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Guide profession libérale 202618 minMis à jour 25 juin 20263 cas chiffrés

BNC ou SELARL : quand la société devient vraiment intéressante

On vous a lâché un chiffre — au-dessus de 100 000 €, passez en SEL. Ce chiffre est faux par construction. Le vrai seuil dépend de deux variables : votre TMI (souvent 41-45 %) et la part de bénéfice que vous ne consommez pas. En BNC, 100 % du bénéfice supporte l'impôt sur le revenu (jusqu'à 45 %) et les cotisations TNS, consommé ou non. En SEL à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %), vous n'êtes imposé à l'IR que sur ce que vous vous versez ; le reste capitalise dans la société. Voici comment calculer votre seuil, trois cas chiffrés à l'euro, et — honnêtement — à qui la SEL ne sert à rien. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

ARBITRAGE BNC / SEL 2026

Calculer votre seuil de bascule et chiffrer le gain net réel de la SEL

Audit BNC vs SEL : modélisation à l'euro selon votre TMI, votre bénéfice et votre capacité d'épargne, arbitrage rémunération/dividendes, statut SELARL ou SELAS, coût réel et impact retraite. Cabinet 100 % indépendant.

  • Modélisation chiffrée BNC vs SEL
  • Seuil calibré sur votre taux d'épargne
  • Coût réel et impact retraite intégrés
  • Cabinet 100 % indépendant

IS PME

15 / 25 %

SEUIL TAUX RÉDUIT

42 500 €

PFU DIVIDENDES

31,4 %

TMI CIBLE

41-45 %

DIVIDENDES SANS COTIS.

10 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE FAUX BINAIRE·3 MIN

Le faux binaire : trois étages, pas deux

L'essentiel en 30 secondes

  • Il n'y a pas de seuil légal BNC → SEL : aucun texte, aucune jurisprudence ne fixe de montant de bénéfice.
  • Le vrai déclencheur, ce sont deux variables : votre TMI (souvent 41-45 %) et la part de bénéfice que vous ne consommez pas.
  • En BNC, 100 % du bénéfice subit l'IR (jusqu'à 45 %) + les cotisations TNS, consommé ou non. En SEL à l'IS, vous n'êtes imposé à l'IR que sur ce que vous vous versez ; le reste capitalise à 15 % (jusqu'à 42 500 €) puis 25 %.
  • La bascule ne paie que si vous épargnez réellement une partie du revenu. Si vous dépensez tout, elle coûte plus qu'elle ne rapporte.
  • Avant de monter une société, pensez à l'EI à l'IS (§9) : pour un libéral seul, elle capte l'essentiel de l'avantage sans la lourdeur d'une SEL.

« BNC ou SELARL ? » : la question elle-même est piégée, parce qu'elle vous fait croire qu'il n'y a que deux portes. Il y en a trois. En réalité, l'exercice libéral se déploie sur trois étages, et le choix se fait par paliers, en fonction de vos recettes et de votre capacité d'épargne. Posons le moteur du raisonnement, sortons la formule du seuil, et passons trois libéraux au crible — y compris celui pour qui monter une société serait une erreur.

Les trois étages de l'exercice libéral. Le passage du micro au réel est mécanique (seuil de recettes) ; le passage du réel à l'IS est un arbitrage patrimonial, pas un seuil légal.
ÉtageRégimeImpositionPour qui
1 · Micro-BNCRecettes ≤ 83 600 € (art. 102 ter CGI)Abattement forfaitaire de 34 %, IR sur le resteDébut d'activité, charges réelles faibles
2 · BNC au réelDéclaration contrôlée 2035-SD (art. 93 et 96 CGI)IR au barème (jusqu'à 45 %) + cotisations TNS sur 100 % du bénéficeLa majorité des libéraux installés
3 · Société à l'ISEI à l'IS, EURL, SELARL ou SELASIS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % ; IR/PFU seulement sur ce qu'on se verseBénéfice élevé ET capacité d'épargne

Le saut du micro-BNC au réel obéit à une règle simple : on quitte le micro quand les charges réelles dépassent l'abattement de 34 %, ou quand on franchit le seuil de recettes. C'est presque arithmétique. Pour une illustration de cet arbitrage métier par métier, voyez par exemple notre guide psychologue libéral : micro-BNC ou frais réels en 2026 ?. Le saut du réel vers l'IS, lui, est tout autre chose : aucun texte ne l'impose, et c'est précisément là que se joue la vraie décision patrimoniale, celle de ce guide.

