Le principe du calcul en 30 secondes
Vous gagnez bien votre vie, vous payez déjà l'impôt sur le revenu, 17,2 à 18,6 % de prélèvements sociaux et, depuis 2011, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) — et l'État rajoute une couche : la CDHR. Mauvaise surprise classique : un dirigeant qui s'est versé l'essentiel en dividendes croit être « déjà à 30 % » et découvre qu'il doit, en plus, plusieurs dizaines de milliers d'euros. Dans notre cas chiffré, un célibataire à 400 000 € de RFR — qui paie pourtant déjà plus de 120 000 € au fisc — se voit réclamer 17 436 € de CDHR supplémentaires. Rassurez-vous : la CDHR se calcule en cinq étapes, et aucune ne dépasse une règle de trois — ce guide les applique pas à pas, ligne à ligne, jusqu'au montant final.
Car la CDHR n'est pas une surtaxe par tranches : c'est un impôt plancher. L'article 224 du CGI dit en substance ceci : si votre impôt sur le revenu représente moins de 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, et que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), la contribution vient combler la différence pour vous amener à ce plancher de 20 %. Calculer la CDHR revient à comparer deux montants : d'un côté, 20 % du revenu retraité ; de l'autre, l'impôt sur le revenu que vous payez déjà. La CDHR est la différence positive entre les deux.
La CDHR en une image
Deux paramètres déforment l'image : la décote abaisse temporairement la barre juste au-dessus du seuil, et les majorations (personnes à charge, couple) font monter un peu votre niveau.
L'erreur de calcul n° 1 : ne jamais inclure les prélèvements sociaux
Le calcul de la CDHR en 30 secondes
La formule de la CDHR, terme par terme
Voici la formule complète ; on s'y réfèrera à chaque étape. C'est elle qu'on appliquera, ligne à ligne, dans le cas chiffré.
Formule générale de la CDHR (art. 224 CGI)
CDHR due = max ( 0 ;
[ 20 % x revenu retraite + majorations ]
- [ IR au bareme + part IR du PFU 12,8 %
+ PFL assurance-vie + CEHR ] )
- decote eventuelle
Revenu retraite = RFR (art. 1417 IV), sans quotient,
les revenus exceptionnels comptes pour 1/4
Majorations = 1 500 EUR / personne a charge
+ 12 500 EUR / couple (imposition commune)
Decote (zone seuil -> 330 000 / 660 000 EUR), art. 224 V :
CDHR diminuee de max(0 ;
20 % x RFR - 82,5 % x (revenu - seuil))Les prélèvements sociaux (17,2 % / 18,6 %) ne figurent NULLE PART dans cette formule. Seul l'impôt sur le revenu — au sens large : barème, part IR du PFU, PFL de l'assurance-vie, CEHR — est retranché. Calculs à confirmer avec le simulateur officiel.
La soustraction oppose deux blocs. Le premier, 20 % du revenu retraité + majorations, c'est le plancher cible : le montant d'impôt sur le revenu que l'État estime que vous devriez payer au minimum. Le second, entre crochets, c'est l'impôt sur le revenu que vous payez déjà — ce qu'on appelle le numérateur. Si le premier bloc dépasse le second, l'écart est dû au titre de la CDHR. Sinon, la contribution est nulle.
| Terme | Ce qu'il contient | Dans le calcul |
|---|---|---|
| Revenu retraité | RFR (1417 IV) sans quotient ; revenus exceptionnels pour 1/4 | Base du plancher (× 20 %) |
| Majorations | 1 500 € / personne à charge + 12 500 € / couple | S'ajoutent au plancher (atténuent) |
| IR au barème | Impôt progressif sur salaires, BNC/BIC, foncier, retraites… | Retranché (numérateur) |
| Part IR du PFU | 12,8 % sur dividendes, intérêts, plus-values mobilières | Retranchée (numérateur) |
| PFL assurance-vie | Prélèvement libératoire 35 / 15 / 7,5 % (art. 125-0 A) | Retranché (numérateur) |
| CEHR | Contribution exceptionnelle 3 % / 4 % (art. 223 sexies) | Retranchée (numérateur) |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % ou 18,6 % | EXCLUS — jamais comptés |
Étape 1 — Déterminer le revenu fiscal de référence retraité
Le point de départ, c'est le revenu fiscal de référence de l'article 1417 IV du CGI — celui qui figure sur votre avis d'imposition. La CDHR ne s'arrête pas à ce chiffre : elle le corrige. Deux retraitements pèsent réellement sur le résultat.
