Structurez votre patrimoine de non-résident avec un expert
Exit tax, régime impatrié, fiscalité internationale, immobilier français et enveloppes patrimoniales : nous cadrons votre stratégie avant tout arbitrage ou changement de résidence.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en fiscalité patrimoniale internationale
Quentin Hagnéré accompagne expatriés, impatriés, non-résidents et dirigeants mobiles sur leurs arbitrages fiscaux, financiers et successoraux entre la France et l'étranger.
Sommaire
- 1. Combiner régime 155 B et défiscalisation : la stratégie d'ensemble
- 2. Première règle : ne pas défiscaliser ce qui est déjà exonéré
- 3. L'ordre des leviers : la séquence d'optimisation
- 4. Qu'est-ce qui se cumule (ou non) avec l'exonération 155 B ?
- 5. Le plafonnement global des niches fiscales (10 000 / 18 000 €)
- 6. À quoi ressemble la séquence type sur les 8 années du régime ?
- 7. Capitalisation différée ou réduction d'impôt immédiate ?
- 8. Tableau de synthèse de la stratégie
- 9. Cas chiffré : un impatrié optimise sur 8 ans
- FAQ — 8 questions d'optimisation impatrié
À retenir en 30 secondes
- L'optimisation impatrié est une séquence, pas un produit. On empile 4 étages dans l'ordre : exonération 155 B, PER, Girardin, capitalisation neutre.
- Règle absolue : ne jamais déduire ni réduire contre du revenu déjà exonéré. On n'agit que sur le résiduel taxable (salaire non exonéré, foncier français).
- Plafond des niches : 10 000 € (art. 200-0 A CGI), porté à 18 000 € avec Girardin / SOFICA. Le PER et le déficit foncier, qui réduisent l'assiette, restent hors plafond.
- Arbitrage par l'horizon : capitaliser si l'on reste, réduire en immédiat si un redépart approche (année 9).
Avertissement
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les cas chiffrés sont illustratifs, non garantis, et raisonnés en classes d'actifs et enveloppes (jamais en noms de fonds). Tout investissement comporte un risque de perte en capital. La fiscalité dépend de votre situation individuelle et la législation peut évoluer (lois de finances annuelles). Hagnéré Patrimoine est immatriculé à l'ORIAS sous le n° 23002291.
Mis à jour le 30 juin 2026 — Références légales mobilisées
Guide rédigé selon la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), la loi de financement de la sécurité sociale 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025), et l'état du droit au 30 juin 2026.
- Régime impatrié : art. 155 B CGI (prime d'impatriation, exonération 50 % des revenus passifs étrangers, durée 8 ans) ; art. 4 B (domicile fiscal — l'impatrié devient résident fiscal français) ; art. 964 (fenêtre IFI de 5 ans sur l'immobilier hors de France).
- Leviers de défiscalisation : art. 163 quatervicies (déduction PER) ; art. 199 undecies B (Girardin industriel) ; art. 156 (déficit foncier — imputation sur le revenu global) ; art. 200-0 A (plafonnement global des niches fiscales 10 000 / 18 000 €).
- Hauts revenus : art. 223 sexies (CEHR) ; art. 224 (CDHR — contribution différentielle, reconduite pour 2026 par la LF 2026).
- Doctrine administrative : BOFiP BOI-RSA-GEO-40 (régime des impatriés) ; BOI-IR-LIQ-20-20-10 (plafonnement global) ; BOI-IR-RICI-80 (Girardin).
Orchestrer vos leviers d'optimisation dans le bon ordre
Avant de souscrire un PER ou un Girardin, modélisez votre séquence complète : exonération 155 B, déduction, réduction, capitalisation, sur la durée du régime. Bilan patrimonial offert.
1. Combiner régime 155 B et défiscalisation : la stratégie d'ensemble
Optimiser la fiscalité d'un impatrié consiste à empiler quatre étages dans le bon ordre : d'abord l'exonération 155 B (art. 155 B CGI), puis le PER (art. 163 quatervicies) sur le résiduel taxable, puis le Girardin (art. 199 undecies B) dans le plafond des niches de 18 000 € (art. 200-0 A CGI), enfin la capitalisation neutre. Chez Hagnéré Patrimoine, c'est cet enchaînement — pas un produit pris isolément — qui fait la différence sur la facture finale.
