Hériter d'un bien immobilier en indivision : le guide complet 2026

Guide complet 2026 sur l'héritage d'un bien immobilier en indivision : droits et obligations des indivisaires (art. 815 C. civ.), gestion quotidienne, majorité des 2/3 pour les actes d'administration (art. 815-3), indemnité d'occupation (art. 815-9, Cass. 12/06/2025), convention d'indivision (art. 1873-1 s.), partage amiable ou judiciaire, rachat de soulte, attribution préférentielle (art. 831 à 834), droit de partage de 2,5 % (art. 746 CGI), licitation (art. 815-5-1), loi 2026-248 du 7 avril 2026. 5 cas pratiques chiffrés. Par les CGP Hagnéré Patrimoine (CIF, COA, COBSP).

Principe cardinal
Majorité des actes
Droit de partage
Sortie sous contrainte
Attribution préférentielle
QH

À propos de l'auteur

Quentin Hagnéré

Conseiller en Gestion de Patrimoine — Cabinet Hagnéré Patrimoine

Quentin Hagnéré accompagne depuis plus de 10 ans particuliers et familles sur la gestion de l'indivision successorale. Il intervient spécifiquement sur les successions complexes, les conflits familiaux, les familles recomposées et les stratégies de sortie d'indivision : partage amiable, rachat de soulte, attribution préférentielle, licitation. Il coordonne avec un réseau de notaires, avocats successoraux et experts immobiliers pour sécuriser chaque opération patrimoniale.

CIF — Conseiller en Investissements FinanciersCOA — Courtier en Opérations d'AssuranceCOBSP — Courtier en Opérations de Banque et Services de PaiementCNCGP — Chambre Nationale des CGPImmatriculé ORIAS

L'essentiel sur l'indivision successorale en 2026

Hériter d'un bien immobilier avec d'autres héritiers place automatiquement tous les indivisaires en indivision successorale (art. 815 du Code civil). Chaque héritier détient une quote-part indivise, pas une partie déterminée du bien. La sortie s'organise par partage amiable, rachat de soulte ou licitation (art. 815-5-1). Chez Hagnéré Patrimoine, nous accompagnons les familles pour sortir de l'indivision sans conflit (guide à jour au 20 avril 2026).

Votre père vient de décéder. Vous recevez une lettre du notaire qui vous informe que vous héritez, avec vos deux frères, de la maison familiale de 450 000 euros. Vous avez l'impression d'être copropriétaire — vous l'êtes, mais d'une façon très particulière. Ni vous ni vos frères ne possédez « telle pièce » ou « tel étage » : vous détenez ensemble la totalité du bien, dans des proportions exprimées en fractions. Ce régime, c'est l'indivision. Il est automatique au décès, il n'y a rien à signer pour y entrer. Mais pour en sortir, c'est une autre histoire.

Peut-être qu'un de vos frères veut vendre, un autre veut conserver la maison pour les vacances familiales, et vous hésitez. Peut-être que l'un des héritiers habite déjà dans la maison et ne paie rien. Peut-être que personne ne paie la taxe foncière depuis deux ans. Peut-être que le bien est en mauvais état et qu'une décision sur les travaux doit être prise. Ou encore que vous avez reçu une offre d'achat mais qu'un héritier bloque tout. Toutes ces situations ont des réponses juridiques et patrimoniales précises. Ce guide les déroule une à une, avec les articles du Code civil, la jurisprudence 2024-2025 et cinq cas pratiques chiffrés.

Les 5 points clés à retenir immédiatement

  1. L'indivision naît automatiquement au décès et chaque héritier détient une quote-part (pas une partie matérielle du bien).
  2. Décisions : unanimité pour les actes de disposition (vente, hypothèque), majorité des 2/3 pour les actes d'administration (baux d'habitation, travaux courants), un seul suffit pour les actes conservatoires urgents.
  3. Un héritier qui occupe seul le bien doit une indemnité d'occupation aux autres (art. 815-9), calculée sur la valeur locative × quote-part des autres.
  4. Quatre voies de sortie : partage amiable, rachat de soulte, licitation, vente à un tiers (avec droit de préemption des coindivisaires, art. 815-14).
  5. Fiscalité du partage : 2,5 % d'actif net partagé (art. 746 CGI) + émoluments notariaux. Pas de plus-value sur le rachat de soulte (partage déclaratif rétroactif, art. 883 CC).
Hagnère Patrimoine

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1. Qu'est-ce que l'indivision successorale exactement ?

L'indivision est un régime juridique dans lequel plusieurs personnes (les indivisaires) sont propriétaires ensemble d'un bien — ou d'un ensemble de biens — sans que chacun ait un droit matériellement localisé sur une portion précise du bien. Chaque indivisaire détient une quote-part, exprimée en fraction (1/2, 1/3, 1/4...) ou en pourcentage (50 %, 33,33 %, 25 %...). Cette quote-part porte sur l'intégralité du bien, non sur une portion physique.

Article 815 du Code civil — texte fondateur

« Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué, à moins qu'il n'y ait été sursis par jugement ou convention. »

Cet article synthétise à lui seul l'esprit de l'indivision : un régime provisoire, dont chaque indivisaire peut sortir à tout moment. C'est le socle de toute la stratégie patrimoniale en matière d'indivision successorale.

Indivision vs copropriété vs démembrement : ne pas confondre

Trois régimes coexistent souvent dans l'esprit des clients. Voyons les différences essentielles.

Indivision, copropriété et démembrement : trois régimes distincts
RégimeQuote-partDroits physiquesSortie
Indivision (art. 815 CC)Exprimée en fraction sur le bien entierAucune portion attribuéePartage à tout moment
Copropriété (loi 10/07/1965)Lots privatifs + parties communesLots délimités (appart, cave...)Vente de son lot libre
Démembrement (art. 578 CC)Usufruit (US) + nue-propriété (NP) sur le même bienUsufruitier jouit, nu-propriétaire attendRéunion à extinction de l'usufruit
SCI — Société civile immobilière (L.411-1 C. com.)Parts socialesAucune (bien détenu par la société)Cession de parts

Concrètement, dans l'indivision, vous n'avez « droit » à rien de précis dans le bien tant que le partage n'a pas eu lieu. Vous ne pouvez pas dire « voici ma chambre » ou « voici mon garage ». Vous détenez une fraction de valeur sur l'ensemble. C'est cette spécificité qui explique toutes les règles de gestion collective que nous verrons dans les sections suivantes.

Indivision ordinaire vs indivision successorale

L'indivision peut naître de multiples causes : un achat en commun, un divorce avec liquidation de communauté, une dissolution de société, ou un décès. Quand l'indivision nait à l'ouverture d'une succession, on parle d'indivision successorale (ou indivision post-successorale). C'est la situation traitée par ce guide. Elle présente des spécificités : notamment l'attribution préférentielle (art. 831 CC), qui permet à certains héritiers d'obtenir prioritairement certains biens au moment du partage.

Piège fréquent — l'indivision n'est pas un accord

Beaucoup d'héritiers pensent qu'ils « ont choisi » l'indivision. C'est faux. L'indivision est un état juridique imposé par la loi à l'ouverture de la succession, tant que le partage n'a pas eu lieu. On n'y « entre » pas par accord, on y tombe automatiquement. Pour « en sortir », il faut agir positivement (partage, cession, licitation). Le silence et l'inaction maintiennent l'indivision — parfois pendant des décennies.

2. Comment naît l'indivision après un décès ?

L'indivision successorale naît à l'instant précis du décès (ouverture de la succession). Elle s'applique à tous les biens du défunt qui ne sont pas expressément attribués à un héritier déterminé par testament ou par la loi. Elle concerne donc potentiellement tout le patrimoine : biens immobiliers, comptes bancaires, titres, parts de société, mobilier.

Chronologie classique d'une indivision successorale

Chronologie d'une succession avec indivision
MomentÉvénementConséquence juridique
J+0 (décès)Ouverture de la successionNaissance automatique de l'indivision
J+1 à J+90Délivrance acte de décès, choix des héritiersOption : accepter, accepter à concurrence de l'actif net, ou renoncer (art. 768 CC)
J+0 à J+6 moisDélai déclaration de succession (art. 641 CGI — Code général des impôts)Paiement des droits de succession aux héritiers
J+6 mois à plusieurs annéesGestion du bien en indivisionApplication des règles de majorité (art. 815-2 à 815-9 CC)
Quand décidéPartage amiable OU judiciaireDroit de partage 2,5 % (art. 746 CGI)

Concrètement, dès le décès, le notaire ouvre le dossier de succession. Il établit la liste des héritiers (dévolution légale ou testamentaire), identifie les biens, évalue le passif. Pendant tout le temps où le partage n'est pas réalisé, les héritiers sont indivisaires. Voir notre guide Succession : qui hérite de quoi ? pour comprendre la dévolution légale.

Cas particulier du conjoint survivant

Si le défunt laisse un conjoint survivant, la situation est plus complexe. En présence d'enfants du couple, le conjoint a le choix (art. 757 CC) : 1/4 en pleine propriété ou totalité en usufruit. S'il opte pour l'usufruit total, l'indivision n'existe pas : il y a démembrement entre le conjoint (usufruit) et les enfants (nue-propriété). S'il opte pour le 1/4 en pleine propriété, il devient indivisaire avec les enfants, chacun détenant sa quote-part. Notre guide dédié au conjoint survivant détaille les options et les pièges.

Le cas du démembrement : indivision sur la nue-propriété

Quand le conjoint survivant a opté pour l'usufruit universel, les enfants se retrouvent en indivision sur la nue-propriété. L'usufruitier gère seul le bien (perçoit les loyers, habite, entretient). Les nus-propriétaires sont en indivision entre eux mais n'exercent aucun droit d'usage tant que l'usufruit dure. Au décès du conjoint survivant, l'usufruit s'éteint, la pleine propriété se reconstitue, et les enfants deviennent plein-propriétaires en indivision. Sur ce sujet, consulter notre guide sur le quasi-usufruit (art. 774 bis CGI).

