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Guide notaire 202618 minMis à jour 24 juin 2026TVA récupérable 20 %

Acheter les murs de son étude notariale en SCI : le montage et les avantages fiscaux

Chaque année, le loyer de votre étude part en charge sans rien construire — alors que vous pourriez en être propriétaire et laisser votre activité payer les murs. En logeant l'acquisition dans une SCI, vous dissociez l'immobilier de l'exploitation, vous arbitrez entre IR et IS, et surtout vous activez un levier que vos confrères médecins n'ont pas : assujetti à la TVA à 20 % (émoluments tarifés + honoraires), vous récupérez la TVA sur l'achat — 100 000 € sur un immeuble de 500 000 € HT, là où une profession de santé exonérée paie le TTC. Avant que vous signiez le compromis, on regarde ensemble le montage, le financement et les deux ou trois pièges qui coûtent cher. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

STRATÉGIE IMMOBILIÈRE 2026

Structurer l'achat de vos murs avant de signer le compromis

Audit de votre projet d'acquisition des murs de l'étude : structure (SCI, nom propre, SEL), arbitrage IR / IS, option TVA art. 260-2, loyer de marché, financement et transmission. Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée et calibrage avec votre notaire confrère et votre expert-comptable.

  • Option TVA chiffrée (récup. 20 %)
  • Arbitrage IR / IS sur la durée
  • Calibrage du loyer de marché
  • Cabinet 100 % indépendant

TVA RÉCUPÉRABLE

20 %

PS FONCIER SCI IR

17,2 %

DÉFICIT FONCIER / AN

10 700 €

RÉGULARISATION TVA

20 ans

IS PME / AU-DELÀ

15 / 25 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1POURQUOI UNE SCI·3 MIN

Acheter en SCI ou via la SEL : pourquoi dissocier les murs

Quand un notaire me dit qu'il veut acheter ses murs, je commence toujours par là : vos murs et votre office, ce sont deux patrimoines qui ne vivent pas au même rythme. L'immobilier se garde 15, 20, 30 ans ; l'office se transmet un jour à un successeur agréé. Les loger dans la même structure, et le jour de la transmission vous gonflez la valeur du droit de présentation avec un immeuble dont l'acquéreur ne veut pas. La SCI est l'outil qui les sépare proprement.

L'essentiel en 30 secondes

Le montage : une SCI achète les murs et vous les loue (à vous ou à votre SEL de notaires). Le loyer est déductible de l'étude ; il devient un revenu foncier pour la SCI.
IR ou IS : l'IR est le standard (revenus fonciers + 17,2 % de PS, plus-value des particuliers allégée à la revente). L'IS efface l'impôt annuel par l'amortissement mais alourdit lourdement la revente.
Le levier propre au notaire : assujetti à la TVA à 20 %, vous activez l'option TVA (art. 260, 2°) et la SCI récupère 20 % du prix HT — 100 000 € sur 500 000 €. Un confrère médecin, exonéré, ne récupère rien.
Les garde-fous : engagement TVA sur 20 ans, loyer de marché (acte anormal de gestion) et bail écrit.

Une SCI est une société civile immobilière (art. 1832 du Code civil) : deux associés minimum, aucun capital minimum exigé. Vous y logez les murs, et vous détenez des parts — un actif divisible et transmissible — plutôt qu'un immeuble en bloc. La responsabilité des associés est indéfinie mais non solidaire (art. 1857 du Code civil) : chacun répond du passif au prorata de ses parts, jamais pour le tout. Surtout, cette SCI est juridiquement distincte de votre SEL d'exercice et d'une éventuelle SPFPL (cadre de la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 et de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, en vigueur depuis le 1er septembre 2024, qui permet à une SPFPL de détenir jusqu'à 100 % d'une SEL) : l'immobilier se loge dans une société civile, pas dans la société d'exercice à l'objet limité. La logique de séparation entre détention et exercice est la même que celle décrite pour la SPFPL de notaire et la détention des titres de la SEL.

