Trésorerie de la clinique ou argent perso : la frontière à poser d'abord
L'essentiel en 30 secondes
Votre SELARL vétérinaire a signé de belles années : après l'IS, après votre rémunération, il reste sur le compte de la société 50 000, 120 000, parfois 250 000 € qui ne rapportent presque rien. À 2 % d'inflation, 120 000 € laissés dormir perdent près de 2 400 € de pouvoir d'achat chaque année. Personne ne se demande sérieusement s'il faut placer ces 120 000 €. La vraie question, c'est comment — et dans quel cadre juridique.
D'où vient cet excédent ? D'une activité mixte, propre au vétérinaire : les soins relèvent des BNC (prestations de services), la vente de médicaments et d'aliments relève des BIC (activité commerciale). Vous êtes soumis à la TVA au taux normal de 20 % sur vos actes et vos médicaments (le taux réduit ne vise que certains actes d'élevage), ce qui veut dire que vous récupérez la TVA sur votre matériel, votre imagerie, vos agencements : un avantage que vos confrères de la santé humaine, eux, n'ont pas. La trésorerie dont nous parlons ici est nette de TVA— c'est l'excédent qui reste réellement disponible une fois la TVA reversée.
La trésorerie n'est pas votre argent personnel
Dernier point de cadre, le plus structurant : ce guide ne traite que de la trésorerie de la SOCIÉTÉ. Votre épargne strictement personnelle de vétérinaire — votre PER, votre assurance-vie, votre PEA — obéit à d'autres règles et se construit à part. Pour cette dimension, voyez la gestion de patrimoine globale du vétérinaire et notre guide sur où placer son épargne personnelle de profession libérale. Ici, on reste dans la sphère de la clinique.
Ai-je le DROIT de placer la trésorerie de ma SELARL vétérinaire ?
Neuf vétérinaires sur dix attaquent par le choix du support, et zappent la première question, celle du droit. Mauvais ordre. Une SEL vétérinaire a un objet social précis : l'exercice de la profession de vétérinaire, encadré par le Code rural et de la pêche maritime (articles L. 241-1 et suivants) et par le cadre des sociétés d'exercice issu de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (qui a remplacé la loi du 31 décembre 1990, en vigueur depuis le 1er septembre 2024). Le placement de la trésorerie n'est qu'un accessoirede cette activité, pas son objet : tout l'enjeu est de le garder à sa place.
Objet social, pouvoirs du dirigeant et assemblée générale
En pratique, placer une trésorerie de précaution et capitaliser un excédent raisonnable est admis sans difficulté. Le gérant d'une SELARL dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société (article L. 223-18 du Code de commerce ; article L. 227-6 pour le président d'une SELAS). Mais au-delà d'un montant significatif, le réflexe prudent est de faire élargir l'objet social en assemblée générale extraordinaire, pour inscrire noir sur blanc la faculté de réaliser des placements financiers — et sécuriser ainsi votre décision vis-à-vis des autres associés.
La déontologie de l'Ordre des vétérinaires
S'ajoute une exigence déontologique. L'Ordre des vétérinaires attend une gestion prudente, jamais spéculative : les produits financiers ne doivent pas devenir l'activité réelle de la société. Une trésorerie de précaution en compte à terme ou en contrat de capitalisation : parfaitement légitime. Une société dont l'essentiel des actifs et des revenus bascule vers la gestion de portefeuille : c'est le terrain de la requalification (section 8). Tout est affaire de proportion : tant que les soins restent le cœur de l'activité, vous êtes dans les clous.
Le réflexe à 3 questions avant de placer
La règle d'or : une société à l'IS ne paie ni PFU ni prélèvements sociaux
C'est l'erreur que je corrige le plus souvent en rendez-vous, parce que la plupart des articles en ligne passent à côté : la CSG, la CRDS et le prélèvement de solidarité ne frappent que les personnes physiques (articles L. 136-6 et L. 136-7 du Code de la sécurité sociale). Une SELARL, une SELAS ou une SPFPL soumise à l'IS qui place sa trésorerie ne paie ni 17,2 %, ni 18,6 % de prélèvements sociaux, et aucun PFU. Elle paie seulement l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà (article 219 du CGI ; un relèvement du seuil réduit à 100 000 € est évoqué, mais reste à confirmer).
