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Guide expert indivision successorale30 minMis à jour 9 mai 2026Loi 2026-248 du 7 avril 2026

Hériter d'un bien immobilier en indivision : le guide complet 2026

Droits et obligations des indivisaires (art. 815 CC), majorité 2/3 (art. 815-3), indemnité d'occupation (art. 815-9 CC, Cass. 1ré civ. 12/06/2025 n° 23-22.003), convention d'indivision (art. 1873-1 s.), partage amiable ou judiciaire, rachat de soulte, licitation (art. 815-5-1), loi 2026-248 du 7 avril 2026 simplifiée. 5 cas chiffrés.

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DROIT PARTAGE

2,5 %

MAJORITÉ ACTES ADMIN.

2/3

CONVENTION MAX

5 ans

CAS CHIFFRÉS

5

Équipe Hagnéré Patrimoine·Cabinet de conseil en gestion de patrimoine, non détenu par une banque ni par un assureur

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§ 01Vue d'ensemble·3 min

L'essentiel sur l'indivision successorale en 2026

En 60 secondes — l'essentiel pour décider

  • Pour qui ? Héritier d'un bien immobilier détenu à plusieurs (fratrie, conjoint survivant, famille recomposée).
  • Ce que vous y gagnez : les 4 voies de sortie chiffrées (partage, soulte, licitation, vente tiers), la fiscalité réelle (droit de partage 2,5 %), 5 cas pratiques pour décider sereinement.
  • Risque principal : rester bloqué en indivision faute de majorité, payer une indemnité d'occupation, ou subir une licitation judiciaire (art. 815-5-1 C. civ.).
  • Temps de lecture : environ 30 minutes pour le guide complet, 3 minutes pour les 5 points clés ci-dessous.

Vous venez d'hériter d'un bien immobilier avec d'autres héritiers ? Vous êtes en indivision successorale — automatiquement, sans rien signer. Concrètement : vous détenez une quote-part du bien entier, pas une pièce ni un étage. Bonne nouvelle : quatre voies de sortie existent, et personne ne peut vous contraindre à y rester (art. 815 C. civ.). Chez Hagnéré Patrimoine, nous chiffrons ces scénarios pour votre famille (guide à jour au 9 mai 2026).

Votre père vient de décéder. Vous recevez une lettre du notaire qui vous informe que vous héritez, avec vos deux frères, de la maison familiale de 450 000 euros. Vous avez l'impression d'être copropriétaire — vous l'êtes, mais d'une façon très particulière. Ni vous ni vos frères ne possédez « telle pièce » ou « tel étage » : vous détenez ensemble la totalité du bien, dans des proportions exprimées en fractions. Ce régime, c'est l'indivision. Il est automatique au décès, il n'y a rien à signer pour y entrer. Mais pour en sortir, c'est une autre histoire.

Peut-être qu'un de vos frères veut vendre, un autre veut conserver la maison pour les vacances familiales, et vous hésitez. Peut-être que l'un des héritiers habite déjà dans la maison et ne paie rien. Peut-être que personne ne paie la taxe foncière depuis deux ans. Peut-être que le bien est en mauvais état et qu'une décision sur les travaux doit être prise. Ou encore que vous avez reçu une offre d'achat mais qu'un héritier bloque tout. Toutes ces situations ont des réponses juridiques et patrimoniales précises. Ce guide les déroule une à une, avec les articles du Code civil, la jurisprudence 2024-2025 et cinq cas pratiques chiffrés.

Les 5 points clés à retenir immédiatement

  1. L'indivision naît automatiquement au décès et chaque héritier détient une quote-part (pas une partie matérielle du bien).
  2. Décisions : unanimité pour les actes de disposition (vente, hypothèque), majorité des 2/3 pour les actes d'administration (baux d'habitation, travaux courants), un seul suffit pour les actes conservatoires urgents.
  3. Un héritier qui occupe seul le bien doit une indemnité d'occupation aux autres (art. 815-9), calculée sur la valeur locative × quote-part des autres.
  4. Quatre voies de sortie : partage amiable, rachat de soulte, licitation, vente à un tiers (avec droit de préemption des coindivisaires, art. 815-14).
  5. Fiscalité du partage : 2,5 % d'actif net partagé (art. 746 CGI) + émoluments notariaux. Pas de plus-value sur le rachat de soulte (partage déclaratif rétroactif, art. 883 CC).
Hagnéré Patrimoine

Sortir d'une indivision successorale : par où commencer ?

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Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 02Définition·4 min

1. Qu'est-ce que l'indivision successorale exactement ?

L'indivision est un régime juridique dans lequel plusieurs personnes (les indivisaires) sont propriétaires ensemble d'un bien — ou d'un ensemble de biens — sans que chacun ait un droit matériellement localisé sur une portion précise du bien. Chaque indivisaire détient une quote-part, exprimée en fraction (1/2, 1/3, 1/4...) ou en pourcentage (50 %, 33,33 %, 25 %...). Cette quote-part porte sur l'intégralité du bien, non sur une portion physique.

Article 815 du Code civil — texte fondateur

« Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué, à moins qu'il n'y ait été sursis par jugement ou convention. »

Cet article synthétise à lui seul l'esprit de l'indivision : un régime provisoire, dont chaque indivisaire peut sortir à tout moment. C'est le socle de toute la stratégie patrimoniale en matière d'indivision successorale.

Indivision vs copropriété vs démembrement : ne pas confondre

Trois régimes coexistent souvent dans l'esprit des clients. Voyons les différences essentielles.

Indivision, copropriété et démembrement : trois régimes distincts
RégimeQuote-partDroits physiquesSortie
Indivision (art. 815 CC)Exprimée en fraction sur le bien entierAucune portion attribuéePartage à tout moment
Copropriété (loi 10/07/1965)Lots privatifs + parties communesLots délimités (appart, cave...)Vente de son lot libre
Démembrement (art. 578 CC)Usufruit (US) + nue-propriété (NP) sur le même bienUsufruitier jouit, nu-propriétaire attendRéunion à extinction de l'usufruit
SCI — Société civile immobilière (art. 1832 et 1845 s. C. civ.)Parts socialesAucune (bien détenu par la société)Cession de parts

Concrètement, dans l'indivision, vous n'avez « droit » à rien de précis dans le bien tant que le partage n'a pas eu lieu. Vous ne pouvez pas dire « voici ma chambre » ou « voici mon garage ». Vous détenez une fraction de valeur sur l'ensemble. C'est cette spécificité qui explique toutes les règles de gestion collective que nous verrons dans les sections suivantes.

Indivision ordinaire vs indivision successorale

L'indivision peut naître de multiples causes : un achat en commun, un divorce avec liquidation de communauté, une dissolution de société, ou un décès. Quand l'indivision naît à l'ouverture d'une succession, on parle d'indivision successorale (ou indivision post-successorale). C'est la situation traitée par ce guide. Elle présente des spécificités : notamment l'attribution préférentielle (art. 831 CC), qui permet à certains héritiers d'obtenir prioritairement certains biens au moment du partage.

Piège fréquent — l'indivision n'est pas un accord

Beaucoup d'héritiers pensent qu'ils « ont choisi » l'indivision. C'est faux. L'indivision est un état juridique imposé par la loi à l'ouverture de la succession, tant que le partage n'a pas eu lieu. On n'y « entre » pas par accord, on y tombe automatiquement. Pour « en sortir », il faut agir positivement (partage, cession, licitation). Le silence et l'inaction maintiennent l'indivision — parfois pendant des décennies.

§ 03Naissance·4 min

2. Comment naît l'indivision après un décès ?

L'indivision successorale naît à l'instant précis du décès (ouverture de la succession). Elle s'applique à tous les biens du défunt qui ne sont pas expressément attribués à un héritier déterminé par testament ou par la loi. Elle concerne donc potentiellement tout le patrimoine : biens immobiliers, comptes bancaires, titres, parts de société, mobilier.

Chronologie classique d'une indivision successorale

Chronologie d'une succession avec indivision
MomentÉvénementConséquence juridique
J+0 (décès)Ouverture de la successionNaissance automatique de l'indivision
J+1 à J+90Délivrance acte de décès, choix des héritiersOption : accepter, accepter à concurrence de l'actif net, ou renoncer (art. 768 CC)
J+0 à J+6 moisDélai déclaration de succession (art. 641 CGI — Code général des impôts)Paiement des droits de succession aux héritiers
J+6 mois à plusieurs annéesGestion du bien en indivisionApplication des règles de majorité (art. 815-2 à 815-9 CC)
Quand décidéPartage amiable OU judiciaireDroit de partage 2,5 % (art. 746 CGI)

Concrètement, dès le décès, le notaire ouvre le dossier de succession. Il établit la liste des héritiers (dévolution légale ou testamentaire), identifie les biens, évalue le passif. Pendant tout le temps où le partage n'est pas réalisé, les héritiers sont indivisaires. Voir notre guide Succession : qui hérite de quoi ? pour comprendre la dévolution légale.

Cas particulier du conjoint survivant

Si le défunt laisse un conjoint survivant, la situation est plus complexe. En présence d'enfants du couple, le conjoint a le choix (art. 757 CC) : 1/4 en pleine propriété ou totalité en usufruit. S'il opte pour l'usufruit total, l'indivision n'existe pas : il y a démembrement entre le conjoint (usufruit) et les enfants (nue-propriété). S'il opte pour le 1/4 en pleine propriété, il devient indivisaire avec les enfants, chacun détenant sa quote-part. Notre guide dédié au conjoint survivant détaille les options et les pièges.

Le cas du démembrement : indivision sur la nue-propriété

Quand le conjoint survivant a opté pour l'usufruit universel, les enfants se retrouvent en indivision sur la nue-propriété. L'usufruitier gère seul le bien (perçoit les loyers, habite, entretient). Les nus-propriétaires sont en indivision entre eux mais n'exercent aucun droit d'usage tant que l'usufruit dure. Au décès du conjoint survivant, l'usufruit s'éteint, la pleine propriété se reconstitue, et les enfants deviennent plein-propriétaires en indivision. Sur ce sujet, consulter notre guide sur le quasi-usufruit (art. 587 C. civ., fiscalité art. 774 bis CGI depuis la LF 2024).

Dévolution sans conjoint ni testament

En l'absence de conjoint et de testament, la dévolution légale s'applique strictement (art. 734 CC) : les enfants héritent par parts égales. Avec 3 enfants, chacun détient 1/3. Avec 4 enfants, 1/4 chacun. Si un enfant est prédécédé en laissant lui-même des enfants, ces petits-enfants viennent par représentation (art. 752 CC) et se partagent la part de leur parent prédécédé.

§ 04Droits & obligations·5 min

3. Quels sont les droits et obligations des indivisaires ?

Être indivisaire, ça vous donne des droits réels sur le bien — mais aussi des comptes à rendre aux autres. C'est ce déséquilibre, mal compris par 9 héritiers sur 10, qui fait dégénérer une partie des successions familiales en conflit. Voici ce que vous pouvez faire, ce que vous devez payer, et où sont les vraies marges de manœuvre.

Les 5 droits fondamentaux

Droits fondamentaux des indivisaires
DroitContenuBase légale
Droit à la jouissance collectiveUsage du bien conformément à sa destination, proportionnellement à sa quote-partArt. 815-9 al. 1 CC
Droit aux fruits et revenusPercevoir sa quote-part des loyers, récoltes, produits financiersArt. 815-10 CC
Droit de provoquer le partageDemander à tout moment la fin de l'indivisionArt. 815 CC
Droit de préemption en cas de cession à un tiersRacheter la part cédée à un tiers au même prix dans 1 moisArt. 815-14 CC
Droit à l'informationÊtre informé des actes importants concernant le bienJurisprudence constante

Concrètement, vous n'êtes pas un simple spectateur : vous pouvez utiliser le bien, recevoir votre part de loyers, provoquer le partage quand vous le souhaitez, et surtout racheter la part d'un indivisaire qui voudrait la céder à un inconnu. Ces droits sont vos leviers face à un frère ou une sœur qui vous tiendrait à l'écart.

Les 5 obligations principales

Obligations des indivisaires
ObligationContenuSanction en cas de manquement
Contribuer aux chargesTaxe foncière, assurance, travaux à hauteur de sa quote-partAction en remboursement (art. 815-13 CC)
Payer l'indemnité d'occupationSi jouissance exclusive sans accord des autresPoursuite civile (art. 815-9 al. 2)
Respecter la destination du bienNe pas changer l'usage (résidentiel vs commercial)Action en nullité, dommages-intérêts
Notifier avant de céder à un tiersPour permettre l'exercice de la préemptionNullité de la vente (art. 815-16)
Loyauté envers les coindivisairesNe pas agir à leur préjudiceDommages-intérêts, exclusion

Concrètement, l'indivision est un mini-contrat social où chacun a des droits et chacun doit des comptes aux autres. Les conflits naissent presque toujours quand un indivisaire adopte une posture unilatérale (occupation exclusive sans dédommagement, travaux sans concertation, refus de payer la taxe foncière). Le Code civil offre dans ces cas des recours précis, souvent rapides, mais il faut les connaître.

Le droit à l'usage : concurrence et limites

Chacun a le droit d'utiliser le bien — à condition de respecter l'usage prévu et de ne pas empiéter sur les autres indivisaires (article 815-9 alinéa 1 du Code civil). Sur une résidence secondaire, tous peuvent y séjourner, mais il faut se partager le calendrier. Sur la maison principale, ça devient épineux : un seul héritier y vit, il prive les autres d'usage, et l'indemnité d'occupation s'applique (voir section 6).