Nom propre, SCI ou murs dans la SEL. Loger l'immeuble dans la société d'exercice gonfle la valeur des titres et du droit de présentation, complique la transmission (un successeur agréé veut l'office et la clientèle, rarement les murs) et transforme la plus-value en plus-value professionnelle. La SCI sort proprement l'immobilier du périmètre de l'exercice.
CritèreNom propreSCIMurs dans la SEL
TransmissionImmeuble en blocParts par tranches (donation, démembrement)Liée au droit de présentation de l'office
Dissociation / risquePatrimoine personnel exposéImmobilier isolé de l'exerciceImmeuble mêlé à l'outil professionnel
LoyerPas de loyer à soi-même en directLoyer déductible (BNC ou SEL), foncier pour la SCIPas de loyer (immeuble à l'actif)
Plus-value de reventeParticuliers (22 / 30 ans)Particuliers (IR) ou pro (IS) selon l'optionPlus-value professionnelle, sans abattement durée

Le loyer : un transfert de richesse de l'étude vers votre patrimoine privé

Tout le montage repose là-dessus : votre SCI vous loue les murs, et ce loyer, vous le déduisez. En exercice individuel, c'est une charge du bénéfice non commercial (art. 93 du CGI) qui réduit votre IR ; en SEL de notaires, c'est une charge déductible du résultat soumis à l'IS de la société. Côté SCI à l'IR, ce même loyer devient un revenu foncier imposable. Le loyer qui s'évaporait chaque année construit maintenant votre patrimoine à vous. Et non, ce n'est pas un schéma limite : le Conseil d'État a validé noir sur blanc la déduction d'un loyer que l'on se verse à soi-même (CE, 11 avril 2008, n° 287808 et sa jumelle n° 300302), à deux conditions cumulatives : le loyer est effectivement versé et il est imposé en revenus fonciers.

La caisse de retraite n'entre pas en jeu ici

Un point qui revient souvent en rendez-vous : le notaire relève du régime de base de la CNAVPL et du régime complémentaire de la CPRN (Caisse de Prévoyance et de Retraite des Notaires, organisée en sections B et C). L'achat des murs en SCI n'a aucun lien avec votre caisse : les loyers fonciers ne sont pas soumis aux cotisations CPRN. Si vous préparez votre retraite, c'est un autre chantier, traité dans la retraite du notaire (CPRN).
§ 2IR OU IS·4 MIN

SCI à l'IR ou à l'IS : le grand arbitrage du notaire

C'est le choix qui se chiffre en dizaines de milliers d'euros le jour de la revente. Une SCI est transparente à l'IR par défaut (art. 8 du CGI) : chaque associé déclare sa quote-part de loyers en revenus fonciers. Mais elle peut opter pour l'IS (art. 206-3 et 239 du CGI), option qui se renonce jusqu'au 5e exercice puis devient irrévocable. À poser avant la création, pas après.

SCI à l'IR — la transparence

Loyers imposés au barème (TMI souvent 45 % chez le notaire) + 17,2 % de prélèvements sociaux (revenus fonciers, taux maintenu en 2026). Charges déductibles (art. 31), mais pas d'amortissement. Déficit foncier imputable 10 700 €/an sur le revenu global (art. 156, I-3°), hors intérêts. À la revente : plus-value des particuliers (art. 150 U) — exo d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans. Idéale pour détenir longtemps, transmettre ou revendre.

SCI à l'IS — l'amortissement

IS à 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (art. 219, I-b). L'amortissement du bâti (le terrain n'est pas amortissable, art. 39 et 39 C) écrase l'impôt annuel : les loyers sont peu fiscalisés en détention. Mais à la revente : plus-value pro = prix − valeur nette comptable, amortissements réintégrés, sans abattement de durée. Puis PFU 31,4 % pour sortir le cash. L'effet ciseau de la sortie.

Pour trancher. À l'IR, vous payez plus d'impôt chaque année (loyer net taxé à votre TMI, souvent 45 % chez un notaire, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), mais la revente est allégée par les abattements pour durée de détention (exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans, art. 150 VC ; surtaxe 2 à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value nette imposable, art. 1609 nonies G). À l'IS, l'amortissement écrase l'impôt annuel — votre résultat est faible, voire nul — puis la revente vous rattrape : tous les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value, taxés à 25 % sans le moindre abattement, et il faut encore sortir le produit de la société (re-taxé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %). L'impôt que l'IS vous épargne chaque année réapparaît à la revente.