Le cadre juridique : ordonnance 2023-77

L'exercice en société des professions libérales réglementées (médecins, avocats, experts-comptables, architectes, kinés…) est régi depuis le 1er septembre 2024 par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a remplacé l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990. SELARL et SELAS restent les deux formes de référence : on les compare au §10. Pour un panorama complet des statuts, voyez notre guide EI, EURL, SELARL, SELAS : quel statut pour quelle profession libérale. Pour une déclinaison par métier, voyez notre comparatif architecte : passer en SELARL ou rester en BNC ?.
§ 2LE MOTEUR·3 MIN

Imposé sur tout, ou seulement sur ce qu'on se verse

Si vous ne devez retenir qu'une chose de ce guide, c'est celle-ci. La différence fondamentale entre le BNC et la SEL n'est pas un taux : c'est l'assiette. Sur quoi êtes-vous imposé ?

BNC au réel — imposé sur TOUT le bénéfice

Que vous dépensiez 60 000 € ou 200 000 €, c'est l'intégralité du bénéfice qui supporte l'IR au barème (jusqu'à 45 %) et les cotisations TNS, l'année où il est dégagé. La part que vous laissez sur votre compte pour épargner a déjà été imposée au maximum. Vous n'avez aucun levier sur l'assiette.

SEL à l'IS — imposé sur ce que vous VOUS VERSEZ

La société paie l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %). Vous n'êtes imposé à l'IR que sur votre rémunération, et au PFU 31,4 % sur les dividendes que vous décidez de sortir. Le bénéfice non distribué reste dans la société, faiblement taxé, et continue à travailler. Vous pilotez l'assiette.

Ce déplacement de l'assiette ne profite qu'à un profil : celui qui n'a pas besoin de tout son revenu. En BNC, épargner coûte cher : vous payez l'impôt maximal, puis vous mettez de côté ce qu'il reste. En SEL, vous pouvez laisser une partie du bénéfice dans la société, où il n'est taxé qu'à 15 ou 25 %, et l'y faire fructifier (trésorerie placée, voir §11) avant, éventuellement, de vous le distribuer plus tard.

Fiscalité différée et pilotée — pas un cadeau

Attention au contresens : la SEL n'exonère rien. Si vous finissez par tout sortir, vous paierez l'IS puis l'IR ou le PFU à la sortie. L'avantage n'est pas une suppression d'impôt, c'est un report (le bénéfice capitalise avant d'être distribué) et un différentiel de taux (15/25 % d'IS contre 41/45 % d'IR). Cet avantage ne se matérialise que si vous ne consommez pas tout — c'est exactement ce qu'on chiffre au §5.
§ 3LES DEUX BARÈMES·3 MIN

Les deux barèmes : IR jusqu'à 45 % vs IS 15/25 %

Pour comprendre le différentiel de taux, posons les deux barèmes côte à côte. En BNC, votre bénéfice s'ajoute à vos autres revenus et grimpe dans le barème progressif de l'impôt sur le revenu (article 197 CGI). Un libéral installé atteint vite la tranche marginale à 41 %, voire 45 %.

Comparaison des deux barèmes. Les seuils de l'IR sont par part de quotient familial et indicatifs (revalorisés chaque année). L'IS PME est à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions), 25 % au-delà.
Barème IR 2026 (art. 197 CGI)TauxBarème IS PME (art. 219 I-b)Taux
Jusqu'à 11 600 €0 %Bénéfice ≤ 42 500 €15 %
De 11 600 à 29 579 €11 %Bénéfice > 42 500 €25 %
De 29 579 à 84 577 €30 %——
De 84 577 à 181 917 €41 %——
Au-delà de 181 917 €45 %——

Mettez les deux colonnes côte à côte et l'écart parle de lui-même. Sur la part de bénéfice que vous laissez dans la société, vous passez d'un taux marginal de 41 ou 45 % à un taux d'IS de 15 % (jusqu'à 42 500 €) puis 25 %. C'est ce différentiel, appliqué au bénéfice non consommé, qui finance l'intérêt de la bascule.

