Avocat à fort revenu : pourquoi trier ses leviers (et comment lire ce guide)
L'essentiel en 30 secondes
Un avocat qui dégage un bénéfice confortable se place presque mécaniquement dans la tranche à 41 % ou 45 % de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI), la tranche à 45 % débutant au-delà d'environ 181 917 € par part. Vous exercez une profession libérale réglementée (loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971) dont les revenus sont des bénéfices non commerciaux purs : pas d'activité commerciale annexe, contrairement à d'autres libéraux. Et, point trop souvent oublié, vos honoraires sont soumis à la TVA au taux normal de 20 %, que vous récupérez sur vos frais.
Au-delà du barème, l'impôt s'empile. Les prélèvements sociaux frappent vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). La CEHR, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et, pour les très hauts revenus, la CDHR(article 224) impose un plancher de 20 % du RFR. C'est cet empilement qu'il faut avoir en tête avant de choisir le moindre produit.
| Prélèvement | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|
| IR au barème (art. 197) | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR (art. 223 sexies) | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR (art. 224) | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, dividendes, parts de SEL, LMNP) |
Le vrai pilote de la facture, ce n'est pas seulement votre taux marginal, c'est votre revenu fiscal de référence. C'est lui qui rend inutile la moitié des produits qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le panorama d'ensemble du libéral fortement imposé, voyez payer moins d'impôts quand on est une profession libérale à hauts revenus.
Trois familles de leviers, un seul mode d'emploi
Les 4 spécificités fiscales de l'avocat que les autres guides oublient
Avant de dérouler les dispositifs, il faut poser quatre points propres à l'avocat. Aucun n'est anecdotique : chacun déplace le rendement réel d'un levier qu'on verra plus loin.
1. La retraite, c'est la CNBF, pas la CNAVPL
L'avocat relève d'une caisse autonome : la CNBF, la Caisse Nationale des Barreaux Français. Ce n'est pas une section de la CNAVPL — ni la CARPV des vétérinaires, ni la CARMF des médecins, ni la CIPAV. Le régime de base combine une cotisation forfaitaire selon l'ancienneté (de l'ordre de 363 € la première année à environ 1 988 € à partir de la sixième) et une cotisation proportionnelle de 3,20 % du revenu (assiette plafonnée). S'y ajoute un régime complémentaire par classes, en transition vers une classe unique en 2029. La pension de base à taux plein revalorisée s'établit à environ 19 154 € au 1er janvier 2026 : c'est faible au regard de vos revenus d'activité.
C'est là que le PER (dispositif 1) prend tout son sens : il ne fait pas que réduire votre impôt, il comble l'écart entre votre niveau de vie et ce que la CNBF servira. Il n'existe pas de page dédiée à la CNBF sur ce site ; pour le cadre général des régimes libéraux, voyez la retraite des professions libérales.
2. La TVA à 20 %, récupérable (vous n'êtes PAS exonéré)
C'est l'inverse exact des professions de santé humaine. Les honoraires d'avocat sont soumis à la TVA au taux normal de 20 %. Vous la facturez à vos clients et, surtout, vous récupérez la TVA déductible sur vos frais : loyers du cabinet, matériel informatique, documentation juridique, sous-traitance, abonnements. L'exonération de TVA des soins (article 261-4-1° du CGI) ne vous concerne jamais : elle vise la santé de la personne humaine. Seule l'aide juridictionnellerelève d'un régime particulier.
La TVA, un vrai levier sur l'immobilier professionnel
3. La fin de l'abattement de 10 % en SEL (depuis 2024)
Si vous exercez (ou envisagez d'exercer) en SELARL ou SELAS, retenez ce changement de fond. Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération technique de l'associé de SEL — celle qui correspond à votre activité libérale — est imposée en BNC, et non plus en traitements et salaires. Vous perdez du coup l'abattement forfaitaire de 10 % et devez désormais déduire vos frais réels en BNC. Le principe a été confirmé par le Conseil d'État le 8 avril 2025 (n° 492154), dans le sillage du rescrit BOI-RES-BNC-000136. Ce point change le calcul d'un passage en société, à modéliser au cas par cas.
4. L'accès au Girardin encadré par la déontologie
Dernier point de vigilance, propre à votre profession. Le Girardin industriel (dispositif 8) suppose en principe d'être associé d'une structure exerçant une activité commerciale outre-mer, ce qui peut entrer en tension avec votre déontologie. En pratique, l'avocat n'y accède pas en direct : il passe par une société dédiée et un opérateur agréé, qui portent l'activité. Nous y reviendrons, mais il fallait le poser dès maintenant.