IR vs IS pour une SCI détenant les murs d'une étude notariale. L'IS allège l'impôt annuel mais alourdit la sortie ; l'IR fait l'inverse.
CritèreSCI à l'IRSCI à l'IS
Imposition des loyersBarème (TMI) + 17,2 % de PSIS 15 % / 25 % sur le résultat net
Amortissement du bâtiNon déductibleDéductible → impôt annuel faible
Déficit foncierOui, 10 700 €/an (art. 156, I-3°)Non (logique de résultat société)
Plus-value à la reventeParticuliers : exo IR 22 ans / PS 30 ansPro : prix − VNC, amortissements réintégrés, 25 %
Sortie du cashDirecte (associé personne physique)Distribution ré-taxée au PFU 31,4 %
Réversibilité de l'optionRégime de droit communIrrévocable après le 5e exercice

Un piège à ne pas confondre : 150 U n'est PAS 151 septies B

On lit parfois qu'une SCI à l'IR serait « exonérée à 15 ans ». C'est faux. Les 15 ans correspondent à l'article 151 septies B, qui ne vise qu'un immeuble inscrit à l'actif d'une entreprise — jamais une SCI. Pour une SCI à l'IR, c'est l'article 150 U (plus-value des particuliers) qui s'applique : avant abattement, la plus-value est taxée à 19 % d'IR + 17,2 % de PS, puis les abattements pour durée jouent — exonération d'IR à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans. Et un mot sur le taux : sur une SCI à l'IR, les revenus fonciers et la plus-value immobilière restent à 17,2 % en 2026 (la hausse de CSG de la LFSS 2026 ne les touche pas). Le taux de 18,6 % ne vise que les dividendes— donc le boni d'une SCI à l'IS.

Choisir l'IR ou l'IS : la règle simple

Choisissez l'IR (le standard) si vous comptez conserver les murs longtemps, les transmettre aux enfants, ou les revendre un jour : l'exonération progressive de plus-value est décisive.
L'IS ne se justifie que dans un cas étroit : TMI très élevée, horizon long, aucune revente envisagée (on garde le bien ou on le transmet via la société), et besoin d'effacer l'impôt foncier annuel. L'arbitrage générique est détaillé dans notre guide pilier sur l'achat des murs en SCI.
§ 3LE DIFFÉRENCIATEUR NOTAIRE·5 MIN

Le différenciateur du notaire : récupérer la TVA via l'option (art. 260, 2°)

C'est là que le notaire a une carte que le médecin n'a pas. En principe, la location de locaux nus est exonérée de TVA de plein droit (art. 261 D, 2° du CGI). Mais la SCI peut opter pour soumettre les loyers à la TVA quand le local est à usage professionnel (art. 260, 2° du CGI). Et tout dépend d'une seule chose : le statut TVA du notaire.

Pourquoi le notaire est le locataire idéal d'une SCI ayant opté à la TVA

Le notaire facture la TVA à 20 % sur ses émoluments tarifés comme sur ses honoraires libres : l'exonération des soins de l'article 261-4-1° vise la santé humaine et ne le concerne pas. Il est donc assujetti avec un droit à déduction. Concrètement, ça marche en trois temps : la SCI opte pour la TVA, ce qui lui ouvre le droit de récupérer la TVA d'amont sur l'acquisition et les travaux — soit environ 20 % de l'investissement HT ; elle facture ensuite les loyers TTC ; et le notaire déduit cette TVA sur le loyer. L'opération est neutre pour l'étude et procure un gain de trésorerie de 20 % à la SCI sur l'immeuble.

Récupération de TVA via l'option (art. 260, 2°)

Recuperation TVA = Prix HT x 20 %

  Prix de l'immeuble (HT)                = 500 000 EUR
  TVA recuperee par la SCI (option)      = 100 000 EUR
  Decaissement net pour la SCI           = 500 000 EUR

  (sans option : 600 000 EUR TTC supportes definitivement)

La SCI opte pour la TVA, récupère 100 000 € sur un immeuble de 500 000 € HT et facture les loyers TTC ; le notaire déduit cette TVA. L'investissement net retombe au montant HT.

Notaire (assujetti) vs médecin/dentiste (exonéré) : le contraste qui change tout

Notaire (assujetti TVA à 20 %) : la SCI récupère 20 % du prix à l'achat, le notaire déduit la TVA du loyer → opération neutre, investissement net = montant HT.

