Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Irlande
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Irlande expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
15. Le quotidien : banque, logement, écoles, coût de la vie
« La fiscalité, on l’a instruite. Maintenant, concrètement, comment on vit là-bas ? » La question arrive presque toujours à la fin d’un rendez-vous, sur le ton de l’intendance, et c’est pourtant elle qui fait dérailler les six premiers mois. Pas parce que l’Irlande serait compliquée, mais parce que trois ou quatre démarches y sont imbriquées en boucle : chacune réclame un document que seule une autre peut produire. Un dirigeant qui a passé quatre mois à optimiser sa date de départ peut perdre deux mois de salaire net à Dublin faute d’avoir demandé un numéro à temps, et payer une surprime d’assurance santé pendant dix ans pour avoir signé son contrat au dixième mois plutôt qu’au huitième.
Ce chapitre est donc écrit pour quelqu’un qui arrive. Il ne refait pas la fiscalité irlandaise, traitée au chapitre 06, ni le régime de la base de remise, traité au chapitre 04. Il traite ce que personne n’explique : la séquence administrative réelle, le marché locatif tel qu’il est, le système scolaire tel qu’il fonctionne, le coût de la vie poste par poste plutôt qu’en moyenne, et deux mécanismes de tarification — l’assurance santé privée et la taxe d’immatriculation des véhicules — où quelques semaines de retard coûtent des milliers d’euros irrattrapables.
Une précision de méthode. Les chiffres qui suivent viennent de sources publiques irlandaises et européennes de premier rang, datées : Revenue, le Department of Social Protection via Citizens Information, le Residential Tenancies Board, la Health Insurance Authority, la Banque centrale d’Irlande, Eurostat. Aucun établissement financier, aucun assureur, aucun courtier n’est nommé dans ce chapitre, et ce n’est pas une pudeur : c’est une obligation qui pèse sur un cabinet régulé.
Le nœud des six premières semaines
Tout part du PPS number (Personal Public Service number), sept chiffres suivis d’une ou deux lettres. Ce n’est pas un numéro fiscal, c’est le numéro d’identification unique auprès des organismes publics. Citizens Information en dresse la liste : l’ensemble des prestations sociales, l’inscription à un cursus dans un établissement scolaire ou universitaire, les services de santé publics dont la medical card, la vaccination infantile, les dispositifs gérés par Revenue, les aides au logement, et l’examen théorique du permis comme le permis lui-même. Sans PPS number, vous êtes juridiquement présent et administrativement inexistant.
La demande se fait en ligne sur MyWelfare avec un compte MyGovID de base, elle est réservée aux majeurs, et elle se termine par un rendez-vous physique obligatoire dans un PPS Number Allocation Centre. Le numéro est ensuite envoyé par courrier. Pour un ressortissant français, la preuve d’identité est simple : passeport en cours de validité ou carte nationale d’identité. C’est la deuxième pièce qui bloque.
La preuve d’adresse doit porter vos nom et adresse et dater de moins de trois mois. Le Department of Social Protection accepte une facture de service au logement, un courrier ou document officiel, un relevé bancaire, un bail ou contrat de location. Vous n’avez rien de tout cela le jour de votre arrivée. Le ministère accepte aussi, et cette ligne mérite d’être lue deux fois, une confirmation officielle d’adresse par un tiers : l’administrateur ou le gérant d’un hôtel ou d’une auberge, le directeur ou l’administrateur d’un établissement scolaire, le propriétaire du logement. Et si vous êtes hébergé chez des proches, une facture d’origine du foyer accompagnée d’un mot du titulaire confirmant votre résidence à cette adresse suffit — le mot pouvant être écrit sur la facture elle-même.
La seule information de ce chapitre qui vous fera gagner un mois
Un hôtel long séjour ou une location meublée temporaire peut donc produire, dès la première semaine, la pièce qui débloque le PPS number. La plupart des arrivants l’ignorent, attendent d’avoir signé un bail de douze mois, et perdent quatre à huit semaines — c’est-à-dire un à deux bulletins de paie sous imposition d’urgence.
Pour un enfant de moins de 18 ans, la demande est distincte et exige la preuve de votre propre identité, de votre adresse, de l’identité de l’enfant, du motif pour lequel il a besoin d’un numéro, et du lien de filiation ou de tutelle. Un des deux parents doit déjà disposer d’un PPS number pour que celui de l’enfant lui soit rattaché. L’inscription scolaire figurant parmi les usages du numéro, la chaîne se referme : pas de numéro parent, pas de numéro enfant, pas d’inscription.
Source : Citizens Information, Personal Public Service (PPS) number, page éditée le 28 mai 2026, consultée le 27 juillet 2026.
Le prix du retard se lit sur le bulletin de paie. Un employeur irlandais ne peut établir une paie correcte que s’il obtient de Revenue une Revenue Payroll Notification, la RPN. Revenue n’en délivre aucune tant que le salarié n’a pas de PPS number ou n’est pas enregistré au PAYE. À défaut, l’employeur est tenu d’appliquer la base d’urgence, dont Revenue publie le barème.
| Votre situation au premier bulletin | Impôt sur le revenu | USC | Ce qui débloque |
|---|---|---|---|
| Vous n'avez pas communiqué de PPS number à votre employeur | 40 % sur la totalité de la paie, dès le premier bulletin. Seuil de taux réduit : 0 €. Crédits d'impôt : 0 € | 8 % sur la totalité, seuil de 0 € | Obtention du PPS number, puis enregistrement de l'emploi auprès de Revenue |
| PPS number communiqué, emploi non encore enregistré — semaines 1 à 4 | 20 % jusqu'à 846,16 € par semaine (3 666,67 € pour une paie mensuelle), 40 % au-delà, et aucun crédit d'impôt | 8 % sur la totalité | Enregistrement de l'emploi via le service Jobs and Pensions, qui déclenche la RPN |
| PPS number communiqué, emploi toujours non enregistré — à partir de la semaine 5 | 40 % sur la totalité, seuil ramené à 0 € | 8 % sur la totalité | Idem, avec régularisation ultérieure par RPN corrigée ou Statement of Liability |
Ce que trois mois de retard coûtent en trésorerie sur un salaire de 120 000 € bruts
Écart de trésorerie = impôt retenu sur la base d'urgence − impôt normalement dû
- Salaire brut mensuel retenu pour l'illustration :10 000 €
- Mois 1, base d'urgence avec PPS number : 20 % jusqu'à 3 666,67 €, puis 40 % :3 266,67 € d'impôt, sans aucun crédit
- Mois 2 et 3, base d'urgence : 40 % sur la totalité :4 000 € par mois
- Impôt mensuel dans une situation normale, hypothèse d'un célibataire avec crédit personnel et crédit salarié :de l'ordre de 2 930 €
- Trésorerie immobilisée sur trois mois :environ 2 470 €, hors USC et PRSI
Illustration construite sur des hypothèses explicites, à seule fin de montrer un ordre de grandeur. Le montant exact dépend de la composition du foyer, des crédits d'impôt applicables et de la périodicité de la paie. La somme n'est pas perdue : elle est régularisée par la RPN corrigée ou, à défaut, par la Statement of Liability de fin d'année. Elle est en revanche indisponible pendant plusieurs mois, au moment précis où l'on paie une caution, un déménagement et deux loyers.
Notez la sévérité de la première ligne du tableau : sans numéro, il n’y a pas de tranche à 20 % du tout. Revenue l’illustre par un exemple d’une brutalité utile, une salariée payée 800 € par semaine et taxée 320 € dès le premier bulletin. Notez aussi la deuxième : même dans le cas favorable, les crédits d’impôt sont à zéro pendant quatre semaines. La base d’urgence n’est pas une approximation prudente, c’est une sanction de fait.
Le compte bancaire, et la décision patrimoniale qu’il emporte
L’ouverture d’un compte obéit à la législation anti-blanchiment, et les exigences sont énoncées noir sur blanc. Il faut au moins une pièce d’identité avec photographie et au moins un document justifiant l’adresse, et surtout : le même document ne peut pas servir aux deux. Le nom porté sur la pièce d’identité doit correspondre à celui du justificatif de domicile. Le justificatif de domicile doit dater de moins de six mois, douze mois s’il s’agit d’un contrat d’assurance. Les copies sont conservées cinq ans après la clôture du compte.
La liste des justificatifs de domicile admis est plus étroite que celle du PPS number : facture de gaz, d’électricité ou de téléphone en cours, contrat d’assurance automobile ou habitation mentionnant l’adresse, document émis par une administration, copie du Tax Credit Certificate, Statement of Liabilitydélivrée par Revenue. Ni bail, ni attestation d’hébergement. Voilà pourquoi l’ordre des démarches compte : le PPS number ouvre l’accès aux documents Revenue, qui constituent eux-mêmes un justificatif de domicile bancaire.
| Étape | Ce qu'elle exige | Ce qu'elle débloque |
|---|---|---|
| 1. Logement temporaire à votre nom | Une réservation ferme, si possible facturée | Une confirmation d'adresse par un tiers, admise pour le PPS number |
| 2. Compte MyGovID de base, puis demande sur MyWelfare | Passeport ou carte nationale d'identité, confirmation d'adresse de moins de 3 mois | Le rendez-vous en centre d'attribution, puis le PPS number par courrier |
| 3. Enregistrement de l'emploi auprès de Revenue | Le PPS number, et l'identifiant employeur | La RPN, donc la fin de l'imposition d'urgence, et l'accès à myAccount |
| 4. Ouverture du compte bancaire | Pièce d'identité avec photo et justificatif de domicile distinct de moins de 6 mois | Le prélèvement du loyer, le versement du salaire, les documents de résidence |
| 5. Bail de longue durée, puis factures de services au logement à votre nom | Dossier locatif complet, et souvent la preuve d'un revenu irlandais | Les justificatifs définitifs, l'assurance santé, l'échange de permis, l'inscription scolaire |
Un point que les guides pratiques passent sous silence et qui, pour la clientèle de ce guide, est le seul vraiment sérieux. Citizens Information écrit que le personnel bancaire doit connaître la nature de l’activité de ses clients et peut demander le niveau et le type d’opérations attendues sur le compte, la confirmation de l’origine des fonds et les motifs de certaines opérations. Traduit : un virement d’installation à sept chiffres déclenchera une demande documentaire, et cette demande arrivera au pire moment, entre le troisième et le sixième mois, quand vous n’avez encore ni historique ni interlocuteur.
Le compte que vous ouvrez en arrivant peut décider de votre base de remise
Le chapitre 04 expose le mécanisme : pour un résident irlandais non domicilié, les revenus étrangers du Case III et les plus-values sur actifs situés hors d’Irlande ne sont imposés qu’à hauteur des sommes reçues en Irlande. Toute la difficulté pratique tient à la traçabilité : distinguer le capital constitué avant l’installation, dont le rapatriement n’est pas un revenu remis, du revenu né après.
Un compte français unique qui reçoit indifféremment le produit d’une cession antérieure, des loyers postérieurs et des dividendes courants rend cette distinction très difficile à établir devant un contrôleur. La ségrégation des comptes se décide avant l’installation, pas après le premier virement vers Dublin. Une fois les flux mêlés, aucune écriture ne les démêle rétroactivement.
Nous ne présentons pas cette organisation comme une garantie de résultat. Le droit irlandais ne comporte aucune définition légale de la remise, et plusieurs points d’articulation restent ouverts, ce que le chapitre 04 détaille sans les trancher. Elle place simplement le contribuable en état de prouver ce qu’il avance, ce que la section 71(2) du Taxes Consolidation Act 1997 met à sa charge.
Se loger : les chiffres, puis la loi neuve
Le Residential Tenancies Board publie chaque trimestre, avec l’ESRI, l’indice de référence du marché locatif irlandais. Il distingue deux populations, et c’est cette distinction qui vous concerne directement : les nouvelles locations conclues dans le trimestre, et les locations en cours reconduites. Vous arrivez par la première porte.
| Loyer mensuel standardisé, T4 2025 | National | Dublin (comté) | Hors Dublin |
|---|---|---|---|
| Nouvelles locations, tous types de biens | 1 755 € | 2 232 € | 1 437 € |
| Nouvelles locations, maison de trois chambres | 1 778 € | 2 475 € | 1 454 € |
| Locations en cours, tous types de biens | 1 503 € | donnée non reprise ici | donnée non reprise ici |
| Évolution sur un an, nouvelles locations | +5,0 % | +3,4 % | +6,6 % |
| Évolution sur le trimestre, nouvelles locations | −1,1 % | −2,9 % | −2,4 % |
L’écart de 252 € par mois entre nouvelles locations (1 755 €) et locations en cours (1 503 €) au niveau national est la mesure exacte de ce que coûte le fait d’arriver. Ce n’est pas une anomalie de marché, c’est la conséquence arithmétique d’un encadrement des loyers en cours de bail dans un marché où les loyers de marché progressent plus vite que le plafond. Le nouvel entrant paie le prix de marché ; le locataire installé paie le prix de son année d’entrée, indexé.
Le second chiffre à retenir n’est pas un loyer, c’est un volume. Le RTB a retenu 11 593 nouvelles locations enregistrées au quatrième trimestre 2025 dans son échantillon national, contre 42 914 enregistrements de locations en cours. Rapporté à un pays de cinq millions d’habitants et à une capitale qui concentre les sièges européens, le flux d’offre disponible est ténu. Vous ne choisirez pas votre quartier avec le confort d’un marché parisien ; vous prendrez ce qui se présente, et vous le prendrez vite.
Le cadre juridique, lui, a changé le 1er mars 2026, et il a changé profondément. Les Rent Pressure Zones, régime zoné qui a structuré le marché pendant une décennie, ont laissé place à un dispositif national issu du Residential Tenancies (Miscellaneous Provisions) Act 2026. Les baux conclus avant cette date restent régis par les anciennes règles : si vous reprenez un bail existant, vérifiez sa date de création avant toute chose.
Plafond d'augmentation en cours de bail
Inflation générale ou 2 % par an, le plus faible des deux, sur tout le territoire. Depuis le 1er mars 2026, l'inflation se mesure par le CPI irlandais et non plus par l'indice harmonisé HICP, pour tous les baux, nouveaux comme anciens.
Durée minimale du bail
Tout bail créé depuis le 1er mars 2026 devient une tenancy of minimum duration de six ans dès lors que le locataire occupe depuis six mois sans notification valable de résiliation, puis se renouvelle par cycles de six ans. Le locataire, lui, reste libre de partir à tout moment avec un préavis écrit.
Remise au prix du marché entre deux locataires
Le bailleur peut réinitialiser le loyer au prix du marché si l'ancien loyer était inférieur au marché et que le locataire est parti volontairement, a manqué à ses obligations, ou que le logement ne correspond plus à ses besoins. C'est cette faculté qui entretient l'écart de 252 € subi par les entrants.
Interdiction après une résiliation sans faute
Aucune remise au prix du marché n'est possible après une no-fault eviction. La règle vise précisément à retirer au bailleur l'intérêt d'évincer un locataire pour relouer plus cher.
