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Guide profession libérale 202616 minMis à jour 8 juin 20263 cas chiffrés

SEL : salaire ou dividendes, l'arbitrage qui change tout

On vous a dit « sortez tout en dividendes, ça ne coûte que le PFU ». En société d'exercice libéral, c'est un piège. Depuis la règle des 10 % (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale), la fraction de dividendes au-delà de 10 % de votre capital est cotisée à ~45 % pour un gérant majoritaire de SELARL. Et un dividende n'ouvre aucun droit retraite. Le PFU 2026 n'est pas à 30 % mais à 31,4 %. Voici la vraie méthode — un système à quatre étages, pas un chiffre magique — et trois cas chiffrés au point de bascule. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine (ORIAS 23002291).

ARBITRAGE SALAIRE / DIVIDENDES 2026

Calculer votre mix optimal rémunération / dividendes en SEL

Audit personnalisé : modélisation à l'euro de la séquence rémunération-socle, capitalisation à l'IS et dividende calibré selon votre statut (SELARL ou SELAS), votre TMI et la structure de votre capital. Surcoût de la règle des 10 %, plafond PER et impact retraite intégrés.

  • Mix rémunération/dividendes chiffré
  • Surcoût de la règle des 10 % calculé
  • Plafond PER et impact retraite intégrés
  • Cabinet non détenu par une banque ni par un assureur

PFU DIVIDENDES

31,4 %

DIVIDENDES SANS COTIS.

10 %

COTIS. TNS AU-DELÀ

~45 %

PLAFOND PER

88 911 €

IS PME

15 / 25 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE STATUT COMMANDE TOUT·3 MIN

L'essentiel : le statut social commande l'arbitrage

L'essentiel en 30 secondes

  • Il n'y a pas de réponse unique « salaire OU dividendes » : le bon mix associe une rémunération-socle (droits + PER), un dividende calibré et de la capitalisation à l'IS.
  • Le verdict dépend D'ABORD du statut social : gérant majoritaire de SELARL = TNS (la règle des 10 % joue) vs président de SELAS = assimilé salarié.
  • Un dividende n'ouvre aucun droit retraite ni prévoyance et ne crée aucun plafond PER.
  • Le PFU des dividendes en 2026 = 31,4 % (pas 30 %).
  • Augmenter le capital ou loger un compte courant d'associé relève le seuil des 10 % : c'est un levier légitime, à condition d'être réel.

Chaque fin d'exercice, le même réflexe : un confrère, un forum, parfois l'expert-comptable lui-même glissent la phrase qui rassure — « sors le maximum en dividendes, ça ne coûte que la flat tax ». En société d'exercice libéral, ce conseil peut vous coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros et zéro trimestre de retraite validé. Car « salaire ou dividendes ? », posée ainsi, est une question piégée : elle suppose qu'il faut choisir l'un contre l'autre, alors qu'en SEL ce n'est jamais « tout l'un » ni « tout l'autre ». La vraie question est : combien me verser, sous quelle forme, et dans quel ordre ? Et la première variable qui commande tout, ce n'est ni la fiscalité ni votre TMI : c'est votre statut social, qui découle de la forme de votre SEL et de la répartition de son capital.

Le statut social découle de la forme de SEL et de la répartition du capital, pas d'un choix libre. Aucun de ces dirigeants n'a droit à l'assurance chômage. C'est ce statut qui détermine si la règle des 10 % s'applique à vos dividendes.
Dirigeant de SELRégime socialRéférenceRègle des 10 %
Gérant majoritaire SELARLTNS (SSI / caisse libérale)Art. 62 CGI ; L. 611-1 / L. 631-1 CSSS'applique (cotisations ~40-45 %)
Gérant minoritaire / égalitaire SELARLAssimilé salariéArt. 80 ter CGI ; L. 311-3 CSSNe joue pas (cas historique)
Président de SELAS (et DG)Assimilé salarié + AGIRC-ARRCOArt. 80 ter CGI ; L. 311-3 CSSConvergence annoncée 2025 (au conditionnel, §8)

C'est la première ligne du tableau qui concentre la quasi-totalité des libéraux installés en société, et c'est elle que le piège des dividendes vise. Le gérant majoritaire de SELARL est travailleur non salarié ; ses dividendes au-delà d'un seuil sont rattrapés par les cotisations. Le président de SELAS, assimilé salarié, y échappait — historiquement, et sous réserve de la convergence que nous traiterons honnêtement au §8.

