L'essentiel : un seul vrai changement en 2026
Soyons directs : en 2026, le mouvement porte sur la CDHR, pas sur la CEHR. La loi de finances 2026 reconduit la CDHR et la durcit sur les revenus exceptionnels ; elle ne touche pasau barème de la CEHR. Avant d'entrer dans le détail, fixons le vocabulaire — c'est l'erreur n° 1 que je corrige en rendez-vous : on confond en permanence ces deux contributions aux sigles voisins.
En 30 secondes : ce qui change en 2026
CEHR — art. 223 sexies (inchangée)
Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus : une surtaxe par tranches, créée par la loi de finances 2012 et permanente malgré son nom. 3 % puis 4 % du revenu fiscal de référence au-delà des seuils, applicable aussi aux non-résidents sur leurs revenus de source française. La loi de finances 2026 ne la modifie pas.
CDHR — art. 224 (reconduite et durcie)
Contribution différentielle sur les hauts revenus : un impôt plancher qui garantit un taux moyen minimum de 20 % du RFR retraité. Réservée aux résidents fiscaux français (art. 4 B). Créée par la loi de finances 2025, reconduite par la loi de finances 2026 et durcie sur les revenus exceptionnels. C'est elle qui bouge en 2026.
Un point commun essentiel : les deux contributions sont assises sur le revenu fiscal de référence (art. 1417 IV du CGI), pas sur le revenu net imposable. C'est ce RFR — large, qui agrège barème et revenus au prélèvement forfaitaire unique — qui sert de socle. Pour creuser la distinction de fond entre les deux, voyez CEHR vs CDHR : différences, cumul et pièges et, pour la vue d'ensemble, le guide pour comprendre la CEHR et la CDHR.
3 chiffres à retenir pour 2026
Plancher CDHR : 20 % du RFR retraité.
Barème CEHR : 3 % puis 4 % — inchangé.
Pas encore de doctrine BOFiP sur la CDHR
La CDHR est reconduite par la loi de finances 2026
Premier changement, le plus visible : la CDHR, qu'on présentait il y a un an comme un impôt ponctuel, vient d'être prolongée. Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter d'un an.
De temporaire à durable : ce que dit exactement le texte
La CDHR a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), à titre initialement temporaire, avec une première application sur les revenus 2025 (déclarés au printemps 2026). La loi de finances 2026 change la donne : son article 2 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) reconduit la contribution pour les revenus 2026, et surtout l'arrime à une condition de fond — elle reste due tant qu'un déficit du budget général de l'État inférieur à 3 % du PIB n'est pas constaté.
Autrement dit, la CDHR passe d'une mesure d'un an à un dispositif durable de fait. Le déficit public français n'étant repassé sous la barre des 3 % qu'exceptionnellement ces dernières années, sa reconduction d'année en année est probable en pratique. Mais — et la nuance est importante — le texte reste conditionnel : juridiquement, la contribution n'est pas gravée dans le marbre. Elle s'éteindra l'année où le déficit repassera durablement sous 3 % du PIB.
Une reconduction conditionnelle, pas une pérennisation définitive
Revenus exceptionnels : la CDHR mord plus fort en 2026
Le vrai durcissement de la cuvée 2026 est ailleurs, et il passe sous le radar de presque tout le monde sauf des fiscalistes. Il porte sur le traitement des revenus exceptionnels dans le calcul de la CDHR.
Rappel : la règle du quart (25 %)
Un revenu exceptionnel — un revenu non susceptible d'être perçu chaque année et qui dépasse la moyenne de vos revenus, comme une plus-value de cession ou un dividende exceptionnel — n'est retenu que pour le quart, soit 25 %, dans le revenu de référence retraité servant au calcul de la CDHR, et sans application du quotientde l'article 163-0 A du CGI. C'est une atténuation forte, qui amortit le choc d'une grosse opération sur une seule année.
La nouveauté 2026 : la CEHR afférente retenue elle aussi pour le quart
Jusqu'ici, la CEHR afférente à ce revenu exceptionnel — qui se retranche au numérateur de la CDHR (c'est l'impôt déjà payé qu'on déduit du plancher de 20 %) — était comptée à 100 %. En pratique, cette CEHR « pleine » écrasait souvent la CDHR sur la tranche exceptionnelle : le bouclier était large. La loi de finances 2026 introduit une symétrie : la CEHR afférente au revenu exceptionnel n'est désormais retenue que pour le quart (25 %) au numérateur, comme le revenu lui-même. Résultat : ce bouclier se réduit, et la CDHR mord plus fort sur les cessions de titres et les distributions exceptionnelles.