Le seuil de l'IS, c'est 42 500 € — pas 100 000 €

On lit parfois que le taux réduit d'IS s'applique jusqu'à 100 000 € de bénéfice. C'est faux. Le taux de 15 % de l'IS s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice (article 219 I-b CGI), sous conditions PME (chiffre d'affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré, détention à 75 % par des personnes physiques). Au-delà de 42 500 €, le taux passe à 25 %. L'amendement qui proposait de relever ce plafond à 100 000 € n'a pas été retenu : ne le confondez pas avec le seuil en vigueur.

Conséquence directe : dès que le bénéfice conservé dans la société dépasse 42 500 €, la fraction supérieure est à 25 %. Le différentiel le plus puissant (15 % vs 45 %) ne joue donc à plein que sur la première tranche. Au-delà, l'écart se resserre (25 % vs 45 %), mais reste favorable tant que vous capitalisez.

L'écart de taux, en un exemple

Prenez 40 000 € de bénéfice que vous n'avez pas besoin de consommer. En BNC à 45 % de TMI, il en reste environ 22 000 € à épargner après IR (et encore, avant cotisations). En SEL, ces 42 500 € restent dans la société taxés à 15 %, soit ~6 000 € d'IS : il reste ~34 000 € qui continuent à travailler. Sur un seul exercice, l'écart approche 12 000 €— et il se répète, et se capitalise, chaque année. C'est ce mécanisme, et lui seul, qui justifie la bascule.
§ 4LE SEUIL·3 MIN

Le vrai seuil : une équation à deux inconnues

Le seuil de bascule n'est pas un montant de bénéfice : c'est une condition qui croise deux variables. La SEL devient intéressante quand l'économie réalisée sur le bénéfice non consommé dépasse le surcoût de la structure.

La condition de bascule (raisonnement, pas barème légal)

La SEL est pertinente SI :

  (Bénéfice − Train de vie) × (TMI − Taux d'IS)
        >  Coût annuel de la structure

où :
  • (Bénéfice − Train de vie) = part de bénéfice NON consommée
  • TMI = votre tranche marginale en BNC (souvent 41 % ou 45 %)
  • Taux d'IS = 15 % (≤ 42 500 €) puis 25 %
  • Coût = compta + juridique + conseil (souvent 2 000 à 5 000 €/an)

Lecture : plus l'écart entre votre bénéfice et votre train de vie est grand, et plus votre TMI est élevée, plus la SEL est rentable. Inversement, si vous consommez tout (Bénéfice − Train de vie ≈ 0), le membre de gauche tombe à zéro et il ne reste que le coût : la SEL devient une perte.

Cette équation dit deux choses. La première : la part non consommée commande tout, puisque c'est elle qu'on multiplie par le différentiel de taux. La seconde : la TMI joue les accélérateurs — à 45 %, chaque euro non consommé économise jusqu'à 30 points (45 % d'IR évités contre 15 % d'IS payés) ; à 30 %, l'écart se réduit nettement et le jeu n'en vaut souvent plus la chandelle.

Pourquoi « 120 000 € = passez en SEL » est un mauvais conseil

Le seuil de 100 000 ou 120 000 € qu'on entend partout n'a de sens que pour un profil bien précis : forte TMI et capacité d'épargne importante. Appliqué à un libéral qui gagne 120 000 € mais en dépense 115 000 €, ce conseil fait perdre de l'argent : la part non consommée (5 000 €) ne génère qu'une économie dérisoire, largement engloutie par le surcoût de comptabilité. Ce qui compte, ce n'est pas ce que vous gagnez, c'est ce que vous ne dépensez pas.
§ 5CAS CHIFFRÉS·5 MIN

Trois cas chiffrés au point de bascule

Trois libéraux, trois situations — c'est là que l'équation devient concrète. Une mise au point avant de lire les chiffres : pour rester lisibles, ils sont donnés en base brute, avant déductions (PER/Madelin), et la rémunération de sortie qui finance le train de vie reste, elle, chargée (cotisations + IR). Le gain net réel se modélise au cas par cas.

Cas 1 · Médecin · 200 000 € de bénéfice · train de vie 80 000 €

Dr Camille — la SEL est clairement gagnante

Camille dégage 200 000 € mais vit avec 80 000 €. Elle épargne donc 120 000 € par an.

En BNC : les 200 000 € supportent l'IR (avec une grosse part à 41-45 %) et les cotisations TNS sur la totalité. Les 120 000 € qu'elle n'utilise pas ont déjà été imposés au taux marginal avant d'atterrir sur son épargne.