Le cadre juridique : ordonnance 2023-77

L'exercice en société des professions libérales réglementées (médecins, avocats, kinés, experts-comptables…) est régi depuis le 1er septembre 2024 par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a remplacé l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990. SELARL et SELAS restent les deux formes de référence : on les compare au §8. Pour un panorama complet des statuts, voyez notre guide EI, EURL, SELARL, SELAS : le choix de forme qui commande tout l'arbitrage. La SEL est d'ailleurs ouverte aux professions à titre protégé : pour le cas du psychologue, voyez Statut juridique du psychologue : EI, EURL ou SELARL ?.
§ 2AVANT IS / APRÈS IS·2 MIN

L'asymétrie de base : rémunération avant IS, dividende après IS

Le taux viendra ; d'abord, le moment où l'impôt tombe. C'est là que se joue toute l'asymétrie entre une rémunération et un dividende. L'une se prélève avant l'impôt sur les sociétés, l'autre après. C'est elle qui pèse le plus lourd dans la décision.

La rémunération — charge déductible (avant IS)

Elle réduit le bénéfice taxable à l'IS (art. 211 CGI ; BOI-IS-BASE-30-20), à deux conditions : un travail effectif et un montant non excessif (art. 39, 1-1° CGI). Elle ouvre des droits retraite et prévoyance et le plafond PER. En contrepartie, elle supporte les cotisations (TNS ~40-45 %, ou charges salariales ~75-82 % en SELAS) puis l'IR au barème (TMI souvent 41-45 %).

Le dividende — prélevé après IS

Il sort du résultat APRÈS l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), donc déjà amputé. Il ne réduit pas la base IS et n'ouvre aucun droit social. À la distribution : PFU 31,4 % — sauf le piège des 10 %, qui recharge la fraction excédentaire en cotisations TNS pour le gérant majoritaire de SELARL.

1 € de rémunération vs 1 € de dividende

Un euro de rémunération économise l'IS (il est déductible) mais déclenche immédiatement les cotisations et l'IR. Un euro de dividende a déjà supporté l'IS dans la société, mais évite — sous le seuil des 10 %— les cotisations sociales. L'arbitrage gagnant consiste à trouver le point où ces deux chemins se croisent, sachant que la rémunération « achète » des droits que le dividende n'achètera jamais (§3). La déductibilité de la rémunération du dirigeant est confirmée par la doctrine (BOI-IS-BASE-30-20), sous réserve qu'elle corresponde à un travail réel.
§ 3CE QUE LA RÉMU ACHÈTE·3 MIN

Ce que la rémunération « achète » (et que le dividende n'achète jamais)

En rendez-vous, le débat se réduit presque toujours au net après impôt à l'instant T : « combien me reste-t-il dans la poche ce mois-ci ? » C'est le mauvais angle. Il fait oublier tout ce que la rémunération construit dans le temps, et que le dividende, lui, ne construit jamais.

Mémo express

Ce que seule la rémunération construit

  • Des droits à la retraite (base + complémentaire) : un dividende, c'est 0 trimestre validé, 0 point acquis.
  • Une prévoyance (indemnités journalières, invalidité, décès) : le dividende n'ouvre aucune couverture.
  • Un plafond PER déductible : la rémunération est l'assiette du PER/Madelin ; le dividende n'y contribue pas.
Se verser de la rémunération OUVRE le plafond PER (jusqu'à 88 911 € déductibles à la TMI pour un TNS) ; le dividende, non. Le PASS 2026 est de 48 060 €, 8 PASS = 384 480 €.
StatutArticlePlafond PER / Madelin 2026
TNS (gérant maj. SELARL)Art. 154 bis CGI10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS — plancher 4 806 €, plafond 88 911 €
Assimilé salarié (SELAS)Art. 163 quatervicies CGI≈ 37 680 € (plafond salarié 2026, base 8 PASS 2025)
Madelin prévoyance / santéArt. 154 bis CGI7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, plafond ~11 534 €

