En bref : ce que change une zone FRR pour une sage-femme
L'essentiel en 30 secondes
Première année d'installation, le bénéfice grimpe, et avec lui la première grosse note d'impôt : pour une sage-femme à 45 000 € de BNC, c'est plus de 6 600 € d'IR qui partent — chaque année. Or s'installer en zone rurale ou sous-dotée, c'est rendre un vrai service à un territoire qui manque de sages-femmes. Ce que beaucoup de consœurs ignorent : ce choix est récompensé fiscalement, et c'est sans doute l'avantage le plus lourd de tout votre parcours d'installation : une exonération d'impôt sur les bénéfices qui peut, pendant des années, ramener cette note à zéro.
Mais ce levier est aussi l'un des plus mal compris. On le confond avec les aides versées par l'Assurance maladie, on croit qu'il efface aussi les cotisations, on pense que « la ZRR n'existe plus ». Rien de tout cela n'est exact. Reprenons dans l'ordre : ce qui a changé, comment marche le mécanisme, qui est éligible, combien vous économisez réellement, et ce que l'exonération ne fait pas. Ce guide est le complément technique de notre hub de la défiscalisation de la sage-femme, qui survole l'ensemble des leviers.
Notre position de cabinet
ZRR → FRR : ce qui a changé au 1er juillet 2024
Pendant des années, le dispositif s'est appelé ZRR (zone de revitalisation rurale), codifié à l'article 44 quindecies du CGI. Ce classement a pris fin le 30 juin 2024 : il visait les entreprises créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et cette date. C'est le point juridique qui sème le plus de confusion, alors prenons-le de front.
Depuis le 1er juillet 2024, c'est un nouveau zonage qui prend le relais : France Ruralités Revitalisation (FRR), codifié à l'article 44 quindecies A du CGI. Le nom change, le périmètre des communes change, mais l'esprit reste le même : une exonération d'impôt sur les bénéfices pour qui crée ou reprend une activité dans une commune classée.
Déjà installée en ZRR ? Vous ne perdez rien
| ZRR (ancien) | FRR (actuel) | |
|---|---|---|
| Base légale | Art. 44 quindecies CGI | Art. 44 quindecies A CGI |
| Période | Créations / reprises jusqu'au 30/06/2024 | Créations / reprises depuis le 01/07/2024 |
| Mécanisme d'exonération | Total 5 ans, puis 75/50/25 % | Identique : total 5 ans, puis 75/50/25 % |
| Niveaux | Un seul zonage | Socle « ZFRR » + renforcé « ZFRR+ » |
| Déjà classé ? | Avantage conservé jusqu'au terme | — |
Ne soyez donc pas surprise d'entendre encore parler de « ZRR » partout : comptables, confrères, mairies emploient souvent l'ancien terme par habitude. Dans cet article, nous parlons de FRR (ex-ZRR)pour viser le bon texte — c'est l'article 44 quindecies A qui s'applique à toute installation à partir du 1er juillet 2024.
Le mécanisme : 5 ans à 100 %, puis 75/50/25 %
Le cœur du dispositif tient en deux temps, et le texte de l'article 44 quindecies A est précis. L'exonération d'impôt sur les bénéfices est totale (100 %) jusqu'au terme du 59e mois suivant le mois de votre création ou reprise : c'est-à-dire pendant 5 ans pleins. Elle devient ensuite dégressive sur 3 ans.
La durée et les taux de l'exonération FRR (art. 44 quindecies A CGI)
ANNEES 1 a 5 (jusqu'au 59e mois) : EXONERATION TOTALE = 100 %
-> benefice impose = 0
ANNEE 6 : benefice impose sur 1/4 -> EXONERATION 75 %
ANNEE 7 : benefice impose sur 1/2 -> EXONERATION 50 %
ANNEE 8 : benefice impose sur 3/4 -> EXONERATION 25 %Attention à la lecture : ce sont des taux d'EXONÉRATION de 75 / 50 / 25 % les années 6, 7 et 8 (et non des taux d'imposition). Le texte impose le bénéfice sur un quart, la moitié puis les trois quarts de son montant : la part exonérée est donc bien de 75 %, 50 % puis 25 %. L'avantage total court sur 8 ans.
| Période | Années | Part du bénéfice exonérée | Part imposable |
|---|---|---|---|
| Exonération totale | 1 à 5 | 100 % | 0 % |
| Dégressif | 6 | 75 % | 1/4 du bénéfice |
| Dégressif | 7 | 50 % | 1/2 du bénéfice |
| Dégressif | 8 | 25 % | 3/4 du bénéfice |
Sur quoi porte exactement l'exonération ?
