi que les cotisations d’impôt correspondantes. La lettre b)écarte « la parte del Impuesto sobre el Patrimonio que corresponda a elementos patrimoniales que, por su naturaleza o destino, no sean susceptibles de producir los rendimientos gravados » par l’impôt sur le revenu. Cette seconde lettre est la plus lourde de conséquences pour un patrimoine français : elle exclut du bénéfice du plafond espagnol exactement les biens que le plafonnement français de l’article 979 du CGI protège— l’immobilier de jouissance, la résidence secondaire, l’immeuble détenu en nue-propriété. Présenter le plafonnement espagnol comme l’équivalent du plafonnement français, c’est se tromper dans les deux sens.
L’impôt sur le revenu, communauté par communauté
Les sept barèmes qui suivent ont été relevés le 30 juillet 2026 sur deux sources concordantes : le manuel pratique Renta 2025de l’Agencia Tributaria, pages « Gravamen autonómico », et le texte consolidé au BOE de la loi autonomique citée. Chacun porte la date de consolidation du texte dont il est tiré. Ils coïncident avec les barèmes appliqués à l’exercice 2025, déclaré entre avril et juin 2026, et aucune des sept communautés n’a modifié le sien entre cet exercice et la consolidation du 30 juillet 2026 — vérification faite sur l’historique de modifications de chaque article. Ils s’ajoutent au barème étatique donné plus haut ; le taux marginal cumulé indiqué sous chaque tableau est la somme des deux.
Communauté de Madrid
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 13 362,22 € | 8,50 % |
| 13 362,22 € | 1 135,79 € | 5 642,41 € | 10,70 % |
| 19 004,63 € | 1 739,53 € | 16 421,05 € | 12,80 % |
| 35 425,68 € | 3 841,42 € | 21 894,72 € | 17,40 % |
| 57 320,40 € | 7 651,10 € | au-delà | 20,50 % |
Catalogne
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 12 500,00 € | 9,50 % |
| 12 500,00 € | 1 187,50 € | 9 500,00 € | 12,50 % |
| 22 000,00 € | 2 375,00 € | 11 000,00 € | 16,00 % |
| 33 000,00 € | 4 135,00 € | 20 000,00 € | 19,00 % |
| 53 000,00 € | 7 935,00 € | 37 000,00 € | 21,50 % |
| 90 000,00 € | 15 890,00 € | 30 000,00 € | 23,50 % |
| 120 000,00 € | 22 940,00 € | 55 000,00 € | 24,50 % |
| 175 000,00 € | 36 415,00 € | au-delà | 25,50 % |
Andalousie
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 13 000,00 € | 9,50 % |
| 13 000,00 € | 1 235,00 € | 8 100,00 € | 12,00 % |
| 21 100,00 € | 2 207,00 € | 14 100,00 € | 15,00 % |
| 35 200,00 € | 4 322,00 € | 24 800,00 € | 18,50 % |
| 60 000,00 € | 8 910,00 € | au-delà | 22,50 % |
Communauté valencienne
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 12 000 € | 9,00 % |
| 12 000 € | 1 080,00 € | 10 000 € | 12,00 % |
| 22 000 € | 2 280,00 € | 10 000 € | 15,00 % |
| 32 000 € | 3 780,00 € | 10 000 € | 17,50 % |
| 42 000 € | 5 530,00 € | 10 000 € | 20,00 % |
| 52 000 € | 7 530,00 € | 10 000 € | 22,50 % |
| 62 000 € | 9 780,00 € | 10 000 € | 25,00 % |
| 72 000 € | 12 280,00 € | 28 000 € | 26,50 % |
| 100 000 € | 19 700,00 € | 50 000 € | 27,50 % |
| 150 000 € | 33 450,00 € | 50 000 € | 28,50 % |
| 200 000 € | 47 700,00 € | au-delà | 29,50 % |
Îles Baléares
| Base liquidable — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 10 000 € | 9,00 % |
| 10 000 € | 900 € | 8 000 € | 11,25 % |
| 18 000 € | 1 800 € | 12 000 € | 14,25 % |
| 30 000 € | 3 510 € | 18 000 € | 17,50 % |
| 48 000 € | 6 660 € | 22 000 € | 19,00 % |
| 70 000 € | 10 840 € | 20 000 € | 21,75 % |
| 90 000 € | 15 190 € | 30 000 € | 22,75 % |
| 120 000 € | 22 015 € | 55 000 € | 23,75 % |
| 175 000 € | 35 077,50 € | au-delà | 24,75 % |
Îles Canaries
| Base liquidable — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 13 748,00 € | 9,00 % |
| 13 748,00 € | 1 237,32 € | 5 674,00 € | 11,50 % |
| 19 422,00 € | 1 889,83 € | 16 502,00 € | 14,00 % |
| 35 924,00 € | 4 200,11 € | 21 642,00 € | 18,50 % |
| 57 566,00 € | 8 203,88 € | 35 702,00 € | 23,50 % |
| 93 268,00 € | 16 593,85 € | 30 477,00 € | 25,00 % |
| 123 745,00 € | 24 213,10 € | au-delà | 26,00 % |
Région de Murcie
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux autonomique |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 12 450,00 € | 9,50 % |
| 12 450,00 € | 1 182,75 € | 7 750,00 € | 11,20 % |
| 20 200,00 € | 2 050,75 € | 13 800,00 € | 13,30 % |
| 34 000,00 € | 3 886,15 € | 26 000,00 € | 17,90 % |
| 60 000,00 € | 8 540,15 € | au-delà | 22,50 % |
| Communauté | Nombre de tranches | Taux autonomique minimal | Taux autonomique maximal | Marginal cumulé maximal |
|---|---|---|---|---|
| Madrid | 5 | 8,50 % | 20,50 % | 45,00 % |
| Andalousie | 5 | 9,50 % | 22,50 % | 47,00 % |
| Région de Murcie | 5 | 9,50 % | 22,50 % | 47,00 % |
| Îles Baléares | 9 | 9,00 % | 24,75 % | 49,25 % |
| Catalogne | 8 | 9,50 % | 25,50 % | 50,00 % |
| Îles Canaries | 7 | 9,00 % | 26,00 % | 50,50 % |
| Communauté valencienne | 11 | 9,00 % | 29,50 % | 54,00 % |
Ce que cela donne en euros : cadre célibataire, 120 000 € de revenus
Neuf tranches de barème et quatre décimales ne disent rien à personne. Voici le même contribuable dans les sept communautés.
Méthode de calcul, exposée pour être refaite
HYPOTHESES
Celibataire, sans enfant, moins de 65 ans
Base liquidable generale (salaires nets de charges) ..... 100 000 €
Base liquidable de l'epargne (dividendes, plus-values) ... 20 000 €
Minimum personnel et familial (art. 57 LIRPF) ............. 5 550 €
Aucune deduction de cotisation
CALCUL, EXEMPLE DE MADRID
Moitie etatique sur 100 000 €
Cuota cumulee au seuil de 60 000 € .............. 8 950,75 €
Reste : 40 000 × 22,50 % ........................ 9 000,00 €
Sous-total .................................... 17 950,75 €
Moins minimum : 5 550 × 9,50 % .................... 527,25 €
MOITIE ETATIQUE ............................... 17 423,50 €
Moitie madrilene sur 100 000 €
Cuota cumulee au seuil de 57 320,40 € ........... 7 651,10 €
Reste : 42 679,60 × 20,50 % ..................... 8 749,32 €
Sous-total .................................... 16 400,42 €
Moins minimum : 5 550 × 8,50 % .................... 471,75 €
MOITIE MADRILENE .............................. 15 928,67 €
IMPOT SUR LA BASE GENERALE .................. 33 352 €
Base de l'epargne, identique partout
6 000 × 19 % ...................................... 1 140 €
14 000 × 21 % ..................................... 2 940 €
IMPOT SUR L'EPARGNE ............................... 4 080 €
TOTAL MADRID .................................. 37 432 €Reconstitution effectuée par nos soins à partir des barèmes primaires ci-dessus. Ce n'est pas une liquidation officielle. Une réserve importante : six des sept communautés étudiées ont voté des montants propres de minimum personnel et familial applicables à leur moitié autonomique — Madrid aux articles 2 à 2 quater du DL 1/2010, la Catalogne à l'article 611-2 du DL 1/2024, l'Andalousie à l'article 23 bis de la Ley 5/2021, la Communauté valencienne à l'article 2 bis de la Ley 13/1997, les Baléares à l'article 2 du DL 1/2014 et les Canaries à l'article 18 quater du DL 1/2009. L'article 46.1 a) de la Ley 22/2009 plafonne ces écarts à plus ou moins 10 % par montant. Nous n'avons pas relevé le détail de ces six jeux de montants et le calcul applique partout le minimum étatique de 5 550 € : l'effet maximal d'un écart de 10 % sur 5 550 € est de l'ordre de la centaine d'euros et ne modifie pas le classement, mais les montants ci-dessous ne sont pas des liquidations exactes. Le calcul ignore également les déductions autonomiques propres — chaque communauté en compte entre dix et vingt-cinq — et toute situation familiale.
| Communauté | Impôt sur la base générale | Impôt sur l'épargne | Total | Taux moyen sur 120 000 € | Écart / Madrid |
|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 33 352 € | 4 080 € | 37 432 € | 31,19 % | — |
| Îles Baléares | 34 389 € | 4 080 € | 38 469 € | 32,06 % | + 1 037 € |
| Région de Murcie | 34 436 € | 4 080 € | 38 516 € | 32,10 % | + 1 084 € |
| Andalousie | 34 806 € | 4 080 € | 38 886 € | 32,41 % | + 1 454 € |
| Catalogne | 35 136 € | 4 080 € | 39 216 € | 32,68 % | + 1 784 € |
| Îles Canaries | 35 201 € | 4 080 € | 39 281 € | 32,73 % | + 1 849 € |
| Communauté valencienne | 36 624 € | 4 080 € | 40 704 € | 33,92 % | + 3 272 € |
L’enseignement va à rebours de la légende. L’écart maximal est de 3 272 € par an, soit 8,7 % de la facture madrilène.C’est réel, ce n’est pas rien, mais c’est sans commune mesure avec ce qui se joue sur la fortune et sur les successions — et cela reste vrai même si vous corrigez de l’effet des minimums personnels régionaux, plafonné à quelques centaines d’euros. L’impôt sur le revenu n’est pas le bon critère de choix d’une communauté.
Il le devient dans deux cas seulement, et il faut les nommer. Le premier est celui des très hauts revenus récurrents : à 400 000 € de base générale, le différentiel de taux marginal entre Madrid (45 %) et la Communauté valencienne (54 %) porte sur neuf points de la fraction supérieure, année après année, et il finit par dépasser tout ce que gagne une bonne optimisation successorale. Le second est celui d’une année de revenu exceptionnel— une prime de cession, une indemnité de non-concurrence, un déblocage d’actionnariat salarié. C’est précisément le cas que l’article 28.4 vise : déménager pour l’encaisser puis rentrer, c’est la définition littérale des trois conditions cumulatives de la clause anti-abus.
L’impôt sur la fortune : le mécanisme avant les chiffres
C’est ici que tout se joue, et c’est ici que le corpus francophone se trompe le plus lourdement. Deux impôts coexistent, et l’un a été écrit pour annuler l’effet des politiques régionales sur l’autre. Tant qu’on n’a pas compris cette mécanique, aucun tableau de comparaison régionale n’est lisible.
Le premier est l’Impuesto sobre el Patrimonio, régi par la Ley 19/1991, de 6 de junio (BOE-A-1991-14392). C’est un impôt d’État cédéaux communautés, qui en fixent le minimum exonéré, le barème et les bonifications. Ses valeurs par défaut : minimum exonéré de 700 000 €(article 28.Dos), exonération de la résidence habituelle à hauteur de 300 000 €qui s’y ajoute et n’est pas cédée (article 4.Nueve), et un barème de huit tranches allant de 0,2 % à 3,5 %.
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 167 129,45 € | 0,2 % |
| 167 129,45 € | 334,26 € | 167 123,43 € | 0,3 % |
| 334 252,88 € | 835,63 € | 334 246,87 € | 0,5 % |
| 668 499,75 € | 2 506,86 € | 668 499,76 € | 0,9 % |
| 1 336 999,51 € | 8 523,36 € | 1 336 999,50 € | 1,3 % |
| 2 673 999,01 € | 25 904,35 € | 2 673 999,02 € | 1,7 % |
| 5 347 998,03 € | 71 362,33 € | 5 347 998,03 € | 2,1 % |
| 10 695 996,06 € | 183 670,29 € | au-delà | 3,5 % |
Le second est l’Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas— l’ITSGF —, créé par l’article 3 de la Ley 38/2022, de 27 de diciembre (BOE-A-2022-22684). Trois de ses caractéristiques suffisent ici, le chapitre 03 traitant le reste. Une quatrième doit toutefois être posée d’emblée, parce que tout ce chapitre en dépend : cet impôt est toujours en vigueur au 30 juillet 2026. Sa clause de durée d’origine n’a jamais été abrogée et figure encore au texte consolidé — apartado Veintiocho : « Vigencia. Este impuesto será aplicable en los dos primeros ejercicios en los que se devengue a partir de la fecha de su entrada en vigor. » Mais la disposición adicional quinta, point 2, du Real Decreto-ley 8/2023, de 27 de diciembre (BOE-A-2023-26452) le proroge sans terme : « Se prorroga la aplicación del Impuesto temporal de solidaridad de las grandes fortunas aprobado por la Ley 38/2022, de 27 de diciembre, en tanto no se produzca la revisión de la tributación patrimonial en el contexto de la reforma del sistema de financiación autonómica. » Cette révision n’était pas intervenue au 30 juillet 2026, et l’Orden HAC/652/2026 du 26 juin 2026 organise encore la déclaration du modelo 718de l’exercice 2025 : le fait générateur du 31 décembre 2026 sera atteint en l’état du droit. Qui ouvrira la seule Ley 38/2022 y lira « deux exercices » et conclura à tort que l’impôt est éteint. Il est complémentaire de l’impôt sur la fortune(« tributo […] complementario del Impuesto sobre el Patrimonio », apartado Uno). Il n’est pas cessible aux communautés autonomes(« El impuesto no podrá ser objeto de cesión a las Comunidades Autónomas », apartado Dos.2) — c’est le nœud de toute l’affaire. Et il ne laisse déduire de sa cotisation que l’impôt régional effectivement acquitté— apartado Quince : « De la cuota resultante de la aplicación de los apartados anteriores el sujeto pasivo podrá deducir la cuota del Impuesto sobre el Patrimonio del ejercicio efectivamente satisfecha. »
Le mécanisme en un schéma, et il n'a rien d'intuitif
Communaute qui applique l'impot sur la fortune sans bonification
Impot regional du .......................... eleve
Deduction de l'apartado Quince ............. l'ITSGF est absorbe
ITSGF a payer .............................. 0 €
Beneficiaire de la recette ................. LA COMMUNAUTE
Communaute qui bonifie l'impot sur la fortune a 100 %
Impot regional effectivement acquitte ...... 0 €
Deduction de l'apartado Quince ............. RIEN a deduire
ITSGF a payer .............................. INTEGRAL
Beneficiaire de la recette ................. L'ETAT
Communaute a bonification DIFFERENTIELLE (Madrid depuis 2023)
Impot regional ramene au montant de l'ITSGF theorique
Deduction de l'apartado Quince ............. l'ITSGF tombe a 0
Le contribuable paie ....................... le meme montant
Beneficiaire de la recette ................. LA COMMUNAUTELa bonification régionale ne fait pas disparaître la charge au-dessus du seuil de l'ITSGF : elle en transfère le produit de la communauté vers l'État. C'est la raison d'être même de l'impôt de solidarité, et c'est pourquoi les communautés bonificatrices ont réécrit leur bonification pour reprendre la recette avant que l'État ne la prenne. La charge du contribuable est identique dans les trois hypothèses au-dessus du seuil ; ce qui change, c'est le créancier — et, accessoirement, l'obligation de déposer ou non le modelo 718.
