L'acompte de CDHR : pourquoi payer avant même votre avis d'impôt
C'est l'un des pièges les moins connus de la fiscalité des hauts revenus : l'impôt sur le revenu, les 17,2 % ou 18,6 % de prélèvements sociaux, la CEHR à 3 puis 4 %… et, depuis 2025, une couche de plus — la CDHR, qui exige une imposition minimale de 20 % de votre revenu. Or cette dernière ne se paie pas seulement l'année suivante : un acompte de 95 % doit être versé spontanément, avant le 15 décembre, sur un revenu que l'année n'a même pas fini de produire. Vous découvrez à l'automne que vous devez verser plusieurs milliers d'euros à l'État sans attendre votre avis d'impôt ? Une majoration de 20 % guette la sous-estimation — mais l'administration ne sanctionne pas l'erreur de bonne foi. On déroule ci-dessous tout ce qu'il faut savoir : calculer les 95 %, payer au bon moment, et arbitrer vos opérations de décembre pour ne pas gonfler vous-même la note.
L'essentiel en 30 secondes
La fenêtre : entre le 1er et le 15 décembre de l'année d'imposition — pour les revenus 2026, du 1er au 15 décembre 2026.
Le lieu : en ligne, dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr (service « Prélèvement à la source »).
Le calcul : 95 % de la contribution, pas du RFR : 20 % du RFR retraité moins l'impôt sur le revenu déjà payé — prélèvements sociaux exclus.
Le piège : une majoration de 20 % en cas de sous-estimation de plus de 20 %, sauf erreur de bonne foi (conservez la trace de votre calcul).
Le bon réflexe : avant de racheter une assurance-vie pour vos liquidités de décembre, vérifiez l'effet sur votre RFR : un crédit lombardn'y touche pas (voir le §9).
Reprenons une seconde la CDHR, parce que tout le calcul de l'acompte en découle. Inscrite à l'article 224 du CGI, c'est un impôt plancher : elle garantit une imposition minimale de 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité dès lors que celui-ci dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple en imposition commune). Elle ne vise que les résidents fiscaux français (art. 4 B). Créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), elle a été reconduite par l'article 2 de la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) pour les revenus 2026, tant que le déficit public dépasse 3 % du PIB. Pour le principe complet du plancher, voyez le taux minimum d'imposition de 20 %.
La particularité fiscale : la CDHR ne se paie pas seulement l'année suivante, à la liquidation de l'impôt. Un acompte doit être versé spontanément dès l'année d'imposition. Cet acompte ne figure d'ailleurs pas dans l'article 224 lui-même, mais au V de l'article 10 de la loi de finances 2025. La logique est simple : l'État veut percevoir sa trésorerie tôt, sans attendre votre déclaration de revenus du printemps suivant.
À ne pas confondre : la CEHR n'a PAS d'acompte
Pas de BOFiP CDHR : une communication, pas une doctrine opposable
Le calendrier 2026 : noter le 1er–15 décembre, ne rien rater
La première question d'un client à l'automne, c'est toujours la même : pour quand ? La fenêtre de versement de l'acompte de CDHR est fixée entre le 1er et le 15 décembre de l'année d'imposition — donc, pour la CDHR due au titre des revenus 2026, entre le 1er et le 15 décembre 2026. Ces dates sont fermes : il ne s'agit pas d'une simple recommandation, mais d'un délai légal, dont le dépassement expose à la majoration.
Le service de paiement dédié ouvre à compter du 1er décembre dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr. En amont, l'administration met généralement en ligne, autour de la mi-novembre, un simulateur officield'aide au calcul de l'impôt sur le revenu et de la CDHR. Vous disposez donc d'environ trois semaines pour estimer, puis d'une quinzaine de jours pour verser.
La timeline de l'acompte de CDHR
1er décembre — ouverture du service de versement dans l'espace particulier (rubrique « Prélèvement à la source »).
1er – 15 décembre — verser l'acompte de 95 % de la CDHR estimée.
Printemps N+1 — déclaration de revenus : liquidation de la CDHR définitive.
Été N+1 — avis d'impôt : solde réglé ou excédent restitué.
95 % de quoi, exactement ? (et surtout pas de votre RFR)
L'erreur que je corrige le plus souvent : on croit que l'acompte se calcule sur le revenu fiscal de référence, ou sur l'impôt sur le revenu. Ni l'un ni l'autre. L'acompte est égal à 95 % de la CDHR estimée — c'est-à-dire 95 % du montant de la contribution, pas de votre revenu. Il faut donc d'abord savoir calculer la CDHR ; on en prend ensuite 95 %.
