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Guide valorisation SCPI16 minMis à jour 13 juillet 2026Déclencheur : surcote > +10 %

Quand une SCPI doit-elle baisser son prix de part ? Le déclencheur réglementaire, et comment l'anticiper

Fin 2023, Julien voit le prix de sa part de SCPI passer de 200 à 178 € : −11 % du jour au lendemain. Panique, ou correction justifiée ? Une SCPI à capital variable ne baisse pas son prix au hasard : elle y est contrainte dès que le prix s'écarte de plus de 10 % au-dessus de la valeur de reconstitution (art. L. 214-94 du Code monétaire et financier). En 2023, environ 23 SCPI l'ont fait, prix moyen −4,9 %, pendant que la valeur de réalisation par part (l'ANR) reculait d'environ 10,3 %. Le seul chiffre qui déclenche une baisse, pourquoi les prix ont corrigé, ce que ça change (ou non) pour vos revenus, et les deux signaux publics qui vous la font voir venir. Rappel : la SCPI est un placement long terme, non garanti, avec risque de perte en capital et liquidité non garantie.

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SEUIL BAISSE OBLIG.

surcote > +10 %

SCPI BAISSÉES EN 2023

≈ 23

PRIX MOYEN 2023

−4,9 %

VAL. RÉALIS./PART 2023

−10,3 %

PUBLI. DES VALEURS

2×/an depuis 2024

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

Mis à jour le 13 juillet 2026 · Conforme aux articles L. 214-94, L. 214-109 et L. 214-93 du Code monétaire et financier, au Règlement général de l'AMF (art. 422-230 et 422-234), à l'ordonnance n° 2024-662 (décret n° 2025-762) et aux statistiques ASPIM/IEIF publiées le 15 mai 2026.

En 30 secondes

Une SCPI à capital variable est obligée de baisser son prix de part quand celui-ci dépasse la valeur de reconstitution de plus de 10 % (surcote supérieure à +10 %) : au-delà de cette fourchette, l'écart doit être justifié et notifié à l'AMF, ce qui contraint la société de gestion à ajuster le prix (art. L. 214-94 CMF). Elle peut aussi baisser volontairement, par prudence, alors qu'elle est encore dans la fourchette. Une baisse de prix est une moins-value latente, pas une perte réalisée : le loyer encaissé et le report à nouveau continuent, tant que vous ne vous retirez pas.

§ 1LE DÉCLENCHEUR·3 MIN

Quand une SCPI est-elle obligée de baisser son prix de part ?

Vous détenez des parts de SCPI, ou vous hésitez à en souscrire, et une question vous taraude depuis les corrections de 2023-2024 : à quel moment, exactement, une SCPI est-elle contrainte de baisser le prix de sa part ? La réponse n'est pas commerciale, elle est réglementaire. Et elle tient à un seul chiffre : 10 %.

Reprenons depuis la base. Dans une SCPI à capital variable, le prix de souscription — le prix auquel vous achetez et auquel un nouvel associé entre — est fixé par la société de gestion sur la base de la valeur de reconstitution (art. L. 214-94 du Code monétaire et financier). La valeur de reconstitution, c'est la valeur de réalisation (l'ANR, patrimoine net expertisé) augmentée des droits de mutation et de la commission de souscription qu'il faudrait engager pour reconstituer le parc à l'identique (art. L. 214-109 CMF). C'est la valeur de référence du prix. Pour le détail du calcul, voyez notre guide pour calculer la valeur de reconstitution d'une SCPI.

Le déclencheur. Tout écart supérieur à 10 % entre le prix de souscription et la valeur de reconstitution doit être justifié par la société de gestion et notifié à l'AMF. En pratique, cela revient à maintenir le prix dans une fourchette de ±10 % autour de la reconstitution : au-delà, l'ajustement devient obligatoire. Quand la reconstitution recule (baisse des expertises), un prix inchangé finit par sortir de la fourchette par le haut — et il faut le ramener dans les clous.

