La SPFPL de commissaire de justice : la holding réservée à votre profession
Votre SEL d'office dégage 130 000 € de dividendes excédentaires et vous voulez les réinvestir, ou racheter l'étude d'un confrère qui part. Sortis sur votre compte personnel, ces dividendes partent à 31,4 % d'impôt : il ne vous en reste qu'environ 89 000 € pour travailler. Logés dans une SPFPL, les mêmes dividendes ne supportent qu'une friction d'environ 1,25 % : près de 128 000 € restent disponibles pour rembourser un emprunt d'acquisition, financer les murs de l'office ou capitaliser. Sur une décennie, l'écart se chiffre en centaines de milliers d'eurosde capacité d'investissement.
C'est tout l'objet de cette page : le montage opérationnel de la holding réservée aux commissaires de justice — comment la SPFPL détient vos parts de SEL, fait remonter les dividendes à 1,25 % via le régime mère-fille, finance le rachat d'un office en LBO, et le vrai point cotisations qu'on ne vous dit pas toujours. Le choix de structure en amont (BNC, SEL ou SEL + SPFPL) est posé dans l'optimisation fiscale du commissaire de justice. Mais avant de chiffrer quoi que ce soit, posons les bases : c'est quoi, au juste, une SPFPL ?
La SPFPL de commissaire de justice en 30 secondes
Dans les faits, la SPFPL est une holding « pure » dont l'objet est de détenir des parts ou actions de SEL de commissaires de justice (sociétés d'exercice libéral), sans poser elle-même d'acte ni percevoir d'émoluments. Elle ne signifie pas, n'exécute pas, ne dresse pas de constat : elle détient. Et c'est justement parce qu'elle ne fait que détenir qu'elle a droit au régime mère-fille — toute la mécanique part de là.
SEL et SPFPL : deux étages à ne pas confondre
En pratique, vous logez votre (ou vos) SEL de commissaires de justice sous une SPFPL : c'est la holding qui devient l'associée de la SEL, et c'est vous qui tenez la holding. Elle prend la forme d'une SARL (gérant majoritaire au statut TNS), d'une SAS (président assimilé salarié), d'une SA ou d'une SCA. La SEL, elle, reste l'étage opérationnel : c'est elle qui exploite l'office, encaisse les émoluments tarifés (significations, exécutions, constats, ventes judiciaires) et les honoraires d'activités accessoires (recouvrement amiable, ventes volontaires), et supporte l'IS — condition indispensable du levier mère-fille.
SEL ≠ SPFPL : ne pas confondre les deux étages
Le cadre 2026 : ordonnance 2023-77 et décret 2024-874
Le commissaire de justice est un officier public et ministériel nommé par le Garde des Sceaux, issu de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires au 1er juillet 2022 (ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016, qui a institué la Chambre nationale des commissaires de justice). Pour l'exercice en société, historiquement, les SPFPL reposaient sur la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990. Depuis le 1er septembre 2024, le régime des SPFPL est gouverné par le Livre V de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, complété, pour le commissaire de justice, par le décret d'application n° 2024-874 du 14 août 2024. Changement majeur de la réforme : une SPFPL peut désormais détenir jusqu'à 100 % des droits d'une SEL de commissaires de justice, et un commissaire de justice (ou sa société d'exercice) peut être actionnaire majoritaire de la SPFPL contrôlant la SEL.
SPFPL ≠ holding patrimoniale libre
Le régime mère-fille : 1,25 % au lieu de 31,4 %
Si vous êtes sur cette page, c'est sans doute pour ce chiffre-là. Quand vous sortez des dividendes de votre SEL directement vers votre compte personnel, vous subissez le PFU à 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026). Quand ces mêmes dividendes remontent vers une SPFPL, ils ne supportent qu'une friction d'environ 1,25 %. Dit autrement : sur 100 € de dividende, le fisc vous en prend 31,40 € si vous vous les versez, et 1,25 €seulement s'ils montent dans la holding.
Comment marche l'exonération de 95 %
Le mécanisme repose sur le régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI). Lorsque la SEL de commissaires de justice remonte des dividendes à la SPFPL, 95 % de ces dividendes sont exonérés d'IS. Seule une quote-part de frais et charges (QPFC) de 5 % reste imposable à l'impôt sur les sociétés (25 %). L'imposition effective est donc de 5 % × 25 % = 1,25 % (doctrine BOFiP BOI-IS-BASE-10-10-20).