La CDHR, base de l'acompte (ordre de grandeur)
CDHR estimee = max ( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme + part IR du PFU 12,8 %
+ PFL assurance-vie + CEHR + majorations ] )
Acompte = 95 % x CDHR estimee
Majorations (au numerateur) :
+ 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR par couple (imposition commune)
Decote : entre le seuil et 330 000 EUR (seul)
ou 660 000 EUR (couple), la CDHR est reduite
de 82,5 % x (revenu retraite - seuil)Les prélèvements sociaux (17,2 % / 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : seule la part d'impôt sur le revenu compte. Les revenus exceptionnels (cession) sont retenus pour le quart dans le revenu retraité. Calcul à confirmer avec le simulateur officiel.
Deux mots sur le vocabulaire, parce qu'on les emploie souvent à tort. Le revenu retraité est le revenu fiscal de référence de l'article 1417 IV, ajusté selon les règles propres à la CDHR (notamment les revenus exceptionnels comptés pour le quart). Au numérateur — l'impôt déjà payé que l'on retranche — on additionne l'impôt sur le revenu au barème, la part IR du PFU (12,8 %), le prélèvement forfaitaire libératoire de l'assurance-vie, la CEHR et les majorations. Pour la méthode complète, support par support, voyez comment calculer la CDHR pas à pas ; et pour le détail du barème de la CEHR qui entre dans ce numérateur, voyez le barème, les seuils et le calcul de la CEHR.
Erreur n°1 : ne comptez jamais les prélèvements sociaux
Comment estimer sa CDHR alors que décembre n'est pas terminé ?
Le vrai casse-tête est là : au moment de verser, l'année n'est pas terminée. Vos derniers honoraires, dividendes ou rachats peuvent tomber après le 15 décembre, et les relevés de vos courtiers (IFU) ne sont pas encore disponibles. Comment estimer une contribution dont l'assiette n'est pas figée ? La règle est claire : vous estimez sur la base des revenus réalisés au 1er décembre, complétés d'une projection de ceux du 1er au 31 décembre.
Un point mérite attention si votre année comporte un revenu exceptionnel (cession, dividende exceptionnel) : pour la CDHR, il n'est retenu que pour le quart dans le revenu retraité, alors que la CEHR, elle, dispose de son propre mécanisme d'atténuation — le lissage (système du quotient). Deux dispositifs distincts à ne pas confondre : pour la CEHR, voyez le mécanisme de lissage des revenus exceptionnels. Voici la méthode que je conseille :
Estimer sa CDHR de décembre : la méthode
2. Intégrer les dividendes, plus-values et rachats de fin d'année déjà décidés ou prévisibles.
3. Retenir les revenus exceptionnels (plus-value de cession) pour le quart, soit 25 %, dans le revenu retraité.
4. Déduire le PER / Madelin versé : il baisse le RFR et n'est pas réintégré.
5. Exclure les prélèvements sociaux du test des 20 % (rappel : seul l'impôt sur le revenu compte).
6. Enfin, faire tourner le simulateur officiel DGFiP (en ligne vers la mi-novembre) pour fiabiliser le tout.
Le simulateur officiel et sa limite
Caler votre acompte de décembre avec un conseil
Un CGP indépendant estime votre CDHR de l'année en cours à partir de vos revenus réels et de votre fin d'année prévisible, calcule l'acompte de 95 % à verser et se coordonne directement avec votre expert-comptable la semaine du versement. Vous repartez avec votre calcul d'acompte chiffré et la capture du simulateur datée — votre preuve de bonne foi.
Cas chiffré : Marc, 350 000 € de RFR, calcule son acompte
Marc, cadre dirigeant célibataire, sans personne à charge, estime fin novembre son revenu fiscal de référence retraité à 350 000 € — voyons ce qu'il doit verser. Il franchit donc le seuil de 250 000 € et entre dans le champ de la CDHR. Important : les montants d'impôt et de CDHR ci-dessous sont des illustrations pédagogiques (ils dépendent de la composition exacte de son revenu) ; seuls 350 000 €, 330 000 €, 20 % et 95 % sont des paramètres fermes.