Rémunération + PER : le combo que le tout-dividende détruit

C'est l'argument central. Un euro de rémunération à 45 % de TMI, logé dans un PER du libéral (jusqu'à 88 911 € déductibles), c'est ~45 % d'impôt évité et du patrimoine retraite qui se constitue. Le tout-dividende, à l'inverse, ferme cette porte : pas de plafond PER, pas de droits. Avant de fuir les cotisations, regardez ce que vous perdez sur la retraite du libéral, qu'un dividende n'alimente jamais. La caisse obligatoire ne suffisant déjà pas, c'est un arbitrage à ne pas prendre à la légère.
§ 4LA RÈGLE DES 10 %·3 MIN

Le piège des dividendes : la règle des 10 %

« Les dividendes, c'est juste le PFU, pas de charges. » C'est la phrase qu'on entend dès qu'un chirurgien-dentiste ou un médecin découvre sa SELARL. C'est faux pour une SEL, dès lors que vous êtes gérant majoritaire (donc TNS). Une règle spécifique, propre aux travailleurs indépendants, vient rattraper la fraction « haute » de vos dividendes.

La règle des 10 % (art. L. 131-6 CSS)

Dividendes versés à l'associé exerçant TNS :

  • Fraction ≤ 10 % de (capital social libéré
      + primes d'émission + solde moyen du CCA)
        →  PFU 31,4 %  (pas de cotisations TNS)

  • Fraction > 10 %
        →  réintégrée dans l'assiette des
           COTISATIONS TNS (~40-45 %), EN PLUS de l'impôt

CCA = compte courant d'associé. L'assiette du seuil n'est PAS le seul capital social : c'est capital libéré + primes d'émission + solde moyen du CCA. Un capital faible rend donc le seuil dérisoire.

La règle des 10 % en chiffres : un exemple parlant

Imaginons une SELARL au capital de 10 000 €, sans prime ni compte courant. Le seuil des 10 % vaut donc 1 000 €. Si le gérant majoritaire se distribue 40 000 € de dividendes : d'abord, les 1 000 € sous le seuil supportent le PFU à 31,4 % ; ensuite, les 39 000 € restants sont réintégrés dans l'assiette des cotisations TNS, comme du revenu d'activité. Au final, sur une SELARL capitalisée à 10 000 €, 97,5 % des dividendes basculent en cotisations. Distribuer en masse n'a alors plus aucun sens : autant laisser le bénéfice capitaliser à l'IS.

Le verdict change selon le statut

Le président de SELAS et le gérant minoritaire (tous deux assimilés salariés) y échappaient totalement : leurs dividendes ne supportaient que le PFU. Mais attention — une convergence est annoncée depuis 2025, que nous formulons au conditionnel et détaillons au §8. Sur le fond, la règle des 10 % est solide : le Conseil constitutionnel l'a validée (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), jugeant ses critères « objectifs et rationnels » et son objectif — éviter qu'on substitue des dividendes à de la rémunération — légitime.

Le mécanisme mérite d'être compris fraction par fraction : tant qu'il ne l'est pas, le reste du calcul avance à l'aveugle. Nous l'avons détaillé, avec le calcul de l'assiette et des cas chiffrés, dans le guide dédié Dividendes de SEL et cotisations sociales : l'article L. 131-6 CSS, fraction par fraction. Pour la projection du surcoût sur la durée et la comparaison avec le statut assimilé salarié, voyez aussi le piège des dividendes au-delà de 10 %, chiffré sur la durée. La règle joue à l'identique chez l'expert-comptable en SELARL : nous l'avons déclinée, caisse CAVEC à l'appui, dans le guide Dividendes de l'expert-comptable en SEL : fiscalité et cotisations.

