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Guide avocat 2026SELARL / TNS / CNBF13 minMis à jour 25 juin 20263 cas chiffrés

Dividendes en SELARL d'avocat : la fiscalité et le piège des cotisations sociales

Vous êtes avocat en SELARL et vous vous apprêtez à voter un dividende confortable ? Attention au piège : seule la fraction sous 10 % de votre capital sort au PFU de 31,4 %. Au-delà, chaque euro bascule dans l'assiette de vos cotisations CNBF et Urssaf — soit près de 45 %, presque le coût d'une rémunération. Avec un capital de 10 000 €, votre seuil n'est que de 1 000 €. Voici comment le calculer au cordeau et calibrer votre distribution. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine (ORIAS 23002291).

DIVIDENDES SELARL AVOCAT 2026

Chiffrer le coût réel de vos dividendes et le montant exact à provisionner

Audit de votre SELARL d'avocat : calcul du seuil de 10 %, fraction soumise aux cotisations CNBF/Urssaf, provision à bloquer, arbitrage rémunération/dividendes et leviers pour relever le seuil (capital, compte courant, SPFPL, PER). Sans produit-maison.

  • Calcul du seuil de 10 % personnalisé
  • Provision à bloquer chiffrée
  • Arbitrage rémunération/dividendes
  • Sans produit-maison

PFU SOUS LE SEUIL

31,4 %

LE SEUIL

10 %

COÛT AU-DELÀ

~45 %

CAPITAL 10 000 €

Seuil 1 000 €

À PROVISIONNER

~40-45 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1L'ESSENTIEL·2 MIN

L'essentiel en 30 secondes

En 30 secondes

  • En SELARL d'avocat, le gérant majoritaire est TNS affilié à la CNBF (caisse autonome des avocats, hors CNAVPL) ; le bénéfice est à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà).
  • La fraction de dividendes ≤ 10 % de (capital + primes + compte courant) sort au PFU à 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS), sans cotisations.
  • La fraction > 10 % est réintégrée dans l'assiette des cotisations (CNBF + Urssaf, ~40-45 %) en plus de l'IR : c'est le piège (art. L. 131-6 CSS).
  • Avec un capital de 10 000 €, le seuil n'est que de 1 000 € : presque toute distribution est cotisée.
  • Mais ce n'est pas une perte sèche : la fraction cotisée ouvre des droits retraite CNBF et la CSG est partiellement déductible.

On vous l'a probablement déjà dit, peut-être un confrère du barreau ou votre comptable : « Je me verse des dividendes, ça ne coûte que la flat tax, pas de charges. » Pour la plupart des sociétés commerciales, c'est exact. Pour une SELARL d'avocat, c'est un piège — et un piège coûteux dès que vous franchissez un seuil étonnamment bas. La cause : une règle propre aux sociétés d'exercice libéral, qui ponctionne lourdement la part de dividendes dépassant 10 % de votre capital. Et comme le capital d'une SELARL d'avocat est souvent modeste (1 000 €, 7 500 €, 10 000 €), ce seuil est atteint presque immédiatement.

Un ordre de grandeur pour fixer les idées : avec un capital de 10 000 €, votre seuil n'est que de 1 000 €. Si vous distribuez 20 000 €, 19 000 € — soit 95 % du dividende — basculent dans l'assiette de vos cotisations CNBF et Urssaf, là où vous pensiez ne payer que 31,4 % de flat tax. Le surcoût n'est pas anecdotique : il peut atteindre plusieurs milliers d'euros rappelés un à deux ans plus tard, une fois la trésorerie souvent déjà dépensée. La bonne nouvelle : ce seuil se calcule, se pilote et se relève. Ce guide vous montre comment, chiffres à l'appui.