Le seuil qui commande tout : l’ITSGF n’est effectivement dû qu’à partir d’environ 3 700 000 € de patrimoine net. Ce n’est pas 3 000 000 €, contrairement à ce qu’on lit partout : le fait générateur est bien constitué au-delà de 3 000 000 € (apartado Tres), mais la base est réduite d’un minimum exonéré de 700 000 € (apartado Nueve) et la première tranche du barème est à 0 % jusqu’à 3 000 000 € de base liquidable(apartado Once). Entre les deux, on est « sujeto pasivo » sans rien devoir, et sans même avoir à déposer de déclaration. Le chiffre de 3 700 000 € est une conséquence arithmétique de la combinaison de trois apartados ; il n’est publié comme tel par aucun texte.
L'écart entre les deux barèmes est invariant, et il vaut 31 446,37 €
Au-dessus de 3 000 000 € de base liquidable, le barème étatique de l’impôt sur la fortune et celui de l’impôt de solidarité appliquent les mêmes taux aux mêmes seuils : 1,7 %, puis 2,1 % à 5 347 998,03 €, puis 3,5 % à 10 695 996,06 €. L’écart entre les deux cotisations se fige donc à la valeur qu’il atteint à 3 000 000 € de base liquidable, soit 25 904,35 + 326 000,99 × 1,7 % = 31 446,37 €. Quel que soit le patrimoine, quelle que soit la communauté au barème étatique.
C’est la clé de lecture de toute bonification différentielle régionale, et c’est le montant exact de la bonification madrilène. Deux conditions à sa validité, toutes deux réunies à Madrid : la communauté n’a voté aucun barème propre — le chapitre II du Decreto Legislativo 1/2010 ne comporte que deux articles, le minimum exonéré et la bonification générale —, et son minimum exonéré est identique à celui de l’ITSGF, 700 000 €, de sorte que les bases liquidables des deux impôts ne divergent pas.
Aucune des grandes communautés « sans impôt sur la fortune » ne bonifie plus à 100 %
C’est la phrase la plus périmée du sujet. Madrid, l’Andalousie, La Rioja et — depuis le 1erjanvier 2024, en deçà de 3 000 000 € de patrimoine net après minimum exonéré — la Cantabrie ont toutes remplacé la bonification totale par une bonification différentielle : le contribuable acquitte à sa communauté ce qu’il aurait payé à l’État, et la déduction de l’apartado Quince ramène alors l’ITSGF à zéro. La Région de Murcie les a rejointes à compter de l’exercice 2025.La charge du contribuable est la même ; c’est le bénéficiaire de la recette qui change.Le préambule de la Ley 12/2023 de la Communauté de Madrid, texte qui a opéré ce basculement, chiffre lui-même l’opération : « 10.302 contribuyentes madrileños », « 555 millones de euros ».
La seule communauté du panel élargi qui maintienne une bonification générale de 100 % sans régime transitoire est, à notre connaissance et sur la foi du chapitre 5 du manuel Patrimonio 2025 de l’AEAT, l’Estrémadure(article 15 bis du Decreto Legislativo 1/2018). Ce serait alors la seule communauté où l’État encaisse effectivement la totalité de l’impôt de solidarité : un contribuable estrémègne à 5 M€ paierait exactement la même chose qu’un Madrilène, mais à Madrid seul le nom du créancier diffère. Le conditionnel est délibéré : nous n’avons pas ouvert le texte refondu d’Estrémadure, cette affirmation repose sur le seul manuel de l’AEAT, et elle doit être vérifiée à l’article 15 bis et aux dispositions transitoires du Decreto Legislativo 1/2018 avant d’être opposée à un client.
Deux dates à ne jamais confondre.L’ITSGF est dû depuis le fait générateur du 31 décembre 2022, pas depuis le 1erjanvier 2023 : un résident madrilène au-dessus du seuil le devait déjà au titre de l’exercice 2022, et à l’État puisque Madrid bonifiait encore à 100 % cette année-là. La bonification différentielle madrilène, elle, résulte de la Ley 12/2023 de la Communauté de Madrid (BOCM du 21 décembre 2023 ; BOE-A-2024-5609 du 21 mars 2024), entrée en vigueur le 22 décembre 2023 avec effets au 1er janvier 2023.
Un dernier point de cadre, souvent découvert trop tard : la bonification ne dispense pas de déclarer. L’article 37 de la Ley 19/1991 impose le dépôt du modelo 714dans deux hypothèses alternatives — soit la cotisation résulte positive après déductions et bonifications, soit, à défaut, « el valor de sus bienes o derechos […] resulte superior a 2.000.000 de euros ». Or ces deux millions s’apprécient d’une façon très défavorable : le manuel de l’AEAT précise qu’il faut retenir tous les biens et droits « estén o no exentos del impuesto », et « sin considerar las cargas y gravámenes que disminuyan el valor de los mismos, ni tampoco las deudas u obligaciones personales ». Biens exonérés compris, dettes non déduites.Un chef d’entreprise dont la participation est exonérée au titre de l’article 4.Ocho, ou un propriétaire dont l’appartement madrilène est financé à 80 % par emprunt, franchit ce seuil sans s’en douter — et à Madrid, où l’impôt est nul, il doit quand même déposer une déclaration.
Et si votre bien espagnol est logé dans une société française, ne comptez pas y échapper. L’article 5.Uno b) de la Ley 19/1991, dans sa rédaction applicable depuis le 29 décembre 2022, répute situés en territoire espagnol « los valores representativos de la participación en fondos propios de cualquier tipo de entidad, no negociados en mercados organizados, cuyo activo esté constituido en al menos el 50 por ciento, de forma directa o indirecta, por bienes inmuebles situados en territorio español ». Une SCI française détenant une villa espagnole fait entrer son associé dans le champ de l’impôt sur la fortune et de l’impôt de solidarité espagnols.L’interposition ne protège plus, et c’est un des sujets sur lesquels le corpus commercial français est le plus systématiquement en retard.
Madrid, Andalousie, Région de Murcie : le trio à bonification différentielle
Madrid.Minimum exonéré de 700 000 € (article 19 du DL 1/2010, texte consolidé au 30 juin 2026) : « el mínimo exento en el Impuesto sobre el Patrimonio se fija en 700.000 euros ». Aucun barème propre : le barème étatique s’applique. Bonification nominale de 100 % à l’article 20, assortie d’une clause que personne ne cite : « No se aplicará esta bonificación si la cuota resultante fuese nula. » Mais cette bonification générale est suspendue par la disposición transitoria séptimadu même texte, dont voici le libellé exact :
« Mientras esté vigente el Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas no será aplicable la bonificación general del impuesto sobre el patrimonio establecida en el artículo 20 de este Texto Refundido. En su lugar, el contribuyente podrá aplicar una bonificación autonómica determinada por la diferencia, si la hubiere, entre la total cuota íntegra del propio impuesto, una vez aplicado el límite conjunto establecido en el artículo 31 de la Ley 19/1991, de 6 de junio, y la total cuota íntegra correspondiente al Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas, una vez aplicado el límite conjunto establecido en el artículo 3. Doce de la Ley 38/2022, de 27 de diciembre. »
Traduction opérationnelle : patrimoine net inférieur ou égal à 3 700 000 € → impôt sur la fortune effectif nul. Au-delà → impôt effectif égal à l’ITSGF théorique, ni plus ni moins, l’ITSGF résiduel étant alors annulé par la déduction de l’apartado Quince. Le conseil « il n’y a pas d’ISF à Madrid » est donc exact en dessous de 3 700 000 € et faux au-dessus.
Andalousie.Minimum exonéré de 700 000 € par la règle subsidiaire — la Ley 5/2021 ne fixe un minimum propre qu’au bénéfice des personnes handicapées, à son article 24 : 1 250 000 €pour un taux d’incapacité égal ou supérieur à 33 % et inférieur à 65 %, 1 500 000 €au-delà de 65 %. Barème propre à l’article 25 (0,20 % à 2,50 %), mais privé d’effettant que l’ITSGF est en vigueur : la disposición transitoria quinta dispose que « queda sin efecto la escala de gravamen establecida en el artículo 25 de esta ley » et remplace la bonification générale de l’article 25 bis par la même bonification différentielle qu’à Madrid. Le barème étatique s’applique donc à titre transitoire, et le résultat est identique à Madrid.
Une conséquence pratique andalouse mérite d’être signalée : depuis le 31 décembre 2024, la faculté d’opter entre les deux bonifications est supprimée, de sorte que, selon le manuel de l’AEAT, « ningún contribuyente del Impuesto sobre el Patrimonio en la Comunidad Autónoma de Andalucía tendrá obligación de presentar el ITSGF […] ya que en ningún caso resultará importe alguno a ingresar por dicho impuesto, tributando exclusivamente por el Impuesto sobre el Patrimonio ». Un résident andalou n’a jamais de modelo 718 à déposer.
Région de Murcie.C’est la nouvelle venue du club, et c’est un cas d’école de ce qui arrive quand on publie une donnée régionale sans date. Minimum exonéré de 700 000 €, par la règle subsidiaire : la Región de Murcia ne figure pas dans la liste des communautés dérogeant au minimum étatique du manuel Patrimonio 2025. Barème propre voté par l’article 55, point 17, de la Ley 3/2025, de 23 de julio, de finances régionales (BORM du 24 juillet 2025), avec effet au 1er janvier 2025 — un barème identique au barème étatique. Et une bonification différentielle introduite à la disposición transitoria segunda du DL 1/2010, dans les mêmes termes que Madrid et l’Andalousie, que le manuel de l’AEAT présente comme une nouveauté de l’exercice.
Mais la formule « Murcie n’a pas voté de minimum propre » n’est vraie que depuis 2025.La disposición adicional octava du même texte dispose : « En relación con los devengos del impuesto sobre el patrimonio que se produzcan en fecha 31 de diciembre de 2023 y 31 de diciembre de 2024, el mínimo exento […] se fija en 3.700.000 euros. » Deux exercices, encore ouverts à la prescription. Si vous avez été résident murcien en 2023 ou 2024 et que vous avez liquidé sur 700 000 €, il y a une réclamation à instruire.
Îles Baléares : un seuil d’entrée, pas une bonification
Les Baléares n’ont pas supprimé l’impôt sur la fortune : elles ont relevé son seuil d’entrée, et très haut. L’article 8 du DL 1/2014 fixe le minimum exonéré à 3 000 000 € — « La base imponible de los sujetos pasivos por obligación personal de contribuir que residen habitualmente en las Illes Balears se reducirá, en concepto de mínimo exento, en el importe de 3.000.000 de euros. » Rédaction issue de la disposition finale 2.13 de la Ley 12/2023 des Baléares, en vigueur au 1er janvier 2024.C’est le minimum exonéré le plus élevé des quinze communautés de régime commun, plus de quatre fois le minimum étatique : un patrimoine net de 3 000 000 € hors résidence principale y est totalement hors champ.
Au-dessus, en revanche, le barème est plein — et il est plus dur que l’étatique sur toutes les tranches.
| Base liquidable — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 170 472,04 € | 0,28 % |
| 170 472,04 € | 477,32 € | 170 465,00 € | 0,41 % |
| 340 937,04 € | 1 176,23 € | 340 932,71 € | 0,69 % |
| 681 869,75 € | 3 528,67 € | 654 869,76 € | 1,24 % |
| 1 336 739,51 € | 11 649,06 € | 1 390 739,49 € | 1,79 % |
| 2 727 479,00 € | 36 543,30 € | 2 727 479,00 € | 2,35 % |
| 5 454 958,00 € | 100 639,06 € | 5 454 957,99 € | 2,90 % |
| 10 909 915,99 € | 258 832,84 € | au-delà | 3,45 % |
Une seule bonification, et elle est sectorielle : 90 % de la fraction de cotisation correspondant aux bienes de consumo culturalde l’article 5 de la Ley 3/2015 des Baléares (article 9 bis du DL 1/2014). Aucune bonification générale.Position intermédiaire singulière, donc : exonération totale sous 3 M€, imposition pleine au-dessus, et le barème baléare excède l’ITSGF théorique sur toute la plage de patrimoines qui concerne la clientèle, de sorte qu’aucun reliquat d’ITSGF n’est dû par un résident baléare jusqu’à environ 51 M€ de patrimoine net. Au-delà, le taux marginal baléare (3,45 %) étant inférieur à celui de l’ITSGF (3,5 %), un reliquat étatique réapparaît. Ce n’est pas une coquetterie de calcul : deux barèmes progressifs dont les taux marginaux supérieurs diffèrent finissent toujours par se croiser, et la seule question utile est de savoir où.