Dévolution sans conjoint ni testament

En l'absence de conjoint et de testament, la dévolution légale s'applique strictement (art. 734 CC) : les enfants héritent par parts égales. Avec 3 enfants, chacun détient 1/3. Avec 4 enfants, 1/4 chacun. Si un enfant est prédécédé en laissant lui-même des enfants, ces petits-enfants viennent par représentation (art. 752 CC) et se partagent la part de leur parent prédécédé.

3. Quels sont les droits et obligations des indivisaires ?

Être indivisaire, c'est bénéficier de droits étendus sur le bien, mais aussi supporter des obligations collectives. Comprendre cet équilibre est essentiel pour éviter les conflits.

Les 5 droits fondamentaux

Droits fondamentaux des indivisaires
DroitContenuBase légale
Droit à la jouissance collectiveUsage du bien conformément à sa destination, proportionnellement à sa quote-partArt. 815-9 al. 1 CC
Droit aux fruits et revenusPercevoir sa quote-part des loyers, récoltes, produits financiersArt. 815-10 CC
Droit de provoquer le partageDemander à tout moment la fin de l'indivisionArt. 815 CC
Droit de préemption en cas de cession à un tiersRacheter la part cédée à un tiers au même prix dans 1 moisArt. 815-14 CC
Droit à l'informationÊtre informé des actes importants concernant le bienJurisprudence constante

Concrètement, vous n'êtes pas un simple spectateur : vous pouvez utiliser le bien, recevoir votre part de loyers, provoquer le partage quand vous le souhaitez, et surtout racheter la part d'un indivisaire qui voudrait la céder à un inconnu. Ces droits sont vos leviers face à un frère ou une sœur qui vous tiendrait à l'écart.

Les 5 obligations principales

Obligations des indivisaires
ObligationContenuSanction en cas de manquement
Contribuer aux chargesTaxe foncière, assurance, travaux à hauteur de sa quote-partAction en remboursement (art. 815-13 CC)
Payer l'indemnité d'occupationSi jouissance exclusive sans accord des autresPoursuite civile (art. 815-9 al. 2)
Respecter la destination du bienNe pas changer l'usage (résidentiel vs commercial)Action en nullité, dommages-intérêts
Notifier avant de céder à un tiersPour permettre l'exercice de la préemptionNullité de la vente (art. 815-16)
Loyauté envers les coindivisairesNe pas agir à leur préjudiceDommages-intérêts, exclusion

Concrètement, l'indivision est un mini-contrat social où chacun a des droits et chacun doit des comptes aux autres. Les conflits naissent presque toujours quand un indivisaire adopte une posture unilatérale (occupation exclusive sans dédommagement, travaux sans concertation, refus de payer la taxe foncière). Le Code civil offre dans ces cas des recours précis, souvent rapides, mais il faut les connaître.

Le droit à l'usage : concurrence et limites

L'article 815-9 alinéa 1 CC pose que chaque indivisaire peut user et jouir des biens indivis conformément à leur destination, dans la mesure compatible avec le droit des autres indivisaires et les décisions de gestion collectives. En pratique, sur une résidence secondaire, chacun peut y séjourner — mais il faut partager dans le temps. Sur une maison principale, la question devient épineuse : un seul indivisaire y vit, il prive les autres d'usage, et l'indemnité d'occupation s'applique (voir section 6).

Bonnes pratiques — éviter les conflits

  • Désigner un indivisaire référent (par écrit) pour centraliser la communication avec notaire, assureur, fisc
  • Ouvrir un compte indivision dédié aux recettes et dépenses du bien
  • Tenir un cahier de comptes avec toutes les dépenses, justificatifs et remboursements
  • Formaliser les décisions importantes par écrit signé par les indivisaires
  • Envisager une convention d'indivision notariée si la durée dépasse 2 ans

4. Comment prend-on les décisions en indivision ? Unanimité, 2/3 et actes conservatoires

C'est LE point qui crispe le plus les familles. La loi distingue trois catégories d'actes, chacune avec sa règle de majorité. La maîtriser permet d'éviter 80 % des conflits et des actions en nullité.

Les 3 niveaux de décisions en indivision (art. 815-2 et 815-3 CC)
Type d'acteRègleExemples concrets
Actes CONSERVATOIRES1 seul indivisaire suffit (art. 815-2)Réparation urgente toiture, interrompre une prescription, action en justice urgente, déclaration de sinistre
Actes d'ADMINISTRATIONMajorité des 2/3 des droits (art. 815-3)Bail d'habitation, travaux d'entretien non urgents, mandat à un administrateur, perception des loyers, décisions de gestion courante
Actes de DISPOSITIONUNANIMITÉ (art. 815-3 dernier al.)Vente du bien, hypothèque, donation, constitution d'une servitude, bail rural ou commercial, bail de plus de 12 ans

Les actes conservatoires : agir seul quand il y a urgence

L'article 815-2 CC permet à tout indivisaire de prendre seul les mesures nécessaires à la conservation des biens indivis. La jurisprudence entend cette notion strictement : l'acte doit être urgent et indispensable pour éviter un préjudice irrémédiable au bien. Il peut se faire rembourser par les autres indivisaires au prorata de leurs quotes-parts (art. 815-13 CC).

Exemples validés par la jurisprudence : réparation d'une toiture qui fuit, remplacement d'une chaudière en panne en plein hiver, action en justice pour interrompre une prescription, colmatage d'une fuite d'eau, paiement de la taxe foncière pour éviter pénalités. Exemples non validés : rénovation esthétique, extension de la maison, changement des fenêtres en PVC pour le confort.

La majorité des 2/3 : la règle pivot depuis 2006

La loi du 23 juin 2006 portant réforme des successions et des libéralités a introduit la règle des 2/3 des droits indivis (et non des têtes) pour les actes d'administration. Avant 2006, l'unanimité était la règle — ce qui bloquait quasi tous les biens. La loi a voulu fluidifier la gestion tout en protégeant les minoritaires.

Calcul de la majorité des 2/3 des droits indivis

Somme des quotes-parts des indivisaires favorables a la decision >= 2/3 (66,67 %)

Exemple 1 : 3 heritiers a parts egales (1/3 chacun)
  -> Il faut 2 heritiers d'accord (2 x 1/3 = 2/3) : OK a la majorite des 2/3

Exemple 2 : 4 heritiers : A (50 %), B (20 %), C (20 %), D (10 %)
  -> A + B = 70 % : majorite atteinte sans C ni D
  -> B + C + D = 50 % : insuffisant sans A
  -> A seul : 50 % : insuffisant

Exemple 3 : Demembrement (US 30 %, NP 70 %) repartis entre 3 enfants
  -> Calcul complexe : voir notaire pour qualifier les droits votants

La règle des 2/3 porte sur les DROITS INDIVIS (quotes-parts), pas sur le nombre d'héritiers. Un indivisaire majoritaire à 70 % peut donc prendre seul certaines décisions administratives.

La décision prise à la majorité des 2/3 doit ensuite être notifiée aux indivisaires minoritaires (art. 815-3 al. 3). Ces derniers disposent de 2 mois pour saisir le juge s'ils estiment que la décision porte atteinte à leurs intérêts essentiels. Le juge peut alors suspendre, modifier, ou valider la décision.

L'unanimité : indispensable pour les actes de disposition

Pour tout ce qui engage durablement ou définitivement le patrimoine indivis, la loi exige l'accord unanime de tous les indivisaires. C'est pour cela qu'un seul héritier peut bloquer la vente d'une maison familiale. Cette règle peut être contournée — exceptionnellement — par une autorisation judiciaire (art. 815-5-1, voir section 10).

Le mandat tacite (art. 815-4)

Quand un indivisaire laisse un autre gérer pendant une période prolongée sans protestation, il peut y avoir mandat tacite. Tous les actes d'administration accomplis par le « gérant de fait » sont alors opposables aux autres. Attention : le mandat tacite ne s'étend pas aux actes de disposition. Un indivisaire qui gère depuis 10 ans ne peut pas pour autant vendre le bien sans accord unanime.

5. Qui paie les charges, travaux et taxe foncière ?

La règle est simple sur le principe : chaque indivisaire supporte les charges au prorata de sa quote-part (art. 815-13 CC). En pratique, la mise en œuvre suscite des contentieux récurrents quand un héritier paie tout et n'est pas remboursé, ou quand un autre refuse de contribuer.

Les trois catégories de charges

Charges de l'indivision : qui paie quoi ?
Type de chargeRépartitionRemboursement en cas de paiement solitaire
Taxe foncière (impôt local)Au prorata des quotes-partsArt. 815-13 CC : créance contre la masse indivise
Assurance habitation / PNO (propriétaire non occupant)Au prorata des quotes-partsRemboursement intégral si contrat au nom de tous
Travaux d'entretien courantAu prorata des quotes-partsRemboursement au prorata, avec intérêts légaux
Travaux d'amélioration (plus-value)Au prorata des quotes-partsRemboursement limité à la plus-value créée
Charges de copropriétéAu prorata des quotes-partsRemboursement intégral si paiement par un seul
Dettes du défunt (crédits en cours)Ligne directe aux héritiers au prorataAcquittement par la succession avant partage

Concrètement, chaque charge que vous avancez seul peut être récupérée auprès des autres héritiers au prorata de leurs quotes-parts — à condition de conserver les justificatifs. C'est le rôle du cahier de comptes : sans preuves, pas de remboursement au partage.

La créance de l'indivisaire qui a payé (art. 815-13)

Quand un indivisaire paie seul une charge indivise, il bénéficie d'une créance contre la masse indivise, opposable aux autres indivisaires. Cette créance porte intérêt au taux légal à compter du jour du paiement. Elle est payée en priorité sur l'actif au moment du partage.

