La CDHR en une phrase : un impôt plancher, pas une surtaxe
Une seule idée à garder en tête avant tout le reste : la CDHR (contribution différentielle sur les hauts revenus, article 224 du CGI) garantit que votre impôt sur le revenu représente au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès lors que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple en imposition commune). Ce n'est pas une surtaxe qui s'ajoute par tranches — ça, c'est la CEHR. C'est un impôt plancher : si votre imposition est déjà au-dessus de 20 %, vous ne payez rien ; si elle est en dessous, la CDHR comble la différence jusqu'à atteindre ce plancher. Elle ne vise que les résidents fiscaux français (art. 4 B), a été créée par la loi de finances 2025 et reconduite par la loi de finances 2026.
Le principe en 30 secondes
La CDHR ne s'ajoute pas : elle remonte votre niveau d'impôt jusqu'à 20 % quand votre taux moyen est passé en dessous.
Au numérateur (l'impôt déjà payé qu'on retranche), on ne compte que l'impôt sur le revenu — les prélèvements sociaux sont exclus.
Le profil que la CDHR vient chercher : ceux dont les revenus sont surtout des dividendes ou plus-values au PFU(12,8 % d'IR seulement).
Pas de BOFiP CDHR : une FAQ, pas une doctrine opposable
« 20 % de quoi ? » Du revenu fiscal de référence, pas de votre revenu net
C'est la première confusion à lever, et elle n'est pas anodine : elle fausse tout le calcul si on la rate. Le plancher de 20 % ne porte ni sur votre revenu net imposable, ni sur votre impôt, mais sur votre revenu fiscal de référence retraité — le RFR de l'article 1417 IV du CGI. C'est une base plus largeque le revenu imposable au barème : elle réintègre notamment les revenus taxés au prélèvement forfaitaire unique (dividendes, plus-values mobilières), certains revenus exonérés et plusieurs abattements. C'est exactement la même assiette que la CEHR.
Le mot « retraité » signale que l'article 224 part du RFR puis lui applique quelques retraitements : les revenus exceptionnels (une grosse plus-value de cession, une prime exceptionnelle) ne sont retenus que pour le quart, et certains reports de plus-value en sont retirés. À l'inverse, les versements sur un PER déductible ne sont pas réintégrés : ils restent déduits du RFR, ce qui en fait un levier d'assiette (on y revient). Retenez surtout : la CDHR raisonne sur un RFR large, ce qui explique qu'un revenu du capital peu taxé à l'IR pèse lourd dans le test des 20 %.
Trois revenus, trois bases à ne pas confondre
La logique différentielle : la CDHR comble, elle ne s'ajoute pas
C'est le point que mes clients comprennent souvent à l'envers, alors prenons une image. Imaginez un niveau d'eau fixé à 20 % du RFR. Vos impôts sur le revenu déjà payés remplissent un bassin. Si le bassin est déjà plein au-dessus du niveau — votre taux moyen d'IR dépasse 20 % —, la CDHR ne verse rien : elle est nulle. S'il manque de l'eau — votre taux moyen est sous 20 % —, la CDHR remonte le niveau en versant exactement la quantité manquante. Elle ne déborde jamais : elle ne fait que combler l'écart. C'est tout le sens du mot « différentielle ».
Et là, ça devient contre-intuitif : réduire votre impôt sans réduire votre revenu (une réduction d'impôt Pinel, Girardin, etc.) creuse l'écart au plancher, et cet écart est repris par la CDHR. Autrement dit, l'impôt minimum s'applique malgré vos réductions. Le seul vrai levier devient de baisser le RFR lui-même (l'assiette), pas le taux. La CDHR se distingue ainsi nettement de la CEHR, qui, elle, s'ajoute toujours par tranches.
CEHR — art. 223 sexies : ça S'AJOUTE
Une surtaxe additionnelle par tranches, créée en 2011 et permanente. Elle s'empile toujours sur votre impôt : 3 % sur la fraction de RFR entre 250 000 et 500 000 € (célibataire), puis 4 % au-delà de 500 000 € — seuils doublés pour un couple (500 000 / 1 000 000 €). Elle frappe aussi les non-résidents et dispose de son propre quotient pour les revenus exceptionnels. Vous la payez quel que soit votre taux moyen d'imposition.
