CEHR et CDHR : deux contributions à ne surtout pas confondre
Neuf clients sur dix les confondent en rendez-vous — et c'est légitime : deux sigles voisins, deux seuils d'entrée identiques, deux contributions qui frappent les hauts revenus. Pourtant tout les sépare, sauf le sigle : ce sont deux mécaniques opposées. La CEHR — contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, article 223 sexies du CGI — est une surtaxe par tranches de 3 puis 4 %, créée par la loi de finances 2012 (en vigueur depuis l'imposition des revenus 2011) et permanente malgré son nom. La CDHR — contribution différentielle sur les hauts revenus, article 224 du CGI — est un impôt plancher qui garantit une imposition minimale de 20 % du RFR retraité, créée par la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) et reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026). Les deux reposent sur le même socle : le revenu fiscal de référencede l'article 1417 IV, et non le revenu net imposable.
L'essentiel en 30 secondes
CDHR : impôt plancher de 20 % du RFR retraité (art. 224), réservé aux résidents, reconduit pour 2026.
Base commune : le revenu fiscal de référence (art. 1417 IV) pour les deux.
Seuils : 250 000 € (célibataire) / 500 000 € (couple) pour entrer dans le champ.
Le cumul : la CEHR est retranchée au numérateur de la CDHR → pas de double comptage, mais bien une addition.
L'erreur n° 1 : croire que les prélèvements sociaux comptent dans le test des 20 %. Ils sont exclus.
Le réflexe à corriger sur les deux noms
Le tableau comparatif : 8 critères côte à côte
Posons-les côte à côte sur les huit critères qui décident vraiment de ce que vous paierez. Une seule ligne de ce tableau est identique d'une colonne à l'autre : la base (le RFR). Tout le reste — nature, taux, territorialité, durée — les oppose.
| Critère | CEHR — art. 223 sexies | CDHR — art. 224 |
|---|---|---|
| Nature | Surtaxe additionnelle par tranches | Impôt plancher différentiel |
| Base | RFR (art. 1417 IV) | RFR (art. 1417 IV) retraité |
| Taux | 3 % puis 4 % | Garantit 20 % moyen minimum |
| Seuils célibataire | 3 % de 250 k à 500 k € ; 4 % > 500 k € | RFR > 250 000 € |
| Seuils couple | 3 % de 500 k à 1 M € ; 4 % > 1 M € (doublés) | RFR > 500 000 € |
| Origine / durée | LF 2012, permanente (depuis 2011) | LF 2025, reconduite LF 2026 (déficit > 3 % PIB) |
| Territorialité | Aussi non-résidents (source FR) | Résidents seulement (art. 4 B) |
| Lissage propre | Quotient (art. 223 sexies) | Exceptionnels au quart + décote 82,5 % |
Les deux ont leur amortisseur de revenus exceptionnels
Qui paie quoi : on peut payer l'une sans l'autre
Voilà le point qu'on me demande de clarifier à chaque rendez-vous : entrer dans le champ de l'une n'oblige pas à payer l'autre. Les deux contributions ont des déclencheurs différents.
La CEHR est mécanique
Dès que votre RFR franchit le seuil de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), la CEHR s'applique automatiquement, par tranches, sur la fraction qui dépasse. C'est une surtaxe : pas de condition de taux, pas de test. Vous franchissez le seuil, vous la payez.
La CDHR est conditionnelle
La CDHR, elle, ne se déclenche que si votre taux moyen d'impôt sur le revenu (augmenté de la CEHR) reste inférieur à 20 % de votre RFR retraité. Résultat concret : un cadre dirigeant imposé au barème (tranches à 41-45 %) peut payer la CEHR mais avoir une CDHR nulle, parce que son IR effectif dépasse déjà 20 %. À l'inverse, un contribuable dont une large part des revenus passe au PFU(12,8 % d'IR seulement) voit son taux effectif se diluer sous le plancher : c'est lui que la CDHR rattrape.
| Profil | CEHR | CDHR |
|---|---|---|
| RFR 300 000 €, tout au barème (TMI 41-45 %) | Due (par tranches) | Souvent nulle (IR effectif > 20 %) |
| RFR 300 000 € dont une grosse part au PFU (12,8 %) | Due (par tranches) | Se déclenche (taux dilué sous 20 %) |
| RFR 200 000 € (sous le seuil) | Non due | Non due |
| Non-résident, revenus de source FR > seuil | Due | Non due (résidents seulement) |
La bonne nouvelle
Le piège n° 1 : les prélèvements sociaux ne comptent PAS
S'il y a une erreur que je corrige à chaque rendez-vous sur le sujet, c'est celle-là. Au numérateur de la CDHR — l'impôt déjà payé que l'on retranche du plancher de 20 % — on ne compte QUE l'impôt sur le revenu : barème, part IR du PFU (12,8 %), PFL de l'assurance-vie, CEHR et majorations. Les prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) en sont exclus. Jamais ils n'entrent dans le test des 20 %.
