Mis à jour le 25 juin 2026· Conforme à la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026), à la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) et à l'arrêté PASS du 22/12/2025 (PASS 2026 = 48 060 €).
L'essentiel en 30 secondes
Un libéral en société ne gère pas un, mais deux portefeuilles: son argent personnel et la trésorerie de sa société. Le vrai réflexe n'est pas de chasser le bon produit, mais de savoir dans quelle poche atterrit chaque euro. En perso, vous payez l'IR ou le PFU plus les prélèvements sociaux (31,4 % sur les dividendes et le compte-titres, 30 % sur l'assurance-vie en 2026). Dans la société à l'IS, c'est l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà) qui frappe les produits — sans aucun prélèvement socialet avec un différé d'imposition jusqu'à la distribution. La règle d'arbitrage tient en une phrase : besoin de revenu ou horizon court → sortir et placer en perso ; excédent durable et horizon long → laisser travailler dans la société. Et dans tous les cas, on sature d'abord le PER (jusqu'à 88 911 € déductibles en 2026) tant que la TMI est à 41-45 %.
Les deux poches du libéral : votre argent perso et l'argent de votre société
Quand on est en profession libérale exerçant en société (SELARL, SELAS, SPFPL), on ne pilote pas un patrimoine, mais deux poches distinctes: votre trésorerie personnelle (compte courant, livrets, épargne déjà sortie) et la trésorerie de votre société (le bénéfice qui s'accumule, l'excédent qui dort sur le compte pro). La plupart des contenus sur le placement ne traitent qu'une seule de ces poches. Or, pour un libéral, la vraie question n'est pas « quel produit acheter », c'est dans quelle poche loger chaque euro.
Bonne nouvelle d'entrée de jeu : la loi vous laisse le choix. La jurisprudence reconnaît depuis longtemps la liberté de gestionet le droit de choisir la voie la moins imposée (CE 7 juillet 1958 n° 35977) ; l'abus de droit (art. L. 64 du LPF) ne commence qu'avec l'artifice ou la fraude. Bref, arbitrer entre perso et société est parfaitement licite. La seule limite : respecter l'objet de chaque structure.
SEL, SPFPL, holding : trois enveloppes, trois logiques
Attention à un raccourci très répandu : « la poche société » n'est pas un véhicule unique. Selon que votre argent dort dans une SEL, une SPFPL ou une holding patrimoniale, la liberté de placement n'est pas la même — et confondre les trois est la première cause de montages bancals.
Commençons par la SEL opérationnelle, votre société d'exercice. Elle peut tout à fait placer sa trésorerie excédentaire, mais son objet social — l'exercice de la profession — borne les placements patrimoniaux de très long terme. Pour du court et du moyen terme, c'est oui ; pour un programme patrimonial illimité, c'est à manier avec prudence. Vient ensuite la SPFPL(société de participations financières de professions libérales, régime refondu par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a remplacé l'ancienne loi 90-1258) : elle a un objet exclusif, détenir des parts de SEL et exercer des activités accessoires. Ce n'est pasun coffre-fort de placement financier libre, et c'est typiquement le montage qu'on défait quand un confrère nous envoie un client. Reste la holding patrimoniale de droit commun(SAS ou SARL à l'IS) : c'est elle, et elle seule, la vraie poche société de placement libre — l'outil adapté pour loger contrats de capitalisation, comptes-titres, SCPI ou private equity.
Vos deux poches en un coup d'œil
- Poche PERSO (personne physique) : assurance-vie, PER (déduction 154 bis), PEA, immobilier (LMNP, SCPI, déficit foncier), compte-titres. Fiscalité IR/PFU + prélèvements sociaux ; transmission optimisée (990 I / 757 B).
- Poche SOCIÉTÉ (personne morale à l'IS): contrat de capitalisation PM, compte à terme, fonds monétaires, SCPI à l'IS, private equity, compte-titres PM. Fiscalité IS 15/25 %, aucun prélèvement social, différé jusqu'à la distribution.
