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Fiscalité du contrat de capitalisation pour une personne morale : l’article 238 septies E expliqué (2026)

Comment une holding ou une société à l’IS est-elle imposée sur son contrat de capitalisation ? Le guide CGP de référence sur l’article 238 septies E du CGI : la taxation forfaitaire annuelle (105 % × TME figé à la souscription), son intégration au résultat IS, la régularisation au rachat sans double imposition, et le face-à-face avec le 209-0 A du compte-titres. Zéro prélèvement social : seul l’IS s’applique.

Taxation forfaitaire annuelle
0 prélèvement social — L. 136-7 CSS
Pas de double imposition
0 promesse de rendement
Hagnéré Patrimoine

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« Je suis taxé tous les ans alors que je n’ai rien retiré ? » C’est la première phrase qu’un dirigeant prononce quand il découvre la fiscalité du contrat de capitalisation de sa holding. La réponse est oui — mais d’une manière bien précise, connue d’avance (de l’ordre de 0,9 % du capital la première année dans nos hypothèses, puis un peu plus chaque année), et qui n’aboutit jamais à une double imposition. Tout tient dans un article : le 238 septies E du Code général des impôts. Et il y a une bonne nouvelle au passage : une holding à l’IS ne paie aucun prélèvement social sur ce contrat.

La confusion vient presque toujours du même réflexe : transposer ce qu’on connaît du contrat de capitalisation du particulier (imposé au rachat, avec prélèvements sociaux) à celui détenu par une personne morale à l’IS. Or les deux régimes n’ont rien à voir. Pour l’arbitrage global entre les deux grandes enveloppes de holding, voyez le guide pilier CTO ou contrat de capitalisation en holding ; pour le fonctionnement général (souscription, supports, rachats), le guide comment fonctionne un contrat de capitalisation en holding ; et pour comparer les huit enveloppes de trésorerie d’entreprise, la page placer la trésorerie de sa SAS ou SARL. Ici, on couvre toute la fiscalité capi d’une personne morale et le mécanisme du 238 septies E.

Chez Hagnéré Patrimoine (ORIAS 23002291, CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP), nous modélisons depuis 2018 le frottement fiscal de la capi de holding sur la durée, et nous le comparons systématiquement au compte-titres. Ce guide déroule le mécanisme de bout en bout, chiffres à l’appui, à jour de la loi de finances 2026.

À retenir en 60 secondes

  • Un forfait annuel, pas une taxe sur la performance. Chaque exercice, la personne morale réintègre à son résultat imposable une prime de remboursement forfaitaire = base retenue × (105 % × TME figé à la souscription), taxée à l’IS. C’est l’article 238 septies E du CGI.
  • Le taux est figé, la base ne l’est pas. La base retenue part de la valeur de souscription, puis s’accroît à la clôture de chaque exercice des produits forfaitaires déjà rattachés : les annuités imposables sont progressives, et non constantes (CGI art. 238 septies E, II-2 ; BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 § 80).
  • Zéro prélèvement social. Une PM à l’IS est hors du champ de la CSG/CRDS/PS (art. L. 136-6 et L. 136-7 du CSS, réservés aux personnes physiques). Son seul impôt sur les produits de placement est l’IS : ni flat tax, ni 17,2 %, ni 18,6 %.
  • Pas de double imposition. Au rachat, on régularise sur les produits réellement encaissés ; les forfaits déjà taxés s’imputent. La même richesse n’est jamais taxée deux fois.
  • Forfait à taux figé vs mark-to-market. Le 238 septies E (capi) est un forfait dont le taux est arrêté à la souscription ; le 209-0 A (compte-titres) suit la valeur liquidative et taxe une plus-value latente variable. Et la capi est exclue de la taxe sur les holdings patrimoniales (LF 2026 art. 7).

Avertissement — conformité CMF L. 533-13

Ce guide a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement individualisé, ni une recommandation personnalisée au sens de l’article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les valeurs de TME utilisées dans les exemples sont illustratives : le TME réel doit être vérifié à sa source officielle (Caisse des dépôts / Banque de France) à la date de souscription. Les contrats de capitalisation comportent un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Aucune promesse de rendement n’est faite. Chaque décision doit faire l’objet d’une étude personnalisée. Hagnéré Patrimoine est CIF membre de la CNCEF Patrimoine (ORIAS 23002291), COA, COBSP.

QH

À propos de l'auteur

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Quentin Hagnéré a fondé Hagnéré Patrimoine en 2020 et en est associé, sans fonction de direction depuis septembre 2026. Auteur de deux livres sur l'investissement immobilier, il signe les guides du cabinet. Le cabinet, présidé par Clément Chatelain, est immatriculé à l'ORIAS sous le n° 23002291 (CIF, COA, COBSP).