Pourquoi ce bloc change tout
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
C'est la première chose que je pose sur la table en rendez-vous avec un avocat. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles radicalement différentes, et à 41-45 %, deux seulement tiennent vraiment debout.
Réduction d'impôt — plafonnée et fragile
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, forestiers, emploi à domicile. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Pour les très hauts revenus exposés à la CDHR (art. 224), une partie de l'avantage peut même être reprise. Ce levier reste secondaire.
Réduction d'assiette — efficace
PER (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 110), il abaisse aussi l'assiette de la CEHR et de la CDHR. C'est efficace, même à très hauts revenus. À part : les dons (art. 200) sont une réduction d'impôt hors plafond des niches — ils baissent l'IR, pas le RFR.
Et il existe une troisième famille, souvent la plus lourde pour un avocat qui exerce en société : le report. Le bénéfice non distribué d'une SELARL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans votre RFR.
| Famille | Exemples | Dans le plafond 10 000 € ? | Effet sur le RFR | Verdict avocat |
|---|---|---|---|---|
| Réduction d'impôt | FIP, FCPI, Girardin, forestiers | Oui (sauf forestiers, crédit à part) | Aucun — joue le taux d'impôt | Secondaire |
| Réduction d'assiette | PER, déficit foncier, MH, démembrement | Non — hors plafond | Baisse le RFR | Efficace |
| Report | SELARL / IS non distribuée, 150-0 B ter | Non | Sort le revenu de l'année | Efficace |
La hiérarchie est simple : on sature d'abord les déductions d'assiette hors plafond (PER, déficit foncier, Monuments Historiques), puis on structure (SELARL, SPFPL), et seulement en dernier on consomme le plafond de 10 000 € (emploi à domicile, FCPI JEI, Girardin à 18 000 €). Les dons (art. 200) restent à part : réduction d'impôt hors plafond, mais sans effet sur le RFR. Tout montage doit reposer sur une substance économique réelle, faute de quoi il s'expose à l'abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales). Pour le détail du plafond, voyez le plafond global des niches de 10 000 € et, sur les surtaxes, la mécanique de la CEHR et de la CDHR.
Faut-il vraiment souscrire ce produit de défisc ?
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Dispositif 1 — le PER / Madelin TNS (article 154 bis), le levier n°1
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait être votre premier réflexe. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — exactement ce qui compte à 41-45 %. [ Économie forte · Hors plafond · Risque faible ]
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €.
Le plafond PER TNS 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EUR
EXEMPLE 180 000 EUR de benefice :
10 % x 180 000 + 15 % x (180 000 - 48 060)
= 18 000 + 19 791 = 37 791 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS). Sur un bénéfice de 180 000 €, le plafond est de 37 791 €. À 45 % de TMI, saturer ce plafond représente environ 17 006 € d'impôt en moins — et un RFR abaissé d'autant.
Le PER joue sur deux tableaux : l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI, et — ce qui compte vraiment à votre niveau — la baisse du RFR du montant versé, qui allège aussi l'assiette de la CEHR et de la CDHR. C'est l'archétype du levier d'assiette.
La prévoyance et la perte d'emploi Madelin
N'oubliez pas les enveloppes sœurs, toujours rattachées à l'article 154 bis. La prévoyance et la complémentaire santé Madelin sont déductibles jusqu'à environ 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale de 3 % de 8 PASS). La garantie perte d'emploi du TNS est déductible à hauteur de 1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du PASS. Ce sont des plafonds distincts de celui du PER retraite : ils s'empilent avec lui. Pour la couverture du libéral, voyez la prévoyance de la profession libérale.
À la sortie, les prélèvements sociaux du PER sont à 18,6 %
Dispositifs 2 & 3 — passer en SELARL et coiffer d'une SPFPL
On touche ici aux leviers qui changent durablement la donne sur votre RFR — et les plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas.
Dispositif 2 — la SELARL / SELAS à l'IS et le pilotage rémunération / dividendes
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SELARL ou SELAS à l'impôt sur les sociétés, le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. Le cadre juridique est celui de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (entrée en vigueur le 1er septembre 2024) et de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971. La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
Le piège : la fin de l'abattement de 10 % (CE 8 avril 2025)
Le garde-fou dividendes : le seuil de 10 % du capital
Un piège social guette quand vous distribuez des dividendes depuis une SEL. La fraction de dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est assujettie aux cotisations sociales (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale, recouvrées via la CNBF / l'Urssaf), et non au seul prélèvement forfaitaire. En deçà de ce seuil de 10 %, les dividendes relèvent du PFU à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026). C'est tout l'enjeu de l'arbitrage rémunération / dividendes. Voyez l'arbitrage rémunération / dividendes de l'avocat en SELARL, salaire ou dividendes en SEL et les cotisations sociales sur les dividendes de SEL.