Calcul de la créance d'un indivisaire (art. 815-13 CC)

Creance = Somme payee x (1 - Quote-part du payeur)

Exemple : Paul (1/3) paie seul la taxe fonciere annuelle de 2 400 EUR
-> Creance de Paul = 2 400 x (1 - 1/3) = 2 400 x 2/3 = 1 600 EUR
-> Paul recuperera 1 600 EUR (800 EUR de chacun des 2 autres
   indivisaires, au prorata de leurs quotes-parts)

Si les travaux ont cree une plus-value (amelioration) :
Creance limitee a la PLUS-VALUE CREEE, pas au cout des travaux

Toujours conserver les factures originales, justificatifs bancaires et quittances. Sans preuves, la créance ne sera pas validée par le notaire au moment du partage.

Concrètement, si vous êtes trois héritiers en indivision et que Paul paie seul la taxe foncière de 2 400 euros, il a une créance de 1 600 euros (800 euros contre chacun des deux autres). Cette créance s'ajoute à sa quote-part dans le partage final. C'est pour cela qu'il est essentiel de conserver tous les justificatifs de dépenses pendant toute la durée de l'indivision — faute de quoi les remboursements sont refusés.

Le cas des améliorations (art. 815-13 al. 2)

Pour les travaux d'amélioration (rénovation, extension, mise aux normes), la règle est moins généreuse. L'indivisaire qui finance des améliorations ne sera remboursé qu'à hauteur de la plus-value créée par ces travaux, et non de leur coût. Si vous investissez 50 000 euros dans une rénovation mais que la valeur du bien n'augmente que de 30 000 euros, votre créance se limitera à 30 000 euros. Cette règle protège les autres indivisaires contre des travaux somptuaires imposés unilatéralement.

Piège classique : payer sans autorisation

Un indivisaire qui engage seul de gros travaux (sans majorité 2/3 ni unanimité) s'expose à ne rien récupérer. Avant tout chantier, obtenir au minimum un accord écrit des autres indivisaires. Pour les travaux d'amélioration (changement de cuisine, création de chambres, rénovation thermique), conserver les devis et procès-verbaux de concertation.

Financer des travaux par crédit bancaire en indivision

Souscrire un crédit bancaire pour financer des travaux sur un bien indivis est possible, mais les banques exigent la signature de TOUS les indivisairessur l'offre de prêt et sur l'inscription hypothécaire éventuelle (acte de disposition, unanimité requise). En pratique, trois montages sont envisageables :

Montages bancaires pour financer des travaux en indivision
MontageSignatairesGarantieLimite
Prêt collectif à tous les indivisaires100 % (unanimité)Hypothèque sur le bien indivis1 seul refus bloque tout
Prêt personnel à un seul indivisaire1 indivisairePas d'hypothèque (prêt perso)Montant limité 75 k€, taux +1 à 2 %
Convention 1873-1 + prêt via gérantGérant mandatéHypothèque autorisée par la conventionNécessite convention notariée préalable

Concrètement, sans convention d'indivision, un seul héritier réfractaire peut bloquer tout financement bancaire avec hypothèque. La solution opérationnelle est souvent la convention d'indivision notariée (art. 1873-1 CC, voir section 7) qui désigne un gérant avec pouvoir explicite de contracter des prêts pour travaux, dans la limite d'un plafond fixé par la convention (par exemple 100 000 euros par opération).

6. L'indemnité d'occupation : comment la calculer ?

C'est l'un des sujets les plus conflictuels de l'indivision successorale. Typiquement : l'un des héritiers habite depuis plusieurs années dans la maison de famille, ne paie aucun loyer, et les autres indivisaires s'en rendent compte au moment du partage. La loi prévoit un dédommagement : l'indemnité d'occupation (art. 815-9 al. 2 CC).

Article 815-9 alinéa 2 du Code civil

« L'indivisaire qui use ou jouit privativement de la chose indivise est, sauf convention contraire, redevable d'une indemnité. »

Principe : dès qu'un indivisaire occupe SEUL le bien et prive les autres de l'usage correspondant à leur quote-part, il doit une indemnité. Cette indemnité est indépendante du fait que l'occupation ait été « autorisée » tacitement ou non. La prescription est de 5 ans (art. 815-10 al. 3 CC, règle propre à l'indivision).

Les 3 conditions de l'indemnité

Pour ouvrir droit à indemnité, trois conditions cumulatives doivent être remplies (jurisprudence consolidée, précisée par Cass. 1re civ. 12 juin 2025 n° 23-22.003) :

  1. Jouissance privative effective : occupation matérielle, habitation continue ou usage exclusif d'une partie (garage fermé, cave personnelle).
  2. Privation des autres indivisaires : les autres sont effectivement empêchés d'accéder ou d'utiliser leur quote-part.
  3. Absence d'accord express contraire (convention, donation d'usufruit temporaire, autorisation unanime écrite).

Calcul de l'indemnité

Formule de l'indemnité d'occupation (art. 815-9 al. 2)

Indemnite = Valeur locative de marche mensuelle x Quote-part des autres x Nombre de mois

Exemple 1 : Maison 250 m2, valeur locative 1 800 EUR/mois
3 heritiers a parts egales, 1 seul occupe (Paul, quote-part 1/3)
Occupation pendant 36 mois

Indemnite due aux 2 autres = 1 800 x 2/3 x 36 = 43 200 EUR
Part de chacun des 2 autres = 21 600 EUR

Exemple 2 : Appartement 80 m2, valeur locative 1 200 EUR/mois
2 heritiers (50/50), 1 occupe pendant 5 ans (60 mois)

Indemnite due au non-occupant = 1 200 x 1/2 x 60 = 36 000 EUR

La valeur locative doit être établie sur la base d'une expertise immobilière indépendante, ou des loyers pratiqués dans le quartier pour des biens comparables. Conserver les références (annonces SeLoger, MeilleursAgents, PAP).

Concrètement, sur une maison occupée seule pendant 3 ans par un héritier sur trois, avec une valeur locative de 1 800 euros/mois, les deux autres héritiers peuvent réclamer 43 200 euros au total (21 600 euros chacun). C'est souvent une somme considérable qui peut compenser ou inverser totalement l'équilibre du partage.

La jurisprudence 2025 : précisions importantes

Jurisprudence 2023-2025 sur l'indemnité d'occupation
ArrêtApportConséquence pratique
Cass. 1re civ. 12 juin 2025 n° 23-22.003 (publié au bulletin)La jouissance exclusive doit être effective : l'indemnité ne peut être fixée jusqu'au partage sans vérifier si le bien a été réintégré à l'indivision avant cette dateLes juges doivent rechercher à quelle date l'occupation a cessé — à défaut, cassation pour manque de base légale
Cass. 1re civ. 20 septembre 2023 n° 21-23.877 (inédit)La simple détention des clés, en conférant la libre disposition du bien, constitue une jouissance privative et exclusive au sens de l'article 815-9Un indivisaire qui conserve les clés sans les restituer peut être redevable d'une indemnité, même sans occupation effective permanente
Cass. 1re civ. 10 décembre 2025 (inédit)Le point de départ de la prescription quinquennale (art. 815-10) ne se situe pas au jour du décèsLe délai court à compter de la connaissance effective, par les coïndivisaires, de l'occupation privative

Concrètement, si vous êtes l'héritier lésé, vous devrez prouver l'occupation exclusive (factures EDF au nom de l'occupant, témoignages de voisins, courrier reçu à l'adresse). La bonne nouvelle : le délai de prescription de 5 ans ne commence pas au décès, mais à partir du jour où vous avez pu constater la situation — ce qui laisse souvent plusieurs années pour agir.

Stratégie pratique pour l'occupant

Si vous êtes celui qui occupe le bien familial, deux options protectrices : (1) conclure une convention écrite avec les autres indivisairesfixant une contrepartie (entretien du bien, paiement des charges, indemnité réduite) ; (2) formaliser l'accord par acte notarié (bail partiel, usufruit temporaire, convention d'indivision). Sans ces précautions, l'indemnité peut être réclamée 5 ans après la fin de l'occupation, avec effet rétroactif sur toute la période.

Hagnère Patrimoine

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7. La convention d'indivision : mode d'emploi

La convention d'indivision (articles 1873-1 à 1873-18 du Code civil) est un contrat signé entre indivisaires pour organiser durablement la gestion du bien. C'est l'outil idéal quand les héritiers souhaitent conserver le bien ensemble pendant plusieurs années (résidence secondaire familiale, bien de rapport, maison de vacances).

Les deux formes de convention

Convention d'indivision : durée déterminée vs indéterminée
CaractéristiqueDurée déterminéeDurée indéterminée
Durée maximale5 ans, renouvelable expressémentIllimitée tant qu'aucun indivisaire ne résilie
Résiliation en cours de périodeImpossible sauf juste motif (art. 1873-3)À tout moment avec préavis raisonnable
Blocage de la sortieOui : partage bloqué pendant la duréeNon : partage possible à tout moment par un indivisaire
Adaptée àProjet commun court/moyen termeGestion souple, liberté de sortie
FormeActe notarié (immobilier)Acte notarié (immobilier)
RenouvellementExpress, par écrit, unanimeAutomatique, tacite

Concrètement, la durée déterminée est un verrou qui protège le projet familial : si vos frères et sœurs signent une convention de 5 ans, personne ne peut exiger le partage avant l'échéance. La durée indéterminée offre plus de souplesse, mais n'empêche pas qu'un indivisaire résilie du jour au lendemain.

Contenu type d'une convention d'indivision

Une convention bien rédigée couvre au moins 8 thématiques essentielles :

  • Identification des indivisaires et de leurs quotes-parts (rappel de la dévolution successorale).
  • Désignation du bien : adresse, cadastre, valeur d'entrée, état (PV de constat si nécessaire).
  • Durée : déterminée (2 ans, 3 ans, 5 ans) ou indéterminée, avec clause de renouvellement.
  • Gérance : désignation d'un gérant (un indivisaire ou un tiers), pouvoirs, rémunération éventuelle.
  • Règles de décisions : majorité renforcée, vote consensuel, seuils financiers.
  • Répartition des charges : taxe foncière, assurance, travaux, avances.
  • Usage du bien : calendrier d'occupation, indemnité d'occupation éventuelle.
  • Cession de quote-part : modalités de préemption, valorisation.