En SELARL (gérante majoritaire, TNS) : elle se verse ~80 000 € (imposés à l'IR + cotisations, comme avant), et laisse ~120 000 € dans la société. Cette part est taxée à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà), soit un ordre de grandeur de ~26 000 € d'IS, contre ~50 000 € d'IR marginal en BNC. L'écart annuel se chiffre en dizaines de milliers d'euros, et le capital ainsi conservé capitalise dans la société.

Soyons clairs : ce gain est un report et un différentiel de taux, pas une exonération. Le jour où Camille sortira ces sommes en dividendes, elle paiera le PFU (31,4 %). Mais d'ici là, elle aura capitalisé sur une base bien plus large.

Cas 2 · Même médecin · 200 000 € · mais consomme tout

Dr Camille (variante) — la SEL ne sert à rien

Reprenons Camille avec le même bénéfice de 200 000 €, mais cette fois elle dépense tout : pas d'épargne.

Pour disposer de ses 200 000 €, elle doit tout sortir de la société. Soit en rémunération (imposée à l'IR + cotisations, exactement comme en BNC), soit en dividendes : et là, elle empile l'IS d'abord (15/25 %), puis le PFU à 31,4 % à la sortie, plus les cotisations sur la fraction de dividendes au-delà de 10 % (voir §7). La double couche d'imposition annule le bénéfice du taux réduit.

Résultat : à bénéfice identique, la SEL ne lui apporte rien de plus que le BNC sur le plan fiscal, et lui coûte en revanche la comptabilité, le juridique et la complexité. C'est la preuve par l'exemple : le seuil n'est pas un chiffre de bénéfice, c'est un chiffre d'épargne.

Cas 3 · Avocate · 110 000 € de bénéfice · train de vie 70 000 €

Maître Léa — bascule limite, l'EI à l'IS d'abord

Léa gagne 110 000 € et en dépense 70 000 €. Elle épargne 40 000 € par an : la condition de bascule est remplie, mais de façon mesurée.

Sur ces 40 000 € non consommés, le différentiel IS (15 %) vs TMI (autour de 41 %) génère une économie de l'ordre de ~10 000 € par an. Mais une fois retranchés le surcoût de comptabilité et de conseil (souvent 2 000 à 4 000 €/an), le gain net se réduit à quelques milliers d'euros — réel, mais modeste.

Notre conseil pour ce profil : avant de monter une SEL complète, regardez d'abord l'EI à l'IS (voir §9), qui capte l'essentiel de l'avantage sans la lourdeur d'une société. Et n'oubliez pas le PER du libéral, qui réduit l'IR à la TMI sans aucune structure à créer.

Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs

Les montants ci-dessus sont des ordres de grandeur pédagogiques, volontairement simplifiés (tranches, cotisations et arrondis) pour faire ressortir la logique. Ils ne valent pas une simulation personnalisée: le gain net réel dépend de votre TMI exacte, de votre régime de cotisations, de vos déductions (PER/Madelin), du niveau de rémunération de sortie et du rendement de la trésorerie capitalisée. Une projection chiffrée ne préjuge pas du résultat futur, qui varie selon votre situation et l'évolution de la fiscalité (LF/LFSS annuelles). À modéliser au cas par cas avant toute décision.
Hagnéré Patrimoine

Quel est VOTRE seuil de bascule, à l'euro près ?

Un CGP indépendant modélise votre cas — bénéfice, TMI, train de vie réel, capacité d'épargne — et chiffre le gain net annuel d'une SEL (ou d'une EI à l'IS), coûts et impact retraite inclus.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6LE VRAI COÛT·3 MIN

Le vrai coût : compta, mais surtout retraite et cotisations

Quand on évoque le coût de la SEL, on pense d'abord à la comptabilité. C'est réel, mais ce n'est pas le plus important. Le vrai coût d'une stratégie de distribution agressive en dividendes, c'est ailleurs qu'il se cache : dans vos droits sociaux.

Mémo express

Les trois couches de coût d'une SEL

  • Coût visible (compta + juridique) : comptabilité d'engagement, honoraires d'expert-comptable souvent de 2 000 à 5 000 €/an, formalités annuelles (approbation des comptes, PV), frais de constitution. Mesurable et prévisible.
  • Coût retraite (dividendes) : les dividendes n'ouvrent aucun droit à la retraite. Se payer surtout en dividendes pour réduire les cotisations, c'est valider moins de trimestres et de points. Vous échangez un gain fiscal immédiat contre une pension future plus faible.
  • Coût abattement (micro) : si vous quittez le micro-BNC, vous perdez l'abattement forfaitaire de 34 % — qui n'a de sens que si vos charges réelles sont faibles.