La dualité 17,2 / 18,6 % ne mesure que le coût d'une sortie
La LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a porté la CSG sur le capital à 10,6 %, créant deux taux : 18,6 % sur les dividendes, intérêts et plus-values mobilières ; 17,2 % maintenu sur l'assurance-vie, les contrats de capitalisation détenus par un particulier, les revenus fonciers et les plus-values immobilières. Mais retenez bien : ces taux ne s'appliquent qu'aux personnes physiques. Pour la trésorerie placée dans votre société, ils n'ont aucune incidence. Ils ne reviennent dans l'équation que le jour où vous sortezl'argent en dividendes (section 5).
Capitaliser dans la société ou sortir l'argent : l'écart de coût (illustration)
Hypothese : 100 000 EUR de produits financiers a affecter.
CAPITALISER DANS LA SOCIETE (IS, pas de PS)
IS a 25 % = 25 000 EUR
-> 75 000 EUR qui restent dans la societe et continuent de capitaliser
SORTIR EN DIVIDENDES (associe personne physique)
PFU 31,4 % (12,8 IR + 18,6 PS) = 31 400 EUR
+ cotisations sociales sur la fraction des dividendes > 10 %
du capital, des primes et du compte courant d associe
-> nettement moins de 68 600 EUR effectivement disponiblesSur un horizon long, garder l'argent dans la société pour le placer à l'IS l'emporte presque toujours sur la sortie immédiate en dividendes. Les chiffres sont illustratifs et dépendent de votre capital, de votre compte courant et de votre TMI : l'arbitrage exact se fait avec votre expert-comptable.
Ne vous faites pas avoir
La hiérarchie en 6 étages pour placer la trésorerie d'une clinique vétérinaire
Placer la trésorerie d'une société, ce n'est pas cocher un produit : c'est gravir un escalier, du plus liquide au plus long. Les six marches, du coussin d'exploitation au private equity, chacune cadrée par sa fiscalité à l'IS et son garde-fou.
| Étage | Enveloppe | Horizon | Fiscalité à l'IS | Liquidité / risque |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Coussin (compte à terme, livret pro) | Court | IS sur les intérêts (15 / 25 %) | Très liquide, capital garanti |
| 2 | Contrat de capitalisation PM | Moyen-long | Forfaitaire ≈ 0,94 %/an (238 septies E), différé | Bonne (rachats), risque selon supports |
| 3 | Compte-titres (fonds, ETF, obligataire) | Moyen-long | PV latentes imposées chaque année (209-0 A) | Immédiate, volatilité |
| 4 | SCPI à l'IS (et nue-propriété) | Long | Règles BIC à l'IS (238 bis K), pas de PS | Faible, risque immobilier |
| 5 | Murs de la clinique via SCI | Long | Selon SCI (IR = 17,2 % / IS) | Très faible |
| 6 | Private equity / FCPR | Très long | PV et distributions au résultat (IS) | Bloquée 8-10 ans, risque élevé |
Étage 1 — Le coussin d'exploitation (compte à terme, livret)
Avant tout placement, on constitue une réserve de précaution d'environ six mois de charges fixes en liquidité. Le compte à terme (CAT) est l'outil idéal : capital garanti par l'établissement, échéances de 1 à 60 mois, intérêts imposés à l'IS au fil de l'eau, et garantie des dépôts jusqu'à 100 000 € par banque et par personne morale. Pour une clinique, c'est aussi la poche qui finance le renouvellement de matériel (bloc, imagerie, hospitalisation). Le détail dans notre guide du compte à terme 2026.
Cas Léa : coussin + compte à terme (illustration)
Clinique avec 60 000 EUR disponibles.