L'erreur à 0 € près
Encore faut-il appliquer le bon taux de prélèvements sociaux, car la loi de financement de la sécurité sociale 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a instauré une dualité :
| Taux de PS 2026 | Revenus concernés |
|---|---|
| 18,6 % | Dividendes, intérêts, plus-values mobilières, PEA, PER (gains à la sortie), LMNP |
| 17,2 % (maintenu) | Assurance-vie, contrats de capitalisation, revenus fonciers, plus-values immobilières, PEL/CEL |
En clair, pour vous : un rachat d'assurance-vie supporte 17,2 % de PS — pas 18,6 % — et ces 17,2 % ne comptent pasdans le test des 20 %. C'est l'une des raisons pour lesquelles un gros rachat d'assurance-vie peut, à lui seul, déclencher la CDHR malgré l'impôt déjà acquitté.
L'effet double, voire triple peine d'un revenu exceptionnel
C'est le rendez-vous que je redoute le plus : celui où un dirigeant me montre son avis d'imposition de l'année suivante et découvre ce qu'un seul rachat a coûté. Il avait besoin de 200 000 €de trésorerie, il a racheté son assurance-vie — et un revenu exceptionnel, qu'il s'agisse d'un gros rachat, d'une cession de titres ou d'un dividende massif, produit un effet en cascade.
Le même événement gonfle le RFR et alimente quatre couches à la fois : ① il franchit ou aggrave les tranches de la CEHR ; ② il alimente la base de la CDHR (le revenu exceptionnel est retenu pour le quart, 25 %, mais il est retenu) ; ③ il génère l'impôt sur le revenu (barème ou PFU) ; ④ il supporte les prélèvements sociaux(17,2 % sur l'assurance-vie, 18,6 % sur les dividendes ou plus-values mobilières).
Ce n'est pas une pénalité, c'est une mécanique d'assiette
Mais sur un besoin de trésorerie ponctuel, la vraie question n'est pas « combien d'impôt ? » — c'est « faut-il vraiment vendre pour avoir l'argent ? ». Pierre, justement, n'était pas obligé de racheter. On y revient juste après les chiffres.
Cas chiffré : un rachat d'assurance-vie de 200 000 €
Trois profils anonymisés, représentatifs de ce qu'on voit passer en rendez-vous à Chambéry. Les prénoms sont fictifs, mais les ordres de grandeur sont réalistes. Important : ces calculs sont des illustrations pédagogiques aux taux 2026 ; la CDHR n'ayant pas encore de doctrine BOFiP, chaque situation doit être confirmée avec le simulateur officiel et votre conseil.
Cas 1 — Pierre, célibataire : un rachat d'assurance-vie de 200 000 € (le détonateur)
Effet sur le RFR : le rachat porte son RFR à ~430 000 € → il franchit le seuil de la CEHR (250 k) et celui de la CDHR (250 k).
Prélèvements sociaux : 200 000 × 17,2 % = 34 400 € (assurance-vie — pas 18,6 % ; et ces PS n'entrent pas dans le test CDHR).
Impôt sur le revenu du rachat : part IR du PFU 12,8 % ≈ 200 000 × 12,8 % = 25 600 € (illustratif, hors abattement).
CEHR : la fraction de RFR au-delà de 250 k entre dans la tranche à 3 % → environ 5 400 € (illustratif).
CDHR : le rachat au PFU (12,8 % d'IR) dilue son taux effectif → la CDHR peut combler l'écart jusqu'à 20 %.
Message : un seul geste → PS + IR + CEHR + (risque) CDHR. Une fiscalité immédiate en dizaines de milliers d'euros.
Cas 2 — Hélène & Marc, couple au barème, RFR 520 000 € (la CDHR nulle)
CEHR : RFR > 500 000 € → due (3 % sur la fraction de 500 k à 520 k ≈ 600 €, illustratif).
CDHR : leur IR effectif dépasse déjà 20 % du RFR (barème élevé) → CDHR = 0 €. La majoration couple de 12 500 € au numérateur renforce encore l'absence de CDHR.