Coût de la convention

Coût d'une convention d'indivision notariée

Emoluments notaires (proportionnels) = 1 a 2 % de la valeur du bien
+ Frais de publicite fonciere (SPF) = environ 0,10 %
+ Debours et formalites = 300 a 600 EUR TTC

Exemple : bien evalue a 500 000 EUR
Emoluments (environ 1,3 %)  = 6 500 EUR
Publicite fonciere          =   500 EUR
Debours                     =   500 EUR
---
TOTAL                       = 7 500 EUR TTC

Investissement significatif mais rentable sur un projet long. Alternative plus légère : acte sous signature privée contresigné par avocat (ASSP) pour environ 1 500 à 3 000 euros, mais sans la force exécutoire notariale.

Quand privilégier la convention d'indivision ?

  • Projet familial de conservation long terme (résidence secondaire, maison de famille)
  • Besoin de visibilité sur plusieurs années (location bail long, gestion externalisée)
  • Famille nombreuse avec divergences latentes à encadrer
  • Bien de rapport dont on veut stabiliser l'exploitation
  • Situation de transmission progressive (remboursement soulte étalé, attente maturité d'un héritier)

8. Comment sortir de l'indivision en 2026 ?

C'est la question centrale. L'article 815 CC garantit à chaque indivisaire le droit de provoquer le partage — mais la façon d'y parvenir dépend de la situation familiale, de la nature du bien, et surtout du niveau d'accord entre héritiers. Quatre voies principales coexistent.

Partage amiable

Tous les indivisaires sont d'accord. Acte notarié, droit de partage 2,5 %, attribution de lots. Durée : 3-6 mois. Coût : 7-10 %.

Partage judiciaire

Un seul indivisaire s'oppose. Saisine du TJ, nomination notaire, expertise, partage forcé. Durée : 18-30 mois. Coût : 15-20 %.

Rachat de soulte

Un héritier rachète les parts des autres. Acte notarié, pas de plus-value (art. 883), droit de partage 2,5 % sur valeur totale. Durée : 2-4 mois.

Licitation art. 815-5-1

Majorité 2/3 sur autorisation du juge. Vente aux enchères du bien entier si refus du minoritaire préjudiciable. Durée : 12-24 mois.

Tableau comparatif détaillé des 4 voies

Les 4 voies de sortie de l'indivision — comparatif 2026
VoieConditionDuréeCoût totalQuand l'utiliser
Partage amiableUnanimité des indivisaires3 à 6 mois7 à 10 % du patrimoineFamilles unies, accord sur la valorisation
Rachat de soulteAccord du rachetant et des sortants2 à 4 mois6 à 8 %Un héritier souhaite conserver le bien
Partage judiciaire + licitation (vente aux enchères)Blocage d'un héritier18 à 30 mois15 à 20 %Conflit insurmontable
Vente à un tiers (art. 815-14)Cession de sa propre part uniquement1 à 3 mois7 à 10 %Sortie individuelle sans partage

Concrètement, 85 % des sorties d'indivision se font à l'amiable (partage ou rachat de soulte). Les 15 % restants relèvent du contentieux familial, avec des coûts juridiques et humains très élevés. La mission du CGP est d'aider à éviter le contentieux : chiffrer les scénarios, identifier les leviers de négociation, coordonner notaire et expert immobilier.

Signaux d'alerte : faut-il agir vite ?

  • Un indivisaire refuse systématiquement de répondre aux sollicitations
  • Le bien se dégrade faute d'entretien concerté
  • Un indivisaire occupe seul sans contrepartie depuis plus de 12 mois
  • Les charges ne sont plus payées (taxe foncière, assurance, copropriété)
  • Un héritier envisage de céder sa part à un tiers (investisseur, marchand de biens)

Dans tous ces cas, initier une discussion formelle (lettre recommandée, réunion chez le notaire) est la première étape. Une médiation familiale peut éviter le contentieux judiciaire.

Chronologie précise : du déclenchement amiable à la licitation judiciaire

Chronologie conflictuelle type : de la première lettre recommandée (LRAR) à la vente finale
PhaseDuréeActions clésCoût cumulé (bien 450 k€)
Phase 1 — Tentative amiable (LRAR — lettre recommandée avec accusé de réception + réunion notaire)1 à 3 moisLettre recommandée, rendez-vous notarial, proposition de partage/rachat500 à 1 500 €
Phase 2 — Médiation familiale (facultative mais recommandée)2 à 4 moisMédiateur agréé, 4 à 6 séances, protocole d'accord écrit1 500 à 3 000 €
Phase 3 — Mise en demeure par avocat + sommation interpellative1 à 2 moisActe d'huissier, dernière tentative avant assignation1 500 à 2 500 €
Phase 4 — Assignation devant le Tribunal judiciaire (TJ) (art. 815 ou 815-5-1)1 moisRédaction assignation, constitution avocat, premier RG3 000 à 5 000 €
Phase 5 — Instruction judiciaire (conclusions, expertise)8 à 14 moisÉchanges conclusions, expertise immobilière contradictoire5 000 à 10 000 €
Phase 6 — Jugement + appel éventuel3 à 8 moisJugement 1re instance, appel possible (30 jours)3 000 à 6 000 €
Phase 7 — Licitation (vente aux enchères) + partage prix4 à 8 moisCahier des charges notarié, audience d'adjudication, partage10 000 à 15 000 € + décote 15-25 %
TOTAL voie conflictuelle20 à 36 mois25 000 à 45 000 € + décote licitation 67-112 k€

Concrètement, entre la première LRAR envoyée à l'héritier bloquant et la signature finale du partage du prix de vente, comptez en pratique 24 à 30 mois de procédure pour un bien de 450 000 euros, avec un coût global (frais + décote licitation) qui peut dépasser 100 000 euros soit 22 à 25 % du bien. Chaque mois de procédure supplémentaire coûte environ 1 500 à 2 500 euros en honoraires et frais divers. D'où l'importance stratégique de la médiation familiale (phases 2-3) : un accord trouvé à ce stade économise en moyenne 85 000 euros par rapport à une licitation judiciaire complète.

9. Le partage amiable : procédure, coût, droit de partage 2,5 %

Le partage amiable est la voie royale pour sortir de l'indivision. Il suppose que tous les indivisaires soient d'accord sur : (1) la valorisation du ou des biens, (2) la composition des lots, (3) le versement éventuel de soultes. Quand cet accord est réuni, le partage se fait chez le notaire en quelques semaines.

Les 7 étapes du partage amiable

  1. Inventaire des biens indivis : liste exhaustive avec description, valeur, titres de propriété.
  2. Évaluation : expertise immobilière indépendante pour les biens importants (recommandé pour éviter contestations).
  3. Recensement du passif : dettes, crédits, charges en cours, créances entre indivisaires (art. 815-13).
  4. Composition des lots : soit par tirage au sort, soit par attribution négociée (priorité aux attributions préférentielles, art. 831 CC).
  5. Calcul des soultes : pour équilibrer les lots de valeurs différentes.
  6. Signature de l'acte de partage chez le notaire (obligatoire pour les biens immobiliers, art. 835 CC).
  7. Paiement du droit de partage (2,5 %) et des émoluments notariaux, publicité foncière.

Le droit de partage 2,5 % : calcul précis

Droit de partage — article 746 CGI (2026)

Droit de partage = Actif net partage x 2,5 %

Actif net partage = Biens partages (valeur de marche)
                  - Dettes a la charge de la masse indivise
                  - Creances dues a certains indivisaires

Exemple : maison heritee 450 000 EUR, dette hypothecaire 30 000 EUR
Actif net = 450 000 - 30 000 = 420 000 EUR
Droit de partage = 420 000 x 2,5 % = 10 500 EUR

Regime special DIVORCE/PACS (LF 2021) = 1,10 % au lieu de 2,5 %

Le droit de partage est dû intégralement, même si un seul bien est partagé. Chaque copartageant paie sa quote-part du droit, mais le notaire prélève sur les fonds du partage pour reverser au Trésor public.

Attention : le droit de partage de 2,5 % s'applique à toute opération qualifiée de partage, y compris le rachat de soulte (qui est un partage partiel déclaratif, art. 883 CC). Pour un bien de 450 000 euros, le droit représente 11 250 euros — à ne jamais sous-estimer dans le plan de financement.

Les émoluments du notaire

Émoluments notariaux sur le partage (tarif 2026)
Tranche du partageTaux applicableExemple sur 450 k€
0 à 6 500 €4,931 %320 €
6 500 à 17 000 €2,034 %213 €
17 000 à 60 000 €1,356 %583 €
Au-delà de 60 000 €1,017 %3 965 €
TOTAL émoluments HT (≈)5 081 €
TTC (TVA 20 %)6 097 €

Bilan complet pour un partage amiable sur une maison de 450 000 euros : droit de partage 11 250 euros + émoluments notariaux 6 100 euros + publicité foncière et frais annexes 600 euros = 17 950 euros environ, soit 4 % du patrimoine partagé. Comparer avec un partage judiciaire (15 à 20 %), l'économie est considérable.

Conseils pour sécuriser un partage amiable

  • Faire évaluer le bien par un expert indépendant avant les négociations
  • Signer un protocole d'accord écrit avant l'acte notarié (engagement)
  • Prévoir une clause de révision en cas de découverte ultérieure d'actifs ou passifs
  • Si lésion de plus d'1/4, action en complément de part possible dans 2 ans (art. 889 CC)
  • Conserver l'acte de partage : c'est le titre de propriété définitif

10. Le partage judiciaire et la licitation (art. 815-5-1)

Quand l'accord amiable est impossible, un indivisaire peut saisir le Tribunal judiciaire pour obtenir un partage forcé. Depuis la loi du 12 mai 2009, un levier particulièrement puissant a été ajouté : l'autorisation judiciaire de vente à la majorité des 2/3 (art. 815-5-1 CC).