Bonnes pratiques — éviter les conflits

  • Désigner un indivisaire référent (par écrit) pour centraliser la communication avec notaire, assureur, fisc
  • Ouvrir un compte indivision dédié aux recettes et dépenses du bien
  • Tenir un cahier de comptes avec toutes les dépenses, justificatifs et remboursements
  • Formaliser les décisions importantes par écrit signé par les indivisaires
  • Envisager une convention d'indivision notariée si la durée dépasse 2 ans
§ 05Décisions·5 min

4. Comment prend-on les décisions en indivision ? Unanimité, 2/3 et actes conservatoires

C'est LE point qui crispe le plus les familles. La loi distingue trois catégories d'actes, chacune avec sa règle de majorité. La maîtriser permet d'éviter 80 % des conflits et des actions en nullité.

Les 3 niveaux de décisions en indivision (art. 815-2 et 815-3 CC)
Type d'acteRègleExemples concrets
Actes CONSERVATOIRES1 seul indivisaire suffit (art. 815-2)Réparation urgente toiture, interrompre une prescription, action en justice urgente, déclaration de sinistre
Actes d'ADMINISTRATIONMajorité des 2/3 des droits (art. 815-3)Bail d'habitation, travaux d'entretien non urgents, mandat à un administrateur, perception des loyers, décisions de gestion courante
Actes de DISPOSITIONUNANIMITÉ (art. 815-3 dernier al.)Vente du bien, hypothèque, donation, constitution d'une servitude, bail rural ou commercial, bail de plus de 12 ans

Les actes conservatoires : agir seul quand il y a urgence

Quand le bien est en danger, vous pouvez agir seul — sans demander l'avis de personne. C'est la règle des actes conservatoires (article 815-2 du Code civil). Mais attention : les juges l'interprètent strictement. L'acte doit être urgent et indispensable pour éviter un dommage irrattrapable au bien. Vous récupérez ensuite votre avance auprès des autres indivisaires, au prorata de leurs quotes-parts (art. 815-13 CC).

Exemples validés par la jurisprudence : réparation d'une toiture qui fuit, remplacement d'une chaudière en panne en plein hiver, action en justice pour interrompre une prescription, colmatage d'une fuite d'eau, paiement de la taxe foncière pour éviter pénalités. Exemples non validés : rénovation esthétique, extension de la maison, changement des fenêtres en PVC pour le confort.

La majorité des 2/3 : la règle pivot depuis 2006

La loi du 23 juin 2006 portant réforme des successions et des libéralités a introduit la règle des 2/3 des droits indivis (et non des têtes) pour les actes d'administration. Avant 2006, l'unanimité était la règle — ce qui bloquait quasi tous les biens. La loi a voulu fluidifier la gestion tout en protégeant les minoritaires.

Calcul de la majorité des 2/3 des droits indivis

Somme des quotes-parts des indivisaires favorables à la décision >= 2/3 (66,67 %)

Exemple 1 : 3 héritiers a parts égales (1/3 chacun)
  -> Il faut 2 héritiers d'accord (2 x 1/3 = 2/3) : OK à la majorité des 2/3

Exemple 2 : 4 héritiers : A (50 %), B (20 %), C (20 %), D (10 %)
  -> A + B = 70 % : majorité atteinte sans C ni D
  -> B + C + D = 50 % : insuffisant sans A
  -> A seul : 50 % : insuffisant

Exemple 3 : Démembrement (US 30 %, NP 70 %) répartis entre 3 enfants
  -> Calcul complexe : voir notaire pour qualifier les droits votants

La règle des 2/3 porte sur les DROITS INDIVIS (quotes-parts), pas sur le nombre d'héritiers. Un indivisaire majoritaire à 70 % peut donc prendre seul certaines décisions administratives.

La décision prise à la majorité des 2/3 doit ensuite être portée à la connaissance des autres indivisaires (art. 815-3 C. civ.). À défaut d'information, la sanction prévue par le texte est l'inopposabilité de la décision aux indivisaires non informés : le Code civil n'ouvre aucun délai de recours spécifique à leur profit.

L'unanimité : indispensable pour les actes de disposition

Pour tout ce qui engage durablement ou définitivement le patrimoine indivis, la loi exige l'accord unanime de tous les indivisaires. C'est pour cela qu'un seul héritier peut bloquer la vente d'une maison familiale. Cette règle peut être contournée — exceptionnellement — par une autorisation judiciaire (art. 815-5-1, voir section 10).

Le mandat tacite (art. 815-3, dernier alinéa)

Quand un indivisaire prend en main la gestion des biens indivis au su des autres et néanmoins sans opposition de leur part, il est censé avoir reçu un mandat tacite. Ce mandat couvre les actes d'administration, mais le texte en exclut expressément les actes de disposition ainsi que la conclusion ou le renouvellement des baux. Un indivisaire qui gère depuis 10 ans ne peut donc ni vendre le bien, ni signer seul un bail, sans l'accord des autres.

§ 06Charges & travaux·6 min

5. Qui paie les charges, travaux et taxe foncière ?

La règle est simple sur le principe : chaque indivisaire supporte les charges au prorata de sa quote-part (art. 815-13 CC). En pratique, la mise en œuvre suscite des contentieux récurrents quand un héritier paie tout et n'est pas remboursé, ou quand un autre refuse de contribuer.

Les trois catégories de charges

Charges de l'indivision : qui paie quoi ?
Type de chargeRépartitionRemboursement en cas de paiement solitaire
Taxe foncière (impôt local)Au prorata des quotes-partsArt. 815-13 CC : créance contre la masse indivise
Assurance habitation / PNO (propriétaire non occupant)Au prorata des quotes-partsRemboursement intégral si contrat au nom de tous
Travaux d'entretien courantAu prorata des quotes-partsRemboursement au prorata, avec intérêts légaux
Travaux d'amélioration (plus-value)Au prorata des quotes-partsRemboursement limité à la plus-value créée
Charges de copropriétéAu prorata des quotes-partsRemboursement intégral si paiement par un seul
Dettes du défunt (crédits en cours)Ligne directe aux héritiers au prorataAcquittement par la succession avant partage

Concrètement, chaque charge que vous avancez seul peut être récupérée auprès des autres héritiers au prorata de leurs quotes-parts — à condition de conserver les justificatifs. C'est le rôle du cahier de comptes : sans preuves, pas de remboursement au partage.

La créance de l'indivisaire qui a payé (art. 815-13)

Si vous avez avancé seul une charge — taxe foncière, assurance, gros œuvre — vous avez une créance sur la succession (art. 815-13 CC). Cette créance porte intérêt au taux légal applicable aux particuliers (révisé semestriellement par arrêté du ministère de l'Économie, autour de 5 % en 2026 S1 — source service-public.fr) à compter du jour du paiement. Au moment du partage, elle est remboursée en priorité, avant que les héritiers ne se répartissent ce qui reste.

Calcul de la créance d'un indivisaire (art. 815-13 CC)

Créance = Somme payée x (1 - Quote-part du payeur)

Exemple : Paul (1/3) paie seul la taxe foncière annuelle de 2 400 EUR
-> Créance de Paul = 2 400 x (1 - 1/3) = 2 400 x 2/3 = 1 600 EUR
-> Paul recuperera 1 600 EUR (800 EUR de chacun des 2 autres
   indivisaires, au prorata de leurs quotes-parts)

Si les travaux ont cree une plus-value (amélioration) :
Créance limitée à la PLUS-VALUE CREEE, pas au coût des travaux

Toujours conserver les factures originales, justificatifs bancaires et quittances. Sans preuves, la créance ne sera pas validée par le notaire au moment du partage.

Concrètement, si vous êtes trois héritiers en indivision et que Paul paie seul la taxe foncière de 2 400 euros, il a une créance de 1 600 euros (800 euros contre chacun des deux autres). Cette créance s'ajoute à sa quote-part dans le partage final. C'est pour cela qu'il est essentiel de conserver tous les justificatifs de dépenses pendant toute la durée de l'indivision — faute de quoi les remboursements sont refusés.

Le cas des améliorations (art. 815-13 al. 2)

Pour les travaux d'amélioration (rénovation, extension, mise aux normes), la règle est moins généreuse. L'indivisaire qui finance des améliorations ne sera remboursé qu'à hauteur de la plus-value créée par ces travaux, et non de leur coût. Si vous investissez 50 000 euros dans une rénovation mais que la valeur du bien n'augmente que de 30 000 euros, votre créance se limitera à 30 000 euros. Cette règle protège les autres indivisaires contre des travaux somptuaires imposés unilatéralement.

Piège classique : payer sans autorisation

Un indivisaire qui engage seul de gros travaux (sans majorité 2/3 ni unanimité) s'expose à ne rien récupérer. Avant tout chantier, obtenir au minimum un accord écrit des autres indivisaires. Pour les travaux d'amélioration (changement de cuisine, création de chambres, rénovation thermique), conserver les devis et procès-verbaux de concertation.

Financer des travaux par crédit bancaire en indivision

Souscrire un crédit bancaire pour financer des travaux sur un bien indivis est possible, mais les banques exigent la signature de TOUS les indivisaires sur l'offre de prêt et sur l'inscription hypothécaire éventuelle (acte de disposition, unanimité requise). En pratique, trois montages sont envisageables :

Montages bancaires pour financer des travaux en indivision
MontageSignatairesGarantieLimite
Prêt collectif à tous les indivisaires100 % (unanimité)Hypothèque sur le bien indivis1 seul refus bloque tout
Prêt personnel à un seul indivisaire1 indivisairePas d'hypothèque (prêt perso)Montant limité 75 k€, taux +1 à 2 %
Convention 1873-1 + prêt via gérantGérant mandatéHypothèque autorisée par la conventionNécessite convention notariée préalable

Concrètement, sans convention d'indivision, un seul héritier réfractaire peut bloquer tout financement bancaire avec hypothèque. La solution opérationnelle est souvent la convention d'indivision notariée (art. 1873-1 CC, voir section 7) qui désigne un gérant avec pouvoir explicite de contracter des prêts pour travaux, dans la limite d'un plafond fixé par la convention (par exemple 100 000 euros par opération).

§ 07Indemnité occupation·6 min

6. L'indemnité d'occupation : comment la calculer ?

Voici le scénario qui revient dans une succession sur trois. Un de vos frères s'installe dans la maison familiale « le temps de s'organiser ». Trois ans plus tard, il y vit toujours, ne paie aucun loyer, et vous découvrez chez le notaire qu'il vous doit potentiellement 30 000 à 80 000 €. C'est l'indemnité d'occupation, prévue à l'article 815-9 alinéa 2 du Code civil.

Article 815-9 alinéa 2 du Code civil

« L'indivisaire qui use ou jouit privativement de la chose indivise est, sauf convention contraire, redevable d'une indemnité. »

Principe : dès qu'un indivisaire occupe SEUL le bien et prive les autres de l'usage correspondant à leur quote-part, il doit une indemnité. Cette indemnité est indépendante du fait que l'occupation ait été « autorisée » tacitement ou non. La prescription est de 5 ans (art. 815-10 al. 3 CC, règle propre à l'indivision).

Les 3 conditions de l'indemnité

Pour ouvrir droit à indemnité, trois conditions cumulatives doivent être remplies (jurisprudence consolidée ; sur la seule question de la période couverte, Cass. 1re civ. 12 juin 2025 n° 23-22.003, qui censure la fixation de l'indemnité jusqu'au jour du partage sans réserver l'hypothèse d'une remise effective du bien à l'indivision avant cette date) :

  1. Jouissance privative effective : occupation matérielle, habitation continue ou usage exclusif d'une partie (garage fermé, cave personnelle).
  2. Privation des autres indivisaires : les autres sont effectivement empêchés d'accéder ou d'utiliser leur quote-part.
  3. Absence d'accord express contraire (convention, donation d'usufruit temporaire, autorisation unanime écrite).

Calcul de l'indemnité

Formule de l'indemnité d'occupation (art. 815-9 al. 2)

Indemnité = Valeur locative de marché mensuelle x Quote-part des autres x Nombre de mois

Exemple 1 : Maison 250 m2, valeur locative 1 800 EUR/mois
3 héritiers a parts égales, 1 seul occupe (Paul, quote-part 1/3)
Occupation pendant 36 mois

Indemnité due aux 2 autres = 1 800 x 2/3 x 36 = 43 200 EUR
Part de chacun des 2 autres = 21 600 EUR

Exemple 2 : Appartement 80 m2, valeur locative 1 200 EUR/mois
2 héritiers (50/50), 1 occupe pendant 5 ans (60 mois)

Indemnité due au non-occupant = 1 200 x 1/2 x 60 = 36 000 EUR

La valeur locative doit être établie sur la base d'une expertise immobilière indépendante, ou des loyers pratiqués dans le quartier pour des biens comparables. Conserver les références (annonces SeLoger, MeilleursAgents, PAP).

Concrètement, sur une maison occupée seule pendant 3 ans par un héritier sur trois, avec une valeur locative de 1 800 euros/mois, les deux autres héritiers peuvent réclamer 43 200 euros au total (21 600 euros chacun). C'est souvent une somme considérable qui peut compenser ou inverser totalement l'équilibre du partage.

La jurisprudence 2025 : précisions importantes

Jurisprudence 2023-2025 sur l'indemnité d'occupation
ArrêtApportConséquence pratique
Cass. 1ré civ. 12 juin 2025 n° 23-22.003 (publié au bulletin)La jouissance exclusive doit être effective : l'indemnité ne peut être fixée jusqu'au partage sans vérifier si le bien a été réintégré à l'indivision avant cette dateLes juges doivent rechercher à quelle date l'occupation a cessé — à défaut, cassation au visa de l'article 815-9 alinéa 2 du Code civil
Cass. 1ré civ. 20 septembre 2023 n° 21-23.877 (inédit)La simple détention des clés, en conférant la libre disposition du bien, constitue une jouissance privative et exclusive au sens de l'article 815-9Un indivisaire qui conserve les clés sans les restituer peut être redevable d'une indemnité, même sans occupation effective permanente
Cass. 1ré civ. 10 décembre 2025 (inédit)Le point de départ de la prescription quinquennale (art. 815-10) ne se situe pas au jour du décèsLe délai court à compter de la connaissance effective, par les coïndivisaires, de l'occupation privative

Concrètement, si vous êtes l'héritier lésé, vous devrez prouver l'occupation exclusive (factures EDF au nom de l'occupant, témoignages de voisins, courrier reçu à l'adresse). La bonne nouvelle : le délai de prescription de 5 ans ne commence pas au décès, mais à partir du jour où vous avez pu constater la situation — ce qui laisse souvent plusieurs années pour agir.