Message : entrer dans le champ ≠ payer la CDHR. Le barème « protège » du plancher ; ici, seule la CEHR est due.
Cas 3 — Sophie, cession de titres : l'exceptionnel au quart + la décote
CDHR — le quart : la PV exceptionnelle n'est retenue que pour le quart : 400 000 × 25 % = 100 000 € → revenu retraité ≈ 280 000 €.
CDHR — la décote : revenu retraité ≤ 330 000 € → la CDHR est réduite de 82,5 % de (280 000 − 250 000) = 82,5 % × 30 000 = 24 750 € de réduction.
CEHR : elle frappe le RFR total mais dispose de son quotient propre pour amortir le pic.
Message : sans le quart ni la décote, l'effet serait brutal. L'anticipation — timing, et une trésorerie de transition par crédit lombard plutôt qu'un rachat — change tout.
Note de méthode : lisez ces chiffres pour ce qu'ils sont
Le levier qu'on oublie : ne pas créer le revenu
Reprenons le cas de Pierre. Il avait besoin de 200 000 €. En rachetant son assurance-vie, il a déclenché tout l'empilement : PS, IR, CEHR, risque de CDHR. Or il existait une autre voie, qui change radicalement la donne : ne pas créer le revenu. C'est, sur un besoin de liquidité, le meilleur moyen de neutraliser le cumul CEHR + CDHR.
Le crédit lombard : un prêt, pas un revenu
Le crédit lombard est un prêt garanti par le nantissement de votre épargne — votre contrat d'assurance-vie (art. L. 132-10 du Code des assurances) ou votre compte-titres (art. 2355 du Code civil). Au lieu de racheter, vous empruntez en mettant votre capital en garantie. Concrètement, Pierre touche ses 200 000 € sans rien vendre, donc sans produit imposable : son RFR reste à 230 000 €, il ne franchit ni le seuil CEHR ni celui de la CDHR. Un prêt n'est ni un revenu, ni un produit imposable : il ne génère ni RFR, ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux. Il ne déclenche donc ni n'aggrave la CEHR ou la CDHR, et il préserve l'antériorité fiscalede votre contrat (les 8 ans, l'abattement annuel).
Rachat de 200 000 €
Crée un produit imposable, gonfle le RFR, déclenche ou aggrave CEHR et CDHR, en plus de l'IR et des prélèvements sociaux de 17,2 %. Casse l'antériorité fiscale : les sommes sorties ne capitalisent plus. Empilement fiscal immédiat, en dizaines de milliers d'euros.
Crédit lombard de 200 000 €
Un prêt, pas un revenu : 0 € de RFR, 0 € d'IR, 0 € de PS, aucune CEHR ni CDHR déclenchée. Seul coût : les intérêts (de l'ordre de 2,7 à 4,5 % tout compris en 2026). Le contrat reste investi et capitalise. À condition d'accepter un effet de levier maîtrisé.
Côté technique, retenez quelques repères (le détail est dans le guide dédié) : prêt généralement in fine, LTV (quotité de financement) d'environ 50 à 90 % selon l'actif nanti — une LTV prudente se situe sous 50 % —, taux 2026 d'environ 2,7 à 4,5 % tout compris, et un appel de marge possible si la valeur de la garantie baisse sous le seuil contractuel (exécution accélérée, art. L. 211-38 du CMF). Le crédit lombard échappe par ailleurs au plafond d'endettement HCSF de 35 %, car c'est un crédit patrimonial et non immobilier.
Déontologie : un effet de levier à double tranchant
C'est tout le sens du second volet de ce dossier : mobiliser son capital sans déclencher l'impôt. Pour l'approche complète, voyez mobiliser son capital sans déclencher l'impôt ; pour le comparatif chiffré rachat contre lombard, rachat ou crédit lombard : le comparatif chiffré ; et pour la mécanique technique du prêt, le guide technique complet du crédit lombard.
Faut-il racheter ou nantir pour vos 200 000 € ?
Un CGP indépendant estime ce qu'un rachat déclencherait en CEHR, CDHR, IR et prélèvements sociaux, puis le compare au coût réel d'un crédit lombard adossé à votre contrat. Et si le levier n'est pas adapté à votre profil, on vous le dit franchement.
Et l'assurance-vie luxembourgeoise dans tout ça ?
Une question revient souvent quand on parle de mobiliser son capital : « et si je passe par une assurance-vie luxembourgeoise, est-ce que je paie moins de CEHR ou de CDHR ? » La réponse, en toute honnêteté, est non — et il faut le dire clairement pour éviter une fausse promesse.