Le calcul à l'euro près sur 100 000 € de dividendes
AVEC SPFPL (regime mere-fille) 100 000 EUR de dividendes SEL -> SPFPL 95 000 EUR exoneres + (5 000 EUR x 25 %) = 1 250 EUR d'IS => friction de 1,25 % EN DIRECT (dividendes verses au commissaire de justice) 100 000 EUR x 31,4 % (PFU 2026) = 31 400 EUR d'impot => 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS ECART = 31 400 - 1 250 = 30 150 EUR / an
Soit, après environ 2 000 à 3 000 € de frais de structure annuels, environ 27 000 à 28 000 € de capacité de réinvestissement supplémentaire chaque année — tant que les fonds restent dans la holding.
Avec ou sans SPFPL : la remontée de 100 000 €
Le tableau ci-dessous met côte à côte les deux scénarios sur 100 000 € de dividendes distribuables. La colonne de gauche, c'est ce que vous gardez en vous versant les dividendes en direct ; celle de droite, ce qui reste capitalisé dans la holding pour un projet.
| Sur 100 000 € de dividendes | Sans SPFPL (versés au CJ) | Avec SPFPL (mère-fille) |
|---|---|---|
| Régime applicable | PFU 31,4 % (12,8 IR + 18,6 PS) | Art. 145 / 216 CGI |
| Friction fiscale | ≈ 31 400 € | ≈ 1 250 € (5 % × 25 %) |
| Cotisations sur la part > 10 % | Possibles en sus | 0 tant que non redistribué |
| Disponible pour réinvestir | ≈ 68 600 € | ≈ 98 750 € |
Les 5 conditions à respecter
Ce 1,25 % se mérite : le régime mère-fille n'est jamais acquis d'office. Cinq conditions cumulatives, et c'est souvent la troisième — la pleine propriété — qui piège :
| Condition | Exigence | Piège à éviter |
|---|---|---|
| Seuil de détention | Au moins 5 % du capital de la SEL | En dessous de 5 %, pas de régime mère-fille |
| Durée de conservation | Engagement de conserver les titres 2 ans | Une revente avant 2 ans remet en cause l'exonération |
| Nature des droits | Titres détenus en pleine propriété | Le démembrement (usufruit/nue-propriété) exclut le régime |
| Régime d'imposition | Mère et fille soumises à l'IS | Une SEL restée à l'IR ferme la porte |
| Capital | Capital intégralement libéré | Un capital non libéré bloque l'éligibilité |
Attention : ce n'est pas de l'argent dans votre poche
L'effet de levier : racheter un office en LBO sans sortir un euro
Le mère-fille fait les gros titres, mais c'est l'effet de levier au rachat qui change vraiment la donne — et c'est souvent la raison pour laquelle un commissaire de justice crée sa SPFPL. C'est lui qui transforme la holding, d'un simple coffre où l'on capitalise, en machine à racheter des offices. L'idée : faire racheter les parts de la SEL titulaire de l'office — la finance d'office — par la holding plutôt que par vous, à crédit, et rembourser ce crédit avec des dividendes quasi défiscalisés.
Premier étage : c'est la holding qui emprunte (pas vous)
D'abord, le levier financier. La SPFPL contracte elle-même l'emprunt d'acquisition des parts de la SEL. Résultat : vous n'immobilisez pas votre trésorerie personnelle, et — surtout — vous n'avez pas à vous verser au préalable les dividendes (taxés à 31,4 %) qu'il aurait fallu pour payer comptant. La capacité de remboursement de la holding remplace votre apport personnel.
Second étage : on rembourse avec des dividendes quasi défiscalisés
Le second levier, le fiscal, c'est là que tout se joue. Les intérêts de l'emprunt sont déductibles du résultat de la SPFPL (article 39 CGI), pendant que la SEL fait remonter ses dividendes à la holding via le mère-fille (friction 1,25 %). La SPFPL rembourse alors le crédit avec ces dividendes : zéro PFU, zéro CSG sur l'opération d'acquisition. Le plafonnement ATAD des charges financières (article 212 bis CGI : le plus élevé de 3 M€ ou 30 % de l'EBITDA fiscal) n'est, en pratique, jamais bloquant pour un rachat d'office. En cas de rachat intra-groupe à crédit, gardez l'œil sur l'amendement Charasse (article 223 B CGI).