L'erreur la plus fréquente, c'est de raisonner produit par produit. L'impatrié est souvent bien conseillé sur chaque dispositif pris isolément, mais jamais sur leur articulation. Un banquier lui vend un PER, un conseiller un Girardin, un troisième de la SCPI — chacun a raison dans son couloir. Empilés sans logique, ces mêmes dispositifs se chevauchent, saturent le plafond des niches, ou, le pire des cas, viennent défiscaliser un revenu déjà exonéré. C'est cette mise en ordre qui transforme un empilement de placements en vraie stratégie.
Ce guide ne redéfinit pas le régime : les conditions d'éligibilité, le calcul de la prime, l'exonération de 50 %, la durée de 8 ans ou la fenêtre IFI sont détaillés dans notre guide pilier du régime impatrié 155 B. Ici, on part du principe que vous êtes déjà sous le régime, et on répond à une seule question : dans quel ordre activer les leviers pour effacer l'impôt résiduel sans gaspiller un seul avantage.
Impatrié = résident fiscal français (art. 4 B CGI)
Rappel essentiel pour éviter toute confusion : l'impatrié arrive en France et y devient résident fiscal (art. 4 B CGI), après avoir été non-résident les 5 années civiles précédant sa prise de fonctions. Il n'est ni un expatrié (salarié envoyé travailler à l'étranger, art. 81 A), ni un non-résident (qui vit et est imposé hors de France). Toute l'optimisation décrite ici suppose un contribuable imposé en France sur ses revenus.
2. Première règle : ne pas défiscaliser ce qui est déjà exonéré
La faute que je vois le plus souvent : dépenser un avantage fiscal pour effacer un impôt qui, lui, n'existe déjà plus.
Le régime 155 B fait sortir de la base imposable la prime d'impatriation et 50 % de certains revenus passifs de source étrangère. Ces montants ne sont tout simplement plus dans votre revenu imposable. Or, le PER déduit du revenu imposable, et le Girardin réduit l'impôt calculé sur ce revenu imposable. Résultat : ni l'un ni l'autre ne peut « mordre » sur ce qui est déjà exonéré. Tout euro de défiscalisation orienté vers la part exonérée est un euro perdu.
L'assiette résiduelle : ce qui reste réellement taxable
La cible de toute votre défiscalisation, c'est l'assiette résiduelle : la part de revenu qui reste imposable une fois l'exonération 155 B appliquée. Elle comprend principalement :
- le salaire non exonéré : la part de rémunération qui dépasse la prime exonérée, souvent dans une tranche marginale d'imposition (TMI, le taux qui frappe votre dernier euro de revenu) élevée — 41 % ou 45 % ;
- le foncier français : les loyers d'immeubles situés en France ne sont jamais exonérés par le 155 B ;
- les revenus passifs non couverts : la moitié non exonérée des revenus passifs étrangers, et tous les revenus passifs de source française.
C'est sur ce périmètre — et sur lui seul — que le PER, le Girardin et le déficit foncier ont un effet. Avant d'activer le moindre dispositif, la première étape d'un bilan d'optimisation est donc de chiffrer précisément ce résiduel taxable. C'est lui qui dimensionne tout le reste de la séquence.
Le piège du PER surdimensionné
Un impatrié qui verse un PER calibré sur sa rémunération brute (prime exonérée incluse) se retrouve avec une déduction qui dépasse son revenu imposable. La fraction de versement qui excède le résiduel taxable ne génère aucune économie d'impôt cette année-là : elle immobilise de la trésorerie dans une enveloppe bloquée jusqu'à la retraite sans contrepartie fiscale immédiate. Le PER doit toujours être dimensionné sur le résiduel, pas sur le brut.
3. L'ordre des leviers : la séquence d'optimisation
La règle de séquençage : on part du gratuit avant le payant. On épuise d'abord ce qui ne coûte rien (l'exonération), puis ce qui réduit l'assiette (le PER), puis ce qui demande un effort de trésorerie pour réduire l'impôt (le Girardin), et enfin ce qui structure le patrimoine sans réduire l'impôt (la capitalisation).