CDHR — art. 224 : ça COMBLE
Un impôt plancher différentiel, créé en 2025 et reconduit en 2026. Il ne s'ajoute pas mécaniquement : il garantit un taux moyen minimum de 20 % du RFR retraité au-delà de 250 000 / 500 000 €. Réservé aux résidents fiscaux français, il ne se déclenche que si, après IR et CEHR, votre taux effectif reste sous 20 %. S'il est déjà au-dessus, la CDHR est nulle. La CEHR est d'ailleurs déduite au numérateur de son calcul.
Les deux se cumulent dans la quasi-totalité des cas : la CEHR s'applique systématiquement, et la CDHR vient compléter par-dessus si le plancher de 20 % n'est pas atteint. Pour une vue d'ensemble du dispositif, partez du guide pilier comprendre la CEHR et la CDHR en 2026 ; pour le détail de leur articulation, de leurs différences et de leurs pièges, voyez CEHR vs CDHR : différences, cumul et pièges à éviter ; et pour le barème par tranches de la seule CEHR, la CEHR 2026 : barème, seuils et calcul.
L'erreur n°1 : confondre CEHR et CDHR
Qui a un taux moyen d'IR sous 20 % ? (et qui ne le paie jamais)
La question n'est jamais « combien je gagne », mais « à quel taux moyen d'impôt sur le revenu mes revenus sont-ils déjà taxés ». On peut avoir un RFR de 400 000 € et une CDHR nulle ; on peut en avoir un de 300 000 € et la déclencher. Ce qui décide, c'est la nature de vos revenus, pas leur montant.
Un revenu au barème progressif (salaire de dirigeant, bénéfice non commercial, revenu foncier) atteint vite les tranches à 41 et 45 %. Son taux moyen d'IR dépasse alors souvent déjà 20 % du RFR : la CDHR est nulle. À l'inverse, un revenu au prélèvement forfaitaire unique (dividendes, plus-values mobilières) ne supporte que 12,8 % d'impôt sur le revenu — le reste des 30 % du PFU étant des prélèvements sociaux qui, eux, ne comptent pas. Le contribuable tout-dividendes affiche donc un taux moyen d'IR de l'ordre de 13 à 14 %, bien en dessous du plancher : c'est précisément ce profil que la CDHR vient chercher.
| Profil | Taux moyen d'IR | Effet sur la CDHR |
|---|---|---|
| Salaire / BNC au barème, RFR 350 000 € | Souvent > 20 % (tranches 41-45 %) | CDHR ≈ 0 malgré un RFR élevé |
| Dirigeant rémunéré surtout en dividendes au PFU | ≈ 13-14 % (12,8 % d'IR) | Taux dilué sous 20 % → la CDHR comble l'écart |
| Mix salaire + dividendes / plus-values importantes | Variable, peut tomber sous 20 % | Déclenchement possible selon le poids du capital |
| Année de cession (grosse plus-value) | Diluée par la plus-value au PFU | Plus-value retenue pour le quart → effet atténué mais à surveiller |
Le réflexe à retenir : nature du revenu, pas montant
Pour savoir précisément de quel côté de la ligne vous vous situez, le bon test est de comparer votre impôt sur le revenu réel à 20 % de votre RFR. C'est l'objet du test « suis-je concerné par la CEHR ou la CDHR ? ».
Le test des 20 % : ce qu'on retranche (et pourquoi les PS sont exclus)
La logique est posée ; passons au numérateur — l'impôt déjà payé qu'on retranche de 20 % du RFR. C'est là que se loge l'erreur la plus fréquente, et elle peut fausser tout votre raisonnement.
La logique du plancher (ordre de grandeur)
CDHR due = max ( 0 ; 20 % x revenu retraite
- [ IR au bareme + part IR du PFU 12,8 %
+ PFL assurance-vie + CEHR + majorations ] )
Au numerateur, on ne compte QUE l'impot sur le revenu.
Les prelevements sociaux (18,6 % / 17,2 %) sont EXCLUS.
Majorations : 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR par couple (imposition commune)
Decote : pour un revenu retraite entre le seuil et
330 000 EUR (seul) / 660 000 EUR (couple),
la CDHR est PLAFONNEE a 82,5 % x (revenu - seuil)
-> CDHR apres decote = min ( CDHR ; 82,5 % x (revenu - seuil) )
-> lissage a l'entree du dispositifAu numérateur figurent uniquement : l'IR au barème, la part IR du PFU (12,8 %), le PFL de l'assurance-vie, la CEHR et les majorations forfaitaires. Les prélèvements sociaux n'y figurent jamais. Une réduction d'impôt qui fait tomber l'IR sous 20 % du RFR est donc, pour partie, reprise par la CDHR. Calculs à confirmer avec le simulateur officiel.
