Le vrai montant de votre retraite de sage-femme (et pourquoi il déçoit)
La retraite de la sage-femme en 30 secondes
Pour une carrière pleine, la première pension d'une sage-femme libérale tombe le plus souvent autour de 2 300 à 2 900 € par mois brut — moyenne de caisse de l'ordre de 2 400 € —, à confirmer sur carcdsf.fr. C'est un ordre de grandeur, pas une promesse. Et rapporté au train de vie d'avant, l'écart surprend toujours. Le plan de cette page est simple : on regarde d'abord d'où vient le trou, on le met en chiffres, et on voit où vous pouvez agir en premier pour le combler.
Une précision de méthode, parce qu'elle conditionne tout : la logique d'une caisse obligatoire de libéral est commune à toutes les professions — vous cotisez sur votre revenu d'activité, mais le régime ne reconstitue jamais l'intégralité de ce revenu une fois à la retraite. C'est précisément ce que nous détaillons côté méthode dans le guide sur pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
CARCDSF, pas CARPIMKO : la sage-femme n'est pas une auxiliaire médicale
On me la sort à presque chaque premier rendez-vous, donc réglons-la d'entrée. La sage-femme exerce une profession médicale et relève à ce titre de la CARCDSF — la Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes —, dans sa section des sages-femmes (article L. 641-1 du Code de la sécurité sociale). Elle ne relève jamais de la CARPIMKO (la caisse des infirmiers et des kinésithérapeutes, auxiliaires médicaux), ni de la CARMF (médecins), ni de la CAVP (pharmaciens). L'affiliation est obligatoire dès toute activité libérale, même à temps partiel ou en remplacement.
Même caisse que les dentistes, mais une section à part
Sur le fond, vous devez raisonner avec les barèmes de votre section — pas ceux du dentiste — sinon tout le calcul est faussé. Vous pouvez d'ailleurs comparer avec la page sœur consacrée à la retraite du dentiste à la CARCDSF (même caisse, section différente) : vous verrez que le diagnostic est inversé. Chez le dentiste, c'est l'écrêtement d'un haut revenu ; chez vous, c'est une assiette trop faible.
Les 3 étages de votre retraite obligatoire : base, complémentaire, PCV
Avant de comprendre pourquoi la pension décroche, voyons comment elle se monte. Vous relevez de la catégorie « santé » des professions libérales (article L. 640-1 du CSS), affiliée à la CNAVPL, et la CARCDSF gère pour vous trois régimes par points : la base, la complémentaire et, pour la praticienne conventionnée, la PCV.
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 (ordre de grandeur) | Plafond d'assiette | Valeur du point |
|---|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS + 1,87 % de 0 à 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | 0,6599 € |
| Complémentaire sages-femmes | CSS L. 644-1 | Forfait ~3 100–3 210 € + part proportionnelle (à vérifier carcdsf.fr) | 5 PASS = 240 300 € | ≈ 31,82 € (à vérifier) |
| PCV (conventionnées) | CSS L. 645-1 à L. 645-3 | Forfait 780 € (260 € praticienne + 520 € CPAM), SANS part proportionnelle | — | (à vérifier carcdsf.fr) |
Le piège du web : on vous sert les chiffres du dentiste
La PCV : un 3e étage réservé à la conventionnée, cofinancé par l'Assurance maladie
Un mot sur la PCV, car elle est doublement spécifique. D'abord, elle est réservée à la sage-femme conventionnée : si vous exercez en dehors de la convention, vous n'avez tout simplement pas ce troisième étage. Ensuite, l'Assurance maladie en finance environ les deux tiers : c'est une vraie couverture, qui vous coûte de l'ordre de 260 € pour ouvrir des droits valorisés sur la base d'un forfait d'environ 780 €. Mais comme ce forfait est déconnecté du revenu, il sert le même nombre de points à toutes : ce n'est pas lui qui rattrapera un faible niveau de pension.
