Le point de départ : l'avocat en BNC
Avant de parler de société, un rappel s'impose sur le point de départ. L'avocat exerce une profession libérale réglementée (loi 71-1130 du 31 décembre 1971) dont les honoraires relèvent par nature des bénéfices non commerciaux (BNC, article 92 CGI). C'est le socle que la SELARL va réorganiser, pas supprimer : même en société, votre activité reste une activité libérale. Comprendre le BNC, c'est comprendre pourquoi, et à quelle condition, la société devient intéressante.
Micro-BNC ou déclaration contrôlée 2035
Deux régimes coexistent. Le micro-BNC (article 102 ter CGI) applique un abattement forfaitaire de 34 % (minimum 305 €) sur vos recettes, sans tenir de comptabilité de charges, tant que vos recettes restent sous le seuil de 83 600 € en 2026. Au-delà, ou sur option, vous basculez en déclaration contrôlée (régime réel, déclaration 2035-SD) et déduisez vos charges réelles : loyers, personnel, documentation, intérêts d'emprunt, cotisations Madelin et PER (article 154 bis), prévoyance, cotisations ordinales. La plupart des avocats à hauts revenus sont au réel, parce que leurs charges réelles dépassent 34 % de leurs recettes. Et un irritant en moins depuis 2023 : la majoration de 25 % pour non-adhésion à une association de gestion agréée a disparu.
Exemple — pourquoi le réel s'impose vite
La CNBF : la caisse propre des avocats
On nous fait souvent la confusion en rendez-vous : la caisse de l'avocat n'est pas celle des autres libéraux. L'avocat ne relève ni de la CARMF, ni de la CIPAV, ni de la CNAVPL : il cotise à la CNBF (Caisse Nationale des Barreaux Français), régime de retraite autonome et propre aux avocats. Son architecture comporte trois étages :
| Composante CNBF 2026 | Assiette / barème | Montant indicatif |
|---|---|---|
| Cotisation de base — forfaitaire | Selon l'ancienneté (1re à 6e année et au-delà) | 363 € → 1 988 € (292 € pour les nouveaux inscrits) |
| Cotisation de base — proportionnelle | 3,20 % du revenu net, assiette plafonnée à 297 549 € | Variable selon le revenu N-2 |
| Régime complémentaire | Par classes (3 classes en 2026, vers une classe unique en 2029) | 639 € en classe 1 pour un nouvel inscrit |
| Invalidité-décès | Forfaitaire selon l'ancienneté | 68 € (1res années) → 170 € (à partir de la 5e) |
CNBF, pas CARMF ni CIPAV
TVA de l'avocat : 20 %, et surtout pas d'exonération « soins »
Pourquoi le BNC coûte cher au-delà de 41 % de TMI
C'est presque toujours le même tableau quand un avocat installé pousse notre porte. Le cabinet tourne bien, le bénéfice grimpe — et l'impôt grimpe plus vite encore. La mécanique est simple, et c'est ce qui la rend frustrante : en BNC, vous êtes imposé sur la totalité de votre bénéfice, que vous le dépensiez ou non. Votre résultat supporte l'impôt sur le revenu à votre tranche marginale (41 %, puis 45 % en 2026), plus les cotisations CNBF, plus la CSG-CRDS. Et cette charge frappe aussi — c'est tout le problème — la part que vous laissez dormir sur votre compte professionnel, faute d'enveloppe pour la mettre à l'abri.
Le coût du BNC à hauts revenus
Cout BNC = Benefice x (TMI 41-45 % + cotisations CNBF + CSG-CRDS)
applique sur la TOTALITE du benefice
En BNC, il n'existe AUCUNE enveloppe pour mettre a l'abri
la part de benefice que vous ne consommez pas :
elle est imposee comme le reste, a votre tranche marginale.C'est le point de douleur de l'avocat à hauts revenus : un bénéfice de 200 000 € dont on ne consomme que 90 000 € est malgré tout imposé à 45 % sur la fraction haute, y compris sur les 110 000 € que l'on ne dépense pas. La société, elle, va précisément créer une « salle d'attente fiscale » pour cette part non consommée.