Les 4 étages, dans l'ordre
| Étage | Levier | Mécanisme | Effort de trésorerie |
|---|---|---|---|
| 1 | Exonération 155 B | Prime + 50 % passifs étrangers + fenêtre IFI 5 ans : sort de la base | Nul (déclaratif) |
| 2 | PER (art. 163 quatervicies) | Déduction du revenu imposable résiduel — hors plafond des niches | Épargne bloquée (récupérable à la retraite) |
| 3 | Girardin industriel (art. 199 undecies B) | Réduction d'impôt one-shot à fonds perdu — dans le plafond 18 000 € | À fonds perdu (réduction > mise) |
| 4 | Capitalisation neutre (AV / AVL / SCPI EU) | Différé de fiscalité, ne réduit pas l'impôt — structure le patrimoine | Épargne disponible |
Déduction d'assiette ≠ réduction d'impôt
Deux mécanismes à ne jamais confondre : une déduction d'assiette (PER, déficit foncier) retranche un montant de votre revenu imposable — son gain dépend de votre tranche marginale (41 % ou 45 %) et elle est hors plafond des niches. Une réduction d'impôt (Girardin) vient directement en moins de l'impôt calculé — son gain est fixe, mais elle entre dans le plafond des niches. C'est pour cette raison qu'on place le PER avant le Girardin : il fait baisser l'impôt sans consommer le plafond réservé aux réductions.
Le PER (étage 2) est traité en détail dans notre guide PER de l'impatrié, le Girardin (étage 3) dans Girardin industriel pour impatrié, et la capitalisation (étage 4) dans nos guides dédiés à l'assurance-vie luxembourgeoise et à la SCPI pour impatrié.
4. Qu'est-ce qui se cumule (ou non) avec l'exonération 155 B ?
Tous les dispositifs ne jouent pas dans la même catégorie. Certains réduisent l'assiette (et échappent au plafond des niches), d'autres réduisent l'impôt (et consomment le plafond). Le tableau ci-dessous trie chaque levier selon sa nature et son interaction avec le plafonnement.
| Levier | Nature | Plafond des niches | Cumul avec 155 B |
|---|---|---|---|
| PER (art. 163 quatervicies) | Déduction d'assiette | Hors plafond | Oui — sur le résiduel taxable |
| Déficit foncier (art. 156) | Déduction d'assiette | Hors plafond (jusqu'à 10 700 €/an) | Oui — sur le foncier français |
| Girardin industriel (art. 199 undecies B) | Réduction d'impôt | Dans le plafond 18 000 € | Oui — sur l'impôt résiduel |
| SOFICA | Réduction d'impôt | Dans le plafond 18 000 € | Oui — sur l'impôt résiduel |
| SCPI européennes | Capitalisation / foncier hors France | Pas une niche (pas de réduction) | Oui — bonus fenêtre IFI 5 ans |
| Assurance-vie / AVL | Capitalisation neutre | Pas une niche | Oui — différé de fiscalité |
FCPI / FIP : le recentrage 2026 sur les JEI
Depuis la loi de finances 2026, les FCPI « classiques » (PME innovantes au sens large) n'ouvrent plus de réduction d'impôt sur le revenu pour les versements effectués à compter du 21 février 2026. L'avantage a été recentré sur les jeunes entreprises innovantes (JEI) : réduction de 30 % pour les FCPI investis en titres de JEI (quota minimal de 50 % de l'actif du fonds), portée à 50 % pour les jeunes entreprises d'innovation de rupture (JEIR). Atout décisif : cet avantage JEI échappe au plafonnement global des niches de 10 000 €. Avant tout investissement, vérifiez la nature exacte du fonds : voyez notre guide FIP et FCPI 2026.