Les revenus exceptionnels comptés pour le quart
Les revenus exceptionnels — une plus-value de cession, une prime exceptionnelle, tout revenu non perçu annuellement et supérieur à votre moyenne — ne sont retenus que pour le quart, soit 25 % de leur montant, dans le revenu retraité (la loi de finances 2026 a aligné, par symétrie, l'impôt sur le revenu et la CEHR afférents à ces mêmes revenus sur ce quart). C'est une atténuation décisive : une plus-value de cession de 400 000 € ne pèse que 100 000 €dans l'assiette de la CDHR. L'année où vous cédez, ce quart fait toute la différence.
Le PER et le Madelin restent déduits
Le RFR est calculé après déduction de vos versements sur un PER ou un Madelin déductible, et la liste fermée des réintégrations de l'article 224 ne les réintègre pas. Conséquence pratique : un versement déductible baisse réellementle revenu retraité, donc l'assiette même de la contribution. C'est l'un des rares leviers qui agit directement sur le calcul — d'où son intérêt près des seuils.
Ce qu'on retire aussi du revenu retraité
Exemple express : l'année d'une cession
Étape 2 — Vérifier le seuil et préparer la décote d'entrée
Une fois le revenu retraité connu, on le compare au seuil de déclenchement : 250 000 € pour un célibataire (ou veuf, ou divorcé), 500 000 € pour un couple soumis à imposition commune. En dessous du seuil, il n'y a rien à calculer. Au-dessus, on poursuit — sans oublier la décote.
La zone de décote
Juste au-dessus du seuil, un lissage amortit l'entrée dans le dispositif et évite l'effet de couperet. Tant que le revenu retraité reste dans la zone seuil → 330 000 € (célibataire) ou seuil → 660 000 € (couple), la CDHR calculée est réduite. Le texte officiel (art. 224 V du CGI) prévoit que la contribution est diminuée de la différence, lorsqu'elle est positive, entre 20 % du revenu fiscal de référence et 82,5 % de l'écart entre ce revenu et le seuil (250 000 € ou 500 000 €). Au-delà de 330 000 € / 660 000 €, cette différence devient nulle : la décote s'éteint et le plancher de 20 % joue à plein.
Repérer rapidement où vous êtes
Revenu retraite < seuil (250 / 500 k EUR) -> CDHR = 0, on s'arrete seuil <= revenu retraite <= 330 / 660 k EUR -> zone de decote : CDHR attenuee revenu retraite > 330 / 660 k EUR -> plancher de 20 % a plein effet
La décote concerne uniquement la tranche basse, entre le seuil et 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple). Au-delà, elle ne joue plus.
Attention à la formulation exacte de la décote
Aller plus loin : suis-je seulement concerné ?
Étape 3 — Calculer 20 % du revenu retraité, puis ajouter les majorations
Cette étape ne pose aucune difficulté de calcul ; le piège, c'est d'oublier les majorations. On multiplie le revenu retraité par 20 % : c'est le plancher d'impôt sur le revenu cible. Puis on lui ajoute les majorations forfaitaires, qui jouent en votre faveur :
- + 1 500 € par personne à charge ;
- + 12 500 € pour un couple soumis à imposition commune.
Concrètement, ces majorations viennent grossir l'impôt « déjà payé » du côté droit de la soustraction : à RFR égal, votre CDHR baisse d'autant. Un couple avec deux enfants à charge bénéficie ainsi de 12 500 € + 2 × 1 500 € = 15 500 € de majorations.
Le bloc « plancher »
Plancher cible = 20 % x revenu retraite
+ 1 500 EUR / personne a charge
+ 12 500 EUR si couple
Exemple celibataire sans enfant, RFR 400 000 EUR :
20 % x 400 000 = 80 000 EUR
+ majorations : 0
Plancher cible = 80 000 EURC'est ce montant que votre impôt sur le revenu doit atteindre. S'il reste en dessous, la CDHR comble l'écart.
Étape 4 — Additionner l'impôt déjà payé (et seulement lui)
C'est l'étape clé, celle où se joue l'erreur n° 1. On additionne tout l'impôt sur le revenu que vous supportez déjà sur l'année — et rien d'autre :
- l'impôt sur le revenu au barème (salaires, BNC/BIC, revenus fonciers, pensions…) ;
- la part « impôt sur le revenu » du PFU, soit 12,8 % sur vos dividendes, intérêts et plus-values mobilières ;
- le prélèvement forfaitaire libératoire de l'assurance-vie (35 / 15 / 7,5 % selon l'ancienneté, art. 125-0 A) ;
- la CEHR déjà due (art. 223 sexies) ;
- les majorations forfaitaires de l'étape 3.