Placer en NOM PROPRE (poche perso)
Points forts
- Argent libre et disponible immédiatement
- Transmission optimisée (assurance-vie 990 I / 757 B)
- PER : déduction puissante à la TMI 41-45 %
- PEA : exonération d'IR après 5 ans (actions)
Points de vigilance
- Imposition à la TMI ou au PFU + prélèvements sociaux
- Coût de sortie pour alimenter cette poche (dividende taxé)
- PS 31,4 % sur dividendes/CTO/PEA, 30 % sur l'AV en 2026
Placer DANS LA SOCIÉTÉ (poche société à l'IS)
Points forts
- IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà — sans prélèvements sociaux
- Différé d'imposition jusqu'à la distribution
- Capitalisation puissante (capi PM en quasi-différé)
- Pas de dividende à sortir : on ne déclenche pas le coût de sortie
Points de vigilance
- Argent « bloqué » dans la société (re-sortie coûteuse)
- Pas d'abattement de transmission type assurance-vie
- Objet social (SEL) / objet exclusif (SPFPL) à respecter
Pour replacer cet arbitrage dans une démarche patrimoniale globale (épargne de précaution, retraite, transmission), voyez notre guide pour structurer votre patrimoine de libéral. Reste la question qui fâche, et qu'on attaque maintenant : faut-il sortir l'argent de sa société ou le laisser dedans ?
Faut-il sortir l'argent de sa SEL ou le laisser dedans ?
C'est laquestion qui fait le plus suer nos clients libéraux. La trésorerie s'accumule dans la société et la tentation est de la sortir en dividendes pour « la mettre au travail » en perso. Mais avant de signer, il faut chiffrer le coût de sortie — car il est rarement neutre.
Le coût de sortie d'un dividende
Un dividende distribué à un libéral subit, en perso, le prélèvement forfaitaire unique: 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026 (la CSG du capital ayant été portée à 10,6 % par la LFSS 2026), soit 31,4 %au total (l'option pour le barème avec abattement de 40 % reste possible si elle est plus favorable). Mais ce n'est pas tout.
Le piège des cotisations sociales sur les dividendes de SEL
Pour un libéral en SEL, la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est assujettie aux cotisations sociales TNS(CSS art. L. 131-6 ; seuil validé par le Conseil constitutionnel, décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010). Et l'interposition d'une SPFPL n'efface pas ce coût : la Cour de cassation l'a jugé (2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366, SELARL détenue à 99 % par une SPFPL). Sortir un gros dividende peut donc coûter bien plus que les 31,4 % du PFU.
Le coût réel d'un dividende sorti pour investir (illustration)
100 € de bénéfice dans la société − IS 25 % = 75 € de résultat distribuable − PFU 31,4 % ≈ 51,5 € nets en perso (hors cotisations TNS sur la part de dividendes > 10 % du capital)
Sortir 100 € de bénéfice pour le replacer en perso laisse environ 51,5 € réellement investis — avant même les cotisations sur la part de dividendes excédant le seuil. À l'inverse, 100 € laissés dans la société et capitalisés via un contrat de capitalisation à l'IS travaillent sans prélèvements sociaux et avec un différé d'imposition.
Le coût de sortie n'est pas perdu — il est différé
Sortir un dividende coûte cher aujourd'hui, mais l'argent laissé dans la société devra de toute façon en sortir un jour(en dividende, en salaire, ou par cession des titres). L'arbitrage n'est donc pas « payer ou ne pas payer », mais « payer maintenant ou plus tard ». Or, plus le moment de la sortie est éloigné, plus la capitalisation à l'IS (sans PS et avec différé) prend de l'avance sur un placement perso amputé du coût de sortie dès le départ. Concrètement, chaque année où l'impôt reste dans la société est une année où il continue de produire des intérêts pour vous, pas pour le Trésor.
La règle d'arbitrage : horizon et besoin de revenu
Il n'y a pas de réponse unique, mais une règle simple à mémoriser. Quand vous avez un besoin de revenu, ou un horizon court, le bon réflexe est de sortir l'argent et de le placer en perso: la souplesse de l'assurance-vie, l'effet de la déduction PER et l'avantage de transmission justifient alors le coût de sortie, parce que l'argent doit être accessible ou transmis. À l'inverse, face à un excédent durable et un horizon long, mieux vaut laisser travailler l'argent dans la société: on évite le coût de sortie immédiat, on capitalise à l'IS (15/25 %) sans prélèvements sociaux, et on conserve la maîtrise du moment de la distribution. Le choix du produit ou de l'enveloppe vient après ; il découle de cette seule règle.