Le barème de l'impôt sur le revenu 2026 confirme la mécanique : 0 % / 11 % / 30 % / 41 % / 45 % (LF 2026, loi 2026-103). Pour un avocat dont la TMI est de 41 ou 45 %, chaque euro de bénéfice non consommé part à près de la moitié en impôt et cotisations. C'est l'inefficience que la SELARL vient corriger — à une condition que nous allons poser tout de suite.
Le seuil de bascule SELARL : une équation, pas un chiffre
C'est LA question qu'on nous pose en rendez-vous : « à partir de quel revenu faut-il passer en SELARL ? ». Soyons clairs : il n'existe pas de seuil légal, ni jurisprudentiel. Le fameux seuil de 100 000 ou 150 000 € que tout le monde répète ne veut pas dire grand-chose pris seul. Le vrai critère n'est pas le montant de votre bénéfice, mais la part que vous ne consommez pas multipliée par l'écart entre votre TMI et le taux d'IS.
En 30 secondes
Le vrai déclencheur de la bascule SELARL
La SELARL est gagnante quand :
(Benefice NON consomme) x (TMI 45 % - taux IS 15/25 %)
> surcout annuel de la structure (compta IS, juridique...)
Le gain vient UNIQUEMENT du benefice que vous NE sortez PAS.
Si vous consommez 100 % de votre benefice, le differentiel
s'annule et le surcout de structure rend la SELARL perdante.Le spread entre une TMI à 45 % et un IS effectif de l'ordre de 20 % (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà) avoisine 24 points sur la part thésaurisée. Plus vous laissez de bénéfice dans la société, plus ce spread travaille pour vous. À l'inverse, un avocat qui dépense tout son bénéfice ne capte aucun gain et paie le surcoût de structure pour rien.
La SELARL est gagnante SI…
Vous laissez une part réelle et durable du bénéfice dans la société. Plus votre TMI est élevée (41-45 %) et plus votre taux d'épargne professionnel est important, plus le spread IS/IR travaille pour vous. La bascule s'envisage souvent au-delà de 120 000 à 150 000 € de bénéfice pour un avocat à hauts revenus — mais c'est l'épargne réelle, pas ce seuil, qui décide.
La SELARL n'apporte rien SI…
Vous consommez la totalité de votre bénéfice chaque année. Dans ce cas, tout ce qui sort en rémunération ou en dividendes est de toute façon imposé à l'IR, la « salle d'attente » à l'IS reste vide, et le surcoût de structure (comptabilité, juridique, agrément de l'ordre) rend la société perdante. Le BNC, plus simple et sans double imposition, reste alors le bon choix.
SELARL ou SELAS : le statut social du dirigeant
Le choix entre SELARL et SELAS ne se joue plus sur les dividendes (la niche est fermée, voir la section suivante), mais sur le statut social. Le gérant majoritaire de SELARL est un TNS affilié à la CNBF : cotisations plus légères, droits plus maigres. Le président de SELAS est assimilé salarié : cotisations plus lourdes (de l'ordre de 70-80 % de la rémunération nette contre 35-45 % en TNS), mais une meilleure protection sociale. Dans les deux cas, depuis 2024, la part technique de votre rémunération relève des BNC — c'est l'objet de la section suivante.
Si vous penchez pour la SELAS, l'arbitrage entre rémunération de président et dividendes obéit à ses propres règles : nous le détaillons dans notre guide avocat en SELAS : l'arbitrage rémunération / dividendes. Et avant même la SEL, beaucoup d'avocats exercent en groupement de moyens sans personnalité fiscale propre : la structure de l'AARPI et ses spécificités sont traitées dans avocat en AARPI : optimiser sa rémunération et maîtriser sa fiscalité.
À partir de quel bénéfice la SELARL devient-elle gagnante pour vous ?
On modélise votre seuil de bascule personnel : TMI, part de bénéfice non consommée, surcoût de structure. Réponse chiffrée, sans survente, sur votre situation réelle.
Pour le comparatif chiffré complet du passage à la société, lisez notre guide dédié faut-il passer du BNC à la SELARL ?, et la méthode transverse BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice.