Ce qu'on n'ajoute SURTOUT pas
Pour bien voir le piège : sur 100 € de dividendes, vous payez 31,4 € au total (12,8 € d'impôt sur le revenu + 18,6 € de prélèvements sociaux). Mais dans le calcul de la CDHR, ces 100 € de dividendes ne sont « couverts » que par 12,8 € d'impôt sur le revenu — soit un taux de 12,8 %, très loin des 20 % exigés. La différence est exactement ce que la CDHR vient chercher.
Un mot sur la CEHR, qui figure dans cette addition : c'est la contribution exceptionnelle de l'article 223 sexies, une surtaxe de 3 % puis 4 % sur le RFR, à ne pas confondre avec la CDHR. Comme elle relève de l'impôt sur le revenu, elle vient en déduction dans le test des 20 % — chaque euro de CEHR rapproche votre imposition du plancher et réduit donc la CDHR d'autant. Pour son barème, ses seuils et son propre calcul, voyez la CEHR : barème, seuils et calcul 2026.
Étape 5 — Calculer la CDHR due
Il ne reste qu'à soustraire. On retranche l'impôt déjà payé (étape 4) du plancher cible (étape 3), on applique la décote si l'on est dans la zone d'entrée, et l'on retient le résultat s'il est positif.
Le verdict
CDHR due = max ( 0 ;
plancher cible (etape 3)
- impot deja paye (etape 4) )
- decote eventuelle
Si le resultat est negatif ou nul -> CDHR = 0
(votre IR depasse deja 20 % du RFR retraite)
Si le resultat est positif -> c'est votre CDHRUn résultat nul est une bonne nouvelle : il signifie que votre imposition sur le revenu atteint déjà le plancher de 20 %. La CDHR ne s'ajoute que lorsqu'il reste un écart à combler.
Attention : ce calcul ne sert pas qu'à remplir une case en mai
Le calibrage de cet acompte de décembre, le rôle des 95 % et la majoration de 20 % à éviter font l'objet d'un guide dédié : l'acompte de décembre, mode d'emploi.
Cas chiffré complet : célibataire, RFR 400 000 € dont 320 000 € de dividendes
Passons aux chiffres. Antoine, dirigeant célibataire sans personne à charge, résident fiscal français, s'est versé cette année 80 000 € de revenus au barème (salaire de dirigeant) et 320 000 € de dividendes au PFU : son revenu fiscal de référence retraité s'élève à 400 000 €. Aucun revenu exceptionnel ici : le quart ne joue pas. Les prénoms sont fictifs, les ordres de grandeur réalistes.
Le calcul, étape par étape
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| 1 · Revenu retraité | RFR, pas de revenu exceptionnel | 400 000 € |
| 2 · Seuil / décote | > 250 000 € et > 330 000 € → plancher à plein | Décote nulle |
| 3 · Plancher cible | 20 % × 400 000 € + 0 majoration | 80 000 € |
| 4a · IR au barème | Impôt sur 80 000 € de revenus au barème (1 part) | ≈ 17 104 € |
| 4b · Part IR du PFU | 12,8 % × 320 000 € de dividendes | 40 960 € |
| 4c · CEHR | 3 % × (400 000 − 250 000) | 4 500 € |
| 4 · Total impôt déjà payé | 17 104 + 40 960 + 4 500 | ≈ 62 564 € |
| Taux d'IR effectif | 62 564 / 400 000 | 15,64 % < 20 % |
| 5 · CDHR due | max(0 ; 80 000 − 62 564) | 17 436 € |
Le mécanisme apparaît en pleine lumière. Antoine paie déjà 62 564 € d'impôt sur le revenu, soit un taux effectif de 15,64 % de son RFR — sous le plancher de 20 %. La CDHR vient donc combler l'écart, pour 17 436 €. Et ce n'est pas faute de payer : à côté, hors calcul CDHR, Antoine acquitte aussi 59 520 € de prélèvements sociaux (18,6 % × 320 000 € de dividendes). Au total, il verse donc largement plus de 120 000 € à l'État — mais comme les prélèvements sociaux ne comptent pas, son imposition sur le revenu reste en dessous du plancher.
C'est la STRUCTURE du revenu qui déclenche, pas le montant
Le levier d'assiette d'Antoine
Variante couple : RFR 800 000 €, imposition commune
Reprenons la même mécanique pour un couple marié, sans personne à charge, dont le revenu fiscal de référence retraité atteint 800 000 € : 200 000 € au barème et 600 000 € de dividendes et plus-values mobilières au PFU. Seuls les paramètres changent — seuil de 500 000 €, borne de décote à 660 000 €, majoration couple — la logique reste identique. À 800 000 €, le couple est au-dessus de la zone de décote : le plancher joue à plein, le calcul est net.