§ 5PFU 31,4 %·2 MIN

La fiscalité du dividende : PFU 31,4 %, pas 30 %

Le chiffre que tout le monde répète — « le dividende, c'est 30 % de flat tax » — est faux en 2026. La LFSS 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Le PFU des dividendes n'est donc plus à 30 %, mais à 31,4 %. Voici le détail.

Un dividende n'est JAMAIS à 17,2 % : ce taux de PS vise l'assurance-vie, les contrats de capitalisation, le foncier nu et les plus-values immobilières. La hausse de CSG de +1,4 point au 01/01/2026 ne touche que les revenus du capital « financiers » (dividendes, intérêts, plus-values mobilières).
ComposanteTauxBase
IR (PFU)12,8 %Art. 200 A CGI
Prélèvements sociaux18,6 %CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5 (art. L. 136-8 CSS, LFSS 2026)
Total PFU dividendes31,4 %—

Option barème : seulement si votre TMI est faible

Vous pouvez renoncer au PFU et opter pour le barème (option globale au niveau du foyer). Vous gagnez alors l'abattement de 40 % sur le dividende (art. 158, 3-2° CGI, réservé à l'option barème — jamais avec le PFU) et la CSG déductible de 6,8 points l'année suivante (art. 154 quinquies CGI). Mais le dividende s'ajoute alors à vos autres revenus et grimpe dans votre tranche : pour un libéral à 41-45 % de TMI, l'option est presque toujours perdante. Note pratique : un acompte d'IR de 12,8 % est prélevé à la source à la distribution, sauf dispense sous condition de RFR (art. 117 quater CGI). Le détail de la dualité des PS figure dans notre guide prélèvements sociaux 2026 : pourquoi un dividende supporte 18,6 % (et non 17,2 %).
§ 6LE SYSTÈME À 4 ÉTAGES·3 MIN

Le système à quatre étages : la vraie méthode

Quand un libéral nous demande « alors, combien je me verse ? », la réponse n'est jamais un chiffre. On dessine quatre étages sur un coin de table, dans cet ordre — et d'un coup la question arrête d'être une loterie pour devenir une séquence qui se calcule.

Les quatre étages de l'arbitrage. Pris isolément, chaque étage ne dit rien ; c'est de les empiler dans cet ordre que vient le gain.
ÉtageLevierPourquoiPlafond / repère
1 · Rémunération-socleSe verser le revenu de vie, ouvrir les droits et saturer le PERSeule la rémunération ouvre retraite, prévoyance et plafond PERPER jusqu'à 88 911 € (art. 154 bis CGI)
2 · Capitalisation à l'ISLaisser le bénéfice non nécessaire dans la SELL'IS (15/25 %) est souvent inférieur à votre TMI (41-45 %)15 % ≤ 42 500 €, puis 25 %
3 · Dividende calibréDistribuer sous (ou autour de) le seuil des 10 %Au-delà, le dividende est cotisé ~45 % sans ouvrir de droitsSeuil = 10 % (capital + primes + CCA)
4 · Pilotage du RFRDoser pour rester sous les seuils hauts revenusÉviter ou lisser la CEHR et la CDHRSeuils 250 k / 500 k €

À retenir

La séquence en une phrase

  • Une rémunération juste suffisante : revenu de vie + droits sociaux + saturation du plafond PER.
  • Le bénéfice résiduel capitalisé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), plutôt que sorti.
  • Un dividende calibré sous le seuil des 10 %, pour éviter le rattrapage par les cotisations.
  • Un réglage final du RFR pour rester sous les seuils de la CEHR et de la CDHR.