L'article 815-5-1 CC : la « revolution silencieuse » de 2009

Article 815-5-1 du Code civil (extrait)

« Sauf en cas de démembrement de la propriété du bien ou si l'un des indivisaires se trouve dans l'un des cas prévus à l'article 836, l'aliénation d'un bien indivis peut être autorisée par le tribunal judiciaire, à la demande de l'un ou plusieurs des indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis. [...] Si l'aliénation est autorisée par le tribunal, elle est effectuée par licitation. »

Concrètement : avant 2009, un minoritaire — même à 5 % — pouvait bloquer totalement la vente d'un bien indivis. Depuis 2009, si vous détenez au moins 2/3 des droits, vous pouvez demander au juge d'autoriser la vente malgré le refus du minoritaire, à condition de démontrer que ce refus met en péril l'intérêt commun. Le juge apprécie souverainement, mais accueille favorablement les demandes dans les situations de blocage prolongé (bien dégradé, charges impayées, conflit latent).

Procédure en 6 étapes

Procédure de l'art. 815-5-1 CC (autorisation judiciaire de vente)
ÉtapeActionDélai moyen
1Réunion préalable chez notaire + notification par acte extrajudiciaire aux minoritaires1 à 2 mois
2Assignation devant le Tribunal judiciaire du lieu de la succession2 semaines
3Instruction : échanges de conclusions, pièces, éventuelle expertise6 à 12 mois
4Jugement : autorisation ou refus de l'aliénation1 à 3 mois
5Si autorisation : licitation (vente aux enchères) devant notaire ou TJ3 à 6 mois
6Partage du prix de vente et paiement des créances2 à 4 mois

Durée totale : 18 à 30 mois. Coût total : 15 à 20 % du prix de vente (émoluments notaires, honoraires d'avocat, frais de publicité, expertise, droit de partage). La décote à la vente aux enchères (licitation) peut atteindre 15 à 25 % par rapport au prix de marché, les acheteurs pénalisant l'environnement contentieux. C'est pour cela que cette voie est une arme de dernier recours.

Les garanties pour le minoritaire

Le minoritaire dont la vente est imposée ne reste pas sans protection. Il peut exercer un droit de substitution pendant 30 jours après la licitation (art. 815-15 CC) : il acquiert aux mêmes conditions que l'adjudicataire tiers. Il peut également enchérir lors de la licitation, comme n'importe quel acheteur, et remporter le bien à un prix supérieur. Enfin, si le bien a été sous-évalué, il peut contester la valorisation devant le juge.

Pièges à éviter avant d'agir en 815-5-1

  • Ne pas sous-estimer l'impact humain : le conflit judiciaire laisse des traces durables
  • Vérifier la majorité des 2/3 en DROITS (pas en nombre d'héritiers)
  • Documenter le refus préjudiciable du minoritaire (dégradation, charges impayées)
  • Prévoir la décote de licitation dans le plan de financement
  • Explorer en parallèle la médiation familiale (coût 500 à 2 000 euros, souvent plus efficace)

La licitation, mesure subsidiaire : confirmation jurisprudentielle

La Cour de cassation a réaffirmé avec force, dans deux arrêts récents, que la licitation-partage n'est pas une voie de droit ordinaire mais une mesure subsidiaire, à n'ordonner qu'en cas d'impossibilité de partage en nature.

Jurisprudence 2024-2025 : licitation subsidiaire
ArrêtApport
Cass. 1re civ. 6 mars 2024 n° 22-13.883 (inédit)La licitation des biens indivis ne peut être ordonnée que si le partage en nature est impossible. Les juges doivent rechercher si le bien peut être commodément partagé en nature — à défaut, la décision manque de base légale
Cass. 1re civ. 5 février 2025 n° 21-15.932L'absence d'accord entre coïndivisaires est insuffisante, à elle seule, à justifier une licitation (art. 1377 CPC). Le juge doit motiver l'impossibilité du partage en nature

Concrètement, si un indivisaire majoritaire sollicite la licitation en espérant contourner un refus de partage, il doit démontrer que le bien n'est matériellement pas divisible (copropriété d'un seul appartement, maison unique, terrain insusceptible de division cadastrale). À défaut, le juge peut rejeter la demande et renvoyer les parties à un partage en nature ou à un rachat de soulte — ce qui tempère en pratique l'arme du 815-5-1.

11. Le rachat de soulte entre héritiers : calcul et financement

Le rachat de soulte est la solution la plus fréquemment utilisée quand un héritier souhaite conserver le bien familial et que les autres veulent récupérer leur part en liquidités. Un acte notarié acte la transformation : les sortants reçoivent leur quote-part en argent, le rachetant devient plein-propriétaire.

Calcul précis de la soulte

Formule de calcul de la soulte de rachat

Soulte totale = (Valeur bien - Dettes indivises) x Quote-part cedee

Exemple 1 : Maison 450 000 EUR, 3 heritiers a parts egales
Dette restante 30 000 EUR (credit hypothecaire)

Valeur nette       = 450 000 - 30 000 = 420 000 EUR
Quote-part cedee   = 2/3 (Léa rachète ses 2 freres)
Soulte totale      = 420 000 x 2/3 = 280 000 EUR
Soulte par frere   = 280 000 / 2 = 140 000 EUR

Exemple 2 : Meme maison, 2 heritiers (50/50), sans dette
Valeur nette       = 450 000 EUR
Soulte (si 1 rachete l'autre) = 450 000 x 1/2 = 225 000 EUR

La soulte doit être établie sur la base de la valeur réelle au jour du partage. Une expertise immobilière indépendante est fortement recommandée pour éviter toute contestation ultérieure (action en complément de part pour lésion de plus d'1/4 dans les 2 ans, art. 889 CC).

Les 5 voies de financement

Financement d'un rachat de soulte : comparatif
VoieAvantagesInconvénientsQuand l'utiliser
Apport personnelSimplicité, pas d'intérêtsMobilisation de liquidités importantesPatrimoine liquide suffisant
Prêt immobilier classiqueDurée 15-25 ans, taux bas, déductible BIC/BNCObligation d'hypothèque ou cautionSoulte inférieure à 300 k€
Prêt hypothécaire sur le bien héritéPas d'apport requis, soupleTaux plus élevé (+0,5 à 1 %)Rachetant déjà propriétaire du bien
Prêt familleZéro intérêt possible, taux légalActe notarié requis, déclaration fiscale, abattement 31 865 €Relations familiales solides
Cession d'autres actifsNeutralité fiscale possible (PEA, assurance-vie)Plus-value à anticiperPortefeuille diversifié

Fiscalité du rachat de soulte

Le rachat de soulte est qualifié de partage partiel déclaratif(art. 883 CC). Cette qualification est fondamentale car elle implique que :

  • Pas de plus-value imposable pour les sortants (pas de cession au sens fiscal, art. 150 U CGI).
  • Droit de partage de 2,5 % sur la valeur totale du bien partagé (art. 746 CGI), pas seulement sur la soulte.
  • Pas de DMTO (droits de mutation à titre onéreux — ce que l'on appelle communément les « frais de notaire » d'une vente classique, 5,80 %) : c'est l'économie majeure par rapport à une vente ordinaire.
  • Le rachetant reprend le bien avec effet rétroactif au décès : il est réputé en avoir été le seul propriétaire depuis l'ouverture de la succession.

Comparatif fiscal : rachat de soulte vs vente classique

Bien herite 450 000 EUR, 3 heritiers a parts egales.
Leo rachete les 2 autres (soulte totale 300 000 EUR).

CAS 1 : Rachat de soulte (art. 883 CC)
  Droit de partage : 450 000 x 2,5 % = 11 250 EUR
  Emoluments notaires : environ 5 500 EUR TTC
  TOTAL : environ 16 750 EUR (3,7 % du bien)

CAS 2 : Vente a Leo par ses 2 freres (vente classique)
  DMTO : 300 000 x 5,80 % = 17 400 EUR (paye par Leo)
  Emoluments notaires : environ 3 500 EUR TTC
  Plus-value des freres (hypothese) : 0 EUR (deces recent)
  TOTAL : environ 20 900 EUR (4,6 % du bien)

Economie rachat de soulte : environ 4 150 EUR (0,9 %)

Plus le bien a pris de valeur depuis le décès, plus le rachat de soulte devient avantageux vs la vente classique (pas de plus-value mobilisée sur les quotes-parts des sortants).

Garantie du paiement : hypothèque légale spéciale du copartageant

Les héritiers sortants bénéficient d'une hypothèque légale spéciale du copartageant (art. 2402, 4° CC, ex-privilège du copartageant devenu hypothèque légale spéciale avec l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022) sur le bien attribué, garantissant le paiement de la soulte. Elle prend rang au jour de son inscription au fichier immobilier (la rétroactivité de l'ancien privilège a été supprimée par la réforme). En cas de non-paiement, les sortants peuvent faire vendre le bien pour se payer sur le prix.

Stratégie CGP : optimiser le rachat de soulte

Au-delà du calcul brut, nos CGP travaillent sur plusieurs leviers d'optimisation : (1) choisir le bon véhicule de financement (prêt hypothécaire, nantissement d'assurance-vie, crédit lombard) ; (2) structurer un prêt famille avec acte notarié et taux légal réduit ; (3) anticiper la fiscalité(IFI — impôt sur la fortune immobilière, dû à partir de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net ; revenus fonciers si mise en location) ; (4) coordonner avec un portefeuille SCPI (société civile de placement immobilier) pour diversifier. Le rachat de soulte est autant une décision patrimoniale qu'une opération de trésorerie.

Attention à la lésion dans le rachat de soulte (art. 889 CC)

Toute soulte arrêtée sur une valeur manifestement sous-évaluée(écart supérieur à 25 % par rapport à la valeur de marché au jour du partage) expose le rachetant à une action en complément de part des cohéritiers pendant 2 ans à compter du partage (art. 889 CC) — et ce même si l'acte de partage a été signé chez le notaire. Concrètement : faire établir une expertise immobilière contradictoire (2 avis indépendants au minimum) AVANT de signer, et conserver les rapports. C'est la meilleure parade contre une action rétroactive qui pourrait obliger le rachetant à verser un complément de plusieurs dizaines de milliers d'euros 18 mois après le partage.