Catalogne : le seuil le plus bas, le barème le plus dur
Minimum exonéré de 500 000 €(article 621-1 du DL 1/2024 : « El importe del mínimo exento se fija en 500.000 euros »). C’est le plus bas du panel, et le plus bas des quinze communautés de régime commun à égalité avec l’Estrémadure. Barème ordinaire à l’article 621-2, de 0,210 % à 2,750 % ; mais c’est un autrebarème qui s’applique, celui de la disposición transitoria primera, dont la phrase liminaire dit tout : « La siguiente tarifa del impuesto sobre el patrimonio es aplicable mientras se mantenga vigente el impuesto temporal de solidaridad de las grandes fortunas. »
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 167 129,45 € | 0,210 % |
| 167 129,45 € | 350,97 € | 167 123,43 € | 0,315 % |
| 334 252,88 € | 877,41 € | 334 246,87 € | 0,525 % |
| 668 499,75 € | 2 632,21 € | 668 500,00 € | 0,945 % |
| 1 336 999,75 € | 8 949,54 € | 1 336 999,26 € | 1,365 % |
| 2 673 999,01 € | 27 199,58 € | 2 673 999,02 € | 1,785 % |
| 5 347 998,03 € | 74 930,46 € | 5 347 998,03 € | 2,205 % |
| 10 695 996,06 € | 192 853,82 € | 9 304 003,94 € | 2,750 % |
| 20 000 000,00 € | 448 713,93 € | au-delà | 3,480 % |
Lecture à rebours du réflexe habituel : la Catalogne a alourdison barème pendant la vigueur de l’impôt de solidarité, précisément pour capter la recette au niveau régional plutôt que de la laisser filer à l’État. Aucune bonification générale : deux bonifications sectorielles seulement, 99 % pour les patrimoines protégés de personnes handicapées (article 622-1) et 95 % pour les propriétés forestières dotées d’un instrument d’aménagement approuvé par l’administration forestière catalane (article 622-2).
Une nuance que personne ne calcule, et qui compte pour les très grands patrimoines : on lit souvent que, dans les communautés à impôt plein, l’ITSGF tombe toujours à zéro. Ce n’est pas vrai en Catalogne au-delà d’environ 17,5 M€ de patrimoine net.Le taux marginal catalan plafonne à 2,750 % puis 3,480 %, quand celui de l’ITSGF atteint 3,5 % dès 10 695 996,06 € ; et le minimum exonéré catalan, à 500 000 €, est inférieurà celui de l’ITSGF, ce qui aggrave l’écart au lieu de le compenser. Les deux courbes se croisent aux alentours de 17 546 648 € de patrimoine net. À 20 000 000 €, l’impôt catalan ressort à 434 963,93 € et l’ITSGF à 453 364,07 € : un reliquat étatique de 18 400,14 €reste dû après déduction. À 50 000 000 €, ce reliquat approche 28 050 €. La tranche à 3,480 % ralentit la fuite de recette vers l’État ; elle ne la supprime pas.
Communauté valencienne et Îles Canaries : impôt plein
Communauté valencienne. Minimum exonéré de 1 000 000 €(article 8 de la Ley 13/1997) : « La base imponible de los sujetos pasivos por obligación personal del impuesto que residan habitualmente en la Comunitat Valenciana se reduce, en concepto de mínimo exento, en 1.000.000 euros. » Il a été relevé de 500 000 € à 1 000 000 €, le manuel de l’AEAT le présentant comme une nouveauté de l’exercice 2025. Barème propre à l’article 9, de 0,25 % à 3,5 %, durci par rapport à l’étatique sur toutes les tranches. Aucune bonification générale — l’article 9 bis n’ouvre que des déductions ciblées, dont une, créée en 2025, en faveur des investisseurs personnes physiques dans des « Empresas Emergentes de la Comunitat Valenciana ».
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0 € | 167 129,45 € | 0,25 % |
| 167 129,45 € | 417,82 € | 167 123,43 € | 0,37 % |
| 334 252,88 € | 1 036,18 € | 334 246,87 € | 0,62 % |
| 668 499,75 € | 3 108,51 € | 668 499,76 € | 1,12 % |
| 1 336 999,51 € | 10 595,71 € | 1 336 999,50 € | 1,62 % |
| 2 673 999,01 € | 32 255,10 € | 2 673 999,02 € | 2,12 % |
| 5 347 998,03 € | 88 943,88 € | 5 347 998,03 € | 2,62 % |
| 10 695 996,06 € | 229 061,43 € | au-delà | 3,5 % |
Îles Canaries.Minimum exonéré de 700 000 € (article 29 du DL 1/2009). Aucun barème autonomique : le barème étatique s’applique. Aucune bonification générale : une seule exonération d’assiette, à l’article 29 bis, pour les biens faisant partie du patrimonio especialmente protegido constitué au titre de la Ley 41/2003. Les Canaries appliquent donc l’impôt sur la fortune « nu ».Sur un patrimoine net de 4 M€, la facture y est plus de sept fois supérieure à celle de Madrid. Écart constant avec l’ITSGF : 31 446,37 €, à tout niveau de patrimoine au-dessus du seuil, puisque le barème est l’étatique et le minimum le même.
| Communauté | Minimum exonéré | Barème | Bonification générale | Impôt effectif |
|---|---|---|---|---|
| Madrid | 700 000 € | étatique (aucun barème propre) | 100 % suspendue → régime différentiel IP − ITSGF | nul ≤ 3,7 M€ ; = ITSGF au-delà |
| Andalousie | 700 000 € (1,25 ou 1,5 M€ si handicap) | propre, privé d'effet → étatique | 100 % suspendue → régime différentiel | nul ≤ 3,7 M€ ; = ITSGF au-delà |
| Région de Murcie | 700 000 € (depuis 2025) | propre, identique à l'étatique (depuis 2025) | régime différentiel (depuis 2025) | nul ≤ 3,7 M€ ; = ITSGF au-delà |
| Îles Baléares | 3 000 000 € | propre, 0,28 % → 3,45 % | aucune (sauf biens culturels, 90 %) | nul ≤ 3 M€, puis progressif plein |
| Îles Canaries | 700 000 € | étatique | aucune | plein |
| Communauté valencienne | 1 000 000 € | propre, 0,25 % → 3,5 % | aucune | plein, seuil relevé |
| Catalogne | 500 000 € | propre, 0,21 % → 3,48 % (tranche à 20 M€) | aucune (sauf patrimoines protégés et forêts) | plein, le plus dur du panel |
Ce que cela donne en euros : patrimoine net de 4 000 000 €
| Communauté | Minimum exonéré | Base liquidable | Impôt brut | Impôt dû | ITSGF résiduel | TOTAL |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Andalousie | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Région de Murcie | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 5 100 € | 0 € | 5 100 € |
| Îles Baléares | 3 000 000 € | 1 000 000 € | 7 473 € | 7 473 € | 0 € | 7 473 € |
| Îles Canaries | 700 000 € | 3 300 000 € | 36 546 € | 36 546 € | 0 € | 36 546 € |
| Communauté valencienne | 1 000 000 € | 3 000 000 € | 39 166 € | 39 166 € | 0 € | 39 166 € |
| Catalogne | 500 000 € | 3 500 000 € | 41 944 € | 41 944 € | 0 € | 41 944 € |
Cinq enseignements, et c’est le passage le plus utile du chapitre.
Un. Rapport de 1 à 8,2entre Madrid (5 100 €) et la Catalogne (41 944 €), sur un même patrimoine. Par an. Récurrent. Sur vingt ans et à patrimoine constant, l’écart cumulé dépasse 730 000 €.
Deux. Madrid n’est pas à zéro, et c’est le contresens central à corriger. Le conseil « pas d’ISF à Madrid » devient faux dès 3 700 001 € de patrimoine net.
Trois. Les Baléares sont deuxièmes, mais pour une raison entièrement différente, et cette différence change le conseil. Ni bonification générale ni barème doux : un minimum exonéré de 3 M€. En dessous de 3 M€, les Baléares sont strictementà zéro — mais pas mieux que Madrid, où la bonification différentielle produit exactement le même résultat, et cela jusqu’à 3 700 000 € : entre 3 000 000 € et 3 700 000 € de patrimoine net, le résident baléare acquitte déjà un impôt régional quand le Madrilène est encore à zéro. Au-dessus, les Baléares sont plus chèresque le trio Madrid-Andalousie-Murcie, dont la facture plafonne par construction au montant de l’ITSGF, et elles le restent jusqu’au croisement des deux barèmes, aux alentours de 51 M€ de patrimoine net, au-delà duquel le reliquat d’impôt de solidarité ramène les deux charges au même niveau. Le seuil baléare de 3 M€ n’est donc pas un avantage sur Madrid : c’en est un sur les communautés à impôt plein — Catalogne, Communauté valencienne, Canaries —, et sur elles seulement.
Quatre. Le régime différentiel fait payer l’impôt de solidarité sous étiquette régionale.Au-delà de 3,7 M€, un résident madrilène ne gagne rien par rapport à ce qu’il aurait payé dans une communauté bonifiant encore l’impôt sur la fortune à 100 %, où l’impôt de solidarité serait dû en totalité à l’État : sa facture est la même. Il gagne en revanche beaucoup par rapport à une communauté sans bonification, où le barème étatique plein s’applique — 36 546 € contre 5 100 € sur un patrimoine net de 4 M€. La différence est que la recette va à la Communauté et non à l’État. C’est une redistribution entre administrations, pas un avantage pour vous.
Cinq. Les Canaries ne sont pas un refuge patrimonial.36 546 € contre 5 100 € à Madrid, sur le même patrimoine, chaque année. Leur avantage est ailleurs — dans l’imposition indirecte et dans les régimes d’entreprise —, il n’est pas patrimonial, et une brochure qui les présente comme le « paradis fiscal espagnol » vous coûte ici plus de 31 000 € par an.
Successions et donations : sept régimes, deux classements
C’est le poste où l’écart régional est le plus violent, et c’est aussi celui où la lecture est la plus piégeuse : le classement des communautés s’inverse presque entièrement selon que l’on transmet en ligne directe ou hors ligne directe. Une communauté qui efface les droits entre parents et enfants peut être la plus lourde d’Espagne pour un neveu, et réciproquement. Il faut donc deux tableaux, pas un — et il faut savoir, avant de choisir sa résidence, à qui l’on transmettra.
Un mot sur l’articulation avec la France, parce qu’elle décide de l’utilité de tout ce qui suit. La convention franco-espagnole du 8 janvier 1963reste en vigueur en matière de successions : seuls ses articles 8 à 28 ont été abrogés par la convention de 1995, son chapitre successoral, articles 29 à 38, survit intégralement, et le BOFiP le confirme depuis le 28 novembre 2024. La succession d’un parent resté en France n’est donc pas intégralement imposable en Espagne du seul fait que vous y résidez. Ce point est traité au chapitre consacré à la transmission ; nous le signalons ici parce qu’il faut le savoir avant de lire les barèmes régionaux, et parce que la convention ne couvre pas les donations entre vifs.
Madrid : 99 % en ligne directe, 50 % pour les collatéraux
Source : articles 21 à 26 du Decreto Legislativo 1/2010, texte consolidé au 30 juin 2026.
Abattements(article 21.Uno.1), qui « sustituyen a las análogas del Estado reguladas en el artículo 20.2 de la Ley 29/1987 » : groupe I, 16 000 € plus 4 000 € par année en dessous de 21 ans, plafonnés à 48 000 € ; groupe II, 16 000 € ; groupe III, 8 000 € ; groupe IV, néant. S’y ajoutent 55 000 € pour un handicap d’au moins 33 % et 153 000 € à partir de 65 %, et un abattement de 100 % sur les capitaux d’assurance-vie, plafonné à 9 200 €, au profit du conjoint, des ascendants, descendants, adoptants et adoptés.
Barème(article 23) : seize tranches, de 7,65 % jusqu’à 8 313,20 € à 34,00 %au-delà de 798 817,20 €. Quasi identique au barème étatique, légèrement décalé vers le haut. Coefficients(article 24.1) : 1,00 / 1,05 / 1,10 / 1,20 pour les groupes I et II selon le patrimoine préexistant, 1,5882 à 1,9059 pour le groupe III, 2,00 à 2,40 pour le groupe IV.
Le cœur du dispositif est à l’article 25.Pour les groupes I et II en succession : « aplicarán una bonificación del 99 por ciento en la cuota tributaria derivada de adquisiciones mortis causa y de cantidades percibidas por beneficiarios de seguros sobre la vida que se acumulen al resto de bienes y derechos que integren la porción hereditaria del beneficiario ». Pour le groupe III, une bonification de 50 %, applicable « exclusivamente, sobre la parte de la cuota que proporcionalmente corresponda a los bienes y derechos declarados por el sujeto pasivo » — la bonification est donc perdue sur tout actif omis et redressé. Pour le groupe IV : aucune bonification, plein tarif multiplié par un coefficient de 2,00 à 2,40.
En donation, mêmes taux — 99 % pour les groupes I et II, 50 % pour le groupe III —, plus une bonification de 100 % pour les donations dont la base imposable n’excède pas 1 000 €, avec computation de toutes les donations du même donateur au même donataire sur trois ans (article 25.2 a).
Trois conditions de forme des donations madrilènes, et on perd l'avantage en les manquant
L’article 25.2 b) du DL 1/2010 pose trois exigences que les praticiens français découvrent souvent trop tard.
Un. L’acte public — la escritura notariée — est exigé dès que la base imposable dépasse 10 000 €, pour les biens dont la transmission n’exige pas par elle-même un acte public. Computation sur trois ans, donc un fractionnement ne contourne rien.