Le déclencheur d'une baisse obligatoire

Surcote (%) = (Prix de souscription − Valeur de reconstitution) / Valeur de reconstitution

Baisse OBLIGATOIRE si Surcote > +10 %   (soit Prix > Reconstitution x 1,10)

Prix maximum admissible = Valeur de reconstitution x 1,10

Exemple express : brancher les chiffres

Un prix de souscription de 200 €, et une valeur de reconstitution tombée à 175 € après une campagne d'expertises en repli. La surcote atteint (200 − 175) / 175 = +14,3 % : au-delà de +10 %, on est hors fourchette. Le prix plafond devient 175 × 1,10 = 192,50 € — la société de gestion doit ramener le prix à ce niveau ou en dessous. Vous tenez là tout le raisonnement d'une baisse obligatoire. La section 4 en déroule un cas complet avec Julien.

Attention à la direction du seuil. La baisse obligatoire se déclenche du côté de la surcote (prix trop haut : prix supérieur à reconstitution × 1,10). L'autre borne — une décote de plus de 10 % (prix trop bas) — pousse au contraire à une hausse du prix. En 2023-2024, les brèches se sont faites côté surcote, d'où la vague de baisses. Le mécanisme complet de cette fourchette est détaillé dans notre guide sur la règle des 10 % de l'AMF ; la manière dont le prix est fixé au départ est traitée dans la fixation du prix de souscription d'une SCPI.

Le piège : ce n'est PAS « réalisation − 10 % »

Le déclencheur du prix se mesure contre la valeur de reconstitution (art. L. 214-94 CMF), jamais contre la valeur de réalisation. Le fameux « réalisation − 10 % » est un tout autre seuil : il borne le remboursement en file d'attente (art. 422-230 RG AMF), pas la fixation du prix. Nous démêlons les trois « 10 % » dans la section suivante — c'est la confusion n° 1 sur ce sujet.

§ 2ANTI-CONFUSION·2 MIN

Les trois « 10 % » à ne jamais confondre

« La SCPI baisse quand elle atteint −10 % » : cette phrase, on l'entend partout, et elle repose sur un malentendu. En réalité, trois seuils de 10 % distincts coexistent dans la réglementation des SCPI. Un seul commande la baisse du prix. Les confondre conduit à des contresens.

Un seul de ces trois seuils commande la baisse du prix de souscription : la règle des 10 % sur le prix (L. 214-94), mesurée contre la valeur de reconstitution.
Seuil de 10 %Grandeur de référenceFondementCe qu'il déclenche
Règle des 10 % sur le PRIXPrix vs valeur de RECONSTITUTIONArt. L. 214-94 CMFAjustement obligatoire du prix (baisse si surcote > +10 %) — le sujet de cette page
Plancher de remboursementPrix de rachat vs valeur de RÉALISATION − 10 %Art. 422-230 RG AMFEncadre le prix de remboursement via le fonds de remboursement (liquidité), pas le prix de souscription
Seuil de file d'attente10 % des parts en retrait non satisfait sur 12 moisArt. L. 214-93 CMFInformation de l'AMF et convocation d'une AG (liquidité), sans rapport avec le prix

À retenir

Retenez la grandeur de référence de chaque seuil : le prix se compare à la reconstitution (L. 214-94) ; la réalisation − 10 % ne borne que le remboursement en file d'attente (422-230) ; et le seuil de 10 % des parts ne concerne que la liquidité (L. 214-93). Pour aller plus loin sur le signal de risque que représente une surcote, voyez pourquoi une surcote est un signal à surveiller ; sur le prix de sortie réel, voyez la valeur de retrait d'une SCPI.

§ 3CAUSES 2022-2024·3 MIN

Pourquoi les prix ont baissé en 2022-2024 : la mécanique des taux

La règle des 10 % explique comment une baisse se déclenche. Reste à comprendre pourquoi les reconstitutions ont reculé au point de faire sortir tant de prix de la fourchette. La cause tient en un mot : les taux. La chaîne va de la BCE jusqu'à votre bulletin trimestriel :

  1. La hausse des taux directeurs (2022-2023) relève le rendement exigé par les acheteurs d'immeubles.
  2. Le taux de capitalisation monte : un même loyer vaut mécaniquement moins cher, donc la valeur vénale des immeubles baisse.
  3. Les expertises indépendantes intègrent ce recul (art. 422-234 RG AMF).
  4. La valeur de réalisation (ANR) et la valeur de reconstitution reculent.
  5. Le prix, resté inchangé, devient une surcote ; dès +10 %, l'ajustement devient obligatoire (section 1).