Pourquoi il n'y a pas de seuil universel

Le « combien me verser » dépend de quatre variables : votre besoin de revenu, votre plafond PER, votre TMI et la structure de votre capital. C'est pourquoi aucun montant passe-partout ne vaut pour tout le monde. Notez le levier de l'étage 3 : le seuil des 10 % se relève en augmentant le capital social ou en logeant un compte courant d'associé — mais l'augmentation de capital doit être réelle, pas cosmétique. Plutôt que de tout distribuer, on préfère souvent capitaliser le bénéfice non distribué dans la SEL et le faire fructifier à l'IS. La même séquence se décline profession par profession : pour un cas concret avec sa caisse CIPAV, voyez Architecte en SELARL : salaire ou dividendes, quelle répartition.
§ 7CAS CHIFFRÉS·5 MIN

Trois cas chiffrés au point de bascule

Trois libéraux comme on en croise en rendez-vous : la méthode se vérifie sur pièces. Un avertissement avant de lire les chiffres : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, que j'ai arrondis exprès pour que la logique saute aux yeux. Le taux de cotisations TNS retenu (~45 %) est une fourchette indicative qui varie selon la caisse et le niveau de revenu.

Cas 1 · Médecin · gérante majoritaire SELARL · capital 10 000 €

Dr Margaux — le tout-dividende qui se retourne

Margaux a un bénéfice distribuable de 100 000 €, un capital de 10 000 € sans compte courant. Son seuil des 10 % vaut donc 1 000 €. Séduite par l'idée « pas de charges sur les dividendes », elle décide de tout sortir en dividendes.

Le décompte est sévère : seuls 1 000 € bénéficient du PFU à 31,4 %. Les 99 000 € restants sont réintégrés dans l'assiette des cotisations TNS — soit, à ~45 %, de l'ordre de 44 550 € de cotisations auxquelles s'ajoute encore l'impôt sur le revenu au barème sur cette fraction requalifiée en revenu d'activité (TMI souvent 41-45 %). Un président de SELAS qui sortirait les mêmes 100 000 € en dividendes paierait, lui, environ 31 400 € de PFU tout compris (IR + PS, hors règle des 10 % en l'état). Pour un net distribué comparable, le chemin « tout dividende » en SELARL est donc nettement plus coûteux, et l'essentiel du surcoût vient des cotisations — sans contrepartie en droits.

La leçon : sur un capital faible, « tout dividende » coûte presque autant qu'une rémunération — mais sans en ouvrir les droits sociaux. On en paie le prix sans en toucher la contrepartie.

Cas 2 · Même médecin · le bon mix

Dr Margaux (variante) — la méthode des quatre étages

Reprenons Margaux, même bénéfice de 100 000 €, mais cette fois elle applique la séquence.

Étage 1 : elle se verse une rémunération-socle qui couvre son train de vie et sature son PER (jusqu'à 88 911 € déductibles à 41-45 %, art. 154 bis CGI), tout en validant ses trimestres. Étage 2 : elle laisse le résiduel capitaliser à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €), plutôt que de le distribuer à perte. Étage 3 : elle distribue un dividende calibré sous ou autour du seuil des 10 %. Étage 4 : elle vérifie que l'ensemble la maintient sous les seuils de la CEHR.

Résultat : moins de cotisations « pour rien », des droits retraite réellement construits, et un report d'impôt sur le bénéfice capitalisé. Le gain net se chiffre dossier par dossier, mais Margaux y gagne sur les trois plans qui comptent : moins de cotisations sèches, des trimestres validés, de l'impôt reporté.

Cas 3 · Kinésithérapeute · président de SELAS

Pierre — l'arbitrage inversé

Pierre préside une SELAS : il est assimilé salarié, avec des charges sociales lourdes (de l'ordre de 75 à 82 % sur la rémunération nette). Pour lui, le raisonnement s'inverse.

Au-delà d'une rémunération « de confort » qui lui assure une bonne protection sociale, chaque euro de salaire supplémentaire est très cher. Le dividende à 31,4 % (assimilé salarié, hors champ de la règle des 10 % en l'état du droit) devient alors souvent plus efficient qu'un complément de salaire — au prix, assumé, de moindres droits retraite sur cette fraction.

La nuance d'honnêteté : cet avantage du dividende en SELAS repose sur le fait que la règle des 10 % ne le vise pas. Or une convergence est annoncée depuis 2025 (voir §8). À sécuriser avant d'en faire une stratégie de long terme.

Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs

Les montants ci-dessus sont des ordres de grandeur pédagogiques, simplifiés (taux de cotisations, tranches, arrondis) pour faire ressortir la logique. Ils ne valent pas une simulation personnalisée: le résultat réel dépend de votre statut exact, de votre caisse, de votre TMI, de la structure de votre capital, de vos déductions (PER/Madelin) et du niveau de rémunération de sortie. Une projection chiffrée ne préjuge pas du résultat futur, qui varie selon votre situation et l'évolution de la fiscalité (LF/LFSS annuelles). À modéliser au cas par cas avant toute décision.
Hagnéré Patrimoine

Quel est VOTRE mix optimal, à l'euro près ?

Un CGP modélise votre cas — statut, capital, TMI, besoin de revenu — et calcule la séquence rémunération / capitalisation / dividende, plafond PER et impact retraite inclus.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 8SELARL VS SELAS·3 MIN

SELARL vs SELAS : deux mondes qui convergent

Pendant des années, le choix SELARL/SELAS opposait deux régimes presque inverses : cotisations légères mais règle des 10 % d'un côté, protection sociale renforcée mais dividendes libres de l'autre. Un mouvement de convergence s'est amorcé en 2025, que la moitié du web n'a pas encore digéré — et que nous traitons ici en toute honnêteté.

SELARL — gérant majoritaire (TNS)

Points forts

  • Cotisations plus légères (~40-45 %)
  • Pilotage rémunération/dividendes fin
  • Accès au plafond PER 88 911 € (art. 154 bis CGI)

Points de vigilance

  • Règle des 10 % sur les dividendes (art. L. 131-6 CSS)
  • Protection sociale et retraite plus limitées

SELAS — président (assimilé salarié)

Points forts

  • Protection sociale renforcée (hors chômage)
  • Dividendes historiquement hors règle des 10 %

Points de vigilance

  • Charges de l'ordre de 75 à 82 %
  • Convergence 2025 annoncée sur les dividendes (à sécuriser)

Ce qui change en 2026 — honnêtement

Plusieurs sources affirment que la LFSS 2024 a étendu la règle des 10 % à tous les associés exerçants de SEL, président de SELAS compris, à compter du 1er janvier 2025. Nous le formulons au conditionnel. Il s'agit de doctrine URSSAF et de droit de la sécurité sociale, sans BOFiP de référence cité, et le champ exact reste à sécuriser au cas par cas. Distinguez clairement ce qui est tranché (gérant majoritaire de SELARL = cotisé au-delà de 10 %, c'est certain) de ce qui reste à confirmer (l'alignement du président de SELAS). Le détail figure dans le guide dédié Dividendes de SEL et cotisations sociales, et le choix de forme dans EI, EURL, SELARL, SELAS.

Encadré : ce qui change vraiment en 2026

  • PFU dividendes 31,4 % (CSG du capital portée à 10,6 %, LFSS 2026).
  • Convergence SELARL/SELAS sur la règle des 10 % : annoncée, formulée au conditionnel.
  • CDHR pérennisée par la LF 2026 (imposition minimale ~20 % du RFR au-delà de 250 k / 500 k €).
  • Réforme de l'assiette unique des cotisations TNS au 1er avril 2026 (assiette ≈ revenu brut × 0,74).
§ 9LA SPFPL NE FAIT PAS ÉCRAN·2 MIN

La SPFPL ne fait pas écran (Cass. 19 octobre 2023)

« Je loge ma SEL sous une SPFPL, les dividendes remontent à la holding, donc j'échappe aux cotisations sur les 10 %. » C'est l'idée séduisante qu'on entend souvent. Elle est fausse, et la Cour de cassation l'a tranché net.

Dans son arrêt du 19 octobre 2023 (Cass. 2e civ. n° 21-20.366, publié au bulletin), la Cour a jugé que les bénéfices de la SEL où le travailleur indépendant exerce entrent dans l'assiette de ses cotisations (art. L. 131-6 CSS) même lorsqu'ils sont distribués à la SPFPL qui détient le capital. Les faits : un chirurgien-dentiste, associé d'une SELARL détenue à 1 % en direct et 99 % via sa SPFPL. Pourvoi rejeté : la holding ne fait pas écran.