Deux.Pour les donations en numéraire ou en actifs visés à l’article 12 de la Ley 19/1991 : « la bonificación solo resultará aplicable cuando el origen de los fondos donados esté debidamente justificado, siempre que, además, se haya manifestado en el propio documento en que se formalice la transmisión el origen de dichos fondos». L’origine des fonds doit figurer dans l’acte lui-même. Un virement accompagné d’un simple justificatif bancaire ne suffit pas.
Trois. L’élévation a posteriorid’un acte sous seing privé en acte public, après l’expiration du délai de déclaration, fait perdre la bonification. On ne rattrape pas une donation mal formalisée en la régularisant plus tard.
Catalogne : le barème le plus doux, la bonification la plus dure
Source : articles 631-1 à 634-5 du Decreto Legislativo 1/2024, texte consolidé au 22 mai 2026. C’est le mécanisme le plus complexe d’Espagne, et le plus mal compris.
Abattements de parenté(article 631-2), texte exact :
« a) Grupo I (adquisiciones por descendientes menores de veintiún años) : 100.000, más 12.000 euros por cada año de menos de veintiuno que tenga el causahabiente, hasta un límite de 196.000 euros. b) Grupo II (adquisiciones por descendientes de veintiún años o más, cónyuges y ascendientes) : – Cónyuge : 100.000 euros. – Hijo o hija : 100.000 euros. – Resto de descendientes : 50.000 euros. – Ascendientes : 30.000 euros. c) Grupo III (adquisiciones por colaterales de segundo y tercer grado y por ascendientes y descendientes por afinidad) : 8.000 euros. d) Grupo IV (adquisiciones por colaterales de cuarto grado o de grados más distantes y por extraños) : no se aplica ninguna reducción por razón de parentesco. »
S’y ajoutent 275 000 € pour un handicap d’au moins 33 % et 650 000 € à partir de 65 % (article 631-3). Et surtout — c’est le principal correctif catalan, systématiquement absent des présentations françaises — l’article 631-4 accorde une réduction de 275 000 € aux héritiers du groupe II âgés de 75 ans ou plus. Elle est incompatible avec la réduction pour handicap, mais compatible avec la bonificationde l’article 633-4, qui n’exclut que les réductions des sous-sections 3 à 10. Pour un conjoint âgé ou pour un ascendant, c’est l’outil décisif en Catalogne.
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 50 000,00 € | 7 % |
| 50 000,00 € | 3 500,00 € | 150 000,00 € | 11 % |
| 150 000,00 € | 14 500,00 € | 400 000,00 € | 17 % |
| 400 000,00 € | 57 000,00 € | 800 000,00 € | 24 % |
| 800 000,00 € | 153 000,00 € | au-delà | 32 % |
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 200 000,00 € | 5 % |
| 200 000,00 € | 10 000,00 € | 600 000,00 € | 7 % |
| 600 000,00 € | 38 000,00 € | au-delà | 9 % |
Ce barème réduit est l’outil de transmission le plus efficace du dispositif catalan, et il est très largement ignoré des sources francophones : donner 600 000 € à un enfant coûte 38 000 € de cotisation brute, soit 6,33 %, quand le même montant transmis par succession supporterait le barème général puis une bonification dégressive. En Catalogne, donner de son vivant coûte structurellement moins cher que léguer— ce qui est exactement l’inverse de l’intuition française.
Les coefficients de patrimoine préexistant(article 633-3) sont particuliers : ils ne modulent que les groupes I et II (1,0000 jusqu’à 500 000 € de patrimoine préexistant, puis 1,1000, 1,1500 et 1,2000), le groupe III restant figé à 1,5882 et le groupe IV à 2,0000 quel que soit le patrimoine de l’héritier.
Et voici le mécanisme qui explique tout le reste. La bonification successorale de l’article 633-4 est fixe à 99 % pour le conjoint— sans dégressivité, quel que soit le montant —, fixe à 99 % également pour les descendants et ascendants consanguíneosd’une victime de violences machistes décédée des suites de ces violences (article 633-4.1 bis), et dégressive pour tous les autres contribuables des groupes I et II, calculée en pourcentage moyen pondéré par tranche de base imposable.
| Base imposable — jusqu'à | Bonification moyenne (groupe I) | Bonification marginale (groupe I) | Bonification moyenne (reste groupe II) | Bonification marginale (reste groupe II) |
|---|---|---|---|---|
| 100 000,00 € | — | 99,00 % | — | 60,00 % |
| 200 000,00 € | 99,00 % | 97,00 % | 60,00 % | 55,00 % |
| 300 000,00 € | 98,00 % | 95,00 % | 57,50 % | 50,00 % |
| 500 000,00 € | 97,00 % | 90,00 % | 55,00 % | 45,00 % |
| 750 000,00 € | 94,20 % | 80,00 % | 51,00 % | 40,00 % |
| 1 000 000,00 € | 89,47 % | 70,00 % | 47,33 % | 35,00 % |
| 1 500 000,00 € | 84,60 % | 60,00 % | 44,25 % | 30,00 % |
| 2 000 000,00 € | 76,40 % | 50,00 % | 39,50 % | 25,00 % |
| 2 500 000,00 € | 69,80 % | 40,00 % | 35,88 % | 20,00 % |
| 3 000 000,00 € | 63,84 % | 25,00 % | 32,70 % | 10,00 % |
| au-delà | 57,37 % | 20,00 % | 28,92 % | 0,00 % |
Le choix binaire catalan : la bonification OU les réductions sectorielles, jamais les deux
L’article 633-4.4 est une chausse-trape redoutable. La bonification est perduesi le contribuable opte pour l’une des réductions des sous-sections 3 à 10 — entreprise familiale, participations, exploitation agricole, patrimoine culturel, patrimoine naturel —, à la seule exception de la réduction pour résidence habituelle, ou pour les exonérations de la Ley 19/1995 sur la modernisation des exploitations agricoles.
Et la lettre c) du même article ajoute une clause balai que les présentations omettent systématiquement : « Cualquier otra reducción de la base imponible o exención que requiera que el contribuyente la solicite y que dependa de la concurrencia de determinados requisitos cuyo cumplimiento corresponda exclusivamente a la voluntad del contribuyente. » Le choix est donc plus large qu’il n’y paraît : toute réduction optionnelle dont les conditions dépendent de la seule volonté de l’héritier fait perdre la bonification.
C’est un vrai choix binaire, exercé par le dépôt de l’autoliquidation (article 633-4.6), et il n’est pas réversible si un contrôle révèle a posteriorique la réduction choisie n’était pas applicable. Sur une succession d’entreprise familiale en Catalogne, la comparaison chiffrée des deux branches doit être faite avant le dépôt, pas après.
Hors ligne directe, la Catalogne n’accorde aucune bonification de cotisation : groupes III et IV supportent le barème général jusqu’à 32 %, multiplié par 1,5882 ou 2,0000.
Andalousie : un million d’euros d’abattement par héritier en ligne directe
Source : articles 26 à 40 de la Ley 5/2021, texte consolidé au 31 décembre 2025. L’abattement de parenté de l’article 28 est sans équivalent :
« a) Grupo I : adquisiciones por descendientes y adoptados menores de 21 años, 1.000.000 de euros. b) Grupo II : adquisiciones por descendientes y adoptados de 21 o más años, cónyuges, ascendientes y adoptantes, 1.000.000 euros. c) Grupo III : adquisiciones por colaterales de segundo y tercer grado, ascendientes y descendientes por afinidad, 10.000 euros. »
Un million d’euros par héritier en ligne directe.C’est de loin l’abattement le plus généreux du panel, et le seul qui suffise à annuler l’impôt sur une succession moyenne avant même toute bonification. S’y ajoute, à l’article 27, un abattement de 99 % sur la valeur du logement du défunt au profit du conjoint, des ascendants ou descendants — ou d’un collatéral de plus de 65 ans ayant cohabité deux ans —, sous condition de conservation pendant trois ans.
| Base liquidable — jusqu'à | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 8 000 € | 7 % |
| 8 000 € | 560 € | 7 000 € | 8 % |
| 15 000 € | 1 120 € | 15 000 € | 10 % |
| 30 000 € | 2 620 € | 20 000 € | 12 % |
| 50 000 € | 5 020 € | 20 000 € | 14 % |
| 70 000 € | 7 820 € | 30 000 € | 16 % |
| 100 000 € | 12 620 € | 50 000 € | 18 % |
| 150 000 € | 21 620 € | 50 000 € | 20 % |
| 200 000 € | 31 620 € | 200 000 € | 22 % |
| 400 000 € | 75 620 € | 400 000 € | 24 % |
| 800 000 € | 171 620 € | au-delà | 26 % |
L’Andalousie a par ailleurs opéré une simplification radicale des coefficients(article 38) : 1,0 pour les groupes I et II, 1,5 pour le groupe III, 1,9 pour le groupe IV, sans aucune modulation par le patrimoine préexistant. Un héritier en ligne directe déjà fortuné n’y est pas pénalisé, contrairement à Madrid ou à la Catalogne, où le coefficient monte à 1,20. Et le coefficient du groupe IV, à 1,9, est le plus bas du panel après celui des Baléares.
Bonifications : 99 % pour les groupes I et II, en succession (article 39, capitaux d’assurance-vie compris) comme en donation (article 40.1). Groupes III et IV : rien.
Les conditions de forme des donations andalouses sont plus strictes qu’à Madrid (article 40.2) : acte public exigé dès 5 000 €de base imposable — contre 10 000 € à Madrid — avec remise simultanée du bien et computation sur trois ans ; pour les donations en numéraire ou en actifs de l’article 12 de la Ley 19/1991 au-delà de 5 000 €, acte public dans le mois de la remise, origine des fonds justifiée et mentionnée dans l’acte ; et, pour une donation en numéraire par versements échelonnés, un acte public unique doit contenir la totalité des versements prévus.
Communauté valencienne : 99 % en ligne directe, et une bonification du groupe III toute neuve
Source : articles 10 à 12 quáter de la Ley 13/1997, texte consolidé au 2 juillet 2026. Abattements de l’article 10.Uno :
« – Grupo I : adquisiciones por descendientes y adoptados menores de 21 años, 100.000 euros, más 8.000 euros por cada año menos de 21 que tenga el causahabiente, sin que la reducción pueda exceder de 156.000 euros. – Grupo II : adquisiciones por descendientes y adoptados de 21 o más años, cónyuges, ascendientes y adoptantes, 100.000 euros. »
Handicap : 120 000 € à partir de 33 %, 240 000 € à partir de 65 % ou en cas de déficience intellectuelle ou psychique permanente d’au moins 33 %. Résidence habituelle du défunt : 95 %, mais avec un plafond de 150 000 € par ayant droitet une obligation de conservation de cinq ans — à comparer aux 99 % andalous sur trois ans.
Point d’attention majeur : l’article 10.Uno ne vise que les groupes I et II. La Communauté valencienne ne prévoit donc aucun abattement de parenté proprepour les groupes III et IV. Nous formulons ainsi, et pas autrement : la pratique et la doctrine administrative valencienne en déduisent que l’abattement étatique de 7 993,46 € du groupe III est écarté, ce qui est défendable au regard des articles 20.1 et 20.2 de la Ley 29/1987 et de l’article 48.1 a) de la Ley 22/2009, mais aucune source primaire ne l’énonce expressément. Un neveu valencien part donc, en pratique, de zéro — cas de figure unique dans le panel.
Barème de l’article 11 : seize tranches, de 7,65 % à 34,00 % au-delà de 781 916,75 €, très proche du barème étatique. Coefficients de l’article 12 : grille classique à quatre étages, 1,0000 à 1,2000 pour les groupes I et II, 1,5882 à 1,9059 pour le groupe III, 2,0000 à 2,4000 pour le groupe IV.
Bonifications(article 12 bis) : 99 % pour les groupes I et II en succession. En donation, 99 % également, mais avec un périmètre de parenté plus étroit que la règle générale— texte exact : « Las adquisiciones inter vivos efectuadas por el cónyuge, padres, adoptantes, hijos o adoptados del donante. Igual bonificación resultará aplicable a los nietos y a los abuelos. » Conjoint, parents, enfants, petits-enfants et grands-parents : un arrière-petit-enfant, pourtant du groupe II, n’y figure pas. Une bonification de 99 % est par ailleurs prévue en cas de handicap d’au moins 65 %, ou de handicap intellectuel ou psychique d’au moins 33 %, en succession comme en donation — mais elle exclutles précédentes au lieu de s’y ajouter.
Nouveauté du 1er juin 2026 : la Communauté valencienne bonifie le groupe III de 25 %, et 50 % au 1er juin 2027
Presque toutes les sources en ligne écrivent encore que la Communauté valencienne n’accorde aucune bonification hors ligne directe. C’est périmé depuis le 1er juin 2026. La Ley 5/2025, de 30 de mayo, de la Generalitat(BOE-A-2025-11959), à sa disposition transitoire deuxième, donne à l’article 12 bis de la Ley 13/1997 une nouvelle rédaction : « Con efectos desde el 1 de junio de 2026 […] 2. Gozarán de una bonificación del 25 por cientosobre la parte de la cuota tributaria del impuesto sobre sucesiones y donaciones que proporcionalmente corresponda a los bienes y derechos declarados por el sujeto pasivo : a) Las adquisiciones mortis causa efectuadas por parientes colaterales de segundo o tercer grado por consanguinidad del causante pertenecientes al grupo III […] b) Las adquisiciones inter vivos efectuadas por los parientes colaterales consanguíneos de segundo y tercer grado del donante pertenecientes al grupo III […] »
Et la disposition finale quatrième de la même loi porte ce taux à 50 % avec effet au 1er juin 2027. Deux limites à retenir : la bonification ne vise que les collatéraux par le sang — frère, sœur, neveu, nièce, oncle, tante —, les collatéraux par allianceet le groupe IV en restant exclus ; et elle ne porte, comme à Madrid, que sur la fraction de cotisation correspondant aux biens déclarés par le contribuable.