Ce détail pèse lourd : sur un dividende, le PFU de 30 % se décompose en 12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux (taux 2026). Beaucoup pensent, à tort, que « 30 %, c'est plus que 20 %, donc je suis tranquille ». Faux : le test de la CDHR ne regarde que les 12,8 % d'IR. Les 18,6 % de prélèvements sociaux ne comptent pas. C'est la raison structurelle pour laquelle un euro de dividende au PFU déclenche si facilement la contribution.
Ne jamais ajouter les prélèvements sociaux au test
Les seuils 250 k / 500 k et la décote qui amortit l'entrée
La CDHR a deux garde-corps chiffrés : un seuil d'entrée, et une décote qui amortit le passage de ce seuil. D'abord les seuils d'entrée : 250 000 € de RFR pour un célibataire (ou veuf, divorcé), 500 000 € pour un couple soumis à imposition commune. En dessous, vous n'êtes pas dans le champ. Ensuite la décote, un mécanisme d'atténuation qui évite l'effet de seuil brutal : pour un revenu retraité compris entre le seuil et 330 000 € (célibataire) ou entre le seuil et 660 000 € (couple), la CDHR est plafonnée à 82,5 % de la fraction de revenu retraité au-delà du seuil — autrement dit elle ne peut pas excéder 82,5 % × (revenu retraité − seuil).
| Situation du RFR retraité | Effet |
|---|---|
| Sous 250 000 € (seul) / 500 000 € (couple) | Hors champ — pas de CDHR |
| Entre le seuil et 330 000 € (seul) / 660 000 € (couple) | Zone de décote : CDHR plafonnée à 82,5 % × (RFR − seuil), donc fortement atténuée près du seuil |
| Au-delà de 330 000 € (seul) / 660 000 € (couple) | Décote épuisée : le plancher de 20 % joue à plein |
La décote en euros : la zone 250 000 € → 330 000 €
Résidents fiscaux seulement, et jusqu'à quand ?
On me pose toujours les deux mêmes questions sur le périmètre : qui exactement, et pour combien de temps. D'abord, où s'applique-t-elle ? La CDHR ne vise que les contribuables domiciliés fiscalement en France au sens de l'article 4 B du CGI. Les non-résidents en sont exclus — différence majeure avec la CEHR (art. 223 sexies), qui peut, elle, frapper les non-résidents sur leurs revenus de source française. Et puisqu'il s'agit d'un impôt et non d'une cotisation sociale, la jurisprudence de Ruyter, propre aux prélèvements sociaux, ne lui est pas applicable.
Ensuite, pour combien de temps ? La CDHR a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) pour les revenus 2025, puis reconduite par l'article 2 de la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) pour les revenus 2026. Le Conseil constitutionnel n'a pas censuré la création (décision n° 2025-874 DC) ni la reconduction (décision n° 2026-901 DC), sans toutefois l'examiner sur le fond. Le texte la proroge tant que le déficit du budget général de l'État reste supérieur à 3 % du PIB : sa pérennité au-delà de 2026 dépend donc du retour des comptes publics sous ce seuil.
Ne vous fiez pas au nom : la CEHR « exceptionnelle » dure depuis 2011
Ne pas gonfler son RFR : rachat d'assurance-vie vs crédit lombard
L'essentiel du pont fiscal
Puisque la CDHR raisonne sur le RFR, la règle est binaire : un euro de RFR en plus peut coûter la contribution ; un euro mobilisé sans revenu ne coûte rien. Cela vaut pour les leviers d'assiette classiques — un versement sur un PER déductible baisse le RFR et n'est pas réintégré au revenu retraité de la CDHR. Mais cela vaut surtout pour une question très concrète que se posent les hauts revenus : comment obtenir des liquidités sans déclencher d'impôt ?
Le réflexe habituel est de racheter une partie de son assurance-vie. Problème : un rachat génère un produit imposable, qui augmente le RFR de l'année — et peut donc faire entrer ou aggraver la CEHR et la CDHR, en plus des 17,2 % de prélèvements sociaux dus sur l'assurance-vie. L'alternative est le crédit lombard : un prêt garanti par le nantissement de votre contrat (art. L. 132-10 du Code des assurances) ou de votre compte-titres (art. 2355 du Code civil). Vous obtenez des liquidités sans vendre : aucun revenu n'est généré, donc pas de RFR, pas d'IR, pas de prélèvements sociaux, et donc ni CEHR ni CDHR déclenchées ou aggravées.