Justification obligatoire de la remise au marché
Le bailleur doit notifier le même jour au locataire et au RTB le calcul retenu, l'ancien loyer, sa date de fixation, le numéro d'enregistrement RTB du bail précédent, et les loyers et numéros d'enregistrement de trois biens comparables issus du registre des loyers du RTB. Manquer à ces règles est une infraction que le RTB peut sanctionner.
Exception pour les logements neufs
Le plafond de 2 % ne s'applique ni aux appartements neufs ni aux nouvelles résidences étudiantes : ils ne sont plafonnés que par le CPI. Un logement n'est neuf, au sens du texte, que si son commencement notice est postérieur ou égal au 10 juin 2025.
La distinction larger landlord / smaller landlordintroduite par la réforme intéresse davantage le locataire que le propriétaire. Un bailleur détenant quatre locations ou plus, ainsi que toute société immatriculée quel que soit le nombre de biens, ne peut plus mettre fin à un bail de durée minimale pour vendre, pour s’installer, pour y loger un proche, pour rénover ou pour changer l’usage du logement. Un bailleur de trois biens ou moins conserve, lui, la faculté de reprendre le logement à tout moment pour s’y installer ou y loger un proche. Pour vendre, rénover ou changer l’usage, il doit en revanche servir un préavis expirant à l’échéance du cycle de six ans ; seule la vente peut intervenir en cours de cycle, et dans les seuls cas de difficulté financière énumérés par la loi — besoin du prix pour se loger lui-même, dette ou paiement dû à Revenue représentant au moins 15 % du prix attendu et exigible dans les neuf mois, insolvabilité ou faillite — le tout sous déclaration sur l’honneur. Pour une famille qui scolarise ses enfants, louer auprès d’un bailleur institutionnel offre une stabilité que la petite propriété n’offre pas. C’est contre-intuitif, et c’est écrit dans la loi.
Le crédit d'impôt loyer, et ce qu'il pèse réellement
Le Rent Tax Credit existe pour les années 2022 à 2028 ; de 2024 à 2028, il s’élève à : 2 000 € au maximum pour un couple marié ou pacsé au sens irlandais imposé conjointement, 1 000 € dans tous les autres cas, quel que soit le nombre de logements loués dans l’année. Le loyer retenu exclut ce que vous payez pour les charges, la pension ou le blanchissage.
Sur un loyer dublinois de 2 232 € par mois, soit 26 784 € par an, ce crédit représente 7,5 % du loyer pour un couple. C’est un allègement, pas un dispositif. Il s’impute par ailleurs sur l’impôt sur le revenu irlandais : il ne sert à rien à qui n’en paie pas.
Source : Revenue, Rent Tax Credit, page publiée le 1er janvier 2026, consultée le 27 juillet 2026.
L’achat n’est pas traité ici. La fiscalité de l’acquisition, le stamp duty, la local property taxet le régime des plus-values immobilières irlandaises relèvent du chapitre consacré à l’immobilier irlandais. Une remarque de calendrier tout de même : à moins d’une raison impérieuse, acheter dans les douze premiers mois revient à figer une décision de très long terme sur une connaissance de quelques semaines d’un marché que vous ne maîtrisez pas, et à immobiliser des liquidités dont le transfert vers l’Irlande peut lui-même constituer une remise imposable selon la composition de vos comptes.
Ordonner la séquence avant de fixer une date d'arrivée
Ségrégation des comptes, calendrier des démarches, fenêtres à ne pas manquer sur l'assurance santé et le véhicule : ces arbitrages se prennent avant le départ, pas une fois installé. Nous les instruisons avec vous, et avec un conseil fiscal irlandais lorsque la qualification l'exige.
Scolariser ses enfants : trois systèmes, trois logiques
Le cadre légal irlandais est court : l’instruction est obligatoire de 6 à 16 ans, ou jusqu’à l’achèvement de trois années de secondaire. Dans les faits, les enfants entrent à l’école primaire à 4 ou 5 ans, en septembre, et y restent huit ans. Le secondaire se décompose en un Junior Cycle de trois ans sanctionné par des épreuves, une Transition Year facultative, proposée par la plupart des établissements mais à places limitées, puis un Senior Cycle de deux ans qui débouche sur le Leaving Certificate. L’accès à l’université passe par le CAO et un système de points calculés sur ces épreuves finales.
La première surprise pour une famille française est ailleurs. En 2025, plus de 88 % des écoles primaires irlandaises relevaient d’un patronage et d’un caractère propre catholiques ; 6 % relevaient d’un autre patronage religieux (Église d’Irlande, juif, islamique) ; 5,5 % seulement avaient un patron non confessionnel. Dans une école confessionnelle, les prières et la préparation aux sacrements font partie de la journée de classe. Un patron, personne physique ou morale, fixe ce caractère propre et nomme le conseil de gestion ; l’État finance et ne le détermine pas. Le transfert de patronage est possible, il est engagé dans un certain nombre d’établissements, et il reste minoritaire.
Le retrait de l’enseignement religieux est possible et il faut le demander à l’établissement. Citizens Information ajoute une phrase qu’un lecteur français doit lire attentivement : ce que fait l’enfant pendant ce temps relève de la décision de l’école, l’enfant pouvant se voir confier un autre travail dans la même salle de classe selon la place disponible et les règles de surveillance, et le ministère n’a publié aucune orientation particulière sur ce point. Il n’existe donc pas de droit opposable à une alternative organisée. Pour une famille attachée à la laïcité française, le sujet se traite au moment du choix de l’établissement, pas en cours d’année.
Le second écart tient à l’argent, et il joue en faveur de l’Irlande. La très grande majorité des écoles primaires sont financées par l’État et ne perçoivent aucun droit d’inscription ; beaucoup sollicitent une contribution volontaire qui reste, en droit, facultative. Le transport scolaire est ouvert au-delà de 3,2 km de l’école de secteur au primaire, et de 4,8 km au secondaire. Il existe un petit nombre d’écoles privées, dites independent ou non-recognised, qui ne sont tenues ni au programme national ni au calendrier commun, et qui facturent des frais.
La voie française à Dublin
Le Lycée français international Samuel Beckett scolarise en français de la maternelle à la terminale et appartient au réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. Le secondaire est installé à Clonskeagh, sur un Eurocampuspartagé avec l’établissement allemand St Kilian’s, où l’enseignement est dispensé en français et en anglais. C’est l’une des cinq implantations de ce type dans le monde. Source : Ambassade de France en Irlande, rubrique scolarité, consultée le 27 juillet 2026.
Les familles de nationalité française peuvent solliciter les bourses scolaires instruites par le consulat, sous conditions de ressources appréciées sur le revenu et le patrimoine. Pour la clientèle de ce guide, l’hypothèse est théorique : le barème écarte les foyers aisés. La question du lycée français est donc entièrement une question de projet scolaire, pas de coût relatif.
L’arbitrage réel n’est pas « français ou irlandais », il est « où l’enfant passera-t-il son examen terminal, et pour entrer où ? ». Baccalauréat français et Leaving Certificate n’ouvrent pas les mêmes portes par les mêmes procédures, et un changement de système en cours de Senior Cycle est une opération lourde. Nous ne publions pas de table d’équivalence : les règles d’admission relèvent de chaque université et de chaque pays, elles évoluent, et une équivalence affirmée à tort dans un guide se paierait sur le dossier d’un adolescent. C’est une décision à instruire auprès des établissements concernés, avant le départ.
L’enseignement supérieur réserve une bonne surprise. Le Free Fees Initiative prend en charge les droits de scolarité de la plupart des étudiants de premier cycle dans les établissements publics, sous une condition de résidence qu’une famille française remplit par construction : avoir résidé dans un État de l’EEE, en Suisse ou au Royaume-Uni pendant au moins trois des cinq années précédant l’entrée en formation. La France compte. Un lycéen arrivé à Dublin deux ans avant son entrée à l’université est éligible dès la première rentrée, sans période de carence irlandaise.
Subsiste une contribution annuelle, le student contribution, dont le montant varie d’un établissement à l’autre et dont le plafond s’établit à 2 500 €. Des dispositifs de bourse peuvent l’alléger sous condition de ressources, et un allègement fiscal existe pour les familles acquittant plusieurs contributions la même année. Rapporté aux droits d’inscription pratiqués dans le monde anglo-saxon, l’écart est considérable ; rapporté à l’université française, il ne l’est pas en votre faveur.
Pour les plus jeunes, deux dispositifs se cumulent mal dans les esprits et bien dans les faits. L’ECCEfinance une préscolarisation gratuite pour les enfants d’âge préscolaire. Le National Childcare Scheme verse au prestataire de garde, sans condition de ressources, une subvention universelle de 2,14 € par heure dans la limite de 45 heures par semaine, pour les enfants de plus de six mois et de moins de quinze ans, à condition que le prestataire soit enregistré auprès de Tusla et sous contrat NCS. Une subvention alternative, calculée sur les ressources, vise les foyers dont le revenu est inférieur à 60 000 €, seuil porté à 68 000 € au 31 août 2026 : elle ne concernera pas la plupart des lecteurs de ce guide. La subvention universelle, elle, s’applique quel que soit votre revenu. Sur une garde à temps plein, elle représente de l’ordre de 96 € par semaine, ce qui couvre une fraction et non la totalité d’un coût de crèche dublinois.
Le coût de la vie, poste par poste
La moyenne est trompeuse et il faut commencer par elle pour s’en défaire. Eurostat publie des indices de niveau de prix, calculés en parités de pouvoir d’achat, base UE = 100. Pour la consommation finale des ménages en 2025, l’Irlande ressort à 136, la France à 110. Un seul État membre la dépasse dans l’Union : le Danemark, à 140. Le Luxembourg vient juste derrière l’Irlande, à 132. Vivre en Irlande coûte donc environ 24 % de plus que vivre en France, à panier identique.
Ce 24 % ne se répartit pas du tout uniformément, et c’est là que se joue votre budget réel.
| Poste de consommation, 2025 | Irlande (UE = 100) | France (UE = 100) | Écart Irlande / France |
|---|---|---|---|
| Ensemble de la consommation des ménages | 136,2 | 110,3 | +23,5 % |
| Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles | 189,7 | 120,7 | +57,2 % |
| Santé | 184,9 | 94,3 | +96,1 % |
| Boissons alcoolisées, tabac et stupéfiants | 202,7 | 135,7 | +49,4 % |
| Information et communication | 132,4 | 89,7 | +47,6 % |
| Biens et services divers (dont assurances et services financiers) | 136,7 | 101,0 | +35,3 % |
| Électricité, gaz et autres combustibles seuls | 110,8 | 97,3 | +13,9 % |
| Achat de véhicules | 112,6 | 100,0 | +12,6 % |
| Services d'éducation | 108,9 | 96,8 | +12,5 % |
| Loisirs, sport et culture | 114,3 | 102,5 | +11,5 % |
| Alimentation et boissons non alcoolisées | 115,5 | 106,8 | +8,1 % |
| Transports | 111,9 | 108,2 | +3,4 % |
| Habillement et chaussures | 99,1 | 97,0 | +2,2 % |
| Services de transport de voyageurs | 115,3 | 112,8 | +2,2 % |
| Restaurants et hébergement | 118,1 | 116,0 | +1,8 % |
Lisez ce tableau à l’envers de l’idée reçue. Se nourrir en Irlande coûte 8 % de plus qu’en France, s’habiller coûte le même prix, prendre le train ou le bus coûte le même prix, et le restaurant coûte 2 % de plus — l’écart y est négligeable parce que la France est elle-même chère sur ce poste. Ce ne sont pas les courses hebdomadaires qui font la différence. Ce sont le logement, la santé, les télécommunications, l’alcool et les assurances. Quatre de ces cinq postes sont des dépenses contraintes que vous ne pouvez pas arbitrer par vos habitudes de consommation.
Le chiffre de la santé, +96 % par rapport à la France, mérite un mot parce qu’il est massif et qu’il est mal compris. Il ne signifie pas qu’un acte médical vaut le double à Dublin : il reflète pour partie la différence de structure entre un système français où la dépense de santé est largement socialisée et un système irlandais où le paiement direct et l’assurance privée occupent une place bien plus grande. Il se traduit néanmoins par des sorties de trésorerie réelles pour un ménage qui n’a pas de medical card, à commencer par la consultation de généraliste, payée au comptant.
Trois lignes de facture qu'un Français n'anticipe jamais
La redevance télévisuelle existe toujours. Elle coûte 160 € par an et par foyer, elle est due dès lors que vous détenez un téléviseur, y compris un téléviseur connecté utilisé uniquement pour des services de flux, y compris un appareil en panne au motif qu’il est réparable. Une résidence secondaire appelle une seconde redevance. L’amende peut atteindre 1 000 €, et 2 000 € en cas de récidive. La France a supprimé la sienne en 2022 : personne ne pense à celle-ci.
L’assurance automobile n’est pas le problème que l’on croit. La Banque centrale d’Irlande, qui exploite la base nationale des sinistres, relève une prime moyenne émise de 655 € par police au premier semestre 2025, en hausse de 4 % sur les 629 € de 2024, sur environ 1,2 million de polices. Le niveau moyen n’a rien d’extravagant. La difficulté est individuelle et tient à votre historique, traitée plus bas.
La collecte des déchets n’est pas un service municipal. Elle est contractée auprès d’opérateurs privés, facturée séparément, et son coût ne figure dans aucune taxe foncière. Nous ne publions pas de tarif : il varie par opérateur et par commune, et nous n’avons pas de source officielle consolidée à citer.
La contrepartie de tout cela ne figure pas dans le tableau, et elle est décisive : les rémunérations brutes irlandaises, notamment dans la technologie, la pharmacie et les services financiers, sont sensiblement supérieures aux rémunérations françaises équivalentes, et le barème d’impôt sur le revenu n’a que deux taux sur les revenus d’activité, 20 % puis 40 %. Le chapitre 06 chiffre ce qu’il en reste une fois l’USC et la PRSI ajoutées, et rappelle que le taux marginal cumulé approche 52 %. L’équation ne se pose donc pas en « coût de la vie contre coût de la vie » mais en revenu net après impôt rapporté au coût de la vie, foyer par foyer.
Le permis, la voiture, et une fenêtre de trente jours
Commençons par la bonne nouvelle, contre-intuitive pour qui a suivi les déboires des expatriés au Royaume-Uni depuis le Brexit : votre permis français reste valable en Irlande tant qu’il est en cours de validité. Vous n’avez aucune obligation de l’échanger. Si vous choisissez de le faire après son expiration, vous disposez de dix ans à compter de cette expiration. L’échange coûte 65 €, gratuit à partir de 70 ans, les examens de vue ou visites médicales éventuellement requis restant à votre charge.
La demande en ligne suppose une Public Services Cardet un MyGovID vérifié, le permis d’origine étant ensuite adressé par courrier au NDLS, avec un justificatif de domicile de moins de six mois si votre adresse diffère de celle enregistrée sur la carte. Le service peut devoir interroger l’autorité française d’émission, ce qui allonge le délai. Deux limites à connaître : seul un permis définitif s’échange, un permis probatoire étranger ne permet ni de conduire en Irlande ni d’obtenir un permis d’apprenti irlandais.