Dispositif 3 — la holding SPFPL et le régime mère-fille
Au-dessus de votre SEL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216 du CGI), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (et de l'ordre de 0,25 % en intégration fiscale, détention ≥ 95 %). La détention doit être d'au moins 5 % et conservée au moins deux ans. La trésorerie remontée capitalise dans la holding plutôt que d'alourdir votre RFR. Pour le montage complet, voyez la holding d'avocat (SPFPL) et la SPFPL de la profession libérale.
Et pour la cession ou la transmission : l'apport-cession (150-0 B ter)
Dispositifs 4 & 6 — l'immobilier qui efface du revenu (déficit foncier, Monuments Historiques)
Après la structure, l'immobilier d'assiette. Deux dispositifs effacent du revenu imposable à votre TMI : l'un plafonné et accessible, l'autre non plafonné mais exigeant.
Dispositif 4 — le déficit foncier (ancien à rénover)
Sur le papier c'est rustique, mais à 45 % le rendement fiscal est imbattable. Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles (hors intérêts d'emprunt) qui dépassent vos loyers créent un déficit foncier. Ce déficit s'impute sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an (article 156 du CGI) ; l'excédent et les intérêts restent reportables dix ans sur vos revenus fonciers. [ Économie moyenne · Hors plafond · Risque faible ]
À 45 %, imputer 10 700 € représente environ 4 815 € d'impôt en moins, et votre RFR baisse d'autant. Et un détail qui change le rendement net : les revenus fonciers (location nue, SCI à l'IR) restent à 17,2 % de prélèvements sociaux en 2026, et non 18,6 %. Pour le détail du dispositif, voyez le déficit foncier et les revenus fonciers 2026.
Le doublement à 21 400 € : un dispositif temporaire à confirmer
Dispositif 6 — les Monuments Historiques (pour les très hauts revenus)
Quand vos autres déductions sont saturées et que votre TMI est à 45 % avec CEHR, le régime des Monuments Historiques (articles 156 et 156 bis du CGI) passe en tête : c'est le seul levier d'assiette qui ne plafonne jamais. Il autorise la déduction des charges et des travaux du revenu global sans aucun plafond, et hors plafond des niches, contre un engagement de conservation de quinze ans et un bien classé ou inscrit. [ Économie forte · Hors plafond · Risque moyen — engagement 15 ans ]
Sur le plan fiscal, les Monuments Historiques l'emportent sur le dispositif Malraux (article 199 tervicies), qui n'offre qu'une réduction d'impôt de 22 ou 30 % des travaux — partiellement reprise par la CDHR pour les très hauts revenus. Le critère de choix n'est pas le taux affiché, mais l'effet réel sur votre RFR. Voyez les Monuments Historiques et Malraux ou Monuments Historiques.
Déficit foncier ou Monuments Historiques : lequel pour vous ?
Dispositif 5 — LMNP meublé (et le démembrement comme alternative d'assiette)
Le LMNP (location meublée non professionnelle) reste un classique, mais ses règles ont changé. Les loyers meublés relèvent des BIC : au régime réel, l'amortissement du bien et du mobilier vient effacer comptablement une grande partie des loyers, qui sont donc souvent peu ou pas fiscalisés pendant des années. Attention toutefois : les prélèvements sociaux des loyers meublés sont à 18,6 % en 2026 (revenus BIC), et non 17,2 %. [ Économie moyenne · Hors niche mais pas déduction du revenu global · Risque faible ]
Réforme Le Meur : les amortissements réintégrés dans la plus-value
L'alternative d'assiette : la nue-propriété / démembrement
Si votre objectif est avant tout de ne pas alourdir votre RFR, le démembrement est plus adapté que le LMNP. L'achat en nue-propriété consiste à acquérir un bien avec une décote d'environ 25 à 40 %, l'usufruit étant temporairement détenu par un tiers (souvent un bailleur institutionnel). Pendant le démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas, ce qui est précieux pour rester sous les seuils CEHR / CDHR. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968 du CGI, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée (article 1133). C'est un levier d'assiette pur, hors plafond des niches. Voyez le démembrement et la nue-propriété, l'immobilier de la profession libérale, l'investissement immobilier pour avocat : SCPI, LMNP, déficit foncier selon la TMI et le crédit in fine pour le LMNP.