Médecin / dentiste / kiné (exonéré, art. 261-4-1°) : le preneur ne facture pas la TVA, donc ne déduit rien → la TVA d'acquisition reste une charge sèche de 20 %, l'investissement coûte le TTC.

C'est le différenciateur structurel du notaire (et de l'avocat). Le même montage pour un confrère avocat, lui aussi assujetti, est détaillé dans acheter les murs d'un cabinet d'avocat en SCI.

Comment exercer l'option (un formalisme simplifié pour le notaire)

La bonne surprise, c'est que comme le preneur (vous, ou votre SEL) est assujetti, l'option s'exerce par une simple lettre ou déclaration au service des impôts des entreprises, sans qu'aucune clause de bail particulière ne soit imposée (à la différence du cas où le preneur n'est pas assujetti, art. 206 de l'annexe II au CGI). L'option se fait immeuble par immeuble — chacun constituant un secteur d'activité distinct (art. 209 de l'annexe II). Elle prend effet le 1er jour du mois au cours duquel elle est formulée, et ne peut être dénoncée qu'à compter du 1er janvier de la 9e année qui suit (art. 194 de l'annexe II). Opter à la TVA, c'est donc s'engager dans la durée : la section suivante détaille comment.

Et la franchise en base de TVA en début d'activité ?

En tout début d'activité, un assujetti peut bénéficier de la franchise en base de TVA (art. 293 B du CGI) sous un seuil spécifique. C'est sans incidence ici : dans notre montage, c'est la SCI qui opte pour la TVA sur ses loyers, et l'étude, qui facture la TVA sur ses actes, déduit celle du loyer. (Le projet de seuil unique de franchise a fait l'objet de débats puis d'une suspension : à confirmer au texte le moment venu.)
§ 4LE GARDE-FOU·2 MIN

Le garde-fou : l'engagement de 20 ans et la régularisation

La TVA récupérée n'est pas définitivement acquise le jour de l'achat : elle se « consolide » année après année. La TVA déduite sur un immeuble est régularisable par vingtièmes sur 20 ans (art. 207 de l'annexe II au CGI), l'année d'acquisition comprise. Les travaux d'amélioration suivent la même logique.

Optez à la TVA — mais raisonnez l'engagement sur 20 ans

Plusieurs événements peuvent déclencher une régularisation (reversement) avant le terme : une cession non soumise à la TVA, la dénonciation de l'option, une vacance prolongée ou un changement d'affectation. Traduction : revendez l'immeuble sans TVA avant 20 ans, et vous reversez les vingtièmes restants (1/20 de la TVA récupérée par année restant à courir). Avant de revendre, sortez la calculette : le reversement peut faire mal.
Exemple illustratif de régularisation. Une revente exonérée avant le terme des 20 ans entraîne le reversement des vingtièmes restants ; opter pour soumettre la cession à la TVA, ou transférer le droit à déduction à un acquéreur assujetti dans le cadre d'une universalité, permet de l'éviter.
HypothèseDonnéeConséquence
TVA récupérée à l'achat100 000 € (sur 500 000 € HT)Acquise par 1/20 chaque année
Revente exonérée à l'année 128 années restantes sur 20Reversement ≈ 100 000 × 8/20 = 40 000 €
Pour éviter le reversementOption TVA sur la cession (art. 260, 5° bis)Ou transfert du droit à déduction à un acquéreur assujetti (art. 257 bis)

Dernier réflexe à avoir : si l'étude ferme ou que le local reste vide longtemps (notaire parti), le droit à déduction peut sauter et déclencher une régularisation. Anticipez la relocation ou la revente. Ce garde-fou ne remet pas en cause l'intérêt de l'option : il invite simplement à raisonner l'opération sur un horizon de 20 ans, ce qui correspond précisément à la durée de détention d'une SCI de murs.

§ 5FINANCEMENT·2 MIN

Financer l'achat : crédit amortissable ou crédit in fine

Rares sont les notaires qui sortent 600 000 € de leur trésorerie pour acheter leurs murs : à crédit, ce sont en partie les loyers (versés par vous-même ou votre SEL) et l'économie d'impôt qui remboursent l'échéance. Tout l'intérêt du crédit est là : avec un apport modeste, vous tenez un bien que vous ne pourriez pas payer cash, et c'est l'étude qui rembourse, échéance après échéance.