Stratégie pratique pour l'occupant

Si vous êtes celui qui occupe le bien familial, deux options protectrices : (1) conclure une convention écrite avec les autres indivisaires fixant une contrepartie (entretien du bien, paiement des charges, indemnité réduite) ; (2) formaliser l'accord par acte notarié (bail partiel, usufruit temporaire, convention d'indivision). Sans ces précautions, l'indemnité peut être réclamée 5 ans après la fin de l'occupation, avec effet rétroactif sur toute la période.

Hagnéré Patrimoine

Quelle indemnité d'occupation chiffrer avant le partage ?

Valeur locative, durée, prescription quinquennale, convention écrite : on fait le point sur l'indemnité due par l'occupant et on sécurise le calcul avant la réunion familiale.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 08Convention indivision·5 min

7. La convention d'indivision : mode d'emploi

La convention d'indivision (articles 1873-1 à 1873-18 du Code civil) est un contrat signé entre indivisaires pour organiser durablement la gestion du bien. C'est l'outil idéal quand les héritiers souhaitent conserver le bien ensemble pendant plusieurs années (résidence secondaire familiale, bien de rapport, maison de vacances).

Les deux formes de convention

Convention d'indivision : durée déterminée vs indéterminée
CaractéristiqueDurée déterminéeDurée indéterminée
Durée maximale5 ans, renouvelable expressémentIllimitée tant qu'aucun indivisaire ne résilie
Résiliation en cours de périodeImpossible sauf juste motif (art. 1873-3)À tout moment avec préavis raisonnable
Blocage de la sortieOui : partage bloqué pendant la duréeNon : partage possible à tout moment par un indivisaire
Adaptée àProjet commun court/moyen termeGestion souple, liberté de sortie
FormeActe notarié (immobilier)Acte notarié (immobilier)
RenouvellementExpress, par écrit, unanimeAutomatique, tacite

Concrètement, la durée déterminée est un verrou qui protège le projet familial : si vos frères et sœurs signent une convention de 5 ans, personne ne peut exiger le partage avant l'échéance. La durée indéterminée offre plus de souplesse, mais n'empêche pas qu'un indivisaire résilie du jour au lendemain.

Contenu type d'une convention d'indivision

Une convention bien rédigée couvre au moins 8 thématiques essentielles :

  • Identification des indivisaires et de leurs quotes-parts (rappel de la dévolution successorale).
  • Désignation du bien : adresse, cadastre, valeur d'entrée, état (PV de constat si nécessaire).
  • Durée : déterminée (2 ans, 3 ans, 5 ans) ou indéterminée, avec clause de renouvellement.
  • Gérance : désignation d'un gérant (un indivisaire ou un tiers), pouvoirs, rémunération éventuelle.
  • Règles de décisions : majorité renforcée, vote consensuel, seuils financiers.
  • Répartition des charges : taxe foncière, assurance, travaux, avances.
  • Usage du bien : calendrier d'occupation, indemnité d'occupation éventuelle.
  • Cession de quote-part : modalités de préemption, valorisation.

Coût de la convention

Coût d'une convention d'indivision notariée

Émoluments notaires (proportionnels) = 1 à 2 % de la valeur du bien
+ Frais de publicité foncière (SPF) = environ 0,10 %
+ Débours et formalités = 300 à 600 EUR TTC

Exemple : bien évalué à 500 000 EUR
Émoluments (environ 1,3 %)  = 6 500 EUR
Publicité foncière          =   500 EUR
Débours                     =   500 EUR
---
TOTAL                       = 7 500 EUR TTC

Investissement significatif mais rentable sur un projet long. Attention : dès que la convention porte sur un immeuble, l'acte notarié et la publication au fichier immobilier sont obligatoires (art. 1873-2 C. civ.) — un acte sous signature privée, même contresigné par avocat, ne peut pas s'y substituer. La forme sous seing privé n'est admise que pour les biens meubles.

Quand privilégier la convention d'indivision ?

  • Projet familial de conservation long terme (résidence secondaire, maison de famille)
  • Besoin de visibilité sur plusieurs années (location bail long, gestion externalisée)
  • Famille nombreuse avec divergences latentes à encadrer
  • Bien de rapport dont on veut stabiliser l'exploitation
  • Situation de transmission progressive (remboursement soulte étalé, attente maturité d'un héritier)
§ 09Sortie indivision·5 min

8. Comment sortir de l'indivision en 2026 ?

C'est la question centrale. L'article 815 CC garantit à chaque indivisaire le droit de provoquer le partage — mais la façon d'y parvenir dépend de la situation familiale, de la nature du bien, et surtout du niveau d'accord entre héritiers. Quatre voies principales coexistent.

Partage amiable

Tous les indivisaires sont d'accord. Acte notarié, droit de partage 2,5 %, attribution de lots. Durée : 3-6 mois. Coût : environ 4 %.

Partage judiciaire

Un seul indivisaire s'oppose. Saisine du TJ, nomination notaire, expertise, partage forcé. Durée : 18-30 mois. Coût : 15-20 %.

Rachat de soulte

Un héritier rachète les parts des autres. Acte notarié, pas de plus-value (art. 883), droit de partage 2,5 % sur valeur totale. Durée : 2-4 mois.

Licitation art. 815-5-1

Majorité 2/3 sur autorisation du juge. Vente aux enchères du bien entier si refus du minoritaire préjudiciable. Durée : 12-24 mois.

Tableau comparatif détaillé des 4 voies

Les 4 voies de sortie de l'indivision — comparatif 2026
VoieConditionDuréeCoût totalQuand l'utiliser
Partage amiableUnanimité des indivisaires3 à 6 moisenviron 4 % du patrimoine (2,5 % de droit de partage + émoluments et débours, cf. section 9)Familles unies, accord sur la valorisation
Rachat de soulteAccord du rachetant et des sortants2 à 4 moisenviron 4 % (droit de partage 2,5 % + émoluments)Un héritier souhaite conserver le bien
Partage judiciaire + licitation (vente aux enchères)Blocage d'un héritier18 à 30 mois15 à 20 %Conflit insurmontable
Vente à un tiers (art. 815-14)Cession de sa propre part uniquement1 à 3 mois7 à 10 %Sortie individuelle sans partage

Concrètement, 85 % des sorties d'indivision se font à l'amiable (partage ou rachat de soulte). Les 15 % restants relèvent du contentieux familial, avec des coûts juridiques et humains très élevés. La mission du CGP est d'aider à éviter le contentieux : chiffrer les scénarios, identifier les leviers de négociation, coordonner notaire et expert immobilier.

Signaux d'alerte : faut-il agir vite ?

  • Un indivisaire refuse systématiquement de répondre aux sollicitations
  • Le bien se dégrade faute d'entretien concerté
  • Un indivisaire occupe seul sans contrepartie depuis plus de 12 mois
  • Les charges ne sont plus payées (taxe foncière, assurance, copropriété)
  • Un héritier envisage de céder sa part à un tiers (investisseur, marchand de biens)

Dans tous ces cas, initier une discussion formelle (lettre recommandée, réunion chez le notaire) est la première étape. Une médiation familiale peut éviter le contentieux judiciaire.

Chronologie précise : du déclenchement amiable à la licitation judiciaire

Chronologie conflictuelle type : de la première lettre recommandée (LRAR) à la vente finale
PhaseDuréeActions clésCoût cumulé (bien 450 k€)
Phase 1 — Tentative amiable (LRAR — lettre recommandée avec accusé de réception + réunion notaire)1 à 3 moisLettre recommandée, rendez-vous notarial, proposition de partage/rachat500 à 1 500 €
Phase 2 — Médiation familiale (facultative mais recommandée)2 à 4 moisMédiateur agréé, 4 à 6 séances, protocole d'accord écrit1 500 à 3 000 €
Phase 3 — Mise en demeure par avocat + sommation interpellative1 à 2 moisActe d'huissier, dernière tentative avant assignation1 500 à 2 500 €
Phase 4 — Assignation devant le Tribunal judiciaire (TJ) (art. 815 ou 815-5-1)1 moisRédaction assignation, constitution avocat, premier RG3 000 à 5 000 €
Phase 5 — Instruction judiciaire (conclusions, expertise)8 à 14 moisÉchanges conclusions, expertise immobilière contradictoire5 000 à 10 000 €
Phase 6 — Jugement + appel éventuel3 à 8 moisJugement 1ré instance, appel possible (30 jours)3 000 à 6 000 €
Phase 7 — Licitation (vente aux enchères) + partage prix4 à 8 moisCahier des charges notarié, audience d'adjudication, partage10 000 à 15 000 € + décote 15-25 %
TOTAL voie conflictuelle20 à 36 mois—25 000 à 45 000 € + décote licitation 67-112 k€

Concrètement, entre la première LRAR envoyée à l'héritier bloquant et la signature finale du partage du prix de vente, comptez en pratique 24 à 30 mois de procédure pour un bien de 450 000 euros, avec un coût global (frais + décote licitation) qui peut dépasser 100 000 euros soit 22 à 25 % du bien. Chaque mois de procédure supplémentaire coûte environ 1 500 à 2 500 euros en honoraires et frais divers. D'où le poids décisif de la médiation familiale (phases 2-3) : un accord trouvé à ce stade économise en moyenne 85 000 euros par rapport à une licitation judiciaire complète.

§ 10Partage amiable·5 min

9. Le partage amiable : procédure, coût, droit de partage 2,5 %

Le partage amiable est la voie royale pour sortir de l'indivision. Il suppose que tous les indivisaires soient d'accord sur : (1) la valorisation du ou des biens, (2) la composition des lots, (3) le versement éventuel de soultes. Quand cet accord est réuni, le partage se fait chez le notaire en quelques semaines.

Les 7 étapes du partage amiable

  1. Inventaire des biens indivis : liste exhaustive avec description, valeur, titres de propriété.
  2. Évaluation : expertise immobilière indépendante pour les biens importants (recommandé pour éviter contestations).
  3. Recensement du passif : dettes, crédits, charges en cours, créances entre indivisaires (art. 815-13).
  4. Composition des lots : soit par tirage au sort, soit par attribution négociée (priorité aux attributions préférentielles, art. 831 CC).
  5. Calcul des soultes : pour équilibrer les lots de valeurs différentes.
  6. Signature de l'acte de partage chez le notaire (obligatoire pour les biens immobiliers, art. 835 CC).
  7. Paiement du droit de partage (2,5 %) et des émoluments notariaux, publicité foncière.

Le droit de partage 2,5 % : calcul précis

Droit de partage — article 746 CGI (2026)

Droit de partage = Actif net partage x 2,5 %

Actif net partage = Biens partages (valeur de marché)
                  - Dettes à la charge de la masse indivise
                  - Créances dues a certains indivisaires

Exemple : maison héritée 450 000 EUR, dette hypothécaire 30 000 EUR
Actif net = 450 000 - 30 000 = 420 000 EUR
Droit de partage = 420 000 x 2,5 % = 10 500 EUR

Régime special DIVORCE/PACS (LF 2021) = 1,10 % au lieu de 2,5 %

Le droit de partage est dû intégralement, même si un seul bien est partagé. Chaque copartageant paie sa quote-part du droit, mais le notaire prélève sur les fonds du partage pour reverser au Trésor public.

Attention au piège : le droit de partage de 2,5 % (article 746 CGI) s'applique à toute opération qualifiée de partage, y compris au rachat de soulte que beaucoup pensent en être exempté (art. 883 CC : partage partiel déclaratif). L'assiette est l'actif net partagé — c'est-à-dire la valeur du bien moins les dettes hypothécaires restantes. Sur une maison de 450 000 € sans dette, vous payez donc 11 250 € au Trésor public. À budgéter dès le départ, jamais en fin de course.

Les émoluments du notaire

Émoluments notariaux sur le partage (tarif arrêté 25/02/2026 ECOC2604872A, en vigueur depuis le 01/03/2026)
Tranche du partageTaux applicableExemple sur 450 k€
0 à 6 500 €4,837 %314 €
6 500 à 17 000 €1,995 %209 €
17 000 à 60 000 €1,330 %572 €
Au-delà de 60 000 €0,998 %3 892 €
TOTAL émoluments HT (≈)4 987 €
TTC (TVA 20 %)5 984 €

Bilan complet pour un partage amiable sur une maison de 450 000 euros : droit de partage 11 250 euros + émoluments notariaux 5 984 euros + publicité foncière et frais annexes 600 euros = 17 834 euros environ, soit 3,96 % du patrimoine partagé. Comparer avec un partage judiciaire (15 à 20 %), l'économie est considérable.

Conseils pour sécuriser un partage amiable

  • Faire évaluer le bien par un expert indépendant avant les négociations
  • Signer un protocole d'accord écrit avant l'acte notarié (engagement)
  • Prévoir une clause de révision en cas de découverte ultérieure d'actifs ou passifs
  • Si lésion de plus d'1/4, action en complément de part possible dans 2 ans (art. 889 CC)
  • Conserver l'acte de partage : c'est le titre de propriété définitif
§ 11Partage judiciaire·6 min

10. Le partage judiciaire et la licitation (art. 815-5-1)

Quand l'amiable est mort, il reste le tribunal. Vous saisissez le Tribunal judiciaire (TJ) — l'ancien tribunal de grande instance — du lieu où la succession s'est ouverte. Avant 2009, un seul héritier hostile suffisait à bloquer une vente. La loi du 12 mai 2009 a changé la donne avec l'article 815-5-1 du Code civil : si vous représentez les 2/3 des droits, vous pouvez désormais demander au juge d'autoriser la vente, malgré le refus du minoritaire.