L’assurance, elle, se prépare avant de quitter la France. Citizens Information indique que les assureurs irlandais prennent en compte l’expérience de conduite acquise à l’étranger dès lors que vous prouvez une conduite sans sinistre, et qu’ils retiennent en général l’historique de bonus provenant de l’EEE, du Royaume-Uni, de Suisse, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon, du Canada, d’Afrique du Sud et des États-Unis. Deux documents sont attendus : une attestation de bonus, et une lettre distincte de votre assureur précisant les dates, le type de couverture et l’historique de sinistralité. Faites-les établir, et faire traduire, tant que vous êtes encore client. Un assureur français répond mal aux demandes d’un ancien assuré parti depuis six mois.
Si aucun assureur ne vous couvre, il existe une voie de recours : le Declined Cases Agreement. Après des refus écrits d’au moins trois assureurs, le comité compétent, hébergé par la fédération professionnelle, est saisi et fait établir une proposition. Un assureur doit motiver son refus si vous le lui demandez : demandez-le systématiquement, ce sont ces écrits qui ouvrent la procédure.
Importer sa voiture : le calendrier qui coûte le plus cher de tout ce chapitre
La Vehicle Registration Taxfrappe l’immatriculation d’un véhicule en Irlande, y compris un véhicule venu d’un autre État membre sur lequel toute la fiscalité a déjà été acquittée. Elle se chiffre couramment en milliers d’euros sur un véhicule familial récent. Il existe une exonération, le Transfer of Residence relief, et elle obéit à des délais courts.
Les conditions tenant au véhicule. Il doit être votre propriété personnelle, avoir été en votre possession et utilisé par vous pendant au moins six mois avant le transfert de résidence, être introduit en Irlande dans les douze mois du transfert, être en règle de toutes taxes et droits, et ne refléter aucun intérêt commercial. Toute possession ou utilisation en Irlande, même pendant que vous viviez à l’étranger, ne compte pas dans les six mois.
Les trois délais. Rendez-vous auprès du NCTS à prendre dans les sept jours de l’arrivée du véhicule ; demande d’exonération à déposer dans les sept jours de l’introduction du véhicule ; immatriculation dans les trente jours de son entrée sur le territoire. Depuis un État membre, la demande passe par MyEnquiries auprès du National VRT Service.
La reprise. La VRT exonérée redevient exigible en totalité si vous cédez ou vous dessaisissez du véhicule dans les douze mois suivant l’immatriculation. Et l’exonération est refusée à qui a séjourné à l’étranger pour une mission d’une durée déterminée et a déjà bénéficié d’un allègement similaire au cours des cinq années précédentes.
Les preuves. Revenue attend, pour le véhicule, la carte grise, une attestation d’assurance, la facture d’achat, le billet de ferry établissant la date d’arrivée et des éléments d’usage à l’étranger tels que le carnet d’entretien et le paiement de la taxe de circulation. Et, pour vous, la preuve du transfert de résidence des deux côtés : acquisition ou cession d’un logement, baux, quittances, emploi et bulletins de paie, relevés bancaires, factures de la vie courante, entrées et sorties du territoire. Source : Revenue, Transfer of residence (TOR), consultée le 27 juillet 2026.
Le piège n’est pas dans les conditions, il est dans le fait que le compteur des sept jours démarre à la descente du ferry, c’est-à-dire la semaine où vous cherchez un logement et un PPS number. Un véhicule qui reste garé trois semaines « le temps de s’installer » a déjà coûté l’exonération.
L’assurance santé privée : l’âge d’entrée fixe le prix
C’est le sujet sur lequel une famille française se trompe le plus, parce que le marché irlandais fonctionne sur une logique exactement inverse de la nôtre. En France, une complémentaire santé se tarifie à l’âge atteint : elle coûte plus cher chaque année. En Irlande, le principe du community rating impose à l’assureur de facturer le même tarif à tous les adultes pour une même garantie, sans égard à l’âge, au sexe, à l’état de santé ni aux antécédents. Un assuré de 75 ans paie ce que paie un assuré de 30 ans. Les tarifs enfants sont inférieurs d’au moins la moitié de la prime adulte.
Trois autres principes encadrent ce marché : l’open enrolment, qui oblige l’assureur à accepter quiconque le demande, sous réserve des délais de carence ; la lifetime cover, qui lui interdit de résilier ou de refuser le renouvellement tant que vous résidez en Irlande et payez vos primes, sauf circonstances très limitées ; et un niveau minimal de garanties, l’hébergement minimal couvert étant la chambre semi-privée en hôpital public. Le régulateur est la Health Insurance Authority, les assureurs étant par ailleurs supervisés par la Banque centrale d’Irlande pour leurs pratiques commerciales. Un mécanisme de compensation des risques transfère des crédits vers les assureurs qui portent les assurés de plus de 65 ans et les plus gros consommateurs de soins, financé par une taxe annuelle assise sur chaque contrat.
Puis vient le correctif, et c’est lui qui vous concerne. Le lifetime community rating pénalise l’entrée tardive : 2 % de majoration de la prime brute par année passée au-delà de 34 ans sans couverture, applicable dès 35 ans. À 45 ans, la majoration est de 22 % ; à 49 ans, de 30 % ; le plafond est de 70 %, atteint à 69 ans. Cette majoration se paie pendant dix ans au maximum. Seuls les contrats d’hospitalisation entrent dans le calcul : souscrire un contrat de type indemnitaire ne réduit en rien la majoration. Une interruption de couverture inférieure à treize semaines est tolérée.
Neuf mois : la fenêtre qui annule tout
La Health Insurance Authority est explicite : si vous souscrivez une assurance santé dans les neuf mois de l’établissement de votre résidence principale en Irlande, aucune majoration de lifetime community rating ne vous est appliquée, quel que soit votre âge. Passé ce délai, si vous avez 35 ans ou plus, la majoration s’applique.
L’assureur peut demander la preuve que vous résidiez auparavant à l’étranger et que l’Irlande est devenue votre résidence principale. Les pièces citées par le régulateur sont exactement celles d’un déménagement ordinaire : baux étrangers, relevés bancaires étrangers, factures étrangères, billets de transport, visa ou passeport, contrat de travail, inscription dans un établissement d’enseignement, bail ou acte irlandais, facture de services, quittances fiscales, trois mois de relevés d’un compte bancaire irlandais — et une demande de PPS number déposée dans les neuf derniers mois. Conservez-les.
Source : Health Insurance Authority, Lifetime community rating (LCR) et Moving to Ireland, consultées le 27 juillet 2026 ; Citizens Information, Private health insurance, page éditée le 22 août 2024.
Ce que coûtent cinq mois de retard à un cadre de 52 ans
Majoration = (âge à la souscription − 34) × 2 %, appliquée à la prime brute, pendant 10 ans au maximum
- Âge à la souscription :52 ans
- Années au-delà de 34 ans sans couverture :18
- Majoration de lifetime community rating :36 %
- Prime brute annuelle retenue pour l'illustration :2 000 €
- Surcoût annuel :720 €
- Surcoût cumulé sur dix ans :7 200 €
- Le même contrat souscrit au huitième mois suivant l'installation :0 € de majoration
Illustration construite sur une prime brute hypothétique de 2 000 € par an, retenue pour la seule lisibilité du calcul : les primes réelles varient fortement selon le niveau de garantie et l'assureur, et ce guide ne cite aucun tarif de marché. Le mécanisme, lui, est de droit : 2 % par année au-delà de 34 ans, plafond de 70 %, durée maximale de dix ans, exonération totale si le contrat est souscrit dans les neuf mois de l'installation.
Une réserve d’honnêteté sur ce point. Les pages du régulateur que nous avons lues prévoient un crédit au titre des périodes de couverture antérieures sans préciser si une complémentaire santé française est prise en compte à ce titre. Nous n’avons trouvé aucune source irlandaise traitant expressément le cas d’une mutuelle française, et nous ne l’affirmons donc pas. La voie documentée, pour un arrivant, est celle des neuf mois. Elle a le mérite de ne dépendre d’aucune interprétation.
Les délais de carence forment le second piège, et ils sont substantiels. Pour un nouvel assuré, l’attente maximale est de 26 semaines pour une maladie survenant après l’adhésion, de 52 semaines pour les prestations liées à la maternité, et de cinq ans pour une affection préexistante. L’accident et la blessure sont couverts immédiatement. Si vous changez pour un contrat mieux garanti, une carence d’amélioration pouvant aller jusqu’à deux ans s’applique aux garanties supérieures. Les contrats sont annuels, assortis d’un droit de rétractation de quatorze jours, et le changement d’assureur intervenu dans les treize semaines de la fin du contrat précédent préserve les carences déjà purgées. Une famille qui envisage une naissance dans l’année de son installation doit lire la ligne des 52 semaines avant de choisir son mois de départ.
Le crédit d'impôt sur la prime, et le cas du contrat payé par l'employeur
La section 470 du Taxes Consolidation Act 1997 ouvre un allègement au taux standard de 20 %, accordé à la source : vous réglez la prime nette, l’assureur récupère l’allègement auprès de Revenue. L’assiette est plafonnée au plus faible de la prime payée et de 1 000 € par adulte ou 500 € par enfant, un enfant s’entendant ici d’une personne de moins de 21 ans. Le crédit maximal est donc de 200 € par adulte et de 100 € par enfant. Sur une prime de 2 500 €, cela représente 8 % du coût.
Depuis le 1er janvier 2026, Revenue admet que le taux standard de 20 % s’applique à l’ensemble des contrats couvrant des soins médicaux. Auparavant, un taux inférieur, dit blended rate, pouvait s’appliquer selon la nature des garanties. Cette position antérieure continue de valoir pour les contrats couvrant des soins dentaires. Source : Revenue, Tax and Duty Manual Part 15-01-14, revu en mai 2026.
Si l’employeur paie la prime, le montant constitue un avantage en nature imposé sur son montant total ; le salarié ne bénéficie pas de l’allègement à la source et doit réclamer la Medical Insurance Relief directement à Revenue, dans les mêmes limites. Un cadre expatrié dont le package inclut une couverture santé familiale a donc, chaque année, une réclamation à formuler que personne ne formulera à sa place.
Dernier avertissement sur ce chapitre-là : l’assurance privée ne remplace pas le système public, elle achète principalement du délai et du confort d’hébergement. Les urgences relèvent du système public. L’articulation entre régime français et régime irlandais, la medical card, le formulaire S1 du retraité et l’affiliation au titre du règlement (CE) n° 883/2004 relèvent du chapitre consacré à la protection sociale et à la retraite, qui traite ces points en détail. Retenez seulement, pour la question de ce chapitre-ci, que l’assurance privée irlandaise et la couverture publique ne sont pas exclusives l’une de l’autre.
Ce que nous ne savons pas, et ce que ce chapitre ne dit pas
Un chapitre pratique se périme plus vite qu’un chapitre fiscal, et il vaut mieux le dire. Les loyers cités sont ceux du quatrième trimestre 2025, publiés en mai 2026 : ils auront bougé quand vous lirez ces lignes, dans un sens que personne ne peut garantir — ils reculaient de 1,1 % sur le trimestre au niveau national tout en progressant de 5,0 % sur un an. Le régime locatif issu du 1er mars 2026 est neuf de quelques mois : sa mise en œuvre pratique, la manière dont le registre des loyers du RTB sera utilisé pour justifier les remises au prix du marché, et les premières décisions de sanction n’ont pas encore de recul. Les indices de prix Eurostat sont annuels et portent sur 2025.
Trois points relèvent d’une vérification individuelle et non d’une règle générale : la reconnaissance d’une couverture santé française au titre des périodes antérieures pour le calcul de la majoration d’entrée, sur laquelle nous n’avons trouvé aucune source ; l’équivalence entre baccalauréat français et Leaving Certificate au regard des procédures d’admission de chaque université, qui n’est pas une donnée publique unique ; et les exigences documentaires propres à chaque établissement bancaire, qui excèdent librement le minimum légal.
À faire avant de quitter la France
Faire établir l'attestation de bonus et la lettre circonstanciée de l'assureur automobile, avec traduction. Réunir six mois de justificatifs de domicile français. Décider et exécuter la ségrégation des comptes bancaires. Réserver un hébergement facturé à votre nom pour produire la confirmation d'adresse.
À faire la première semaine
Créer le compte MyGovID, déposer la demande de PPS number sur MyWelfare et prendre le rendez-vous d'attribution. Si vous avez amené un véhicule, prendre rendez-vous au NCTS et déposer la demande d'exonération de VRT dans les sept jours.
À faire avant le neuvième mois
Souscrire l'assurance santé privée si vous en voulez une, sous peine d'une majoration de 2 % par année au-delà de 34 ans, payable dix ans. Vérifier l'immatriculation du véhicule dans les trente jours de son arrivée, et ne pas le céder dans les douze mois suivant l'immatriculation.
À instruire avec un conseil irlandais
La traçabilité des comptes au regard de la base de remise, la qualification de vos enveloppes financières, et toute opération dont le montant appellera une demande sur l'origine des fonds. Ce sont des sujets de droit fiscal irlandais, hors du périmètre d'un cabinet CIF français.
Portée de ce chapitre
Ce chapitre présente une information éducative générale sur des règles administratives, locatives, scolaires et assurantielles irlandaises, à jour des sources publiques consultées au 27 juillet 2026. Il ne constitue ni une consultation juridique ou fiscale, ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d’un produit d’assurance. Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291 ; il n’est pas habilité à délivrer un avis de droit irlandais, matière pour laquelle l’intervention d’un professionnel local est requise.
Aucun établissement bancaire, aucune entreprise d’assurance, aucun courtier et aucune société de gestion ne sont nommés ni recommandés dans ce chapitre. Les montants cités sont soit des chiffres publics datés et sourcés, soit des illustrations construites sur des hypothèses explicites : aucun d’eux ne constitue une offre, un tarif garanti ou un résultat acquis. Les primes d’assurance, les loyers et les coûts de scolarité dépendent de paramètres individuels que seule une étude de votre situation permet d’établir.
Les délais mentionnés — neuf mois pour l’assurance santé, sept et trente jours pour le véhicule, trois mois pour un justificatif de domicile, six mois pour un justificatif bancaire — sont ceux publiés par les autorités compétentes à la date indiquée. Ils relèvent de procédures administratives susceptibles d’évoluer : vérifiez-les auprès de l’organisme concerné avant d’engager une démarche dont l’échéance est irrattrapable.
22. Le système de santé irlandais : ce qu'il couvre, ce qu'il ne couvre pas
Au 31 décembre 2025, 2,55 millions de personnes étaient couvertes par une assurance santé privée en Irlande, soit 46 %de la population. Ce chiffre est la description la plus honnête du système public irlandais que l’on puisse donner en une ligne. Dans un pays où la couverture publique serait, comme en France, la réponse par défaut, presque personne n’achèterait de contrat privé. Ici, un habitant sur deux le fait, et la proportion monte avec le revenu.