Auteur du guideCabinet Hagnéré Patrimoine : ORIAS 23002291

1. L’article 238 septies E en clair : une prime de remboursement taxée chaque année

Une personne morale soumise à l’IS qui détient un contrat de capitalisation est imposée chaque année, sans rachat, sur une prime de remboursement forfaitaire : l’assiette de l’exercice vaut la base retenue × (105 % × TME à la souscription) — cette base étant la valeur de souscription majorée des produits forfaitaires déjà rattachés —, réintégrée au résultat et taxée à l’IS (25 %). C’est l’article 238 septies E du CGI. Aucun prélèvement social ne s’applique. Hagnéré Patrimoine vous l’explique de bout en bout.

Le jargon traduit en français (à lire une fois)

  • TME = taux moyen des emprunts d’État. La moyenne mensuelle du rendement des obligations de l’État français de plus de 7 ans, publiée par la Caisse des dépôts. C’est le paramètre de référence du forfait.
  • Prime de remboursement forfaitaire = un rendement présumé par la loi, taxé d’office chaque année — qu’il ait été réellement gagné ou non.
  • Base retenue = l’assiette sur laquelle s’applique le taux forfaitaire. Elle vaut la valeur de souscription la première année, puis cette valeur majorée des produits forfaitaires déjà rattachés les années suivantes. Elle n’est donc pas constante.
  • Unités de compte (UC) = les supports d’investissement du contrat (fonds, OPCVM, supports diversifiés), dont la valeur fluctue avec les marchés.
  • Régularisation au rachat = le moment où l’on recalcule l’impôt sur le gain réel, en déduisant les forfaits déjà payés.

1.1. Qu’est-ce qu’une prime de remboursement forfaitaire ?

L’article 238 septies E s’applique aux titres et contrats dont la valeur de remboursement est incertaine à l’émission — ce qui est précisément le cas d’un contrat de capitalisation en unités de compte, dont la valeur finale dépend des marchés. Pour ces contrats, le législateur ne peut pas attendre une « prime de remboursement » connue d’avance. Il en présume donc une, calculée forfaitairement : un rendement actuariel théorique fixé à 105 % du dernier taux mensuel des emprunts d’État à long terme connu lors de la souscription. Ce produit présumé est rattaché à chaque exercice et imposé à l’IS (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10).

1.2. Ce que dit (et ne dit pas) le texte

Le point clé à intégrer : la capi détenue par une personne morale n’est pas imposée au seul rachat, contrairement au contrat du particulier. Elle est imposée annuellement et forfaitairement, que vous ayez ou non racheté, que le contrat ait performé ou non. Le texte ne taxe pas votre rendement réel année après année : il taxe un forfait, puis régularise une seule fois au rachat. Pour le détail du fonctionnement (ouverture, choix des supports, rachats partiels), reportez-vous au guide comment fonctionne un contrat de capitalisation en holding.

Le 238 septies E en une phrase

Chaque exercice, la personne morale ajoute à son résultat imposable un produit forfaitaire = base retenue × 105 % × TME figé, la base s’accroissant à chaque clôture des produits déjà rattachés ; au rachat, on régularise sur le gain réel, en imputant les forfaits déjà taxés.

2. Pourquoi votre holding est-elle imposée même sans avoir effectué de rachat ?

Parce que le 238 septies E repose sur une présomption légale de rendement. Le législateur considère qu’un contrat de capitalisation génère, a minima, un produit financier théorique. Il choisit de le taxer au fil de l’eau, exercice après exercice, plutôt que d’attendre le dénouement. C’est une logique d’anticipation de l’impôt : l’État perçoit chaque année un IS sur un produit présumé, indépendamment de tout encaissement réel par la société. Reste la question que le mécanisme laisse entière, et qui se pose surtout à une holding sans activité ni loyers : avec quel argent la société décaisse-t-elle cet impôt exercice après exercice, si le contrat ne distribue rien ?

2.1. La logique du forfait : prévisible et déconnecté de la valeur réelle

La conséquence pratique est qu’il n’y a aucune surprise. Le forfait est entièrement déterminé dès la souscription : le taux est figé (voir section 3) et la trajectoire de la base est connue d’avance. Attention toutefois à la nuance décisive : prédéterminé ne veut pas dire constant. La base retenue s’accroît à la clôture de chaque exercice des produits forfaitaires déjà rattachés, si bien que l’annuité imposable progresse mécaniquement d’une année sur l’autre. Ce qui ne bouge pas, c’est le taux ; l’assiette, elle, se capitalise.