Rachat d'assurance-vie : ↑ RFR
Vous vendez une partie du contrat pour récupérer du cash. Le produit (la part de plus-value) est imposable : il augmente le revenu fiscal de référence de l'année, peut faire franchir un seuil et déclencher CEHR et CDHR, et supporte 17,2 % de prélèvements sociaux. L'antériorité fiscale du contrat est partiellement consommée. Pour un rachat dégageant 40 000 € de produits, comptez ~6 880 € de prélèvements sociaux, plus l'effet RFR sur la CEHR et la CDHR.
Crédit lombard : RFR inchangé
Vous nantissez votre épargne et empruntez en face. Aucune vente, aucun revenu : le RFR ne bouge pas, donc ni CEHR ni CDHR déclenchées, et l'antériorité du contrat est préservée. Coût : des intérêts (de l'ordre de 2,7 à 4,5 % tout compris en 2026), généralement in fine. Contrepartie : c'est un effet de levier, avec un risque d'appel de marge si la valeur de l'épargne nantie baisse.
Le PER déductible : un levier d'assiette, à nuancer
Le crédit lombard est un levier à double tranchant
Mobiliser du capital sans faire monter votre RFR ?
Un CGP indépendant estime votre exposition réelle à la CDHR et à la CEHR, puis compare pour vous le rachat et le crédit lombard sur votre situation : effet sur le RFR, coût net, risque d'appel de marge. On vous dit aussi, en toute honnêteté, quand le crédit lombard n'est pas la bonne réponse.
2 cas chiffrés : le dirigeant rattrapé, et l'arbitrage liquidité
Deux dossiers comme on en reçoit chaque automne au cabinet de Chambéry, juste avant l'acompte de décembre. Les prénoms sont fictifs, les ordres de grandeur réalistes. Important : ce sont des illustrations pédagogiques aux taux 2026 ; la CDHR n'ayant pas de doctrine BOFiP, chaque situation doit être confirmée avec le simulateur officiel et votre conseil.
Cas 1 — Mathieu, dirigeant, RFR 400 000 € en dividendes (célibataire)
Le plancher : 20 % × 400 000 = 80 000 € d'impôt minimum. À 400 000 €, Mathieu est au-delà de 330 000 € → la décote ne joue plus.
La CDHR : 80 000 − 55 700 ≈ 24 300 € (avant ajustements). Elle comble l'écart pour porter son IR à 20 % du RFR.
Hors calcul : les prélèvements sociaux de 18,6 % sur les dividendes (≈ 74 400 €) ne figurent pas au numérateur — c'est ce qui explique que Mathieu soit rattrapé malgré 30 % de PFU.
Message : un dirigeant à ~13,9 % d'imposition effective (IR + CEHR) est exactement la cible de la CDHR.
Cas 2 — Hélène a besoin de 150 000 € de liquidités (l'arbitrage)
Option A — Rachat d'assurance-vie : pour sortir 150 000 €, elle réalise par exemple 40 000 € de produits imposables. Ces 40 000 € augmentent son RFR, peuvent lui faire franchir un seuil, aggravent CEHR et CDHR, et supportent 17,2 % de prélèvements sociaux. L'antériorité fiscale du contrat est en partie consommée.
Option B — Crédit lombard de 150 000 € : elle nantit son contrat et emprunte. Aucun revenu généré → RFR inchangé, ni CDHR ni prélèvements sociaux, antériorité préservée. Coût : des intérêts de l'ordre de 2,7 à 4,5 % tout compris, généralement in fine.
La nuance déontologique : l'option B suppose une LTV prudente (souvent ≤ 50 %) et expose à un appel de marge en cas de baisse des marchés. Le bon choix dépend de la durée du besoin, du coût net après impôt et de votre tolérance au risque.
Note de méthode : lisez ces chiffres pour ce qu'ils sont
Quand paie-t-on la CDHR ? L'acompte de décembre
Comprendre et piloter votre CDHR avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On estime votre taux moyen d'IR réel, votre exposition au plancher de 20 % et à la CEHR, on identifie les leviers d'assiette qui baissent votre RFR, et on compare rachat et crédit lombard pour mobiliser du capital sans gonfler ce RFR. On vous dit aussi, honnêtement, quand vous n'êtes pas concerné.