Le séisme 2024-2025 : la rémunération de l'associé reste du BNC
C'est le détail technique que beaucoup de confrères comptables eux-mêmes ratent encore. Passer en SELARL ne fait pas disparaître votre BNC : il le réorganise. Et un arrêt récent a serré la vis et fait sauter un avantage qu'on croyait acquis.
D'abord le principe, posé pour les revenus 2024. La rémunération que vous percevez au titre de votre activité libérale proprement dite (votre activité « technique » d'avocat) au sein de la SEL est désormais imposée dans la catégorie des BNC (article 92 CGI), et non plus en traitements et salaires. La doctrine l'a actée par le rescrit BOI-RES-BNC-000136 (mise à jour du 24 avril 2024). Conséquence directe : la part technique ne bénéficie plus de l'abattement forfaitaire de 10 % des salaires, mais ouvre droit à la déduction des frais réels en 2035.
Puis le tour de vis, en avril 2025 (CE 8 avril 2025 n° 492154). Le Conseil d'État a (a) confirmé l'imposition en BNC, mais surtout (b) annulé la tolérance forfaitaire de 5 % qui permettait de rattacher 5 % de la rémunération au mandat social. Désormais, chaque associé doit justifier individuellement la ventilation entre sa rémunération technique (BNC) et sa rémunération de mandat (article 62 CGI pour le gérant majoritaire de SELARL), la charge de la preuve pesant sur l'associé.
| Nature de la rémunération | Catégorie d'imposition | Base légale |
|---|---|---|
| Rémunération technique (activité d'avocat, sans subordination) | BNC — frais réels 2035, plus d'abattement 10 % | Art. 92 CGI / BOI-RES-BNC-000136 / CE 08/04/2025 n° 492154 |
| Mandat — gérant majoritaire de SELARL | Traitements et salaires (rémunération art. 62) | Art. 62 CGI |
| Mandat — président de SELAS (assimilé salarié) | Traitements et salaires de droit commun | Régime des assimilés salariés |
Ne dites plus « 5 % » — et ce n'est pas l'abattement qui a été supprimé
Le pilotage en SELARL : rémunération, dividendes, règle des 10 %
La SELARL créée, un autre arbitrage commence : faut-il sortir la trésorerie en rémunération ou en dividendes ? C'est le pilotage fin de la société. On en pose ici la logique; le calcul détaillé et chiffré fait l'objet d'un guide à part entière.
L'arbitrage en deux lignes
La règle des 10 % : le plafond des dividendes « non cotisés »
C'est la spécificité majeure des SEL. La fraction de dividendes qui excède 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Sous ce seuil, les dividendes supportent le PFU à 31,4 % seul : 12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026 (le saut de 17,2 à 18,6 % vient de la LFSS 2026, qui a porté la CSG du capital à 10,6 %).
Seuil des dividendes « non cotisés » en SELARL
Seuil = 10 % x (capital social + primes d'emission + solde moyen du compte courant d'associe) Exemple : capital 50 000 + primes 0 + CCA moyen 50 000 = 100 000 Seuil 10 % = 10 000 EUR de dividendes "non cotises" (PFU 31,4 % seul) Au-dela de 10 000 EUR : + cotisations TNS sur l'excedent
Plus votre capital et votre compte courant sont élevés, plus la part de dividendes échappant aux cotisations est large. C'est un paramètre qui se structure en amont. Et attention : la SPFPL ne fait pas écran à cette règle.
La SPFPL ne fait pas écran à la règle des 10 %
La rémunération ouvre des droits sociaux et se déduit du résultat ; les dividendes sont efficients sous le seuil de 10 % mais ne créent aucun droit retraite. Le bon mix se calcule au cas par cas. Pour le détail chiffré de l'arbitrage propre à l'avocat, lisez avocat en SELARL : l'arbitrage rémunération / dividendes, complété par nos guides transverses SEL : salaire ou dividendes et dividendes de SEL et cotisations sociales. Pour décortiquer spécifiquement le piège du seuil de 10 % en SELARL d'avocat, voyez notre guide dédié dividendes en SELARL d'avocat : le piège des cotisations sociales (> 10 % du capital).