La stratégie en une phrase

Calibrer la distribution sous le seuil de 10 %, capitaliser le surplus du bénéfice à l'IS (25 % < un TMI de 41-45 %), saturer un PER et, le cas échéant, faire remonter la trésorerie en SPFPL. Cet article détaille le mécanisme et le calcul précis du seuil ; pour l'arbitrage rémunération/dividendes global, voyez notre guide réduire ses impôts en SELARL d'avocat, et pour la version générique toutes professions, notre guide la règle des 10 % sur les dividendes de SEL.
§ 2SELARL / TNS / CNBF·3 MIN

La SELARL d'avocat : IS, gérant majoritaire et statut TNS

Une société à l'IS : 15 %, puis 25 %

La SELARL d'avocat est régie par la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 (statut de la profession) et, depuis le 1er septembre 2024, par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (qui a abrogé la loi SEL 90-1258 de 1990) complétée par le décret n° 2024-872 du 14 août 2024. C'est une société soumise à l'impôt sur les sociétés : le bénéfice est taxé à 15 % jusqu'à 42 500 € (taux réduit PME, sous conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital) puis à 25 % au-delà (art. 219 I-b du CGI). Une fois l'IS acquitté, le résultat net peut être distribué en dividendes à l'associé.

42 500 €, pas 100 000 €

Le taux réduit d'IS à 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice, pas 100 000 € : l'amendement qui proposait de relever ce plafond n'a pas été retenu. Au-delà de 42 500 €, chaque euro de bénéfice est taxé à 25 %.

Le gérant majoritaire = TNS affilié à la CNBF

Le gérant majoritaire d'une SELARL d'avocat est un travailleur non salarié (TNS). Sa retraite et sa prévoyance relèvent de la CNBF (Caisse Nationale des Barreaux Français), le régime autonome propre aux avocats. Point de vigilance majeur : l'avocat ne dépend pas de la CNAVPL ni des caisses des autres professions libérales (CARMF, CIPAV, CARPIMKO, etc.). C'est cette affiliation TNS qui déclenche la règle des 10 % sur les dividendes : ils sont, pour la part excédentaire, traités socialement comme du revenu d'activité de l'avocat exerçant.

Le statut diffère en SELAS, où le président est assimilé salarié : le traitement social de ses dividendes n'est pas le même. Nous y revenons au §9, et le sujet est développé dans notre guide avocat en SELAS : rémunération et dividendes.

Un rappel utile : l'avocat est soumis à la TVA

Contrairement aux professions de santé, l'avocat facture la TVA au taux normal de 20 % sur ses honoraires (BOI-TVA-CHAMP-10-10-60-10) — l'exonération des soins de l'article 261-4-1° du CGI ne le concerne pas. En contrepartie, il récupère la TVA déductible sur ses achats, frais et investissements. Ce point est sans incidence directe sur la règle des dividendes, mais il rappelle que la SELARL d'avocat est une structure pleinement assujettie, à la différence d'une SEL de médecin.

Le point à retenir

Le dividende, en lui-même, ne valide aucun trimestre de retraite CNBF — sauf justement la fraction réintégrée au-delà de 10 %, qui entre dans l'assiette des cotisations et ouvre donc des droits (voir §7). Un paradoxe que beaucoup d'avocats découvrent trop tard.
§ 3LE MÉCANISME·3 MIN

Deux régimes pour un même euro de dividende (art. L. 131-6 CSS)

Le mécanisme est binaire, et tout se joue à la frontière des 10 %. Le texte fondateur est l'article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale, issu de la LFSS pour 2009 (loi n° 2008-1330 du 17 décembre 2008), validé par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010) et par le Conseil d'État (27 mai 2011, n° 328905). La règle s'applique aux SEL depuis l'imposition des revenus 2009: pour le gérant majoritaire de SELARL d'avocat, ce n'est donc nullement une nouveauté, même si beaucoup l'ignorent encore.

Deux précisions élargissent le champ. D'abord, sont visés non seulement les dividendes, mais aussi les intérêts de compte courant d'associé : on ne contourne pas la règle en transformant un dividende en intérêt de compte courant. Ensuite, le périmètre est familial : on agrège les parts et sommes détenues par l'avocat exerçant, mais aussi par son conjoint ou partenaire de PACS et ses enfants mineurs non émancipés — impossible de loger les titres au nom de proches pour échapper au calcul.