Suis-je éligible ? Les conditions, commune par commune
L'exonération est ouverte aux activités professionnelles au sens du 1 de l'article 92 du CGI — ce qui englobe les professions libérales, donc la sage-femme imposée en BNC. Mais l'éligibilité de principe ne suffit pas : plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies.
Une commune classée FRR de moins de 30 000 habitants
Le classement vise les communes de moins de 30 000 habitants répondant à des critères de densité et de revenu, listées par arrêté. C'est commune par commune : une commune peut être classée et sa voisine non. Il faut donc vérifier le nom exact de votre commune d'installation. Le zonage comporte deux niveaux — le socle ZFRR et un niveau renforcé ZFRR+ pour les territoires les plus vulnérables, aux conditions parfois assouplies.
Le régime réel (déclaration contrôlée 2035) obligatoire
C'est une condition que beaucoup découvrent trop tard : l'entreprise doit être soumise à un régime réel d'imposition, et pour une activité libérale, à la déclaration contrôlée (n° 2035). Le micro-BNC est exclu. Une sage-femme au micro doit donc opter pour le réelpour capter l'exonération (on y revient au chapitre suivant).
Les autres conditions à respecter
- Moins de 11 salariés (zone ZFRR socle).
- Siège, activité et moyens d'exploitation implantés dans la zone, avec une tolérance d'au plus 25 % du chiffre d'affaires réalisé hors zone.
- Création ou reprise d'activité entre le 1er juillet 2024 et le 31 décembre 2029 (1er janvier 2025 pour la ZFRR+).
- Exclusion des reprises familiales, sauf la première opération de reprise au profit d'un descendant du cédant.
- Aide placée sous le plafond de minimis européen (règlement UE 2023/2831) de 300 000 € sur 3 exercices fiscaux glissants — un plafond jamais atteint à des revenus modérés, cité ici pour être complet.
Le piège de la reprise par soi-même (et de la reprise familiale)
Cas pratique : Marie reprend un cabinet
Micro-BNC : le piège à éviter
C'est l'erreur qui coûte le plus cher, et je la vois régulièrement : l'exonération FRR exige le régime réel. Une sage-femme au micro-BNC — applicable tant que ses recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil 2026, abattement forfaitaire de 34 %) — n'y a pas droit en l'état. Pour capter l'avantage, elle doit opter pour la déclaration contrôlée (réel, n° 2035).
Beaucoup hésitent à lâcher le micro, par confort. Mais entre la simplicité du micro et 5 ans d'impôt à zéro, l'arbitrage ne se discute pas : le surcoût de gestion du réel (comptabilité, déclaration 2035) est très largement compensé. Et un frein historique a sauté : depuis l'imposition 2023, la majoration de 25 % pour non-adhésion à une association de gestion agréée est supprimée— le réel n'est plus pénalisé.
La bonne séquence
Cas chiffré : Camille, sage-femme à 45 000 € de bénéfice
Camille, sage-femme, crée son cabinet dans une commune classée FRR. Elle est au régime réel, célibataire (1 part), sans autre revenu, et dégage un bénéfice BNC de 45 000 €. Au barème 2026, son impôt sur le revenu « plein » (sans zone) ressort à environ 6 604 € par an. Voyons ce que la FRR change, année par année.