Le fait générateur de l’impôt étant la date du décès ou de la donation, l’écart est immédiat de part et d’autre du 1er juin 2027.Sur une transmission de 300 000 € à un neveu, le passage de 25 % à 50 % vaut 22 187 €. Un client valencien qui envisage une donation à un neveu doit connaître cette date, et se demander s’il peut attendre.
Conditions de forme des donations valenciennes : acte public exigé, ou formalisation en acte public dans le délai de déclaration. Pour les donations en numéraire ou en actifs de l’article 12 de la Ley 19/1991, justification de la provenance des biens et des moyens de remise dans l’acte public. Particularité utile : la loi valencienne admet aussi les contrats signés numériquement via un service de confiance qualifié au sens du règlement (UE) 910/2014, avec mention de l’origine des fonds dans l’acte public.
Îles Baléares : 1 % jusqu’à 700 000 €, et des pactes successoraux sans équivalent français
Source : articles 21 à 59 du Decreto Legislativo 1/2014, texte consolidé au 13 juin 2026. Abattements de parenté de l’article 21 : groupe I, 25 000 € plus 6 250 € par année en dessous de 21 ans, plafonnés à 50 000 € ; groupe II, 25 000 € ; groupe III, 8 000 € ; groupe IV, 1 000 €. Les Baléares sont la seule communauté du panel à accorder un abattement au groupe IV — symbolique, mais réel. Handicap : 48 000 € pour un handicap physique ou sensoriel de 33 à 65 %, 300 000 € au-delà de 65 %, 300 000 € pour un handicap psychique d’au moins 33 %.
L’article 33 comporte deux barèmes successoraux distincts. Le barème général compte seize tranches et va de 7,65 % à 34,00 % au-delà de 800 000 €. Mais les groupes I et II relèvent d’un barème propre, et il change tout :
| Base liquidable — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 700 000 € | 1 % |
| 700 000 € | 7 000 € | 300 000 € | 8 % |
| 1 000 000 € | 31 000 € | 1 000 000 € | 11 % |
| 2 000 000 € | 141 000 € | 1 000 000 € | 15 % |
| 3 000 000 € | 291 000 € | au-delà | 20 % |
| Patrimoine préexistant | Groupes I et II | Groupe III — collatéraux 2e/3e degré par le sang, ascendants et descendants par alliance | Groupe III — collatéraux par alliance | Groupe IV |
|---|---|---|---|---|
| 0 à 400 000 € | 1,0000 | 1,2706 | 1,6575 | 1,7000 |
| 400 000 à 2 000 000 € | 1,0500 | 1,3341 | 1,7000 | 1,7850 |
| 2 000 000 à 4 000 000 € | 1,1000 | 1,3977 | 1,7850 | 1,8700 |
| plus de 4 000 000 € | 1,2000 | 1,5247 | 1,9550 | 2,0400 |
Bonifications successorales. Groupes I et II : 100 %de la cotisation intégrale corrigée (article 36), pactes successoraux inclus. Groupe III : le dispositif est plus fin qu’ailleurs — 60 % pour les collatéraux des deuxième et troisième degrés par le sang « [que] no concurran con descendientes o adoptados del causante, o concurran con descendientes o adoptados del causante desheredados », et 35 %pour le reste du groupe III (article 36 bis). Groupe IV : rien. Retenez la condition : le taux de 60 % suppose que le collatéral ne vienne pas en concours avec des descendants du défunt.Un frère qui hérite alors que le défunt laisse des enfants retombe à 35 %.
Aux Baléares, surévaluer un immeuble fait perdre la bonification
C’est une condition de forme spécifique aux Baléares, absente de tout le corpus francophone, et elle prend à revers le réflexe habituel. Les articles 36.2 et 36 bis.2 du DL 1/2014 subordonnent la bonification, en cas d’acquisition d’immeubles, à ce que la valeur déclarée dans l’acte public n’excède pas la valeur de référence cadastrale majorée de 20 % — ou, à défaut de valeur de référence, la valeur de marché.
Autrement dit : sous-évaluer n’est pas le risque ici, surévaluer l’est. Or un héritier a souvent intérêt à déclarer haut, pour se constituer un prix de revient élevé en vue d’une revente. Aux Baléares, cet arbitrage a un coût immédiat et total : la bonification tombe. Et la bonification, même acquise, n’exonère pas du dépôt de l’autoliquidation (article 36.3).
En matière de donation, le mécanisme est symétrique — déduction de 100 % de la cotisation liquide pour les groupes I et II, 60 % pour les collatéraux par le sang du groupe III, 35 % pour le reste (article 54) — mais avec une clause de repliqui n’existe pas en succession. L’article 54.3 prévoit que, si la valeur déclarée dépasse le plafond, le donataire des groupes I ou II peut appliquer une déduction telle que le prélèvement soit plafonné à 7 % de la base liquidable : « se podrá aplicar una deducción cuyo importe sea el resultado de restar a la cuota líquida la cuantía derivada de multiplicar la base liquidable por un tipo porcentual T del 7%. Es decir : Da = CL − (BL × T) […] T : 0,07. » On retombe donc sur 7 % au lieu de tout perdre.
Îles Canaries : 99,9 % y compris pour les neveux, mais une seule donation tous les trois ans
Source : articles 20 à 27 du Decreto Legislativo 1/2009, texte consolidé au 29 décembre 2025. Les abattements de parenté de l’article 20 sont construits autrement qu’ailleurs — en pourcentage plafonné, et par tranche d’âge pour le groupe I :
« a) Grupo I, adquisiciones por descendientes y adoptados menores de veintiún años : – Menores de diez años de edad : el 100 por ciento de la base imponible, sin que la reducción pueda exceder de 138.650 euros. – Menores de quince años e iguales y mayores de diez años de edad : el 100 por ciento de la base imponible, sin que la reducción pueda exceder de 92.150 euros. – Menores de dieciocho años e iguales y mayores de quince años de edad : el 100 por ciento de la base imponible, sin que la reducción pueda exceder de 57.650 euros. – Menores de veintiuno e iguales y mayores de dieciocho años de edad : el 100 por ciento de la base imponible, sin que la reducción pueda exceder de 40.400 euros. b) Grupo II […] : – Cónyuge : 40.400 euros – Hijos o adoptados : 23.125 euros – Resto de descendientes : 18.500 euros – Ascendientes o adoptantes : 18.500 euros c) Grupo III […] : 9.300 euros. d) Grupo IV […] : no habrá lugar a reducción alguna por razón de parentesco. »
Abattement handicap (article 20 bis) : 72 000 € pour un taux de 33 à 65 %, et 400 000 €à partir de 65 % — la seconde branche est régulièrement omise. S’y ajoutent des abattements complémentaires nombreux : par âge (article 20 ter), assurance-vie (article 21), entreprise individuelle (article 22), participations (article 22 bis), résidence habituelle (article 22 ter), patrimoine historique (article 23), patrimoine naturel (article 23 bis) et surimposition décennale (article 24).
Les Canaries n’ont voté ni barème ni coefficients propres— vérification faite le 30 juillet 2026 : une recherche des occurrences de « Tarifa » et de « coeficiente multiplicador » dans le texte consolidé du DL 1/2009 ne renvoie aucun article fixant un barème ou des coefficients propres, la seule occurrence de « coeficientes » portant sur l’extension des assimilations de parenté. S’appliquent donc le barème étatique de 7,65 % à 34,00 % et les coefficients étatiques de 1,0000 à 2,4000.
Toute la singularité canarienne est dans l’article 24 ter :
« Los sujetos pasivos incluidos en los grupos I, II y III de los previstos en el artículo 20.2.a) de la Ley 29/1987 […] aplicarán una bonificación del 99,9 por 100 de la cuota tributaria derivada de las adquisiciones mortis causa y de cantidades percibidas por los beneficiarios de seguros sobre la vida que se acumulen al resto de bienes y derechos que integran la porción hereditaria del beneficiario. »
Groupes I, II et III, à 99,9 %.Quatre communautés du panel sur sept bonifient désormais le groupe III en succession — les Canaries à 99,9 %, les Baléares à 60 % ou 35 % selon la concurrence avec des descendants, Madrid à 50 %, la Communauté valencienne à 25 % depuis le 1er juin 2026. Mais les Canaries sont les seules à le faire au taux quasi intégral, et sans distinguer ni selon le degré ni selon la concurrence avec des descendants. Un frère, une sœur, un neveu qui héritent aux Canaries paient un millième de la cotisation. C’est le régime le plus favorable du panel hors ligne directe, et de très loin.
Le piège canarien : la bonification de donation ne s'utilise qu'une fois tous les trois ans
L’article 26 sexies accorde la même bonification de 99,9 % aux donations — mais aux seuls groupes I et II, pas au groupe III, et sous une condition qui n’existe nulle part ailleurs. Texte exact :
« Los sujetos pasivos incluidos en los grupos I y II […] aplicarán una bonificación del 99,9 por 100 de la cuota tributaria derivada de las adquisiciones "inter vivos", siempre que la donación se formalice en documento público. No será necesaria esta formalización cuando se trate de contratos de seguros que deban tributar como donación. Esta bonificación no será aplicable a aquellas adquisiciones "inter vivos" que en los tres años anteriores se hayan beneficiado de la bonificación prevista en este artículo, salvo que, en dicho plazo, se produzca su adquisición "mortis causa". »
Une seule donation bonifiée tous les trois ans par bénéficiaire.La stratégie de donations fractionnées annuelles, parfaitement efficace à Madrid ou en Andalousie, est inopérante aux Canaries : la deuxième et la troisième année, la donation supporte le barème plein. Il faut donc raisonner par tranches triennales, et calibrer chaque donation en conséquence.
Région de Murcie : 99 % en ligne directe, et une asymétrie qui vaut de l’argent
Source : articles 3 à 5 du Decreto Legislativo 1/2010, texte consolidé au 24 juillet 2025. La Région de Murcie n’a voté aucun abattement de parenté propre : les abattements étatiques de l’article 20.2 a) de la Ley 29/1987 s’appliquent — 15 956,87 € en groupe II, 7 993,46 € en groupe III, néant en groupe IV. Elle a en revanche voté des réductions sectorielles : 99 % sur l’entreprise individuelle et sur les participations, en succession comme en donation (articles 3.Uno et 4.Uno), et sur le patrimoine culturel régional.
Son barème est le plus élevé du panel(article 5) : seize tranches, identique au barème étatique jusqu’à 398 777,54 €, puis 31,75 %— contre 29,75 % au niveau étatique — de 398 777,54 € à 797 555,08 €, et 36,50 %— contre 34 % — au-delà. Aucun coefficient propre : vérification faite le 30 juillet 2026, le texte consolidé du DL 1/2010 ne contient aucune occurrence de « coeficiente multiplicador » ni de « patrimonio preexistente », de sorte que les coefficients étatiques s’appliquent.
Déductions de cotisation.En succession, pour les groupes I et II (article 3.Cinco) : « se aplicará una deducción autonómica del 99 % de la cuota que resulte después de aplicar las deducciones estatales y autonómicas que, en su caso, procedan ». En donation (article 4.Seis), déduction de 99 % — mais pour les groupes I, II et III, sous condition d’acte public ; pour les donations en numéraire ou en actifs de l’article 12 de la Ley 19/1991, origine des fonds justifiée et mentionnée dans l’acte public.
Cette asymétrie est propre à la Murcie, et elle vaut de l’argent : le groupe III est exclu de la déduction en matière de succession mais y a droit en matière de donation. Un oncle murcien qui veut transmettre à son neveu a donc un intérêt fiscal massif à donner de son vivant plutôt qu’à léguer — 99 % contre 0 %, sur 300 000 € l’écart est de l’ordre de 84 000 €. C’est le seul cas du panel où le conseil de calendrier est aussi tranché.
Formalisme murcien (article 4.Siete) : lorsqu’un avantage exige un acte public, celui-ci doit être établi pendant le délai de déclarations’il ne l’a pas été à l’origine ; et les avantages exigeant une mention expresse ne s’appliquent pas si cette mention est omise, sauf régularisation dans le même délai.
Le PACS français et les parejas de hecho : sept régimes, et un seul vrai piège
Le sujet mérite un développement à lui seul, parce que l’enjeu est brutal : à défaut d’assimilation aux conjoints, le survivant relève du groupe IV— abattement nul, coefficient de 2,00 à 2,40, aucune bonification. Sur une succession de 800 000 €, cela fait la différence entre quelques milliers d’euros et plusieurs centaines de milliers.
On lit souvent que l’assimilation supposerait, en règle générale, l’inscription à un registre autonomique espagnol, et qu’un PACS français serait donc sans effet. C’est inexact. Les sept communautés étudiées assimilent les couples de fait aux conjoints en matière de succession et de donation, et cinq d’entre elles visent expressément des registres étrangers ou dispensent de tout registre. Voici l’état exact des textes.
| Communauté | Texte | Preuve exigée | Un PACS français enregistré suffit-il ? |
|---|---|---|---|
| Îles Canaries | Art. 41 DL 1/2009 | Aucun registre exigé : « la acreditación de la condición de pareja de hecho puede realizarse […] por cualquier medio de prueba admitido en Derecho » | Oui — un certificat de PACS est un mode de preuve admis |
| Catalogne | Art. 634-1 DL 1/2024 | Pas de registre catalan des couples de fait : il faut établir la parella estable au sens du droit civil catalan — cohabitation, enfant commun ou acte notarié | Pas directement : c'est la situation de fait qu'il faut établir |
| Madrid | Art. 26.1 DL 1/2010 | Inscription au registre madrilène « o en registros análogos existentes en otras Administraciones públicas, dentro o fuera del ámbito español » | Littéralement oui, sous réserve des conditions de fond de la Ley 11/2001 |
| Communauté valencienne | Art. 12 quáter Ley 13/1997 | Registres « de países pertenecientes a la Unión Europea o el Espacio Económico Europeo, o de terceros países » expressément admis | Littéralement oui, sous réserve des conditions de fond de la Ley 5/2012 |
| Îles Baléares | Art. 60.1 DL 1/2014 | « […] o en cualquier otro registro público análogo de otras administraciones públicas de estados miembros de la Unión Europea […] o, en general, de otros estados » | Littéralement oui, sous réserve des conditions de fond de l'art. 1.2 de la Ley 18/2001 |
| Andalousie | Art. 26.1 a) Ley 5/2021 | « registros análogos de otras administraciones públicas », sans limitation géographique explicite | Littéralement oui |
| Région de Murcie | Art. 3.Seis (successions) et 4.Nueve (donations) DL 1/2010 | ASYMÉTRIQUE : les donations admettent les registres d'États membres de l'UE et de l'EEE ; le texte des successions ne renvoie qu'à la norme autonomique murcienne | En donation oui. En succession, la lettre du texte ne le couvre pas |
Ce qui reste ouvert est étroit, et il faut le formuler exactement : aucune consulta vinculantede la Dirección General de Tributos n’a été retrouvée sur l’assimilation d’un PACS français à une pareja de hecho au sens de ces textes, ni sur le point de savoir si un PACS satisfait les conditions de fond des lois autonomiques de référence — la Ley 11/2001 à Madrid, la Ley 5/2012 en Communauté valencienne, l’article 1.2 de la Ley 18/2001 aux Baléares. Ce n’est pas un vide textuel : les textes sont là et ils visent les registres étrangers. C’est une question de qualification, et elle se pose avant l’acte, pas après.