Le détail que beaucoup ratent : le prix de part a baissé moins vite que l'ANR. En 2023, le prix moyen a reculé d'environ −4,9 %, quand la valeur de réalisation par part chutait d'environ −10,3 %. C'est précisément ce décalage — un prix qui traîne derrière une reconstitution qui plonge — qui a créé les surcotes, donc les baisses ultérieures.

Le régulateur a joué un rôle direct. Au milieu de l'année 2023, l'AMF aurait demandé aux sociétés de gestion une campagne de valorisation renforcée pour éviter que les prix ne s'écartent durablement des reconstitutions — ce qui a concrètement accéléré les baisses de la fin 2023. Côté méthode, les experts s'appuient sur la capitalisation du revenu, la comparaison directe et l'actualisation des flux (DCF) ; c'est la hausse du taux de capitalisation qui fait mécaniquement baisser la valeur vénale.

Sources ASPIM/IEIF (moyennes pondérées par la capitalisation). Le prix et la valeur de réalisation sont deux grandeurs distinctes : en 2023, le prix a baissé moins vite que l'ANR. Données passées, non garanties.
AnnéePrix de part moyenValeur de réalisation / partContexte
2022≈ stable (haut de cycle)≈ −2,5 %Collecte nette record ; taux encore bas en début d'année
2023≈ −4,9 %≈ −10,3 %Environ 23 SCPI baissent leur prix ; collecte nette ≈ 5,7 Md€
2024Baisses poursuivies≈ −5,8 %Bureaux ≈ −9,5 % ; taux de distribution moyen ≈ 4,72 %
2025Hausses > baisses≈ −1,8 %17 revalorisations pour 14 baisses : la vague reflue

Ne pas confondre la baisse du prix et la baisse de l'ANR

−4,9 % (prix moyen 2023) n'est pas −10,3 % (valeur de réalisation / part 2023). Le prix est piloté par la règle des 10 % sur la reconstitution ; l'ANR suit directement les expertises. C'est la réalisation qui encaisse le choc en premier, ce qui en fait un signal avancé — voyez la valeur de réalisation (ANR), signal avancé de la baisse.

§ 4OBLIGATOIRE / VOLONTAIRE·3 MIN

Baisse obligatoire ou baisse volontaire ? La distinction décisive

C'est la nuance qui saute le plus souvent : toute baisse de prix n'est pas subie sous la contrainte réglementaire. Il faut distinguer deux cas, dont les conséquences pour vous n'ont rien à voir.

  • Baisse obligatoire : le prix est sorti (ou allait sortir) de la fourchette ±10 % — surcote supérieure à +10 % de la reconstitution. La société de gestion doit ajuster : c'est une contrainte réglementaire (art. L. 214-94 CMF), pas un choix.
  • Baisse volontaire / prudente : la société de gestion baisse alors qu'elle est encore dans la fourchette (surcote inférieure à 10 %). Elle le fait par choix : réaligner le prix sur une reconstitution en repli, préserver l'équité entre associés entrants et sortants (un nouvel entrant ne doit pas payer une part surévaluée), éviter une correction plus brutale plus tard, ou restaurer l'attractivité commerciale. Une partie des baisses 2023-2024 ont été anticipatrices.
La même baisse de prix peut être imposée ou choisie : lire le communiqué de la société de gestion permet souvent de savoir de quel cas il s'agit.
Type de baisseDéclencheurMarge de manœuvre de la SG
ObligatoireSurcote > +10 % de la reconstitution (hors fourchette)Aucune : ajustement imposé (art. L. 214-94 CMF)
Volontaire / prudenteReconstitution en repli, prix encore dans la fourchetteDiscrétionnaire : réalignement anticipé, équité entrants/sortants

Cas pratique n°1 — Julien : quand la baisse devient obligatoire (exemple fictif)

Donnees neutres :
  Prix de souscription              : 200 EUR / part
  Valeur de reconstitution initiale : 205 EUR (legere decote, tout va bien)

Les expertises baissent (correction immobiliere) :
  Valeur de reconstitution / part   : 162 EUR

Surcote = (200 − 162) / 162 = +23,5 %   >  +10 %  =>  HORS fourchette

Prix maximum admissible = 162 x 1,10 = 178,20 EUR
  => La societe de gestion DOIT ramener le prix a 178,20 EUR ou moins,
     soit environ −11 % : c'est la baisse subie par Julien plus haut.
     Baisse OBLIGATOIRE.