L'article 815-5-1 CC : la « révolution silencieuse » de 2009

Article 815-5-1 du Code civil (extrait)

« Sauf en cas de démembrement de la propriété du bien ou si l'un des indivisaires se trouve dans l'un des cas prévus à l'article 836, l'aliénation d'un bien indivis peut être autorisée par le tribunal judiciaire, à la demande de l'un ou plusieurs des indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis. [...] Si l'aliénation est autorisée par le tribunal, elle est effectuée par licitation. »

Concrètement : avant 2009, un minoritaire — même à 5 % — pouvait bloquer totalement la vente d'un bien indivis. Depuis 2009, si vous détenez au moins 2/3 des droits, vous pouvez demander au juge d'autoriser la vente malgré le refus du minoritaire, à condition de démontrer que ce refus met en péril l'intérêt commun. Le juge apprécie souverainement, mais accueille favorablement les demandes dans les situations de blocage prolongé (bien dégradé, charges impayées, conflit latent).

Procédure en 6 étapes

Procédure de l'art. 815-5-1 CC (autorisation judiciaire de vente)
ÉtapeActionDélai moyen
1Réunion préalable chez notaire + notification par acte extrajudiciaire aux minoritaires1 à 2 mois
2Assignation devant le Tribunal judiciaire du lieu de la succession2 semaines
3Instruction : échanges de conclusions, pièces, éventuelle expertise6 à 12 mois
4Jugement : autorisation ou refus de l'aliénation1 à 3 mois
5Si autorisation : licitation (vente aux enchères) devant notaire ou TJ3 à 6 mois
6Partage du prix de vente et paiement des créances2 à 4 mois

Durée totale : 18 à 30 mois. Coût total : 15 à 20 % du prix de vente (émoluments notaires, honoraires d'avocat, frais de publicité, expertise, droit de partage). La décote à la vente aux enchères (licitation) peut atteindre 15 à 25 % par rapport au prix de marché, les acheteurs pénalisant l'environnement contentieux. C'est pour cela que cette voie est une arme de dernier recours.

Les garanties pour le minoritaire

Le minoritaire dont la vente est imposée ne reste pas sans protection. Il peut exercer un droit de substitution pendant un mois après la licitation (art. 815-15 CC) : il acquiert aux mêmes conditions que l'adjudicataire tiers. Il peut également enchérir lors de la licitation, comme n'importe quel acheteur, et remporter le bien à un prix supérieur. Enfin, si le bien a été sous-évalué, il peut contester la valorisation devant le juge.

Pièges à éviter avant d'agir en 815-5-1

  • Ne pas sous-estimer l'impact humain : le conflit judiciaire laisse des traces durables
  • Vérifier la majorité des 2/3 en DROITS (pas en nombre d'héritiers)
  • Documenter le refus préjudiciable du minoritaire (dégradation, charges impayées)
  • Prévoir la décote de licitation dans le plan de financement
  • Explorer en parallèle la médiation familiale (coût 500 à 2 000 euros, souvent plus efficace)

La licitation, mesure subsidiaire : confirmation jurisprudentielle

La Cour de cassation a réaffirmé avec force, dans deux arrêts récents, que la licitation-partage n'est pas une voie de droit ordinaire mais une mesure subsidiaire, à n'ordonner qu'en cas d'impossibilité de partage en nature.

Jurisprudence 2024-2025 : licitation subsidiaire
ArrêtApport
Cass. 1ré civ. 6 mars 2024 n° 22-13.883 (inédit)La licitation des biens indivis ne peut être ordonnée que si le partage en nature est impossible. Les juges doivent rechercher si le bien peut être commodément partagé en nature — à défaut, la décision manque de base légale
Cass. 1ré civ. 5 février 2025 n° 21-15.932L'absence d'accord entre coïndivisaires est insuffisante, à elle seule, à justifier une licitation (art. 1377 CPC). Le juge doit motiver l'impossibilité du partage en nature

Concrètement, si un indivisaire majoritaire sollicite la licitation en espérant contourner un refus de partage, il doit démontrer que le bien n'est matériellement pas divisible (copropriété d'un seul appartement, maison unique, terrain insusceptible de division cadastrale). À défaut, le juge peut rejeter la demande et renvoyer les parties à un partage en nature ou à un rachat de soulte — ce qui tempère en pratique l'arme du 815-5-1.

§ 12Rachat de soulte·7 min

11. Le rachat de soulte entre héritiers : calcul et financement

Le rachat de soulte, c'est la solution préférée des familles qui restent unies. Un héritier veut garder le bien (souvent celui qui y a grandi, ou celui qui occupe déjà). Les autres veulent encaisser leur part. Un acte notarié solde tout : les sortants reçoivent leur quote-part en liquide, le rachetant devient seul propriétaire — comme si la maison lui avait appartenu seul depuis le décès.

Calcul précis de la soulte

Formule de calcul de la soulte de rachat

Soulte totale = (Valeur bien - Dettes indivises) x Quote-part cédée

Exemple 1 : Maison 450 000 EUR, 3 héritiers a parts égales
Dette restante 30 000 EUR (crédit hypothécaire)

Valeur nette       = 450 000 - 30 000 = 420 000 EUR
Quote-part cédée   = 2/3 (Léa rachète ses 2 frères)
Soulte totale      = 420 000 x 2/3 = 280 000 EUR
Soulte par frère   = 280 000 / 2 = 140 000 EUR

Exemple 2 : Même maison, 2 héritiers (50/50), sans dette
Valeur nette       = 450 000 EUR
Soulte (si 1 rachète l'autre) = 450 000 x 1/2 = 225 000 EUR

La soulte doit être établie sur la base de la valeur réelle au jour du partage. Une expertise immobilière indépendante évite toute contestation ultérieure — l'action en complément de part pour lésion de plus d'1/4 (art. 889 CC) reste ouverte 2 ans après le partage.

Les 5 voies de financement

Financement d'un rachat de soulte : comparatif
VoieAvantagesInconvénientsQuand l'utiliser
Apport personnelSimplicité, pas d'intérêtsMobilisation de liquidités importantesPatrimoine liquide suffisant
Prêt immobilier classiqueDurée 15-25 ans ; intérêts déductibles seulement si le bien est loué (revenus fonciers, ou BIC en meublé), jamais s'il est occupé à titre privéObligation d'hypothèque ou cautionSoulte inférieure à 300 k€
Prêt hypothécaire sur le bien héritéPas d'apport requis, soupleTaux plus élevé (+0,5 à 1 %)Rachetant déjà propriétaire du bien
Prêt familleTaux libre (souvent 0 % à 2 %), pas de DMTO ni de garantie hypothécaireActe notarié recommandé + déclaration fiscale via formulaire 2062 si prêt > 5 000 € (art. 49 B annexe III CGI). Risque de requalification en donation déguisée si remboursement non effectifRelations familiales solides + liquidités disponibles côté prêteur
Cession d'autres actifsNeutralité fiscale possible (PEA, assurance-vie)Plus-value à anticiperPortefeuille diversifié

Fiscalité du rachat de soulte

Le rachat de soulte est qualifié de partage partiel déclaratif (art. 883 CC). Cette qualification change tout fiscalement, car elle implique que :

  • Pas de plus-value imposable pour les sortants (pas de cession au sens fiscal, art. 150 U CGI).
  • Droit de partage de 2,5 % sur la valeur totale du bien partagé (art. 746 CGI), pas seulement sur la soulte.
  • Pas de DMTO (droits de mutation à titre onéreux — ce que l'on appelle communément les « frais de notaire » d'une vente classique, 5,80 %) : c'est l'économie majeure par rapport à une vente ordinaire.
  • Le rachetant reprend le bien avec effet rétroactif au décès : il est réputé en avoir été le seul propriétaire depuis l'ouverture de la succession.

Comparatif fiscal : rachat de soulte vs vente classique

Bien herite 450 000 EUR, 3 héritiers a parts égales.
Léo rachète les 2 autres (soulte totale 300 000 EUR).

CAS 1 : Rachat de soulte (art. 883 CC)
  Droit de partage : 450 000 x 2,5 % = 11 250 EUR
  Émoluments notaires : environ 5 500 EUR TTC
  TOTAL : environ 16 750 EUR (3,7 % du bien)

CAS 2 : Léo rachète les quotes-parts de ses 2 frères
        (licitation ou cession de droits successifs)
  Art. 750 II CGI : 2,50 % au profit d'un membre
  originaire de l'indivision, liquidé sur la valeur
  du bien SANS déduction de la part de l'acquéreur
  Droit : 450 000 x 2,50 % = 11 250 EUR
  Plus-value des frères (hypothèse) : 0 EUR (décès récent)

CAS 3 : Vente à un TIERS étranger à l'indivision
  DMTO de droit commun (environ 5,80 %) à la charge
  de l'acquéreur, et non 2,50 %

Entre membres originaires de l'indivision successorale, le rachat est taxé à 2,50 % qu'il prenne la forme d'un partage avec soulte (art. 746 CGI) ou d'une licitation / cession de droits successifs (art. 750 II CGI). Le tarif de faveur ne se perd qu'en présence d'un acquéreur étranger à l'indivision.

Garantie du paiement : hypothèque légale spéciale du copartageant

Les héritiers sortants bénéficient d'une hypothèque légale spéciale du copartageant (art. 2402, 4° CC, ex-privilège du copartageant devenu hypothèque légale spéciale avec l'ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, en vigueur depuis le 1er janvier 2022) sur le bien attribué, garantissant le paiement de la soulte. Elle prend rang au jour de son inscription au fichier immobilier (la rétroactivité de l'ancien privilège a été supprimée par la réforme). En cas de non-paiement, les sortants peuvent faire vendre le bien pour se payer sur le prix.

Stratégie CGP : optimiser le rachat de soulte

Au-delà du calcul brut, nos CGP travaillent sur plusieurs leviers d'optimisation : (1) choisir le bon véhicule de financement (prêt hypothécaire, nantissement d'assurance-vie, crédit lombard — ligne de crédit adossée à un portefeuille de titres financiers) ; (2) structurer un prêt famille avec acte notarié et taux légal réduit ; (3) anticiper la fiscalité (IFI — impôt sur la fortune immobilière, dû à partir de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net ; revenus fonciers si mise en location) ; (4) coordonner avec un portefeuille SCPI (société civile de placement immobilier) pour diversifier. Le rachat de soulte est autant une décision patrimoniale qu'une opération de trésorerie.

Attention à la lésion dans le rachat de soulte (art. 889 CC)

Toute soulte arrêtée sur une valeur manifestement sous-évaluée (écart supérieur à 25 % par rapport à la valeur de marché au jour du partage) expose le rachetant à une action en complément de part des cohéritiers pendant 2 ans à compter du partage (art. 889 CC) — et ce même si l'acte de partage a été signé chez le notaire. Concrètement : faire établir une expertise immobilière contradictoire (2 avis indépendants au minimum) AVANT de signer, et conserver les rapports. C'est la meilleure parade contre une action rétroactive qui pourrait obliger le rachetant à verser un complément de plusieurs dizaines de milliers d'euros 18 mois après le partage.

§ 13Attribution préf.·5 min

12. L'attribution préférentielle (conjoint, occupant, exploitant)

L'attribution préférentielle, c'est le mécanisme qui permet à un héritier de dire : « cette maison, c'est moi qui la garde », à charge pour lui d'indemniser les autres en liquide. C'est l'outil clé pour préserver la continuité familiale — le conjoint qui veut rester dans son logement, l'enfant qui reprend la ferme, le frère qui occupe déjà l'appartement (articles 831 à 834 du Code civil).

Les 4 cas d'attribution préférentielle

Attribution préférentielle (art. 831 à 834 CC)
CasBase légaleNatureCondition
Conjoint survivant — logementArt. 831-2 CCDE DROIT (imposable au partage)Logement effectif au décès + mobilier garnissant
Héritier occupantArt. 831 CCÀ la demande (appréciation judiciaire)Occupation effective et durable du bien
Héritier exploitant (agricole, commercial)Art. 832, 833 CCSelon seuils et continuité d'activitéContinuité de l'exploitation
Héritier copropriétaireArt. 834 CCÀ la demandeCopropriété antérieure du bien

L'attribution de droit du conjoint survivant (art. 831-2)

C'est la plus forte des attributions préférentielles. Le conjoint survivant peut exiger l'attribution du logement qui lui servait effectivement d'habitation au décès, ainsi que du mobilier qui le garnit. « De droit » signifie que les autres héritiers ne peuvent pas s'y opposer (à la différence de l'article 831 où le juge apprécie). Cette règle protège le cadre de vie du conjoint contre un éventuel refus des enfants du premier lit.

En contrepartie, le conjoint doit verser une soulte aux autres héritiers, évaluée à la valeur réelle du logement au jour du partage. Cette soulte est en principe payable comptant : l'attributaire ne peut imposer à ses copartageants des délais que pour la moitié au plus de la soulte, et sur dix ans maximum (art. 832-4 al. 2 C. civ., dans les seuls cas des art. 831-3 et 832), avec garantie hypothécaire et intérêts au taux légal sauf convention contraire. Un étalement plus large suppose l'accord amiable de tous les copartageants.

Attribution préférentielle avec échelonnement (art. 832-4)

Conjoint survivant Nathalie, 68 ans. Maison 500 000 EUR (logement effectif).
3 héritiers : Nathalie (1/4) + 2 enfants du 1er lit (3/8 chacun, 3/4 total).