Cet arbitrage est indissociable de la question salaire / dividendes : pour la traiter en amont, consultez notre guide sur l'arbitrage salaire / dividendes du libéral et celui consacré aux dividendes de SEL soumis aux cotisations sociales. Si vous envisagez de piloter vos participations via une holding, voyez la SPFPL, la holding qui change la fiscalité du libéral.
Où placer en nom propre : PER, assurance-vie, PEA, immobilier
Le PER / Madelin TNS : peu de leviers rivalisent à haute TMI
À 41-45 % de TMI, peu de leviers rivalisent avec le PER. L'article 154 bis du CGI permet de déduire 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, avec un plancher de 4 806 € et un plafond maximal de 88 911 €en 2026 (atteint pour un bénéfice d'au moins 384 480 €). Le report des plafonds non utilisés est porté de 3 à 5 ans pour ceux générés à partir de 2026 (LF 2026). À 45 % de TMI, saturer ce plafond représente jusqu'à environ 40 010 € d'économie d'impôt pour une seule année.
Plafond PER TNS 2026 (art. 154 bis CGI)
Plafond = 10 % × bénéfice imposable (≤ 8 PASS)
+ 15 % × (min(bénéfice, 8 PASS) − 1 PASS)
Plancher = 4 806 € · Maximum = 88 911 €
(PASS 2026 = 48 060 € ; 8 PASS = 384 480 €)Le Madelin prévoyance/santé (art. 154 bis) ouvre un plafond distinct d'environ 11 534 € en 2026 pour couvrir les risques (décès, ITT, invalidité). La sortie du PER en capital : versements déduits imposés au barème, gains au PFU 12,8 % + PS 18,6 % = 31,4 %.
L'assurance-vie : différé fiscal, souplesse et transmission
L'assurance-vie est la pièce de souplesse de la poche perso. Au rachat (art. 125-0 A CGI), les produits supportent le PFU à 12,8 % ; après 8 ans, abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple) puis 7,5 % (sur les produits issus de primes ≤ 150 000 €) ou 12,8 %. Les prélèvements sociaux restent à 17,2 % : la flat tax assurance-vie est donc maintenue à 30 %en 2026. Surtout, l'assurance-vie offre l'argument que la société n'a pas : la transmission (art. 990 I CGI : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans ; art. 757 B CGI : abattement global de 30 500 € après 70 ans).
L'argument que la société n'aura jamais : transmettre hors succession
C'est le différenciateur décisif de la poche perso. Avec un contrat de capitalisation logé dans la société, la valeur du contrat entre dans la valeur des titres et sera taxée aux droits de succession de droit commun. L'assurance-vie, elle, transmet hors succession: chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € en franchise de droits (primes versées avant 70 ans). Pour un libéral qui a trois enfants, cela représente jusqu'à 457 500 € transmis sans droits — un levier que la capitalisation en société ne reproduit pas. D'où le partage : l'excédent durable capitalise dans la société, mais tout ce que vous voulez transmettre passe par l'assurance-vie en perso.
Le PEA : actions européennes, exonération d'IR après 5 ans
PEA : c'est 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, pas 17,2 %
Après 5 ans, les gains du PEA sont exonérés d'impôt sur le revenu — c'est son atout. Mais attention : le PEA ne figure pas dans la liste des produits qui conservent le taux historique de 17,2 %. Les gains réalisés à compter de 2026 supportent donc 18,6 % de prélèvements sociaux. Ne plus écrire « PEA à 17,2 % ».