Le point hauts revenus : prime exonérée et base CEHR / CDHR
Pour les très hauts revenus, deux contributions s'ajoutent à l'IR : la CEHR (art. 223 sexies, 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 / 500 000 € de revenu fiscal de référence) et la CDHR (art. 224, contribution différentielle assurant une imposition minimale de 20 % du RFR pour les très hauts revenus, reconduite pour 2026 par la LF 2026). La prime exonérée par le 155 B réduit le revenu imposé, et donc en principe le RFR servant d'assiette à ces contributions : c'est un effet vertueux supplémentaire, mais qui doit être vérifié au cas par cas. Notre guide CEHR et CDHR des hauts revenus 2026 détaille ces calculs.
5. Le plafonnement global des niches fiscales (10 000 € / 18 000 €)
Le plafonnement global des avantages fiscaux (art. 200-0 A CGI) limite à 10 000 € par an et par foyer fiscal le total des réductions et crédits d'impôt. Ce plafond est porté à 18 000 € lorsque le foyer mobilise certains dispositifs Outre-mer (dont le Girardin industriel) ou les SOFICA. Ce mécanisme explique à lui seul pourquoi on ordonne les leviers dans cet ordre.
18 000 € : un remplacement, pas un cumul
Comment se compose le plafond majoré
Plafond de droit commun .................. 10 000 € + Tranche réservée Girardin / SOFICA ...... 8 000 € ───────────────────────────────────────────────── = Plafond majoré total ................... 18 000 € Les 8 000 € supplémentaires NE peuvent financer QUE du Girardin / SOFICA / Outre-mer. Le plafond ne devient PAS 28 000 €.
Le passage à 18 000 € est un remplacement du plafond, pas une addition au plafond de 10 000 €. Les 8 000 € de marge supplémentaire sont fléchés exclusivement vers les dispositifs Outre-mer et SOFICA.
Ce qui reste HORS plafond : le PER et le déficit foncier
Point décisif de la stratégie : le PER (déduction d'assiette, art. 163 quatervicies) et le déficit foncier (imputation sur le revenu global, art. 156) ne sont pas des réductions d'impôt — ils ne consomment donc pas le plafond des niches. Vous pouvez ainsi empiler un PER conséquent et 18 000 € de Girardin et un déficit foncier, sans qu'aucun ne mange la capacité de l'autre. Sur un résiduel élevé, c'est cette superposition qui change l'ordre de grandeur de ce qu'on peut effacer.
Pour le détail du fonctionnement du plafonnement, des dispositifs concernés et des règles de calcul, consultez notre guide dédié : plafonnement des niches fiscales 10 000 / 18 000 €. À retenir : seul l'étage 3 (les réductions d'impôt) est plafonné. Les étages 1, 2 et 4 n'y sont pas soumis.
Combien d'impôt résiduel pouvez-vous réellement effacer ?
Nous chiffrons votre assiette résiduelle, dimensionnons votre PER au juste niveau, et calons Girardin et capitalisation sur votre horizon. Une séquence sur mesure, pas un produit isolé.
6. À quoi ressemble la séquence type sur les 8 années du régime ?
L'exonération court jusqu'au 31 décembre de la 8e année civile suivant la prise de fonctions (pour les prises de fonctions à compter du 6 juillet 2016 ; 5 ans pour les régimes antérieurs). Cette durée commande le calendrier : un impatrié n'arbitre pas pareil en année 2, à la fin de la fenêtre IFI (année 5) ou à la veille du mur fiscal de l'année 9.
| Phase | Années | Priorité | Leviers activés |
|---|---|---|---|
| Installation | 1 — 2 | Maximiser l'exonération + structurer | Sécuriser prime 155 B, ouvrir AV/AVL, calibrer le 1er PER sur le résiduel |
| Capitalisation | 2 — 5 | Faire travailler le capital + fenêtre IFI | PER annuel, SCPI européennes (hors assiette IFI), versements AV/AVL |
| Pivot IFI | ≈ 5 | Fin de la fenêtre IFI 5 ans | Réexaminer le patrimoine mondial qui entre dans l'assiette IFI (art. 964) |
| Pré-sortie | 6 — 8 | Capter la réduction tant qu'on est imposé | Girardin one-shot si redépart envisagé, arbitrage capitalisation/réduction |
| Année 9 | 9 | Mur fiscal : bascule au droit commun | Anticiper la perte de l'exonération, préparer la sortie du régime |
La fenêtre IFI de 5 ans : un levier à ne pas laisser passer
Pendant les 5 années suivant l'installation, l'impatrié n'est imposable à l'IFI que sur ses biens immobiliers situés en France (art. 964 CGI). Ses immeubles à l'étranger et les SCPI européennes (immobilier hors de France) restent temporairement hors de l'assiette IFI. C'est une fenêtre courte mais précieuse pour loger de la SCPI européenne ou un patrimoine immobilier international sans alourdir l'IFI. Attention : la fenêtre IFI (5 ans) est plus courte que la durée d'exonération des revenus (8 ans) — ne les confondez pas.