Coussin liquide (~6 mois de charges) = 36 000 EUR (compte courant / livret)
Compte a terme 24 mois a ~2,4 % brut = 24 000 EUR
Interets bruts annuels = 24 000 x 2,4 % = environ 576 EUR/an
IS a 15 % (benefice <= 42 500 EUR) = environ 86 EUR/an
Capital garanti, depots couverts jusqu a 100 000 EUR.Le compte à terme ne cherche pas la performance, mais la sécurité et une échéance connue. Les taux 2026 cités (~2,1 à 2,65 % brut selon la durée) sont des ordres de grandeur de marché, à confirmer auprès de l'établissement.
Étage 2 — Le contrat de capitalisation de la société (art. 238 septies E)
C'est le plus souvent la pièce maîtresse de la trésorerie excédentaire de moyen-long terme. Une société à l'IS peut souscrire un contrat de capitalisation (pas d'aléa décès, pas de bénéficiaire désigné), mais pas une assurance-vie : il n'y a pas de tête à assurer pour une personne morale (article L. 132-1 du Code des assurances). Et tout l'intérêt tient à son mécanisme fiscal : la société n'est pas imposée sur la performance réelle du contrat, mais sur une assiette forfaitaire définie par l'article 238 septies E du CGI (doctrine BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10).
Le coût annuel réel d'un contrat de capitalisation à l'IS (art. 238 septies E CGI)
Assiette annuelle imposable a l IS = 105 % x TME a la souscription x Valeur de souscription Exemple avec un TME de 3,58 % (janvier 2026, source Banque de France, valeur mensuelle variable) : Assiette annuelle = 105 % x 3,58 % = 3,76 % de la valeur Frottement IS a 25 % = 3,76 % x 25 % = environ 0,94 % par an Frottement IS a 15 % = 3,76 % x 15 % = environ 0,56 % par an
Le TME est figé à la souscription et le taux ne dépend pas de la performance réelle. Tout ce que le contrat gagne au-delà de 3,76 % capitalise en différé jusqu'au rachat, où une régularisation intervient sur le gain réel. À actualiser avec le TME du mois où vous souscrivez.
Prenons un cas : sur 50 000 € placés en contrat de capitalisation, vous ne supportez chaque année qu'un IS calculé sur une base d'environ 50 000 × 3,76 % ≈ 1 880 €, soit, à 25 %, environ 470 € d'IS par an — régularisé au rachat sur le gain réel. Là où un compte-titres ferait remonter toute la plus-value latente au résultat chaque année. C'est l'essence de l'arbitrage « capitalisation contre compte-titres », que l'on tranche à l'étage 3. Pour le comparatif détaillé, voyez contrat de capitalisation ou OPCVM monétaire.
Pas d'avantage successoral comme l'assurance-vie
Étage 3 — Le compte-titres de la société (fonds, ETF, obligataire, monétaire)
Une personne morale à l'IS peut détenir un compte-titres ordinaire et y loger des OPCVM, des ETF, des titres obligataires ou un fonds monétaire pour la liquidité. C'est le véhicule du plus large univers d'investissement. Là où il pèche face au contrat de capitalisation, c'est sur la fiscalité : à l'IS, les écarts de valeur liquidative des OPCVM monétaires et obligataires (l'essentiel des supports de trésorerie) sont en principe imposés chaque année (article 209-0 A du CGI) — pas de différé, contrairement au contrat de capitalisation. Un OPC majoritairement actions échappe en principe à cette imposition annuelle des écarts de VL. À noter : le régime mère-fille (section 6) ne s'applique pas à un OPCVM diversifié, dont chaque ligne reste très loin du seuil de 5 %.