Sous 10 % vs au-delà de 10 % : le même euro de dividende ne coûte pas du tout la même chose. Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010).
Fraction sous 10 %Fraction au-delà de 10 %
RégimeRevenu de capitaux mobiliers (RCM)Assiette des cotisations TNS + IR au barème
Taux 2026 (ordre de grandeur)PFU 31,4 % (12,8 + 18,6)Cotisations CNBF/Urssaf ~40-45 % + IR
Abattement de 40 % (art. 158)Possible sur option barème (IR)Jamais sur l'assiette sociale (dividende brut)
Ouvre des droits retraite CNBFNonOui (la fraction cotisée valide des droits)
Quand on paieÀ la distribution (PFU)Régularisé en N+1 / N+2

Le piège du brut : oubliez l'abattement de 40 %

L'abattement de 40 % de l'article 158 du CGI ne s'applique PAS à l'assiette sociale. Les cotisations CNBF/Urssaf se calculent sur le dividende brut, pas sur 60 % du dividende. Cet abattement ne vaut que pour l'impôt sur le revenu, et uniquement si vous optez pour le barème plutôt que pour le PFU. On croit cotiser sur une base réduite, alors qu'elle est pleine : la distinction change sensiblement le montant à provisionner.
§ 4LE SEUIL·3 MIN

Le calcul exact de votre seuil de 10 %

Reste à savoir 10 % de quoi, exactement. Beaucoup pensent qu'il s'agit de 10 % du seul capital social. L'assiette de référence additionne en réalité trois éléments — et ce sont eux qu'on actionne pour relever le seuil (voir §6).

Votre seuil de 10 % (art. L. 131-6 CSS)

Seuil = 10 % × (Capital social libéré
              + Primes d'émission
              + Solde MOYEN annuel du compte courant d'associé)

On raisonne au niveau du foyer de l'avocat exerçant : sont retenues les parts et sommes détenues, en propriété ou en usufruit, par l'associé, son conjoint ou partenaire de PACS, et ses enfants mineurs non émancipés. Le compte courant est pris pour son solde moyen annuel (art. R. 131-7 du CSS), pas pour son solde à une date donnée. La fraction de dividendes qui dépasse ce seuil entre dans l'assiette des cotisations.

Compte courant : solde moyen annuel, apprécié à la clôture N-1

En rendez-vous, ces deux dates sont confondues neuf fois sur dix — et la confusion coûte cher (article R. 131-7 du CSS, dont les modalités ont été réécrites et consolidées par le décret n° 2025-708 du 25 juillet 2025). D'une part, le compte courant d'associé n'est pas retenu pour son solde à une date donnée, mais pour son solde moyen annuel : la somme des soldes moyens de chaque mois, divisée par le nombre de mois de l'exercice. D'autre part, l'ensemble capital + primes + compte courant est apprécié au dernier jour de l'exercice précédant la distribution (c'est la date à laquelle on fige les paramètres).

Le compte courant est moyenné, pas figé à une date

Attention à ne pas se faire piéger par l'inverse : le compte courant se prend bien en solde moyen annuel, et le décret 2025-708 n'a pas supprimé cette règle. Vous ne pouvez donc pas relever votre seuil en injectant une grosse somme la veille de la clôture : un apport présent un seul mois ne pèse qu'un douzième dans la moyenne. Conséquence pratique décisive : pour relever durablement votre seuil, le compte courant doit être alimenté tout au long de l'exercice, pas au dernier moment.

Ce que comprend (et ne comprend pas) le seuil

On retient le capital libéré (pas la fraction souscrite non libérée), les primes d'émission et le compte courant d'associé (les avances que vous avez consenties à la société). Les réserves non incorporées au capital n'entrent pas dans l'assiette de référence : tant qu'elles ne sont pas incorporées, elles ne relèvent pas le seuil. La matière étant sociale, la source de référence est le BOSS et la doctrine Urssaf, pas un BOFiP fiscal dédié.

§ 5CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : Maître Laurent, capital 10 000 €

Un exemple chiffré parle plus qu'un long développement quand le capital est faible. Avant de lire les chiffres, une mise au point : les montants de cotisations sont des fourchettes pédagogiques (taux global présenté autour de 40 à 45 %, variable selon l'ancienneté CNBF et le niveau de revenu, atténué par la CSG déductible). Le chiffrage exact se fait au cas par cas.