La couche supérieure : la holding SPFPL
Au-dessus de la SELARL, un troisième étage entre en jeu — optionnel, mais c'est lui qui change la donne sur la transmission : la SPFPL (société de participations financières de professions libérales). Encadrée par l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023 (qui a réformé le régime issu de la loi 90-1258 du 31/12/1990), c'est une holding à objet limité dont le capital est contrôlé par des professionnels en exercice. Elle détient les titres de votre SELARL et devient le pivot de la capitalisation et de la transmission.
L'essentiel
Le régime mère-fille : remonter les dividendes à ~1,25 %
Grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI), les dividendes versés par la SELARL à la SPFPL sont exonérés à 95 % : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable à l'IS. Le coût effectif de la remontée est donc d'environ 1,25 % (5 % × 25 %). Conditions : détenir au moins 5 % du capital, conserver les titres au moins 2 ans, les deux sociétés étant à l'IS. En cas de détention à 95 % au moins, l'intégration fiscale (article 223 A CGI) peut réduire encore le frottement.
Coût de remontée des dividendes en régime mère-fille
Quote-part de frais et charges : 5 % des dividendes Imposee a l'IS (ici au taux normal de 25 %) Cout effectif = 5 % x 25 % = 1,25 % 100 000 EUR de dividendes remontes a la SPFPL -> ~1 250 EUR d'IS, soit ~98 750 EUR disponibles pour reinvestir
À comparer aux 31,4 % de PFU si ces mêmes dividendes étaient sortis directement vers votre patrimoine personnel. La SPFPL ne vous enrichit pas immédiatement : elle vous permet de réinvestir presque tout, hors revenu fiscal de référence.
La SPFPL est bien éligible au régime mère-fille
La SPFPL est aussi la rampe de lancement de la transmission : l'apport-cession (article 150-0 B ter CGI) place la plus-value en report quand vous apportez vos titres à la holding, et le pacte Dutreil (article 787 B CGI) exonère 75 % des droits de mutation sous engagement de conservation. Le montage complet est détaillé dans notre guide holding d'avocat (SPFPL), complété par SPFPL et profession libérale et l'apport-cession 150-0 B ter.
Une SPFPL est-elle pertinente dans votre cas ?
Capitaliser à 1,25 %, financer un rachat de titres, piloter votre RFR, préparer la transmission : on modélise l'intérêt réel d'une SPFPL sur votre profil d'avocat, sans survente.
BNC vs SELARL vs SELARL + SPFPL : le tableau
Le tableau qui suit est celui qu'on dessine au tableau blanc en rendez-vous : le comparatif des trois architectures, ligne par ligne. La lecture est simple. La SELARL crée une « salle d'attente fiscale » à 15/25 % pour le bénéfice non consommé ; la SPFPL ajoute par-dessus la remontée quasi-exonérée des dividendes et la préparation de la cession.
| Critère | BNC (réel 2035) | SELARL à l'IS | SELARL + SPFPL |
|---|---|---|---|
| Imposition du bénéfice non consommé | IR 41-45 % + CNBF + CSG sur la totalité | IS 15 % / 25 % | IS 15 % / 25 % |
| Sortie en dividendes | — | PFU 31,4 % (+ cotisations > 10 %) | Remontée mère-fille 95 % exo (~1,25 %) |
| Rémunération technique | BNC 2035 | BNC 2035 (plus d'abattement 10 %) | BNC 2035 |
| Capitalisation interne | Non (tout sort) | Oui, à l'IS | Oui, à l'IS + holding |
| Préparation cession / transmission | 151 septies A / 238 quindecies | Apport-cession 150-0 B ter | Apport-cession + Dutreil 787 B |
| Pilotage RFR / CDHR | Subi (tout au RFR) | Partiel | Optimal (thésaurisation hors RFR) |
| Coût / complexité | Faible | Moyen (compta IS, ~1,5-2,5 k€/an) | Élevé (deux sociétés) |
Comment lire ce tableau en une minute
Aucune structure n'est « meilleure » dans l'absolu : tout dépend de votre taux d'épargne, de votre horizon de cession et de votre tolérance à la complexité. Ce tableau dit « quelle structure », pas « combien » : c'est ce que le cas de Maître Laurent, juste en dessous, chiffre sur 5 ans.