Ce que cela donne en euros, cas n° 1 : un enfant majeur hérite de 800 000 €
| Communauté | Abattement | Base liquidable | Cotisation brute | Impôt final | % de l'héritage |
|---|---|---|---|---|---|
| Andalousie | 1 000 000 € | 0 € | 0 € | 0 € | 0,00 % |
| Îles Baléares | 25 000 € | 775 000 € | 13 000 € | 0 € | 0,00 % |
| Îles Canaries | 23 125 € | 776 875 € | 193 139 € | 193 € | 0,02 % |
| Communauté valencienne | 100 000 € | 700 000 € | 171 013 € | 1 710 € | 0,21 % |
| Madrid | 16 000 € | 784 000 € | 195 196 € | 1 952 € | 0,24 % |
| Région de Murcie | 15 957 € | 784 043 € | 202 977 € | 2 030 € | 0,25 % |
| Catalogne | 100 000 € | 700 000 € | 129 000 € | 68 938 € | 8,62 % |
| (référence : barème étatique subsidiaire) | 15 957 € | 784 043 € | 195 272 € | 195 272 € | 24,41 % |
La Catalogne est l’anomalie du panel, et de très loin : 68 938 € contre moins de 2 100 € partout ailleurs — trente-cinq fois Madrid.Et la cause n’est pas le barème. Le barème catalan est le plus doux du panel en cotisation brute— 129 000 € contre 195 196 € à Madrid. C’est la bonification dégressive qui fait toute la différence : un enfant majeur héritant de 800 000 € n’obtient qu’une bonification moyenne pondérée de 46,56 %— soit (750 000 × 47,33 % + 50 000 × 35 %) rapporté à 800 000, arrondi à deux décimales comme l’impose l’article 633-4.5 —, là où les six autres communautés accordent 99 % ou 100 %.
Le calcul catalan, ligne à ligne
Masse successorale nette ............................ 800 000 €
Abattement de parenté, enfant (art. 631-2 b) ...... − 100 000 €
Base liquidable ..................................... 700 000 €
Bareme general (art. 633-1)
Cuota cumulee au seuil de 400 000 € ............... 57 000 €
Reste : 300 000 × 24 % ............................ 72 000 €
COTISATION BRUTE ................................. 129 000 €
Coefficient de patrimoine preexistant (art. 633-3)
Patrimoine preexistant < 500 000 € → 1,0000 ...... 129 000 €
Bonification dégressive (art. 633-4.2, reste groupe II)
Elle se calcule sur la BASE IMPOSABLE de 800 000 €
Fraction jusqu'a 750 000 € : taux moyen 47,33 %
Fraction de 750 000 a 800 000 € : taux marginal 35 %
Moyenne ponderee =
(750 000 × 47,33 % + 50 000 × 35 %) / 800 000
= (354 975 + 17 500) / 800 000
= 46,559375 % → arrondi a 46,56 % (art. 633-4.5)
Bonification : 129 000 × 46,56 % ................ 60 062,40 €
IMPOT DU ......................................... 68 937,60 €
soit ............................................. 68 938 €Si l'héritier était le CONJOINT et non l'enfant, la Catalogne appliquerait la bonification fixe de 99 % de l'article 633-4.1 et l'impôt tomberait à 1 290 €. L'écart catalan est donc, avant tout, un écart enfant/conjoint — pas un écart Catalogne/reste de l'Espagne. Et si l'héritier avait 75 ans ou plus, la réduction de 275 000 € de l'article 631-4, compatible avec la bonification, ramènerait la base liquidable à 425 000 € et l'impôt à un tiers environ. Aucun de ces correctifs n'est appliqué dans le tableau ci-dessus, dont les hypothèses sont volontairement neutres.
Trois autres lectures s’imposent. Les Baléares atteignent zéro par un chemin unique : leur barème à 1 % jusqu’à 700 000 € ramène la cotisation brute à 13 000 € au lieu de 195 000 €, puisla bonification de 100 % l’annule. L’Andalousie atteint zéro sans même avoir besoin de sa bonification : l’abattement d’un million d’euros épuise la base. Et le barème étatique subsidiaire est le vrai repoussoir— 24,41 % de l’héritage. C’est ce qui s’applique si aucune loi régionale n’est applicable, hypothèse résiduelle mais réelle : un défunt non résident d’Espagne dont aucun bien ne s’y trouve et dont l’héritier n’y réside pas non plus.
Cas n° 2 : un neveu hérite de 300 000 € — et le classement s’inverse
| Communauté | Abattement | Cotisation brute | Coefficient | Après coefficient | Bonification | Impôt final | % |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Îles Canaries | 9 300 € | 53 095 € | 1,5882 | 84 326 € | 99,9 % | 84 € | 0,03 % |
| Îles Baléares | 8 000 € | 53 380 € | 1,2706 | 67 825 € | 60 % | 27 130 € | 9,04 % |
| Madrid | 8 000 € | 53 391 € | 1,5882 | 84 796 € | 50 % | 42 398 € | 14,13 % |
| Catalogne | 8 000 € | 38 640 € | 1,5882 | 61 368 € | — | 61 368 € | 20,46 % |
| Communauté valencienne | 0 € | 55 878 € | 1,5882 | 88 746 € | 25 % | 66 560 € | 22,19 % |
| Andalousie | 10 000 € | 51 420 € | 1,5 | 77 130 € | — | 77 130 € | 25,71 % |
| Région de Murcie | 7 993 € | 53 428 € | 1,5882 | 84 855 € | — | 84 855 € | 28,29 % |
Cinq enseignements, et le premier renverse tout ce qui précède.
Un. Les Canaries deviennent la communauté la plus favorable du panel, avec 84 € d’impôt sur 300 000 €. Une transmission entre frères et sœurs, ou à un neveu, y est fiscalement quasi gratuite ; la même transmission coûte 28 % en Région de Murcie.
Deux. L’Andalousie, championne incontestée de la ligne directe, tombe en sixième position : son abattement d’un million d’euros ne vaut que pour les groupes I et II, et sa bonification de 99 % aussi. Écrire « l’Andalousie a supprimé les droits de succession » est faux : elle les a supprimés en ligne directe.
Trois. La Catalogne, dernière en ligne directe, remonte en quatrième position — grâce à son barème doux, seul levier qui lui reste faute de bonification pour le groupe III.
Quatre. La Région de Murcie est aujourd’hui la plus lourde du panel hors ligne directe, à 84 855 €, c’est-à-dire à égalité stricte avec le régime étatique subsidiaire dont elle reprend abattements et coefficients — et c’est là que joue son asymétrie : le même neveu, gratifié par donation, bénéficierait de 99 % de déduction.
Cinq. La Communauté valencienne conserve une particularité : elle est la seule du panel à ne prévoir aucun abattement de parenté proprepour le groupe III. Mais sa bonification de 25 %, en vigueur depuis le 1erjuin 2026, l’a sortie de la dernière place — et la plupart des sources en ligne l’y placent encore.
Conclusion opérationnelle : il faut deux tableaux, pas un, et le bon dépend de qui héritera.Un couple sans enfant qui transmettra à des neveux n’a pas le même classement qu’une famille en ligne directe — et pour lui, les Canaries et les Baléares l’emportent nettement sur l’Andalousie.
Droits de mutation : le coût d’entrée, payé une fois mais payé cash
L’Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales Onerosas— la TPO — frappe l’acquisition d’un logement ancien ; l’Impuesto sobre Actos Jurídicos Documentados— l’AJD — frappe les actes notariés soumis à TVA ou hors du champ des deux autres impôts, c’est-à-dire notamment l’achat dans le neuf et la constitution d’hypothèque. Ces droits ne se paient qu’une fois, mais ils se paient en même temps que l’apport, ils ne se financent pas, et l’écart entre communautés atteint quatre points de prix.
Une précision de champ à poser d’emblée, parce que le raccourci courant est faux : on lit « logement ancien vendu par un particulier : TPO ». En réalité, la TPO s’applique chaque fois que la transmission n’est pas soumise à la TVA ou en est exonérée— donc aussi lorsque le vendeur est un assujetti qui livre un logement en seconde transmission. C’est ce qui donne son sens à la faculté de renoncer à l’exonération de TVA, que plusieurs communautés traitent par un taux spécifique.
| Communauté | TPO — logement ancien, taux général | Article | AJD général | Article |
|---|---|---|---|---|
| Madrid | 6 % (taux fixe) | art. 28 DL 1/2010 | 0,75 % | art. 36 DL 1/2010 |
| Îles Canaries | 6,5 % (taux fixe) ; 5 % si résidence habituelle, base ≤ 200 000 € et primo-accédant | art. 31 DL 1/2009 | 0,75 % ; 1 % si l'opération est soumise à l'IGIC ou à la TVA ; 0,40 % pour la première copie d'acte d'acquisition d'une résidence habituelle éligible | art. 36 et 37.1 DL 1/2009 |
| Andalousie | 7 % (taux fixe) ; baux 0,3 % ; taux réduits sous plafonds de valeur | art. 41 à 43 Ley 5/2021 | 1,2 % | art. 49 Ley 5/2021 |
| Région de Murcie | 7,75 % depuis le 25 juillet 2025 ; 4 % logements protégés de régime spécial ; 3 % en cas d'exonération de TVA non levée | art. 6 DL 1/2010 | 1,5 % | art. 7 DL 1/2010 |
| Communauté valencienne | 9 % depuis le 1er juin 2026 ; 11 % si la valeur excède 1 000 000 € | art. 13.Uno Ley 13/1997 | 1,4 % depuis le 1er juin 2026 ; 0,1 % résidence habituelle ; 2 % si renonciation à l'exonération de TVA ; 2 % prêts hypothécaires | art. 14 Ley 13/1997 |
| Îles Baléares | barème progressif de 8 % à 13 % | art. 10 DL 1/2014 | 1,5 % ; 2 % si la valeur du bien atteint ou dépasse 1 000 000 € ; 1 % pour un premier logement habituel éligible | art. 15, 17 et 17 bis DL 1/2014 |
| Catalogne | barème progressif de 10 % à 13 % ; 20 % pour les grands détenteurs et pour la transmission d'un immeuble entier de logements ; 5 % meubles ; 0 % véhicules zéro émission | art. 641-1 DL 1/2024 | 1,5 % ; 3,5 % si renonciation à l'exonération de TVA ; 2 % prêts hypothécaires, le prêteur étant redevable | art. 642-1 DL 1/2024 |
| Valeur totale de l'immeuble — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 400 000 € | 8 % |
| 400 000,01 € | 32 000 € | 200 000 € | 9 % |
| 600 000,01 € | 50 000 € | 400 000 € | 10 % |
| 1 000 000,01 € | 90 000 € | 2 000 000 € | 12 % |
| 2 000 000,01 € | 210 000 € | au-delà | 13 % |
| Valeur totale de l'immeuble — à partir de | Cuota íntegra | Reste — jusqu'à | Taux |
|---|---|---|---|
| 0,00 € | 0,00 € | 600 000,00 € | 10 % |
| 600 000,00 € | 60 000,00 € | 300 000,00 € | 11 % |
| 900 000,00 € | 93 000,00 € | 600 000,00 € | 12 % |
| 1 500 000,00 € | 165 000,00 € | au-delà | 13 % |
Catalogne : les deux cas à 20 % qui visent directement un investisseur français
L’article 641-1.5 du DL 1/2024 porte le taux de TPO à 20 %lorsque l’acquéreur est un gran tenedor. Les seuils sont stricts, et ils sont souvent décalés d’une unité dans les présentations françaises — dans le sens défavorable au client. Selon la page de tarifs de l’Agència Tributària de Catalunya, est grand détenteur la personne qui est propriétaire de plus de diximmeubles urbains à usage résidentiel (« más de 10 ») ; ou dont la surface construite cumulée de ces immeubles dépasse1 500 m² (« supere ») ; ou qui possède cinq immeubles ou plusà usage résidentiel situés dans une ou plusieurs communes déclarées de marché résidentiel tendu. Dix logements exactement, ou 1 500 m² exactement, ne suffisent pas.
Ce troisième critère s’est élargi le 14 juillet 2026, par la Ley 11/2026. Pour les faits générateurs jusqu’au 13 juillet 2026, les cinq logements devaient être situés dans une même zonede marché résidentiel tendu ; depuis, ils se cumulent quelle que soit la zone, dès lors qu’ils sont dans des communes déclarées tendues. Ce changement fait entrer dans le filet des portefeuilles qui en sortaient jusque-là — typiquement, trois appartements à Barcelone et deux sur la Costa Brava. Le taux de 20 % ne s’applique d’ailleurs qu’aux entités à usage de logement, « incluyendo un trastero y hasta dos plazas de aparcamiento por vivienda ».