En revanche, le forfait ne suit pas la valeur liquidative réelle du contrat : que vos unités de compte gagnent 12 % ou perdent 5 % sur l’exercice, le produit imposable forfaitaire de l’année reste celui qu’impose la formule légale. C’est exactement le point qui oppose la capi au compte-titres, dont la fiscalité « colle » à la valeur de marché (voir section 7).

Ne confondez pas avec la fiscalité du particulier

Un particulier détenant un contrat de capitalisation n’est imposé qu’au rachat, au prélèvement forfaitaire (PFU) majoré des prélèvements sociaux de 17,2 %, avec des abattements après 8 ans. Rien de tout cela ne s’applique à une personne morale à l’IS. La PM paie un forfait annuel à l’IS, et aucun prélèvement social (art. L. 136-7 du CSS, réservé aux personnes physiques). Si vous raisonnez en tant que particulier, voyez plutôt la page contrat de capitalisation vs OPCVM monétaire ; les deux logiques ne se mélangent jamais.

3. L’assiette annuelle : 105 % du taux moyen des emprunts d’État à la souscription

L’assiette du forfait annuel repose sur le TME — taux moyen des emprunts d’État (emprunts de durée supérieure à 7 ans), une moyenne mensuelle publiée par la Caisse des dépôts et reprise par la Banque de France. Le 238 septies E majore ce TME de 5 % (d’où le « 105 % ») et l’applique à la base retenue. Le résultat est le produit forfaitaire réintégré au titre de l’exercice.

Assiette forfaitaire de l’exercice (art. 238 septies E du CGI)

i           = 105 % × TME du mois de souscription   → FIGÉ pour toute la durée

Base(1)     = capital de souscription
Assiette(n) = Base(n) × i                          → rattachée au résultat de l'exercice n
Base(n+1)   = Base(n) + Assiette(n)                → la base s'accroît chaque année

Forme fermée :  Assiette(n) = C₀ × i × (1 + i)^(n−1)
                Cumul(N)    = C₀ × [(1 + i)^N − 1]
  • Base retenue :la valeur de souscription la 1re année, puis cette valeur majorée des produits forfaitaires déjà rattachés (CGI art. 238 septies E, II-2)
  • TME :taux moyen des emprunts d'État, figé au mois de souscription
  • 105 % :majoration légale forfaitaire appliquée au TME (+5 %)
  • i :le coefficient d’assiette qui en résulte, identique chaque année

Le TME retenu est celui connu à la souscription et reste FIGÉ pour toute la durée du contrat. Mais figer le taux n'est pas figer la base : le II-3, qui institue le taux de 105 % du TME, renvoie au II-2, lequel majore le prix d'acquisition de la fraction de prime et des intérêts capitalisés. Les annuités imposables sont donc progressives (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 § 80, et § 230 pour le cas du 105 % du TME).

Le contrôle qui prouve que la méthode est la bonne tient en une ligne : la somme des produits forfaitaires sur N années doit être égale à base finale − capital initial, soit C₀ × [(1 + i)N − 1]. L’exemple chiffré officiel de l’administration le vérifie : sur une base de 1 000 € à 9 %, les annuités ressortent à 90,00 €, 98,10 €, 106,93 € puis 116,55 €, soit 411,58 € de produits cumulés et une valeur finale de 1 411,58 € (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 § 140 à 160). Une lecture à base constante donnerait 4 × 90 = 360 € et ne boucle pas.

3.1. Le TME est figé à la souscription

C’est le paramètre le plus important — et le plus mal compris. Le TME utilisé pour le calcul n’est pas le TME courant de chaque année : c’est celui du mois de souscription, et il est verrouillé à vie. Souscrire quand le TME est bas verrouille un coefficient d’assiette faible pour toute la durée du contrat ; souscrire quand il est haut le verrouille à un niveau élevé. Ce verrouillage porte sur le taux et sur lui seul : l’assiette en euros, elle, croît chaque année au rythme de ce même coefficient. Cette mécanique mérite à elle seule un guide : voyez TME figé à la souscription : pourquoi la date d’ouverture change tout.

3.2. Quelle valeur de TME en 2026 ?

À titre purement illustratif, le TME évoluait dans une zone de l’ordre de 3,5 à 3,8 % sur le premier semestre 2026, sous réserve de vérification. Ne figez jamais une valeur sans la vérifier à sa source officielle (Caisse des dépôts / Banque de France Webstat), car elle évolue chaque mois et le TME pertinent est celui de votre mois de souscription. Pour le déroulé complet du calcul, avec exemples chiffrés pas à pas, reportez-vous au guide la taxation forfaitaire : le calcul 105 % × TME expliqué.