Coût de remboursement de 100 € de capital emprunté
SANS SPFPL (dividendes perso) Il faut ~145,8 EUR de dividende brut (100 / (1 - 0,314)) pour rembourser 100 EUR => 31,4 % partent a l'impot AVEC SPFPL (mere-fille) Il faut ~101,3 EUR de dividende brut (100 / (1 - 0,0125)) pour rembourser 100 EUR => friction de 1,25 % => il faut ~30 % de dividende brut en MOINS pour rembourser la meme dette
Avec la SPFPL, presque chaque euro de dividende sert au remboursement (98,8 %), au lieu d'en perdre près d'un tiers en impôt (68,6 % seulement utiles en direct).
Aller plus loin : le levier suppose une SEL qui distribue
Un office à racheter ou une croissance externe à financer ?
Un CGP indépendant construit le montage à effet de levier sur vos chiffres : capacité de distribution de la SEL, dimensionnement de l'emprunt, gain net après cotisations. On vous remet un chiffrage sur vos comptes, annuité par annuité — pas un ordre de grandeur de salon.
L'intégration fiscale : descendre à 0,25 %
Il existe un étage encore au-dessus du mère-fille. Lorsque votre SPFPL détient au moins 95 % du capital de la SEL — désormais possible jusqu'à 100 % depuis l'ordonnance 2023-77 —, elle peut opter pour l'intégration fiscale (article 223 A du CGI). La quote-part de frais et charges sur les dividendes intra-groupe est alors ramenée de 5 % à 1 %, ce qui abaisse l'imposition effective à seulement 0,25 % (1 % × 25 %).
L'option engage le groupe pour 5 ans, suppose des exercices alignés et que toutes les sociétés soient à l'IS. Avantage complémentaire pour le levier : l'intégration permet d'imputer directement les intérêts de la holding sur le bénéfice de la SEL, ce qui amplifie l'effet de levier les premières années.
Régime mère-fille — dès 5 %
Applicable dès 5 % de détention. Quote-part de frais et charges de 5 %, soit une friction d'environ 1,25 %. Aucune obligation de groupe : c'est le régime de référence de la quasi-totalité des SPFPL de commissaires de justice.
Intégration fiscale — dès 95 %
Suppose une détention d'au moins 95 %. Quote-part ramenée à 1 %, soit une friction d'environ 0,25 %. Engage le groupe 5 ans et un surcoût comptable, rentable au-delà d'environ 200 000 €/an de dividendes ou en multi-SEL.
Quand l'intégration vaut-elle le coup ?
Qui peut détenir une SPFPL de commissaire de justice (CNCJ)
La SPFPL de commissaire de justice, tout le monde ne peut pas en ouvrir une. C'est une structure réservée, contrôlée par la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), avec des règles de détention strictes — héritées de l'impératif d'indépendance de l'officier public. C'est d'ailleurs l'un des rares secteurs où le capital reste fermé aux investisseurs financiers extérieurs.
La règle cardinale : la majorité aux commissaires de justice en exercice
Dans le détail, plus de 50 % du capital ET des droits de vote doivent rester entre les mains de commissaires de justice qui exercent dans la ou les SEL détenues, directement ou via une autre SPFPL. Le dirigeant de la SPFPL doit lui-même être un professionnel en exercice. Ceux qui décident, ce sont donc ceux qui exercent vraiment le métier. La réforme de 2024 a libéralisé la quotité détenue (jusqu'à 100 % de la SEL) mais pas le contrôle : la majorité doit demeurer professionnelle.