L'immobilier en nom propre : LMNP, SCPI, déficit foncier selon la TMI
La location nue génère des revenus fonciers imposés à la TMI + 17,2 % de PS (lourd à 41-45 %), mais le déficit foncierreste imputable jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu global (21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique permettant la sortie de passoire thermique, dispositif prorogé jusqu'au 31/12/2027 sous réserve de confirmation au texte). Le LMNP au réel permet d'amortir le bien, mais les amortissements sont désormais réintégrés dans la plus-value de cession (art. 150 VB CGI, cessions à compter du 15/02/2025), et le taux de PS du meublé non professionnel est une zone griseen 2026 (17,2 % pour certains praticiens, l'analyse produits de placement tendant plutôt vers 18,6 %) : à vérifier au cas par cas. Les SCPI en directgénèrent des revenus fonciers lourds à haute TMI : on leur préfère souvent la SCPI logée en assurance-vie, les SCPI européennes ou le portage à l'IS.
| Enveloppe | Fiscalité des produits 2026 | Atout principal | Horizon |
|---|---|---|---|
| PER (154 bis) | Déduction à la TMI ; sortie PFU 31,4 % sur gains | Économie d'impôt immédiate (jusqu'à 40 010 €) | Retraite (bloqué) |
| Assurance-vie | Flat tax 30 % (PS 17,2 %), abattement après 8 ans | Souplesse + transmission 990 I / 757 B | Moyen / long terme |
| PEA | Exonéré d'IR après 5 ans ; PS 18,6 % | Actions européennes nettes d'IR | Long terme |
| Immobilier nu / déficit foncier | TMI + PS 17,2 % ; déficit 10 700 / 21 400 € | Effet de levier + imputation déficit | Long terme |
| LMNP au réel | BIC, amortissement ; PS zone grise + 150 VB III | Revenu peu fiscalisé (amortissement) | Long terme |
Quelle enveloppe perso pour votre situation de libéral ?
PER, assurance-vie, PEA, immobilier : l'ordre de priorité dépend de votre TMI, de votre horizon et de votre besoin de revenu. Un CGP certifié ORIAS calibre votre plafond PER exact et hiérarchise vos versements pour 2026.
Pour approfondir chaque brique : le PER des TNS pour déduire jusqu'à 88 911 €, la fiscalité de l'assurance-vie et sa flat tax à 30 %, le PEA et son exonération d'IR après 5 ans et l'arbitrage SCPI ou LMNP selon votre TMI. Pour un cas profession par profession, voyez aussi l'investissement immobilier pour avocat : SCPI, LMNP, déficit foncier selon la TMI et, pour les officiers publics, notre guide pour placer son argent quand on est notaire ou celui pour placer son argent quand on est commissaire de justice (ex-huissier).
Où placer dans la société (SEL / holding) : capi PM, CAT, SCPI, private equity
Le contrat de capitalisation personne morale : le cœur de la poche société
Une personne morale (holding, SCI à l'IS, SEL) peut souscrire un contrat de capitalisation (C. assur. art. L. 132-1 et s.) — mais pasune assurance-vie, réservée aux personnes physiques. Fiscalement, c'est l'article 238 septies E du CGIqui s'applique : la société est imposée chaque année sur une assiette forfaitaireégale à 105 % du dernier taux mensuel des emprunts d'État (TME) connu à la souscription, appliqué à la valeur de souscription et figé pour toute la durée du contrat, avec une régularisation au rachat sur les gains réels.
Pourquoi la société à l'IS capitalise mieux qu'on ne croit
Tant que le TME de référence est bas, l'assiette taxée chaque année reste très modeste : le contrat fonctionne comme un quasi-différéd'impôt. Et surtout, aucun prélèvement social: la société ne paie pas la CSG/CRDS. Là où un placement perso subit 30 % (assurance-vie) ou 31,4 % (dividendes, CTO), la société capitalise à l'IS 15/25 % sans la couche de PS. En revanche, pas d'abattement de transmission type 990 I / 757 B : la valeur entre dans les titres de la société.