Attribution préférentielle de droit du logement a Nathalie (art. 831-3)
Valeur à verser aux enfants (soulte) = 500 000 x 3/4 = 375 000 EUR
Part par enfant = 375 000 / 2 = 187 500 EUR

Art. 832-4 al. 2 : la MOITIE AU PLUS peut être échelonnée, sur 10 ans
  Fraction payable comptant  = 187 500 EUR
  Fraction échelonnée        = 187 500 EUR
  Mensualité (capital + intérêts 3 % annuel) = environ 1 811 EUR/mois
Garantie : hypothèque légale sur le logement au profit des enfants

Nathalie doit donc réunir 187 500 EUR le jour du partage (assurance-vie,
épargne, crédit), sauf accord amiable des copartageants pour étaler plus

L'échelonnement ne couvre au plus que la moitié de la soulte : l'autre moitié est due comptant au partage. Les enfants bénéficient d'une créance garantie par hypothèque légale. Le notaire encadre tout cela dans l'acte de partage.

L'attribution à l'héritier occupant

Article 831 CC : un héritier qui occupait effectivement le bien (comme résidence principale, comme local professionnel) peut demander son attribution. Le juge du partage apprécie l'intérêt de l'attribution au regard de la situation familiale et économique. L'attribution n'est pas « de droit » mais elle est largement accordée en pratique quand la demande est légitime (occupation durable, lien affectif, continuité d'activité).

Conflit entre plusieurs demandeurs

Si plusieurs héritiers demandent l'attribution du même bien, le juge du partage tranche selon les critères suivants : (1) intérêt particulier pour le bien (occupation, exploitation), (2) capacité à payer la soulte, (3) équité globale du partage entre les héritiers, (4) âge et situation familiale. Les critères de rédaction du Code civil (loi du 23 juin 2006) insistent sur le caractère concret et familial de l'appréciation, loin de toute rigueur mathématique.

Demander une attribution préférentielle : les bons réflexes

  • Faire la demande dès le début du règlement de la succession
  • Documenter l'occupation (quittances EDF, assurance, attestations)
  • Évaluer le coût de la soulte et sa capacité de paiement (échelonnement)
  • Obtenir une expertise immobilière contradictoire pour la valorisation
  • Discuter avec un CGP de la stratégie globale (financement, fiscalité, IFI)

Attribution préférentielle et démembrement : la précision de 2025

Par un arrêt Cass. 1ré civ. 30 avril 2025 n° 24-15.624, la Cour de cassation a apporté une précision majeure : l'attribution préférentielle, modalité du partage, ne peut porter que sur les droits compris dans l'indivision à partager. Autrement dit, lorsque l'indivision ne porte que sur la nue-propriété (parce qu'un conjoint survivant a opté pour l'usufruit total par exemple, art. 757 CC), l'héritier nu-propriétaire ne peut se voir attribuer que la nue-propriété — pas la pleine propriété.

Implication pratique

Dans une succession avec conjoint survivant usufruitier, un enfant qui souhaite obtenir la résidence familiale devra attendre l'extinction de l'usufruit (décès du conjoint) ou négocier le rachat de l'usufruit auprès du conjoint survivant. L'attribution préférentielle immédiate est juridiquement impossible sur la pleine propriété. Pour sécuriser cette stratégie, le recours à une convention d'indivision notariée (art. 1873-1 CC) ou à un mandat à effet posthume peut anticiper la sortie.

§ 14Cession quote-part·4 min

13. Cession de quote-part et droit de préemption

Chaque indivisaire est libre de céder sa quote-part indivise à qui il veut (un autre indivisaire, un tiers, une société). Mais cette liberté est encadrée par un droit de préemption des coindivisaires (art. 815-14 CC), qui vise à protéger l'équilibre familial en évitant l'entrée d'un tiers étranger dans l'indivision.

Procédure de la cession à un tiers (art. 815-14)

Étapes de la cession de quote-part à un tiers
ÉtapeActionDélai
1Signer un compromis de cession avec le tiers acquéreur—
2Notifier par acte de notaire OU LRAR aux autres indivisaires : prix, conditions, identité du tiersImmédiat
3Attendre la réponse des coindivisaires (exercice ou non de la préemption)1 mois
4aSI préemption : le préempteur se substitue au tiers aux mêmes conditions2 mois pour finaliser
4bSI pas de préemption : la cession au tiers se réalise2-3 mois
5Publicité foncière + enregistrementImmédiat

Attention : la violation du droit de préemption entraîne la nullité de la cession (art. 815-16 CC). Les coindivisaires non informés disposent de 5 ans pour agir en annulation devant le TJ. C'est pour cela que toute cession à un tiers doit impérativement passer par un notaire qui sécurise la notification.

Le droit de substitution après licitation (art. 815-15)

Si une cession a échappé au droit de préemption (vente aux enchères publiques), les coindivisaires bénéficient d'un droit de substitution pendant un mois après l'adjudication. Ils acquièrent alors le bien aux conditions exactes de la vente aux enchères. C'est un second filet de sécurité pour la famille.

Fiscalité de la cession de quote-part

Contrairement au rachat de soulte (partage déclaratif), la cession de quote-part à un tiers est qualifiée de cession au sens fiscal. Elle est soumise :

  • Plus-value immobilière (art. 150 U CGI) : 19 % IR + 17,2 % PS, avec abattements pour durée de détention (22 ans IR, 30 ans PS) à compter de la date du décès. Voir notre guide plus-value immobilière 2026.
  • DMTO (5,80 %) à la charge de l'acquéreur (et non du cédant).
  • Pas de droit de partage 2,5 %, puisqu'il n'y a pas de partage (un seul indivisaire sort, les autres restent en indivision).

La cession à un tiers : le cheval de Troie

Dans les indivisions conflictuelles, un indivisaire isolé peut être tenté de céder sa part à un marchand de biens ou à un investisseur spéculatif. L'effet sur la famille est dévastateur : le nouvel indivisaire, sans attachement familial, va utiliser tous les leviers juridiques (815-5-1, contentieux, pression financière) pour forcer la vente rapide du bien. Vigilance : si un indivisaire menace de céder, l'exercice préventif d'un rachat de soulte est souvent la meilleure parade.

§ 15Indivision vs SCI·8 min

14. Indivision ou SCI familiale : que choisir ?

Quand les héritiers souhaitent conserver le bien durablement, la question se pose inévitablement : rester en indivision, ou apporter le bien à une SCI familiale ? Les deux régimes offrent des compromis très différents entre souplesse de gestion, stabilité et coût. Voici l'analyse comparative complète.

Indivision vs SCI familiale : comparatif complet
CritèreIndivisionSCI familiale
CréationGratuite, automatique au décèsApport en nature : 3 000 à 5 000 € de frais de constitution + émoluments notariés et publicité foncière. Droits d'enregistrement NULS si la SCI est à l'IR (apport pur et simple lors de la constitution, art. 810 bis CGI) ; droit de 5 % si la SCI est à l'IS, sauf engagement de conservation des titres pendant 3 ans (art. 809, I, 3° et 810, III CGI)
GestionMajorité 2/3 (art. 815-3) — souvent bloquanteSouple, gérant unique, décisions statutaires
Vente du bienUnanimité (ou art. 815-5-1 sur décision judiciaire)Majorité prévue par les statuts
Cession de partPréemption coindivisaires, 1 moisAgrément statutaire, délai prévu
SortieÀ la demande d'un seul (art. 815)Cession de parts sociales ou dissolution
Fiscalité revenusIR direct sur quote-part (revenus fonciers)IR à la quote-part (SCI à l'IR) ou IS
Fiscalité transmissionAbattement 100 000 €/parent-enfant/15 ansIdem + décote 15-25 % sur parts (illiquidité)
IFI (impôt sur la fortune immobilière)Quote-part avec décote 10-30 % + abattement de 30 % si le bien est la résidence principale de l'indivisaire (art. 973 CGI)Parts avec décote 15-25 %, mais AUCUN abattement de 30 % : il est réservé à la détention directe de l'immeuble
Adapté àDurée courte (0-5 ans)Durée longue (plus de 10 ans)

En 30 secondes — la décote sur parts de SCI à l'IFI

La décote d'illiquidité s'applique sur la valeur de l'actif net réévalué de la SCI (immeuble + trésorerie − dettes). Fourchette retenue par l'administration et la jurisprudence (BOI-ENR-DMTG-10-40-10) : 10 % minimum pour une SCI récente, 15 à 20 % pour la majorité des cas, jusqu'à 25 à 30 % sur SCI minoritaire familiale ou clause d'agrément stricte. Détail des justifications dans notre guide SCI et IFI.

Concrètement, l'indivision coûte zéro à l'entrée mais se gère difficilement à plusieurs. La SCI familiale suppose des frais de constitution (3 000 à 5 000 euros), les émoluments notariés de l'acte d'apport et la publicité foncière — maisaucun droit d'enregistrement lorsqu'elle est à l'IR : l'apport pur et simple d'un immeuble lors de la constitution d'une société non passible de l'IS est enregistré gratuitement (art. 810 bis CGI). Le coût change de nature si la SCI est à l'IS, l'apport étant alors taxé à 5 % faute d'engagement de conservation des titres pendant 3 ans. Plus la durée de détention prévue est longue, plus la SCI se rentabilise.

Les 3 avantages décisifs de la SCI familiale

  1. Souplesse de gestion : un gérant (par exemple un des enfants) prend les décisions courantes. Les statuts peuvent prévoir des majorités sur mesure (simple, renforcée, qualifiée) selon la nature des décisions. Fini le blocage de la majorité 2/3.
  2. Transmission fluide : les parents peuvent donner des parts progressivement aux enfants ( abattement de 100 000 € par parent et par enfant rechargé tous les 15 ans, art. 779 I CGI), avec démembrement temporaire, et figer ainsi la transmission sur 20-30 ans. Voir aussi notre guide sur la SCI familiale pour transmettre.
  3. Décote fiscale : à l'IFI comme en succession, les parts de SCI bénéficient d'une décote de 15 à 25 % pour illiquidité, par rapport à la détention directe. Un avantage concret qui se répète chaque année à l'IFI.

Les 3 inconvénients de la SCI familiale

  1. Coût d'entrée : frais de constitution (3 000 à 5 000 euros), émoluments notariés sur l'acte d'apport et publicité foncière. Les droits d'enregistrement sont nuls pour une SCI à l'IR (art. 810 bis CGI) ; c'est le choix de l'IS qui rend l'apport coûteux (5 %, sauf engagement de conservation des titres pendant 3 ans). À rentabiliser sur la durée de détention.
  2. Obligations comptables : comptabilité annuelle, assemblée générale, déclaration fiscale (même si SCI à l'IR translucide). Honoraires expert-comptable 1 000 à 2 000 euros par an.
  3. Rigidité de sortie : contrairement à l'indivision, un associé seul ne peut pas forcer la dissolution. Les cessions de parts sont soumises à l'agrément. Peut frustrer un associé minoritaire en désaccord.

Garder l'indivision (0-5 ans)

Vous prévoyez de vendre ou partager dans les 5 ans. Coûts d'entrée zéro, flexibilité de sortie maximum, règles simples. La gestion suffit si accord 2/3.

Passer en SCI (plus de 10 ans)

Vous voulez conserver durablement le bien en famille. Quelques milliers d'euros de frais d'acte (aucun droit d'enregistrement si la SCI est à l'IR) pour gagner en souplesse, décote sur les parts, transmission optimisée. Règle d'or : rentabilisation sur 10 ans minimum.

La voie hybride : démembrement de l'indivision (US au conjoint + NP aux enfants)

Entre l'indivision pure et la SCI, il existe une troisième voie souvent ignorée : le démembrement post-succession. Le conjoint survivant conserve l'usufruit (jouissance + loyers), les enfants reçoivent la nue-propriété en indivision entre eux. C'est la configuration naturelle quand le conjoint opte pour l'usufruit total (art. 757 CC) plutôt que pour le 1/4 en pleine propriété.

3 configurations : indivision pleine, démembrement, SCI
CritèreIndivision pleine PPDémembrement (US conjoint + NP enfants)SCI familiale
Coût d'entrée0 €0 € (légal au décès)Frais de constitution et d'acte ; droits d'enregistrement nuls si la SCI est à l'IR (art. 810 bis CGI)
Répartition de l'assiette IFIChaque indivisaire déclare sa quote-partUsufruit légal du conjoint (art. 757 C. civ.) : usufruitier ET nus-propriétaires déclarent chacun leur part selon le barème de l'art. 669 CGI (exception du 1° de l'art. 968 CGI)Décote parts 15-25 %
Transmission nue-propriété enfantsPas optimiséeDéjà réalisée au décès (extinction US = gratuite)Parts à donner par tranches
Gestion couranteUnanimité / 2/3Usufruitier seul (art. 605 CC) pour entretienGérant unique
Sortie anticipéePartage immédiat possibleComplexe (accord usufruitier + nus-propriétaires)Cession parts / dissolution
Risque conflit NP entre enfantsÉlevéModéré (US du parent pacifie)Faible (statuts cadrent)

Concrètement, le démembrement post-succession devient le bon réflexe quand le conjoint survivant est encore jeune (moins de 70 ans) et occupe le logement familial. Il préserve le cadre de vie du conjoint, répartit l'assiette IFI entre les générations (l'usufruit du conjoint issu de l'art. 757 C. civ. relève de l'exception du 1° de l'art. 968 CGI : usufruitier et nus-propriétaires déclarent chacun leur part selon le barème de l'art. 669 CGI ; dans un démembrement conventionnel, au contraire, l'usufruitier seul déclare la valeur en pleine propriété) et anticipe la transmission aux enfants sans coût additionnel (l'extinction de l'usufruit au décès est non imposable, art. 1133 CGI). La bascule en SCI familiale reste possible plus tard, quand les enfants deviennent adultes et gestionnaires.

Règle d'or : choisir selon l'horizon

Chez Hagnéré Patrimoine, nous recommandons l'indivision pour les situations temporaires (accord des héritiers sur une sortie dans 0-5 ans) et la SCI familiale pour les détentions longues (plus de 10 ans). La transition de l'une à l'autre est toujours possible par apport à la SCI, mais elle déclenche des coûts à anticiper. Voir nos guides détaillés sur la création d'une SCI familiale et le choix entre SCI à l'IR et SCI à l'IS.