La phase la plus sensible est l'année 9. En une année, l'exonération tombe et le revenu repasse au barème de droit commun : ce « mur fiscal » se prépare deux à trois ans avant, pas en décembre de l'année 8. Notre guide préparer l'année 9 sans choc fiscal détaille comment lisser cette transition. Et pour le choix des enveloppes où loger l'épargne, voyez où investir quand on est impatrié.
7. Arbitrage : capitalisation différée ou réduction d'impôt immédiate ?
C'est l'arbitrage central de la stratégie, et tout se joue sur votre horizon de présence en France. Comptez-vous rester au-delà du régime, ou un redépart se profile-t-il ? La réponse oriente vers la capitalisation différée ou vers la réduction d'impôt immédiate.
Capitalisation différée — si vous restez
Points forts
- Pas d'imposition annuelle des gains : le capital se réinvestit en totalité chaque année
- Assurance-vie / AVL : antériorité fiscale qui se construit dans la durée
- SCPI européennes : foncier hors France, bonus fenêtre IFI
- AVL : portabilité internationale si redépart imprévu plus tard
Points de vigilance
- Ne réduit pas l'impôt de l'année
- Intérêt maximal seulement sur un horizon long
Réduction immédiate — si vous repartez
Points forts
- Girardin one-shot : réduction captée tant qu'on est imposé en France
- Avantage verrouillé l'année même, avant la sortie du régime
- Pertinent à l'approche de l'année 9 / d'un redépart
Points de vigilance
- Girardin = à fonds perdu, rendement fiscal non garanti
- Risque de reprise si conditions d'exploitation non tenues
- Excédent reportable 5 ans seulement (perdu au-delà)
En pratique : on capitalise si on reste, on réduit si on part. Un impatrié en début de régime, qui se projette durablement en France, a tout intérêt à privilégier la capitalisation : il a le temps. Un impatrié en année 7 ou 8, qui sait qu'il repartira en année 9, gagne à capter une réduction d'impôt immédiate tant qu'il est encore imposé en France — après son départ, cette réduction n'aurait plus d'assiette.
Dualité des prélèvements sociaux 2026
L'arbitrage de l'enveloppe de capitalisation tient aussi compte des prélèvements sociaux, qui ne sont pas uniformes en 2026 : 17,2 % sur l'assurance-vie, les revenus fonciers, les plus-values immobilières et le PEL ; mais 18,6 % sur les dividendes, intérêts, plus-values mobilières, PEA, PER et crypto (CSG +1,4 pt, LFSS 2026). Le PFU (prélèvement forfaitaire unique, ou « flat tax » : 12,8 % d'impôt + prélèvements sociaux) ressort ainsi à 30 % sur l'assurance-vie (12,8 + 17,2) et 31,4 % sur les dividendes et PV mobilières hors AV/PEA (12,8 + 18,6). Un impatrié affilié à un régime de sécurité sociale d'un autre État UE / EEE / Suisse est exonéré de CSG/CRDS, mais reste redevable du prélèvement de solidarité de 7,5 %.