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
Pourquoi la pension est si modeste : l'assiette faible, pas l'écrêtement
Voici le différenciateur clé par rapport au dentiste. Chez lui, le problème est un plafond qui écrête un revenu élevé : au-delà de 5 PASS (240 300 €), il cotise sans acquérir de droit. Chez la sage-femme, ce plafond ne mord presque jamais, parce qu'un bénéfice de 30 000 à 60 000 € en est très loin. Le vrai problème est ailleurs : on cotise sur une petite assiette (revenus modérés, exercice parfois partiel ou mixte), donc on accumule peu de points, donc la pension est petite. On est donc à l'opposé du cas du dentiste.
Le mécanisme du faible montant
Revenu d activite (BNC) modere (ex. 40 000 a 55 000 EUR)
-> petite assiette de cotisation
-> peu de points base (0,6599 EUR) + complementaire (~31,82 EUR)
Taux de remplacement =
Pension annuelle CARCDSF (base + complementaire + PCV)
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Dernier revenu d activiteUn revenu modéré donne une assiette modeste, donc peu de points acquis chaque année. Et un exercice partiel ou mixte réduit encore les droits libéraux, puisqu'une partie de l'activité cotise ailleurs. Ce n'est pas un mauvais millésime, c'est le fonctionnement même du régime : vous ne le négocierez pas, vous le compenserez en épargnant à côté.
Un système par répartition sous tension
Au bout du compte, pour une sage-femme, la seule CARCDSF se situe le plus souvent sous 50 %, souvent autour de 44 % du dernier revenu (estimation sectorielle, au conditionnel). Reste à le vérifier sur votre propre relevé, surtout si votre carrière a été partagée entre salariat et libéral.
Quel est VOTRE taux de remplacement réel ?
Un CGP indépendant lit votre relevé de carrière, reconstitue vos droits éclatés entre la CARCDSF et vos régimes salariés, estime votre pension future et chiffre précisément le trou entre votre dernier revenu et votre retraite obligatoire.
Exercice mixte (hôpital + libéral) : la retraite éclatée à reconstituer
Sur ce point précis, je vois passer beaucoup d'idées fausses en rendez-vous. Beaucoup de sages-femmes combinent des vacations hospitalières ou en PMI avec une activité libérale — parfois sur toute la carrière, parfois par phases. Du coup, vos droits se fractionnent entre plusieurs caisses, et aucune pension consolidée n'apparaît nulle part avant la demande de retraite.
| Statut d'exercice | Caisse(s) | Ce qui s'y accumule |
|---|---|---|
| Activité LIBÉRALE | CARCDSF section sages-femmes | Base CNAVPL + complémentaire + PCV (si conventionnée) |
| Hôpital public, agent NON titulaire (contractuel) | CNAV (base) + IRCANTEC (complémentaire) | Trimestres CNAV + points Ircantec |
| Clinique privée / salariat privé | CNAV + AGIRC-ARRCO | Trimestres CNAV + points Agirc-Arrco |
Le piège des âges : 57 ans à l'hôpital ≠ 64 ans en libéral
Cas 2 — Claire, 58 ans : 12 ans hôpital + 18 ans libéral
Reconstituer ses droits : le réflexe RIS
Âge, décote, surcote, maternité : la mécanique du calcul
Le principe est simple : chaque étage sert une pension égale au nombre de points acquis × la valeur de service du point(de l'ordre de 0,6599 € en base, ~31,82 € en complémentaire). Ensuite, quatre paramètres font bouger le chiffre final : votre âge de départ, la décote si la carrière est incomplète, la surcote si vous prolongez, et les bonifications maternité propres à votre métier.
Âge légal, taux plein, décote
Maternité et enfants : des bonifications à ne pas oublier
Cas chiffré : Sophie, sage-femme, 62 ans, 50 000 € de BNC
Prenons Sophie, conventionnée, 62 ans, qui m'a justement posé la question le mois dernier. Les chiffres ci-dessous restent des estimations : la pension exacte, elle seule peut la lire sur son RIS.