Comptes à terme, fonds monétaires, comptes-titres en société
À côté de la capitalisation, trois supports complètent la poche société selon le degré de sécurité recherché. Le compte à terme (CAT), d'abord, pour du court terme garanti : rendement connu d'avance, disponibilité à l'échéance, produit financier taxé à l'IS au fil de l'eau et couvert par la garantie FGDR. Les fonds monétaires, eux, se contentent de rémunérer le cash sans risque — mais avec une nuance fiscale décisive : détenus par une société à l'IS, ils relèvent de la valorisation mark-to-market annuelle(art. 209-0 A CGI), les écarts étant imposés même latents. Il n'y a donc pas de différé, à la différence de la capi PM. Quant au compte-titres (CTO PM), il ouvre l'univers des marchés : plus-values et revenus y sont imposés à l'IS (15/25 %), sans PFU et sans prélèvements sociaux.
SCPI et private equity en société
Les SCPI logées en société à l'ISvoient leurs loyers imposés à l'IS avec amortissement du bien — souvent plus efficace que les revenus fonciers + 17,2 % du particulier à haute TMI. Variante à manier avec prudence : l'usufruit temporaire.
Usufruit temporaire de SCPI : le piège de l'article 13, 5°
La première cession à titre onéreux d'un usufruit temporaire (ou son apport) est imposée comme un revenu, et non comme une plus-value (art. 13, 5° CGI). Le Conseil d'État l'a confirmé (CE 9 octobre 2024 n° 490685), puis étendu à l'apport rémunéré en titres (CE 30 mars 2026 n° 502243). Cette règle borne fortement l'intérêt de certains montages : à anticiper impérativement avec un conseil.
Enfin, le private equity / FCPR en sociétébénéficie d'un différé en phase d'investissement (art. 209-0 A CGI) et, pour les FCPR fiscaux qualifiés détenus assez longtemps, d'un taux d'IS réduit sur les gains (art. 219 CGI) — un moteur de diversification longue pour la trésorerie durable.
| Support | Régime IS | Différé ? | PS ? | Horizon |
|---|---|---|---|---|
| Contrat de capitalisation PM | Forfait 238 septies E (105 % TME) | Oui (quasi-différé) | Non | Moyen / long terme |
| Compte à terme | IS au fil de l'eau | Non | Non | Court terme |
| Fonds monétaires | Mark-to-market 209-0 A | Non | Non | Court terme |
| Compte-titres PM | IS sur revenus et PV | Non | Non | Moyen terme |
| SCPI à l'IS | Loyers à l'IS + amortissement | Partiel | Non | Long terme |
| Private equity / FCPR | 209-0 A + IS réduit (219) | Oui (phase invest.) | Non | Long terme |
Pour un panorama opérationnel : notre guide pour placer la trésorerie de votre SEL et celui sur le contrat de capitalisation en société, à l'IS sans PS ni 990 I.
La logique de poches : par horizon et besoin de revenu
Tout placement se range selon une seule chose : la destinationde l'argent — pour quel besoin, à quel horizon, dans quelle poche. Voici la matrice de décision du libéral.
La règle des trois questions
Avant chaque placement, posez-vous trois questions dans l'ordre. Pour quoi ? (sécurité, rendement, retraite, transmission) détermine le type de support. À quel horizon ? (court, moyen, long) tranche entre liquidité et capitalisation. Dans quelle poche ? (perso ou société) dépend de votre besoin de revenu et du coût de sortie. Répondre à ces trois questions avant de regarder le moindre produit, c'est l'essentiel de l'arbitrage : le produit n'est plus qu'une conséquence.
| Besoin / horizon | En perso (personne physique) | En société (SEL / holding à l'IS) |
|---|---|---|
| Sécurité / court terme | Livrets, fonds euros d'assurance-vie, monétaire | Compte à terme, fonds monétaire, capi PM fonds euros |
| Moyen terme / rendement | Assurance-vie en UC, PEA, SCPI | Capi PM, SCPI à l'IS, compte-titres, private equity |
| Retraite | PER (déduction 154 bis, jusqu'à 88 911 €) | — (le PER est perso ; la société alimente via rémunération) |
| Transmission | Assurance-vie (990 I / 757 B), immobilier démembré | Titres de la holding, capi PM (dans la valeur des titres) |
La hiérarchie qui en découle est simple : saturer d'abord le PER tant que la TMI est élevée, puis l'assurance-vie et le PEA en perso, puis l'immobilier selon la TMI ; côté société, loger l'excédent durableen contrat de capitalisation. Pour calibrer l'effort d'épargne retraite, voyez pourquoi la caisse obligatoire ne suffit pas pour un libéral.