Cas chiffré : Maître Laurent, 200 000 € de BNC sur 5 ans
Prenons un exemple concret. Maître Laurent dégage 200 000 € de bénéfice par an et vit avec 90 000 € : il n'en consomme pas 110 000 €. Comparons les trois structures (chiffres indicatifs, hors coût de structure et impact retraite).
Note de méthode sur les projections
Scénario A — Le BNC : tout passe à l'IR
Les 200 000 € sont imposés à l'IR au barème (la fraction haute à 45 %), plus la CNBF, plus la CSG, sur la totalité— y compris sur les 110 000 € qu'il ne dépense pas. Cette épargne professionnelle subit donc la tranche marginale de 45 % : il ne reste qu'une fraction nette à placer. Sur ces 110 000 € non dépensés, près de 49 500 € partent en IR avant même d'avoir pu être placés — c'est exactement cette part que la SELARL met à l'abri.
Scénario B — La SELARL : la part non consommée capitalise à ~20,75 %
Maître Laurent se verse ~90 000 € de rémunération (imposée à l'IR + CNBF, comme avant) et laisse ~100 000 € de bénéfice dans la société. Cette part thésaurisée supporte l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € (≈ 6 375 €) puis 25 % au-delà (≈ 14 375 €), soit ≈ 20 750 € d'IS sur 100 000 €, c'est-à-dire un taux effectif d'environ 20,75 % contre 45 % en BNC.
Le spread sur la part thésaurisée (scénario B)
Part non consommee thesaurisee : 100 000 EUR En BNC : ~45 000 EUR partent en IR (tranche 45 %) En SELARL : ~20 750 EUR d'IS (15 % jusqu'a 42 500, 25 % au-dela) Spread ~ 24 points = ~24 000 EUR/an de capacite d'epargne en plus /!\ Avantage de TRESORERIE/CAPITALISATION, pas un cadeau definitif : le jour ou cet argent sortira en dividendes, il subira le PFU 31,4 %.
Le gain de la SELARL est d'abord un gain de capitalisation : la part non consommée travaille sur une base de ~79 000 € au lieu de ~55 000 €. Sur 5 ans, l'écart cumulé se chiffre en dizaines de milliers d'euros — à la condition expresse de ne pas tout reconsommer, car une double couche IS puis sortie en dividendes annulerait l'avantage.
Scénario C — SELARL + SPFPL : réinvestir hors RFR
Mêmes 90 000 € de rémunération. Mais ici, les dividendes de la SELARL remontent à la SPFPL exonérés à 95 % (frottement ~1,25 %) pour être réinvestis (trésorerie placée, immobilier, parts) sans repasser par le revenu fiscal de référence. Maître Laurent pilote ainsi sa CDHR et prépare la cession future de son cabinet via l'apport-cession. C'est l'architecture la plus efficiente — au prix de deux sociétés à gérer.
La leçon du cas : l'avantage n'existe que si vous ne reconsommez pas
Le levier transverse n°1 : le PER à TMI 45 %
Quelle que soit votre structure, un levier reste imbattable à haute tranche marginale : le PER (ou Madelin) de l'article 154 bis CGI. Chaque euro versé est déductible de votre bénéfice imposable, donc économise votre TMI — 41 ou 45 centimes par euro pour un avocat à hauts revenus — tout en réduisant votre revenu fiscal de référence.
Plafond de déduction PER / Madelin 2026 (art. 154 bis)
Plafond = 10 % x benefice imposable (plafonne a 8 PASS)
+ 15 % x (fraction de benefice entre 1 et 8 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
Plancher = 4 806 EUR | Plafond maximal = 88 911 EURPour un bénéfice supérieur ou égal à 8 PASS, le plafond atteint son maximum de 88 911 €. À 45 % de TMI, saturer ce plafond représente jusqu'à environ 40 000 € d'impôt en moins, plus un revenu fiscal de référence abaissé d'autant (ce qui atténue la CEHR et la CDHR).