Cas pratique n°2 — la baisse volontaire (exemple fictif)

Donnees neutres :
  Prix de souscription        : 200 EUR / part
  Valeur de reconstitution    : 190 EUR

Surcote = (200 − 190) / 190 = +5,3 %   <  +10 %  =>  DANS la fourchette

Aucune obligation d'ajuster. Pourtant, la societe de gestion choisit
de baisser le prix a 192 EUR pour se realigner sur des expertises
orientees a la baisse et proteger l'equite entre associes.
  => Baisse VOLONTAIRE (prudente), sans contrainte reglementaire.

Honnêteté CGP : une baisse de prix « gonfle » le taux de distribution affiché

Le taux de distribution se calcule dividende ÷ prix. Quand le prix baisse, le dénominateur diminue et le taux affiché augmente arithmétiquement, alors même que le dividende versé n'a pas progressé. Ne prenez jamais une hausse de taux de distribution consécutive à une baisse de prix pour une bonne nouvelle en soi : c'est parfois un simple effet de calcul. Voyez à ce sujet pourquoi une surcote est un signal de risque.

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§ 5CÔTÉ ASSOCIÉ·3 MIN

Ce qu'une baisse de prix change (et ne change pas) pour vous

Sur le relevé de Marc, la ligne « valorisation » perd 2 000 €. Mais sa ligne « dividendes », elle, n'a pas bougé d'un centime : deux compteurs indépendants.

Ce qui baisse. La valeur de la part diminue, donc la valeur de retrait — le prix de souscription diminué de la commission de souscription, ce que touche réellement l'associé qui sort — baisse d'autant. Pour qui a souscrit à un prix plus élevé, cela crée une moins-value latente. Pour comprendre précisément ce prix de sortie, voyez ce que touche réellement l'associé qui sort.

Ce qui ne change pas mécaniquement. Le loyer encaissé par la SCPI — et donc le dividende distribué — ne dépend pas du prix de la part. Une baisse de valeur n'est pas une baisse automatique du revenu. Mieux : le report à nouveau (RAN), cette réserve de revenus non distribués, sert justement à lisser les distributions dans le temps. Les revenus restent toutefois non garantis. Voyez comment se mesure le rendement locatif et le rôle du report à nouveau (RAN) pour lisser les distributions.

La perte n'est réalisée qu'à la sortie. Tant que vous ne vous retirez pas, la moins-value reste latente. La décision doit se juger sur l'horizon recommandé de 8 à 10 ans, pas sur un relevé isolé. Et si le retrait n'est pas compensé (marché grippé), le remboursement via le fonds de remboursement est borné entre la valeur de réalisation et cette valeur diminuée de 10 % (art. 422-230 RG AMF) : un plancher, pas une garantie de prix — et le délai d'exécution d'un ordre de retrait reste indéterminé.

Cas pratique n°3 — Marc : l'impact concret d'une baisse de prix (exemple fictif)

Situation : Marc detient 200 parts achetees 200 EUR = 40 000 EUR.
Commission de souscription : 10 %. Le prix passe a 190 EUR.

Valeur de retrait / part = 190 x (1 − 0,10) = 171 EUR
Valorisation de retrait  = 200 x 171 = 34 200 EUR

Moins-value LATENTE au prix de souscription = (200 − 190) x 200 = 2 000 EUR
  => C'est la seule variation du prix de part, affichee sur le releve.
     Non realisee tant que Marc ne se retire pas.

Perte reelle s'il sort maintenant = 40 000 − 34 200 = 5 800 EUR
  = 2 000 EUR (baisse du prix de part)
  + 3 800 EUR (commission de souscription, deja supportee des l'entree,
               independante de la baisse de prix).

Pendant ce temps, le loyer / dividende continue d'etre verse
(revenus non garantis). La commission de souscription etant un cout
d'entree deja consomme, c'est la sortie qui transforme la
moins-value latente en perte definitive.