Nomination par le Garde des Sceaux et obligations déclaratives
L'office ne s'ouvre pas librement : le commissaire de justice est nommé par arrêté du Garde des Sceaux, et toute structuration en société (SEL, SPFPL) suppose un examen de conformité. Le capital reste fermé aux tiers non professionnels : pas de fonds d'investissement ni d'associé purement financier. Le décret n° 2024-874 impose en outre des obligations déclaratives renforcées : la composition du capital, la répartition des droits de vote et les statuts à jour sont communiqués au Garde des Sceaux et à la chambre nationale dans les délais réglementaires, et les sociétés existantes devaient mettre leurs statuts en conformitéavec le nouveau cadre dans le délai prévu (de l'ordre d'un an).
Ce que la SPFPL PEUT détenir
Points forts
- Des parts d'une ou plusieurs SEL de commissaires de justice (jusqu'à 100 %)
- Des participations dédiées à l'exploitation (SCI de murs de l'office, sociétés connexes)
- Des placements de trésorerie de personne morale (capitalisation, CAT, SCPI, PE)
Ce qu'elle ne peut pas faire
Points de vigilance
- Accueillir un investisseur financier extérieur au capital
- Détenir un patrimoine privé sans lien avec l'exploitation (résidence locative pure)
- Confier le contrôle à un non-professionnel ou à un dirigeant hors exercice
Que faire de la trésorerie remontée dans la SPFPL
Faire remonter 98 750 € au lieu d'en garder 68 600 €, très bien — mais cette trésorerie ne sert à rien tant qu'elle dort sur le compte de la holding. Le piège qu'on voit le plus en rendez-vous : la holding est montée, le mère-fille tourne, et la trésorerie remontée à 1,25 % finit par stagner sur le compte courant de la SPFPL pendant deux ans, sans rien rapporter. Son objet, verrouillé, ne vous laisse que trois emplois — mais trois bons.
Et si vous achetiez les murs de l'office ?
La SPFPL peut financer l'acquisition des murs de l'office, le plus souvent via une SCI. Point clé pour le commissaire de justice : comme le commissaire de justice exploitant est assujetti à la TVA à 20 % sur ses émoluments et honoraires, la SCI peut exercer l'option pour la TVA des loyers (article 260-2 CGI) et ainsi récupérer la TVA sur l'immeuble et les travaux. Sur ce montage, voyez acheter les murs de l'office en SCI.
Les prises de participation
Depuis l'élargissement de l'objet par la réforme de 2024, la SPFPL de commissaire de justice peut détenir, à titre accessoire, des parts d'autres SEL de commissaires de justice ou de sociétés dédiées. C'est l'outil de croissance externe : monter au capital d'un second office, prendre une participation dans une activité connexe à l'exploitation.
Les placements de personne morale
Enfin, la trésorerie peut être placée comme celle de toute société à l'IS : contrat de capitalisation de personne morale (article 238 septies E CGI), compte à terme, fonds monétaires, SCPI, private equity. Pour le détail de ces enveloppes et de leur fiscalité, voyez notre guide dédié : placer la trésorerie de son office de commissaire de justice.
| Emploi de la trésorerie remontée | Véhicule | Fiscalité au sein de la SPFPL (IS) |
|---|---|---|
| Croissance / autre office | Participation dans une SEL ou société dédiée | Dividendes entrants en régime mère-fille (friction ≈ 1,25 %) |
| Capitalisation à long terme | Contrat de capitalisation PM (238 septies E) | Imposition annuelle à l'IS sur le forfait (105 % du TME) |
| Placement de trésorerie | Compte à terme, fonds monétaires, SCPI, PE | Produits intégrés au résultat imposé à l'IS (pas de PS) |
| Murs de l'office | SCI à l'IR (option TVA 260-2) | Quote-part SPFPL à l'IS ; quote-part d'un associé personne physique aux loyers nus 17,2 % |
PS des particuliers vs IS de la SPFPL : ne pas confondre
Cas chiffrés : racheter un office à 800 000 € et remonter ses dividendes
Trois dossiers comme ceux qu'on traite à Chambéry pour des commissaires de justice : l'effet de levier au rachat d'un office (cas 1), la capitalisation pour réinvestir (cas 2) et l'intégration fiscale(cas 3). Les prénoms sont inventés ; les chiffres, eux, sortent de dossiers réels de commissaires de justice qu'on a traités. La note en fin de section précise ce que ces montants prouvent : une capacité de réinvestissement conservée, pas un revenu net dans votre poche.