La formule de la CDHR, et le point qui bouge en 2026
CDHR due = 20 % × RFR retraité − impôt déjà payé*
* impôt déjà payé (le numérateur) =
IR au barème
+ part IR du PFU (12,8 %)
+ PFL de l'assurance-vie
+ CEHR ← compté à 100 % en 2025,
à 25 % en 2026 sur l'exceptionnel
+ majorations forfaitaires
(les prélèvements sociaux 17,2 / 18,6 % sont EXCLUS)- Plancher :20 % du RFR retraité (au-delà de 250 000 € / 500 000 €)
- Revenu exceptionnel :retenu pour le quart (25 %) dans le RFR retraité, sans quotient (art. 163-0 A)
- Ce qui change en 2026 :la CEHR afférente à l'exceptionnel n'est plus déduite qu'à 25 % au numérateur, contre 100 % en 2025
La CDHR n'est due que si l'impôt déjà payé reste sous le plancher de 20 %. En réduisant la CEHR déductible sur l'exceptionnel, la loi de finances 2026 rétrécit le numérateur — donc augmente la contribution l'année d'une cession ou d'un dividende exceptionnel.
Modalités susceptibles d'être précisées
Deux autres ajustements 2026 méritent d'être signalés, sans les développer ici : les plus-values placées en report d'imposition (apport-cession, art. 150-0 B ter) restent retirées du revenu retraité, et les dons aux œuvres retrouvent leur pleine efficacité dans le calcul de la contribution. Le traitement des changements de situation familiale a également été ajusté.
Cas 1 — Antoine, cédant : le durcissement 2026 en chiffres
Le quart : la plus-value n'entre dans le revenu retraité de la CDHR que pour 25 %, soit 600 000 × 25 % = 150 000 €.
En 2025 : la CEHR afférente à cette plus-value était retranchée à 100 % au numérateur → elle « écrasait » largement la CDHR sur cette tranche, qui restait faible, voire nulle.
En 2026 : cette même CEHR n'est retranchée que pour le quart (25 %) → le bouclier tombe → la CDHR due augmente sur l'année de cession (de l'ordre de plusieurs milliers d'euros de plus, selon le profil).
Autrement dit, en 2026 l'année d'une cession devient l'année à risque : on anticipe le calendrier, les exonérations de plus-values et l'acompte, avant la signature.
À ne pas confondre : ce « quart » est propre à la CDHR. La CEHR, elle, dispose de son propre système de lissage (quotient), qui ne suit pas la même logique — voyez le mécanisme de lissage de la CEHR.
Ce qui ne change pas : la CEHR reste inchangée
Bonne nouvelle pour finir sur l'essentiel des dispositifs : la CEHR (art. 223 sexies du CGI) n'est pas modifiéepar la loi de finances 2026. Tout ce que vous saviez d'elle reste vrai.
| Paramètre de la CEHR | En 2026 | Évolution |
|---|---|---|
| Barème | 3 % puis 4 % | Inchangé |
| Seuils célibataire | 250 000 € puis 500 000 € | Inchangés |
| Seuils couple (imposition commune) | 500 000 € puis 1 000 000 € | Inchangés (doublés) |
| Lissage des revenus exceptionnels | Quotient propre (art. 223 sexies II) | Inchangé |
| Non-résidents | Soumis sur les revenus de source française | Inchangé |
Le piège à éviter : ne pas confondre la CEHR et son rôle dans la CDHR
La hausse des prélèvements sociaux 2026 : attention au piège
En 2026, un second coup de rabot débarque, qu'on me confond presque systématiquement en rendez-vous avec la CDHR et qu'il ne faut surtout pas mélanger avec elle : la hausse de la CSG sur le capital. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 12) fait passer la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Le prélèvement social global grimpe donc — mais pas sur tous les supports.