Crédit amortissable

Capital + intérêts remboursés progressivement. Les intérêts sont déductibles des revenus fonciers (SCI à l'IR) ou du résultat (SCI à l'IS). Solution standard, lisible, qui désendette la SCI dans la durée. À privilégier quand on ne dispose pas d'un capital à nantir.

Crédit in fine adossé

On ne rembourse que les intérêts ; le capital est soldé au terme grâce à un placement nanti (assurance-vie, contrat de capitalisation). Souvent pertinent en SCI à l'IR : les intérêts, élevés et constants, maximisent la déduction sur les revenus fonciers. Plus technique : il faut déjà détenir une assurance-vie ou un contrat de capitalisation à mettre en gage — plutôt un notaire installé qu'un jeune associé qui démarre.

In fine : le capital de remboursement dépend d'un placement, donc d'un aléa

Le montage in fine ne tient que si le placement nanti (assurance-vie, contrat de capitalisation) constitue effectivement, au terme, le capital à rembourser. Or sa valeur dépend des marchés : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un fonds en unités de compte n'est pas garanti. On sécurise donc l'adossement (part de fonds euros, versements programmés, marge de sécurité) plutôt que de parier sur un rendement. L'intérêt fiscal de l'in fine (déduction d'intérêts élevés et constants) est réel ; mais si le contrat nanti décroche au moment de solder le crédit, c'est de votre poche qu'il faudra combler le manque.

Intérêts d'emprunt : un déficit qui ne descend PAS sur le revenu global

Beaucoup de confrères pensent loger ces intérêts dans leur déficit global : impossible. Dans une SCI à l'IR, les intérêts d'emprunt s'imputent uniquement sur les revenus fonciers (report 10 ans), jamais sur le revenu global. C'est précisément ce qui rend le crédit in fine à double tranchant : la part de déficit issue des intérêts ne réduit pas votre IR global, elle ne s'impute que sur d'autres revenus fonciers. Le mécanisme, le nantissement et la fiscalité de l'in fine sont détaillés dans le crédit in fine adossé à une SCI et, plus largement, dans tout comprendre au crédit in fine en 2026.

Aller plus loin : qui rembourse vraiment l'échéance ?

Prenons un emprunt de 500 000 € sur 15 ans. L'échéance annuelle, capital et intérêts compris, tourne autour de 40 000 à 44 000 € selon le taux. En face, le loyer versé par la SEL — 30 000 €/an dans notre cas — couvre l'essentiel de la mensualité, et l'économie d'impôt (déduction du loyer côté étude, déficit foncier côté SCI) finance une partie du reste. Vous n'ajoutez de votre poche qu'un complément : au terme, le crédit est soldé et vous détenez un immeuble payé, pour l'essentiel, par votre activité. Ordres de grandeur indicatifs : le taux du crédit, la durée et le loyer réel modifient l'équilibre — à modéliser sur vos données.
Hagnéré Patrimoine

IR ou IS, option TVA, crédit ou in fine : faisons les chiffres

Un CGP indépendant modélise votre achat de murs sur 20 ans, active l'option TVA quand elle a du sens, compare l'IR et l'IS, calibre le loyer de marché et structure le financement avec votre banque et votre notaire — sans vous pousser vers une option qui ne sert pas votre intérêt.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6LOYER & BAIL·3 MIN

Fixer le bon loyer et sécuriser le bail

Le niveau de loyer : l'acte anormal de gestion

Le seul vrai danger de ce montage, c'est le loyer que vous vous fixez à vous-même : trop haut ou trop bas, l'administration parle d'acte anormal de gestion. Le loyer entre votre SCI et votre étude doit correspondre à la valeur locative de marché, documentée (comparables, surface, emplacement). Un loyer surévalué verra l'excédent réintégré chez le preneur ; un loyer sous-évalué ou gratuit expose la SCI à un redressement (réintégration d'un loyer théorique). Dès que l'administration établit un écart significatif au marché, la charge de la preuve se renverse contre le contribuable (CE, 21 décembre 2018, n° 402006, SARL Croë Suisse).

Checklist : sécuriser le loyer et le bail

Bail écrit et daté entre la SCI et le notaire (ou la SEL).
Loyer de marché documenté (comparables, surface, état du local).
Révision indiciaire prévue et appliquée.
Quittances et flux réels (un vrai versement, pas une simple écriture).
Cohérence avec l'option TVA (loyers facturés TTC).
En SEL, attention aux conventions réglementées puisque vous signez des deux côtés (gérant de la SCI bailleresse et dirigeant preneur).