Cas 1 — Karim rachète un office à 800 000 € via sa SPFPL (LBO)
Les intérêts sont déductibles (art. 39). La SEL fait remonter ≈ 130 000 €/an de dividendes à la holding via le mère-fille : friction ≈ 130 000 × 5 % × 25 % = 1 625 € d'IS → il reste ≈ 128 375 € pour le service de la dette (capital + intérêts).
En direct : pour dégager 128 375 € de capacité de remboursement nette, Karim devrait se distribuer ≈ 187 000 € de dividendes bruts (128 375 / (1 − 0,314)), fiscalisés à 31,4 %. Via la SPFPL, ≈ 130 000 € de dividendes bruts suffisent → il faut ≈ 30 % de dividende brut en moins pour rembourser la même dette.
Vigilance :le levier suppose une SEL à l'IS qui distribue, et un calibrage du dividende tenant compte de la limite des 10 %.
Cas 2 — Hélène, associée d'une SEL (multi-associés), remonte 120 000 € pour réinvestir
Sans SPFPL : 120 000 € × 31,4 % = 37 680 € d'impôt → il lui reste 82 320 € sur son compte personnel.
Avec SPFPL : 120 000 € remontés via mère-fille → base taxable 5 % × 120 000 = 6 000 €, soit 6 000 € × 25 % = 1 500 € d'IS → 118 500 € disponibles dans la holding pour réinvestir.
Gain de capacité de réinvestissement : ≈ 36 180 €/an. Montage multi-associés→ en principe pas de réintégration aux cotisations (RM Sénat 2025) ; tant qu'elle ne se redistribue rien, pas de friction sociale.
Cas 3 — Damien : SPFPL détenant 100 % de sa SEL, intégration fiscale
Régime mère-fille : 220 000 € × 5 % × 25 % = 2 750 € d'IS.
Intégration fiscale (QPFC 1 %) : 220 000 € × 1 % × 25 % = 550 € d'IS, soit une friction de 0,25 %.
Économie : ≈ 2 200 €/an, qui couvre le surcoût comptable de l'intégration. Pertinent car > 200 000 €/an de dividendes et engagement de groupe de 5 ans accepté.
Comment lire ces trois cas (note de méthode)
Pourquoi la SPFPL est encore plus pertinente depuis 2024
Depuis 2024, un changement de règle joue en faveur de la holding : la fin de l'abattement de 10 % sur la rémunération technique de l'associé de SEL.
Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération technique de l'associé de SEL (celle qui correspond à son exercice libéral) est imposée dans la catégorie des BNC, et non plus en traitements et salaires. Conséquence directe : l'abattement forfaitaire de 10 % disparaît (place aux frais réels BNC). Le Conseil d'État l'a confirmé et a annulé la tolérance des 5 % de gérance par son arrêt CE du 8 avril 2025 n° 492154 (mise à jour BOI-RSA-GER-10-30) — applicable aux commissaires de justice exerçant en SEL.
L'effet sur la stratégie : capitaliser plutôt que sur-rémunérer
Apporter ses parts à la SPFPL : report d'impôt et transmission
Au-delà du mère-fille et du levier, la SPFPL est un outil de report d'imposition et de transmission. Deux dispositifs s'articulent : l'apport-cession pour vendre à un tiers en différant l'impôt, le pacte Dutreil pour transmettre à titre gratuit.
L'apport-cession : reporter l'impôt avant de vendre
Si vous envisagez de céder votre activité, l'apport-cession (article 150-0 B ter CGI) permet de reporter l'imposition de la plus-value en apportant d'abord les titres de SEL à une holding (votre SPFPL) que vous contrôlez. Le dispositif a été durci par la LF 2026 : pour les cessions réalisées par la holding à compter du 21 février 2026, si la vente intervient moins de 3 ans après l'apport, le report n'est maintenu que sous condition de réinvestir au moins 70 % du produit dans une activité économique éligible sous 3 ans et de conserver le réemploi 5 ans — l'immobilier de placement étant exclu du remploi. Au-delà de 3 ans de conservation, pas de condition de remploi. À défaut, la plus-value en report devient exigible. Le sujet est traité en détail dans l'apport-cession (150-0 B ter) du libéral.