Note de méthode : ce qu'une projection immobilière ne dit pas
Dispositifs 7 & 8 — les produits de défisc à risque (forestiers, FIP / FCPI, Girardin)
Voici la famille qu'on vous propose le plus en fin d'année — et celle dont je me méfie le plus. Ici, le ton change : ces produits offrent une réduction d'impôt réelle, mais leur couple rendement / risque et leur illiquidité doivent être pesés froidement. Je vous donne les chiffres que la plaquette du fonds oublie de mettre en avant.
Dispositif 7a — groupements forestiers (GFF) et viticoles (GFV)
Souscrire des parts de groupement forestier ouvre droit à un crédit d'impôt de 25 % des versements (article 200 quindecies du CGI, dispositif DEFI-Forêt), dans la limite de 6 250 € de versements (seul) ou 12 500 € (couple), contre un engagement de conservation de huit ans. Attention : il ne faut jamais évoquer un taux de 18 % via l'article 199 decies H — cet article est abrogé depuis 2023. [ Économie faible · Crédit 25 % plafonné · Risque moyen — illiquidité ]
Le forestier a aussi un intérêt IFI : 75 % de la valeur des parts de GFF sont exonérées (article 976 du CGI), sous condition de gestion durable. Côté transmission, un abattement de 75 % s'applique (régime Monichon). Les groupements viticoles (GFV) suivent une logique voisine. Voyez les groupements forestiers 2026 et GFI, GFF et forêts.
Dispositif 7b — FIP / FCPI (réforme 2026)
Le capital-investissement défiscalisant (article 199 terdecies-0 A) a été profondément remanié. La plupart des FIP et FCPI classiques sont supprimés pour les versements effectués à compter du 21 février 2026 : ne subsistent essentiellement que le FIP Corse, le FIP Outre-mer et les FCPI investis en jeunes entreprises innovantes, dont le taux est porté à 30 %. La réduction reste enfermée dans le plafond des niches de 10 000 € et peut être neutralisée par la CDHR pour les très hauts revenus, avec un risque de perte en capital et une illiquidité de plusieurs années. [ Économie faible · Dans le plafond 10 000 € · Risque élevé ]
Pour l'état des lieux complet, voyez les FIP et FCPI 2026 et, pour le capital-investissement patrimonial (hors défisc), le private equity.
Dispositif 8 — le Girardin industriel
Le Girardin industriel (article 199 undecies B du CGI) est un objet fiscal à part : une réduction d'impôt one-shot à fonds perdus. Vous versez à fonds perdus dans une opération outre-mer, et l'année suivante l'avantage fiscal — supérieur à l'apport — se matérialise. Il bénéficie du plafond majoré des niches à 18 000 € (article 200-0 A). L'opération suppose un agrément au-delà de certains seuils et une conservation de cinq ans. [ Économie ponctuelle · Plafond 18 000 € · Risque élevé — reprise possible ]
Le risque majeur est la requalification ou la reprise de l'avantage si l'exploitation outre-mer ne respecte pas ses conditions. Et, comme posé en section 2, l'avocat n'y accède que via une société dédiée et un opérateur agréé (déontologie). À réserver à un impôt élevé et certain. Voyez le Girardin industriel.
La règle déontologique : ne jamais souscrire pour la seule ligne fiscale
Dispositif 9 — emploi à domicile, dons, PEA-PME et enveloppes de capitalisation
Une fois vos déductions d'assiette saturées et votre structure en place, restent quelques leviers d'appoint et les enveloppes de capitalisation. Pris isolément, aucun ne fait basculer une situation ; ensemble, et bien rangés, ils grignotent l'impôt résiduel et organisent l'épargne. Ce sont les retouches, pas les murs porteurs : utiles une fois le gros œuvre fiscal posé.