Le bail : professionnel, pas commercial

On entend souvent qu'un local professionnel exige un bail commercial. C'est inexact pour le notaire. Le notaire exerce une activité libérale (officier public et ministériel, BNC), ni commerciale ni artisanale : le régime de droit commun est le bail professionnel (art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986), d'une durée minimale de 6 ans, avec reconduction tacite et résiliation possible par le seul locataire (préavis). Le bail commercial 3/6/9 (art. L. 145-1 et suivants du Code de commerce) est réservé aux fonds de commerce : il reste possible sur option, mais ce n'est ni l'obligation ni le standard. Dans tous les cas, formalisez un bail écrit : c'est aussi ce qui sécurise la déductibilité du loyer.

§ 7CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : Maître Berthier, 500 000 € HT, SCI à l'IR avec option TVA

Prenons un cas concret, anonymisé : un notaire associé, du compromis jusqu'à la 15e année. Les calculs figent les taux 2026 et toutes les hypothèses sont posées.

Note de méthode : un cas est une illustration, pas une promesse

Ce cas chiffré sert à visualiser un mécanisme, pas à prédire votre résultat. Il repose sur des hypothèses (prix, loyer, TMI, durée, taux 2026) qui ne sont pas les vôtres. La fiscalité (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence) et le marché immobilier peuvent évoluer. Aucun chiffre ci-dessous ne vaut garantie de résultat : refaites le calcul avec votre conseiller, votre notaire et votre expert-comptable sur vos données réelles.

Hypothèses — Maître Berthier, 49 ans, notaire associé

Exercice en SELARL de notaires, TMI 45 %. Il achète les murs de son étude 500 000 € HT dans un immeuble neuf vendu soumis à TVA, soit 600 000 € TTC. Montage : SCI à l'IR avec option TVA (art. 260, 2°). Loyer de marché : 30 000 €/an HT (36 000 € TTC), déductible du résultat de la SELARL. Financement à crédit, horizon de détention 15 ans.

L'option TVA : 100 000 € de trésorerie récupérés

Parce que Maître Berthier facture la TVA à 20 % sur ses émoluments et honoraires, la SCI peut opter et récupérer la TVA d'acquisition. La SELARL paie le loyer TTC et déduit la TVA correspondante : l'opération est neutre pour l'étude. Un confrère médecin, exonéré, paierait l'immeuble 600 000 € sans rien récupérer.

Effet de l'option TVA (Maître Berthier)

Notaire (assujetti, option TVA)
  Prix HT                                = 500 000 EUR
  TVA recuperee par la SCI               = 100 000 EUR
  Investissement net                     = 500 000 EUR

Medecin (exonere 261-4-1)
  Prix TTC supporte                      = 600 000 EUR
  TVA recuperee                          =       0 EUR
  Investissement net                     = 600 000 EUR

Ecart en faveur du notaire               = 100 000 EUR

Même immeuble, même prix : au seul motif qu'il facture la TVA, Maître Berthier investit 100 000 € de moins que son confrère médecin exonéré d'en face.

La détention : loyer déductible et déficit foncier les premières années

Côté exploitation, la SELARL déduit 30 000 € de loyer chaque année (économie d'IS ≈ 30 000 × 25 % = 7 500 €). Côté SCI à l'IR, les premières années, après imputation des intérêts d'emprunt (sur le foncier) et des charges/travaux, un déficit foncier apparaît. La fraction hors intérêts s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 €/an (art. 156, I-3°).

Effets fiscaux annuels (ordres de grandeur, SCI à l'IR)

Cote SELARL
  Loyer deductible du resultat IS        = 30 000 EUR/an
  Economie d'IS a 25 %                   ~  7 500 EUR/an

Cote SCI a l'IR (premieres annees)
  Deficit foncier impute sur revenu global (plafond) = 10 700 EUR
  Economie d'IR a TMI 45 %               = 10 700 x 45 % ~ 4 815 EUR/an
  (les interets d'emprunt restent imputables sur le foncier)

Cote SCI a l'IR (regime de croisiere, foncier positif)
  Prelevements sociaux sur le revenu foncier net      = 17,2 %

Les premières années, le déficit foncier (hors intérêts) procure jusqu'à ~4 815 €/an d'économie d'IR à TMI 45 %, en plus de l'économie d'IS côté SELARL. Une fois le foncier redevenu positif, le revenu net supporte 17,2 % de prélèvements sociaux (et non 18,6 %).