Moins d'impôt aujourd'hui, moins de pension demain

La bascule en SEL, surtout couplée à une rémunération faible et beaucoup de dividendes, est un arbitrage : moins d'impôt et de cotisations aujourd'hui, contre moins de droits sociaux demain. Ce n'est pas un mauvais choix en soi, mais il doit être conscient et compensé : une rémunération suffisante pour cotiser un minimum, un PER (article 154 bis CGI) pour reconstituer l'épargne retraite à la TMI, et une prévoyance pour couvrir le risque. Le détail du chiffrage TNS vs assimilé salarié figure dans notre comparatif détaillé des statuts du dirigeant.
§ 7LA RÈGLE DES 10 %·3 MIN

Le piège des dividendes : la règle des 10 %

« Je me verserai des dividendes, ça ne coûte que 31,4 % de PFU, pas de charges. » C'est la phrase qu'on entend en rendez-vous dès qu'un chirurgien-dentiste découvre la SEL. C'est faux pour une SEL. Une règle spécifique, propre aux sociétés d'exercice libéral et aux gérants TNS, vient encadrer cela.

La règle des 10 % (art. L. 131-6 CSS)

Dividendes versés à l'associé exerçant :

  • Fraction ≤ 10 % de (capital social
      + primes d'émission + solde moyen du CCA)
        →  PFU 31,4 %  (pas de cotisations TNS)

  • Fraction > 10 %
        →  réintégrée dans l'assiette des COTISATIONS TNS
           (en plus de l'imposition)

CCA = compte courant d'associé. La part de dividendes au-delà de 10 % du capital est traitée, socialement, comme du revenu d'activité : elle supporte les cotisations TNS, pas seulement le PFU.

Les associés espéraient que cette règle tombe : elle tient bon. Le Conseil constitutionnel l'a validée (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), jugeant ses critères « objectifs et rationnels » et son objectif — éviter la substitution de dividendes à de la rémunération — légitime. La Cour de cassation a même jugé que loger la SEL sous une SPFPLne fait pas écran : les dividendes distribués à la holding restent dans l'assiette TNS de l'exerçant (Cass. 2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366).

La règle des 10 % en chiffres

Imaginons une SELARL au capital de 10 000 €, sans prime ni compte courant. Le seuil des 10 % vaut donc 1 000 €. Si le gérant majoritaire se distribue 40 000 € de dividendes : les 1 000 € sous le seuil supportent le PFU à 31,4 % ; les 39 000 € restants sont réintégrés dans l'assiette des cotisations TNS, comme du revenu d'activité. Sur une SELARL capitalisée à 10 000 €, 97,5 % des dividendes basculent ainsi en cotisations TNS. Distribuer en masse n'a plus de sens : autant laisser le bénéfice dormir à l'IS.

Conséquence sur le gain de la bascule

La règle des 10 % borne l'intérêt d'une distribution massive en dividendes : au-delà du seuil, les dividendes coûtent presque aussi cher qu'une rémunération. C'est une raison de plus pour que la SEL serve d'abord à capitaliser (laisser le bénéfice à l'IS) plutôt qu'à tout redistribuer. Attention : cette règle des 10 % vise les TNS (gérant majoritaire de SELARL). En l'état du droit, elle ne s'applique pas au président de SELAS, assimilé salarié, dont les dividendes ne sont pas réintégrés dans une assiette de cotisations TNS : aucun texte n'étend à ce jour le dispositif aux assimilés salariés. Le détail figure dans le guide dédié Dividendes de SEL et cotisations sociales. Sur l'arbitrage global, voyez aussi SEL : salaire ou dividendes.
§ 8LE SÉISME 2024-2025·3 MIN

Le séisme 2024-2025 : votre rémunération reste du BNC

L'expert-comptable d'un médecin nous l'a avoué franchement le mois dernier : il continuait de traiter la rémunération de SEL comme un salaire. On croit souvent qu'en passant en SEL, on transforme son revenu professionnel en salaire de dirigeant. Faux. La rémunération que vous percevez au titre de votre activité technique d'exercice libéral (vos actes de médecin, vos dossiers d'avocat) reste imposée en BNC.