Note de méthode sur les chiffrages

Les cas qui suivent (Maître Laurent, Maître Sophie, Maître Thomas) sont des illustrations pédagogiques, pas des promesses de résultat. Les taux de cotisations TNS/CNBF dépendent de votre ancienneté, de votre niveau de revenu et de la classe de votre régime complémentaire ; ils évoluent chaque année. Aucun montant cité ne préjuge du calcul réel de votre Urssaf et de votre CNBF, qui doit être réalisé avec votre expert-comptable. Nous raisonnons volontairement en fourchette (40 à 45 %) pour rester honnêtes sur l'incertitude.

Cas 1 · Avocat · SELARL · gérant majoritaire · capital 10 000 €

Maître Laurent — un capital trop faible, presque tout passe en cotisations

Maître Laurent, gérant majoritaire de sa SELARL (statut TNS, CNBF), a un capital de 10 000 €, sans primes ni compte courant. Son bénéfice avant IS est de 200 000 €, sa tranche marginale d'imposition est de 45 %. Son seuil de 10 % vaut donc 1 000 € seulement — et non 20 000 € : le seuil suit le capital, pas le dividende.

Il décide de distribuer 20 000 € de dividendes. Les 1 000 € sous le seuil supportent le PFU à 31,4 %, soit environ 314 €. Les 19 000 € restants — 95 % du dividende — sont réintégrés dans l'assiette des cotisations CNBF/Urssaf, comme du revenu d'activité, et restent imposés à l'IR au barème.

À ~40-45 % de cotisations, c'est de l'ordre de 7 600 à 8 500 € à provisionner sur la seule fraction excédentaire, sans compter l'IR. Autrement dit : sur 20 000 € distribués, presque tout est traité comme une rémunération. Le premier réflexe de Maître Laurent doit être de relever son seuil (voir §6).

Sur une SELARL au capital de 10 000 €, plus la distribution est forte, plus la quasi-totalité bascule en cotisations. Estimations indicatives, hors IR, à modéliser précisément au cas par cas.
Distribution (capital 10 000 €, seuil 1 000 €)Fraction au PFU 31,4 %Fraction en cotisationsOrdre de grandeur cotisations
Distribution de 20 000 €1 000 €19 000 € (≈ 95 %)~7 600 à 8 500 €
Distribution de 60 000 €1 000 €59 000 € (≈ 98 %)~24 000 à 26 000 €

Le choc de trésorerie : les cotisations tombent en N+1 / N+2

Le coût social d'un gros dividende ne tombe pas l'année de la distribution. L'Urssaf appelle d'abord des acomptes provisionnels calculés sur un revenu antérieur, puis régularise en N+1 une fois votre revenu réel déclaré, et réajuste les acomptes en N+2. Un gros dividende voté une année génère donc un rappel un à deux ans plus tard, souvent une fois la trésorerie déjà dépensée. La discipline : bloquer 40 à 45 % de la fraction excédentaire le jour même du vote, pas le jour où l'Urssaf réclame.
Hagnéré Patrimoine

Combien devez-vous vraiment provisionner cette année ?

Un conseiller en gestion de patrimoine calcule votre seuil de 10 %, chiffre la fraction soumise aux cotisations CNBF/Urssaf et le montant exact à bloquer, puis cale l'échéancier N+1/N+2 avec votre expert-comptable.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6RELEVER LE SEUIL·3 MIN

Le piège du capital faible : comment relever votre seuil

La plupart des SELARL d'avocat ont un capital symbolique (1 000 à 10 000 €), donc un seuil dérisoire. Bonne nouvelle : ce seuil se pilote. Deux leviers principaux le relèvent — sans jamais supprimer la règle.

1. Augmenter le capital ou incorporer des primes

Une augmentation de capital, ou l'incorporation de réserves disponibles et de primes d'émission, relève mécaniquement le seuil de 10 %. Le revers : des fonds immobilisés dans la société (un capital ne se récupère pas d'un claquement de doigts) et des formalités de modification statutaire. C'est souvent la première recommandation pour une SELARL sous-capitalisée comme celle de Maître Laurent.

2. Alimenter le compte courant d'associé

Cas · Avocat · SELARL · capital 10 000 € + compte courant 200 000 €

Maître Thomas — le levier du compte courant

Maître Thomas a, lui aussi, un capital de 10 000 €. Mais il a laissé 200 000 € en compte courant d'associé dans sa SELARL, et — point essentiel — il l'a maintenu tout au long de l'exercice, de sorte que son solde moyen annuel ressort bien à 200 000 € (et non un apport de dernière minute, qui ne pèserait qu'un douzième dans la moyenne — art. R. 131-7 du CSS).