12. L'attribution préférentielle (conjoint, occupant, exploitant)

Articles 831 à 834 du Code civil. L'attribution préférentielle permet à un héritier de se voir attribuer un bien spécifique dans le partage, à charge pour lui de verser une soulte aux autres. C'est l'outil juridique privilégié pour protéger la continuité familiale (conjoint qui veut garder le logement, enfant qui veut reprendre l'exploitation agricole, etc.).

Les 4 cas d'attribution préférentielle

Attribution préférentielle (art. 831 à 834 CC)
CasBase légaleNatureCondition
Conjoint survivant — logementArt. 831-2 CCDE DROIT (imposable au partage)Logement effectif au décès + mobilier garnissant
Héritier occupantArt. 831 CCÀ la demande (appréciation judiciaire)Occupation effective et durable du bien
Héritier exploitant (agricole, commercial)Art. 832, 833 CCSelon seuils et continuité d'activitéContinuité de l'exploitation
Héritier copropriétaireArt. 834 CCÀ la demandeCopropriété antérieure du bien

L'attribution de droit du conjoint survivant (art. 831-2)

C'est la plus forte des attributions préférentielles. Le conjoint survivant peut exiger l'attribution du logement qui lui servait effectivement d'habitation au décès, ainsi que du mobilier qui le garnit. « De droit » signifie que les autres héritiers ne peuvent pas s'y opposer (à la différence de l'article 831 où le juge apprécie). Cette règle protège le cadre de vie du conjoint contre un éventuel refus des enfants du premier lit.

En contrepartie, le conjoint doit verser une soulte aux autres héritiers, évaluée à la valeur réelle du logement au jour du partage. Si cette soulte est lourde, elle peut être échelonnée sur 10 ans maximum(art. 832-4 CC), avec garantie hypothécaire et intérêts au taux légal. Cette échelonnement peut sauver l'équilibre patrimonial du conjoint survivant âgé qui n'a pas les liquidités immédiates.

Attribution préférentielle avec échelonnement (art. 832-4)

Conjoint survivant Nathalie, 68 ans. Maison 500 000 EUR (logement effectif).
3 heritiers : Nathalie (1/4) + 2 enfants du 1er lit (3/8 chacun, 3/4 total).

Attribution preferentielle de droit du logement a Nathalie (art. 831-2)
Valeur a verser aux enfants (soulte) = 500 000 x 3/4 = 375 000 EUR
Part par enfant = 375 000 / 2 = 187 500 EUR

Echelonnement autorise (art. 832-4) sur 10 ans maximum
Mensualite (capital + interets 3 % annuel) = environ 3 600 EUR/mois
Garantie : hypotheque legale sur le logement au profit des enfants

Alternative : Nathalie finance par assurance-vie (capital disponible)

L'échelonnement protège le conjoint sans liquidités. Les enfants bénéficient d'une créance garantie par hypothèque. Le notaire encadre tout cela dans l'acte de partage.

L'attribution à l'héritier occupant

Article 831 CC : un héritier qui occupait effectivement le bien (comme résidence principale, comme local professionnel) peut demander son attribution. Le juge du partage apprécie l'intérêt de l'attribution au regard de la situation familiale et économique. L'attribution n'est pas « de droit » mais elle est largement accordée en pratique quand la demande est légitime (occupation durable, lien affectif, continuité d'activité).

Conflit entre plusieurs demandeurs

Si plusieurs héritiers demandent l'attribution du même bien, le juge du partage tranche selon les critères suivants : (1) intérêt particulier pour le bien (occupation, exploitation), (2) capacité à payer la soulte, (3) équité globale du partage entre les héritiers, (4) âge et situation familiale. Les critères de rédaction du Code civil (loi du 23 juin 2006) insistent sur le caractère concret et familial de l'appréciation, loin de toute rigueur mathématique.

Demander une attribution préférentielle : les bons réflexes

  • Faire la demande dès le début du règlement de la succession
  • Documenter l'occupation (quittances EDF, assurance, attestations)
  • Évaluer le coût de la soulte et sa capacité de paiement (échelonnement)
  • Obtenir une expertise immobilière contradictoire pour la valorisation
  • Discuter avec un CGP de la stratégie globale (financement, fiscalité, IFI)

Attribution préférentielle et démembrement : la précision de 2025

Par un arrêt Cass. 1re civ. 30 avril 2025 n° 24-15.624, la Cour de cassation a apporté une précision majeure : l'attribution préférentielle, modalité du partage, ne peut porter que sur les droits compris dans l'indivision à partager. Autrement dit, lorsque l'indivision ne porte que sur la nue-propriété (parce qu'un conjoint survivant a opté pour l'usufruit total par exemple, art. 757 CC), l'héritier nu-propriétaire ne peut se voir attribuer que la nue-propriété — pas la pleine propriété.

Implication pratique

Dans une succession avec conjoint survivant usufruitier, un enfant qui souhaite obtenir la résidence familiale devra attendre l'extinction de l'usufruit (décès du conjoint) ou négocier le rachat de l'usufruit auprès du conjoint survivant. L'attribution préférentielle immédiate est juridiquement impossible sur la pleine propriété. Pour sécuriser cette stratégie, le recours à une convention d'indivision notariée (art. 1873-1 CC) ou à un mandat à effet posthume peut anticiper la sortie.

13. Cession de quote-part et droit de préemption

Chaque indivisaire est libre de céder sa quote-part indivise à qui il veut (un autre indivisaire, un tiers, une société). Mais cette liberté est encadrée par un droit de préemption des coindivisaires (art. 815-14 CC), qui vise à protéger l'équilibre familial en évitant l'entrée d'un tiers étranger dans l'indivision.

Procédure de la cession à un tiers (art. 815-14)

Étapes de la cession de quote-part à un tiers
ÉtapeActionDélai
1Signer un compromis de cession avec le tiers acquéreur
2Notifier par acte de notaire OU LRAR aux autres indivisaires : prix, conditions, identité du tiersImmédiat
3Attendre la réponse des coindivisaires (exercice ou non de la préemption)1 mois
4aSI préemption : le préempteur se substitue au tiers aux mêmes conditions2 mois pour finaliser
4bSI pas de préemption : la cession au tiers se réalise2-3 mois
5Publicité foncière + enregistrementImmédiat

Attention : la violation du droit de préemption entraîne la nullité de la cession (art. 815-16 CC). Les coindivisaires non informés disposent de 5 ans pour agir en annulation devant le TJ. C'est pour cela que toute cession à un tiers doit impérativement passer par un notaire qui sécurise la notification.

Le droit de substitution après licitation (art. 815-15)

Si une cession a échappé au droit de préemption (vente aux enchères publiques), les coindivisaires bénéficient d'un droit de substitution pendant 30 jours après l'adjudication. Ils acquièrent alors le bien aux conditions exactes de la vente aux enchères. C'est un second filet de sécurité pour la famille.

Fiscalité de la cession de quote-part

Contrairement au rachat de soulte (partage déclaratif), la cession de quote-part à un tiers est qualifiée de cession au sens fiscal. Elle est soumise :

  • Plus-value immobilière (art. 150 U CGI) : 19 % IR + 17,2 % PS, avec abattements pour durée de détention (22 ans IR, 30 ans PS) à compter de la date du décès. Voir notre guide plus-value immobilière 2026.
  • DMTO (5,80 %) à la charge de l'acquéreur (et non du cédant).
  • Pas de droit de partage 2,5 %, puisqu'il n'y a pas de partage (un seul indivisaire sort, les autres restent en indivision).

La cession à un tiers : le cheval de Troie

Dans les indivisions conflictuelles, un indivisaire isolé peut être tenté de céder sa part à un marchand de biens ou à un investisseur spéculatif. L'effet sur la famille est dévastateur : le nouvel indivisaire, sans attachement familial, va utiliser tous les leviers juridiques (815-5-1, contentieux, pression financière) pour forcer la vente rapide du bien. Vigilance : si un indivisaire menace de céder, l'exercice préventif d'un rachat de soulte est souvent la meilleure parade.

14. Indivision ou SCI familiale : que choisir ?

Quand les héritiers souhaitent conserver le bien durablement, la question se pose inévitablement : rester en indivision, ou apporter le bien à une SCI familiale ? Les deux régimes offrent des compromis très différents entre souplesse de gestion, stabilité et coût. Voici l'analyse comparative complète.

Indivision vs SCI familiale : comparatif complet
CritèreIndivisionSCI familiale
CréationGratuite, automatique au décèsApport en nature : 3 000 à 5 000 € + DMTO 5 %
GestionMajorité 2/3 (art. 815-3) — souvent bloquanteSouple, gérant unique, décisions statutaires
Vente du bienUnanimité (ou art. 815-5-1 sur décision judiciaire)Majorité prévue par les statuts
Cession de partPréemption coindivisaires, 1 moisAgrément statutaire, délai prévu
SortieÀ la demande d'un seul (art. 815)Cession de parts sociales ou dissolution
Fiscalité revenusIR direct sur quote-part (revenus fonciers)IR à la quote-part (SCI à l'IR) ou IS
Fiscalité transmissionAbattement 100 000 €/parent-enfant/15 ansIdem + décote 15-25 % sur parts (illiquidité)
IFI (impôt sur la fortune immobilière)Quote-part avec décote 10-30 %Parts avec décote 15-25 % + abattement de 30 % sur la résidence principale (RP)
Adapté àDurée courte (0-5 ans)Durée longue (plus de 10 ans)

Concrètement, l'indivision coûte zéro à l'entrée mais se gère difficilement à plusieurs. La SCI familiale coûte 25 000 à 35 000 euros à l'entrée (apport + DMTO), mais offre ensuite une gestion centralisée et une transmission progressive. Plus la durée de détention prévue est longue, plus la SCI se rentabilise.