Fiscalité comparée 2026 : IS (société) vs PFU (perso) et la dualité des PS
Tout l'arbitrage repose sur un seul fait : la société à l'IS ne paie pas de prélèvements sociaux, là où la personne physique les subit. Et depuis 2026, les PS sont devenus duals selon le placement.
| Assiette | Prélèvements sociaux 2026 | Total avec PFU 12,8 % |
|---|---|---|
| Dividendes, intérêts, PV mobilières (CTO), PEA, gains PER | 18,6 % (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5) | 31,4 % |
| Assurance-vie, contrat de capitalisation (perso), foncier nu, PV immo, PEL/CEL | 17,2 % (maintenu) | 30 % (assurance-vie) |
| LMNP / location meublée | Zone grise (17,2 % ou 18,6 %, à confirmer) | n/a |
| Société à l'IS (produits financiers) | Aucun PS (c'est l'IS qui frappe) | n/a |
Côté société, l'impôt sur les sociétés reste très compétitif : 15 % jusqu'à 42 500 €de bénéfice (sous conditions PME : CA < 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), 25 %au-delà. L'amendement qui visait à relever ce seuil à 100 000 € n'a pas été retenu dans la LF 2026 (loi n° 2026-103) : le seuil reste fixé à 42 500 €, sous réserve de la version définitivement publiée du texte.
| Régime | Taux | Prélèvements sociaux | Différé ? |
|---|---|---|---|
| IS — bénéfice ≤ 42 500 € (PME) | 15 % | Aucun | Oui (jusqu'à distribution) |
| IS — au-delà de 42 500 € | 25 % | Aucun | Oui |
| Perso — PFU dividendes/CTO/PEA | 12,8 % + 18,6 % = 31,4 % | 18,6 % | Non |
| Perso — assurance-vie / capitalisation | 12,8 % + 17,2 % = 30 % | 17,2 % | Oui (au sein du contrat) |
Lorsqu'une SPFPL ou une holding détient la SEL, la remontée de dividendes peut bénéficier du régime mère-fille(art. 145 + 216 CGI) : exonération à 95 %, quote-part de frais et charges de 5 %, soit une taxation effective d'environ 1,25 % (quote-part ramenée à 1 %, soit ~0,25 % effectif en intégration fiscale). Concrètement, 100 € de dividende remonté à la holding y arrive quasi intact, prêt à être réinvesti en capi PM — là où le même dividende sorti en perso aurait perdu 31,4 %.
Hauts revenus : la double contribution CEHR + CDHR
À 41-45 % de TMI, deux contributions supplémentaires entrent en jeu. La CEHR (art. 223 sexies CGI) ajoute 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 / 500 000 € de revenu fiscal de référence (célibataire) et 500 000 / 1 000 000 € (couple). La CDHR(contribution différentielle sur les très hauts revenus) impose un minimum d'environ 20 % du RFR pour un RFR supérieur à 250 000 / 500 000 € — un dispositif reconduit par la LF 2026 (loi n° 2026-103) pour les revenus 2026, jusqu'à ce que le déficit public repasse sous 3 % du PIB. D'où un réflexe pour les hauts RFR : privilégier les enveloppes qui ne gonflent pas le RFR immédiat (assurance-vie et capitalisation en phase de capitalisation, PER, capitalisation au sein de la société).
Pour comprendre la mécanique de la hausse des PS, voyez notre guide dédié à la hausse de la CSG sur les revenus du capital en 2026.
Le piège du cash qui dort + le différé fiscal de la capi PM
C'est l'erreur silencieuse la plus coûteuse : 50 000, 100 000, parfois 150 000 € qui dorment sur le compte pro et un livret A plein côté perso. Cet argent perd de la valeurface à l'inflation, année après année, sans qu'aucune décision ne soit prise. Ne rien décider, c'est décider de perdre 2 à 3 % de pouvoir d'achat par an sur cette trésorerie.