Cas 1 — Sophie, sage-femme conventionnée, BNC 50 000 €, carrière mixte (10 ans hôpital + 25 ans libéral)
- Revenu d'activité : ≈ 50 000 € de bénéfice par an, soit de l'ordre de 4 170 €/mois.
- Cotisations CARCDSF 2026 (part libérale, ordre de grandeur) : base = 8,73 % × 48 060 + 1,87 % × 50 000 ≈ 4 196 € + 935 € ≈ 5 130 € ; complémentaire = forfait ~3 100 € (à vérifier) + part proportionnelle ; PCV = 260 € (part praticienne) ; RID 384 €.
- Pension CARCDSF estimée : modeste, à compléter par la part salariée (CNAV + Ircantec) pour les 10 ans d'hôpital — d'où une retraite éclatée entre plusieurs régimes.
- Taux de remplacement : de l'ordre de 44 %, rarement plus de 50 %. Concrètement, Sophie passe d'environ 4 170 € de revenu mensuel à une pension qui peine à dépasser 1 850 à 2 000 € tous régimes confondus : le manque à gagner se chiffre en plusieurs centaines d'euros chaque mois, à vie.
Comment lire ce cas
Combler le trou : les leviers proportionnés à vos revenus
Le diagnostic est posé ; la bonne nouvelle, c'est que ce trou se comble. Mais avec une architecture proportionnée à des revenus modérés. On laisse de côté la holding, le pacte Dutreil ou la SPFPL : ce sont des outils de chirurgiens-dentistes à 200 000 € de bénéfice, pas d'une sage-femme à 50 000 €. Quatre leviers suffisent, dans cet ordre. Le détail chiffré du PER, lui, est traité dans le guide dédié au PER de la sage-femme pour compléter la CARCDSF et déduire ses cotisations.
Les leviers pour reconstruire votre revenu de retraite
- 1. Le PER / Madelin (article 154 bis) : déduction à l'entrée, économie d'impôt immédiate à 30-41 % de tranche ; plafond TNS de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, plancher 4 806 €, soit pour une sage-femme à 50 000 € un disponible réaliste de l'ordre de 5 000 à 5 300 €/an. PS 18,6 % sur les gains à la sortie (dualité 2026).
- 2. L'assurance-vie : liquidité et transmission (abattement de 152 500 € par bénéficiaire, article 990 I ; 30 500 € après 70 ans, article 757 B), prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %.
- 3. L'immobilier et les SCPI : un revenu régulier (foncier nu à 17,2 % de PS).
- 4. La patientèle / le cabinet : la cession comme capital de sortie (voir section 9).
| Levier | Atout principal | Prélèvements sociaux 2026 | Pour aller plus loin |
|---|---|---|---|
| PER / Madelin (154 bis) | Déduction à l'entrée (TMI 30-41 %) | 18,6 % sur les gains à la sortie | le PER de la sage-femme |
| Assurance-vie | Liquidité + transmission (990 I) | 17,2 % maintenu | l'assurance-vie |
| Immobilier / SCPI | Revenu régulier | 17,2 % (foncier / PV immo) | les SCPI |
| Cession de la patientèle | Capital de sortie | 18,6 % (PV pro, si IR exonéré 151 septies A) | voir section 9 |
Le PER comble le trou, il ne le remplace pas
Note de méthode : ce qu'une projection de capitalisation vaut (et ne vaut pas)
Le détail — combien verser, sur quels supports, dans quel ordre — figure dans le guide du PER de la sage-femme et, pour le PER en général, dans le guide complet du Plan d'épargne retraite. Pour l'étage liquidité et transmission, voyez l' assurance-vie comme complément de revenu et outil de transmission ; pour le revenu régulier, les SCPI comme revenu complémentaire pour la retraite. Et puisque le PER est aussi un levier d'impôt, retrouvez-le dans la défiscalisation de la sage-femme libérale.