Second cas, à l’article 641-1.6, et il ne suppose aucune qualité de grand détenteur : la transmission d’un immeuble entier de logements à une personne physique ou morale supporte également 20 %, avec régularisation rétroactive si l’immeuble est acquis par tranches successives. L’exception est étroite : acquéreur personne physique, immeuble de quatre logements au maximum, destinés à la résidence habituelle.
Un projet français d’achat d’immeuble de rapport à Barcelone se heurte donc à 20 % de droits d’enregistrement, contre 6 % à Madrid.Sur 1 500 000 €, c’est 300 000 € contre 90 000 €. Ce paramètre-là décide de la localisation d’un projet locatif à lui seul.
Quatre dispositifs régionaux méritent d’être signalés, parce qu’ils créent des effets de seuil brutaux ou qu’ils sont fermés à un acquéreur qui arrive de France.
Madrid.L’article 30 bis du DL 1/2010, dans sa rédaction issue de la Ley 5/2024 en vigueur depuis le 29 novembre 2024, accorde une bonification de 10 %de la cotisation de TPO pour l’acquisition d’une résidence habituelle par une personne physique, et de 100 %si l’acquéreur a moins de 35 ans et que la commune compte moins de 2 500 habitants — dans les deux cas à la condition que la valeur du bien n’excède pas 250 000 €, annexes et garages compris. Effet de seuil : au plafond, l’ITP bonifié ressort à 13 500 € ; à 250 001 €, il passe à 15 000 €. Un euro de plus coûte 1 500 €, et la falaise n’est pas rattrapée : l’article 37 du même texte corrige ce type de saut pour l’AJD des articles 32 et 33 seulement. Cette bonification est par ailleurs incompatibleavec le taux de 4 % de l’article 29 réservé à la résidence habituelle d’une famille nombreuse (avec vente de l’ancienne dans les deux ans avant ou après) : pour une famille nombreuse, il y a un arbitrage à faire. Signalons aussi l’article 30, qui ramène le taux à 2 % pour les entreprises immobilières qui revendent dans les trois ans.
Andalousie.On lit souvent que l’Andalousie, qui module par taux réduit plutôt que par bonification, éviterait l’effet de falaise. C’est l’inverse : l’article 43.1 de la Ley 5/2021 subordonne chaquetaux réduit à un plafond de valeur, et le saut y est plus brutal qu’à Madrid. Pour un acquéreur de moins de 35 ans : 150 000 € × 3,5 % = 5 250 € ; 150 001 € × 7 % = 10 500 €. La falaise andalouse est de 5 250 €, soit 3,5 fois celle de Madrid.Dans les deux communautés, la négociation du prix autour du plafond n’est pas un arbitrage de quelques centaines d’euros.
Îles Baléares.Deux dispositifs très favorables existent — bonification de 100 % de la TPO pour l’acquisition du premier logement habituel par les moins de 30 ans ou par une personne handicapée à 33 % ou plus (article 14 quater), et son symétrique en AJD (article 19 quater) —, mais ils sont fermés à un acquéreur qui arrive de France : ils exigent une résidence habituelle aux Baléares pendant les trois années précédentes. S’y ajoutent une base d’impôt sur le revenu inférieure ou égale à 52 800 € (84 480 € en imposition conjointe), une valeur du bien plafonnée à 270 151,20 €, et un prêt hypothécaire couvrant au moins 60 % de la valeur d’expertise. L’article 17 réduit par ailleurs l’AJD à 1 % pour un premier logement habituel sous le même plafond. Ce plafond de 270 151,20 € n’est d’ ailleurs pas fixe : la disposition additionnelle cinquième, modifiée par la disposition finale 67.9 de la Ley 4/2026, permet de le relever par arrêté jusqu’à +40 %, avec un plancher fixé « a 1 de enero de 2026 » à 331 859,70 €.
Région de Murcie.Attention à une inversion de sens qui circule : le taux de 3 % de l’article 6.4 du DL 1/2010 s’applique précisément lorsqu’il n’a PAS été renoncé à l’exonération de TVA — la lettre c) exige « que nose haya producido la renuncia a la exención prevista en el artículo 20.2 de la Ley 37/1992 », sous les conditions cumulatives d’une exonération des articles 20.1.20º, 21º ou 22º de la loi de TVA et d’un acquéreur assujetti avec droit à déduction. Publier le sens inverse conduit à conseiller exactement le contraire de ce qui optimise l’opération, puisque l’acquéreur professionnel arbitre justement entre renoncer à l’exonération — et supporter une TVA récupérable plus un AJD majoré — ou ne pas y renoncer et supporter la TPO.
Dans le neuf, ce n'est pas la TPO : c'est la TVA — ou l'IGIC aux Canaries
L’acquisition d’un logement neuf relève de la TVA à 10 %, plus l’AJD au taux de la communauté. Aux Canaries, la TVA ne s’applique pas : c’est l’Impuesto General Indirecto Canario, dont le taux général est de 7 %— article 51.1 d) de la Ley 4/2012 des Canaries : « El tipo general del 7 por ciento, aplicable a las entregas de bienes y prestaciones de servicios que no se encuentren sometidas a ninguno de los otros tipos impositivos previstos en el presente artículo. » Sous réserve des taux réduit (3 %) et zéro applicables à certains logements.
Le chiffre de 6,5 % que l’on lit couramment comme « taux d’IGIC » est une confusion : 6,5 % est le taux de TPOcanarien sur l’ancien (article 31.1 a) du DL 1/2009). Et l’AJD canarien n’est pas de 0,75 % dans le neuf : il passe à 1 %dès que l’opération est soumise à l’IGIC ou à la TVA (article 36 du DL 1/2009), sauf application du taux réduit de 0,40 % de l’article 37.1 pour la première copie d’acte d’acquisition d’un logement destiné à devenir la résidence habituelle et remplissant les conditions des taux réduits.
Dernier point, opérationnel : les délais de dépôt varient d’une communauté à l’autre, et ils sont courts. L’Andalousie l’a porté à deux mois pour les faits générateurs à compter du 1erjanvier 2026 (article 69.1 de la Ley 5/2021, rédaction issue de la disposition finale 9.13 de la Ley 8/2025 du 22 décembre), avec six mois pour la consolidation du plein domaine par décès de l’usufruitier. La Communauté valencienne reste à un mois. Ce n’est pas un détail : un dépôt tardif fait perdre, dans plusieurs communautés, le bénéfice des bonifications subordonnées à un acte public établi « pendant le délai de déclaration ».
Ce que cela donne en euros : un logement ancien de 400 000 €
| Communauté | Taux ou barème | Droits dus | Écart / Madrid |
|---|---|---|---|
| Madrid | 6 % | 24 000 € | — |
| Îles Canaries | 6,5 % | 26 000 € | + 2 000 € |
| Andalousie | 7 % | 28 000 € | + 4 000 € |
| Région de Murcie | 7,75 % | 31 000 € | + 7 000 € |
| Îles Baléares | barème progressif, 8 % sur la totalité à 400 000 € | 32 000 € | + 8 000 € |
| Communauté valencienne | 9 % depuis le 1er juin 2026 | 36 000 € | + 12 000 € |
| Catalogne | barème progressif, 10 % sur la totalité à 400 000 € | 40 000 € | + 16 000 € |
Le tableau que vous cherchez : même revenu, même patrimoine, sept communautés
À lire avant d'utiliser les chiffres qui suivent
Les montants ci-dessous sont calculés par nos soins à partir des barèmes primaires reproduits dans tout ce chapitre. Ils ne proviennent d’aucune publication administrative.Ils supposent un cas simplifié et ne tiennent compte ni des déductions autonomiques spécifiques — logement, famille, dons, investissement : chaque communauté en compte entre dix et vingt-cinq —, ni des réductions sectorielles de succession — entreprise familiale, exploitation agricole, patrimoine culturel —, ni du plafonnement de l’article 31 de la Ley 19/1991, ni des minimums personnels et familiaux régionaux.
Ils servent à hiérarchiser, pas à liquider. Aucune décision d’implantation ne doit être prise sur leur seul fondement.Et ils sont arrêtés au 30 juillet 2026 : les lois de finances autonomiques de décembre 2026 peuvent les modifier, y compris rétroactivement.
| Communauté | Impôt sur le revenu (annuel) | Impôt sur la fortune (annuel) | COÛT ANNUEL RÉCURRENT | Succession en ligne directe (une fois) | Succession à un neveu (une fois) | Droits d'acquisition (une fois) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Madrid | 37 432 € | 5 100 € | 42 532 € | 1 952 € | 42 398 € | 24 000 € |
| Région de Murcie | 38 516 € | 5 100 € | 43 616 € | 2 030 € | 84 855 € | 31 000 € |
| Andalousie | 38 886 € | 5 100 € | 43 986 € | 0 € | 77 130 € | 28 000 € |
| Îles Baléares | 38 469 € | 7 473 € | 45 942 € | 0 € | 27 130 € | 32 000 € |
| Îles Canaries | 39 281 € | 36 546 € | 75 827 € | 193 € | 84 € | 26 000 € |
| Communauté valencienne | 40 704 € | 39 166 € | 79 870 € | 1 710 € | 66 560 € | 36 000 € |
| Catalogne | 39 216 € | 41 944 € | 81 160 € | 68 938 € | 61 368 € | 40 000 € |
Écart annuel maximal : 38 628 €, soit un rapport de 1 à 1,9 sur la charge courante — et la quasi-totalité de cet écart vient de l’impôt sur la fortune, pas de l’impôt sur le revenu.C’est la conclusion opérationnelle du chapitre : pour un patrimoine significatif, le choix de la communauté est d’abord un choix d’impôt sur la fortune, ensuite un choix de droits de succession, et seulement en dernier lieu un choix d’impôt sur le revenu. Le différentiel d’impôt sur le revenu — 3 272 € au maximum — représente 8,5 % de l’écart total.
Et il n’existe pas de communauté qui gagne partout. Madrid domine sur la charge courante et sur les droits d’acquisition, mais l’Andalousie et les Baléares la battent en ligne directe, et les Canaries l’écrasent hors ligne directe — 84 € contre 42 398 €. Les Canaries, précisément, sont l’exemple parfait du raisonnement à ne pas faire : catastrophiques sur la fortune, elles sont la meilleure communauté du panel pour un couple sans enfant qui transmettra à ses neveux, et pour une fratrie qui se transmet un bien.
Ce que ce tableau ne dit pas, et qui peut tout renverser
Un guide qui s’arrêterait là serait un guide commercial. Cinq éléments manquent, et chacun est capable d’annuler l’arbitrage fiscal.
Un. Madrid est la communauté la plus chère à vivre, et l’écart avale l’économie
L’Institut national de statistique espagnol publie chaque année la dépense moyenne par personne et par communauté. Les chiffres de l’enquête 2025, publiés le 25 juin 2026, sont sans ambiguïté : Madrid est la communauté autonome où l’on dépense le plus, avec 16 124 € par personne et par an, soit un indice de 114,6 pour une moyenne nationale à 100. L’Andalousie est à 12 197 € (indice 86,7). Sur ce seul poste, l’écart annuel pour un couple est de 7 854 €.
| Communauté | Dépense moyenne par personne et par an (INE, 2025) | Indice (moyenne nationale = 100) | Coût fiscal annuel du cas type | Total pour un couple : fiscalité + dépense de deux personnes |
|---|---|---|---|---|
| Madrid | 16 124 € | 114,6 | 42 532 € | 74 780 € |
| Andalousie | 12 197 € | 86,7 | 43 986 € | 68 380 € |
| Région de Murcie | 12 408 € | 88,2 | 43 616 € | 68 432 € |
| Îles Baléares | 14 217 € | 101,1 | 45 942 € | 74 376 € |
| Îles Canaries | 12 652 € | 89,9 | 75 827 € | 101 131 € |
| Communauté valencienne | 13 704 € | 97,4 | 79 870 € | 107 278 € |
| Catalogne | 15 017 € | 106,8 | 81 160 € | 111 194 € |
Ce que ce rapprochement révèle est utile et il est rarement fait. Entre Madrid et l’Andalousie, l’avantage fiscal madrilène de 1 454 € par an est plus que compensé par un surcoût de vie de 7 854 € pour un couple.Sur le cas type, l’Andalousie est meilleure au total, et elle l’est aussi en succession en ligne directe — où elle est à zéro. Le raisonnement s’inverse en revanche face à la Catalogne : Madrid y gagne 38 628 € de fiscalité contre 2 214 € de surcoût de vie, soit un avantage net de plus de 36 000 € par an.
À manier avec précaution, tout de même : la dépense moyenne d’un ménage espagnol n’est pas votre budget, et le poste qui décide vraiment — le logement — varie bien plus à l’intérieur d’une communauté qu’entre communautés. Un appartement à Palma ne coûte pas ce qu’il coûte à Manacor. Ces indices donnent une direction, pas un montant.
Deux. Si vous relevez du régime de l’article 93, la moitié de ce chapitre ne vous concerne pas
Nous l’avons posé plus haut : le bénéficiaire du régime des impatriés est imposé au barème de l’impôt des non-résidents, et le barème autonomique ne lui est jamais applicable. Toute la section « impôt sur le revenu » de ce chapitre est donc sans objet pour lui : un impatrié madrilène et un impatrié barcelonais paient le même impôt.
En revanche — et c’est la nuance que le corpus rate dans les deux sens — la norme régionale d’impôt sur la fortune, elle, lui est applicable. La doctrine liante le dit par un chemin qui ne passe pas par la disposition additionnelle quatrième : la consulta vinculante V0339-16du 27 janvier 2016 retient que l’article 5.Dos de la Ley 19/1991 renvoie aux critères de résidence de l’impôt sur le revenu, que l’impatrié est résident espagnol et donc résident d’une communauté autonome au sens des articles 28.1.1º a) et 28.2 de la Ley 22/2009, que le rendement de l’impôt est cédé à cette communauté (article 31.2) et que ses compétences normatives de l’article 47.1 — minimum exonéré, taux, déductions et bonifications — lui sont applicables. Pour une contribuable résidant à Barcelone, la DGT conclut à l’application de « la normativa estatal con las modificaciones introducidas por la normativa autonómica catalana ».