Où lire le TME officiel ?

Le TME est publié mensuellement par la Caisse des dépôts et consultable sur la base Webstat de la Banque de France. Le texte retient le dernier TME connu lors de l’acquisition : pour un contrat souscrit en mars, ce sera le TME de mars s’il est déjà publié, celui de février sinon. Demandez-le toujours par écrit à votre assureur ou conseiller au moment de la souscription : c’est lui qui détermine le coefficient de votre frottement fiscal pour toute la durée du contrat.

4. Comment ce montant s’intègre au résultat imposable à l’IS

Le produit forfaitaire calculé à la section 3 est réintégré au résultat imposable de l’exercice, comme un produit financier, puis soumis à l’impôt sur les sociétés. Il vient s’ajouter aux autres produits de la société (chiffre d’affaires, autres produits financiers) et participe à la formation du résultat fiscal. Il est indépendant de tout rachat et de la performance réelle du contrat.

4.1. Quel taux d’IS appliquer ?

Le forfait est taxé au taux d’IS applicable à la société : 25 % en taux normal, ou 15 % sur la fraction de bénéfice jusqu’à 42 500 € pour les PME éligibles (chiffre d’affaires inférieur à 10 M€ et capital détenu à au moins 75 % par des personnes physiques). Ce seuil de 42 500 € est maintenu en 2026 : l’amendement qui visait à le porter à 100 000 € n’a pas été retenu dans la loi de finances 2026.

4.2. Cas chiffré : le frottement de la première année (illustratif)

Prenons une holding à l’IS détenant un contrat de capitalisation de 500 000 €, souscrit à un TME (illustratif) de 3,5 %, IS à 25 %. Le calcul de la première année se déroule ainsi :

Cas illustratif — première annuité forfaitaire (TME 3,5 %, IS 25 %)

Coefficient d'assiette   i = 105 % × 3,5 % = 3,675 %   → figé

Année 1
  Base(1)   = 500 000 €
  Assiette  = 500 000 € × 3,675 %  = 18 375,00 € de produit forfaitaire
  IS dû     = 18 375,00 € × 25 %   =  4 593,75 €
  Frottement = 4 593,75 € / 500 000 € ≈ 0,92 % du capital

Année 2 — la base a été majorée du produit déjà rattaché
  Base(2)   = 500 000 € + 18 375 € = 518 375,00 €
  Assiette  = 518 375,00 € × 3,675 % = 19 050,28 €
  IS dû     = 4 762,57 €

→ l'assiette croît ensuite de 3,675 % par an (le taux du forfait lui-même)

Chiffres illustratifs (TME hypothétique à vérifier à la source). Le montant de 18 375 € vaut pour la première année seulement : la base retenue s'accroît à chaque clôture des produits déjà rattachés. Aucun prélèvement social : une PM à l'IS est hors champ CSG/CRDS/PS.

Soit un frottement de l’ordre de 0,92 % du capital la première année dans cette hypothèse, puis un peu plus chaque année à mesure que la base se capitalise. À comparer : la même opération chez un particulier supporterait, au rachat, le prélèvement forfaitaire plus des prélèvements sociaux de 17,2 % — ce qui n’existe pas ici. Pour la holding, le seul impôt est l’IS.

Note de méthode — comment lire nos cas chiffrés

Tous les exemples de ce guide reposent sur un TME hypothétique de 3,5 % et un IS à 25 %, retenus pour la clarté de la démonstration. Ce sont des chiffres illustratifs, non garantis : votre frottement réel dépend du TME effectif de votre mois de souscription (à vérifier à la source) et de votre taux d’IS effectif. Un contrat de capitalisation comporte un risque de perte en capital et aucune promesse de rendement n’est faite. Chez Hagnéré Patrimoine, nous modélisons ces paramètres au cas par cas, sur la durée réelle de détention envisagée.

Première annuité forfaitaire illustrative selon le capital (TME 3,5 %, i = 3,675 %, IS 25 %, 0 prélèvement social). La dernière colonne montre que l'assiette n'est pas constante : elle progresse de 3,675 % par an, la base étant majorée des produits déjà rattachés.
Capital de souscriptionAssiette année 1 (× 3,675 %)IS année 1 (25 %)Frottement année 1Assiette année 2
100 000 €3 675,00 €918,75 €≈ 0,92 %3 810,06 €
250 000 €9 187,50 €2 296,88 €≈ 0,92 %9 525,14 €
500 000 €18 375,00 €4 593,75 €≈ 0,92 %19 050,28 €
1 000 000 €36 750,00 €9 187,50 €≈ 0,92 %38 100,56 €
Hagnéré Patrimoine

Modélisez le frottement de votre capi sur 10 ans

Le TME figé à votre date de souscription détermine le coefficient de votre coût fiscal pour toute la durée du contrat, et la base sur laquelle il s'applique s'accroît chaque année. Nous projetons le cumul exact, année par année, et le comparons au compte-titres, scénario par scénario.