Pour un résident fiscal français, la fiscalité de l'AVL est identique à celle de l'assurance-vie française : mêmes règles de rachat, même 17,2 % de prélèvements sociaux, même article 990 I au décès. Aucun avantage de barème. Un rachat sur un contrat luxembourgeois gonfle le RFR exactement comme un rachat français.
L'avantage de l'AVL est ailleurs : la sécurité, pas la fiscalité
Cas particuliers : non-résidents, profession libérale
Deux profils sortent du cadre général qu'on vient de décrire : l'expatrié et le libéral.
Les non-résidents
C'est précisément là que les deux contributions divergent. Un non-résident est redevable de la CEHR sur ses revenus de source française (loyers, dividendes), mais jamais de la CDHR, qui ne vise que les contribuables domiciliés fiscalement en France au sens de l'article 4 B du CGI. Pour un non-résident à hauts revenus de source française, le test des 20 % de la CDHR ne s'applique donc tout simplement pas.
La profession libérale et le dirigeant de SEL
Pour un libéral ou un dirigeant de société d'exercice libéral, la mécanique du cumul se décline sur ses revenus propres : dividendes de SEL au PFU (12,8 % d'IR, donc déclencheurs typiques de la CDHR), plus-value de cession du cabinet (revenu exceptionnel retenu pour le quart). Le BNC imposé au barème, lui, protège souvent du plancher. Ce cas mérite son propre traitement : la CDHR de la profession libérale.
Une contribution conditionnée à l'état des finances publiques
Si vous ne deviez retenir que trois choses : CEHR et CDHR sont deux bêtes différentes, les 17,2 % de PS ne comptent pas dans le test des 20 %, et un gros rachat — comme celui de Pierre — peut déclencher les quatre couches d'un coup. La meilleure parade sur un besoin de liquidité reste de ne pas créer le revenu. Pour bâtir une stratégie d'ensemble, voyez le guide pour payer moins d'impôts et, si la dette est rattachée à un actif taxable, la déductibilité des intérêts du lombard de la dette IFI (art. 974).
Maîtriser CEHR et CDHR avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On estime votre exposition réelle aux deux contributions, on mesure l'impact d'un rachat ou d'une cession sur votre RFR, et on étudie l'alternative du crédit lombard pour mobiliser votre capital sans créer de revenu. Et si, après calcul, votre IR dépasse déjà 20 % — comme le couple Hélène & Marc —, on vous le dira : vous n'avez pas de CDHR à payer.


Comment elles se cumulent : la CEHR est retranchée de la CDHR
L'erreur que tout le monde fait d'instinct : « si je paie la CEHR et la CDHR, je suis taxé deux fois sur le même revenu ». Faux. Le législateur a prévu l'articulation : la CEHR est l'un des impôts retranchés au numérateur du calcul de la CDHR. Regardons la formule.
Le calcul de la CDHR (ordre de grandeur)
CDHR due = max ( 0 ; 20 % x RFR retraite - [ IR au bareme + part IR du PFU 12,8 % + PFL de l'assurance-vie + CEHR + majorations ] ) Majorations : 1 500 EUR par personne a charge + 12 500 EUR par couple (imposition commune) Decote : si revenu retraite <= 330 000 EUR (seul) ou <= 660 000 EUR (couple), la CDHR est reduite de 82,5 % x (revenu retraite - seuil)La CEHR figure parmi les impôts déjà payés, retranchés du plancher de 20 %. Les prélèvements sociaux (17,2 % / 18,6 %), eux, ne figurent JAMAIS au numérateur. Calculs à confirmer avec le simulateur officiel.
Dans cette formule, on additionne d'abord votre impôt sur le revenu (barème, part IR du PFU, PFL de l'assurance-vie), votre CEHR et les majorations ; puis on compare ce total à 20 % de votre RFR retraité. Si le total est inférieur, la CDHR comble la différence. La CEHR est donc déjà comptée dans ce que vous avez payé : vous ne la repayez pas une seconde fois. Mais — et c'est tout l'enjeu — les deux peuvent être dues et s'additionnent économiquement sur votre avis.
Exemple chiffré express : voir la CEHR « se ranger » au numérateur
Le piège du raccourci à casser
Pour dérouler ce calcul pas à pas, avec un exemple complet et la place exacte de chaque impôt au numérateur, voyez la méthode de calcul de la CDHR pas à pas.