Conséquence chiffrée : un impatrié résidant à Madrid applique la bonification madrilène et n’acquitte pas d’impôt régional sur la fortune sous le seuil de l’impôt de solidarité.Trois réserves, à porter honnêtement. V0339-16 est antérieure à la réforme de 2023 et à l’impôt de solidarité, même si son raisonnement repose sur des textes dont aucun n’a été modifié depuis. Elle laisse subsister la tension avec l’article 28.Tres sur le minimum exonéré, que nous avons exposée. Et l’impôt de solidarité, lui, n’est pas cessible : aucune bonification régionale ne l’efface.Le vrai piège du régime de l’article 93 n’est pas son taux, c’est son articulation avec l’impôt sur la fortune et l’impôt de solidarité — et le chapitre qui lui est consacré la traite au fond.
Trois. Si vous restez résident de France, vous ne choisissez rien
Toute la logique de ce chapitre suppose que vous déplacez votre résidence. Pour un non-résident propriétaire en Espagne, il n’y a aucun arbitrage régional : la communauté est imposée par la localisation de vos actifs, le régime par défaut est le barème étatique et le minimum étatique de 700 000 €, l’option pour la norme régionale est une case à cocher indivisible, et les minimums exonérés régionaux généreux — 3 M€ aux Baléares, 1 M€ en Communauté valencienne — vous sont fermés.
Conséquence paradoxale qu’il faut poser clairement : pour un non-résident, une communauté « généreuse » sur l’impôt sur la fortune n’est pas nécessairement la moins coûteuse, puisque ce qui échappe à la communauté revient à l’État par l’impôt de solidarité. Ce qui change, dans ce cas, c’est moins le montant que le créancier — et l’obligation ou non de déposer un modelo 718. Le chapitre 03 développe les trois issues possibles.
Quatre. Le déménagement régional ne produit pas ses effets tout de suite
C’est le point de calendrier que personne ne signale, et il est décisif pour un client âgé ou malade. L’impôt sur le revenu et l’impôt sur la fortune basculent dès l’exercice au cours duquel vous avez passé le plus de jours dans la nouvelle communauté : c’est rapide. Les droits de mutation basculent au bout d’un an. Mais la loi successorale applicable, elle, ne bascule qu’au bout de trente mois et un jour — le temps que la nouvelle communauté devienne celle où vous avez passé le plus grand nombre de jours des cinq années précédentes.
Concrètement : quitter Barcelone pour Madrid à soixante-dix-huit ans en pensant épargner 68 000 € à son enfant ne produit d’effet qu’après deux ans et demi. Entre temps, la compétence de gestion aura changé — la déclaration se déposera à Madrid — mais la loi catalane continuera de s’appliquer. Et si le séjour espagnol total est lui-même inférieur à ces cinq années, parce que vous arrivez de France, la règle applicable n’est pas établie : c’est le point ouvert que nous avons signalé et sur lequel nous ne concluons pas.
Cinq. Les cas où il ne faut pas déménager pour des raisons fiscales
Trois situations, au moins, où l’arbitrage régional ne vaut pas ce qu’il coûte.
Patrimoine net inférieur à 3 000 000 € et transmission en ligne directe. Sur ce profil, six communautés sur sept sont à moins de 2 100 € de droits de succession. L’impôt sur la fortune, lui, n’est pas nul partout sous ce seuil : il l’est à Madrid, en Andalousie, en Région de Murcie et aux Baléares, mais la Catalogne impose dès 500 000 € de patrimoine net, les Canaries dès 700 000 € et la Communauté valencienne dès 1 000 000 € — de l’ordre de 20 000 € par an pour un patrimoine net de 2 900 000 €. Si vous visez l’une des quatre premières, le seul écart réel est l’impôt sur le revenu — quelques milliers d’euros par an — et il sera plus que compensé par le prix du logement dans la communauté « avantageuse ». Choisissez où vous voulez vivre.
Patrimoine supérieur à 3 700 000 € et arbitrage entre Madrid et une autre communauté à bonification différentielle.Entre Madrid, l’Andalousie et la Région de Murcie, la charge d’impôt sur la fortune est identiqueau-dessus du seuil de l’impôt de solidarité : elle est égale au montant de cet impôt dans les trois cas. Les départager sur ce critère n’a aucun sens. Départagez-les sur les successions — l’ Andalousie est à zéro en ligne directe, Madrid à 1 952 € — et sur le coût de la vie, où l’écart est de 3 927 € par personne et par an.
Un revenu exceptionnel à encaisser.Déménager pour l’année de la cession puis rentrer, c’est la définition littérale des trois conditions cumulatives de l’ article 28.4 — et le Plan de contrôle 2026 annonce expressément l’intensification du contrôle sur ces changements de domicile. Si le déménagement est sincère et qu’il dure trois ans, la présomption tombe. S’il ne l’est pas, la régularisation se fera avec intérêts de retard.
Ce qui doit être arbitré avec un avocat espagnol avant tout acte irréversible
Sept points de ce chapitre ne sont pas tranchés par les sources que nous avons ouvertes. Nous les signalons pour ce qu’ils sont, avec la question exacte à poser et les pièces à réunir. Aucun ne doit être arbitré par un rédacteur, ni par vous, ni par nous seuls : chacun se traite avec nos avocats partenaires spécialisés sur l’Espagne, avant l’acte, pas après.
| Point ouvert | La question exacte à poser | Les pièces à réunir |
|---|---|---|
| Rattachement successoral d'un défunt installé depuis moins de cinq ans | Lorsque le séjour espagnol total est minoritaire sur la période de cinq ans de l'article 28.1.1º b) de la Ley 22/2009, retient-on malgré tout la communauté espagnole de plus long séjour, ou les règles étatiques reprennent-elles leurs droits ? Existe-t-il une consulta vinculante sur « artículo 28.1.1º.b » + « causante » + « residencia en el extranjero » ? | Calendrier de présence jour par jour sur cinq ans ; certificats d'empadronamiento successifs ; baux et actes de propriété ; relevés de consommation |
| Assimilation d'un PACS français aux parejas de hecho | Le certificat de PACS satisfait-il les conditions de FOND de la loi autonomique de référence — Ley 11/2001 à Madrid, Ley 5/2012 en Communauté valencienne, art. 1.2 de la Ley 18/2001 aux Baléares ? Et, en Région de Murcie, quelle voie retenir dès lors que l'article 3.Seis ne vise pas les registres étrangers en matière successorale ? | Certificat de PACS avec traduction assermentée et apostille ; justificatifs de cohabitation ; le cas échéant, dossier d'inscription au registre autonomique |
| Abattement de parenté du groupe III en Communauté valencienne | L'abattement étatique de 7 993,46 € est-il réellement écarté par l'article 10.Uno de la Ley 13/1997, qui ne vise que les groupes I et II ? Que dit la doctrine de l'Agència Tributària Valenciana ? | Projet de dévolution successorale ; évaluation des actifs ; le cas échéant, simulation officielle auprès de l'administration régionale |
| Minimum exonéré d'un bénéficiaire du régime de l'article 93 | Le minimum exonéré applicable est-il le minimum régional ou le minimum étatique de 700 000 € de l'article 28.Tres de la Ley 19/1991 ? Existe-t-il une doctrine postérieure à V0339-16 ? | Acte d'option pour le régime ; inventaire des biens espagnols ; localisation des actifs par communauté |
| Articulation des deux plafonnements de 60 % | Quel est l'ordre d'application lorsque le plafond de l'article 31 de la Ley 19/1991 et celui de l'article 3.Doce de la Ley 38/2022 mordent simultanément — cas d'un patrimoine élevé et de revenus faibles ? | Déclarations d'impôt sur le revenu des trois derniers exercices ; ventilation du patrimoine entre biens productifs et improductifs |
| Base de revenus du plafonnement d'un non-résident | Après les arrêts du Tribunal Supremo de 2025 et la doctrine réitérée du TEAC, la base de référence est-elle celle des revenus de source espagnole ou celle des revenus mondiaux ? | Déclarations françaises et espagnoles ; justificatifs de source des revenus ; historique des cotisations acquittées |
| Version applicable des textes régionaux à l'exercice concerné | Le texte de la communauté visée, dans sa version applicable au fait générateur retenu, porte-t-il bien la bonification, le barème et le minimum exonéré publiés ici ? Une loi de finances régionale de décembre les a-t-elle modifiés rétroactivement ? | Numéro de référence BOE ou bulletin officiel régional du texte refondu ; date de la dernière modification consolidée ; date du fait générateur envisagé |
Un huitième point mérite d’être ajouté, non parce qu’il est douteux mais parce qu’il sort du champ de ce chapitre : si votre projet vise le Pays basque ou la Navarre, aucun chiffre publié ici n’est le bon. Barème d’impôt sur le revenu, impôt sur la fortune, impôt de solidarité, droits de succession, droits de mutation : tout y relève de normes forales que nous n’avons pas ouvertes, l’interlocuteur est une Diputación Foralou la Communauté forale et non l’Agencia Tributaria, et il existe même des régimes d’impatriés forals distincts. La règle de rattachement successoral y est elle-même différente : c’est l’article 25 du Concierto Económico(Ley 12/2002) et l’article 31 du Convenio Económico(Ley 28/1990) qui s’ appliquent, et non la disposition additionnelle deuxième de la Ley 29/1987. Deux situations très ordinaires en sont affectées : un défunt résident de France laissant un bien en Biscaye ou en Navarre, et un défunt résident de France dont l’héritier réside en territoire foral. Ce dossier-là se traite d’emblée avec un conseil établi sur place.
Choisir sa communauté avant de signer un compromis, pas après le premier avis d'imposition
Nous instruisons un projet espagnol dans l'ordre où l'administration le lira : composition et localisation du patrimoine, communauté de rattachement pour chacun des quatre impôts cédés et pour chacun des trois horizons de rattachement, texte régional applicable à l'exercice et à la date du fait générateur envisagé, chiffrage de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur la fortune et de l'impôt de solidarité, puis simulation successorale en ligne directe et hors ligne directe, et enfin coût d'acquisition. Sur les points que ce chapitre laisse ouverts — le rattachement successoral d'une installation récente, le sort d'un PACS français, le minimum exonéré d'un impatrié, la version applicable du texte régional — la mise en relation avec nos avocats partenaires spécialisés sur l'Espagne fait partie de l'accompagnement. Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine, CIF, COA et COBSP, ORIAS 23002291.
Sources principales de ce chapitre.Ley 22/2009, de 18 de diciembre (BOE-A-2009-20375), articles 25, 26, 28, 32, 46, 47, 48 et 49, texte consolidé et PDF consolidé ; Ley 35/2006 del IRPF (BOE-A-2006-20764), articles 4, 9, 57, 63, 66, 74, 76, 93 et 101 ; Ley 19/1991 del Impuesto sobre el Patrimonio (BOE-A-1991-14392), articles 4, 5, 12, 28, 30, 31, 32 et 37 et disposición adicional cuarta ; Ley 29/1987 del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones (BOE-A-1987-28141), articles 2, 20, 21 et 22 et disposición adicional segunda ; article 3 de la Ley 38/2022, de 27 de diciembre (BOE-A-2022-22684) et Real Decreto-ley 8/2023, de 27 de diciembre (BOE-A-2023-26452) ; Ley 11/2021, de 9 de julio, articles 4.6 et 5.3 ; Ley 12/2002 Concierto Económico et Ley 28/1990 Convenio Económico. Textes autonomiques, dans leurs versions consolidées publiées par le BOE et consultées le 30 juillet 2026 : Decreto Legislativo 1/2010 de la Communauté de Madrid (BOCM-m-2010-90068, consolidé au 30 juin 2026) et Ley 12/2023 de la Comunidad de Madrid (BOE-A-2024-5609) ; Decreto Legislativo 1/2024 de Catalogne (BOE-A-2024-6951, consolidé au 22 mai 2026) et Ley 11/2026 ; Ley 5/2021 d’Andalousie (BOE-A-2021-17915, consolidé au 31 décembre 2025) et Ley 8/2025, de 22 de diciembre (BOE-A-2026-945) ; Ley 13/1997 de la Generalitat Valenciana (BOE-A-1998-8202, consolidé au 2 juillet 2026) et Ley 5/2025, de 30 de mayo (BOE-A-2025-11959) ; Decreto Legislativo 1/2014 des Îles Baléares (BOE-A-2014-6925, consolidé au 13 juin 2026), Ley 12/2015 (BOE-A-2016-824) et Ley 4/2026, de 11 de junio (BOE-A-2026-15579) ; Decreto Legislativo 1/2009 des Îles Canaries (BOC-j-2009-90008, consolidé au 29 décembre 2025), Ley 9/2025, de 23 de diciembre (BOE-A-2026-7560) et Ley 4/2012 des Canaries (BOE-A-2012-9282) ; Decreto Legislativo 1/2010 de la Región de Murcia (BOE-A-2011-10542, consolidé au 24 juillet 2025) et Ley 3/2025, de 23 de julio (BOE-A-2025-16147). Manuels pratiques de l’Agencia Tributaria : Renta 2025, pages « Gravamen estatal » et « Gravamen autonómico », mises à jour du 17 mars 2026 ; Patrimonio 2025, édition du 17 mars 2026, chapitres 1, 4 et 5. Resolución du 11 mars 2026 portant directrices du Plan annuel de contrôle fiscal 2026 (BOE-A-2026-5843). Consulta vinculante V0339-16 de la Dirección General de Tributos, du 27 janvier 2016. STS 1372/2025 du 29 octobre 2025 et STS 1402/2025 du 3 novembre 2025, connues par le manuel Patrimonio 2025de l’AEAT ; résolutions du TEAC RG 4119/2025 et RG 5527/2025 du 18 décembre 2025. Instituto Nacional de Estadística, note de presse sur l’Encuesta de Presupuestos Familiares 2025, publiée le 25 juin 2026. Droit arrêté au 30 juillet 2026 ; l’ensemble des données régionales doit être revérifié en janvier 2027, après le vote des lois de finances autonomiques de décembre 2026.
Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Espagne
Ce guide expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Espagne expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.