Votre patientèle est un capital de retraite
À revenus égaux, la sage-femme libérale a un actif que la salariée n'a pas : la valeur de cession de sa patientèle (un fonds en BNC, prestations de services). Même à valeur modeste, bien anticipée, elle peut représenter plusieurs années de pension d'un coup. Attention toutefois : depuis 2026, les prélèvements sociaux sur la plus-value professionnelle sont à 18,6 %(CSG relevée à 10,6 %), et non plus 17,2 % — d'où l'intérêt des régimes d'exonération. Trois régimes de faveur cohabitent au départ en retraite.
| Régime | Article | Portée | Impôt / PS 2026 |
|---|---|---|---|
| Cession patientèle / fonds BNC (départ retraite) | 151 septies A | Exonération d'IR (activité ≥ 5 ans, cessation + liquidation ≤ 24 mois) | IR exonéré · PS 18,6 % DUS |
| Cession d'activité selon la valeur | 238 quindecies | Totale ≤ 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 M€ | IR + PS exonérés (PV LT ≤ 500 k€) — le filet le plus sûr |
| Cession selon les recettes | 151 septies | Totale ≤ 90 000 € de recettes, dégressive jusqu'à 126 000 € | Selon recettes (souvent applicable, BNC < 90 k€) |
Le piège PS : exonération d'IR ≠ exonération de prélèvements sociaux
Cas 3 — Nathalie, 64 ans, cède sa patientèle 40 000 €
La valorisation, le prix et le financement d'une cession — côté cédante comme côté acheteuse — sont détaillés dans le guide sur le rachat d'un cabinet de sage-femme (patientèle, prix et financement). Le mécanisme complet des exonérations, lui, figure dans le guide céder son cabinet et exonérer la plus-value (238 quindecies, 151 septies A).
Prévoyance d'abord, puis votre feuille de route par âge
Avant d'épargner, il faut sécuriser ce qui paie l'épargne : votre capacité à travailler. Une sage-femme arrêtée trois mois pour une grossesse difficile ou un dos bloqué par les gardes voit son BNC chuter, et avec lui ses versements. Or la couverture obligatoire de la CARCDSF est limitée (le RID ne représente qu'une cotisation de l'ordre de 384 €).
La prévoyance Madelin : prioritaire et déductible
Votre feuille de route par âge
35-45 ans :sécurisez d'abord la prévoyance (maternité, gardes), ouvrez un PER, prenez date sur une assurance-vie (l'antériorité fiscale se construit tôt), et reconstituez vos droits via le RIS — surtout si votre exercice est déjà mixte. À cet âge, chaque euro capitalisé travaille vingt à trente ans.
45-55 ans :densifiez le PER au plus haut de votre tranche, visez l'immobilier de rendement ou les SCPI, et vérifiez l'articulation de vos plafonds — en exercice mixte, le disponible PER salarié (article 163 quatervicies) se cumule avec le disponible 154 bis du libéral, un détail qui change le calibrage.
55-64 ans : préparez l'architecture de cession de la patientèle (conditions des 5 ans, fenêtre des 24 mois), et calez votre départ sur le taux plein automatique à 67 ans si votre carrière est incomplète — ce qui est fréquent après un exercice mixte ou des interruptions liées à la maternité.
Le bon réflexe : partir du trou, pas du produit
Préparer votre retraite de sage-femme avec Quentin Hagnéré
On estime votre taux de remplacement CARCDSF, on reconstitue vos droits éclatés, on chiffre le trou réel et on bâtit l'architecture qui le comble — PER, prévoyance maternité, assurance-vie, immobilier et cession de la patientèle — calibrée avec votre expert-comptable.
Pour aller plus loin : le guide sur la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire replace le sujet dans le cadre commun à toutes les professions libérales. Et si vous touchez bientôt un capital de cession ou de départ, voyez comment placer un capital de départ en retraite en 2026.