Les paramètres « couple »
Seuil de déclenchement : 500 000 € (au lieu de 250 000 €). Zone de décote : de 500 000 € à 660 000 €. Notre couple à 800 000 € est AU-DELÀ de cette zone : aucune décote, le plancher de 20 % s'applique à plein. Majoration : 12 500 € (couple).
Le calcul du plancher
Plancher cible = 20 % × 800 000 € + 12 500 € de majoration couple = 160 000 € + 12 500 € = 172 500 € d'impôt sur le revenu attendu. C'est ce montant que l'impôt déjà payé doit atteindre pour que la CDHR soit nulle.
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| 1 · Revenu retraité | RFR du foyer, pas de revenu exceptionnel | 800 000 € |
| 2 · Seuil / décote | > 500 000 € et > 660 000 € → plancher à plein | Décote nulle |
| 3 · Plancher + majorations | 20 % × 800 000 € + 12 500 € (couple) | 172 500 € |
| 4a · IR au barème | Impôt sur 200 000 € au barème (2 parts) | ≈ 49 601 € |
| 4b · Part IR du PFU | 12,8 % × 600 000 € | 76 800 € |
| 4c · CEHR | 3 % × (800 000 − 500 000) | 9 000 € |
| 4 · Total impôt déjà payé | 49 601 + 76 800 + 9 000 | ≈ 135 401 € |
| Taux d'IR effectif | 135 401 / 800 000 | 16,93 % < 20 % |
| 5 · CDHR due | max(0 ; 172 500 − 135 401) | 37 099 € |
Pourquoi ce couple à 800 000 € paie quand même 37 099 €
Refaire ce calcul sur VOS chiffres
Ces cas sont des illustrations. Sur votre situation réelle — revenus au barème, dividendes, plus-values, CEHR, personnes à charge — un CGP indépendant modélise votre CDHR ligne à ligne et identifie les leviers d'assiette qui la réduisent, en coordination avec votre expert-comptable.
Anticiper : pourquoi un rachat alourdit votre CDHR (et pas un crédit lombard)
Quand on a fait tourner le calcul une fois, le réflexe à éviter devient clair : chaque euro ajouté au revenu retraité fait monter la CDHR. Or beaucoup de hauts revenus, ayant besoin de liquidités, rachètent une partie de leur assurance-vie ou cèdent des titres — sans réaliser que cette opération augmente leur RFR et peut déclencher ou aggraver la contribution. Un dirigeant qui rachète 100 000 € sur son contrat pour financer des travaux peut, sans le voir venir, franchir le seuil.
Un rachat d'assurance-vie
Un rachat génère un produit imposable : il s'ajoute au RFR, supporte l'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, et peut faire franchir le seuil ou aggraver la CDHR. Mobiliser son épargne par un rachat, c'est nourrir le calcul que l'on cherche justement à limiter.
Un crédit lombard
Le crédit lombard (nantissement du contrat) procure des liquidités SANS rachat : aucun revenu n'est généré, le RFR reste inchangé, et la CDHR comme la CEHR ne sont ni déclenchées ni aggravées. L'antériorité fiscale du contrat est préservée. Ce n'est ni un revenu, ni un produit imposable.
C'est précisément le pont entre la maîtrise du calcul et la stratégie patrimoniale : si vous avez besoin de trésorerie sans vouloir alourdir votre RFR — et donc votre CDHR — la voie du nantissement mérite d'être étudiée. La stratégie d'ensemble est détaillée dans mobiliser son capital sans déclencher l'impôt ; pour la mécanique technique du prêt (quotités de financement par actif, taux 2026, appel de marge), voyez le crédit lombard expliqué en détail, et pour l'enveloppe qui s'y prête le mieux, l'assurance-vie luxembourgeoise (triangle de sécurité, super-privilège). Le levier de déduction par le PER, lui, est détaillé dans le guide du Plan d'Épargne Retraite.
Note de méthode : un calcul, pas une promesse
Pour replacer ce calcul dans l'ensemble du dispositif des hauts revenus, et voir comment la CEHR et la CDHR s'empilent en 2026, revenez au pilier : comprendre la CEHR et la CDHR des hauts revenus et ce qui change avec la loi de finances 2026.
Calculer et piloter votre CDHR avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On reprend votre calcul de CDHR ligne à ligne, on contrôle l'exclusion des prélèvements sociaux, on applique la décote et le quart, puis on identifie les leviers d'assiette — PER, lissage, capitalisation, crédit lombard — qui baissent réellement votre RFR. On vous dit aussi, en toute honnêteté, quand vous n'êtes pas concerné.