Les 3 avantages décisifs de la SCI familiale

  1. Souplesse de gestion : un gérant (par exemple un des enfants) prend les décisions courantes. Les statuts peuvent prévoir des majorités sur mesure (simple, renforcée, qualifiée) selon la nature des décisions. Fini le blocage de la majorité 2/3.
  2. Transmission fluide : les parents peuvent donner des parts progressivement aux enfants (abattement 100 000 euros par parent/enfant tous les 15 ans, art. 779 CGI), avec démembrement temporaire, et figer ainsi la transmission sur 20-30 ans. Voir notre guide sur la SCI familiale pour transmettre.
  3. Décote fiscale : à l'IFI comme en succession, les parts de SCI bénéficient d'une décote de 15 à 25 % pour illiquidité, par rapport à la détention directe. Un avantage concret qui se répète chaque année à l'IFI.

Les 3 inconvénients de la SCI familiale

  1. Coût d'entrée : apporter un bien à une SCI déclenche les DMTO (5,80 %) + frais de constitution (3 000 à 5 000 euros). Sur un bien de 450 000 euros, compter environ 30 000 euros de coûts d'entrée. À rentabiliser sur la durée de détention.
  2. Obligations comptables : comptabilité annuelle, assemblée générale, déclaration fiscale (même si SCI à l'IR translucide). Honoraires expert-comptable 1 000 à 2 000 euros par an.
  3. Rigidité de sortie : contrairement à l'indivision, un associé seul ne peut pas forcer la dissolution. Les cessions de parts sont soumises à l'agrément. Peut frustrer un associé minoritaire en désaccord.

Garder l'indivision (0-5 ans)

Vous prévoyez de vendre ou partager dans les 5 ans. Coûts d'entrée zéro, flexibilité de sortie maximum, règles simples. La gestion suffit si accord 2/3.

Passer en SCI (plus de 10 ans)

Vous voulez conserver durablement le bien en famille. Investir 30 k€ pour gagner en souplesse, décote IFI, transmission optimisée. Règle d'or : rentabilisation sur 10 ans minimum.

La voie hybride : démembrement de l'indivision (US au conjoint + NP aux enfants)

Entre l'indivision pure et la SCI, il existe une troisième voie souvent ignorée : le démembrement post-succession. Le conjoint survivant conserve l'usufruit (jouissance + loyers), les enfants reçoivent la nue-propriété en indivision entre eux. C'est la configuration naturelle quand le conjoint opte pour l'usufruit total (art. 757 CC) plutôt que pour le 1/4 en pleine propriété.

3 configurations : indivision pleine, démembrement, SCI
CritèreIndivision pleine PPDémembrement (US conjoint + NP enfants)SCI familiale
Coût d'entrée0 €0 € (légal au décès)25 000 à 35 000 €
Décote IFI sur NPNon applicableOui (US seul imposable au conjoint, art. 968 CGI)Décote parts 15-25 %
Transmission nue-propriété enfantsPas optimiséeDéjà réalisée au décès (extinction US = gratuite)Parts à donner par tranches
Gestion couranteUnanimité / 2/3Usufruitier seul (art. 605 CC) pour entretienGérant unique
Sortie anticipéePartage immédiat possibleComplexe (accord usufruitier + nus-propriétaires)Cession parts / dissolution
Risque conflit NP entre enfantsÉlevéModéré (US du parent pacifie)Faible (statuts cadrent)

Concrètement, le démembrement post-succession est particulièrement pertinent quand le conjoint survivant est encore jeune (moins de 70 ans) et occupe le logement familial. Il préserve le cadre de vie du conjoint, réduit l'IFI(seul l'usufruitier déclare la valeur en pleine propriété, art. 968 CGI, mais selon barème art. 669 CGI si démembrement conventionnel) et anticipe la transmission aux enfants sans coût additionnel (l'extinction de l'usufruit au décès est non imposable, art. 1133 CGI). La bascule en SCI familiale reste possible plus tard, quand les enfants deviennent adultes et gestionnaires.

Règle d'or : choisir selon l'horizon

Chez Hagnéré Patrimoine, nous recommandons l'indivision pour les situations temporaires (accord des héritiers sur une sortie dans 0-5 ans) et la SCI familiale pour les détentions longues (plus de 10 ans). La transition de l'une à l'autre est toujours possible par apport à la SCI, mais elle déclenche des coûts à anticiper. Voir nos guides détaillés sur la création d'une SCI familiale et le choix entre SCI à l'IR et SCI à l'IS.

15. La loi 2026-248 du 7 avril 2026 : ce qui change

Une réforme récente, promulguée le 7 avril 2026 (loi n° 2026-248), modifierait certaines dispositions du régime de l'indivision. À la date de publication de ce guide (20 avril 2026), le texte consolidé n'est pas encore stabilisé sur Légifrance. Les informations qui suivent reposent sur les analyses de la doctrine majoritaire (Actu-Juridique, Banque des Territoires, Landot Avocats, ANIL) et doivent être vérifiées sur le texte officiel avant toute décision opérationnelle.

Précaution rédactionnelle importante

Les développements ci-dessous sont présentés sous réserve du texte consolidé Légifrance. Nous recommandons à tout praticien ou particulier concerné de consulter directement le texte officiel avant d'engager une procédure ou une stratégie patrimoniale. Ce guide sera mis à jour dès publication du texte consolidé.

Les 3 apports présumés de la loi 2026-248

Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 — apports présumés (sous réserve)
MesureObjectifDisposition du CC affectée
Acte de vente par un indivisaire seulFaciliter la sortie en cas de blocage absoluArt. 815-6 CC modifié (présumé)
Accélération des partages judiciairesRéduire les délais d'expertise et de conclusionProcédure civile d'exécution
Gestion renforcée successions vacantesAccélérer la prise en charge par les communesCode général des collectivités

Nouvelle autorisation judiciaire individuelle

La mesure phare, selon la doctrine majoritaire, serait une modification de l'article 815-6 CC. Elle permettrait à un seul indivisaire(quelle que soit sa quote-part) de demander au juge l'autorisation de conclure un acte de vente du bien, dans certaines situations de blocage prolongé ou de carence manifeste des autres indivisaires.

Cette disposition, si confirmée, serait un changement important du régime actuel. Aujourd'hui, l'article 815-5-1 CC exige au minimum 2/3 des droits pour obtenir une autorisation judiciaire de vente. La nouvelle disposition ouvrirait la voie pour les minoritaires dans des situations de carence extrême. Attention : nous rappelons que le texte consolidé n'a pas encore été publié au moment de la rédaction de ce guide, et que la portée effective reste à vérifier.

Accélération des partages judiciaires

Deuxième volet présumé : la réduction des délais de procédure dans les partages judiciaires. Mesures envisagées : encadrement du délai de nomination du notaire commis par le juge (30 jours au lieu de 90 aujourd'hui), réduction du délai de conclusion d'expertise (6 mois au lieu de 12), sanctions du retard du notaire. Objectif : réduire la durée moyenne d'un partage judiciaire de 30 mois à 18-20 mois.

Que faire dans l'attente de la consolidation ?

Pour les praticiens et les familles actuellement en indivision, trois recommandations pratiques :

  • Vérifier sur Légifrance (legifrance.gouv.fr) le texte consolidé dès sa publication
  • Ne pas retarder une procédure en cours sur la base de la nouvelle loi (effets rétroactifs limités)
  • Consulter un avocat spécialisé ou un notaire pour l'application aux successions ouvertes après le 7 avril 2026

16. 5 cas pratiques chiffrés + sources + auteur

Pour terminer, cinq situations réelles rencontrées dans notre cabinet, avec les calculs précis, les arbitrages et les coûts finaux. Les prénoms ont été modifiés pour respecter la confidentialité client.

Cas 1 — Claire, 48 ans, cadre à Nantes : quand un héritier bloque la vente

Situation : père décédé en 2023, 3 héritiers (Claire, Paul, Thomas) à parts égales sur la maison familiale de 450 000 euros à La Rochelle. Claire et Paul veulent vendre pour récupérer leur part. Thomas refuse catégoriquement (lien affectif, refus de voir la maison partir à un tiers), sans occuper le bien ni entretenir les charges.

Cas 1 — Chiffrage art. 815-5-1 vs partage amiable

OPTION A : Partage amiable (refuse par Thomas)
Cout : 11 250 EUR (droit de partage 2,5 %) + 6 100 EUR (emoluments) = 17 350 EUR
Duree : 3 a 6 mois

OPTION B : Procedure art. 815-5-1 (2/3 Claire + Paul)
  Honoraires avocat (procedure + plaidoirie) : 15 000 EUR
  Expertise immobiliere : 3 500 EUR
  Droit de partage : 11 250 EUR
  Emoluments notaires : 6 100 EUR
  Frais de publicite licitation : 2 500 EUR
  Decote licitation (environ 15 %) : -67 500 EUR (sur prix vente)
---
Cout total : environ 105 850 EUR (23,5 % du bien)
Duree : 22 mois

Ecart par rapport au partage amiable : 88 500 EUR PLUS COUTEUX

L'action 815-5-1 est un levier de NÉGOCIATION avant d'être une procédure. Après assignation, Thomas a finalement accepté un partage amiable pour éviter les coûts et la lenteur.

Résultat : Claire a missionné notre cabinet qui a organisé une médiation avec notaire + avocat. En 4 mois, Thomas a accepté un partage amiable contre un bien mobilier sentimental familial de la maison. Économie réalisée par rapport au contentieux : 88 500 euros.

Cas 2 — Thomas et Camille (55/50 ans, Lyon) : famille recomposée avec LMNP

Situation : père décédé laisse sa résidence principale 800 000 euros et un LMNP (location meublée non professionnelle) 250 000 euros. Conjointe survivante (belle-mère de Thomas et Camille, enfants non communs du défunt) opte, conformément à l'article 757 CC, pour le 1/4 en pleine propriété. Thomas et Camille recueillent les 3/4 en pleine propriété et se trouvent en indivision avec la belle-mère sur chacun des deux biens.