Le chapitre 14 de ce guide a ouvert le dossier et s’est arrêté net devant l’assurance privée : nous avions écrit, en toutes lettres, que nous ne l’avions pas instruite et qu’une phrase rassurante sur un sujet non dépouillé serait pire qu’un aveu. Ce chapitre-ci est l’instruction annoncée. Il reprend les règles déjà posées — catégorie 1 et catégorie 2, seuils de la medical card, porte européenne ouverte au retraité sous document portable S1 — sans en modifier un chiffre, puis il ajoute les trois blocs qui manquaient : ce que le public facture réellement à un non-titulaire de carte, ce que les listes d’attente disent quand on lit les chiffres publiés plutôt que les anecdotes, et ce que coûte une couverture privée complète, poste par poste, pour trois profils.
Une précaution de lecture avant d’entrer. L’Irlande, Malte et Chypre pratiquent toutes trois un régime de non-domiciliés, et il est tentant de supposer que leurs systèmes de santé se ressemblent aussi. Rien ne le justifie. Nous n’avons transposé aucune règle maltaise ni chypriote dans ce chapitre : tout ce qui suit est établi sur les textes et les publications irlandais, sur les règlements européens de coordination tels que les restituent les organismes publics français et irlandais, et sur le droit français pour ce qui reste à la charge de la France.
Le préalable de fait : être ordinarily resident
L’accès au système public irlandais ne se déclenche pas par une affiliation, comme en France, ni par le paiement d’une cotisation. Il se déclenche par une situation de fait : vivre en Irlande depuis au moins un an, ou avoir l’intention d’y vivre au moins un an. Le service de santé irlandais demande des justificatifs datant de moins de douze mois : acte d’achat ou bail avec la preuve qu’il s’agit de votre résidence principale, relevé d’un établissement financier, facture d’énergie ou de téléphonie en cours, police d’assurance automobile ou habitation à votre nom, document officiel d’une administration irlandaise — un avis d’imposition, par exemple.
La nationalité est indifférente : l’organisme irlandais d’information des citoyens écrit que toute personne, quelle que soit sa nationalité, reconnue comme ordinarily resident relève soit de la catégorie 1, soit de la catégorie 2. Deux conséquences pratiques en découlent, et elles surprennent dans les deux sens. La première est favorable : vous n’attendez pas un an pour être couvert, l’intention documentée suffit. La seconde l’est moins : pour un ressortissant hors Union, l’éligibilité du titulaire n’emporte pas automatiquement celle des personnes à charge, qui doivent justifier séparément.
Ce statut acquis, deux catégories existent, et l’écart entre elles est celui d’une gratuité quasi complète et d’un système de reste à charge.
Trois cartes, trois périmètres : ce que chacune ouvre exactement
La confusion la plus fréquente, chez nos clients comme dans la documentation française disponible, consiste à traiter la medical card et la GP visit cardcomme deux variantes d’une même chose. Ce sont deux dispositifs distincts, aux seuils différents, aux périmètres différents, et l’un des deux a une conséquence fiscale que l’autre n’a pas.
| Prestation | Medical card (catégorie 1) | GP visit card | Catégorie 2, sans carte |
|---|---|---|---|
| Consultation de généraliste, y compris service de garde | Gratuite | Gratuite | Payante en totalité, honoraire libre |
| Diabetes Cycle of Care | Inclus | Inclus | Non |
| Médicaments prescrits | Gratuits, sous réserve du forfait par ligne d'ordonnance | Non couverts | À charge, atténués par le plafond mensuel du Drugs Payment Scheme |
| Traitement hormonal substitutif prescrit | Gratuit, sans forfait par ligne | Non couvert | Gratuit si vous êtes inscrit au Drugs Payment Scheme |
| Hospitalisation publique, consultations externes, appareillages | Gratuites | Non couvertes | Accessibles ; l'hospitalisation publique ne se facture plus, mais les urgences et l'unité de traumatologie ont un tarif |
| Contrôles dentaires, examens de la vue et de l'audition | Inclus | Non | Non — voir le Treatment Benefit ouvert par la PRSI |
| Soins infirmiers de santé publique, service social, soins communautaires | Inclus | Non | Partiellement, selon les services |
| Accompagnement psychologique bref en soins primaires | Inclus | Non | Non |
| Transport scolaire, frais d'examens d'État, aide aux manuels | Exonération ou aide | Non | Non |
| Taux réduit d'USC | Oui, si le revenu total n'excède pas 60 000 € | Non — une carte « GP visit only » n'est pas une carte médicale complète | Non |
Le tableau appelle une lecture qu’un Français ne fait pas spontanément. La GP visit card ne couvre quele généraliste. Elle ne donne aucun droit sur les médicaments, aucun droit hospitalier supplémentaire, aucun contrôle dentaire ou optique, et elle n’ouvre pas le taux réduit d’USC. Un titulaire de GP visit card qui se croit couvert parce qu’il détient « une carte » découvre le reste à charge à la première ordonnance.
Symétriquement, la medical cardvaut bien plus que la gratuité des soins : elle emporte l’exonération des frais d’examens d’État dans le second degré public, l’exonération du transport scolaire, une aide aux manuels dans certains établissements, et surtout le taux réduit d’USC. Pour un ménage dont le revenu total n’excède pas 60 000 €, cette dernière ligne pèse plus lourd que toutes les autres réunies. Ce n’est pas la situation de nos lecteurs, mais elle explique pourquoi la carte est l’objet administratif le plus disputé du pays.
Quatre voies donnent accès à une carte sans évaluation de ressources. Elles figurent dans un tableau explicite de l’organisme irlandais d’information des citoyens, et l’une d’entre elles concerne directement une partie de nos lecteurs.
| Situation | Medical card | GP visit card |
|---|---|---|
| Personne de plus de 70 ans | Sous conditions de ressources | Sans évaluation de ressources |
| Enfant de moins de 8 ans | Sous conditions de ressources | Sans évaluation de ressources |
| Bénéficiaire du Carer's Allowance ou du Carer's Benefit, à taux plein ou réduit | Sous conditions de ressources | Sans évaluation de ressources |
| Personne relevant des règlements européens de coordination | Sans évaluation de ressources | Sans objet |
| Enfant de moins de 18 ans, cancer diagnostiqué dans les 5 dernières années | Sans évaluation de ressources | Sans objet |
| Enfant en famille d'accueil ou en établissement, enfant dont un parent perçoit la Domiciliary Care Allowance | Sans évaluation de ressources | Sans objet |
La quatrième ligne est la seule qui vous concerne, et elle est décisive. Une personne ordinarily residenten Irlande qui perçoit une pension de sécurité sociale d’un autre État de l’Union, de l’Espace économique européen ou de Suisse obtient la medical card complète sans aucune évaluation de ressources, quel que soit son patrimoine. Deux conditions négatives bordent ce droit, et les deux doivent être remplies simultanément : ne percevoir aucune prestation contributive irlandaise, et ne pas travailler en Irlande en y étant redevable de la PRSI. La formule irlandaise est nette : « You must not be subject to Irish social security legislation. »
Le mécanisme, le formulaire à demander, le guichet compétent et le prix exact de cette configuration sont traités au chapitre 14 et au chapitre 17, et nous ne les répétons pas : le document portable est le S1, anciennement E 121, il se demande à la caisse de retraite et non à la CPAM, il faut un exemplaire nominatif par membre de la famille, et la contrepartie française est une cotisation d’assurance maladie de 3,20 % sur la pension de base et 4,20 % sur la complémentaire du régime général. Un point mérite toutefois d’être ajouté ici, parce qu’il ne figure nulle part ailleurs dans ce guide : la page irlandaise qui décrit cette voie mentionne un « E106 » dans ses rubriques consacrées aux travailleurs détachés et aux travailleurs frontaliers, et non dans celle du pensionné. Nous avons relu cette page le 4 août 2026 : elle porte bien, pour le travailleur détaché, « you can get a medical card if you provide an E106 form from your country », et pour le frontalier « You need to complete an S1 form (formally E106 form) ». C’est cette juxtaposition, et rien d’autre, qui alimente l’équivalence erronée que nous avons signalée deux fois. Le retraité n’y figure pas.
Les seuils de ressources, reconfirmés en août 2026
Le chapitre 14 publie les plafonds de la medical card et de la GP visit card en signalant que la page consultée datait d’octobre 2024 et que leur actualité 2026 n’avait pas pu être établie. Nous avons relu les deux pages de barème le 4 août 2026 : les montants y sont identiques à ceux publiés au chapitre 14, ligne à ligne. 184 € par semaine pour une personne seule vivant seule, 164 € vivant en famille, 266,50 € pour un couple ou un parent isolé avec enfants à charge ; 201,50 €, 173,50 € et 298 € entre 66 et 70 ans ; 418 €, 373 € et 607 € pour la GP visit card. La majoration est bien de 38 € par enfant de moins de 16 ans pour chacun des deux premiers, et de 57 € côté GP visit card.
Trois lignes de majoration que le chapitre 14 ne détaillait pas complètent le barème : 41 € pour le troisième enfant de moins de 16 ans et les suivants, 39 € pour chacun des deux premiers enfants de plus de 16 ans sans revenu propre — 42,50 € à partir du troisième — et 78 € par personne à charge de plus de 16 ans en enseignement supérieur à temps plein non boursier. Côté GP visit card, les mêmes lignes valent 61,50 €, 58,50 €, 64 € et 117 €.
L’incertitude signalée au chapitre 14 est donc levée : ces barèmes sont bien ceux en vigueur. La conclusion, elle, ne change pas d’un mot. 184 € par semaine font environ 9 570 € par an de revenu net, et l’épargne franchit le plafond à elle seule : une personne seule détenant 95 000 € de placements se voit imputer 186 € de revenu hebdomadaire théorique et dépasse le seuil avant le premier euro de revenu réel. Source : Citizens Information, « Under 70s means test for medical card and GP visit card » et « GP visit cards », consultées le 4 août 2026.
Une nuance sur le barème des plus de 70 ans, parce qu’elle est mal reprise partout. La GP visit card est acquise automatiquement à 70 ans, sans aucune condition. La medical card complète, elle, reste conditionnée, mais sur un revenu brut — avant impôt, PRSI et USC — et non net : 550 € par semaine pour une personne seule, 1 050 € pour un couple, le couple étant apprécié d’après l’âge du plus âgé des deux. Quatre exclusions d’assiette méritent d’être connues d’un patrimoine constitué : les biens immobiliers ne produisant aucun loyer ne sont pas pris en compte, les revenus tirés de la location d’une chambre du domicile sous le régime irlandais du rent-a-room sont écartés dans la limite de 14 000 € par an, les allocations de chauffage, de téléphone et de vie seule sortent de l’assiette, et l’abattement sur l’épargne est de 36 000 € pour une personne seule, 72 000 € pour un couple, seul le produit au-delà étant pris en compte. Un conjoint survivant de plus de 70 ans conserve le plafond « couple » pendant trois ans.
Reste une catégorie intermédiaire que le chapitre 14 ne mentionnait pas et qui vaut d’être signalée : au-delà de 70 ans, si votre revenu brut combiné dépasse 1 050 € par semaine sans excéder 1 400 €, un conjoint de moins de 70 ans peut obtenir une GP visit card. C’est étroit, mais c’est la seule fenêtre par laquelle un conjoint plus jeune entre dans le dispositif sans passer par le barème général.
Ce que le public facture en catégorie 2 : la ligne que la France ne connaît plus
Commençons par la bonne nouvelle, parce qu’elle est récente, importante, et que la documentation française disponible en 2026 la rate encore massivement. Les frais d’hospitalisation publique ont été supprimés le 17 avril 2023. Le forfait journalier de 80 € par nuit, plafonné à 800 € par an, qui frappait tout patient public en hôpital public, n’existe plus. La formule irlandaise est sans ambiguïté : « Public in-patient and day service fees were abolished on 17 April 2023. » Toute source, française ou irlandaise, qui chiffre encore ce forfait décrit un droit abrogé depuis trois ans.
Ce que le public continue de facturer tient dans un tableau court. Il est court, mais chacune de ses lignes est une sortie de trésorerie que la carte Vitale absorbait sans que vous la voyiez.
| Acte ou service | Ce que paie un patient public sans medical card | Exonérations principales |
|---|---|---|
| Consultation de généraliste | L'intégralité de l'honoraire. Les honoraires des généralistes irlandais ne sont pas réglementés et aucune administration n'en publie de barème : nous ne publions donc aucun montant | Medical card, GP visit card, enfant de moins de 8 ans, personne de plus de 70 ans, bénéficiaire du Carer's Allowance ou Benefit |
| Passage aux urgences sans lettre d'adressage d'un généraliste | 100 € à la première visite pour une même affection ou un même accident. Les consultations externes de suivi liées au même épisode ne se facturent pas à nouveau | Adressage par un généraliste, medical card, admission en hospitalisation à l'issue du passage, maladies infectieuses prescrites, nourrisson de moins de 6 semaines, maternité, droits ouverts par les règlements européens |
| Unité de traumatologie (injury unit), lésion non vitale | 75 € | Medical card, lettre d'adressage d'un généraliste |
| Hospitalisation publique, séjour ou hôpital de jour, patient public | Rien depuis le 17 avril 2023 | Sans objet — la suppression est générale |
| Consultation externe d'un hôpital public, patient public adressé par un généraliste | Rien | Sans objet |
| Médicaments prescrits | À charge, dans la limite de 80 € par mois et par famille au titre du Drugs Payment Scheme | Long-Term Illness Scheme pour les traitements de l'affection visée ; Health Amendment Act Card |
| Médicaments prescrits, titulaire d'une medical card | 1,50 € par ligne d'ordonnance, plafonné à 15 € par mois et par famille ; 1 € et 10 € à partir de 70 ans | Long-Term Illness Scheme, traitement hormonal substitutif, enfant confié au service de santé, traitement de substitution aux opiacés, prophylaxie pré-exposition au VIH |
| Suivi de grossesse et accouchement | Rien au titre du Maternity and Infant Care Scheme, y compris hospitalisation, consultations externes et urgences liées à la grossesse | Ouvert à toute personne ordinarily resident, avec ou sans carte |
Deux lignes de ce tableau décident du budget santé réel d’un ménage installé à Dublin, et elles fonctionnent en sens inverse l’une de l’autre.
La consultation de généraliste est la vraie rupture. Elle se paie intégralement, au comptant, à chaque visite, pour chaque membre du foyer de plus de huit ans. Il n’y a ni tiers payant, ni remboursement de base, ni tarif opposable. Nous ne publions aucun montant sur cette ligne, et il faut dire pourquoi : les honoraires des généralistes irlandais ne sont pas réglementés, aucune administration irlandaise n’en publie de moyenne, et les chiffres qui circulent proviennent de comparateurs commerciaux et de cabinets qui affichent leur propre grille. Un cabinet régulé ne transforme pas une moyenne de forum en donnée de marché. La règle utile, celle qui ne dépend d’aucune source, est la suivante : demandez le tarif au cabinet avant la première consultation, y compris pour un renouvellement d’ordonnance et pour une prise de sang, et faites-vous confirmer par écrit ce que couvre votre contrat privé en day-to-day.