Premier constat : à 350 000 €, Marc dépasse 330 000 €. La décote de 82,5 % est donc épuisée, le plancher s'applique en plein. Le plancher théorique vaut 20 % × 350 000 = 70 000 € d'impôt sur le revenu minimum. Supposons que son revenu mêle une rémunération imposée au barème et des dividendes au PFU : son impôt déjà payé retenu au numérateur (IR au barème + part IR du PFU 12,8 % + CEHR, hors prélèvements sociaux) ressort, dans notre illustration, à environ 58 000 €. La CDHR estimée comble alors l'écart : 70 000 − 58 000 = 12 000 €. Son acompte vaut 95 % × 12 000 ≈ 11 400 €.
| Étape | Montant (illustratif) |
|---|---|
| RFR retraité estimé fin novembre | 350 000 € |
| Position vs décote (sortie à 330 000 €) | Au-dessus → décote épuisée, plein effet |
| Plancher : 20 % × 350 000 € | 70 000 € |
| Impôt déjà payé (IR barème + part IR PFU + CEHR, hors PS) | ≈ 58 000 € |
| CDHR estimée = 70 000 − 58 000 | ≈ 12 000 € |
| Acompte = 95 % × 12 000 | ≈ 11 400 € |
Ce que le cas de Marc dit de votre décembre
La majoration de 20 % et la tolérance de bonne foi
C'est la partie qui crispe les contribuables : la majoration. Une pénalité de 20 % peut s'appliquer dans deux cas : en cas de défaut ou de retard de versement, ou lorsque l'acompte versé est inférieur de plus de 20 % à 95 % de la CDHR effectivement due. Autrement dit, ce n'est pas la moindre approximation qui déclenche la sanction : il faut une sous-estimation significative.
Concrètement, où est la ligne rouge ? L'acompte cible vaut 95 % de la CDHR ; vous entrez en zone de risque quand votre versement passe sous 80 % de ce montant cible, soit en pratique sous environ 76 % de la CDHR réellement due. Au-dessus de ce seuil, même une estimation imparfaite ne déclenche pas la majoration.
Rassurant : la tolérance de bonne foi
D'où une règle simple : dans le doute, payez un peu trop. Le trop-versé revient intégralement au printemps (voir le §8) ; la sous-estimation, elle, peut coûter 20 % de pénalité. Mieux vaut avancer un peu de trésorerie quelques mois que prendre ce risque.
Cas — Sophie sous-estime, mais de bonne foi
La régularisation : le solde de l'année suivante
L'acompte n'est pas le dernier mot : ce n'est qu'une avance. Le versement de décembre N s'impute sur la CDHR définitive, liquidée avec votre impôt sur le revenu l'année suivante— déclaration au printemps N+1, avis d'impôt à l'été N+1. C'est à ce moment-là, sur la base de vos revenus définitifs, que la contribution réelle est arrêtée et que l'acompte est déduit.
Que devient l'acompte : trois cas
2. L'acompte était insuffisant (CDHR réelle supérieure) → vous payez le solde avec l'avis d'impôt de l'été N+1.
3. L'acompte était excédentaire (vous avez surestimé) → l'excédent vous est restitué. C'est ce qui rend la surestimation prudente peu coûteuse : vous récupérez la différence.
Cette régularisation s'inscrit dans la déclaration de revenus de droit commun. Pour la mécanique déclarative générale de l'année — calendrier, cases, nouveautés —, voyez la déclaration d'impôt 2026.
Le piège : un rachat de fin d'année qui gonfle votre propre acompte
C'est là que se joue le vrai arbitrage de décembre, et beaucoup de hauts revenus passent à côté. Vous avez besoin de liquidités en décembre — pour un projet, un appel de fonds, une opportunité — et le réflexe est de racheter une partie de votre assurance-vie. L'année où vous êtes exposé à la CDHR, c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.
La raison : un rachat fait remonter un produit imposable, qui augmente votre revenu fiscal de référence de l'année en cours. Conséquence directe : il alourdit votre acompte de CDHR, peut déclencher ou aggraver la CEHR, et supporte en plus 17,2 % de prélèvements sociaux sur la part de produit. Vous mobilisez 100 000 € de capital, mais vous payez plus d'impôt et de contribution. À l'inverse, un crédit lombard — un prêt garanti par le nantissement de votre assurance-vie (Code des assurances, art. L. 132-10) ou de votre compte-titres (Code civil, art. 2355) — vous procure les mêmes liquidités sans aucun rachat. Résultat : aucun revenu, RFR inchangé, ni IR ni prélèvements sociaux, acompte de CDHR inchangé, et antériorité fiscale du contrat préservée. Le crédit lombard n'est ni un RFR, ni un revenu, ni des prélèvements sociaux, ni de l'impôt.