Baisse de valeur ≠ baisse de revenu

La valeur de part et le dividende sont deux choses distinctes. Le report à nouveau et les loyers continuent ; la moins-value n'est réalisée qu'à la revente. Ne confondez pas une correction de valorisation avec un effondrement du rendement — ce sont deux moteurs séparés.

Et fiscalement ?

Une baisse de valeur de part crée une moins-value latente : aucune imposition, puisqu'il n'y a ni plus-value ni cession. La valeur de part n'entre dans aucune assiette. Pour mémoire, ce qui est imposé sur une SCPI détenue en direct, ce sont les revenus (revenus fonciers au barème de l'IR selon votre TMI + 17,2 % de prélèvements sociaux — bien 17,2 %, pas 18,6 %, la hausse LFSS 2026 ne visant que les revenus mobiliers) et la plus-value de cession de parts (régime des plus-values immobilières, art. 150 U et suivants CGI). Sujet accessoire ici : nous ne le développons pas.

§ 6ANTICIPER·2 MIN

Comment voir venir une baisse de prix de part

Julien n'a pas vu venir sa baisse de −11 % ; pourtant, elle était lisible six mois plus tôt, dans deux documents que sa société de gestion publie noir sur blanc.

1. L'écart prix / valeur de reconstitution. C'est le signal réglementaire officiel. La documentation commerciale doit publier cet écart, ramené à une part (instruction AMF DOC-2019-04) : l'associé n'a donc pas à le deviner. Une décote confortable = marge ; une surcote qui approche +10 % = signal d'un ajustement imminent. Pour comprendre pourquoi c'est précisément cette valeur qui sert de référence au prix, voyez pourquoi la valeur de reconstitution est essentielle.

2. La tendance des expertises. La valeur de réalisation (l'ANR) encaisse le choc avant le prix : elle constitue donc un signal avancé. Une réalisation qui recule plusieurs semestres de suite annonce, souvent, une correction du prix à venir.

Le levier 2024-2026. Depuis l'ordonnance n° 2024-662 du 3 juillet 2024 (modernisation du régime des fonds d'investissement alternatifs) et son décret d'application n° 2025-762 du 4 août 2025, les valeurs de réalisation et de reconstitution sont publiées au moins deux fois par an (rythme semestriel, contre une fois auparavant). Concrètement, les signaux de baisse deviennent visibles plus tôt. Encore faut-il lire les bons documents : rapport annuel (état des trois valeurs), bulletins semestriels, documents d'assemblée générale. Notre méthode pour lire le rapport annuel d'une SCPI vous guide ligne par ligne.

Le tableau de bord de l'associé (4 réflexes)

  1. Lire l'écart prix / reconstitution publié : êtes-vous en surcote ou en décote ?
  2. Regarder la tendance de la valeur de réalisation (une baisse = choc en amont du prix).
  3. Profiter de la publication semestrielle (deux photos par an depuis 2024).
  4. Vérifier la fraîcheur des expertises (part du parc réévaluée, date des dernières expertises).

Nuance honnête : la reconstitution est un signal avancé mais imparfait. Entre deux campagnes, les expertises peuvent « dater » — un immeuble peut conserver une expertise complète jusqu'à trois ans, entre deux actualisations. Surveillez donc la date des dernières expertises. Pour savoir concrètement où se situe votre véhicule, voyez si votre SCPI est décotée ou surcotée.

§ 7OÙ EN EST-ON EN 2026·2 MIN

La vague de baisses est-elle finie ? (2025-2026)

En 2026, la question a changé : on ne nous demande plus « pourquoi ma part a chuté » mais « est-ce que ça va rebaisser ? ». La vague reflue — 17 hausses pour 14 baisses en 2025 — sans être tout à fait retombée.

2025 : la décélération. La valeur de réalisation par part n'a reculé que d'environ −1,8 % (contre −10,3 % en 2023 et −5,8 % en 2024). Surtout, les hausses de prix (17 SCPI) ont dépassé les baisses (14) sur l'ensemble de l'année, avec plusieurs revalorisations concentrées en fin d'année. La performance globale du marché est repassée positive. Concrètement, pour un associé entré en 2021, l'essentiel de la casse a déjà eu lieu.