§ 16Loi 2026-248·8 min

15. La loi 2026-248 du 7 avril 2026 : ce qui change

Pour qui ? Cette section concerne les indivisions anciennes ou complexes (transgénérationnelles, sans titre formel, situées en Outre-mer ou en Corse). Si votre succession a été ouverte normalement chez le notaire avec acte signé, vous pouvez sauter cette section.

Bonne nouvelle pour les indivisions bloquées depuis des générations. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, en vigueur depuis le 9 avril 2026, apporte trois évolutions concrètes : déblocage des biens hérités sans titre formel, accélération du partage judiciaire, modernisation numérique des successions vacantes. Le texte consolidé est disponible sur Légifrance (référence JORFTEXT000053773159).

Ce qui change concrètement depuis le 9 avril 2026

  • Décision à la majorité des 2/3 élargie pour les biens indivis établis par acte notarié sans titre de propriété préalable : les indivisaires représentant 2/3 peuvent désormais exprimer devant notaire l'intention de vendre ou de partager
  • Notification notariale obligatoire : le notaire dispose d'un mois pour notifier le projet aux autres indivisaires et assurer la publicité légale
  • Délai d'opposition de 3 mois : en cas d'opposition, le juge peut autoriser l'opération si elle ne cause pas de préjudice excessif aux droits des opposants
  • Modernisation numérique des mesures de publicité (ordonnance de curatelle, inventaire, comptes) désormais ouvertes aux moyens numériques sur le site de l'autorité domaniale
  • Pouvoirs élargis du curateur : le curateur aux successions vacantes peut désormais délivrer mandat de signature d'acte de vente, simplifiant la logistique opérationnelle

Les 3 apports majeurs de la loi 2026-248

Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 — apports confirmés (texte consolidé Légifrance, entrée en vigueur 9 avril 2026)
MesureObjectifImpact opérationnel
Vente à la majorité 2/3 pour biens sans titre préalableDébloquer les biens hérités depuis plusieurs générations sans titre formaliséNotification notaire 1 mois + opposition 3 mois + arbitrage juge TJ
Accélération partage judiciaire (procédure modernisée)Réduire les délais de nomination notaire commis et d'expertiseDurée moyenne cible 18-20 mois (vs 30 mois aujourd'hui)
Gestion numérique des successions vacantesSimplifier curatelle Domaines, accélérer publicité et mandatsPublicité en ligne autorité domaniale, curateur peut déléguer signature

Biens hérités sans titre préalable : la nouvelle procédure à 2/3

Le texte cible principalement les biens indivis hérités depuis plusieurs générations sans acte notarié de partage préalable (fréquents en Outre-mer, en Corse, dans les zones rurales). La procédure est désormais la suivante :

  1. Les indivisaires représentant au moins 2/3 des droits indivis se réunissent devant un notaire
  2. Ils expriment l'intention de vendre ou de partager via un acte notarié
  3. Le notaire notifie le projet aux autres indivisaires dans le mois et assure la publicité légale (BODACC, publication foncière le cas échéant)
  4. Les indivisaires opposants disposent de trois mois pour saisir le Tribunal judiciaire et contester l'opération
  5. Le juge statue en appréciant si l'opération cause ou non un préjudice excessif aux droits des opposants
  6. En l'absence d'opposition ou en cas de rejet par le juge, la vente ou le partage peut intervenir

Accélération du partage judiciaire

La loi réduit les délais procéduraux qui ralentissaient les partages contentieux : encadrement du délai de nomination du notaire commis par le juge, réduction du délai de conclusion d'expertise, sanctions accrues du retard du notaire. Objectif affiché : passer d'une durée moyenne de 30 mois à 18-20 mois pour une procédure de partage judiciaire standard.

Successions vacantes : le rôle élargi des communes et du curateur

Lorsqu'une succession est déclarée vacante (absence d'héritier identifié après 6 mois, art. 809 C. civ.), la curatelle est confiée à l'État (Direction nationale d'interventions domaniales — DNID). La loi 2026-248 permet désormais une publicité dématérialisée des mesures (inventaire, comptes, ordonnance de curatelle) et autorise le curateur à déléguer la signature d'actes de vente par mandat, simplifiant la gestion logistique quand les héritiers tardent à se manifester.

Effets pratiques pour vos dossiers en cours

  • Successions ouvertes avant le 9 avril 2026 : restent régies par le droit antérieur — la nouvelle procédure ne s'applique pas rétroactivement à une indivision constituée sous l'ancienne loi
  • Successions ouvertes depuis le 9 avril 2026 : bénéficient des nouveaux mécanismes, y compris pour l'ensemble des biens de la succession
  • Biens anciens sans titre préalable : la nouvelle procédure 2/3 est applicable à toute situation de blocage, quelle que soit l'ancienneté — c'est l'apport le plus marquant en pratique
  • Vérifier sur Légifrance (texte consolidé JORFTEXT000053773159) avant toute stratégie opérationnelle, les décrets d'application étant encore attendus sur certains points techniques

Concrètement, la loi 2026-248 ne supprime pas le régime de l'unanimité pour les actes de disposition ordinaires : elle ajoute une voie supplémentaire réservée aux situations de blocage structurel. La majorité des indivisions familiales classiques (enfants héritiers d'un parent) continue à relever des règles habituelles : 2/3 pour l'administration (art. 815-3), unanimité pour la disposition (art. 815), autorisation judiciaire 815-5-1 pour forcer la vente.

§ 17Conjoint survivant·7 min

16. Conjoint survivant : usufruit universel ou 1/4 en pleine propriété ?

Pour qui ? Cette section concerne les héritiers en présence d'un conjoint survivant. Si vos parents étaient seuls (divorcés, veufs, jamais mariés), vous pouvez passer directement à la section 17.

Si votre père ou votre mère décède et laisse un conjoint, c'est ce conjoint qui choisit la forme de l'héritage — et ce choix conditionne 20 à 30 ans d'organisation familiale. En présence d'enfants tous issus du couple marié, le Code civil (article 757) laisse au conjoint survivant un choix : 1/4 en pleine propriété (avec les enfants nus-propriétaires et pleins propriétaires de leurs quote-parts) ou la totalité en usufruit (avec les enfants nus-propriétaires sur toute la succession). Cette décision conditionne 20 à 30 ans d'organisation familiale.

Option du conjoint survivant — principaux effets patrimoniaux. Uniquement quand tous les enfants sont issus du couple marié.
OptionConjoint survivant reçoitEnfants reçoiventIndivision ?
1/4 en pleine propriété (art. 757)1/4 PP sur l'ensemble des biens3/4 PP à partager entre eux (égalité art. 733)Oui, entre conjoint et enfants en PP
Totalité en usufruit (art. 757)100 % en usufruit sur tous les biens100 % en nue-propriété à partager entre euxDémembrement généralisé + indivision NP entre enfants

Délai pour opter : 3 mois + sommation

Le conjoint survivant dispose d'un délai de 3 mois à compter de la sommation d'opter qui lui est adressée par les héritiers ou le notaire (article 758-3 C. civ.). En l'absence de réponse, il est réputé avoir opté pour l'usufruit. Avant toute sommation, le conjoint peut attendre autant qu'il le souhaite — mais un héritier pressé peut forcer la décision.

Familles recomposées : l'option n'existe pas

Attention : en présence d'enfants non communs (enfants d'une précédente union du défunt), le Code civil impose le 1/4 en pleine propriété (art. 757) sans possibilité d'usufruit universel. C'est la principale source de conflit dans les familles recomposées : le conjoint survivant se retrouve en indivision sur 1/4 avec des enfants qu'il ne connaît parfois que peu, voire pas du tout. Solutions préventives à anticiper par donation entre époux ou testament pour aménager la situation.

Droit viager au logement (art. 764 C. civ.) : automatique

Indépendamment du choix 1/4 PP ou usufruit universel, le conjoint survivant bénéficie automatiquement de deux protections cumulatives sur le logement familial :

  • Droit temporaire au logement (1 an automatique, gratuit) — art. 763 C. civ., s'impose à l'indivision même si le conjoint ne chiffre rien
  • Droit viager au logement sur demande dans les 12 mois (art. 764 C. civ.) — usufruit viager du logement qui lui servait effectivement d'habitation au décès, et du mobilier le garnissant

Piège en famille recomposée : le droit viager non opposable

Si le logement appartenait en propre au défunt et qu'il laisse des enfants d'une précédente union, le droit viager au logement peut être neutralisé par un testament expressément rédigé en ce sens (art. 764 al. 1 CC : le défunt peut priver le conjoint de ce droit par acte notarié). Dans ce cas, le logement est immédiatement en indivision entre le conjoint (1/4 PP) et les enfants du premier lit, sans droit d'habitation protégé. Situation à anticiper avant le décès par une donation entre époux ou un changement de régime matrimonial.

Arbitrage chiffré : 1/4 PP ou usufruit ?

Cas pratique. Pierre décède à 75 ans. Sa conjointe Hélène, 70 ans, a le choix. Succession : maison 400 000 € + portefeuille 200 000 €. Deux enfants.

  • Option 1/4 PP : Hélène reçoit 150 000 € (1/4 de 600 000 €) en pleine propriété. Chaque enfant reçoit 225 000 € à partager. Hélène peut consommer librement, vendre ou donner. Mais la succession se règle immédiatement — indivision ouverte entre 3 personnes.
  • Option usufruit universel : Hélène reçoit l'usufruit de 600 000 €. Fiscalement valorisé à 40 % (art. 669 CGI, âge 61-70 ans révolus) soit 240 000 € imposables. Les enfants reçoivent la nue-propriété 360 000 €. À son décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires (art. 1133 CGI). Gestion quotidienne plus complexe : toutes les décisions de vente exigent l'accord des 2 enfants + Hélène.

Concrètement, le 1/4 PP est préféré quand le conjoint survivant souhaite de la liberté financière immédiate (vendre une partie pour consommer, faire des donations aux enfants). L'usufruit universel est préféré en famille unie souhaitant préserver le patrimoine pour la génération suivante, avec un conjoint qui accepte de gérer en démembrement. Le notaire guide l'arbitrage au cas par cas.

L'option du conjoint survivant a une autre conséquence qu'on ignore souvent : le rapport des donations antérieures à la succession.

§ 18Rapport donations·8 min

17. Rapport des donations antérieures et recel successoral

Pour qui ? Cette section concerne les héritiers dont le défunt avait consenti des donations de son vivant à un ou plusieurs héritiers. À ouvrir en priorité si une telle donation existe, même ancienne — elle peut basculer l'équilibre du partage de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Voici un piège que beaucoup de familles découvrent trop tard. Les donations consenties par le défunt de son vivant ne disparaissent pas avec lui — elles peuvent être rapportées à la succession au moment du partage, et elles modifient mécaniquement vos quotes-parts. C'est le mécanisme du rapport, encadré par les articles 843 à 850 du Code civil. Son but : que personne n'ait reçu plus que ses frères et sœurs au final.

Quelles donations doivent être rapportées ?

Régime du rapport des donations à la succession (articles 843 et suivants du Code civil).
Nature de la donationRapportable ?Base juridique
Donation simple au rang de la successionOui par défautArt. 843 C. civ.
Donation « hors part successorale » ou préciputaireNon (avantage acquis)Art. 843 al. 2 C. civ.
Donation-partage (art. 1075)Non — partage anticipé définitifArt. 1078 C. civ.
Présents d'usage (cadeaux d'anniversaire, mariage...)Non, si proportionnés à la fortuneArt. 852 C. civ.
Avantages indirects (prêts non remboursés, logement gratuit)Oui si donation déguisée établieJurisprudence constante
Assurance-vie (primes non exagérées)Non — hors successionArt. L132-12 C. ass.
Assurance-vie (primes manifestement exagérées)Oui réintégration partielleArt. L132-13 C. ass.

Évaluation au jour du partage (art. 860 C. civ.)

Règle de base, et c'est elle qui crée la plupart des litiges entre héritiers : la donation rapportable est évaluée à la valeur du bien donné au jour du partage, selon son état au jour de la donation. Cela signifie qu'un appartement donné il y a 20 ans pour 100 000 € et qui en vaut aujourd'hui 350 000 € sera rapporté à 350 000 € à la succession. Cette règle pénalise les héritiers gratifiés de biens à forte plus-value et peut créer des déséquilibres importants si le bien a été massivement revalorisé.

Le recel successoral (art. 778 C. civ.) : sanction lourde

Un héritier qui dissimule sciemment un bien de la succession ou une donation antérieure qu'il aurait dû déclarer commet un recel successoral. La sanction est lourde : il est réputé accepter purement et simplement la succession (même s'il y avait renoncé) et privé de toute part sur le bien recelé ou sur la donation dissimulée. Cette sanction est imprescriptible jusqu'à la clôture du partage.

Cas fréquents de recel qualifié par la jurisprudence

  • Dissimulation d'un compte bancaire du défunt au nom de l'héritier
  • Non-déclaration d'une donation reçue (rupture d'égalité)
  • Retraits massifs sur le compte bancaire du défunt post mortem avant inventaire
  • Déplacement clandestin de meubles ou objets de valeur avant l'inventaire notarié
  • Non-révélation d'un coffre-fort, d'un bien à l'étranger, d'une assurance-vie ou d'un contrat de capitalisation

Action en recel : elle peut être introduite par tout cohéritier devant le Tribunal judiciaire. La preuve incombe au demandeur, qui doit établir à la fois l'acte matériel de dissimulation et l'intention frauduleuse. Le recel de donation se prouve par tout moyen (extraits bancaires, témoignages, aveux). En cas de doute, le notaire chargé de la succession peut demander une enquête via sa CRIDON.

Cas pratique : recalcul des quotes-parts après rapport

Marie décède, laissant 3 enfants (Julie, Paul, Sophie) et une maison 600 000 € en succession. Julie avait reçu 10 ans auparavant une donation simple non préciputaire de 120 000 € (portefeuille financier, valeur actuelle 150 000 €).