Son assiette de référence atteint donc 10 000 + 200 000 = 210 000 €, et son seuil de 10 % passe de 1 000 € à 21 000 €. Là où Maître Laurent était bloqué à 1 000 €, Maître Thomas peut distribuer 21 000 € au PFU à 31,4 %, sans aucune cotisation. Le compte courant reste par ailleurs récupérable, ce qui en fait un levier bien plus souple qu'une augmentation de capital.

Deux points de vigilance

Aucune de ces options ne « supprime » la règle : elles repoussent le seuil. Et deux garde-fous s'imposent. D'abord, les apports en compte courant doivent avoir une réalité économique (un compte courant gonflé artificiellement la veille de la clôture serait fragile). Ensuite, les intérêts de compte courant que la société vous verse entrent eux aussi dans le périmètre des 10 % : ils ne permettent donc pas de contourner le dispositif. Le bon réflexe reste de calibrer la distribution (voir §8).
§ 7LA CONTREPARTIE·3 MIN

Ce que le « 45 % » cache : droits CNBF et CSG déductible

On s'arrête souvent au chiffre brut, qui fait peur à juste titre — mais c'est la moitié de l'histoire. Cette fraction cotisée, vous n'en perdez pas tout : en cotisant, vous achetez des droits, ce que Maître Laurent ignorait quand il pestait contre son rappel Urssaf. Deux mécanismes en réduisent le coût net.

La fraction cotisée ouvre des droits à la CNBF

En réintégrant la fraction au-delà de 10 % dans l'assiette de vos cotisations, vous alimentez votre retraite d'avocat. La CNBF repose sur une cotisation de base forfaitaire (croissante avec l'ancienneté) et une cotisation proportionnelle de 3,20 % du revenu net (plafonnée), complétées par un régime complémentaire par classes (C1, C2, C2+, en transition vers une classe unique à l'horizon 2029). Cotiser sur la fraction de dividendes excédentaire, c'est donc valider des droits retraite — au contraire du dividende qui reste sous le seuil et sort au PFU, lequel ne valide aucun trimestre. Le détail du calcul de votre future pension figure dans notre guide retraite de l'avocat (CNBF) : combien allez-vous toucher ?.

La CSG d'activité est partiellement déductible

Comme la fraction excédentaire est traitée socialement comme un revenu d'activité, une partie de la CSG qui la frappe (6,8 points sur 9,2) est déductible de votre revenu imposable. Mécaniquement, cela abaisse votre base d'IR et atténue le coût réel du dépassement.

Le coût net est inférieur au « 45 % » affiché

En tenant compte des droits CNBF acquis et de la CSG déductible, le coût net réel d'un dividende qui dépasse le seuil est inférieur au « 45 % » brut affiché — mais il reste supérieur au PFU à 31,4 %. L'arbitrage n'est donc pas binaire « bon / mauvais ». Pour un avocat qui s'est versé de faibles rémunérations pendant des années et a peu cotisé à la CNBF, ce dividende chargé rattrape un retard de droits. Pour celui qui cotise déjà au plafond, c'est un coût quasi sec. Tout dépend de votre dossier CNBF — d'où l'audit au cas par cas.
§ 8LA STRATÉGIE·3 MIN

La stratégie : calibrer sous le seuil, capitaliser le surplus à l'IS

Distribuer sous le seuil, garder le reste à 25 % d'IS

Tout tient dans une inégalité : 25 % d'IS, c'est moins qu'un TMI de 41-45 %. Laisser le surplus du bénéfice dans la société pour le réinvestir coûte donc moins cher que de tout distribuer pour le voir s'évaporer en cotisations et en IR. La distribution annuelle se cale au plus près du seuil de 10 % ; le reste reste capitalisé.

Cas 2 · Avocate · SELARL · capital 50 000 € + primes 50 000 € + CCA 20 000 €

Maître Sophie — le calibrage modèle

Maître Sophie a structuré sa SELARL avec un capital de 50 000 €, des primes d'émission de 50 000 € et un compte courant de 20 000 €. Son assiette de référence atteint 120 000 €, soit un seuil de 10 % à 12 000 €. Son bénéfice est de 150 000 €.