L'arme du libéral qui ne veut pas (encore) sortir sa trésorerie
Le contrat de capitalisation PM permet de faire travailler la trésorerie de la SEL sans déclencher de dividende(donc sans le coût de sortie ni les cotisations TNS sur la part > 10 %), avec un quasi-différé d'imposition (assiette forfaitaire 105 % du TME de souscription) et sans prélèvements sociaux. C'est l'outil de prédilection pour l'excédent durable que l'on ne souhaite pas sortir tout de suite.
La comparaison est éclairante : le cash dormantne rapporte rien et perd à l'inflation ; le fonds monétaire PMrémunère mais subit la valorisation mark-to-market annuelle (art. 209-0 A CGI), donc une imposition au fil de l'eau ; le contrat de capitalisation PMcapitalise en quasi-différé. À noter : la capi PM est un placement passif — elle est inéligible au remploi de l'article 150-0 B ter et n'entre pas dans le champ des dispositifs visant l'activité opérationnelle.
Si l'objectif est plutôt de récupérer de la trésorerie sans distribuer de dividende, l'outil change : voyez comment structurer vos participations via une SPFPL ou une holding.
3 cas chiffrés concrets
Trois situations types pour voir l'arbitrage à l'œuvre, du libéral en SELARL qui hésite à sortir sa trésorerie au confrère en BNC qui n'a qu'une seule poche. Prénoms d'emprunt, mais chiffres et régimes fiscaux exacts.
Note de méthode sur les exemples chiffrés
Les montants ci-dessous illustrent des mécaniques fiscales(coût de sortie, plafond PER, régime mère-fille) à partir d'hypothèses simplifiées. Ils ne constituent ni une simulation personnalisée, ni une promesse de rendement : un placement financier (UC, SCPI, private equity) comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le résultat réel dépend de votre situation exacte (capital social, comptes courants, autres revenus du foyer, RFR) et doit être chiffré au cas par cas.
Cas 1 — Dr Camille Renaud, radiologue en SELARL : sortir ou laisser 120 000 € ?
Camille déclare environ 250 000 € de bénéfice, sa TMI est à 45 %, et 120 000 € de trésorerie dorment sur le compte pro. Deux options.
| Option | Coût de sortie | Net réellement investi | Fiscalité ensuite | Adapté si… |
|---|---|---|---|---|
| A — Sortir en dividende et placer en AV | PFU 31,4 % ≈ −37 680 € (borne basse en supposant des cotisations TNS sur la fraction > 10 % du capital) | ≈ 75 000 à 82 000 € | Flat tax 30 % à terme | Besoin de revenu / transmission |
| B — Contrat de capitalisation PM | 0 € (pas de distribution) | 120 000 € | IS forfaitaire 238 septies E, pas de PS | Excédent durable, horizon long |
Verdict: pour un excédent durable sans besoin de revenu immédiat, l'option B l'emporte largement — on ne perd pas de 38 000 à 45 000 € de coût de sortie (PFU + cotisations TNS sur la part > 10 %). Mais avant tout, Camille sature son PER (jusqu'à 88 911 €, économie d'impôt d'environ 40 010 € à 45 %), puis loge l'excédent en capi PM. Sortir pour replacer n'aurait de sens que si elle avait un besoin de liquidités perso.
Cas 2 — Maître Hugo Lefèvre, avocat en BNC : une seule poche
Hugo exerce en entreprise individuelle (BNC), environ 110 000 € de bénéfice, TMI 41 %. Pas de société : une seule poche, la poche perso. Son levier prioritaire est le PER.
Plafond PER 2026 de Hugo (art. 154 bis)
10 % × 110 000 € = 11 000 € + 15 % × (110 000 − 48 060) = 9 291 € Plafond PER 2026 ≈ 20 291 € Économie d'impôt à 41 % ≈ 8 319 €
Hugo peut déduire environ 20 291 € sur son PER en 2026 et économiser près de 8 319 € d'impôt. Hiérarchie ensuite : précaution → PER → assurance-vie (souplesse + transmission) → PEA → SCPI / LMNP selon la TMI.