Synthèse du cas Maître Berthier. L'option TVA récupère 100 000 € à l'achat, le loyer est déductible côté SELARL, le déficit foncier allège l'IR les premières années, et les murs se constituent en patrimoine privé payé par l'étude. Chiffres illustratifs aux taux 2026.
Bilan sur 15 ansEffet
Investissement net (option TVA)500 000 € au lieu de 600 000 € → 100 000 € récupérés
Loyer30 000 €/an déductible du résultat de la SELARL (≈ 7 500 € d'IS économisé)
Premières annéesDéficit foncier ≈ 4 815 €/an d'IR économisé (TMI 45 %)
Régime de croisièreRevenu foncier net imposé au barème + 17,2 % de PS
Au termeCrédit largement remboursé par les loyers, murs hors bilan d'exploitation
Garde-fouRevente avant 20 ans → reversement des vingtièmes de TVA restants (cf. § 4)

Le contre-exemple : Maître Lemoine et le piège de l'IS à la revente

Pour mémoire, le même immeuble (terrain 125 000 € / bâti 375 000 €) en SCI à l'IS : l'amortissement du bâti (~14 000 €/an) neutralise les loyers en détention, l'IS annuel est faible. Mais à la revente 700 000 € après 20 ans, la valeur nette comptable retombe à ~220 000 € (amortissements déduits), la plus-value professionnelle ressort à ~480 000 €, taxée à l'IS (≈ 120 000 €) sans abattement de durée — avant le PFU 31,4 % pour sortir le boni. À l'IR, la plus-value des particuliers (200 000 €) aurait été exonérée d'IR à 22 ans et quasi exonérée de PS à 30 ans. L'amortissement reporte l'impôt, il ne l'efface pas.
§ 8TRANSMISSION & IFI·3 MIN

Une fois les murs acquis : transmission, IFI et gestion dans la durée

Ce guide traite du montage d'acquisition : comment acheter, financer et opter à la TVA. Une fois les murs achetés, le travail continue : encaisser les loyers, donner les parts aux enfants, surveiller l'IFI, préparer la sortie. C'est un autre chantier, que je traite ailleurs. Pour diversifier au-delà des murs (SCPI, immobilier locatif, démembrement selon votre TMI), voyez l'investissement du notaire : SCPI, immobilier et démembrement et l'immobilier du professionnel libéral. En voici simplement les grandes lignes côté transmission.

La transmission se fait par les parts, pas par l'immeuble : chaque parent peut donner 100 000 € par enfant en franchise de droits, abattement rechargeable tous les 15 ans (art. 779 et 784 du CGI). On y ajoute le démembrement (art. 669) — donner la nue-propriété des parts en gardant l'usufruit, donc les loyers ; le passif d'emprunt en cours réduit d'autant la valeur taxable. Deux précautions : rédiger une convention de démembrement dès la donation, et ne jamais promettre le pacte Dutreil (art. 787 B) : il est exclu pour une SCI de location nue (activité civile, non opérationnelle). Les droits de cession des parts s'élèvent à 5 % (art. 726, I-2°). Le mécanisme du démembrement est détaillé dans notre guide sur le démembrement de propriété.

IFI : les parts de SCI dans l'assiette (au conditionnel)

Les parts de SCI sont en principe taxables à l'impôt sur la fortune immobilière (art. 965 et 975 du CGI). La fraction affectée à votre activité professionnelle et louée à votre structure d'exercice peut, sous conditions strictes, être exonérée au titre des biens professionnels — mais cette exonération est partielle, rarement totale, jamais automatique, et suppose un audit nominatif. Le sujet est traité dans l'optimisation de l'IFI et les parts de SCI.

Enfin, ne confondez pas la transmission des murs (parts de SCI) avec la cession de l'office lui-même (droit de présentation, clientèle, parts de SEL), qui obéit à un régime de plus-value professionnelle distinct (avec des prélèvements sociaux à 18,6 %, et non 17,2 %) : voyez la cession de l'office et sa plus-value professionnelle. Le loyer versé à la SCI est par ailleurs déductible chez la SEL ; pour la structuration BNC/SEL/SPFPL et l'arbitrage rémunération/dividendes, voyez la structuration BNC, SEL et SPFPL du notaire et la SPFPL de notaire.