Le Drugs Payment Scheme est, à l’inverse, plus protecteur que ce à quoi un Français s’attend. Il plafonne à 80 € par mois le coût des médicaments prescrits approuvés pour vous et votre famille — conjoint ou partenaire, enfants de moins de 18 ans ou de moins de 23 ans en études à temps plein, et un proche handicapé ou atteint de maladie mentale ne pouvant subvenir à ses besoins, sur rapport médical. Ce plafond est familial et non individuel. Il n’y a aucune condition de ressources : toute personne ordinarily resident sans medical cardpeut s’inscrire, quel que soit son patrimoine. C’est, à notre connaissance, le seul dispositif du système irlandais qui traite un contribuable à haut revenu exactement comme les autres.
Trois mécanismes du Drugs Payment Scheme qui coûtent de l'argent quand on les ignore
Une seule pharmacie par mois. Le plafond de 80 € est appliqué par la pharmacie qui vous délivre. Si vous en utilisez deux dans le même mois, chacune ignore ce que l’autre a encaissé et vous pouvez dépasser le plafond. Le remboursement du surplus existe, mais il se réclame sur formulaire papier, à poster. La consigne irlandaise est explicite : « You should try to use the same pharmacy in a month to avoid paying more than the maximum €80. »
Tous les médicaments ne sont pas dedans. Seuls les produits figurant sur la liste de remboursement du service de santé y entrent. Les produits en vente libre et les prescriptions hors liste ne comptent pas dans le plafond et restent entièrement à charge. Si un prix de référence a été fixé pour une molécule, c’est ce prix, et non celui de la spécialité que vous prenez, qui sert au calcul du cumul mensuel.
La carte expire, et son expiration ne se signale pas. La carte porte une date de fin de validité ; passée cette date, il faut redéposer une demande. Il faut également demander l’ajout de tout nouveau membre du foyer — un nouveau-né, un conjoint arrivé plus tard. Le seuil historique éclaire la trajectoire du dispositif : 144 € avant 2018, 134 €, 124 €, 114 €, 100 € au 1er janvier 2022, puis 80 € depuis le 1er mars 2022. Il n’a plus bougé depuis quatre ans, ce qui, en euros constants, est une baisse. Source : Citizens Information, « Drugs Payment Scheme », page éditée le 16 juillet 2026.
Deux dispositifs sans condition de ressources complètent le tableau, et ils sont mal connus des expatriés parce qu’ils n’ont pas d’équivalent français direct.
Le Long-Term Illness Schemedélivre gratuitement les médicaments, les appareillages médicaux et chirurgicaux nécessaires au traitement de seize affections limitativement énumérées : leucémie aiguë, paralysie cérébrale, mucoviscidose, diabète insipide, diabète sucré — le diabète gestationnel étant exclu —, épilepsie, hémophilie, hydrocéphalie, déficience intellectuelle, maladie mentale avant 16 ans, dystrophie musculaire, sclérose en plaques, syndrome parkinsonien, phénylcétonurie, spina bifida et séquelles de la thalidomide. Il n’y a ni condition de ressources, ni prise en compte du patrimoine, et le forfait par ligne d’ordonnance ne s’applique pas aux médicaments de l’affection visée. Un diabétique de type 1 qui s’installe en Irlande avec trois millions d’euros de patrimoine obtient son insuline gratuitement. Les médicaments sans rapport avec l’affection restent, eux, dans le régime de droit commun.
Le Maternity and Infant Care Schemecouvre gratuitement le suivi de grossesse et l’accouchement de toute personne ordinarily resident, avec ou sans carte. Le contenu est défini : un premier examen par le généraliste, idéalement avant la douzième semaine, puis cinq examens alternés entre le généraliste et l’unité de maternité pour une première grossesse, six pour les suivantes, jusqu’à cinq visites supplémentaires en cas de pathologie associée comme un diabète ou une hypertension, et deux consultations postnatales — examen du nourrisson à deux semaines, examen de la mère et de l’enfant à six semaines. L’hospitalisation, les consultations externes et les urgences liées à la grossesse sont gratuites. Une infirmière de santé publique se déplace au domicile, en principe dans les trois jours du retour de maternité. Et l’enfant bénéficie des consultations de généraliste gratuites jusqu’à 8 ans. Ce bloc est, de tout le système public irlandais, celui qui se compare le mieux au système français.
Dernier point sur le public, et il concerne l’articulation avec l’assurance privée plutôt que le public lui-même. Un patient peut choisir d’être traité comme patient privé d’un praticien hospitalier dans un hôpital public. Le tarif est alors public, et il est resté inchangé depuis janvier 2014.
| Catégorie d'hôpital | Chambre individuelle, par nuit | Chambre à plusieurs lits, par nuit | Hôpital de jour |
|---|---|---|---|
| Hôpitaux de la cinquième annexe | 1 000 € | 813 € | 407 € |
| Hôpitaux de la sixième annexe | 800 € | 659 € | 329 € |
Retenez la logique plutôt que les montants : le patient public en hôpital public ne paie plus rien depuis 2023, le patient privé dans le mêmehôpital paie plusieurs centaines d’euros par nuit plus les honoraires. C’est ce statut privé, et non l’accès aux soins, que votre contrat achète. La conséquence est contre-intuitive : si vous renoncez au statut privé, l’hospitalisation publique ne vous coûte rien, mais vous reprenez rang dans les listes traitées plus bas.
La PRSI achète autre chose que la retraite : le Treatment Benefit, chiffré
Le chapitre 14 range le Treatment Benefitparmi les droits ouverts par les classes A et S sans en donner le contenu. Le voici, parce qu’il rend une partie de la cotisation visible. Le régime, géré par le ministère de la protection sociale et non par le service de santé, prend en charge :
Dentaire. Un examen bucco-dentaire par année civile, intégralement pris en charge. Depuis le 31 janvier 2026, un versement de 50 € par année civile vers un détartrage-polissage, ou de 42 €vers un traitement parodontal lorsqu’il est cliniquement nécessaire. Si le coût réel dépasse ce montant, le reste à charge est plafonné à 15 € pour le détartrage ; il n’est pas plafonné pour le traitement parodontal.
Optique. Un examen de la vue gratuit tous les deux ans — hors examens pour écran de visualisation et pour permis de conduire — et un versement forfaitaire tous les deux ans vers une paire de lunettes de lecture et une de vision de loin, ou une paire de verres progressifs ou bifocaux, ou une paire de lentilles. Les montures de base sont gratuites. Pour les lentilles prescrites pour raison médicale, la prise en charge va jusqu’à 1 000 €, soit 500 € par lentille, tous les deux ans.
Audition et prothèse capillaire. Une aide auditive prise en charge jusqu’à 500 €, 1 000 € pour une paire, tous les quatre ans, plus 100 € de réparations sur la même période. Et jusqu’à 500 € par année civile pour une perruque ou un postiche lorsque la perte capillaire résulte d’une maladie ou de son traitement.
Conditions de cotisation. Classes A, E, H, P ou S. À partir de 29 ans, il faut 260 cotisations payéeset 39 payées ou créditées dans l’année de référence — 2024 pour une demande faite en 2026 —, ou 26 cotisations payées dans chacune des deuxième et troisième dernières années. Un arrivant de 45 ans qui commence à cotiser en Irlande n’atteindra pas 260 cotisations avant cinq années pleines : ce droit n’est pas immédiat. Le régime joue aussi pour un soin reçu dans un autre État membre, le ministère versant alors le plus faible du tarif irlandais et du coût réel, après contact préalable avec son service. Source : Citizens Information, « Treatment Benefit Scheme », consultée le 4 août 2026.
Les délais : ce que disent les chiffres publiés, et ce qu’ils ne disent pas
L’Irlande publie ses listes d’attente tous les mois, hôpital par hôpital et spécialité par spécialité, par un organisme public dédié. Peu de systèmes de santé européens sont aussi transparents sur leur propre goulot d’étranglement. On peut donc parler de ce sujet autrement qu’en anecdotes.
| Liste | Effectif à fin mai 2026 | Ce que la catégorie recouvre |
|---|---|---|
| Première consultation externe hospitalière | 669 506 patients | Patients adressés par un généraliste et attendant un premier rendez-vous de spécialiste. C'est le premier verrou du parcours et, de loin, la liste la plus longue |
| Intervention en hospitalisation ou en hôpital de jour | 115 450 patients | Patients attendant une date pour un acte déjà décidé |
| Endoscopie digestive | 40 986 patients | Liste suivie séparément, avec sa propre cible |
| Pre-admit | 36 978 patients | Patients à qui une date a déjà été donnée pour leur intervention ou leur endoscopie |
| Planned procedure | 111 643 patients, dont 78 333 avec une date indicative ou un rendez-vous | Patients déjà traités, dont le suivi programmé — une coloscopie de surveillance, par exemple — est daté par un clinicien. Un allongement de cette liste ne traduit pas une dégradation |
| Suspension | 34 049 patients | Patients temporairement inaptes ou indisponibles pour raison clinique ou personnelle, et patients pris en charge par des dispositifs d'externalisation |
Les ordres de grandeur méritent d’être posés froidement. À fin décembre 2025, le total publié atteignait 894 369 patients, en hausse de 86 300 sur douze mois, dont 611 987 en attente d’une consultation externe et 107 181 d’une intervention. Sur les attentes les plus longues, 7 540 adultes et 510 enfantspatientaient depuis plus de dix-huit mois pour une intervention. Rapporté à une population d’un peu plus de cinq millions d’habitants, un résident sur six figure sur l’une ou l’autre de ces listes.
Le contrepoint existe et il est de la même source. Le directeur général du service de santé relève que 82 % des personnes inscrites sur une liste au 1er janvier 2025 n’y figuraient plus au 31 décembre : le stock est élevé, le flux est réel. Une liste longue n’est pas une file immobile.
Ce qui éclaire le mieux la situation, ce ne sont pas les effectifs, ce sont les cibles que l’État s’assigne. Les objectifs de référence, issus du rapport Sláintecare de 2017, sont de dix semaines pour une consultation externe et de douze semainespour une intervention. Le plan d’action sur les délais publié pour 2026 vise : 50 % des patients sous ces deux cibles, 65 % des patients sous douze semaines pour les endoscopies, une attente moyenne pondérée ramenée sous 5,5 mois pour les consultations externes et les interventions et sous 3,5 mois pour les endoscopies, et 90 % des patients sous douze mois pour un premier accès en consultation externe.
Relisez cette dernière série lentement, parce qu’elle contient toute l’information. L’objectif officiel n’est pas que les patients soient vus en dix semaines : il est qu’un patient sur deuxle soit. Et l’objectif sur les attentes longues n’est pas qu’il n’y en ait plus : il est que neuf patients sur dixsoient vus en moins d’un an. Un système qui se fixe ces cibles publie, ce faisant, la mesure de son propre écart. C’est exactement cet écart que l’assurance privée achète, et c’est pour cela que 46 % de la population en détient une.
Ce que ces listes ne mesurent pas — et pourquoi nous ne comblons pas le trou
Elles ne mesurent que les soins programmés. L’urgence vitale, la maternité, l’oncologie en cours de traitement et la réanimation n’y figurent pas. Une pathologie aiguë est prise en charge sans liste. Ce n’est pas une nuance de présentation : c’est la différence entre un système qui trie et un système qui refuse.
Elles ne mesurent pas l’accès au généraliste. Le délai pour obtenir un rendez-vous de médecine générale, la disponibilité d’un cabinet acceptant de nouveaux patients dans une commune donnée, et l’attente en service de garde ne font l’objet d’aucune publication officielle consolidée que nous ayons pu consulter. C’est pourtant le premier obstacle rencontré par un arrivant, puisque le généraliste est le portier obligé de toute la suite du parcours et que la lettre d’adressage vaut, à elle seule, exonération des 100 € d’urgences.
Nous ne publions pas de délai moyen par spécialité. L’organisme irlandais met ces données à disposition, mais leur restitution exige une lecture par hôpital et par tranche d’ancienneté que nous n’avons pas conduite. Publier une moyenne nationale par spécialité sans l’avoir extraite serait exactement le genre de chiffre commode et faux que ce guide s’interdit. Si votre décision dépend d’une spécialité précise — orthopédie, ophtalmologie, cardiologie interventionnelle —, la donnée existe et se consulte hôpital par hôpital avant le départ.
La couverture santé se décide avant la date de départ, pas après l'installation
Fenêtre de neuf mois qui annule la majoration d'entrée, carences de cinq ans sur les antécédents, arbitrage entre le maintien de la France comme État compétent et l'affiliation irlandaise : trois décisions irréversibles qui se prennent en amont. Nous les instruisons avec vous, dossier médical et patrimonial en main.


14. Protection sociale, santé et retraite : ce que vous gagnez et ce que vous perdez
La question nous arrive presque toujours au moment où tout le reste est décidé : le poste est signé, la fiscalité a été regardée, et quelqu’un demande, à la fin du rendez-vous, « et pour la sécu, comment ça se passe ? » Elle est posée en dernier et elle devrait l’être en premier, parce que c’est le seul chapitre de ce guide où l’écart entre la France et l’Irlande ne se mesure pas en points d’impôt mais en droits, dont certains ne se rattrapent pas.
Voici l’ordre de grandeur qui donne le ton. Votre cotisation salariale de sécurité sociale s’établit à 4,20 % sans plafond, ce qui est spectaculairement léger au regard de tout ce que vous avez connu en France. En contrepartie, la retraite d’État irlandaise est forfaitaire : elle plafonne à 299,30 € par semaine en 2026, soit environ 15 564 € par an, quel que soit votre salaire. Un cadre à 180 000 € et un salarié à 45 000 € qui travaillent quarante ans côte à côte touchent exactement la même pension d’État. L’un aura versé quatre fois plus que l’autre. Ce n’est pas une anomalie du système : c’est son principe.
La santé obéit à la même logique inversée. Le système public irlandais réserve la gratuité à ceux dont les ressources sont faibles, et les plafonds sont bas au point qu’aucun lecteur de ce guide ne les franchira. Il existe pourtant une porte d’entrée, ouverte par le droit européen et non par le droit irlandais, qui donne accès à la couverture complète sans aucune condition de ressources. Elle ne concerne qu’un profil précis, elle a un prix chiffrable, et elle se referme définitivement si vous prenez un emploi en Irlande. C’est le vrai arbitrage de ce chapitre.
Un mot d’honnêteté avant d’entrer dans le détail. Cette matière est la plus mal documentée de tout le dossier irlandais : quatre affirmations y ont été détruites par notre contre-vérification, et le texte des règlements européens de coordination n’a pas pu être lu à la source, la base EUR-Lex ayant refusé l’accès pendant toute la durée de nos travaux. Les numéros d’articles que vous lirez ci-dessous sont ceux qu’attribuent le CLEISS et l’organisme public irlandais d’information des citoyens. Nous le signalons ici plutôt qu’en note de bas de page, et nous y revenons à la fin.