Mémo express

La SPFPL : utile, mais pas pour ça

  • Elle ne neutralise pas le seuil des 10 % : les dividendes restent dans l'assiette TNS de l'exerçant.
  • Elle conserve d'autres atouts réels : régime mère-fille (remontée des dividendes à ~1,25 %), réinvestissement, rachat de cabinets, préparation de la transmission.
  • Bref : un excellent outil de structuration et d'effet de levier — pas un moyen d'échapper aux cotisations sur dividendes.

À ne pas confondre : rémunération technique (BNC) vs mandat

Autre point souvent mal compris : depuis l'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 (n° 492154), qui a annulé la tolérance des 5 % (§ 550 de BOI-RSA-GER-10-30), la rémunération de votre activité technique d'exercice reste imposée en BNC (art. 92 CGI ; rescrit BOI-RES-BNC-000136), et seule la rémunération du mandat de gérance relève de l'article 62 CGI. La ventilation doit désormais être justifiée. C'est un sujet distinct de l'arbitrage dividendes, mais à cadrer dès la constitution : voyez notre guide BNC ou SELARL : quand passer en société devient réellement intéressant. Pour structurer la holding, voyez SPFPL et profession libérale et le guide SPFPL 2026 : ce qui change vraiment.

Aller plus loin : le dividende capitalisé n'est pas perdu

Le bénéfice que vous ne distribuez pas ne dort pas. Capitalisé dans la SEL après l'IS, il peut financer l'achat des murs de votre cabinet via une SCI, alimenter une trésorerie d'entreprise placée, ou préparer une cession en report d'imposition (apport-cession, art. 150-0 B ter) le jour où vous transmettrez. L'arbitrage salaire/dividendes n'est donc pas qu'une question d'impôt immédiat : c'est le premier maillon d'une stratégie patrimoniale de long terme. Le dividende que vous ne sortez pas aujourd'hui peut devenir l'apport des murs de votre cabinet demain — c'est pour ça qu'on ne tranche jamais cette question seule dans son coin.
§ 10PILOTER LE RFR·2 MIN

Piloter le RFR : CEHR, CDHR et seuils hauts revenus

L'arbitrage rémunération/dividende n'est pas qu'une affaire de cotisations : c'est aussi un levier sur votre revenu fiscal de référence (RFR) — le quatrième étage de la méthode. Un dividende massif fait sauter des seuils qui coûtent cher ; un dividende calibré, réparti dans le temps, les évite.

La CDHR (contribution différentielle sur les très hauts revenus) a été reconduite et pérennisée par la LF 2026 : elle n'est plus à formuler au conditionnel. Doser rémunération et dividende permet de lisser le RFR sous ces seuils.
ContributionArticle / texteDéclenchementTaux
CEHRArt. 223 sexies CGIRFR > 250 k / 500 k € (cél.) ; 500 k / 1 M € (couple)3 % puis 4 %
CDHRLF 2026 (loi 2026-103)RFR > 250 k € (cél.) / 500 k € (couple)Imposition minimale ~20 % du RFR

Le dividende calibré sert aussi à piloter le RFR

Un dividende exceptionnel et massif peut, à lui seul, faire franchir le seuil de la CEHR, voire déclencher la CDHR. À l'inverse, un dividende réparti dans le temps et combiné à une capitalisation à l'IS permet de rester sous ces seuils. C'est l'un des angles développés dans notre guide profession libérale à hauts revenus : piloter son RFR sous les seuils de la CEHR et de la CDHR.