Rachat d'assurance-vie en décembre
Génère un produit imposable → le RFR augmente → l'acompte de CDHR augmente. S'ajoutent la CEHR (sur le RFR plus élevé) et 17,2 % de prélèvements sociaux sur le produit. L'antériorité fiscale du contrat est entamée. Vous obtenez vos liquidités, mais au prix d'une hausse de votre fiscalité de fin d'année.
Crédit lombard (nantissement)
Prêt garanti par le nantissement du contrat : RFR inchangé, donc acompte de CDHR inchangé, ni IR ni prélèvements sociaux, antériorité préservée. Généralement in fine, durée 1 à 5 ans renouvelable, LTV structurelle prudente conseillée ≤ 50 %, taux 2026 de l'ordre de 2,7 à 4,5 % tout compris. Le crédit lombard n'est pas un revenu.
Note de méthode : le levier est à double tranchant
Cas — Thomas, cédant, a besoin de 100 000 € en décembre
Mobiliser votre capital sans gonfler votre acompte
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On estime votre acompte de CDHR, on arbitre vos opérations de fin d'année et, si vous avez besoin de liquidités, on compare honnêtement un rachat (qui alourdit l'acompte) et un crédit lombard (qui laisse votre RFR inchangé), en vous disant aussi quand le levier n'est pas adapté à votre situation.
La check-list de décembre pour les hauts revenus
Voici, en une page, ce qu'un haut revenu doit cocher avant le 15 décembre. Si votre revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple) et que votre taux d'impôt sur le revenu pourrait passer sous 20 %, voici la marche à suivre.
Votre check-list avant le 15 décembre
☐ Intégrer les dividendes, plus-values et rachats de fin d'année prévisibles.
☐ Retenir les revenus exceptionnels pour le quart, et exclure les prélèvements sociaux du test des 20 %.
☐ Calculer la CDHR via le simulateur officiel, puis en prendre 95 %.
☐ Arbitrer un éventuel besoin de liquidités : rachat ou crédit lombard (le rachat gonfle l'acompte, pas le lombard).
☐ Verser entre le 1er et le 15 décembre dans l'espace particulier (service « Prélèvement à la source »).
☐ Surestimer prudemment et conserver la trace du calcul (bonne foi).
☐ Régulariser le solde au printemps / été suivant.
Deux renvois utiles pour aller plus loin : si vous exercez en profession libérale (honoraires irréguliers, dividendes de SEL), votre acompte mérite un calibrage spécifique — voyez la CDHR de la profession libérale. Et pour replacer la CDHR et la CEHR dans leur cadre d'ensemble, partez du guide complet des hauts revenus 2026, puis suivez ce que la loi de finances 2026 change.
Anticiper votre acompte de CDHR avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On estime votre CDHR de l'année, on calibre l'acompte de décembre, on documente votre bonne foi et on pilote vos opérations de fin d'année pour ne pas alourdir inutilement la contribution. On vous dit aussi, en toute honnêteté, quand vous n'êtes pas concerné.


Où et comment payer l'acompte sur impots.gouv.fr
Tout se passe en ligne, dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr. L'acompte de CDHR est logé dans le service « Gérer mon prélèvement à la source », où une rubrique dédiée à la contribution s'ouvre à compter du 1er décembre. Aucune lettre, aucun titre envoyé : le versement est spontané, c'est à vous d'aller saisir le montant et de le régler. Une fois validée, la déclaration de l'acompte est définitive : préparez votre calcul avant de la saisir.
Les 5 étapes pour payer l'acompte
2. Calculer 95 % de la CDHR estimée — c'est le montant de l'acompte.
3. Se connecter à son espace particulier sur impots.gouv.fr → service « Prélèvement à la source » → rubrique CDHR.
4. Saisir et payer l'acompte entre le 1er et le 15 décembre.
5. Conserver la trace du calcul (hypothèses, simulateur, relevés) comme preuve de bonne foi.
Précision de prudence : en l'absence de doctrine BOFiP, le libellé exact du service et le chemin d'accès peuvent évoluer d'une campagne à l'autre. Vérifiez les modalités déclaratives au moment de payer, directement sur impots.gouv.fr.