Ce que la PRSI achète, et ce qu’elle n’achète pas
La Pay Related Social Insuranceest collectée par l’administration fiscale, pas par le ministère de la protection sociale, et elle alimente un fonds unique. Le chapitre consacré à l’impôt irlandais donne le calendrier des taux : 4,20 % jusqu’au 30 septembre 2026, 4,35 % ensuite, sans plafond, pour le salarié comme pour l’indépendant. Ce qui nous intéresse ici, c’est la contrepartie, et elle se lit dans une seule notion qui n’a pas d’équivalent français : la classe.
Onze classes coexistent, désignées par des lettres. Elles ne modifient pas seulement le taux : elles déterminent la liste des prestations auxquelles vous ouvrez droit. Trois vous concernent.
C’est la classe S qui surprend nos clients, et pour une raison inattendue. Un Français qui s’installe à Dublin avec un portefeuille et des immeubles, sans exercer la moindre activité, est traité par le droit irlandais comme un travailleur indépendant : dès que ses revenus atteignent 5 000 € par an, toutes sources confondues, il verse 4,20 % de PRSI de classe S sur ses loyers, ses dividendes et ses intérêts, avec un plancher de 650 €. L’organisme irlandais d’information des citoyens range sans ambiguïté dans cette classe les « people with income from investments, rents, or maintenance payments ». Sur 150 000 € de revenus fonciers et financiers, cela fait 6 300 € par an, qui viennent s’empiler sur l’impôt sur le revenu et sur l’USC. Comparé aux 17,2 % de prélèvements sociaux qu’un résident de France supporte sur les mêmes revenus, c’est quatre fois plus léger ; comparé à ce qu’on en dit d’ordinaire dans les présentations de la destination irlandaise, où ce prélèvement n’apparaît tout simplement pas, cela coûte plusieurs milliers d’euros par an à un patrimoine constitué. Mais — et c’est le contresens le plus répandu sur ce point — ce n’est pas un prélèvement sans contrepartie : la classe S ouvre des droits, au premier rang desquels la State Pension (Contributory), et ces semaines-là comptent dans les 520 cotisations dont il sera question plus bas. La classe K, celle qui n’ouvre effectivement aucun droit, ne concerne que les titulaires de charges publiques et les revenus non professionnels d’une personne déjà assurée à un autre titre : elle ne vise pas le rentier sans activité.
Une question reste ouverte, et elle a de l’enjeu. Un résident non domicilié qui bénéficie de la base de remise n’est imposé, à l’impôt sur le revenu, que sur les sommes effectivement rapatriées. Ses revenus étrangers non rapatriés entrent-ils dans l’assiette de la PRSI de classe S ? Nous n’avons trouvé aucune source primaire traitant de cette articulation. La PRSI ne relève pas du Taxes Consolidation Act mais du Social Welfare Consolidation Act 2005, ce qui interdit de transposer mécaniquement la solution fiscale. Le point n’est pas tranché, et il se pose à tout lecteur dont l’essentiel des revenus reste hors d’Irlande.
L'indépendant : la classe S coûte peu et couvre peu
Le consultant, le dirigeant qui se rémunère hors salaire, le professionnel libéral qui s’installe en Irlande relèvent de la classe S. Le taux est identique à celui du salarié, l’assiette est le revenu total au sens fiscal sans plafond, et le plancher annuel est de 650 €. Deux absences méritent d’être vues avant de renoncer à toute couverture privée : la classe S n’ouvre pas droit à l’Illness Benefit, l’indemnité journalière de maladie, et ne comporte aucune assurance accidents du travail. L’organisme irlandais d’information des citoyens l’écrit sans détour : « in general, you are not covered for any short-term payments, such as illness and disability payments ».
Second point, moins connu et plus brutal : un arriéré de cotisations bloque la pension. Si vous devez des cotisations de classe S, la State Pension (Contributory) n’est versée qu’à compter de la date à laquelle vous avez réglé l’intégralité des cotisations dues et l’intégralité de l’impôt sur le revenu restant dû. Un litige fiscal pendant à 66 ans retarde donc la liquidation de la retraite.
Deux règles d’âge encadrent l’ensemble. Depuis le 1er janvier 2024, la limite supérieure d’assujettissement est passée de 66 à 70 ans : on cotise plus longtemps, mais on peut aussi acquérir des droits plus longtemps, ce qui est précisément l’intérêt d’un expatrié arrivé tard. Restent exonérées dès 66 ans les personnes déjà titulaires de la retraite d’État contributive et celles qui avaient 66 ans au 1er janvier 2024, c’est-à-dire nées avant le 1er janvier 1958. Au-delà de 70 ans, plus aucune cotisation n’est due et plus aucune ne peut être ajoutée. La fenêtre se ferme pour de bon.
Un mot enfin sur le détachement, parce que la question précède souvent l’installation. Un salarié envoyé temporairement de France vers l’Irlande reste au régime français pendant 24 mois, sur présentation du certificat A1, à demander au moins quatre semaines avant le début de la mission. Le mécanisme est symétrique dans l’autre sens. Nous n’avons pas pu lire l’article du règlement européen qui le fonde, et la règle symétrique côté français n’a pas été vérifiée sur source primaire française : la durée de 24 mois et le formulaire, eux, sont confirmés par la source irlandaise.
Télétravail transfrontalier : l'Irlande a signé l'accord-cadre, avec un seuil de 50 %
Le cas se multiplie : vous êtes employé par une société irlandaise et vous travaillez une partie du temps depuis la France, ou l’inverse. La règle générale de coordination fait basculer l’affiliation vers l’État de résidence dès qu’une part substantielle de l’activité — 25 % — y est exercée. L’accord-cadre européen sur le télétravail transfrontalier relève ce seuil.
L’Irlande y est partie depuis le 1er juin 2024, la France également. Le télétravail peut alors représenter moins de 50 % du temps de travail total sans faire basculer l’affiliation vers le pays de résidence. Quatre conditions cumulatives : seuls deux États signataires impliqués, tous les employeurs établis dans le même État, aucune autre activité professionnelle dans l’État de résidence, et un emploi salarié — l’indépendant en est exclu. La demande donne lieu à un certificat A1 dont la case 3.11 est cochée, pour une durée maximale de trois ans, renouvelable.Source : CLEISS, « Télétravail transfrontalier en Europe », consultée le 27 juillet 2026.
Attention à la portée : cet accord règle l’affiliation sociale, et rien d’autre. Il ne dit rien de la résidence fiscale, rien du lieu d’imposition du salaire, et rien du risque d’établissement stable créé par un télétravailleur au domicile duquel une société étrangère se trouve représentée — question sur laquelle nous n’avons trouvé aucune doctrine publiée de l’administration irlandaise et sur laquelle nous ne publions aucun seuil de tolérance.
La santé : le système que votre patrimoine vous ferme
L’accès au système public irlandais ne dépend pas d’une affiliation, comme en France, mais d’une notion de fait : être ordinarily resident, c’est-à-dire vivre en Irlande depuis au moins un an ou avoir l’intention d’y vivre au moins un an. Le service de santé demande des justificatifs datant de moins de douze mois : bail ou acte d’achat, relevé bancaire, facture d’énergie, police d’assurance à votre nom, document d’une administration irlandaise. Cette qualité acquise, deux niveaux existent, et ils ne se ressemblent pas.
La catégorie 1, celle des titulaires d’une medical card, donne la gratuité du médecin généraliste, des médicaments prescrits sous réserve d’un forfait par ligne d’ordonnance, des services hospitaliers publics, de certains soins dentaires, optiques et auditifs. La catégorie 2, celle de tous les autres, ne donne pas la gratuité du généraliste. Chaque consultation se paie. Les médicaments sont à charge, atténués par un plafond mensuel. L’hôpital public reste accessible, avec des frais possibles. Un Français habitué à la carte Vitale découvre en catégorie 2 une réalité qui ressemble davantage à un système de reste à charge qu’à une assurance maladie.
Voici pourquoi vous serez en catégorie 2. La medical card est attribuée sous condition de ressources, et les plafonds sont hebdomadaires.
184 € par semaine font environ 9 570 € par an. Une seule retraite complémentaire française fait sauter ce seuil. Et l’épargne y contribue seule : en appliquant le barème d’assimilation, une personne seule détenant 95 000 €de placements se voit imputer 186 € de revenu hebdomadaire théorique — 10 € sur la tranche de 36 000 à 46 000, 20 € sur celle de 46 000 à 56 000, puis 4 € par tranche de 1 000 € au-delà — et dépasse donc le plafond avant le premier euro de revenu réel. Il ne sert à rien de faire des calculs plus fins : aucun lecteur de ce guide n’obtiendra la medical card par la voie des ressources.
Une exception d’âge existe et elle est généreuse. À partir de 70 ans, la GP visit card — la gratuité des seules consultations de généraliste — est attribuée automatiquement, sans aucune condition de ressources. La medical card complète reste conditionnée, sur un plafond de revenu brut cette fois : 550 € par semaine pour une personne seule, 1 050 € pour un couple, avec la particularité que les biens immobiliers ne produisant aucun loyer ne sont pas pris en compte. Un conjoint survivant de plus de 70 ans conserve le plafond « couple » pendant trois ans.
Reste l’assurance santé privée irlandaise, qui est la solution de la plupart des cadres et des dirigeants installés là-bas. Nous ne la traitons pas. Notre recherche n’a pas dépouillé le régime de la tarification communautaire, celui de la majoration de prime pour souscription tardive après 34 ans, les périodes de carence applicables aux affections préexistantes, ni le crédit d’impôt sur les primes. Ce sont exactement les paramètres qui décident du coût réel et de la couverture effective d’un client de 55 ans ayant un antécédent médical. Publier une phrase rassurante sur un sujet que nous n’avons pas instruit serait plus grave que de dire que nous ne l’avons pas instruit. Ce bloc appelle une recherche dédiée, et il doit être traité avantle départ, pas après : les carences ne se rattrapent pas rétroactivement.
La porte que le droit européen laisse ouverte, et son prix exact
Voici le mécanisme le plus utile de ce chapitre pour un retraité, et il ne relève pas du droit irlandais. Une personne qui réside habituellement en Irlande et qui perçoit une pension de sécurité sociale d’un autre État de l’Union obtient la medical card sans aucune évaluation de ressources, quel que soit son patrimoine. La condition tient en une phrase : ne pas être soumis à la législation de sécurité sociale irlandaise. Ce qui se décompose en deux branches, et les deux doivent être remplies : ne percevoir aucune prestation contributive irlandaise, et ne pas travailler en Irlande en y étant redevable de la PRSI.
Le formulaire du retraité est le E121, devenu S1 — jamais le E106
L’erreur circule dans des documentations sérieuses et nous l’avons nous-mêmes trouvée écrite, y compris sur la page irlandaise qui décrit la démarche : elle mentionne un « E106 », mais dans ses sections consacrées aux travailleurs détachés et aux travailleurs frontaliers. Pour un pensionné, le formulaire E remplacé par le document portable S1 est le E 121. L’Assurance Maladie l’écrit elle-même : « Avant votre départ de France, demandez le formulaire E 121/S1 à votre caisse de retraite. » Demander un E106 à une caisse de retraite, c’est demander un document qu’elle ne délivre pas.
Le S1 se demande à votre caisse de retraite, pas à la CPAM. Régime général : à la CNAV, service « Droit aux soins de santé », 15 avenue Louis Jouhanneau, 37078 Tours cedex 2, ou par l’espace personnel. Pension civile ou militaire de retraite : à la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger, Centre de gestion des retraités, 30 rue de Malville, BP 54007, 44040 Nantes cedex 1. Il faut un S1 nominatif distinct par membre de la familleayant droit — conjoint, partenaire de PACS, enfants. Le document se remet ensuite au service de santé irlandais avec le formulaire de demande de medical card.
Base juridique citée : articles 24 § 1 et 25 du règlement (CE) n° 883/2004, article 24 du règlement (CE) n° 987/2009. Réserve :le service de santé irlandais, source opérationnelle de premier rang, a refusé l’accès à ses pages pendant nos travaux. La confirmation repose sur l’organisme irlandais d’information des citoyens, sur ameli et sur le CLEISS, et la page irlandaise qui la porte date d’octobre 2022. À confirmer directement auprès du service irlandais avant de fonder un calendrier de départ dessus.
Cette porte a un prix, et il est chiffrable au centime. Tant que la France reste l’État compétent pour votre assurance maladie — c’est le cas dès lors que vous ne percevez qu’une pension française et n’exercez aucune activité en Irlande — une cotisation d’assurance maladie françaiseest prélevée sur vos pensions. Le fondement est l’article L. 131-9du code de la sécurité sociale, qui vise les personnes ne remplissant pas les conditions de résidence fiscale de l’article L. 136-1 mais qui bénéficient à titre obligatoire de la prise en charge de leurs frais de santé. Les taux sont à l’article D. 242-8, dans sa version en vigueur depuis le 30 septembre 2018 : 3,20 % sur les avantages de retraite servis par les organismes du régime général, 4,20 % sur les autres avantages de retraite mentionnés à l’article L. 131-2. Pour les retraites des travailleurs indépendants, le CLEISS retient 7,10 %, sur le fondement de l’article D. 621-5, que nous n’avons pas lu directement.
En contrepartie, ni CSG, ni CRDS, ni CASA : ces contributions supposent une résidence fiscale française, que vous n’avez plus. Et côté irlandais, rien n’est retenu, puisque la pension française supporte déjà un prélèvement.
Un retraité, trois configurations, trois factures sociales
Hypothèse : 22 000 € de retraite de base du régime général + 48 000 € de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO = 70 000 € de pensions annuelles brutes RESTÉ EN FRANCE — taux plein de CSG CSG 8,3 % + CRDS 0,5 % + CASA 0,3 % sur 70 000 € ....... 6 370 € Cotisation maladie 1 % sur la complémentaire ............. 480 € Total .................................................. 6 850 € EN IRLANDE, SITUATION 1 — France reste État compétent 3,20 % sur la retraite de base (22 000 €) ................ 704 € 4,20 % sur la complémentaire (48 000 €) ................ 2 016 € Total .................................................. 2 720 € Et : medical card irlandaise SANS condition de ressources EN IRLANDE, SITUATION 2 OU 3 — l'Irlande devient État compétent Aucun prélèvement social français .......................... 0 € Et : plus de S1, plus de medical card, catégorie 2Illustration au 27 juillet 2026. Taux français vérifiés : art. L. 131-9 et D. 242-8 du code de la sécurité sociale pour les 3,20 % et 4,20 % ; barème CSG des pensions au taux normal de 8,3 % selon le revenu fiscal de référence, CRDS 0,5 %, CASA 0,3 %. La cotisation de 1 % sur la retraite complémentaire d'un résident de France figure au premier alinéa du même art. D. 242-8. Ne tient compte ni de l'impôt sur le revenu, ni du coût d'une assurance santé privée irlandaise, que nous n'avons pas instruit.