Elle distribue 12 000 € de dividendes au PFU à 31,4 %, sans aucune cotisation. Le solde du bénéfice reste capitalisé dans la société à l'IS (25 %), prêt à être réinvesti ou à remonter en SPFPL. En parallèle, elle sature son PER pour effacer une part de son IR à 45 %. Résultat : un revenu disponible optimisé, sans rappel de cotisations à craindre en N+1.

Faire remonter le surplus en SPFPL (mère-fille)

Pour capitaliser et réinvestir à grande échelle, on coiffe la SELARL d'une SPFPL. Grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI), les dividendes remontés de la SELARL à la holding sont exonérés à 95 %, avec une quote-part de frais et charges de 5 % — soit un frottement d'IS effectif de l'ordre de 1,25 %. Mais attention : la SPFPL purge l'IS, elle n'efface pas les cotisations sur la fraction redistribuée au professionnel exerçant (voir §9). Pour le détail, voyez nos guides holding d'avocat (SPFPL) et régime mère-fille et la SPFPL d'avocat n'efface pas les cotisations.

Saturer le PER / Madelin (le levier à TMI 45 %)

À une tranche marginale de 41-45 %, le PER est l'outil le plus efficace : chaque euro déduit économise 41 à 45 centimes d'impôt. Pour un avocat TNS, l'enveloppe de déduction (article 154 bis du CGI) va d'un plancher de 4 806 € à un plafond de 88 911 € en 2026. Le détail figure dans notre guide PER avocat : combien déduire et comment l'optimiser. Cet arbitrage rémunération / dividendes / PER se règle exercice par exercice : voyez aussi notre guide SEL : salaire ou dividendes, l'arbitrage gagnant du libéral.

Aller plus loin : le surplus, une fois capitalisé, doit travailler

Calibrer le dividende n'est que la première brique. Le bénéfice laissé à l'IS n'a pas vocation à dormir : il se place (compte à terme, contrat de capitalisation, immobilier) — voyez placer la trésorerie de votre SELARL d'avocat. À l'échelle d'un patrimoine, l'arbitrage s'inscrit dans une stratégie globale : notre hub optimisation fiscale de l'avocat détaille la structuration BNC/SELARL, et notre guide investissement immobilier pour avocat (SCPI, LMNP, déficit foncier)montre comment piloter votre TMI à 45 % par l'immobilier. La règle des 10 % n'est qu'un maillon d'une stratégie patrimoniale complète.
§ 9LES FRONTIÈRES·3 MIN

SELARL, SELAS et SPFPL : les frontières

SELAS : un traitement social différent

La règle des 10 % vise le statut TNS (gérant majoritaire de SELARL, associé exerçant relevant des indépendants). Le président de SELAS, lui, est assimilé salarié: historiquement, ses dividendes ne sont pas réintégrés dans une assiette de cotisations TNS, il ne supporte que les prélèvements sociaux. C'est une frontière sensible, sous surveillance anti-abus, qui mérite un audit nominatif.

Trois situations à ne pas confondre

Le même mot — « dividende » — recouvre trois traitements sociaux distincts. SELARL d'avocat (gérant majoritaire TNS) : règle des 10 %, c'est l'objet de ce guide. SELAS d'avocat (président assimilé salarié) : régime à part, traité dans notre guide SELAS. SEL coiffée d'une SPFPL : la holding ne neutralise pas le social sur la part redistribuée, voyez notre guide SPFPL d'avocat. Pour la mécanique commune à toutes les professions, notre pilier transverse dividendes de SEL : la règle des 10 % sert de référence.
Le statut social du dirigeant commande l'application du dispositif. Le détail du cas SELAS est traité dans notre guide dédié.
Structure / dirigeantStatut socialRègle des 10 % sur dividendes
SELARL — gérant majoritaireTNS (affilié CNBF)Applicable (fraction > 10 % cotisée)
SELAS — présidentAssimilé salariéZone à part (dividendes hors assiette TNS, sous surveillance)

Le comparatif complet figure dans notre guide avocat en SELAS : rémunération et dividendes.