Simulation chiffréeTME figé analyséCapi vs compte-titres

5. Le rachat : la régularisation sur les produits réellement encaissés

Tant que le contrat vit, vous payez des forfaits annuels. Au moment du rachat (partiel ou total), on bascule sur les produits réels : la base imposable réelle correspond au gain effectivement constaté (valeur de rachat moins capital investi), duquel on retranche le cumul des forfaits déjà taxés. C’est l’étape de régularisation qui réconcilie le forfait avec la réalité.

5.1. Si le gain réel est supérieur aux forfaits cumulés

C’est le cas le plus fréquent quand le contrat performe bien. On a déjà taxé une partie du gain (les forfaits) ; au rachat, on taxe simplement le supplément : gain réel − forfaits cumulés. Une régularisation à la hausse, donc.

5.2. Si le gain réel est inférieur aux forfaits cumulés

Si le contrat a moins performé que ce que les forfaits avaient anticipé, l’imputation des forfaits déjà taxés joue à plein : la base de régularisation au rachat est nulle ou négative, et il n’y a pas d’IS complémentaire à payer. Formulé prudemment : la régularisation se fait sur le produit réel, la mécanique d’imputation interdit qu’une même fraction de richesse soit taxée deux fois, et il n’y a pas de remboursement d’IS au-delà du cadre légal — le sort de l’excédent déjà versé s’examine avec votre expert-comptable. C’est précisément pourquoi le cumul des forfaits doit être suivi au centime : il progresse plus vite qu’une simple multiplication ne le laisse croire.

Illustrons avec un contrat de 100 000 €, TME (illustratif) de 3,5 %, IS 25 %, sur 5 ans. Le forfait de la première année vaut 100 000 € × 3,675 % = 3 675,00 €, puis les suivants s’élèvent à 3 810,06 €, 3 950,08 €, 4 095,24 € et 4 245,74 € — la base étant majorée chaque année des produits déjà rattachés. Sur cinq ans, les forfaits cumulés atteignent donc 19 776,11 € (= 100 000 € × [1,036755 − 1]), soit un IS déjà payé de 4 944,03 €. La base fiscale du contrat ressort alors à 119 776,11 €, ce qui boucle exactement avec le cumul des produits rattachés.

Cas illustratif — les cinq annuités forfaitaires progressives (capi 100 000 €, TME 3,5 %, i = 3,675 %, IS 25 %). Contrôle de bouclage : 19 776,11 € de produits cumulés = 119 776,11 € de base finale − 100 000 € de capital initial.
ExerciceBase à l’ouvertureProduit forfaitaire (base × 3,675 %)IS de l’exercice (25 %)Base à la clôtureForfaits cumulés
1100 000,00 €3 675,00 €918,75 €103 675,00 €3 675,00 €
2103 675,00 €3 810,06 €952,51 €107 485,06 €7 485,06 €
3107 485,06 €3 950,08 €987,52 €111 435,13 €11 435,13 €
4111 435,13 €4 095,24 €1 023,81 €115 530,37 €15 530,37 €
5115 530,37 €4 245,74 €1 061,44 €119 776,11 €19 776,11 €
Cas illustratif — régularisation au rachat après 5 ans (capi 100 000 €, TME 3,5 %, IS 25 %)
Scénario au rachatGain réelForfaits cumulésRégularisationIS total sur la vie du contrat
A — gain réel > forfaits (rachat 125 000 €)25 000 €19 776,11 €+5 223,89 € → IS 1 305,97 €6 250,00 € = 25 000 € × 25 %
B — gain réel < forfaits (rachat 115 000 €)15 000 €19 776,11 €base nulle → 0 € d’IS de pluspas d’IS complémentaire au rachat

Dans le scénario A, l’IS total sur toute la vie du contrat (4 944,03 € de forfaits + 1 305,97 € de régularisation) ressort à 6 250,00 €, soit exactement 25 000 € × 25 % : le gain réel n’a été taxé qu’une seule fois. On notera que le montant des forfaits ne change rien à cet IS total — il ne fait qu’en avancer le paiement. Dans le scénario B, le cumul des forfaits (19 776,11 €) dépasse le gain réel (15 000 €) : la base de régularisation est négative, aucun IS complémentaire n’est dû au rachat.