L’arbitrage est donc net dans son principe et incomplet dans ses chiffres, et nous préférons le dire ainsi. La configuration 1 coûte 2 720 € par an et achète une couverture publique complète. Les configurations 2 et 3 ne coûtent rien en prélèvements français mais vous renvoient vers l’assurance privée irlandaise, dont nous n’avons pas établi le prix. La conclusion dépend donc d’un chiffre que nous n’avons pas, et personne ne devrait trancher cet arbitrage sans l’avoir demandé. Ce que nous pouvons affirmer, en revanche, c’est que la bascule est involontaire et irréversible dans les faits : il suffit d’accepter une mission salariée en Irlande, ou de liquider une petite pension irlandaise acquise par quelques années de cotisation, pour que le S1 soit annulé et que la medical card tombe. Une pension irlandaise de 3 000 € par an peut coûter l’accès gratuit au système de santé.
Le certificat de vie : une formalité annuelle, et l'Irlande n'en est pas dispensée
La France a conclu avec neuf pays européens — Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suisse — des échanges de données d’état civil qui dispensent les retraités qui y résident de produire un justificatif d’existence. L’Irlande n’est pas de cette liste. Vous devrez donc, chaque année, produire un certificat de vie.
Deux atténuations : un seul certificat suffit pour l’ensemble de vos caisses, et depuis juin 2024 un dispositif biométrique permet de le transmettre par une courte vidéo depuis un téléphone, sans se déplacer. La sanction du défaut, elle, n’est pas atténuée : la retraite cesse d’être payée. Source : CLEISS, « Les certificats de vie », consultée le 27 juillet 2026.
Poser l'arbitrage santé avant de fixer la date, pas après
Le maintien de la France comme État compétent, l'obtention du S1 auprès de la bonne caisse et le renoncement à toute activité irlandaise forment un ensemble cohérent qui se décide en amont. Nous instruisons cette configuration avec vous, régime de retraite par régime de retraite.
La retraite irlandaise : la totalisation ne fait pas ce que l’on croit
Commençons par dissiper le malentendu le plus fréquent. La coordination européenne ne fusionne pas les carrières et ne crée pas de pension unique. Elle fait une seule chose : elle ajoute vos périodes françaises à vos périodes irlandaises pour vérifier si le droit s’ouvre. Une fois le droit ouvert, chaque État calcule et verse sa propre pension, sur ses propres périodes, selon son propre barème. Vous ne gagnez pas d’argent à la totalisation : vous gagnez un droit qui, sans elle, n’existerait pas.
La State Pension (Contributory) s’ouvre à 66 ans, n’est pas soumise à condition de ressources, se cumule librement avec une activité et avec une pension professionnelle, et peut être différée jusqu’à 70 ans. Trois conditions cumulatives commandent son ouverture, et c’est la première qui piège les arrivées tardives.
Le calcul du taux traverse en ce moment une réforme de dix ans qu’il faut connaître pour lire une estimation. Depuis le 1er janvier 2025, pour les personnes nées à compter du 1er janvier 1959, le taux retenu est le plus favorablede deux méthodes : la Total Contributions Approach seule, ou une combinaison pondérée de l’ancienne moyenne annuelle et de la TCA. La pondération se déplace chaque année : en 2026, elle est de 80 % de moyenne annuelle et 20 % de TCA ; en 2034, la moyenne annuelle disparaît et tout est calculé en TCA. Une carrière courte en Irlande, typique de l’expatrié, est presque toujours mieux traitée par la moyenne annuelle que par la TCA, ce qui signifie que la réforme est, pour ce profil, défavorable, et qu’elle l’est un peu plus chaque année.
Arrivé à 57 ans : ce que neuf ou treize années irlandaises produisent
Profil : né en 1969, s'installe en Irlande à 57 ans, en 2026. Atteint 66 ans en 2035, donc calcul en TCA pure. OPTION 1 — liquidation à 66 ans, en 2035 9 années de cotisations ................... 468 cotisations Seuil des 520 .......................... NON ATTEINT Entrée dans l'assurance 9 ans avant .... CONDITION NON REMPLIE Droit sur les seules cotisations irlandaises ......... néant Avec totalisation des périodes françaises : droit ouvert ? → POINT NON TRANCHÉ, voir ci-dessous Si oui, proratisation sur les 468 cotisations irlandaises 468 / 2 080 = 22,5 % de 299,30 € ...... 67,34 € par semaine soit environ 3 502 € par an OPTION 2 — travailler et différer jusqu'à 70 ans, en 2039 13 années de cotisations .................. 676 cotisations Seuil des 520 ................................. FRANCHI Entrée dans l'assurance 13 ans avant ..... CONDITION REMPLIE 676 / 2 080 = 32,5 % de 363,90 € ..... 118,27 € par semaine soit environ 6 150 € par anIllustration construite à taux 2026, non actualisée à 2035 ni 2039. Deux réserves de méthode, à ne pas ignorer. D'une part, la proratisation applicable sous le règlement (CE) n° 883/2004 n'a pas pu être vérifiée : l'organisme irlandais n'explicite la formule (A × B) / C que pour les accords bilatéraux, et les articles 52 et 58 du règlement n'ont pas pu être lus. D'autre part, nous n'avons trouvé aucune source indiquant si la totalisation des périodes françaises satisfait aussi la condition d'entrée dans l'assurance dix ans avant la liquidation, ou seulement celle des 520 cotisations. Ce point commande l'option 1 tout entière et n'est PAS TRANCHÉ.
Le report mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est l’une des rares décisions véritablement libres de tout ce chapitre. Il est ouvert entre 66 et 70 ans aux personnes nées à compter du 1er janvier 1958. Pendant le report, on peut continuer à travailler et à cotiser, ce qui améliore à la fois le droit et le taux. Trois pièges le bordent. La décision est irréversible dans un sens : une fois la pension liquidée, on ne peut plus la différer, même en continuant à travailler, puisqu’on cesse de cotiser à la PRSI dès le premier versement. Percevoir une autre prestation sociale pendant la période de report fait « reculer » la pension d’autant, ce qui peut faire perdre le bénéfice du taux d’âge supérieur. Et aucune cotisation créditée n’est acquise pendant le versement de cette autre prestation.
Deux dispositifs annexes valent d’être connus. Les cotisations volontaires permettent à qui quitte l’Irlande de continuer à alimenter ses droits : il faut 520 cotisations obligatoires déjà payées, une adhésion dans les 60 mois suivant la fin de la dernière année d’assurance, et le taux est de 6,60 % du revenu imposable de l’année précédente avec un plancher de 500 €, ou un forfait de 650 € pour un ancien indépendant. Une condition ferme les portes à la plupart de nos lecteurs : il ne faut plus être couvert par l’assurance obligatoire ou volontaire d’un autre pays de l’Union. Un Français rentré en France et affilié en France ne peut donc pas cotiser volontairement en Irlande en parallèle. La fenêtre existe, mais elle est étroite et se referme vite.
Les suppléments de carrière, ensuite, intéressent surtout les conjoints d’expatriés dont la carrière a été interrompue. Trois dispositifs distincts coexistent et ne servent pas dans le même calcul : le Homemaker’s Scheme neutralise jusqu’à vingt ans d’interruption, mais uniquement dans le calcul par moyenne annuelle ; le HomeCaring Periods Scheme joue uniquement dans le calcul par TCA ; les Long-Term Carers Contributions valent cotisation payée et ouvrent jusqu’à 1 040 contributions, en dispensant même de la condition d’entrée dans l’assurance dix ans avant. Une seule demande, un seul formulaire, et une révision reste possible après liquidation.
MyFutureFund : l'adhésion automatique lancée le 1er janvier 2026, et pourquoi elle vous dessert
Un régime d’adhésion automatique à l’épargne retraite est entré en vigueur le 1er janvier 2026. Il vise tout salarié de 23 à 60 ans percevant 20 000 € ou plus par an, tous emplois confondus, et qui ne cotise pas déjà à un régime de retraite par la paie de cet emploi. Les taux montent par paliers de trois ans : 1,5 % salarié, 1,5 % employeur et 0,5 % de l’État les trois premières années, puis 3 %, puis 4,5 %, pour atteindre 6 % salarié, 6 % employeur et 2 % de l’État à partir de la dixième année. Les parts employeur et État cessent au-delà de 80 000 € de salaire annuel.
Le point qui décide, pour un cadre au taux marginal supérieur : il n’y a aucun allègement fiscal sur ces versements. À la place, l’État abonde de 1 € pour 3 € versés, ce que la documentation officielle présente comme 25 % du total de 4 €. Un versement sur un régime professionnel irlandais ou sur un PRSA ouvre, lui, un allègement au taux marginal, soit 40 % pour la plupart de nos lecteurs. Pour un haut revenu, l’adhésion automatique est donc le véhicule le moins efficace, et le seul moyen d’en sortir est d’être déjà couvert par un régime alimenté par la paie irlandaise.
Mécanique de sortie, à connaître avant de la subir : le maintien est obligatoire pendant six mois ; la fenêtre de sortie s’ouvre du septième au huitième mois ; seules les cotisations salariales sont remboursées, les parts employeur et État restant investies. Au-delà de huit mois, la sortie n’est plus possible : seule une suspension l’est, avec douze mois d’attente avant reprise, et une réinscription automatique intervient après deux ans. Un départ à l’étranger ne clôture rien : vous restez inscrit, sans versements nouveaux, et les sommes restent investies jusqu’à la retraite. INCERTAIN :nous n’avons pas pu vérifier si des versements sur un plan français opérés par retenue sur salaire irlandais, dans le cadre examiné plus bas, valent exclusion de l’adhésion automatique.
Ce que l’Irlande fait de vos pensions, une fois la convention appliquée
La répartition du droit d’imposer entre les deux États est traitée en détail dans le chapitre consacré à la convention : l’article 13 pour les pensions publiques, imposables dans l’État payeur, l’article 14 pour les pensions privées et les rentes, imposables dans l’État de résidence, l’article 20 pour tout le reste, également dans l’État de résidence. Nous ne la reprenons pas. Ce qui se joue ici, c’est ce que l’Irlande fait de ce qu’elle a le droit d’imposer, et cela change le montant.
La règle générale tient en une phrase de l’administration irlandaise : « In general, foreign pensions […] are taxable sources of income in Ireland. They are liable to Income Tax and Universal Social Charge (USC), but not Pay Related Social Insurance (PRSI). » Puis vient l’exception, en une ligne : « Foreign State pensions are not liable to USC. »
L’écart n’est pas spectaculaire — l’USC sur une retraite de base représente quelques centaines d’euros — mais il se répète chaque année pendant vingt ou trente ans, et il se règle par une question posée à l’administration irlandaise plutôt que par une hypothèse laissée dans un tableur.
Un dispositif irlandais mérite une mention, moins pour sa portée que pour éviter qu’on lui en prête une qu’il n’a pas. La section 200 du Taxes Consolidation Act 1997 exonère d’impôt irlandais les pensions étrangères qui, dans leur pays d’origine, ne seraient pas imposées si le bénéficiaire y résidait, à trois conditions cumulatives, dont celle que le pays de source connaisse un impôt correspondant à l’impôt sur le revenu irlandais. Comme les pensions de retraite françaises sont, en règle générale, imposables en France, ce texte ne leur sert à rien. Il pourrait en revanche intéresser des pensions françaises exonérées d’impôt sur le revenu en France : pensions militaires d’invalidité, retraite du combattant, certaines rentes viagères d’invalidité. Nous ne l’avons pas vérifié : c’est une piste à instruire, pas un résultat. Le manuel de l’administration irlandaise, revu en janvier 2026, précise que l’exonération joue « whether the recipient is resident in Ireland or otherwise ».
Reste une démarche opérationnelle centrale que nous n’avons pas pu documenter, et qui concerne tous ceux dont la retraite complémentaire est imposable en Irlande seulement : la retenue à la source de l’article 182 A du CGIsur les pensions versées à des non-résidents. La convention attribuant l’imposition à l’Irlande, cette retenue ne devrait pas s’appliquer. Mais la procédure pratique de dispense— quelle attestation, quel formulaire, quel interlocuteur, dans quel délai — n’a pas pu être vérifiée sur la documentation administrative française. C’est le genre de trou de procédure qui coûte une année de trésorerie et deux ans de réclamation. Il se traite avec la caisse de retraite avant le premier versement post-départ.
Le PER français vu d’Irlande : trois qualifications possibles, trois régimes différents
Nous arrivons au point sur lequel on nous demande le plus souvent une réponse ferme, et sur lequel nous n’en donnerons pas. Un cadre ou un dirigeant français de 55 ans a fréquemment plusieurs centaines de milliers d’euros logés dans un plan d’épargne retraite. Il lit quelque part que l’Irlande exonère les capitaux de retraite étrangers jusqu’à 200 000 €, il fait une règle de trois, et il arrive avec un projet. Le barème est exact ; presque tout ce qu’on en déduit ne l’est pas.
Le régime existe bien. La section 200A du Taxes Consolidation Act 1997, insérée par la section 19 du Finance Act 2022, s’applique aux capitaux versés par un régime de retraite étranger à compter du 1er janvier 2023. Son barème est celui du tableau ci-dessous, et il est confirmé par le manuel de l’administration irlandaise revu en janvier 2026.
Trois corrections doivent être apportées à la lecture courante de ce barème, et chacune coûte de l’argent.
Première correction : l’abattement de 200 000 € est unique, viager et mutualisé. Il ne se dédouble pas entre les deux régimes irlandais. La section 200A(1)(d) agrège les capitaux de retraite « domestiques » déjà perçus sous la section 790AA, et la section 790AA(1)(f), insérée par la même loi de finances 2022, opère l’agrégation en sens inverse. L’agrégat retenu couvre tous les capitaux relevant de la section 790AA depuis le 7 décembre 2005 et tous les capitaux étrangers depuis le 1er janvier 2023. Si les 200 000 € ont déjà été consommés par une sortie antérieure, tout capital ultérieur est imposable dès le premier euro.
Deuxième correction : la qualification du PER français n’est pas acquise. C’est le point que nous tenons à écrire en toutes lettres, parce que nous avons nous-mêmes failli publier l’inverse. Le manuel de l’administration irlandaise ne mentionne ni le PER, ni aucun produit français. Et il contient deux éléments qui contredisent l’application automatique de la section 200A.