La question implicite d'Hugo : faut-il passer en SELARL pour ouvrir une seconde poche (société) ? La réponse dépend de son niveau de bénéfice et de son besoin de revenu — c'est l'objet du guide dividendes de SEL et cotisations sociales et de l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL.
Cas 3 — Sophie Marchand, chirurgienne-dentiste en SELAS + SPFPL
Sophie exerce en SELAS, dont le capital est détenu par une SPFPL. Les bénéfices remontent à la SPFPL via le régime mère-fille (taxation effective d'environ 1,25 %) pour être réinvestis au niveau de la holding.
| Flux / brique | Traitement fiscal | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Remontée de dividendes SELAS → SPFPL | Mère-fille : ~1,25 % effectif (QPFC 5 %) | Cotisations TNS sur la part > 10 % (Cass. 19/10/2023) |
| Placement au niveau SPFPL | IS sur les produits, pas de PS | ⚠️ Objet EXCLUSIF : pas de placement libre |
| Excédent durable | Contrat de capitalisation PM (holding) | Préférer une holding patrimoniale pour le placement libre |
| Transmission / perso | Assurance-vie (990 I) en nom propre | CDHR à surveiller (RFR) |
Stratégie: remontée mère-fille pour réinvestir selon l'objet permis, capitalisation PM pour l'excédent, assurance-vie en perso pour la transmission (990 I), et surveillance du RFR au regard de la CEHR / CDHR. La SPFPL structure, mais pour le placement patrimonial libre, une holding patrimoniale classique reste préférable.
Les 8 erreurs de placement du libéral (et comment les éviter)
En rendez-vous, les mêmes erreurs reviennent — non par négligence, mais parce que personne n'a posé l'arbitrage à plat. Les voici, de la plus coûteuse à la plus technique : si vous en cochez ne serait-ce qu'une, il y a un gain rapide à aller chercher.
Les pièges les plus fréquents en rendez-vous
- Laisser dormir 100 000 € sur le compte pro: l'inflation grignote chaque année une trésorerie qui pourrait capitaliser à l'IS sans PS.
- Sortir des dividendes pour replacer sans calculer le coût: IS + PFU 31,4 % + cotisations TNS sur la part > 10 % peuvent réduire de moitié le montant réellement investi.
- Croire que la SPFPL est un coffre-fort de placement libre : son objet est exclusif (détention de SEL).
- Placer du long terme dans la SEL opérationnelle: l'objet social borne les placements patrimoniaux de très longue durée.
- Oublier de saturer le PER (88 911 €)avant tout autre placement, alors que c'est l'économie d'impôt la plus rentable à 45 % de TMI.
- Confondre assurance-vie et capi PM: l'assurance-vie (perso) transmet avec l'abattement 990 I ; la capi PM (société) n'a pas cet avantage.
- Croire le PEA à 17,2 %: c'est 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026.
- Monter un usufruit temporaire de SCPI sans anticiper l'article 13, 5° : la première cession est taxée comme un revenu, pas comme une plus-value.
Par où commencer : le plan d'action hiérarchisé
Voici l'ordre dans lequel un libéral devrait remplir ses poches, en commençant par les économies d'impôt les plus sûres avant d'aller chercher du rendement :
Le plan d'action en 5 étapes
- Épargne de précaution: 3 à 6 mois de charges, en perso et en trésorerie d'exploitation de la société.
- Saturer le PER(déduction 154 bis) tant que la TMI est ≥ 41 % : c'est l'économie d'impôt la plus immédiate.
- Alimenter l'assurance-vie en perso pour la souplesse et la transmission.
- Arbitrer l'excédent : excédent durable → contrat de capitalisation dans la société (différé IS, pas de PS) ; besoin de revenu / horizon court → sortir et placer en perso en intégrant le coût de sortie.
- Diversifier : PEA (actions), immobilier (LMNP / SCPI selon la TMI), private equity (long terme).
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Pour aller plus loin, reprenez la démarche d'ensemble dans notre guide pour structurer son patrimoine de libéral, ou approfondissez la brique trésorerie avec placer la trésorerie de sa SEL. Chez Hagnéré Patrimoine, cabinet indépendant basé à Chambéry, nous construisons cet arbitrage euro par euro, sans produit-maison.