Le Conseil d'État a posé ce principe (16 octobre 2013 n° 339822 ; 8 décembre 2017 n° 409429), puis l'a verrouillé le 8 avril 2025 (n° 492154). Cet arrêt a même annulé la « règle des 5 % » (§ 550 de la doctrine BOI-RSA-GER-10-30) qui présumait jusque-là que 5 % de la rémunération relevaient du mandat de gérance. Désormais, seule la rémunération du mandat de gérance (gérant majoritaire de SELARL) relève de l'article 62 CGI (traitements et salaires) ; tout le reste, l'exercice technique, reste du BNC (article 92 CGI).

À retenir

La SEL réorganise le BNC, elle ne le supprime pas

  • Rémunération technique d'exercice (l'essentiel de votre revenu) → BNC, article 92 CGI.
  • Rémunération du mandat de gérance (gérant majoritaire SELARL) → art. 62 CGI (traitements et salaires).
  • Plus de forfait : la répartition technique / mandat doit être justifiée, la tolérance des 5 % ayant été annulée (CE 08/04/2025).

Le piège à anticiper : la répartition doit être justifiée

Concrètement, depuis l'annulation de la tolérance des 5 %, vous ne pouvez plus présumer qu'une fraction de votre rémunération relève automatiquement du mandat de gérance (art. 62 CGI). La répartition entre rémunération technique (BNC) et rémunération du mandat (art. 62) doit reposer sur des éléments concrets et documentés. C'est devenu un vrai sujet de paie et de déclaration en SEL : à cadrer dès la constitution avec votre expert-comptable, pour éviter une requalification a posteriori.

En clair : passer en SEL ne fait pas disparaître votre BNC, il le réorganise dans une enveloppe à l'IS. C'est cohérent avec tout ce qui précède : ce que la société vous apporte, ce n'est pas un changement de nature de votre revenu, c'est la possibilité de ne pas tout vous verser, et de laisser capitaliser le reste.

Le cas de l'expert-comptable : structurer rémunération et dividendes

L'expert-comptable, qui conseille au quotidien ses clients sur ces arbitrages, applique exactement la même logique à sa propre structure : répartition rémunération technique / mandat, pilotage des dividendes et de la trésorerie de la SEL. Le détail de cette stratégie est développé dans notre guide optimisation fiscale de l'expert-comptable : rémunération et dividendes.
§ 9L'ALTERNATIVE OUBLIÉE·2 MIN

L'EI à l'IS, l'alternative oubliée du solo

On oppose en général « BNC » et « SELARL » comme si la seule façon d'accéder à l'impôt sur les sociétés était de créer une société. C'est inexact. Depuis 2022 (article 1655 sexies CGI, issu de la loi n° 2022-172 du 14 février 2022), l'entrepreneur individuel peut opter pour son assimilation à une EURL, et donc pour l'IS, sans créer de personne morale distincte. Un kiné ou une orthophoniste qui exerce seul n'a souvent aucune raison de monter une société entière : cette option suffit. Le raisonnement vaut pour la plupart des libéraux solo affiliés à la CIPAV : pour une déclinaison métier, voyez notre guide statut juridique du psychologue : EI, EURL ou SELARL ?.

EI à l'IS — quand vous exercez seul

Points forts

  • Accès à l'IS 15/25 % et au pilotage rémunération/dividendes
  • Pas de statuts, pas de capital, pas d'associés à gérer
  • Formalités allégées par rapport à une société
  • Capte l'essentiel de l'avantage de la bascule

Points de vigilance

  • Option pour l'IS en principe irrévocable après quelques exercices
  • Moins adaptée si vous voulez vous associer ou faire entrer une holding

SEL (SELARL / SELAS) — quand la structure s'impose

Points forts

  • Indispensable pour s'associer à plusieurs
  • Permet une SPFPL au-dessus (mère-fille, effet de levier)
  • Cadre adapté à une cession ou une transmission structurée

Points de vigilance

  • Constitution et fonctionnement plus lourds et plus coûteux
  • Gouvernance et formalités juridiques annuelles

La bonne question avant de monter une SEL

« Suis-je seul ou vais-je m'associer ? » Si vous exercez seul et cherchez surtout l'avantage fiscal de l'IS, l'EI à l'IS suffit souvent et vous épargne la complexité d'une société. La SEL — et la SPFPL au-dessus — devient nécessaire quand vous vous associez, quand vous voulez capitaliser via une holding, ou pour préparer une cession.
§ 10SELARL OU SELAS·2 MIN

SELARL ou SELAS : pour qui ?