Mini-cas — Maître Sophie, TMI 45 %
Le PER est le premier réflexe à saturer avant toute réduction d'impôt plafonnée. Pour le détail : PER du professionnel libéral (article 154 bis) et notre pilier plan d'épargne retraite.
Les autres leviers : immobilier, trésorerie, défisc
Une fois la structure et le PER en place, trois familles de leviers transverses complètent la stratégie. On les pose ici en trois lignes chacune, avec le renvoi vers le guide qui les traite à fond — l'avocat pressé voit l'arbre, le détail est à un clic.
Les murs du cabinet en SCI
Loger les murs de votre cabinet dans une SCI à l'IR qui les loue à la SELARL permet de déduire les loyers du résultat de la société et de séparer l'actif professionnel de l'exploitation. Les loyers d'une SCI à l'IR (location nue) sont des revenus fonciers, soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % (et non 18,6 %, cette branche étant maintenue par la LFSS 2026). Comme l'avocat est assujetti à la TVA, l'option pour la TVA des loyers (article 260-2° CGI) permet de récupérer la TVA sur l'immeuble.
La trésorerie de la SELARL
Plutôt que de la sortir à 31,4 %, la trésorerie excédentaire de la SELARL (ou de la SPFPL) peut être placée à l'IS via un contrat de capitalisation de personne morale (article 238 septies E CGI), un compte-titres de société ou des SCPI au bilan. Le détail des solutions figure dans notre guide trésorerie de SELARL d'avocat.
Le catalogue des niches de défiscalisation
Girardin, FIP/FCPI, déficit foncier, location meublée… ces réductions et déductions one-shot viennent après la structuration, jamais avant. Nous les passons en revue, sans les survendre, dans notre guide catalogue défiscalisation avocat : 9 dispositifs.
L'ordre de priorité : structurer d'abord, défiscaliser ensuite
Dualité des prélèvements sociaux 2026 : ne pas confondre les deux taux
Très hauts revenus : CEHR, CDHR et sortie de cabinet
Pour l'avocat dont le revenu fiscal de référence franchit certains seuils, deux contributions s'ajoutent à l'IR — et la sortie de cabinet appelle ses propres règles. C'est le terrain de l'associé dont le RFR dépasse 250 000 € — typiquement l'avocat d'affaires en fin de carrière qui s'apprête à céder.
CEHR et CDHR : deux contributions à ne pas confondre
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, article 223 sexies CGI) s'applique au RFR : 3 % au-delà de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), puis 4 % au-delà de 500 000 € / 1 000 000 €. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR, article 224 CGI, instaurée par la LF 2025 et reconduite par la LF 2026) garantit pour sa part une imposition effective minimale d'environ 20 % du RFR au-delà de 250 000 € / 500 000 €, et vise surtout les revenus taxés à faible taux. Un avocat dont le bénéfice est imposé au barème dépasse souvent ce plancher de 20 % ; la thésaurisation en SELARL/SPFPL aide à piloter le RFR. Ne pas intervertir les deux : 223 sexies = CEHR, 224 = CDHR. Le détail figure dans notre guide la contribution différentielle sur les hauts revenus.
La sortie : céder son cabinet ou ses parts
Au moment de la cession, plusieurs régimes se combinent. La cession de la clientèle ou de la branche peut bénéficier de l'exonération de l'article 238 quindecies CGI (totale jusqu'à 500 000 € de valeur, dégressive jusqu'à 1 000 000 €) ou, en cas de départ en retraite, de l'article 151 septies A CGI (IR exonéré, mais prélèvements sociaux 18,6 % dus). La cession de parts de SEL relève de la plus-value mobilière (12,8 % + 18,6 % = 31,4 %), avec l'abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter CGI, prorogé jusqu'au 31/12/2031) — abattement qui ne couvre pas les prélèvements sociaux.
La structuration se prépare au moins 5 ans avant la cession
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