| Année | Régime FRR | Bénéfice imposable | IR 2026 | Économie vs sans zone |
|---|---|---|---|---|
| 1 à 5 | Exonération totale | 0 € | 0 € | 6 604 € / an |
| 6 | Exonération 75 % | 11 250 € | 0 € | 6 604 € |
| 7 | Exonération 50 % | 22 500 € | 1 199 € | 5 405 € |
| 8 | Exonération 25 % | 33 750 € | 3 229 € | 3 375 € |
| Référence | Sans zone (plein) | 45 000 € | 6 604 € / an | — |
L'économie d'impôt cumulée de Camille sur 8 ans
ANNEES 1 a 5 (exoneration totale) :
5 x 6 604 EUR = 33 020 EUR economises
ANNEE 6 (exoneration 75 %) = 6 604 EUR economises
ANNEE 7 (exoneration 50 %) = 5 405 EUR economises
ANNEE 8 (exoneration 25 %) = 3 375 EUR economises
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ECONOMIE CUMULEE SUR 8 ANS ~ 48 400 EURSoit l'équivalent de près d'une année de bénéfice net d'impôt, étalée sur 8 ans. C'est l'un des leviers les plus puissants de toute l'installation — à condition que la commune soit éligible et les conditions respectées. Le gros de l'avantage (≈ 33 000 €) se concentre sur les 5 premières années d'exonération totale. Note de méthode : cette projection suppose un bénéfice stable à 45 000 €, 1 part et le barème 2026 figé sur 8 ans (hors décote et autres revenus) ; un bénéfice réel qui progresse, une évolution du barème ou un changement de situation familiale modifieraient le résultat — ces chiffres sont des ordres de grandeur, pas une promesse.
Garde-fous : ce que ce cas ne dit pas
Combien la zone FRR vous ferait-elle vraiment économiser ?
On met un chiffre sur votre cas réel : votre bénéfice, votre nombre de parts, vos autres revenus — et on projette l'économie année par année sur les 8 ans, avec votre expert-comptable.
FRR (fiscal) ou aide à l'installation (CPAM) ? Ne pas confondre
En rendez-vous d'installation, c'est la question qui revient le plus : « l'aide de la Sécu et l'exonération de zone, c'est la même chose ? » Non. Et les confondre fait parfois rater le cumul. Ce sont deux choses séparées : l'exonération FISCALE de zone (la FRR) et l'aide CONVENTIONNELLE à l'installation versée par l'Assurance maladie. Ce ne sont pas les mêmes dispositifs, ils n'ont pas le même zonage — mais ils sont cumulables.
Exonération fiscale de zone (FRR)
Avantage FISCAL : elle réduit votre impôt sur les bénéfices (art. 44 quindecies A CGI). Zonage fiscal : commune classée FRR (rurale, < 30 000 hab, arrêté). Effet : votre impôt baisse, voire tombe à zéro. Ce n'est pas un versement, c'est une exonération. Condition : être au réel.
Aide conventionnelle à l'installation
Aide FINANCIÈRE VERSÉE par l'Assurance maladie (convention nationale des sages-femmes, ex. contrat d'aide à l'installation CAISF). Zonage conventionnel : zone « très sous-dotée » / « sous-dotée » définie par l'ARS. Effet : un montant vous est versé — mais c'est une recette imposable à déclarer au BNC.
| Critère | Exonération FRR (fiscal) | Aide à l'installation (CPAM) |
|---|---|---|
| Nature | Exonération d'impôt sur les bénéfices | Aide financière versée |
| Base | Art. 44 quindecies A CGI | Convention nationale des sages-femmes |
| Zonage | Zone FRR (rurale, arrêté) | Zone sous-dotée (ARS) |
| Effet fiscal | Réduit l'impôt | Recette imposable |
| Cumulable ? | Oui, avec l'aide CPAM | Oui, avec la FRR |
Cas pratique : Léa cumule les deux
Garde-fou caisse : vérifier auprès de la bonne source
CFE et taxe foncière : possible, mais sur délibération
L'exonération de zone ne s'arrête pas à l'impôt sur les bénéfices : en zone FRR, vous pouvez aussi être exonérée de cotisation foncière des entreprises (CFE) et de taxe foncière sur les propriétés bâties. Mais, contrairement à l'exonération sur les bénéfices, ces avantages locaux ne sont pas automatiques.
Ils dépendent d'une délibération des collectivités territoriales (commune, EPCI, département) : chaque collectivité décide, ou non, d'appliquer l'exonération sur son territoire. Si votre commune n'a pas pris la délibération correspondante, vous n'en bénéficiez pas. En pratique, ces délibérations doivent être prises avant le 30 septembrepour s'appliquer l'année suivante.
Un effet réel sur votre budget — à vérifier localement
Les autres zones aidées en un coup d'œil
La FRR est, de loin, le dispositif le plus pertinent pour une sage-femme qui s'installe en milieu rural ou sous-doté. Mais ce n'est pas le seul zonage qui existe : pour être complet, citons les autres, à titre d'alternatives — et toujours au conditionnel, car ils visent souvent d'autres profils.