La bonne image : les forfaits sont des acomptes d’impôt

Pensez aux forfaits annuels comme à des acomptes d’IS : chaque année, la holding verse une avance sur un gain présumé, et le rachat vient solder le compte sur le gain réellement encaissé (BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 § 310 et 311). C’est le bon angle de lecture des annuités progressives : reconnaître que la base se capitalise conduit à un IS annuel plus élevé que ne le laisserait croire une lecture à assiette constante, mais il s’agit d’une avance de trésorerie fiscale, pas d’une sur-imposition définitive — comme le montre le scénario A ci-dessus, où l’IS total reste égal à 25 % du gain réel. La section suivante détaille pourquoi ce mécanisme exclut, par construction, toute double imposition.

6. Pourquoi n’y a-t-il pas de double imposition ?

C’est la crainte la plus répandue chez les dirigeants, et elle ne tient pas. Le mécanisme repose sur une imputation : chaque année, on taxe un forfait ; au rachat, la base imposable réelle est diminuée du cumul des forfaits déjà imposés. La même fraction de richesse n’est donc jamais soumise à l’IS deux fois. Reprenons l’image de l’acompte évoquée plus haut : les forfaits sont des avances sur l’impôt final, qui se solde au rachat.

La preuve par l’imputation

Reprenez le scénario A ci-dessus : 4 944,03 € d’IS payés via les forfaits + 1 305,97 € de régularisation = 6 250,00 €, soit précisément 25 % du gain réel de 25 000 €. Si les forfaits ne s’imputaient pas, vous paieriez 4 944,03 € + 6 250 € = bien plus. L’imputation est exactement le mécanisme qui interdit la double imposition.

Pour voir le calcul du forfait décomposé étape par étape, et comprendre comment l’imputation s’opère arithmétiquement, reportez-vous au guide la taxation forfaitaire : le calcul 105 % × TME expliqué.

7. Capi ou compte-titres en holding : 238 septies E ou 209-0 A ?

Les deux enveloppes phares d’une holding à l’IS ne se taxent pas du tout de la même manière. La capi est taxée sur un forfait dont le taux est figé dès la souscription ; le compte-titres est taxé en mark-to-market, c’est-à-dire sur la variation de valeur liquidative de ses OPCVM à la clôture — y compris sur une plus-value latente, non encaissée.

Trois mots à connaître avant de comparer

  • OPCVM = organisme de placement collectif en valeurs mobilières : les fonds, SICAV, FCP et ETF qui mutualisent l’épargne de plusieurs investisseurs.
  • Mark-to-market = évaluation à la valeur de marché : à chaque clôture d’exercice, on revalorise les OPCVM à leur cours du jour, et l’écart (plus ou moins-value latente) entre dans le résultat imposable — même sans vente.
  • Régime mère-fille = dispositif (art. 145 et 216 du CGI) qui exonère 95 % des dividendes reçus d’une participation détenue à au moins 5 % depuis 2 ans ; seule une quote-part de frais et charges (QPFC) de 5 % reste taxée. Il joue côté compte-titres, pas dans la capi.

Contrat de capitalisation — art. 238 septies E

Points forts

  • Coefficient figé à la souscription (105 % × TME) : trajectoire du coût fiscal connue d’avance, année par année
  • Déconnecté de la valeur réelle : pas de surprise en cas de forte hausse des marchés
  • Régularisation unique au rachat, sans double imposition : le forfait est une avance, pas une sur-imposition
  • Adapté à une allocation diversifiée / obligataire / pilotée capitalisante

Points de vigilance

  • Frottement dû même sans performance réelle (forfait présumé), et croissant : la base se capitalise chaque année
  • Pas de régime mère-fille interne au contrat
  • Le TME figé peut être élevé si on souscrit en haut de cycle

Compte-titres (CTO) — art. 209-0 A

Points forts

  • Accès direct aux titres vifs (actions, obligations) hors mark-to-market
  • Exception décisive : OPCVM/ETF investis à ≥ 90 % en actions exonérés du MtM annuel
  • Dividendes éligibles au régime mère-fille (95 % exonérés) selon les seuils
  • Pas de frais d’enveloppe

Points de vigilance

  • Mark-to-market annuel des OPCVM : taxe une plus-value latente non encaissée
  • Coût fiscal variable, qui suit la valeur de marché (imprévisible)
  • Plus-value latente positive imposée même sans cession

7.1. Le point commun : zéro prélèvement social

Que vous choisissiez la capi ou le compte-titres, le garde-fou est identique : une personne morale à l’IS est hors du champ des prélèvements sociaux (art. L. 136-7 du CSS). Dans les deux cas, le seul impôt sur les produits de placement est l’IS — jamais de CSG, jamais de 17,2 % ni 18,6 %.