Début 2026. Au premier trimestre 2026, une seule SCPI a baissé son prix, contre deux hausses ; le prix moyen a évolué de l'ordre de −0,9 %, et la collecte s'est redressée. L'ASPIM évoque une amélioration graduelle.

Pourquoi ce reflux ? Parce que les prix ont fini de rattraper les ANR corrigés en 2023-2024 : les surcotes supérieures à 10 % qui imposaient des baisses se sont résorbées. La règle des ±10 % (art. L. 214-94 CMF) reste inchangée en 2026 : le mécanisme est identique, seul le contexte a changé.

2026 : la bascule

17 hausses pour 14 baisses en 2025 ; au premier trimestre 2026, 1 baisse contre 2 hausses. La tendance s'inverse. Mais chaque SCPI garde sa propre trajectoire : aucune généralisation, aucune promesse. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Attention : le risque de liquidité, lui, n'a pas disparu

Sur certains véhicules, notamment très exposés aux bureaux, des files d'attente de retrait persistent. C'est un risque de liquidité, distinct de la baisse de prix : le blocage des retraits relève du seuil de 10 % des parts (art. L. 214-93 CMF), pas de la règle des 10 % sur le prix. Ne confondez pas les deux. Pour un panorama honnête, voyez les avantages et les inconvénients d'une SCPI.

§ 8QUE FAIRE·2 MIN

Le prix de ma SCPI a baissé : faut-il vendre ?

Neuf clients sur dix nous appellent dans la semaine qui suit une baisse, la même phrase en tête : « je sors ? ». Notre réponse ne varie pas : ne transformez pas un mauvais relevé en perte définitive. La moins-value n'est réalisée qu'en sortant à la valeur de retrait actuelle. Sortir au plus bas transforme une moins-value latente en perte sèche définitive.

Avant toute décision, reposez-vous trois questions :

  1. Mon horizon est-il toujours de 8 à 10 ans ? Une SCPI se juge sur la durée, pas sur un trimestre.
  2. Le rendement locatif est-il maintenu (loyers encaissés, RAN suffisant) ?
  3. La SCPI est-elle en surcote persistante (risque de nouvel ajustement) ou revenue en décote (marge de rattrapage potentielle) ?

Pour instruire ces questions, voyez si votre SCPI est décotée ou surcotée et comment interpréter une décote. Gardez aussi en tête que vouloir vendre n'est pas pouvoir vendre immédiatement : une file d'attente peut différer votre sortie — voyez comment vendre ses parts sur le marché secondaire.

Une précision de périmètre. Cet article traite du « quand » : le déclencheur réglementaire d'une baisse (la règle des 10 %). Pour les ressorts plus généraux du « pourquoi » — au-delà de la seule mécanique de la fourchette — consultez notre guide pourquoi le prix d'une part de SCPI peut baisser. Les deux se complètent sans se répéter.

La check-list avant de décider

  • Horizon : toujours 8-10 ans devant vous ?
  • Rendement : dividende et RAN maintenus ?
  • Valorisation : surcote persistante ou décote de rattrapage ?
  • Liquidité : capacité réelle de sortie (file d'attente ?).
  • Étude : aucune décision sans analyse individualisée.

Note de méthode. Le bon réflexe reste de faire lire ses trois valeurs — réalisation, reconstitution, retrait — par un conseiller en gestion de patrimoine, dans le cadre d'une revue annuelle et d'une étude individualisée : c'est ainsi que nous procédons en cabinet pour juger froidement s'il faut garder, renforcer ou sortir. Que l'ASPIM annonce 17 revalorisations en 2025 ne dit rien de vos parts : c'est votre écart prix / reconstitution, pas la moyenne du marché, qui décide. La SCPI demeure un placement long terme, non garanti, avec risque de perte en capital et liquidité non garantie ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le point de départ complet, si vous débutez, reste notre guide complet des SCPI 2026.