Compte-titres / ETF
Points forts
- Liquidité immédiate, univers le plus large
- Frais bas avec des ETF indiciels (voir notre guide ETF)
- Idéal pour une gestion active ou des titres vifs
Points de vigilance
- Écarts de VL des OPCVM monétaires/obligataires imposés chaque année (209-0 A)
- Pas de différé fiscal, effet boule de neige freiné
- Volatilité : risque de perte en capital
Contrat de capitalisation
Points forts
- Imposition forfaitaire ≈ 0,94 %/an, différé jusqu'au rachat
- Supports diversifiés : fonds euros, UC, parfois ETF
- Le plus efficace fiscalement sur le moyen-long terme
Points de vigilance
- Liquidité contractuelle (rachats) un peu moins immédiate
- Frais d'enveloppe à surveiller
- Pas d'avantage successoral propre
Étage 4 — Les SCPI détenues par la société (et la variante usufruit)
Une société à l'IS peut acheter des parts de SCPI pour s'exposer à l'immobilier sans en assumer la gestion. À l'IS, la quote-part de résultat est déterminée selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux (article 238 bis K du CGI), puis imposée à l'IS : pas de prélèvements sociaux de 17,2 ou 18,6 %. Attention : le traitement comptable de l'amortissement des parts à l'IS dépend du montage et de la doctrine comptable retenue (à valider avec votre expert-comptable), et l'horizon doit rester long (frais de souscription élevés, liquidité limitée). La variante nue-propriété en démembrement temporaire (barème de l'article 669 II) est plus efficace fiscalement : aucun revenu, donc aucune imposition pendant le démembrement, et reconstitution franche de la pleine propriété au terme. Le détail dans notre guide pour investir en SCPI.
Le piège de l'usufruit temporaire (art. 13, 5° du CGI)
Étage 5 — Les murs de la clinique via une SCI
Plutôt que de placer la trésorerie dans des actifs financiers, on peut l'employer à acquérir les murs de la clinique via une SCI. C'est un sujet à part entière — montage SCI à l'IR ou à l'IS, bail, financement, et l'option TVA des loyers (article 260, 2° du CGI), particulièrement intéressante puisque vous êtes assujetti à la TVA et pouvez ainsi récupérer la TVA sur l'immeuble. Un point de vigilance fiscal à garder en tête : les loyers d'une SCI à l'IR sont des revenus fonciers, soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux (et non 18,6 %). Je ne fais qu'effleurer le sujet ici : tout le montage est traité dans acheter les murs de sa clinique vétérinaire en SCI.
Étage 6 — Private equity / club deals pour la trésorerie longue
La poche la plus longue et la plus risquée : le capital-investissement. Une société à l'IS peut souscrire des fonds de private equity ou des FCPR, avec, pour les FCPR fiscaux remplissant les conditions de l'article 163 quinquies B du CGI, un régime de faveur (taux réduit d'IS sur certaines distributions et plus-values de l'article 219 I a sexies du CGI), à valider au cas par cas. En contrepartie de rendements cibles supérieurs : capital bloqué 8 à 10 ans, risque de perte en capital réel, ticket d'entrée élevé (souvent 100 000 € et plus). À réserver à une part minoritaire d'une trésorerie déjà solidement structurée. Le détail dans notre guide du private equity pour la trésorerie longue.
Quelle enveloppe pour la trésorerie de votre clinique ?
Un CGP indépendant chiffre le frottement IS réel de chaque étage sur votre trésorerie de SELARL vétérinaire, compare le différé du contrat de capitalisation à la fiscalité annuelle du compte-titres, et calibre l'allocation avec votre expert-comptable.
Capitaliser dans la clinique ou sortir en dividendes ? Le vrai arbitrage
L'essentiel en 30 secondes
La toute première décision n'est pas le support, c'est l'arbitrage de fond : vaut-il mieux laisser la trésorerie dans la société pour la placer à l'IS, ou la sortir en dividendes pour la placer à titre personnel ? Et la réponse penche presque toujours du même côté : sortir l'argent coûte cher, très cher.
Le coût d'une sortie en dividendes
Verser des dividendes à un vétérinaire associé exerçant déclenche d'abord les cotisations sociales sur la fraction excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale ; la Cour de cassation, 2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366, a jugé que l'interposition d'une SPFPL ne fait pas écran). Sur le reste, le PFU à 31,4 % (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux). À l'inverse, garder l'argent dans la société pour le placer ne coûte que l'IS, sans prélèvements sociaux.