7.2. Lequel choisir ?

Le choix dépend de votre allocation et de votre horizon. Pour une poche actions de très long terme en buy & hold, le compte-titres (via l’exception des fonds actions ≥ 90 %) peut être quasi sans frottement ; pour une allocation diversifiée, obligataire ou pilotée, la capi et son taux forfaitaire figé sont souvent plus efficients. L’arbitrage complet est traité dans le guide pilier CTO ou contrat de capitalisation en holding ; et la fiscalité du compte-titres en profondeur (le 209-0 A, l’exception des 90 % d’actions) dans le guide fiscalité du compte-titres en société : l’article 209-0 A.

Synthèse — forfait à taux figé, base capitalisée (238 septies E) vs mark-to-market (209-0 A)
CritèreCapi — 238 septies ECompte-titres — 209-0 A
Base imposable annuelleForfait : base retenue × 105 % × TME figé (base majorée chaque année des produits déjà rattachés)Mark-to-market : variation de VL des OPCVM
PrévisibilitéTotale : taux figé à la souscription, trajectoire d’assiette connue d’avance (mais croissante)Variable (suit le marché)
Plus-value latenteNon taxée comme telle (forfait)Taxée même sans cession (sauf fonds actions ≥ 90 %)
Prélèvements sociauxAucun (IS seul)Aucun (IS seul)
Régime mère-filleNon applicablePossible sur dividendes selon seuils

8. Vos obligations comptables et de suivi

Sur le plan fiscal, l’essentiel se résume à une discipline : réintégrer le forfait au résultat imposable chaque exercice et le constater comme produit financier. Le contrat figure à l’actif du bilan en tant que placement ; la variation de valeur réelle des unités de compte n’est, elle, généralement pas comptabilisée chaque année — c’est le forfait du 238 septies E, et non la valeur de marché, qui pilote l’imposition annuelle. La plus-value réelle se solde au rachat, par la régularisation vue à la section 5. Encore faut-il, à chaque clôture, disposer des justificatifs correspondants : sur un contrat luxembourgeois, savoir quelles pièces la société obtient pour sa comptabilité et son commissaire aux comptes, et de qui se règle avant la première clôture, pas après.

8.1. Suivre le TME figé et les forfaits cumulés

La bonne pratique consiste à tenir, dès la souscription, un tableau de suivi : le TME figé retenu, la base retenue à l’ouverture de chaque exercice, le forfait de l’exercice, et surtout le cumul des forfaits déjà imposés — donnée indispensable pour calculer la régularisation au rachat sans erreur. C’est la colonne « base à l’ouverture » qui évite l’erreur la plus fréquente, celle qui consiste à multiplier le forfait de la première année par le nombre d’années : la base s’accroissant à chaque clôture, ce raccourci sous-estime le cumul réel. Pour le détail des écritures comptables et la mécanique d’exploitation au quotidien, reportez-vous au guide comment fonctionne un contrat de capitalisation en holding.

8.2. La capi de holding et la taxe sur les holdings patrimoniales (LF 2026 art. 7)

Une inquiétude fréquente depuis la loi de finances 2026 : la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales (20 % sur certains actifs somptuaires, codifiée à l’article 235 ter C du CGI) vise-t-elle mon contrat de capitalisation ? Non. Les contrats de capitalisation sont expressément exclus de l’assiette de cette taxe, au même titre que la trésorerie, les OPCVM, les SCPI et les FCPR. La capi de holding n’est donc pas concernée. Pour le périmètre exact de cette taxe, voyez le guide taxe sur les holdings patrimoniales (LF 2026 art. 7).

Méthode documentée

La fiscalité de la capi de votre holding vous semble technique ?

Hagnéré Patrimoine modélise le frottement du 238 septies E sur la durée, le compare au compte-titres, et structure l’enveloppe la mieux adaptée à votre allocation. Demandez une simulation.

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En résumé : le 238 septies E impose chaque exercice un forfait connu d’avance (base retenue × 105 % × TME figé), réintégré au résultat IS, sans aucun prélèvement social ; la base s’accroissant à chaque clôture des produits déjà rattachés, les annuités sont progressives et ne se multiplient pas par le nombre d’années. Au rachat, la régularisation sur les produits réels impute les forfaits déjà taxés, ce qui exclut toute double imposition et ramène le forfait à ce qu’il est : une avance de trésorerie fiscale. Le vrai levier reste la date de souscription, qui fige votre TME pour toute la vie du contrat : elle se choisit, elle ne se subit pas. Toutes les valeurs de TME utilisées ici sont illustratives et doivent être vérifiées à la source (Caisse des dépôts / Banque de France) à votre date de souscription.