Le premier est l’exclusion des qualifying overseas pension plans. Le paragraphe 9 du manuel énumère les capitaux qui ne relèvent pas de ce régime, et cite en tête le capital issu d’un QOPP. Or la note qui définit le QOPP vise les personnes « coming to or returning to Ireland with a pre-existing pension plan concluded with a pension provider in another EU State which they want to retain ». Ce n’est pas un cas d’école : c’est exactement le profil du Français qui s’installe en Irlande en conservant son plan. Le second est la condition de finalité, que le manuel glose en prestations versées après la retraite « in connection with past service ». Un PER individuel n’est adossé à aucune relation d’emploi ; un PER d’entreprise, collectif ou obligatoire, satisfait ce critère bien plus naturellement. Traiter « le PER » comme un objet unique est juridiquement intenable. L’argument contraire existe, et nous le donnons : les chapitres irlandais visés par la définition couvrent des produits individuels, contrats de rente de retraite et PRSA. D’où une véritable incertitude, et non une certitude en sens inverse.
Ne jamais citer la « section 200A(9) » à l'appui de l'exclusion des QOPP
L’attribution circule et elle est fausse. Le texte authentique de la section 200A(9) dispose : « This section shall not apply to a foreign lump sum that is paid to — (a) a widow or widower, (b) a surviving civil partner, (c) children, (d) dependents, (e) personal representatives, or (f) children of the civil partner, of a deceased individual. » C’est l’exclusion des capitaux décès, et rien d’autre. Dans le manuel, la référence est imprimée en regard d’une autre puce que celle des QOPP : la confusion vient d’une mise en page.
Le véritable fondement de l’exclusion des QOPP est la section 200A(1)(a), branche (c), qui n’admet dans la définition du foreign pension arrangement qu’un dispositif dont il est établi qu’il « is not a relevant pension arrangement » au sens de la section 790AA. Or un QOPP est un relevant pension arrangement : il tombe donc, par construction, hors de la définition. Le capital relève alors de la section 790AA, et non de la section 200A. Un cabinet régulé qui invoque un texte qui dit autre chose que ce qu’il prétend lui faire dire n’a plus de sourçage du tout.
Troisième correction : « même barème » ne veut pas dire « même régime ». Les taux et les seuils sont identiques par les deux voies, mais les mécanismes diffèrent, et pour des patrimoines élevés ces écarts sont matériels. Sous la section 200A, le capital est imposé sous le Case III du Schedule D et le redevable est l’individu seul. Sous la section 790AA, il est imposé sous le Case IV puis sous le Schedule E au taux marginal par la voie du PAYE, avec une responsabilité solidairede l’administrateur du régime et de l’individu. Enfin, un capital relevant de la section 200A n’est pas un événement de cristallisation au titre du plafond global d’encours retraite, alors qu’un capital de QOPP en est un, avec un crédit correspondant.
La conséquence que personne ne tire : la base de remise ne protège pas les deux voies de la même manière
Le manuel irlandais est explicite sur un point : pour un résident non domicilié, le capital relevant de la section 200A n’est imposable qu’à hauteur des sommes effectivement rapatriées, parce qu’il est assis sur le Case III, le seul champ que couvre le volet « revenus » de la base de remise. La citation est sans ambiguïté : « an individual resident but not domiciled here is only chargeable to tax on the lump sum to the extent that the lump sum is remitted to the State ».
Or, si le plan est qualifié de QOPP, le capital bascule sous la section 790AA, donc sous le Case IV, et le Case IV est précisément ce que le manuel dédié à la base de remise exclut expressémentde son champ. La conséquence logique est lourde : la qualification en QOPP, favorable par ailleurs, ferait perdre la protection de la base de remise sur le capital. Nous présentons cela comme un raisonnement, pas comme une règle : aucune source de l’administration irlandaise ne traite explicitement cette articulation, et le point n’est pas tranché.
Une contradiction interne s’y ajoute et n’a pas été levée. La ligne 303 de la Form 11, celle des capitaux de régimes de retraite étrangers, ne figure pas dans la liste des lignes de remise énumérées par l’administration, alors même que le manuel affirme que la base de remise s’y applique. Le formulaire et le manuel ne disent pas la même chose. Cette contradiction doit être levée avant tout conseil portant sur une sortie en capital non rapatriée.
Une troisième qualification est encore ouverte, et elle est de loin la plus coûteuse. Un PER assurantiel français pourrait être regardé non comme une pension étrangère mais comme une foreign life policy au sens de la section 730H, ce qui le ferait basculer dans le régime traité au chapitre consacré aux placements : imposition à 38 %, cession réputée tous les huit ans, et taux porté à 60 % si le contrat est qualifié de personal portfolio life policy. La définition irlandaise de la foreign life policy est large et aucune source consultée ne traite du PER. Trois lectures, trois régimes, et un écart qui se compte en dizaines de points.
Deux avertissements sur les montages qui circulent
Le « Précédent 28 » est mort. Un précédent de l’administration irlandaise du 30 juillet 1987 prévoyait que les capitaux versés en commutation d’une pension étrangère n’étaient pas imposables en Irlande si la personne venait y résider après sa retraite. L’administration écrit aujourd’hui : « In common with most precedents over five years old, Revenue treats this precedent as having lapsed. As such, the benefits associated with the precedent are no longer available. » Pour les capitaux versés avant le 1er janvier 2023, sa position est qu’ils sont imposables en totalité comme revenu étranger. Toute documentation, française ou irlandaise, qui invoque encore ce précédent est à écarter.
La clause anti-abus conventionnelle s’applique depuis 2020. La convention multilatérale a inséré dans la convention de 1968 un critère des objets principaux : un avantage conventionnel n’est pas accordé s’il est raisonnable de conclure que son obtention était l’un des objets principaux d’un montage. Un départ en Irlande dont l’un des objets principaux serait de faire sortir un capital de PER sous le barème irlandais est directement exposé. Nous ne présentons pas cette combinaison comme un schéma d’optimisation, et nous ne la mettons pas en œuvre à ce titre. Une installation réelle, motivée et durable, qui produit incidemment ce traitement, est une autre situation : c’est la différence entre une conséquence et un objet.
Continuer à alimenter un plan français depuis l’Irlande : la Migrant Member Relief
Le mécanisme est peu connu et il est le plus directement utile de tout ce chapitre à qui s’installe en Irlande avec un plan de retraite français en cours. Le chapitre 2B de la partie 30 du Taxes Consolidation Act 1997, sections 787M et 787N, permet de continuer à verser sur un plan de retraite préexistant établi dans un autre État membre de l’Union ou au Royaume-Uni, et d’obtenir sur ces versements un allègement d’impôt irlandais au taux marginal. L’allègement est ouvert aux cotisations versées à compter du 1er janvier 2005.
L’inclusion du Royaume-Uni est fréquemment omise : elle résulte de la loi irlandaise de conséquences du retrait britannique, en vigueur depuis le 31 décembre 2020. Le manuel de l’administration irlandaise la porte ; les Notes for Guidance officielles ne mentionnent, elles, que l’Union. Sur ce point précis, le manuel est plus à jour que les notes.
Les deux dérogations au test de trois ans méritent d’être distinguées, parce qu’elles n’ont pas la même valeur. La première est une exception légale : la condition ne s’applique pas aux cotisations versées à un sous-compte de produit paneuropéen d’épargne-retraite individuelle, au sens de l’article 2, point 23, du règlement (UE) 2019/1238, exception inscrite à la section 787M(1)(c). La seconde est un pouvoir discrétionnaire : la section 787N(2) permet à l’administration de traiter une personne comme membre migrant qualifiant lorsqu’elle remplit toutes les autres conditions, les dossiers étant à adresser au bureau local. Une exception de droit et une faveur administrative ne se plaident pas de la même manière, et la seconde n’est pas garantie.
Le point d’achoppement probable pour un PER français, il faut le nommer, est la condition de prestations « similaires à celles agréées en Irlande » : la sortie en capital libredu plan d’épargne retraite français à la retraite n’a pas d’équivalent direct dans les plans irlandais agréés, où le capital est plafonné à une fraction de l’encours. C’est une analyse contractuelle, plan par plan, et le rescrit demandé à l’administration irlandaise est ici l’outil adapté : demandé avant l’installation, pas après le premier versement.
Une voie voisine existe pour les salariés détachés, et elle est distincte. Les cotisations de l’employeur étranger au plan de retraite étranger peuvent être traitées comme non imposables, et le salarié obtenir l’allègement sur ses propres versements, à trois conditions qui le concernent : ne pas être domicilié en Irlande, avoir cotisé au plan depuis au moins 18 moisavant l’arrivée, et ne pas être résident d’Irlande depuis plus de cinq ans. L’employeur doit lui-même être résident fiscal d’un État membre, du Royaume-Uni ou d’un État conventionné, et avoir cotisé depuis au moins dix-huit mois. Un régime alternatif existe pour les détachements intragroupe de moins de dix ans, mais il exige que le régime étranger soit un trust scheme : cette condition est inadaptée au droit français, qui ne connaît pas la fiducie de retraite. Pour un PER, la voie de la Migrant Member Relief reste la plus praticable.
Trois situations où nous déconseillons le départ, ou du moins ce calendrier-là
L’indépendant de 50 ans à la santé fragile. Il quitte un système où son arrêt de travail est indemnisé et où l’accident du travail est couvert, pour une classe S qui ne couvre ni l’un ni l’autre, et pour une catégorie 2 de santé où la consultation se paie. La couverture privée irlandaise comble sans doute une partie de cet écart : nous ne l’avons pas instruite, et tant que ce chiffrage n’est pas fait, l’équation n’est pas posée. Partir sans ce chiffrage, c’est arbitrer à l’aveugle sur le seul poste qui ne se rattrape pas.
Le retraité de la fonction publique dont le seul motif est fiscal. L’article 13 de la convention laisse à la France l’imposition de sa pension civile ou militaire, et le départ n’y change rien. Il conserve l’accès au S1 et à la medical card, ce qui n’est pas rien, et il économise CSG, CRDS et CASA. Mais l’essentiel de son revenu reste imposé en France, au barème français, et la qualification de sa pension au regard de la formule de 1968 — « fonctions administratives (civiles ou militaires) » — est incertaine pour les régimes spéciaux, la CNRACL, l’Ircantec et les agents contractuels de droit public. L’arithmétique du départ est ici bien plus mince qu’elle n’en a l’air, et elle repose sur une qualification non vérifiée.
Celui qui part pour le barème des 200 000 €. Trois qualifications possibles, dont l’une — celle de la foreign life policy — ferait disparaître l’abattement, et dont une autre lui ferait perdre la protection de la base de remise ; un abattement viager unique et mutualisé qui peut avoir déjà été consommé ; une clause anti-abus conventionnelle en vigueur depuis 2020 et qui vise exactement cette configuration ; et une articulation avec la base de remise que l’administration irlandaise n’a jamais tranchée. Ce n’est pas un projet patrimonial, c’est un pari sur quatre inconnues corrélées. Si le déménagement a par ailleurs des motifs réels, la question se pose autrement ; s’il n’en a pas, elle ne se pose pas.
Ce que nous n’avons pas pu vérifier
La liste est longue et nous la publions entière, parce qu’un lecteur qui ignore les bords d’un raisonnement finit par les franchir sans le savoir.
Le socle européen, d’abord. Aucun article des règlements (CE) n° 883/2004 et n° 987/2009 n’a pu être lu à la source, la base EUR-Lex ayant opposé un refus d’accès pendant toute la durée de nos travaux. Les numéros d’articles cités — 6, 11, 12, 13, 23, 24, 25, 27, 30, 31, 44 à 49, 50 à 59 — sont ceux qu’attribuent le CLEISS et l’organisme irlandais d’information des citoyens. Le contenu des règles est confirmé par ces deux sources publiques ; leur numérotation ne l’est pas par le texte lui-même.
Côté retraite : la formule de proratisation applicable sous le règlement 883/2004 n’est explicitée nulle part par l’organisme irlandais, qui ne la donne que pour les accords bilatéraux. Le classement de la France en pays de type A ou de type B pour la pension d’invalidité irlandaise n’a pas été établi, et il détermine si une personne invalide ayant cotisé dans les deux pays reçoit une pension entière d’un seul État ou deux pensions partielles. L’exportabilité de la retraite d’État irlandaise vers la France, et les conditions de réaffiliation à la protection universelle maladie au retour, n’ont pas été vérifiées. La portabilité et le transfert transfrontalier des droits acquis entre plans français et irlandais n’ont pas été instruits du tout : c’est un sujet à part entière.
Côté santé : les plafonds de la medical cardreproduits plus haut proviennent de pages datées de 2024 et n’ont pas été confirmés sur un barème 2026. Le service de santé irlandais a refusé l’accès à ses propres pages. L’assurance santé privée irlandaise n’a pas été instruite. L’assiette exacte de la cotisation française de 3,20 % et 4,20 %, l’existence d’exonérations, et le sort des pensions de réversion restent à documenter, même si le fondement légal des taux, lui, est vérifié.
Côté fiscalité : la procédure de dispense de la retenue à la source française sur les pensions de non-résidents n’a pas été documentée. L’assimilation de la retraite de base française à une foreign State pensionexonérée d’USC reste une inférence. La contradiction entre la ligne 303 de la Form 11 et le manuel sur la base de remise n’est pas levée. L’interaction entre la PRSI de classe S et les revenus étrangers non rapatriés n’est étayée par aucune source. La trajectoire du plafond global d’encours retraite au-delà de 2026 est annoncée, pas légiférée : nous ne la chiffrons pas. Et la portée de la formule « fonctions administratives (civiles ou militaires) » pour les régimes spéciaux, la CNRACL, l’Ircantec et les agents contractuels de droit public n’a pas pu être établie.
Rien de tout cela n’empêche de décider. Cela indique seulement où la décision demande un avis que nous ne sommes pas habilités à donner : un spécialiste de la protection sociale internationale pour la coordination et la retraite, un conseil fiscal irlandais pour les qualifications de la section 200A, du QOPP et de la foreign life policy, et le cas échéant un rescrit demandé à l’administration irlandaise avant l’installation plutôt qu’après.
Portée de ce chapitre
Ce chapitre présente une information éducative générale sur les régimes de protection sociale et de retraite irlandais, leur coordination avec les régimes français et leur traitement fiscal, à jour des textes publiés au 27 juillet 2026. Il ne constitue ni une consultation juridique ou fiscale, ni un conseil en investissement personnalisé, ni un conseil en protection sociale. Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 23002291 ; il n’est habilité à délivrer ni un avis de droit fiscal irlandais, ni un avis de droit de la sécurité sociale internationale, matières pour lesquelles l’intervention d’un spécialiste est requise.
Les montants cités sont des illustrations construites sur des hypothèses explicites. Ils dépendent de la composition exacte de vos droits, du nombre et de la nature de vos périodes d’assurance dans chaque État, de votre âge de liquidation, de la qualification de vos contrats et des textes en vigueur à la date des faits. Aucun montant de pension, aucun accès à une prestation et aucun résultat fiscal n’est présenté comme acquis.
Les points signalés dans ce chapitre comme non tranchés ou non vérifiés le sont réellement : la qualification irlandaise d’un plan d’épargne retraite français, l’éligibilité d’un plan donné à la Migrant Member Relief, l’articulation de la base de remise avec les capitaux de retraite, l’assiette de la PRSI de classe S et la proratisation de la pension irlandaise appellent un avis spécialisé avant toute décision, et non une interprétation par défaut.