Cas 2 — Stratégie retenue
ÉlémentValeurTraitement
Résidence principale (logement effectif belle-mère)800 000 €Attribution préférentielle DE DROIT à belle-mère (art. 831-2)
Soulte due aux enfants du 1er lit (3/4)600 000 €Échelonnement 10 ans (art. 832-4), garantie hypothécaire
LMNP 250 000 €250 000 €Maintien en indivision Thomas + Camille (50/50), mandat unique
IFI consolidé 1 050 000 €< 1 300 000 €Exonération IFI (sous réserve autres biens)

Chronologie : belle-mère exerce son droit d'attribution préférentielle (art. 831-2 CC) dès le partage amiable. Soulte échelonnée de 600 000 euros sur 10 ans (mensualités d'environ 5 794 euros à un taux conventionnel de 3 % convenu entre les copartageants, art. 832-4 CC) garantie par hypothèque légale. Le LMNP est conservé en indivision avec mandat unique donné à Camille (gérante de fait). Revenus partagés 50/50. Économie vs licitation : bien préservé, continuité familiale, optimisation fiscale LMNP.

Cas 3 — Sophie, 42 ans, Paris : rachat de soulte sur gros patrimoine

Situation : mère décédée, patrimoine total 1,5 M€ (immeuble rue Raynouard Paris 16e = 900 k€ + portefeuille SCPI = 300 k€ + résidence secondaire en Normandie = 300 k€). 4 héritiers à parts égales : Sophie et ses 3 frères. Sophie souhaite racheter les soultes pour conserver l'ensemble (gestion patrimoniale familiale, stratégie long terme).

Cas 3 — Calcul et financement de la soulte

Patrimoine total : 1 500 000 EUR
4 heritiers a parts egales : 375 000 EUR chacun
Soulte Sophie (rachat des 3 freres) : 375 000 x 3 = 1 125 000 EUR

FINANCEMENT :
  Apport personnel (epargne + AV)       = 300 000 EUR
  Pret immobilier sur immeuble Paris    = 550 000 EUR (hypotheque)
  Nantissement SCPI (cash-out)          = 180 000 EUR
  Pret familial frere Pierre (sur 8 ans)= 95 000 EUR
---
TOTAL                                   = 1 125 000 EUR

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 1 500 000    = 37 500 EUR
  Emoluments notaires                    = 15 000 EUR
  Publicite fonciere / debours           =  1 500 EUR
---
Cout fiscal total                       = 54 000 EUR (3,6 %)

IFI Sophie post-partage : 1 500 000 EUR - decote indivision ecartee
declaration pleine propriete + abattement RP = environ 9 000 EUR/an

Le privilège du copartageant (art. 2402, 4° CC) garantit le paiement des soultes. Inscription hypothécaire légale par le notaire au profit des 3 frères sortants.

Résultat : Sophie a réalisé l'opération en 4 mois. Elle perçoit désormais l'intégralité des revenus locatifs de l'immeuble Paris (65 000 euros/an brut), des SCPI (18 000 euros/an brut), et conserve la résidence secondaire. Les 3 frères ont reçu 375 000 euros chacun en liquidités, investis en diversification.

Cas 4 — Marc et Julie (50/47 ans, Bordeaux) : rachat entre frère et sœur

Situation : leur mère décédée leur laisse la maison familiale 300 000 euros. Marc veut la conserver (projet de résidence principale dans 5 ans après retraite enfants), Julie préfère récupérer sa part pour financer son achat immobilier à Lisbonne.

Cas 4 — Rachat de soulte 50/50

Bien : 300 000 EUR, 2 heritiers (Marc + Julie, 50/50)
Soulte due a Julie (rachat de 50 %) : 150 000 EUR

FINANCEMENT MARC :
  Apport personnel                      = 50 000 EUR
  Pret perso 15 ans a 4,2 %             = 100 000 EUR
  Mensualite : 750 EUR/mois
---
TOTAL                                   = 150 000 EUR

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 300 000      = 7 500 EUR
  Emoluments notaires                    = 3 400 EUR
  Publicite + debours                    =   600 EUR
---
Cout total                              = 11 500 EUR (3,8 %)

Compare a une CESSION (vente de Julie a Marc) :
  DMTO 5,80 % sur 150 000 EUR           = 8 700 EUR
  Emoluments vente                       = 2 500 EUR
  Plus-value Julie (succession recente)  = 0 EUR
---
Total cession classique                 = 11 200 EUR (3,7 %)
---
Ecart : 300 EUR, mais statut juridique different (partage retroactif)

Option SCI familiale écartée : durée prévue de détention par Marc seul > 5 ans mais < 10 ans, coûts d'apport à la SCI (30 000 euros) non rentabilisés. Rachat direct privilégié.

Résultat : Marc a racheté Julie en 3 mois, prêt perso classé « travaux habitat » pour optimisation, Julie a transféré sa soulte vers son achat portugais. Pas de plus-value pour Julie (rachat de soulte = partage déclaratif rétroactif, pas cession fiscale).

Cas 5 — Jacques, 65 ans, Annecy : conjoint survivant vs enfants d'un 1er lit

Situation : décès de l'épouse de Jacques. Jacques (2e mariage) vit dans la résidence principale du couple (500 000 euros). L'épouse avait 2 enfants d'un premier mariage, pas d'enfant commun. En présence d'enfants non communs, Jacques ne dispose que de l'option du 1/4 en pleine propriété (art. 757 CC, option usufruit total exclue). Les 2 enfants recueillent les 3/4 en pleine propriété. Résultat : indivision à trois sur la résidence, et les enfants veulent vendre.

Cas 5 — Attribution préférentielle de droit (art. 831-2)

Bien (residence effective Jacques) : 500 000 EUR
3 heritiers : Jacques (1/4 PP) + 2 enfants 1er lit (3/8 chacun, 3/4 total)

Attribution preferentielle de droit du logement a Jacques (art. 831-2)
Soulte a verser aux 2 enfants = 500 000 x 3/4 = 375 000 EUR
Part chacun = 187 500 EUR

ECHELONNEMENT 10 ANS (art. 832-4) :
  Taux conventionnel retenu par les parties : 5 %/an
  (art. 832-4 al. 2 : taux legal sauf convention contraire)
  Mensualite = 3 977 EUR/mois pendant 10 ans
  Interets totaux verses = 102 295 EUR

Garantie : HYPOTHEQUE LEGALE sur le logement
au profit des 2 enfants, inscrite par le notaire

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 500 000 = 12 500 EUR
  Emoluments notaires               = 5 700 EUR
  Total frais                       = 18 200 EUR

ALTERNATIVE ECARTEE : financement par assurance-vie
Jacques dispose de 400 000 EUR en AV, pourrait rembourser
integralement, mais prefere conserver son epargne liquide.

L'attribution préférentielle de droit est IMPOSABLE aux enfants du 1er lit. Jacques conserve son cadre de vie, les enfants reçoivent une soulte garantie. L'échelonnement sur 10 ans est la soupape de sécurité de l'art. 832-4 CC.

Résultat : Jacques conserve sa résidence principale. Les enfants reçoivent 187 500 euros chacun (part initiale) + intérêts 51 147 euros chacun sur 10 ans = 238 647 euros au total. L'hypothèque légale garantit le paiement. Sans ce mécanisme, Jacques aurait été contraint de vendre.

Sources officielles et jurisprudence

Sources légales et jurisprudentielles mobilisées dans ce guide
SourceRéférenceApport
Code civilArt. 815 à 815-18Régime général de l'indivision
Code civilArt. 1873-1 à 1873-18Convention d'indivision
Code civilArt. 831 à 834Attribution préférentielle
Code civilArt. 883Partage déclaratif rétroactif
Code civilArt. 887 et 889Nullité du partage (art. 887) et action en complément de part pour lésion de plus d'1/4 (art. 889)
Code civilArt. 2402, 4°Hypothèque légale spéciale du copartageant (ex-privilège, réforme sûretés ord. 2021-1192 du 15 sept. 2021)
CGIArt. 746Droit de partage 2,5 %
CGIArt. 150 UPlus-value immobilière sur part indivise
CGIArt. 965 et 968IFI et indivision/démembrement
Loi 2006-72823 juin 2006Réforme des successions et libéralités
Loi 2009-52612 mai 2009Art. 815-5-1 (autorisation judiciaire de vente)
Loi 2026-2487 avril 2026Réforme récente (sous réserve texte consolidé)
Cass. 1re civ.20 septembre 2023 n° 21-23.877 (inédit)Détention des clés = jouissance privative et exclusive
Cass. 1re civ.6 mars 2024 n° 22-13.883 (inédit)Licitation subsidiaire : partage en nature prime
Cass. 3e civ.19 septembre 2024 n° 22-18.687 et 22-18.733 (bulletin)SCI démembrée : dividende en quasi-usufruit
Cass. 1re civ.5 février 2025 n° 21-15.932Licitation : absence d'accord insuffisante à elle seule
Cass. 1re civ.30 avril 2025 n° 24-15.624Attribution préférentielle limitée aux droits indivis (démembrement)
Cass. 1re civ.12 juin 2025 n° 23-22.003 (bulletin)Jouissance exclusive effective jusqu'à la date retenue
Cass. 1re civ.10 décembre 2025 (inédit)Prescription indemnité d'occupation : non au jour du décès
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Avertissement légal

Ce guide est rédigé à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Les règles présentées sont valables à la date de publication (20 avril 2026) sous réserve des évolutions législatives et jurisprudentielles postérieures, notamment le texte consolidé de la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026. Pour toute décision patrimoniale, consultez impérativement un notaire, un avocat spécialisé en droit des successions ou un conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, COBSP). Hagnéré Patrimoine décline toute responsabilité en cas d'application directe du contenu sans validation professionnelle préalable.

Questions frequentes

Questions fréquentes sur l'indivision successorale

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