Cession de parts, abattement retraite et pacte Dutreil
En cas de vente directe, la cession de parts de SEL à l'IS est une plus-value mobilière taxée au PFU à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS). Le dirigeant qui part en retraite peut bénéficier de l'abattement fixe de 500 000 € (article 150-0 D ter CGI), prorogé jusqu'au 31/12/2031 : il exonère l'IR mais les PS de 18,6 % restent dus. Pour transmettre à titre gratuit, une SPFPL réellement animatrice de ses SEL peut ouvrir le pacte Dutreil (article 787 B CGI) : exonération de 75 % de la valeur des titres transmis, sous engagement collectif puis individuel de conservation et fonction de direction. Spécificité du commissaire de justice : la transmission de l'office passe par la cession du droit de présentation d'un successeur agréé par le Garde des Sceaux. Voyez transmettre son étude de commissaire de justice et, plus largement, transmettre son cabinet et son patrimoine (Dutreil sur les titres).
Ce que la LF 2026 a durci au 21 février 2026
Limites, coût et seuil de rentabilité
Tout n'est pas gratuit : monter une SPFPL coûte, la faire tourner chaque année coûte aussi, et l'ordonnance 2023-77 lui interdit de loger autre chose que des parts de SEL. Pour décider en connaissance de cause, voici ses limites réelles et le seuil à partir duquel elle se justifie.
Un objet limité (ce n'est pas une holding patrimoniale libre)
Première limite, structurante : la SPFPL de commissaire de justice est cantonnée aux titres de SELde commissaires de justice et à quelques activités accessoires dédiées (immobilier d'exploitation via SCI, participations dans d'autres SEL). Impossible d'y loger n'importe quel actif comme dans une holding patrimoniale libre. La trésorerie y reste « bloquée » tant qu'elle n'est pas réinvestie ou sortie — une sortie au profit du professionnel rouvrant le PFU.
SPFPL de commissaire de justice — objet réservé
Objet limité à la détention de SEL de commissaires de justice + accessoires dédiés. Capital contrôlé par la Chambre nationale des commissaires de justice, fermé aux tiers financiers. Régime mère-fille et Dutreil (sous animation) disponibles. Titres = biens professionnels en principe exonérés d'IFI.
Holding patrimoniale — objet libre
Détient tout type de titres et d'actifs (sociétés commerciales, SCI de placement, valeurs mobilières). Ni réservée ni contrôlée par une autorité professionnelle. Régime mère-fille également disponible, mais inadaptée pour détenir des parts de SEL réglementée de commissaires de justice.
Coût, abus de droit et seuil de rentabilité
Côté coût : la création se situe généralement entre 1 500 et 9 000 € (statuts, objet conforme à l'ordonnance 2023-77, examen de conformité), avec un récurrent de 2 000 à 3 000 €/an. Côté substance : une coquille purement fiscale s'expose à l'abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales), avec une majoration de 40 à 80 %. Côté IS : le résultat de la SPFPL est imposé à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 % (seuil de 42 500 € maintenu en LF 2026).
| Dividendes annuels remontés | Économie mère-fille (~30,15 %) | Surcoût de structure | Gain net annuel |
|---|---|---|---|
| 10 000 € | ≈ 3 015 € | ~ 2 500 € | ≈ +515 € |
| 30 000 € | ≈ 9 045 € | ~ 2 500 € | ≈ +6 545 € |
| 100 000 € | ≈ 30 150 € | ~ 3 000 € | ≈ +27 150 € |
La substance avant tout
Seule, une SPFPL ne sert pas à grand-chose. Elle ne vaut le coup que reliée au reste : le choix SELARL ou SELAS, l'arbitrage salaire/dividendes, le placement de la trésorerie de l'office, le plan de transmission. Pour la replacer dans la séquence complète, voyez la feuille de route patrimoniale du commissaire de justice et le montage jumeau de la SPFPL de notaire, l'autre officier ministériel du même profil.
Faire le point sur votre SPFPL de commissaire de justice avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On regarde votre SEL, on pose le chiffre du gain mère-fille net de frais, et on monte le rachat d'office ou la transmission — ou on vous dit franchement que la SPFPL n'a pas d'intérêt chez vous.