- AFR — zones d'aide à finalité régionale (article 44 sexies du CGI) : exonération des entreprises nouvelles créées en zone AFR. Pensée surtout pour des créations de sociétés ; peu adaptée à une sage-femme s'installant seule.
- ZFU-territoires entrepreneurs (article 44 octies A du CGI) : dispositif des zones urbaines, fermé aux créations les plus récentes (date de clôture à vérifier). Pertinent uniquement pour une installation en zone urbaine éligible — rare face à la FRR rurale.
- QPV — quartiers prioritaires de la politique de la ville : exonération de CFE possible, sur délibération. Concerne, là encore, des installations urbaines spécifiques.
Pour une sage-femme libérale, la règle pratique est simple : si vous vous installez en milieu rural ou sous-doté, c'est la FRRqu'il faut regarder en priorité. Les autres zonages restent des cas particuliers, à examiner seulement si votre projet d'installation est urbain et tombe précisément dans l'un de ces périmètres.
Aller plus loin : et à la sortie ?
Déclarer l'exonération et l'arbitrage avec le PER
Déclarer l'exonération chaque année
L'exonération FRR se traduit sur votre déclaration contrôlée n° 2035, où le bénéfice exonéré est identifié chaque année. Pour sécuriser votre éligibilité — et éviter une remise en cause plusieurs années après —, il est possible de solliciter une consultation préalable de l'administration (rescrit) : en l'absence de réponse dans le délai, l'accord est réputé acquis. C'est le bon réflexe quand un doute existe sur le caractère de création ou de reprise. Ce volet déclaratif se cale avec votre expert-comptable.
L'arbitrage que personne ne fait : le PER autour de l'exonération
Voici un point d'optimisation rarement souligné. Pendant les 5 années d'exonération totale, votre impôt sur le revenu est déjà nul. Or un versement sur un PER ou un contrat Madelin (article 154 bis du CGI) agit en déduction du bénéfice imposable : si le bénéfice est déjà exonéré, cette déduction ne réduit aucun impôtcette année-là. Verser au plafond pendant l'exonération totale, c'est « gâcher » l'avantage fiscal du PER.
Pourquoi décaler le PER après l'exonération totale
PENDANT L'EXONERATION TOTALE (annees 1 a 5) : IR sur le benefice = 0 -> un versement PER deduit du benefice = 0 EUR d'impot economise A PARTIR DE L'ANNEE 6 (degressif) ET AU-DELA : l'impot redevient du -> le versement PER retrouve toute son efficacite (TMI 30-41 %)
La logique : épargner disponible (assurance-vie, SCPI) ou constituer un apport pendant les 5 ans d'exonération totale ; monter en puissance sur le PER à partir de l'année 6, quand l'impôt revient. Le plafond PER non utilisé n'est pas perdu : il se reporte. Rappel 2026 : le plancher de déduction PER du TNS est de 4 806 €, et les prélèvements sociaux sur les gains du PER sont de 18,6 % à la sortie (et non 17,2 %).
Le bon séquencement
Garde-fous : ce que l'exonération ne fait PAS
Soyons clairs sur les limites, parce qu'un commercial vous les passera sous silence. L'exonération de zone est puissante, mais elle a des limites précisesqu'il faut connaître avant de fonder une décision d'installation dessus.
- Elle ne touche pas vos cotisations sociales. URSSAF, CARCDSF (section sages-femmes — jamais la CARPIMKO, la CARMF ni la CAVP), CSG et CRDS restent dues en totalité. C'est une exonération d'impôt, pas d'charges.
- L'éligibilité se vérifie commune par commune, et il faut contrôler les deux zonages : le zonage FRR (fiscal) et le zonage sous-doté de l'ARS (pour les aides). Ils ne se recoupent pas forcément.
- La reprise par soi-même et la reprise familiale sont exclues (sauf première reprise au profit d'un descendant). Une simple transformation de structure ne crée pas de droit.
- Tout est conditionnel. Ce type de dispositif de zone exige une vérification préalable ; au moindre doute, une consultation de l'administration sécurise l'avantage.
Avant de signer, faites vérifier — l'erreur se paie en redressement
Le mot de la fin