Capitaliser (réserves dans la société)
Points forts
- Imposé à l'IS seul (15 / 25 %), aucun prélèvement social
- L'intégralité du capital reste au travail et capitalise
- Souple : on choisit l'enveloppe (capi, CTO, SCPI…)
Points de vigilance
- L'argent reste dans la société (pas de jouissance perso immédiate)
- Suppose une stratégie patrimoniale de long terme
Sortir (dividendes / compte courant)
Points forts
- Disponibilité personnelle immédiate (dividende)
- Le compte courant d'associé est remboursable sans fiscalité
Points de vigilance
- Dividendes : PFU 31,4 % + cotisations sociales > 10 % du capital/primes/CCA
- Le solde du CCA gonfle la base des 10 %
- Ampute le capital de travail de la société
Fin de l'abattement de 10 % en SEL : un argument de plus pour capitaliser
Reste le compte courant d'associé : c'est l'argent que vous avez prêté à votre société, remboursable sans fiscalité (seuls les intérêts éventuels sont imposés, et déductibles pour la société dans la limite du taux de l'article 39, 1, 3° du CGI). Il est souple, mais son solde gonfle la base des 10 %. Le bon dosage entre compte courant fourni et réserves solides dépend de votre besoin de liquidité personnelle : c'est un réglage fin, à faire avec votre expert-comptable.
Faut-il une holding (SPFPL) pour placer la trésorerie ?
On me pose la question presque à chaque rendez-vous où le vétérinaire a plusieurs structures : la SPFPL aide à centraliser, mais n'est jamais un préalable pour placer. Une SELARL place très bien sa trésorerie sans holding. La SPFPL (société de participations financières de profession libérale) devient utile le jour où vous rachetez une 2eclinique : elle fait remonter et regrouper l'excédent de plusieurs sociétés avant de préparer la transmission.
Le régime mère-fille
Le levier de la SPFPL, c'est le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) : les dividendes remontés de la SELARL vers la SPFPL sont exonérés à 95 %, seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée à l'IS, soit un frottement effectif d'environ 1,25 %. Condition : une détention d'au moins 5 % conservée deux ans. La SPFPL devient alors un véhicule efficace pour faire remonter et capitaliser l'excédent à faible coût fiscal.
Exemple : faire remonter 100 000 € de dividendes via la mère-fille
L'objet de la SPFPL est limité : ce n'est pas un coffre de placement libre
Cas chiffré : une SELARL vétérinaire avec 120 000 € d'excédent
Prenons un cas concret. Le Dr Camille, 46 ans, exerce en SELARL dans une clinique de compagnie avec un peu d'élevage, TMI à 41 %. Après l'IS, sa rémunération et un coussin déjà constitué, sa société a accumulé 120 000 € de trésorerie excédentaire durabledont elle n'a pas l'usage immédiat. Voici une répartition-type en quatre poches, à recalibrer selon sa situation.
Répartition-type d'une trésorerie de 120 000 € (illustration)
COUSSIN EXPLOITATION 30 000 EUR (25 %) -> compte courant + CAT court CAPITALISATION PM 50 000 EUR (42 %) -> contrat de capitalisation diversifie COMPTE-TITRES 25 000 EUR (21 %) -> fonds / ETF / obligataire SCPI A L IS 15 000 EUR (12 %) -> quote-part BIC a l IS, pas de PS Cout fiscal annuel approximatif (frottement IS) : Capitalisation : 50 000 x 3,76 % = 1 880 EUR de base -> ~470 EUR d IS/an Compte-titres : impose chaque annee sur la PV latente (209-0 A) SCPI a l IS : quote-part BIC imposee a l IS, aucun prelevement social
Cette répartition n'est qu'une illustration. Les pourcentages dépendent du besoin de liquidité, de l'horizon et de la tolérance au risque de Camille. Le frottement IS du contrat de capitalisation (≈ 470 €/an sur 50 000 €) est faible et différé, à comparer à la fiscalité annuelle d'un compte-titres sur la même somme.