L'arbitrage s'inscrit dans une séquence

Régler son mix salaire/dividende, c'est le premier rendez-vous, pas le dernier. Une fois la séquence posée, on enchaîne sur la SPFPL, la trésorerie de la SEL, le PER et la transmission. Pour l'itinéraire complet dans le bon ordre, voyez notre guide pilier optimisation fiscale de la profession libérale : le guide de A à Z.
Méthode documentée

Construire votre arbitrage, puis bâtir la suite

Audit personnalisé : mix rémunération/dividendes calibré sur votre statut et votre TMI, plafond PER, impact retraite, pilotage du RFR, puis SPFPL, trésorerie et transmission. De l'arbitrage du mois prochain jusqu'à la revente de votre cabinet : un seul fil, chiffré.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
ACCOMPAGNEMENT

Trancher salaire ou dividendes avec un CGP

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Sources et références légales

  • CGI / CSS — rémunération du dirigeant

    Art. 211 CGI et art. 39, 1-1° CGI (déductibilité de la rémunération du dirigeant du résultat IS, sous condition de travail effectif et de montant non excessif). Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance du gérant majoritaire de SELARL). Art. 80 ter CGI (dirigeants assimilés salariés). Art. 92 CGI (la rémunération technique de l'associé de SEL relève des BNC). Art. 154 bis CGI (PER/Madelin TNS, plafond 88 911 € en 2026) et art. 163 quatervicies CGI (PER salarié, ≈ 37 680 €). Statut social : art. L. 611-1, L. 631-1 et L. 311-3 CSS. Doctrine : BOI-IS-BASE-30-20, BOI-RSA-GER-10-30 (16/07/2025), BOI-RES-BNC-000136 (27/12/2023).

  • CGI / CSS — fiscalité du dividende

    Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS). Art. 158, 3-2° CGI (option barème, abattement de 40 % réservé au barème). Art. 117 quater CGI (acompte de 12,8 % prélevé à la source, dispense sous condition de RFR). Art. 154 quinquies CGI (CSG déductible de 6,8 points en cas d'option barème). Art. L. 136-8 CSS (taux des prélèvements sociaux, CSG du capital portée à 10,6 % au 01/01/2026). Art. 219 I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %). Art. 197 CGI (barème de l'IR). Doctrine : BOI-RPPM-RCM-20-10-30-10.

  • La règle des 10 % et le statut social

    Art. L. 131-6 CSS (réintégration dans l'assiette des cotisations TNS de la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes d'émission et du compte courant d'associé). LFSS pour 2013 (loi 2012-1404 du 17/12/2012, art. 11 : généralisation de la règle des 10 % aux sociétés à l'IS). LFSS 2024 (loi 2023-1250 du 26/12/2023 : extension annoncée de la règle aux associés exerçants de SEL au 01/01/2025, formulée au conditionnel). Décrets 2024-688 et 2025-708 (réforme de l'assiette unique des cotisations TNS au 01/04/2026). Ordonnance 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées, remplace la loi 90-1258 du 31/12/1990).

  • Lois de finances, hauts revenus et jurisprudence

    LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025 : dualité des prélèvements sociaux, PS dividendes portés à 18,6 %). LF 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026 : barème IR, IS taux réduit 42 500 € maintenu, CDHR pérennisée). Art. 223 sexies CGI (CEHR 3/4 % au-delà de 250 000 / 500 000 €). Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (dividendes de SEL distribués à une SPFPL : la holding ne fait pas écran). Cons. const. n° 2010-24 QPC du 06/08/2010 (validation de la règle des 10 %). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL = BNC, annulation de la règle des 5 %).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. La décision de privilégier la rémunération ou les dividendes en SEL doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable (statut social, modélisation chiffrée selon votre TMI et la structure de votre capital, plafond PER, impact retraite, pilotage du RFR). Les chiffres et taux cités sont à jour au 8 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points — notamment le champ exact de l'extension de la règle des 10 % au président de SELAS (LFSS 2024) — sont signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas encore clairement.

Foire aux questions

Tout sur l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL règle des 10 %, PFU, cotisations, retraite et statut.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : faut-il se verser un salaire ou des dividendes, comment se calcule le seuil des 10 %, la fiscalité réelle du dividende en 2026, le rôle de la SPFPL, l'impact retraite, SELARL ou SELAS. Réponses sourcées et à jour 2026.