Méthode documentée

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Pour replacer cet achat dans votre situation d'ensemble — exercice, trésorerie, retraite, transmission —, consultez le hub de la stratégie patrimoniale 360° du notaire.

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Sources et références légales

  • Structure de la SCI et arbitrage IR / IS

    Art. 8 CGI (transparence : revenus fonciers pour la SCI à l'IR). Art. 206-3 et 239 CGI (option pour l'IS, irrévocable après le 5e exercice). Art. 219, I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Art. 39, 1-2° et 39 C CGI (amortissement du bâti à l'IS, terrain non amortissable). Art. 151 septies B CGI (abattement 15 ans réservé à l'actif professionnel, exclu pour la SCI à l'IS). Art. 1832 et 1857 du Code civil (société civile, responsabilité non solidaire au prorata des parts). Loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 et ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (SEL/SPFPL distinctes de la SCI).

  • Option TVA et régularisation

    Art. 261 D, 2° CGI (exonération de plein droit de la location de locaux nus). Art. 260, 2° CGI (option pour soumettre les loyers à la TVA, droit à déduction sur l'immeuble). Art. 261-4-1° CGI (exonération des soins, NON applicable au notaire assujetti). Art. 206, 209 et 194 de l'annexe II au CGI (formalisme et prise d'effet de l'option). Art. 207 de l'annexe II au CGI (régularisation par vingtièmes sur 20 ans). Art. 260, 5° bis et 257 bis CGI (option TVA sur la cession, dispense d'universalité). BOI-TVA-CHAMP-50-10, BOI-TVA-LIQ-20-20, BOI-TVA-DED-60-20 et -60-20-10.

  • Loyer, charges, déficit foncier et plus-values

    Art. 93 CGI (loyer déductible du BNC). CE 11 avril 2008 n° 287808 et n° 300302 (loyer versé à soi-même : versement effectif + imposition en revenus fonciers). CE 21 décembre 2018 n° 402006 (acte anormal de gestion : un écart significatif au marché renverse la charge de la preuve). Art. 14, 31 et 156, I-3° CGI (charges foncières, déficit foncier 10 700 €/an, intérêts exclus ; BOI-RFPI-BASE-30-20). Art. 150 U, 150 VC et 1609 nonies G CGI (plus-value des particuliers : exo IR 22 ans, PS 30 ans, surtaxe ; BOI-RFPI-PVI). Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026), CSS L.136-8 IV : PS maintenus à 17,2 % sur le foncier.

  • Bail, transmission et hauts revenus

    Art. 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 (bail professionnel, durée minimale 6 ans). Art. 779 et 784 CGI (abattement 100 000 € par enfant et par parent, rechargeable tous les 15 ans). Art. 669 CGI (barème de l'usufruit). Art. 726, I-2° CGI (cession de parts de SCI : droits de 5 %). Art. 787 B CGI (Dutreil exclu pour une SCI de location nue). Art. 965 et 975 CGI (IFI, biens professionnels au conditionnel). Art. L.131-6 CSS (dividendes de SEL > 10 %, renvoi SPFPL). Art. 223 sexies et 224 CGI (CEHR et CDHR, LF 2026 loi n° 2026-103 du 19 février 2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. L'arbitrage IR / IS, l'option pour la TVA, le choix de la structure et le calibrage du loyer doivent faire l'objet d'une étude individualisée, validée avec votre notaire et votre expert-comptable. Les cas chiffrés sont des illustrations aux taux 2026 et supposent les hypothèses explicitées ; ils ne valent pas garantie de résultat. Les chiffres et taux cités sont à jour au 24 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ne tranche pas encore. L'investissement immobilier comporte des risques (vacance, illiquidité, évolution des prix).

Foire aux questions

Tout sur l'achat des murs de votre étude notariale en SCI structure, IR ou IS, option TVA, loyer et transmission.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : SCI ou SEL, IR ou IS, récupérer la TVA, pourquoi le notaire y gagne et pas le médecin, déficit foncier, niveau de loyer et transmission des parts. Réponses sourcées et à jour 2026.