| Support | Prélèvements sociaux 2026 | Détail |
|---|---|---|
| Dividendes, intérêts, plus-values mobilières | 18,6 % | CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5 |
| PEA, PER (gains à la sortie), LMNP | 18,6 % | Même composition |
| Assurance-vie, contrats de capitalisation | 17,2 % (maintenu) | La CSG n'y passe pas à 10,6 % |
| Revenus fonciers, plus-values immobilières | 17,2 % (maintenu) | Idem PEL / CEL |
Le garde-fou à marteler : les PS ne comptent pas dans la CDHR
L'erreur que je vois chez 9 contribuables sur 10 qui s'autodiagnostiquent, et elle coûte cher : croire que les prélèvements sociaux entrent dans le test des 20 %. Faux. Au numérateur de la CDHR — l'impôt déjà payé qu'on compare au plancher — on ne retient que l'impôt sur le revenu : le barème, la part IR du PFU (12,8 %), le prélèvement forfaitaire libératoire de l'assurance-vie, la CEHR et les majorations forfaitaires. Les prélèvements sociaux (17,2 % comme 18,6 %) en sont totalement exclus.
Erreur n°1 : ne jamais inclure les PS dans le test des 20 %
La CDHR non censurée par le Conseil constitutionnel
Une question revient souvent : cet impôt plancher tiendra-t-il devant le juge constitutionnel ? À ce jour, deux décisions encadrent le dispositif — et seulement deux. Restons précis sur ce qu'elles disent exactement.
La reconduction de la CDHR a été examinée dans le cadre du contrôle de la loi de finances 2026 : par sa décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026, le Conseil constitutionnel a validé la loi (avec des réserves d'interprétation et la censure de plusieurs cavaliers budgétaires) — sans censurer la reconduction de la CDHR. Quant à sa création, elle s'est faite dans le cadre de la loi de finances 2025, validée par la décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025.
Deux décisions, pas une de plus
Ce que ça implique : obtenir des liquidités sans gonfler son RFR
Voilà où ça devient concret pour votre trésorerie. Puisque la CDHR mord plus fort sur l'exceptionnel en 2026, et que tout revenu gonfle le RFR — donc nourrit à la fois la CEHR, la CDHR, l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux —, la vraie réponse de 2026 consiste souvent à obtenir des liquidités sans générer de revenu imposable.
Le pont fiscal : rachat d'assurance-vie vs crédit lombard
Le cas que je traite le plus souvent : un dirigeant veut sortir 150 000 ou 300 000 € pour un achat immobilier ou un apport, sans déclencher l'avalanche fiscale. Deux chemins pour le financer à partir de son épargne.
Rachat d'assurance-vie
Vous retirez l'argent du contrat. La part de produit (les gains) est imposable : elle augmente votre revenu fiscal de référence, et peut donc déclencher ou aggraver la CEHR ET la CDHR, en plus de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux de 17,2 %. L'abattement annuel après 8 ans (4 600 € / 9 200 €) ne neutralise qu'une petite partie d'un gros rachat. Vous consommez aussi l'antériorité fiscale du contrat.
Crédit lombard (nantissement)
Vous empruntez en mettant votre contrat (art. L. 132-10 du Code des assurances) ou votre compte-titres (art. 2355 du Code civil) en garantie. Vous obtenez des liquidités SANS rachat : aucun revenu créé, RFR inchangé. La CEHR et la CDHR ne sont ni déclenchées ni aggravées, et l'antériorité fiscale du contrat est préservée. Le crédit lombard n'est ni un RFR, ni un IR, ni des prélèvements sociaux.
Cas 2 — Claire, dirigeante : 200 000 € à mobiliser, deux chemins opposés
Option rachat d'assurance-vie (contrat > 8 ans, ~80 000 € de plus-value imposable dans le rachat) : après l'abattement couple de 9 200 €, le produit imposable ajoute ~70 800 € au RFR (80 000 € − 9 200 €) → il alourdit la CEHR, la CDHR, l'IR et les PS à 17,2 % sur l'année.
Option crédit lombard : 200 000 € empruntés contre nantissement de l'assurance-vie → RFR inchangé (520 000 €) → aucun déclenchement ni aggravation de la CEHR / CDHR, antériorité préservée. Le coût : les intérêts du prêt (non déductibles dans ce cas d'usage privé).
À projet égal, le lombard ne gonfle pas le RFR. L'arbitrage entre les deux se chiffre au cas par cas (coût des intérêts contre coût fiscal du rachat).