Ce qui change tout pour Camille, ce n'est pas de dénicher le placement miracle : c'est d'étaler ses 120 000 € sur plusieurs horizons. Elle garde d'abord son coussin, place le socle de 50 000 € en capitalisation (≈ 470 € d'IS par an, le reste capitalise en différé), ajoute une poche liquide de compte-titres et une touche de SCPI à l'IS pour le rendement immobilier — le tout sans le moindre prélèvement social, puisque tout reste dans la société. Et elle ne sort rien : sortir 120 000 € en dividendes lui coûterait le PFU à 31,4 % plus les cotisations sociales au-delà de 10 % de son capital.
Ordres de grandeur, pas une recommandation
Note de méthode : les 4 garde-fous avant d'investir
Avant de comparer le moindre taux, je passe systématiquement quatre filtresavec le vétérinaire en face de moi : c'est l'ordre dans lequel on travaille au cabinet.
1. Ne pas immobiliser la trésorerie d'exploitation
La règle d'or de la liquidité : ne placez jamais sur un support peu liquide (SCPI, private equity, contrat bloqué) une trésorerie dont vous pourriez avoir besoin pour l'exploitation de la clinique — renouvellement d'un appareil d'imagerie, recrutement d'un ASV ou d'un confrère, imprévu saisonnier. Le coussin d'exploitation (compte à terme, monétaire) doit toujours exister avantd'envisager les étages longs.
2. Objet social et assemblée générale
Pour les montants significatifs, sécurisez juridiquement la décision : vérifiez que l'objet social autorise les placements ou faites-le élargir en AGE, et tracez la décision (article L. 223-18 / L. 227-6 du Code de commerce). Un placement hors objet n'est pas nul vis-à-vis des tiers, mais il engage votre responsabilité interne et déontologique.
3. Le risque de requalification (le plus délicat)
C'est là que ça se joue vraiment. Le jour où les SCPI et le capi pèsent plus lourd que la clientèle de soins, la société glisse vers une gestion patrimoniale dominante et s'expose à une requalification en société à prépondérance patrimoniale et à la perte de la qualité de holding animatrice. Conséquences en cascade : perte de l'exonération d'IFI des biens professionnels (article 975 du CGI), du bénéfice du pacte Dutreil (article 787 B), et exposition possible à la taxe sur les holdings patrimoniales (article 235 ter C — qui exclut toutefois de son assiette la trésorerie et les actifs financiers placés). Le caractère opérationnel (animateur) de la société s'apprécie au jour du fait générateur de l'impôt — la transmission (Cour de cassation, chambre commerciale, 17 décembre 2025, n° 24-17.415). En clair : tant que la clientèle vétérinaire fait l'essentiel du chiffre, les placements restent un accessoire et le risque est écarté. Pour mesurer l'exposition, voyez la taxe sur les holdings patrimoniales (LF 2026).
4. Déontologie et indépendance
Enfin, une trésorerie bien capitalisée n'est pas qu'un sujet fiscal : c'est un levier d'indépendance. Elle finance l'installation d'un associé, le rachat de parts ou les murs sans céder votre indépendanceface aux groupes financiers qui rachètent aujourd'hui des cliniques vétérinaires. C'est aussi ce que l'Ordre attend : une gestion prudente au service de l'exercice, pas l'inverse.
À cadrer avec votre expert-comptable
À partir de combien faut-il placer ?
Aucun texte ne fixe de seuil : c'est l'arithmétique qui décide. On constitue d'abord un coussin d'environ six mois de charges fixes en liquidité. Au-delà, le placement devient économiquement pertinent à partir d'un excédent durable de l'ordre de 50 000 à 100 000 €, une fois absorbés les frais d'entrée des enveloppes. En dessous, on reste souvent sur du compte à terme ou du monétaire ; au-dessus, on étage par horizon : court terme sur du CAT ou du monétaire, moyen-long terme sur un contrat de capitalisation, long terme sur de la SCPI ou une touche de private equity.
Cette grille vaut pour toutes les professions libérales exerçant en société : le pilier transverse de référence reste le guide du placement de la trésorerie d'une SEL. Et n'oubliez pas : le placement de la trésorerie de la clinique n'est qu'un levier parmi d'autres dans la gestion de patrimoine globale du vétérinaire, qui couvre aussi le financement, la retraite CARPV et la transmission.
Ce qu'il faut retenir