Si une société s'impose, reste à choisir sa forme. SELARL et SELAS sont toutes deux à l'IS et offrent le même pilotage rémunération/dividendes. La vraie différence tient au statut social du dirigeant, et donc au poids des cotisations.

SELARL vs SELAS : le choix se joue d'abord sur le statut social du dirigeant. Les fourchettes de cotisations sont des ordres de grandeur ; le chiffrage précis dépend du niveau de rémunération.
CritèreSELARL (gérant majoritaire)SELAS (président)
Statut social du dirigeantTNS (art. L. 631-1 CSS)Assimilé salarié (art. L. 311-3 CSS)
Poids des cotisationsPlus léger (≈ 33 à 45 %)Plus lourd (≈ 70 à 80 %)
Protection sociale / retraitePlus limitéeRenforcée (hors chômage)
Rémunération du mandatArt. 62 CGIArt. 80 ter CGI (traitements et salaires)
Profil typeMinimiser les charges, piloter la rémuPrivilégier la couverture sociale

En résumé : la SELARL (gérant majoritaire TNS) est souvent privilégiée par ceux qui veulent minimiser les charges et maximiser le pilotage rémunération/dividendes. La SELAS (président assimilé salarié) convient à ceux qui veulent une meilleure protection sociale et acceptent des cotisations plus lourdes. Pour le détail du chiffrage, appuyez-vous sur notre comparatif TNS vs assimilé salarié et sur le guide EI, EURL, SELARL, SELAS.

Pour trancher en une phrase

Vous cherchez d'abord à optimiser la fiscalité et piloter votre rémunération, et vous êtes prêt à compléter votre couverture par un PER et une prévoyance ? La SELARL (TNS) est souvent le bon choix. Vous voulez une protection sociale solide d'emblée et acceptez des cotisations plus lourdes ? Regardez la SELAS. Dans les deux cas, posez les deux simulations côte à côte avant de signer chez le notaire : un écart de cotisations de 30 points, ça se calcule, ça ne se devine pas.
§ 11APRÈS LA BASCULE·3 MIN

Après la bascule : SPFPL, trésorerie, RFR, transmission

Une fois la SEL en place, le vrai travail commence : vous avez maintenant une enveloppe à l'IS où loger et faire fructifier le bénéfice. Voici ce que la SEL débloque, et qui prolonge naturellement ce guide.

Les leviers que la SEL débloque. Chaque ligne renvoie à un guide spécialisé du cluster professions libérales.
Levier débloqué par la SELCe que ça apporteLe guide dédié
SPFPL (holding)Remontée des dividendes à ~1,25 % (mère-fille, art. 145 et 216 CGI), effet de levier pour racheter des cabinetsSPFPL profession libérale
Trésorerie placéeCapitaliser le bénéfice à l'IS (contrat de capitalisation PM imposé annuellement au forfait 105 % du TME, art. 238 septies E CGI, sans PS de 17,2 %) plutôt que de tout sortir en dividendes à 31,4 %Placer la trésorerie de sa SEL
Pilotage du RFRMaîtriser le revenu fiscal de référence (CEHR, CDHR) en ne se versant que le nécessaireProfession libérale à hauts revenus
PER / MadelinDéduire jusqu'à 88 911 € (art. 154 bis CGI) du résultat, à la TMIPER profession libérale
Cession / transmissionExonérations de plus-value (238 quindecies, 150-0 D ter), DutreilCéder son cabinet

Le point d'attention transverse à connaître : la dualité des prélèvements sociaux 2026. Depuis la LFSS 2026, les dividendes supportent 18,6 % de PS (PFU global 31,4 %), tandis que l'assurance-vie, les contrats de capitalisation et les revenus fonciers restent à 17,2 %. C'est précisément ce qui rend le placement de la trésorerie de la SEL plus efficace que la distribution. Tout est détaillé dans notre guide prélèvements sociaux 2026 : la dualité 17,2 % / 18,6 %.