  • Masse à partager (art. 825) : 600 000 € (succession) + 150 000 € (donation rapportée à la valeur actuelle) = 750 000 €
  • Part théorique de chacun (1/3) : 250 000 €
  • Julie a déjà reçu 150 000 € de donation : elle doit recevoir 100 000 € supplémentaires en succession
  • Paul et Sophie reçoivent chacun 250 000 € en pleine propriété dans l'indivision
  • Au final : la maison de 600 000 € est partagée en 100 000 € pour Julie + 250 000 € chacun pour Paul et Sophie (soulte éventuelle si attribution d'un bien en nature)

Le rapport des donations est donc une brique structurante du partage. Il affecte la stratégie de sortie d'indivision et la valorisation des soultes.

Passons maintenant aux cas particuliers où la présence d'héritiers incapables, mineurs ou absents complique la gestion de l'indivision.

§ 19Cas particuliers·7 min

18. Cas particuliers : héritier mineur, majeur protégé, succession vacante

Pour qui ? Cette section concerne les indivisions impliquant un mineur, un majeur sous tutelle ou curatelle, ou une succession sans héritier identifié. Si tous les héritiers sont des adultes capables, vous pouvez sauter directement à la section 19.

Trois cas font dérailler le calendrier classique de l'indivision : un héritier mineur (votre nièce qui hérite de son père), un majeur protégé sous tutelle ou curatelle (un frère malade ou âgé), ou une succession sans héritier identifié. Dans ces trois situations, le juge entre dans le jeu et peut allonger la procédure de 6 à 18 mois supplémentaires — quel que soit le bon vouloir de la famille. Mieux vaut anticiper.

Héritier mineur : acceptation à concurrence de l'actif net obligatoire

Lorsqu'un enfant mineur hérite d'un bien immobilier, le Code civil (art. 387-1, qui liste les actes graves nécessitant l'autorisation préalable du juge) impose en pratique une acceptation à concurrence de l'actif net (acceptation dite bénéficiaire) : les administrateurs légaux ne peuvent jamais accepter purement et simplement la succession sans autorisation. Cette règle protège le patrimoine du mineur en cantonnant les dettes successorales à la valeur des biens hérités.

Toute vente du bien indivis exige l'autorisation préalable du juge aux affaires familiales (JAF) depuis l'ordonnance du 15 octobre 2015 (avant : juge des tutelles). Le dossier de saisine inclut : estimation du bien par expert, projet d'acte, justification de l'intérêt de l'enfant. Délai moyen : 3 à 6 mois, parfois 9 à 12 mois si désaccord entre parents séparés.

Majeur protégé : tutelle, curatelle, habilitation familiale

Le régime dépend du niveau de protection. En tutelle (art. 440 et s. C. civ.), le tuteur agit au nom du majeur protégé avec autorisation du conseil de famille ou du juge des tutelles pour les actes de disposition (vente, hypothèque). En curatelle, le curateur assiste le majeur protégé : double signature obligatoire. En habilitation familiale (art. 494-1 s., créée en 2016), la famille peut obtenir un régime allégé de représentation — mais vente de l'immeuble indivis toujours soumise à autorisation judiciaire.

Piège pratique : délais de procédure

L'intervention d'un héritier mineur ou sous protection peut ajouter 6 à 18 mois à l'issue du partage. Anticiper dès le début du dossier : demander au notaire de saisir le juge compétent le plus tôt possible, en parallèle des autres opérations. Le nouveau régime d'habilitation familiale permet dans certains cas de simplifier significativement la gouvernance — à explorer avec le juge des tutelles.

Succession vacante : la curatelle de l'État (art. 809)

Quand aucun héritier ne se manifeste dans les 6 mois du décès, la succession est déclarée vacante (article 809 C. civ.). Le Tribunal judiciaire confie la curatelle à l'État, représenté par la Direction nationale d'interventions domaniales (DNID, ex-Domaines). Le curateur prend possession des biens, dresse l'inventaire, règle les dettes et, si nécessaire, vend les biens pour apurer le passif.

Délai de prescription de l'acceptation : 10 ans (art. 780 C. civ.). Un héritier qui se manifesterait après 10 ans perdrait définitivement ses droits sur la succession, qui serait attribuée à l'État. La loi 2026-248 du 7 avril 2026 a renforcé les pouvoirs du curateur (mandat de signature d'actes, publicité numérique des mesures) pour accélérer la clôture des successions vacantes anciennes.

Trois autres configurations atypiques à connaître

  • Indivisaire créancier personnel saisi (art. 815-17 al. 3 CC) : un créancier personnel d'un indivisaire ne peut pas saisir la quote-part indivise directement. En revanche, il peut provoquer le partage afin que la quote-part devienne un bien propre saisissable. Le bien peut donc être vendu malgré l'opposition des autres indivisaires.
  • Bien agricole indivis : le bail rural (art. L411-1 C. rur.) est maintenu de plein droit à la succession. Les indivisaires deviennent bailleurs conjoints. Le congé pour reprise par un seul indivisaire exige l'unanimité des bailleurs (art. L411-58), ce qui bloque souvent le dossier. Solution préventive : constitution d'un GFA (Groupement Foncier Agricole) avant le décès.
  • Biens à l'étranger dans la succession (règlement UE 650/2012, applicable depuis 17 août 2015) : la loi applicable à la succession est celle de la dernière résidence habituelle du défunt, et cette loi unique régit aussi le partage successoral (art. 23, § 2, j du règlement). Pour un défunt qui résidait en France, l'indivision et le partage d'un appartement situé en Espagne relèvent donc du droit français. Le droit espagnol ne garde la main que sur la nature des droits réels et sur l'inscription au registre foncier, expressément exclues du champ du règlement (art. 1er, § 2, k et l).

Maîtriser ces cas atypiques, c'est anticiper les contraintes qui peuvent ralentir ou bloquer un partage. Voyons maintenant les stratégies patrimoniales avancées utilisées par les CGP pour prévenir ou contourner l'indivision.

§ 20Stratégies avancées·9 min

19. Stratégies patrimoniales avancées pour éviter ou financer l'indivision

Subir l'indivision n'est pas une fatalité. Quatre stratégies patrimoniales permettent soit d'éviter l'indivision avant le décès, soit de financer efficacement la sortie quand le bien est déjà hérité. Elles sont réservées aux familles disposant d'un patrimoine global net supérieur à environ 500 000 € — en-dessous, le coût de mise en place dépasse souvent l'économie réalisée. Toutes nécessitent un travail à quatre mains entre votre conseiller en gestion de patrimoine (CGP) et votre notaire.

1. Démembrement de propriété avant le décès

La stratégie la plus puissante pour éviter l'indivision est d'organiser le démembrement de son vivant. Le parent propriétaire donne la nue-propriété du bien à ses enfants (souvent répartis en quotes-parts égales), tout en conservant l'usufruit. La valeur fiscale de la donation est évaluée selon le barème de l'article 669 CGI : pour un donateur de 61-70 ans, l'usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 % de la valeur en pleine propriété.

Avantages cumulés. Réduction fiscale : les droits sont calculés sur 60 % seulement de la valeur (vs 100 % en succession directe). Au décès du parent, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires (art. 1133 CGI). La valorisation postérieure du bien échappe totalement aux droits de succession. Les droits portent sur 40 % de valeur en moins dans cet exemple, et pas d'indivision à gérer au décès (les enfants sont déjà nus-propriétaires conjoints, mais la transition est fluidifiée).

2. SCI familiale absorbante : transformer l'indivision en parts sociales

Lorsque l'indivision est déjà constituée (succession ouverte), une solution efficace consiste à créer une SCI familiale dont le capital est constitué par apport en nature du bien indivis. Les héritiers reçoivent des parts sociales correspondant à leur quote-part initiale dans l'indivision.

Avantages. Gestion centralisée par un gérant. Décisions prises à la majorité statutaire (personnalisée) au lieu de la règle rigide des 2/3 ou de l'unanimité. Cession de parts plus simple (agrément art. 1861 C. civ.). Possibilité de démembrer les parts pour les donations futures. Décote d'illiquidité (15-25 %) sur la valorisation des parts, utile pour l'IFI et les donations ultérieures.

Coûts et précautions

  • Coût de constitution : 3 000 à 5 000 € (statuts, apport, publicité)
  • Droits d'enregistrement sur l'apport : 5 % DMTO si la SCI est à l'IS (apport à titre onéreux), ou 0 % si la SCI est à l'IR et que les associés reçoivent uniquement des parts (apport à titre pur et simple)
  • Choix fiscal structurant : SCI à l'IR (revenus fonciers directs) ou SCI à l'IS (amortissement comptable, mais fiscalité de sortie plus lourde) — arbitrage selon le projet

3. Holding patrimoniale pour financer un rachat de soulte

Pour un rachat de soulte significatif (supérieur à 300 000 €), la création d'une holding patrimoniale à l'IS permet de déduire les intérêts d'emprunt du résultat imposable. La holding contracte le prêt de rachat, acquiert la quote-part du cohéritier vendeur, puis refacture ou partage les charges avec les autres indivisaires.

Attention : risque d'abus de droit fiscal. L'article L64 du Livre des procédures fiscales et la doctrine BOFIP (BOI-CF-IOR-30) permettent à l'administration de requalifier un montage dont le motif est principalement ou exclusivement fiscal. Pour sécuriser une holding patrimoniale, la structure doit avoir une substance économique réelle (pluralité d'investissements, activité patrimoniale significative, gouvernance effective). À réserver aux patrimoines 1 M€+ avec projet patrimonial global.

Aller plus loin : le mécanisme de l'OBO (Owner Buy-Out) permet précisément à un héritier de racheter la quote-part des autres via une holding qu'il contrôle, avec déduction des intérêts d'emprunt sur le résultat de la holding. Voir aussi notre guide pilier holding patrimoniale pour la structuration complète.

4. Assurance-vie pour financer la soulte (art. 990 I CGI)

Une assurance-vie souscrite avant 70 ans et désignant un cohéritier comme bénéficiaire permet à ce dernier de recevoir jusqu'à 152 500 € exonérés de droits (art. 990 I CGI). Cette somme hors succession (art. L132-12 C. assurances) peut être utilisée pour financer une soulte et désintéresser les autres cohéritiers sans recourir à un emprunt bancaire.

Montage type : AV + rachat soulte

Marie (68 ans) a deux enfants. Elle souhaite transmettre la maison familiale à sa fille Clara, mais laisser une quote-part équivalente à son fils Paul. Stratégie : souscription d'une assurance-vie 152 500 € avec Paul comme bénéficiaire désigné. Au décès : Clara reçoit la maison en attribution préférentielle (art. 831 CC) et règle la soulte à Paul via le capital assurance-vie exonéré. Économie : aucun emprunt, aucun droit de succession sur les 152 500 €, attribution préférentielle garantie.

5. Convention d'indivision avec pacte de famille

Dernière stratégie : faire rédiger par le notaire une convention d'indivision renforcée (art. 1873-1 à 1873-18 CC) comportant un pacte de famille : clause de gérance unique, clause de préemption renforcée entre indivisaires, clause de médiation obligatoire préalable à toute action en partage, clause de financement préférentiel du rachat de soulte. Durée maximale : 5 ans renouvelables par accord unanime.

Concrètement, cette convention transforme l'indivision subie en une copropriété familiale organisée. Pour un bien de 400 000 €, le coût notarial d'une convention élaborée avec pacte de famille est de 5 000 à 9 000 € TTC. Elle permet de préserver la paix familiale pendant 5 à 10 ans (durée renouvelable) avant d'envisager une sortie définitive.

Les cinq stratégies ci-dessus se combinent et s'ajustent selon le patrimoine, la composition familiale et l'horizon de transmission. Chez Hagnéré Patrimoine, nous construisons systématiquement une matrice d'arbitrage personnalisée pour chaque famille accompagnée.

§ 21Cas pratiques·12 min

20. 5 cas pratiques chiffrés + sources + auteur

Pour terminer, cinq situations réelles rencontrées dans notre cabinet, avec les calculs précis, les arbitrages et les coûts finaux. Les prénoms ont été modifiés pour respecter la confidentialité client.

Cas 1 — Claire, 48 ans, cadre à Nantes : quand un héritier bloque la vente

Situation : père décédé en 2023, 3 héritiers (Claire, Paul, Thomas) à parts égales sur la maison familiale de 450 000 euros à La Rochelle. Claire et Paul veulent vendre pour récupérer leur part. Thomas refuse catégoriquement (lien affectif, refus de voir la maison partir à un tiers), sans occuper le bien ni entretenir les charges.

Cas 1 — Chiffrage art. 815-5-1 vs partage amiable

OPTION A : Partage amiable (refuse par Thomas)
Coût : 11 250 EUR (droit de partage 2,5 %) + 6 100 EUR (émoluments) = 17 350 EUR
Durée : 3 a 6 mois

OPTION B : Procédure art. 815-5-1 (2/3 Claire + Paul)
  Honoraires avocat (procédure + plaidoirie) : 15 000 EUR
  Expertise immobilière : 3 500 EUR
  Droit de partage : 11 250 EUR
  Émoluments notaires : 6 100 EUR
  Frais de publicité licitation : 2 500 EUR
  Décote licitation (environ 15 %) : -67 500 EUR (sur prix vente)
---
Coût total : environ 105 850 EUR (23,5 % du bien)
Durée : 22 mois

Écart par rapport au partage amiable : 88 500 EUR PLUS COUTEUX

L'action 815-5-1 est un levier de NÉGOCIATION avant d'être une procédure. Après assignation, Thomas a finalement accepté un partage amiable pour éviter les coûts et la lenteur.

Résultat : Claire a missionné notre cabinet qui a organisé une médiation avec notaire + avocat. En 4 mois, Thomas a accepté un partage amiable contre un bien mobilier sentimental familial de la maison. Économie réalisée par rapport au contentieux : 88 500 euros.