| Levier | Avantage fiscal | Plafond / nature | À retenir pour l'avocat |
|---|---|---|---|
| Emploi à domicile (art. 199 sexdecies) | Crédit d'impôt 50 % | Dépenses ≤ 12 000 € (+ majorations) → max ~6 000 € | Dans le plafond des niches de 10 000 € |
| Dons (art. 200) | Réduction 66 % (75 % aide aux personnes ≤ 2 000 €) | 20 % du revenu imposable | Hors plafond global des niches |
| PEA-PME | Exonération d'IR des gains après 5 ans | Plafond commun 225 000 €, PS 18,6 % | Pas de défisc à l'entrée, capitalisation |
| Enveloppes (AV, AV lux, capi) | Pas de défisc à l'entrée | Fiscalité différée + transmission | Cœur de l'épargne perso (voir #16) |
Pour l'épargne personnelle de l'avocat — où placer ses liquidités, quelle assurance-vie, quel PEA —, le sujet déborde de ce guide : voyez où placer son argent quand on est avocat. Pour les enveloppes elles-mêmes, voyez l'assurance-vie, l'assurance-vie luxembourgeoise, le PEA et, pour les dons, les dons aux associations.
Cas chiffré : un avocat à 180 000 € de BNC, TMI 45 %
Le profil
L'empilement, étape par étape (illustration aux taux 2026)
ETAPE 1 - PER / Madelin TNS (art. 154 bis)
Plafond = 10 % x 180 000 + 15 % x (180 000 - 48 060)
= 18 000 + 19 791 = 37 791 EUR
Versement retenu : 30 000 EUR
Economie d'IR ~ 30 000 x 45 % = 13 500 EUR
ETAPE 2 - Deficit foncier (art. 156)
Travaux imputes sur le revenu global = 10 700 EUR
Economie d'IR ~ 10 700 x 45 % = 4 815 EUR
(surplus reportable 10 ans ; PS foncier 17,2 %)
TOTAL IR ECONOMISE (etapes 1 + 2) ~ 18 315 EUR
RFR ABAISSE ~ 40 700 EUR
ETAPE 3 - Bascule SELARL (report)
Benefice non distribue : IS 15 % puis 25 % (art. 219)
vs 45 % + PS au nom propre => differe d'imposition
Dividendes < 10 % du capital : PFU 31,4 %Les étapes 1 et 2 sont des déductions d'assiette : elles baissent l'IR et le RFR de Maître Laurent. L'étape 3 est un report : elle ne paie pas moins d'impôt sur ce qu'il consomme, mais évite de faire remonter le bénéfice non consommé à son RFR. Montants indicatifs, à recalculer avec votre expert-comptable.
| Levier | Montant déduit | Économie d'IR (45 %) | Plafond niches ? | Effet RFR |
|---|---|---|---|---|
| PER 154 bis | 30 000 € | ~13 500 € | Hors plafond | −30 000 € |
| Déficit foncier | 10 700 € | ~4 815 € | Hors plafond | −10 700 € |
| Total étapes 1 + 2 | 40 700 € | ~18 315 € | — | −40 700 € |
| Bascule SELARL | Selon part non distribuée | Différé d'IS | Report | Pilotage de l'assiette |
Ce cas montre une logique, il ne remplace pas votre simulateur
Pour Maître Laurent, l'ordre à suivre est limpide : on active d'abord les déductions hors plafond (PER, déficit foncier, puis Monuments Historiques si le profil le justifie), ensuite la structure (SELARL, SPFPL), et seulement en dernierles réductions plafonnées (FCPI JEI, Girardin) — avec prudence et uniquement si l'impôt résiduel le justifie. Maître Laurent, ici, n'a même pas besoin d'y recourir.
Chiffrer votre propre empilement
On reprend votre bénéfice réel, votre situation familiale et vos projets, puis on calcule le plafond PER exact, l'effet du déficit foncier et l'opportunité d'une bascule en SELARL — avec votre expert-comptable.
Empiler ou se concentrer ? La méthode (et la déontologie)
À fort revenu, l'empilement est pertinent — mais dans un ordre précis. On sature d'abord les déductions d'assiette hors plafond (PER, déficit foncier, Monuments Historiques, dons), on structure ensuite (SELARL à l'IS, SPFPL, et le moment venu apport-cession 150-0 B ter), et on ne consomme le plafond des niches qu'en dernier, avec les produits à risque triés. C'est cet ordre, et lui seul, qui maximise l'effet sur votre RFR.
Mais un dispositif fiscal ne se justifie jamais seul. Il doit reposer sur une substance économique réelle, faute de quoi il s'expose à l'abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales). Un PER prépare une retraite que la CNBF ne suffira pas à financer ; un déficit foncier sert un projet immobilier ; une SPFPL organise une capitalisation et une transmission. L'économie d'impôt arrive à la fin de l'équation, jamais au début : d'abord le projet — une retraite, des murs, une transmission —, ensuite seulement la déduction.
Du levier isolé à la stratégie