La SPFPL ne fait pas écran au social

« Si je coiffe ma SELARL d'une SPFPL et que je fais remonter les dividendes, je n'ai plus de cotisations. » C'est l'idée reçue n° 1. La Cour de cassation l'a écartée.

Cass. 2e civ. 19 octobre 2023, n° 21-20.366

La Cour de cassation a jugé que les bénéfices d'une SEL distribués à la SPFPL qui la détient restent, pour la fraction au-delà de 10 %, dans l'assiette des cotisations de l'associé exerçant : la holding ne fait pas écran. La SPFPL purge l'IS (mère-fille), mais pas le social.

L'honnêteté sur l'incertitude

Le débat n'est pas clos. Une réponse ministérielle (Anglars, JO Sénat du 27 février 2025) a indiqué que cet arrêt « ne constitue pas une règle générale », rendu dans un contexte d'espèce particulier. Il existe donc une tension entre une jurisprudence sévère et une lecture administrative plus restrictive : personne ne peut affirmer aujourd'hui, de façon catégorique, que la holding efface ou non les cotisations. D'où la prudence et l'audit au cas par cas. La SPFPL garde tout son intérêt patrimonial (capitaliser, réinvestir, transmettre), mais pas comme bouclier social. Tout est détaillé dans notre guide SPFPL d'avocat et cotisations Urssaf.
§ 10À NE PAS CONFONDRE·2 MIN

À ne pas confondre : la rémunération technique est désormais en BNC

Un dernier point pour éviter le contresens le plus répandu. On entend souvent : « Depuis 2024, les dividendes de SEL sont requalifiés en BNC et chargés. » Cette phrase mélange deux réformes sans rapport.

La réforme fiscale de 2024 ne touche pas les dividendes : elle vise la rémunération technique (correspondant à l'activité libérale) de l'associé de SEL. Depuis l'imposition des revenus 2024, cette rémunération est imposée en BNC (déclaration 2035), confirmé par le Conseil d'État le 8 avril 2025 (n° 492154), ce qui supprime l'ancien abattement forfaitaire de 10 % (remplacé par les frais réels) et la tolérance des 5 %. Le mandat de gérance, lui, reste imposé à l'article 62 du CGI.

Le contresens à éviter en rendez-vous

Ne dites jamais « mes dividendes de SELARL sont devenus du BNC en 2024 » : c'est faux. Ce qui est passé en BNC, c'est la rémunération technique (votre salaire d'avocat versé par la SEL), pas le dividende. Confondre les deux conduit à de mauvais arbitrages — par exemple croire qu'augmenter le dividende au détriment de la rémunération règle le problème, alors que chaque levier obéit à sa propre règle (sociale pour le dividende via L. 131-6 CSS, fiscale pour la rémunération via le BNC).

Deux réformes distinctes

La requalification en BNC est une réforme fiscale de la rémunération ; la règle des 10 % est une règle sociale sur les dividendes (art. L. 131-6 CSS). Les dividendes ne deviennent jamais du BNC — ils restent des revenus de capitaux mobiliers. Mais ces deux réformes vont dans le même sens stratégique : la rémunération de l'avocat en SELARL est lourdement chargée, d'où l'intérêt d'un dividende calibré sous le seuil. Le sujet est développé dans notre guide BNC ou SELARL : la rémunération technique requalifiée en BNC.
§ 11SYNTHÈSE·2 MIN

Synthèse : votre plan d'action en 5 étapes

Plan d'action

Vos 5 étapes pour piloter vos dividendes en SELARL d'avocat

  • 1. Calculer votre seuil = 10 % × (capital libéré + primes + solde moyen annuel du compte courant), l'ensemble apprécié au dernier jour de l'exercice N-1 (art. R. 131-7 du CSS).
  • 2. Caler le dividende sous ce seuil pour le faire sortir au PFU à 31,4 %, sans cotisations.
  • 3. Si votre capital est faible : relever le seuil (augmentation de capital/primes, ou compte courant alimenté durablement sur l'exercice — puisqu'il est moyenné).
  • 4. Capitaliser le surplus à l'IS (25 % < TMI 45 %), saturer un PER, envisager la remontée en SPFPL (mère-fille, qui purge l'IS mais pas le social).
  • 5. Provisionner 40 à 45 % de toute fraction distribuée au-delà du seuil — les cotisations se régularisent en N+1 / N+2.