Cas 3 — Henri, rentier : la double peine du PFU
Ces dividendes ne portent que 12,8 % d'impôt sur le revenu (sous le plancher de 20 %) → ils diluent son taux effectif d'IR et alourdissent la CDHR. Et ils subissent en plus 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG à 10,6 % depuis 2026), hors numérateur de la CDHR → double peine.
Le réflexe : éviter d'ajouter du revenu au PFU quand on est proche du seuil. Pour un besoin de trésorerie, le crédit lombard ne crée, lui, aucun revenu.
Garde-fou : le crédit lombard est un effet de levier à double tranchant
C'est exactement la bascule mentale qu'on fait faire à nos clients dirigeants et rentiers : dissocier le besoin de liquidités de la création de revenu imposable. Pour la stratégie d'ensemble, voyez mobiliser son capital sans déclencher l'impôt : assurance-vie + crédit lombard, et pour le contenant idéal de cette stratégie, l'assurance-vie luxembourgeoise (dont la fiscalité, pour un résident français, est identique à celle de l'assurance-vie française : son atout est la sécurité, pas un avantage de barème).
Mobiliser vos liquidités sans déclencher la CEHR ni la CDHR ?
Un CGP indépendant estime votre exposition réelle après la loi de finances 2026, puis compare, chiffres à l'appui, un rachat (qui gonfle le RFR) et un crédit lombard (qui le laisse intact) — en vous disant honnêtement quand le levier n'a pas de sens pour vous.
Suis-je concerné, et quand dois-je payer en 2026 ?
Restent deux questions terre à terre, celles qu'on me pose en fin de rendez-vous : est-ce que ça me touche, et quand est-ce que je passe à la caisse ?
Qui est concerné en 2026
Vous êtes dans le champ de la CDHR si votre RFR retraité dépasse 250 000 € (célibataire, veuf ou divorcé) ou 500 000 € (couple en imposition commune) et que vous êtes résident fiscal français au sens de l'article 4 B du CGI. Les non-résidents ne sont pas concernés par la CDHR — alors qu'ils peuvent, eux, supporter la CEHR sur leurs revenus de source française. Pour vérifier votre situation précise, faites le test « suis-je concerné par la CEHR ou la CDHR ». Si vous exercez en libéral, voyez la déclinaison métier dans la CDHR de la profession libérale.
L'acompte de décembre 2026
La CDHR ne se paie pas seulement au moment de la déclaration : un acompte spontané, égal à 95 % de la contribution estimée, doit être versé entre le 1er et le 15 décembre 2026, directement sur impots.gouv.fr. Le solde se régularise avec l'impôt sur le revenu en 2027. Une majoration de 20 % peut s'appliquer en cas de sous-estimation de plus de 20 % du montant réellement dû — sauf erreur d'estimation de bonne foi (tolérance administrative).
Le bon réflexe avant décembre 2026
À retenir pour 2026
Au 16 juin 2026, voici les quatre points qui résument vraiment ce que la loi de finances 2026 change — et ne change pas — pour les hauts revenus.
Le récap daté du 16 juin 2026
2. Elle est durcie sur les revenus exceptionnels : la CEHR afférente n'est désormais retenue que pour le quart (25 %) au numérateur, contre 100 % en 2025 → la CDHR pèse plus lourd l'année d'une cession ou d'un dividende exceptionnel.
3. La CEHR (3 % / 4 %) ne change pas : seul son retraitement dans la CDHR évolue.
4. La hausse des prélèvements sociaux (CSG capital 9,2 → 10,6 %, LFSS 2026) alourdit la pression globale, mais les PS ne comptent pas dans le test des 20 % de la CDHR.
Un article d'actualité : à confirmer à la source
Le vrai levier en 2026 n'est pas un produit miracle : c'est de décaler une cession de quelques semaines, d'étaler un dividende, ou de financer un projet par nantissement plutôt que par rachat. Trois arbitrages qu'on pose noir sur blanc, chiffres en main, lors du bilan.
Faire le point sur la CEHR et la CDHR 2026 avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On passe au crible le calendrier de vos cessions et distributions de fin d'année, on chiffre l'impact du durcissement 2026 sur l'acompte de décembre, et on regarde s'il vaut mieux décaler une opération ou la financer autrement — sans vous vendre un produit-maison.