QH

À propos de l'auteur

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Quentin Hagnéré a fondé Hagnéré Patrimoine en 2020 et en est associé, sans fonction de direction depuis septembre 2026. Auteur de deux livres sur l'investissement immobilier, il signe les guides du cabinet. Le cabinet, présidé par Clément Chatelain, est immatriculé à l'ORIAS sous le n° 23002291 (CIF, COA, COBSP).

Auteur du guideCabinet Hagnéré Patrimoine : ORIAS 23002291
Questions fréquentes

Fiscalité du contrat de capitalisation d’une personne morale — questions fréquentes

Par l'article 238 septies E du CGI : chaque exercice, un produit forfaitaire est réintégré au résultat et taxé à l'IS (25 %, ou 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour une PME éligible). Il vaut la base retenue × (105 % × TME figé à la souscription), la base étant la valeur de souscription majorée des produits forfaitaires déjà rattachés : c'est le taux qui est figé, pas la base. Aucun prélèvement social ne s'applique : une personne morale à l'IS est hors champ CSG/CRDS/PS.

Parce que le 238 septies E impose une prime de remboursement forfaitaire présumée. Le législateur taxe d'office un rendement minimal théorique, réintégré au résultat IS de chaque exercice, indépendamment de tout rachat et de la performance réelle du contrat. C'est ce qui distingue radicalement la personne morale (imposition annuelle) du particulier (imposition au rachat).

L'assiette de l'exercice vaut la base retenue — la valeur de souscription majorée des produits forfaitaires déjà rattachés — × 105 % × le TME figé à la souscription. La base s'accroît donc à la clôture de chaque exercice et les annuités imposables sont progressives (CGI art. 238 septies E, II-2 ; BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20 § 80). Le calcul détaillé pas à pas, avec un exemple chiffré, est traité dans notre guide dédié à la taxation forfaitaire (le 105 % × TME expliqué).

Non. Le TME (taux moyen des emprunts d'État) retenu est celui connu au mois de souscription, et il reste figé pour toute la durée du contrat, même si le TME augmente ensuite. C'est pourquoi la date d'ouverture de votre contrat de capitalisation change tout : souscrire quand le TME est bas verrouille un coefficient d'assiette faible pour toute la durée. Attention toutefois : ce qui est figé, c'est le taux — l'assiette, elle, s'accroît chaque année des produits forfaitaires déjà rattachés.

Non. Au rachat, les forfaits déjà taxés chaque année s'imputent : la base imposable réelle est diminuée du cumul des forfaits déjà imposés. La même richesse n'est jamais taxée deux fois — on régularise simplement sur les produits réellement encaissés.

La régularisation se fait sur le gain réellement constaté au rachat : si le cumul des forfaits déjà imposés dépasse ce gain, la base de régularisation est nulle et aucun IS complémentaire n'est dû. L'imputation empêche que la même fraction de richesse soit taxée deux fois. Formulé prudemment : il n'y a pas de remboursement d'IS au-delà du cadre légal, et le sort de l'excédent déjà versé s'examine avec votre expert-comptable. Ce cumul progresse d'ailleurs plus vite qu'on ne le croit, puisque la base du forfait s'accroît chaque année.

Non. Une personne morale à l'IS est hors du champ de la CSG, de la CRDS et des prélèvements sociaux (art. L. 136-6 et L. 136-7 du Code de la sécurité sociale, qui ne visent que les personnes physiques). Son seul impôt sur les produits de placement est l'impôt sur les sociétés. Aucune flat tax, aucun 17,2 % ni 18,6 % ne s'appliquent à une holding.

Le particulier est imposé au moment du rachat (prélèvement forfaitaire + prélèvements sociaux 17,2 %, avec des abattements après 8 ans). La personne morale, elle, est imposée annuellement par un forfait (238 septies E + IS), sans aucun prélèvement social. Ce sont deux régimes totalement distincts : ne transposez jamais l'un à l'autre.

Le contrat de capitalisation suit un forfait à taux figé, dont la trajectoire est connue d'avance (238 septies E) ; le compte-titres suit un mark-to-market variable des OPCVM, qui taxe une plus-value latente non encaissée (209-0 A). Le choix dépend de votre allocation et de votre horizon. L'arbitrage global est détaillé dans le guide pilier du cluster.

Non. Les contrats de capitalisation sont exclus de l'assiette de la taxe sur les holdings patrimoniales (CGI art. 235 ter C, créé par la loi de finances 2026 art. 7), au même titre que la trésorerie, les OPCVM, les SCPI et les FCPR. La capi de holding n'est donc pas visée par cette taxe de 20 % sur les actifs somptuaires.