Ce calcul, on le refait à chaque clôture, avec votre expert-comptable et votre CGP. Maître Sophie ne paie pas un euro de cotisation sur ses dividendes, là où Maître Laurent en provisionne plusieurs milliers : seule différence, elle a calculé son seuil avant de voter, pas après. Pour replacer cet arbitrage dans une stratégie globale, voyez notre hub optimisation fiscale de l'avocat et notre catalogue défiscalisation de l'avocat. La trésorerie laissée à l'IS, elle, peut être placée : voyez placer la trésorerie de votre SELARL d'avocat.

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Sources et références légales

  • CSS — assiette sociale des dividendes de SEL

    Art. L. 131-6 CSS (réintégration dans l'assiette des cotisations du travailleur indépendant de la fraction de dividendes et d'intérêts de compte courant excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et du solde du compte courant d'associé). Art. R. 131-7 CSS (le compte courant est retenu pour son solde moyen annuel ; l'ensemble capital + primes + compte courant est apprécié au dernier jour de l'exercice précédant la distribution), modalités consolidées par le décret n° 2025-708 du 25/07/2025. Décret n° 2009-423 du 16/04/2009 (modalités de détermination du capital et des comptes courants). Art. L. 723-1 et s. CSS (affiliation des avocats à la CNBF, régime autonome).

  • CGI — régime fiscal des dividendes et de l'IS

    Art. 108 à 115 CGI (revenus distribués). Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS depuis la LFSS 2026). Art. 158 CGI (option barème, abattement 40 % pour l'IR seulement, jamais pour l'assiette sociale). Art. 219 I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %). Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille SPFPL). Art. 154 bis CGI (PER/Madelin, plafond 88 911 € en 2026). Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance). Doctrine TVA : BOI-TVA-CHAMP-10-10-60-10 (honoraires d'avocat au taux normal 20 %).

  • Lois et textes sur l'exercice de l'avocat

    LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025 : CSG capital portée à 10,6 %, PS dividendes 18,6 %, PFU dividendes 31,4 %). Loi n° 71-1130 du 31/12/1971 (statut de la profession d'avocat). Ordonnance n° 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées, en vigueur le 01/09/2024, abrogation de la loi 90-1258 du 31/12/1990) et décret n° 2024-872 du 14/08/2024. Arrêté du 22/12/2025 (PASS 2026 = 48 060 €).

  • Jurisprudence et doctrine structurantes

    Cons. const. n° 2010-24 QPC du 06/08/2010 (validation de la règle des 10 %). CE 27/05/2011 n° 328905 (validité du décret 2009-423). Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (conf. CA Aix-en-Provence 11/06/2021 n° 20/09464 : dividendes de SEL distribués à une SPFPL, la holding ne fait pas écran). Rép. min. Anglars n° 02878, JO Sénat 27/02/2025 (l'arrêt du 19/10/2023 ne constitue pas une règle générale — élément de contexte, non jurisprudentiel). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL = BNC). Sources officielles : BOSS, Urssaf, CNBF (barème 2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Le calcul de la fraction de dividendes soumise aux cotisations, du seuil de 10 % et de la provision à constituer doit faire l'objet d'une étude individualisée (capital, primes, compte courant, ancienneté CNBF, situation familiale). Les chiffres et taux cités sont à jour au 25 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP/BOSS, jurisprudence). Certains points sont signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas clairement : champ exact de la règle pour le président de SELAS assimilé salarié, portée de l'arrêt du 19/10/2023 sur les montages SPFPL (rép. min. Anglars 27/02/2025). Les estimations chiffrées (~40-45 %) sont des ordres de grandeur indicatifs et ne préjugent pas du résultat réel, qui varie selon la caisse, l'ancienneté et le niveau de revenu.

Foire aux questions

Tout sur les cotisations sur les dividendes en SELARL d'avocat seuil, calcul, CNBF, SPFPL et leviers.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : suis-je concerné, comment se calcule le seuil de 10 %, le compte courant se prend-il en moyenne ou au 31/12, combien ça coûte, les dividendes cotisés ouvrent-ils des droits CNBF, la SPFPL protège-t-elle. Réponses sourcées et à jour 2026.