8. Tableau de synthèse de la stratégie
Voici la vue d'ensemble : chaque levier, sa cible, son mécanisme, son interaction avec le plafond et le moment où l'activer. C'est la grille que nous reprenons point par point en bilan patrimonial.
| Levier | Cible (résiduel) | Effet fiscal | Plafond niches | Quand l'activer |
|---|---|---|---|---|
| Exonération 155 B | Prime + 50 % passifs étrangers | Sort de la base imposable | Sans objet | En continu, années 1 → 8 |
| Fenêtre IFI (art. 964) | Immobilier hors France | Hors assiette IFI 5 ans | Sans objet | Années 1 → 5 |
| PER (art. 163 quatervicies) | Salaire taxable, foncier FR | Déduction d'assiette (TMI) | Hors plafond | Chaque année, sur le résiduel |
| Déficit foncier (art. 156) | Foncier français | Imputation revenu global (≤ 10 700 €/an) | Hors plafond | Si projet immobilier à rénover |
| Girardin (art. 199 undecies B) | Impôt résiduel | Réduction one-shot à fonds perdu | Dans le plafond 18 000 € | Pré-sortie, si redépart proche |
| AV / AVL | Épargne à loger | Capitalisation neutre, différé | Sans objet | Tôt (antériorité fiscale) |
| SCPI européennes | Épargne immobilière | Foncier hors France + bonus IFI | Sans objet | Pendant la fenêtre IFI |
Prudence : ces leviers se calibrent, ils ne se cumulent pas mécaniquement
Ce tableau liste les leviers possibles ; il ne dit pas lesquels vous concernent. La plupart des contribuables n'en activent qu'une partie : tout dépend du niveau de résiduel, de l'horizon et de la capacité d'épargne. Le Girardin notamment ne se justifie que s'il reste un impôt à effacer après les étages 1 et 2, et comporte un risque de perte en capital et de reprise. Les montants évoqués sont illustratifs et non garantis. Un bilan personnalisé est indispensable avant toute mise en œuvre.
9. Cas chiffré : un impatrié optimise sur 8 ans
Deux profils, deux horizons, deux séquences différentes. Les chiffres ci-dessous sont illustratifs et non garantis, raisonnés en classes d'actifs et enveloppes. Ils visent à montrer la logique de séquençage, pas à promettre un résultat.
Cas A — Impatrié en année 2, projet de rester (priorité capitalisation)
Profil : cadre dirigeant recruté depuis l'étranger, installé en France depuis 18 mois, projet de s'établir durablement. Rémunération 200 000 € dont 50 000 € de prime d'impatriation exonérée. Détient un portefeuille générant 20 000 € de dividendes de source UE.
Cas A — Logique de calcul (illustratif, non garanti)
REVENUS Rémunération brute ......................... 200 000 € - Prime d'impatriation exonérée (155 B) .... -50 000 € = Salaire taxable .......................... 150 000 € Dividendes UE .............................. 20 000 € - Exonération 50 % passifs étrangers ....... -10 000 € = Dividendes taxables ...................... 10 000 € ÉTAGE 2 — PER (sur le résiduel taxable) Versement PER (art. 163 quatervicies) ...... 30 000 € Économie d'impôt (TMI 41 %) ................ ~12 300 € ÉTAGE 3 — Girardin ......................... NON (on capitalise, pas de réduction one-shot) ÉTAGE 4 — Capitalisation neutre AV / AVL + SCPI européennes (fenêtre IFI) → différé de fiscalité, patrimoine logé ───────────────────────────────────────────── PRIORITÉ : capitalisation différée (horizon long)
En année 2 avec un projet de rester, la priorité va à la déduction (PER calibré sur le résiduel) et à la capitalisation. Le Girardin n'a pas d'intérêt ici : on préfère faire travailler le capital dans la durée.
Verdict cas A : le PER de 30 000 € efface une partie significative de l'impôt sur le résiduel (économie illustrative ~12 300 € en tranche à 41 %), sans toucher au plafond des niches. La SCPI européenne, logée pendant la fenêtre IFI, échappe à l'assiette IFI. Pas de Girardin : avec un horizon long, la capitalisation neutre prime sur la réduction one-shot.
Cas B — Impatrié en année 8, redépart en année 9 (priorité réduction)
Profil : même contribuable six ans plus tard, en dernière année d'exonération, avec un redépart à l'étranger confirmé pour l'année 9. Salaire taxable 150 000 € (la prime cesse d'être pertinente à modéliser ici), plus 8 000 € de revenus fonciers français. Impôt résiduel illustratif de l'ordre de 45 000 €.