Cas 2 — Thomas et Camille (55/50 ans, Lyon) : famille recomposée avec LMNP

Situation : père décédé laisse sa résidence principale 800 000 euros et un LMNP (location meublée non professionnelle) 250 000 euros. Conjointe survivante (belle-mère de Thomas et Camille, enfants non communs du défunt) opte, conformément à l'article 757 CC, pour le 1/4 en pleine propriété. Thomas et Camille recueillent les 3/4 en pleine propriété et se trouvent en indivision avec la belle-mère sur chacun des deux biens.

Cas 2 — Stratégie retenue
ÉlémentValeurTraitement
Résidence principale (logement effectif belle-mère)800 000 €Attribution préférentielle DE DROIT à belle-mère (art. 831-2)
Soulte due aux enfants du 1er lit (3/4)600 000 €300 000 € comptant + 300 000 € échelonnés sur 10 ans (moitié maximum, art. 832-4 al. 2), garantie hypothécaire
LMNP 250 000 €250 000 €Maintien en indivision Thomas + Camille (50/50), mandat unique
IFI consolidé 1 050 000 €< 1 300 000 €Exonération IFI (sous réserve autres biens)

Chronologie : belle-mère exerce son droit d'attribution préférentielle (art. 831-2 et 831-3 CC) dès le partage amiable. Sur les 600 000 euros de soulte, 300 000 euros ont été réglés comptant et 300 000 euros échelonnés sur 10 ans — la moitié au plus, seule fraction que l'attributaire peut imposer (mensualités d'environ 2 897 euros à un taux conventionnel de 3 % convenu entre les copartageants, art. 832-4 al. 2 CC) — le tout garanti par hypothèque légale. Le LMNP est conservé en indivision avec mandat unique donné à Camille (gérante de fait). Revenus partagés 50/50. Économie vs licitation : bien préservé, continuité familiale, optimisation fiscale LMNP.

Cas 3 — Sophie, 42 ans, Paris : rachat de soulte sur gros patrimoine

Situation : mère décédée, patrimoine total 1,5 M€ (immeuble rue Raynouard Paris 16e = 900 k€ + portefeuille SCPI = 300 k€ + résidence secondaire en Normandie = 300 k€). 4 héritiers à parts égales : Sophie et ses 3 frères. Sophie souhaite racheter les soultes pour conserver l'ensemble (gestion patrimoniale familiale, stratégie long terme).

Cas 3 — Calcul et financement de la soulte

Patrimoine total : 1 500 000 EUR
4 héritiers a parts égales : 375 000 EUR chacun
Soulte Sophie (rachat des 3 frères) : 375 000 x 3 = 1 125 000 EUR

FINANCEMENT :
  Apport personnel (épargne + AV)       = 300 000 EUR
  Prêt immobilier sur immeuble Paris    = 550 000 EUR (hypothèque)
  Nantissement SCPI (cash-out)          = 180 000 EUR
  Prêt familial frère Pierre (sur 8 ans)= 95 000 EUR
---
TOTAL                                   = 1 125 000 EUR

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 1 500 000    = 37 500 EUR
  Émoluments notaires                    = 15 000 EUR
  Publicité foncière / débours           =  1 500 EUR
---
Coût fiscal total                       = 54 000 EUR (3,6 %)

IFI Sophie post-partage : assiette 1 500 000 EUR (la décote
d'indivision disparaît, elle déclare en pleine propriété)
Barème art. 977 CGI : 0 % jusqu'à 800 000 EUR, puis 0,50 %
de 800 000 à 1 300 000 EUR et 0,70 % au-delà
IFI = 500 000 x 0,50 % + 200 000 x 0,70 % = 3 900 EUR/an

Le privilège du copartageant (art. 2402, 4° CC) garantit le paiement des soultes. Inscription hypothécaire légale par le notaire au profit des 3 frères sortants.

Résultat : Sophie a réalisé l'opération en 4 mois. Elle perçoit désormais l'intégralité des revenus locatifs de l'immeuble Paris (65 000 euros/an brut), des SCPI (18 000 euros/an brut), et conserve la résidence secondaire. Les 3 frères ont reçu 375 000 euros chacun en liquidités, investis en diversification.

Cas 4 — Marc et Julie (50/47 ans, Bordeaux) : rachat entre frère et sœur

Situation : leur mère décédée leur laisse la maison familiale 300 000 euros. Marc veut la conserver (projet de résidence principale dans 5 ans après retraite enfants), Julie préfère récupérer sa part pour financer son achat immobilier à Lisbonne.

Cas 4 — Rachat de soulte 50/50

Bien : 300 000 EUR, 2 héritiers (Marc + Julie, 50/50)
Soulte due a Julie (rachat de 50 %) : 150 000 EUR

FINANCEMENT MARC :
  Apport personnel                      = 50 000 EUR
  Prêt perso 15 ans à 4,2 %             = 100 000 EUR
  Mensualité : 750 EUR/mois
---
TOTAL                                   = 150 000 EUR

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 300 000      = 7 500 EUR
  Émoluments notaires                    = 3 400 EUR
  Publicité + débours                    =   600 EUR
---
Coût total                              = 11 500 EUR (3,8 %)

Compare à une CESSION de droits successifs de Julie a Marc :
  Art. 750 II CGI : 2,50 % au profit d'un membre
  originaire de l'indivision, liquidé sur la valeur
  du bien sans déduction de la part de l'acquéreur
  Droit : 300 000 x 2,50 %              = 7 500 EUR
  Plus-value Julie (succession récente)  = 0 EUR
---
Aucun DMTO à 5,80 % : ce taux ne s'applique
qu'à un acquéreur étranger à l'indivision

Option SCI familiale écartée : durée prévue de détention par Marc seul > 5 ans mais < 10 ans, et la SCI n'aurait de toute façon rien réglé du besoin de racheter la quote-part de Julie. Rachat direct privilégié.

Résultat : Marc a racheté Julie en 3 mois, prêt perso classé « travaux habitat » pour optimisation, Julie a transféré sa soulte vers son achat portugais. Pas de plus-value pour Julie (rachat de soulte = partage déclaratif rétroactif, pas cession fiscale).

Cas 5 — Jacques, 65 ans, Annecy : conjoint survivant vs enfants d'un 1er lit

Situation : décès de l'épouse de Jacques. Jacques (2e mariage) vit dans la résidence principale du couple (500 000 euros). L'épouse avait 2 enfants d'un premier mariage, pas d'enfant commun. En présence d'enfants non communs, Jacques ne dispose que de l'option du 1/4 en pleine propriété (art. 757 CC, option usufruit total exclue). Les 2 enfants recueillent les 3/4 en pleine propriété. Résultat : indivision à trois sur la résidence, et les enfants veulent vendre.

Cas 5 — Attribution préférentielle de droit (art. 831-2)

Bien (résidence effective Jacques) : 500 000 EUR
3 héritiers : Jacques (1/4 PP) + 2 enfants 1er lit (3/8 chacun, 3/4 total)

Attribution préférentielle de droit du logement a Jacques (art. 831-2)
Soulte à verser aux 2 enfants = 500 000 x 3/4 = 375 000 EUR
Part chacun = 187 500 EUR

ECHELONNEMENT PARTIEL (art. 832-4 al. 2) :
  La MOITIE AU PLUS de la soulte peut être étalée, sur 10 ans
  Fraction payable comptant  = 187 500 EUR
  Fraction échelonnée        = 187 500 EUR
  Taux conventionnel retenu par les parties : 5 %/an
  (art. 832-4 al. 2 : taux légal sauf convention contraire)
  Mensualité = 1 989 EUR/mois pendant 10 ans
  Intérêts totaux versés = environ 51 150 EUR

Garantie : HYPOTHEQUE LEGALE sur le logement
au profit des 2 enfants, inscrite par le notaire

FISCALITE :
  Droit de partage 2,5 % x 500 000 = 12 500 EUR
  Émoluments notaires               = 5 700 EUR
  Total frais                       = 18 200 EUR

ALTERNATIVE ECARTEE : financement par assurance-vie
Jacques dispose de 400 000 EUR en AV, pourrait rembourser
intégralement, mais préfère conserver son épargne liquide.

L'attribution préférentielle de droit du conjoint survivant (art. 831-3 CC) est OPPOSABLE aux enfants du 1er lit. Jacques conserve son cadre de vie, les enfants reçoivent une soulte garantie. Mais la soupape de l'art. 832-4 al. 2 CC est étroite : seule la moitié de la soulte peut être étalée sur 10 ans, l'autre moitié reste payable comptant au jour du partage.

Résultat : Jacques conserve sa résidence principale. Les enfants reçoivent 187 500 euros chacun (93 750 euros comptant au partage, 93 750 euros étalés) + environ 25 575 euros d'intérêts chacun sur 10 ans, soit environ 213 075 euros au total. L'hypothèque légale garantit le paiement. Sans cette faculté d'étalement partiel, Jacques aurait été contraint de vendre.

Sources officielles et jurisprudence

Sources légales et jurisprudentielles mobilisées dans ce guide
SourceRéférenceApport
Code civilArt. 815 à 815-18Régime général de l'indivision
Code civilArt. 1873-1 à 1873-18Convention d'indivision
Code civilArt. 831 à 834Attribution préférentielle
Code civilArt. 883Partage déclaratif rétroactif
Code civilArt. 887 et 889Nullité du partage (art. 887) et action en complément de part pour lésion de plus d'1/4 (art. 889)
Code civilArt. 2402, 4°Hypothèque légale spéciale du copartageant (ex-privilège, réforme sûretés ord. 2021-1192 du 15 sept. 2021)
CGIArt. 746Droit de partage 2,5 %
CGIArt. 150 UPlus-value immobilière sur part indivise
CGIArt. 965 et 968IFI et indivision/démembrement
Loi 2006-72823 juin 2006Réforme des successions et libéralités
Loi 2009-52612 mai 2009Art. 815-5-1 (autorisation judiciaire de vente)
Loi 2026-2487 avril 2026Réforme récente (sous réserve texte consolidé)
Cass. 1ré civ.20 septembre 2023 n° 21-23.877 (inédit)Détention des clés = jouissance privative et exclusive
Cass. 1ré civ.6 mars 2024 n° 22-13.883 (inédit)Licitation subsidiaire : partage en nature prime
Cass. 3e civ.19 septembre 2024 n° 22-18.687 et 22-18.733 (bulletin)SCI démembrée : dividende en quasi-usufruit
Cass. 1ré civ.5 février 2025 n° 21-15.932Licitation : absence d'accord insuffisante à elle seule
Cass. 1ré civ.30 avril 2025 n° 24-15.624Attribution préférentielle limitée aux droits indivis (démembrement)
Cass. 1ré civ.12 juin 2025 n° 23-22.003 (bulletin)Indemnité d'occupation : pas de fixation jusqu'au partage sans réserver la remise du bien à l'indivision
Cass. 1ré civ.10 décembre 2025 (inédit)Prescription indemnité d'occupation : non au jour du décès
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Pour aller plus loin

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Avertissement légal

Ce guide est rédigé à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Les règles présentées sont valables à la date de dernière mise à jour (9 mai 2026) sous réserve des évolutions législatives et jurisprudentielles postérieures, notamment le texte consolidé de la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026. Pour toute décision patrimoniale, consultez impérativement un notaire, un avocat spécialisé en droit des successions ou un conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, COBSP). Hagnéré Patrimoine décline toute responsabilité en cas d'application directe du contenu sans validation professionnelle préalable.

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Sources et références légales

  • Code civil — indivision

    Art. 815 CC (nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision). Art. 815-2 CC (actes conservatoires). Art. 815-3 CC (majorité 2/3 actes d'administration, loi 23/06/2006). Art. 815-5-1 CC (vente sous contrainte autorisée par le juge, loi 12/05/2009, simplifiée par loi 2026-248 du 07/04/2026). Art. 815-9 CC (indemnité d'occupation). Art. 815-13 CC (créances entre indivisaires). Art. 815-14 CC (droit de préemption). Art. 1873-1 à 1873-18 CC (convention d'indivision). Art. 831 à 834 CC (attribution préférentielle).

  • Code civil — conjoint et donations

    Art. 757 et 758-3 CC (option du conjoint survivant : 1/4 PP ou usufruit universel). Art. 763 et 764 CC (droit temporaire et viager au logement du conjoint). Art. 843 et 860 CC (rapport des donations à la succession, évaluation au jour du partage). Art. 778 CC (recel successoral).

  • CGI & loi 2026-248

    Art. 746 al. 2 CGI (droit de partage 2,5 % successoral, à NE PAS confondre avec 1,1 % divorce/PACS art. 748). Loi 2026-248 du 7 avril 2026 (JO 8/04/2026, EEV 9/04/2026) : simplification de la procédure 815-5-1 CC. LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025) : PS 17,2 % maintenus sur les PV foncières.

  • Jurisprudence pivot

    Cass. 1ré civ. 12/06/2025 n° 23-22.003 (indemnité d'occupation : la remise du bien à l'indivision avant le partage doit être réservée). Cass. 1ré civ. 30/04/2025 n° 24-15.624 (attribution préférentielle limitée aux droits indivis). Cass. 1ré civ. 10/12/2025 (prescription indemnité d'occupation).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Chaque situation patrimoniale est unique : consultez un CGP, un notaire ou un avocat avant toute décision. Données arrêtées au 9 mai 2026.

Foire aux questions

Tout sur l'indivision successorale et les 4 voies de sortie 2026.

Droits & gestion, sortie d'indivision, fiscalité & cas spéciaux, loi 2026-248 & conjoint. Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous, classées par thème.

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  • Situation juridique dans laquelle se trouvent tous les héritiers d'un défunt qui reçoivent collectivement un bien (art. 815 et s. CC). Chaque indivisaire détient une quote-part (1/3, 50 %), pas une partie matérielle. Principe : nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision (art. 815).