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Sources et références légales

  • Le déclencheur d'une baisse - Code monétaire et financier

    Art. L. 214-94 CMF : le prix de souscription est déterminé sur la base de la valeur de reconstitution ; un écart supérieur à 10 % entre le prix de souscription et la valeur de reconstitution doit être justifié par la société de gestion et notifié à l'AMF (règle des 10 % sur le prix). Art. L. 214-109 CMF : la SCPI détermine chaque année trois valeurs — comptable, de réalisation (ANR) et de reconstitution (réalisation augmentée des frais de reconstitution). C'est la surcote supérieure à +10 % de la reconstitution qui contraint la société de gestion à ajuster le prix, souvent à la baisse.

  • Expertise et remboursement - Règlement général de l'AMF

    Art. 422-234 RG AMF : la valeur vénale des immeubles est arrêtée par un expert externe en évaluation indépendant ; chaque immeuble est expertisé au moins tous les 3 ans (5 ans en capital fixe sans augmentation de capital), avec actualisation semestrielle. Art. 422-230 RG AMF : en cas de retrait non compensé par une souscription, le remboursement via le fonds de remboursement ne peut s'effectuer à un prix supérieur à la valeur de réalisation ni inférieur à cette valeur diminuée de 10 %. Ce plancher (réalisation − 10 %) encadre le remboursement, pas la fixation du prix de souscription.

  • Publication semestrielle des valeurs - Ordonnance 2024-662 et décret 2025-762

    Ordonnance n° 2024-662 du 3 juillet 2024 portant modernisation du régime des fonds d'investissement alternatifs, et décret d'application n° 2025-762 du 4 août 2025 : les valeurs de réalisation et de reconstitution des SCPI sont désormais publiées au moins deux fois par an (rythme semestriel), contre une fois auparavant. Cette fréquence accrue rend les signaux d'ajustement de prix visibles plus tôt par les associés.

  • Statistiques de marché - ASPIM / IEIF

    ASPIM / IEIF, communiqué du 15 mai 2026 et publication « Les SCPI en chiffres » : environ 23 SCPI ont baissé leur prix en 2023 (prix moyen de l'ordre de −4,9 %) ; évolution moyenne de la valeur de réalisation par part de l'ordre de −2,5 % en 2022, −10,3 % en 2023, −5,8 % en 2024 et −1,8 % en 2025 ; en 2025, davantage de hausses (17) que de baisses (14) ; au 1er trimestre 2026, une seule SCPI a baissé son prix contre deux hausses. Données passées, non garanties : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

  • Régime juridique et fiscalité des SCPI

    Articles L. 214-86 à L. 214-126 CMF : régime juridique des SCPI, agrément AMF, retrait et seuil de 10 % des parts non satisfaites depuis 12 mois (art. L. 214-93 CMF, distinct du prix). Fiscalité : les revenus distribués sont des revenus fonciers imposés au barème de l'IR (TMI) + 17,2 % de prélèvements sociaux — la hausse à 18,6 % de la LFSS 2026 ne vise que les revenus mobiliers, jamais les revenus fonciers. Les plus-values de cession de parts relèvent du régime des plus-values immobilières (art. 150 U et s. CGI, BOI-RFPI-SPI). Une baisse de valeur de part n'entre dans aucune assiette d'imposition.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Aucune SCPI n'est nommée, notée ni recommandée : seules la méthode et les définitions légales sont exposées. Les chiffres cités (nombre de baisses, prix de part, valeurs de réalisation) sont des données de marché passées, non garanties : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La SCPI est un placement long terme (8 à 10 ans minimum) comportant un risque de perte en capital et une liquidité non garantie. Toute décision doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable. Chiffres à jour au 13 juillet 2026.

Foire aux questions

Tout sur le déclencheur d'une baisse de prix de part de SCPI en 2026.

Le déclencheur réglementaire, les causes 2023-2026, les conséquences pour l'associé, comment anticiper : les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous, classées par thème.

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  • Quand le prix de souscription dépasse la valeur de reconstitution de plus de 10 % (surcote supérieure à +10 %). Le prix de souscription est déterminé sur la base de la valeur de reconstitution ; tout écart supérieur à 10 % entre les deux doit être justifié par la société de gestion et notifié à l'AMF (art. L. 214-94 du Code monétaire et financier). En pratique, la société de gestion ramène le prix dans la fourchette des ±10 %, ce qui se traduit par une baisse quand la reconstitution a reculé.