Cas B — Logique de calcul (illustratif, non garanti)
RÉSIDUEL TAXABLE Salaire taxable ............................ 150 000 € Revenus fonciers français .................. + 8 000 € Impôt résiduel estimé ...................... ~45 000 € ÉTAGE 2 — PER (calibré sur le résiduel) Versement PER .............................. selon plafond N-1 → déduction d'assiette, hors plafond niches ÉTAGE 3 — Girardin industriel (priorité) Réduction d'impôt one-shot ................. ~18 000 € Effort de trésorerie illustratif .......... < réduction (taux de rétrocession variable selon le montage) ⚠ à fonds perdu, rendement non garanti ⚠ risque de reprise (exploitation 5 ans) BASCULE STRATÉGIQUE Capitalisation → réduction immédiate (capter l'avantage AVANT la sortie du régime) ───────────────────────────────────────────── PRIORITÉ : réduction immédiate (redépart proche)
En année 8 avec un redépart confirmé, on inverse la priorité : on capte la réduction d'impôt immédiate (Girardin) tant que le contribuable est encore imposé en France. Après le départ, cette réduction n'aurait plus d'assiette.
Verdict cas B : face à un redépart imminent, la logique s'inverse. Le Girardin industriel capte une réduction one-shot d'environ 18 000 € (dans le plafond Outre-mer), pour un effort de trésorerie inférieur à la réduction obtenue — mais à fonds perdu, sans garantie de rendement et avec un risque de reprise si l'exploitation n'est pas tenue 5 ans. On bascule de la capitalisation vers la réduction immédiate, parce que l'avantage fiscal doit être verrouillé pendant que le contribuable est encore résident fiscal français. La transition vers l'année 9 est traitée en détail dans notre guide préparer l'année 9.
La leçon des deux cas
Même contribuable, mêmes leviers disponibles, mais deux séquences opposées selon l'horizon. C'est exactement ce que veut dire « optimiser » : non pas accumuler des produits, mais ordonner les leviers dans le bon sens au bon moment. Le PER reste constant (il agit sur le résiduel dans les deux cas), mais le curseur capitalisation / réduction bascule avec le calendrier.
Les 3 choses à retenir
- L'optimisation impatrié est une séquence, pas un produit. On empile 4 étages dans l'ordre — exonération 155 B (gratuit), PER (déduction, hors plafond), Girardin (réduction, dans le plafond 18 000 €), capitalisation neutre — et c'est l'ordre qui crée la valeur.
- On ne défiscalise jamais ce qui est déjà exonéré. Le PER et le Girardin n'agissent que sur le résiduel taxable (salaire non exonéré, foncier français). Chiffrer ce résiduel est la toute première étape.
- L'arbitrage se tranche par l'horizon. Capitaliser quand on reste, réduire en immédiat quand un redépart approche (année 9). Et ne jamais oublier la fenêtre IFI de 5 ans, levier propre à l'impatrié.
Le régime impatrié n'efface pas tout — il reste un impôt résiduel, et c'est précisément là que se joue l'optimisation. Bien ordonnée sur 8 ans, la séquence permet d'effacer une part importante de cet impôt sans gaspiller un seul avantage. Mal ordonnée, elle laisse des avantages se chevaucher et saturer le plafond pour rien. Ce qui distingue les deux, ce n'est pas le choix des produits mais l'ordre dans lequel on les active.
Bâtissez votre plan d'optimisation sur la durée du régime
Vous voulez orchestrer tous vos leviers dans le bon ordre ? Hagnéré Patrimoine bâtit votre stratégie sur les 8 années du régime : exonération, déduction, réduction, capitalisation. Demandez votre plan personnalisé.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 23002291
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Spécialiste de la fiscalité des impatriés (art. 155 B CGI) et de l'articulation des leviers de défiscalisation (PER, Girardin, déficit foncier, capitalisation), il accompagne les cadres et dirigeants installés en France à ordonner leur stratégie sur toute la durée du régime. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA et COBSP, inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291.