La bascule s'inscrit dans une séquence

Choisir BNC ou SEL, c'est la première marche, pas l'escalier entier. Une fois la structure posée, on enchaîne sur la rémunération, la holding, la trésorerie, l'immobilier des murs, le PER et la transmission. Pour l'itinéraire complet dans le bon ordre, voyez notre guide pilier optimisation fiscale de la profession libérale de A à Z, et pour les leviers de réduction d'impôt notre guide défiscalisation profession libérale.
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Faire le bon choix de structure, puis bâtir la suite

Audit indépendant : on calcule votre seuil de bascule, on choisit la structure adaptée (BNC, EI à l'IS, SELARL ou SELAS), puis on enchaîne sur la SPFPL, la trésorerie et la transmission. Une vision globale et chiffrée.

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Sources et références légales

  • CGI — structure et régime du libéral

    Art. 102 ter CGI (régime micro-BNC : abattement 34 %, seuil de recettes 83 600 € sur la période 2026-2028). Art. 93 et 96 CGI (BNC au réel, déclaration contrôlée 2035-SD). Art. 219 I-b CGI (IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà). Art. 197 CGI (barème de l'IR 0/11/30/41/45 %). Doctrine : BOI-IS-LIQ-20-20, BOI-BNC-BASE-40.

  • CGI / CSS — rémunération et dividendes en SEL

    Art. 92 CGI (la rémunération technique de l'associé de SEL relève des BNC). Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance du gérant majoritaire, imposée en traitements et salaires). Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS depuis la LFSS 2026). Art. 158 CGI (option barème, abattement 40 %). Art. L. 131-6 CSS (cotisations TNS sur la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant). Art. L. 631-1 et L. 311-3 CSS (statut social TNS / assimilé salarié). Doctrine : BOI-BNC-SECT-70-40, BOI-RES-BNC-000136 (27/12/2023), BOI-RSA-GER-10-30 (16/07/2025), BOI-RPPM-RCM-20-10-30-10.

  • Lois, ordonnance et hauts revenus

    LFSS 2026 (loi 2025-1403 du 30/12/2025 : dualité des prélèvements sociaux, PFU dividendes porté à 18,6 % de PS). LF 2026 (loi 2026-103 du 19/02/2026 : IS taux réduit 42 500 € maintenu, micro-BNC 83 600 €). LFSS 2013 (loi 2012-1404 du 17/12/2012, art. 11 : généralisation de la règle des 10 %). Ordonnance 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées, abrogation de la loi 90-1258 du 31/12/1990). Art. 1655 sexies CGI (loi 2022-172 du 14/02/2022 : option de l'EI pour l'assimilation à une EURL valant option à l'IS). Art. 238 septies E CGI (contrat de capitalisation détenu par une PM à l'IS : imposition annuelle forfaitaire 105 % du TME, sans PS de 17,2 %). Art. 154 bis CGI (PER/Madelin, plafond 88 911 € en 2026). Art. 223 sexies CGI (CEHR 3/4 %).

  • Jurisprudence structurante

    CE 16/10/2013 n° 339822 et CE 08/12/2017 n° 409429 (rémunération d'exercice libéral de l'associé de SEL imposable en BNC, sauf lien de subordination). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (confirmation du régime BNC, art. 62 pour le seul mandat de gérance, annulation de la règle des 5 % du § 550 de BOI-RSA-GER-10-30). Cons. const. n° 2010-24 QPC du 06/08/2010 (validation de la règle des 10 % sur les dividendes, art. L. 131-6 CSS). Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (dividendes de SEL distribués à une SPFPL : la holding ne fait pas écran).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. La décision de passer de BNC à SEL (ou à l'EI à l'IS) doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable (audit de structure, modélisation chiffrée selon votre TMI et votre capacité d'épargne, arbitrage rémunération/dividendes, impact retraite, statut social). Les chiffres et taux cités sont à jour au 25 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF/LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points (champ exact de la règle des 10 % selon le statut social, conditions d'éligibilité à l'ACRE) sont précisés au regard de l'état actuel du droit ou signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas encore clairement.

Foire aux questions

Tout sur le choix BNC ou SELARL pour une profession libérale seuil, coût, dividendes, retraite et statut.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : à partir de quel bénéfice basculer, ce que change vraiment la SEL, le coût réel, la règle des 10 %, l'impact retraite, SELARL ou SELAS, l'EI à l'IS. Réponses sourcées et à jour 2026.