Le point de départ : le commissaire de justice en individuel ou en SCP
Un office qui dégage 180 000, 200 000 ou 250 000 € de bénéfice, une tranche marginale à 45 %, et la sensation tenace de « travailler pour l'État » sur la part qu'on ne dépense même pas : c'est le point de départ de presque tous nos rendez-vous de commissaire de justice. Avant de parler de société à l'IS, reprenons les bases. Le commissaire de justice est un officier public et ministériel, né de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires au 1er juillet 2022 (ordonnance 2016-728 du 2 juin 2016). Son activité — actes à tarif réglementé (significations, exécutions, constats, ventes judiciaires) et activités accessoires concurrentielles (recouvrement amiable, constats, ventes volontaires) — relève par nature des bénéfices non commerciaux (BNC, article 92 CGI). La transmission de l'office passe par la cession du droit de présentation d'un successeur agréé, ce que la pratique appelle la « finance » de l'office. La SEL ne supprime pas cette nature, elle la réorganise : même en société, vous restez un libéral réglementé.
La déclaration contrôlée 2035, et la SCP semi-transparente
En pratique, tout commissaire de justice installé est au régime réel : il tient une comptabilité de charges et dépose une déclaration contrôlée 2035-SD. Le micro-BNC (article 102 ter CGI, abattement forfaitaire de 34 %, seuil de 83 600 € en 2026) est sans objet, les recettes de l'office dépassant très largement son seuil. Au réel, vous déduisez vos charges réelles : personnel de l'étude, loyers, véhicules de signification, documentation, intérêts d'emprunt, cotisations CAVOM, Madelin et PER (article 154 bis). Et un irritant a disparu : la majoration de 25 % pour non-adhésion à une association de gestion agréée a été supprimée depuis l'imposition des revenus 2023.
Avant la SEL, le mode d'exercice groupé du commissaire de justice est la SCP (société civile professionnelle), à distinguer soigneusement de la SEL. La SCP est semi-transparente fiscalement : sauf option pour l'IS, elle n'est pas imposée en son nom, et chaque associé est imposé à l'IR, au barème, sur sa quote-part de bénéfice (BNC), avec ses propres frais réels, son PER et sa CAVOM. Son cadre a été refondu par l'ordonnance 2023-77 et le décret 2024-874. Détail important pour la sortie : les parts de SCP sont un actif professionnel (article 151 nonies I CGI), et leur cession relève des plus-values professionnelles — à la différence des parts de SEL, qui relèvent de la plus-value mobilière.
CAVOM, pas CPRN ni CNBF : la caisse du commissaire de justice
| Étage retraite 2026 | Assiette / barème | Montant ou valeur indicative |
|---|---|---|
| Base — CNAVPL (par points) | Deux tranches de revenu plafonnées | Régime commun à toutes les sections libérales |
| Complémentaire — CAVOM (par points) | Cotisation proportionnelle au revenu professionnel, taux ≈ 12,5 % | Acquisition de points ; valeur de service du point à confirmer auprès de la CAVOM (cavom.net) |
| Invalidité-décès | Garantie obligatoire | Modalités à confirmer auprès de la CAVOM (cavom.net) |
TVA du commissaire de justice : 20 %, et surtout pas d'exonération « soins »
Pourquoi rester en SCP/individuel coûte cher au-delà de 41 % de TMI
C'est presque toujours le même scénario quand un commissaire de justice installé pousse notre porte. L'étude tourne bien, le bénéfice grimpe — et l'impôt grimpe plus vite encore. La mécanique est simple, et c'est ce qui la rend frustrante : en exercice individuel comme en SCP, vous êtes imposé sur la totalité de votre bénéfice (ou de votre quote-part), que vous le dépensiez ou non. Votre résultat supporte l'impôt sur le revenu à votre tranche marginale (41 %, puis 45 % en 2026), plus les cotisations CNAVPL et CAVOM, plusla CSG-CRDS. Et cette charge frappe aussi — c'est tout le problème — la part que vous laissez dormir sur votre compte professionnel, faute d'enveloppe pour la mettre à l'abri.
Le coût de la SCP/individuel à hauts revenus
Cout = Benefice x (TMI 41-45 % + cotisations CNAVPL/CAVOM + CSG-CRDS)
applique sur la TOTALITE du benefice (ou de la quote-part)
En individuel ou en SCP, il n'existe AUCUNE enveloppe
pour mettre a l'abri la part de benefice que vous ne consommez pas :
elle est imposee comme le reste, a votre tranche marginale.Là est le point de douleur du commissaire de justice à hauts revenus : un bénéfice de 200 000 € dont on ne consomme que 110 000 € reste imposé à 41-45 % sur la fraction haute, y compris sur les 90 000 € que l'on ne dépense pas. La SEL crée précisément une « salle d'attente fiscale » pour cette part non consommée.
Le barème de l'impôt sur le revenu 2026 confirme la mécanique : 0 % / 11 % / 30 % / 41 % / 45 % (LF 2026, loi 2026-103). Pour un commissaire de justice dont la TMI est de 41 ou 45 %, chaque euro de bénéfice non consommé part à près de la moitié en impôt et cotisations. La SEL corrige précisément cette inefficience — à une condition, que nous allons poser tout de suite.
Exemple — les 70 000 € « qui dorment »
Le seuil de bascule vers la SEL : une équation, pas un chiffre
C'est LA question qu'on nous pose en rendez-vous : « à partir de quel bénéfice faut-il passer en SEL ? ». Il n'existe pas de seuil légal, disons-le d'emblée. Le chiffre que tout le monde répète — souvent décalqué des pages « médecin » — ne dit rien tout seul. Le vrai critère n'est pas le montant de votre bénéfice, mais la part que vous ne consommez pasmultipliée par l'écart entre votre TMI et le taux d'IS.
En 30 secondes
Le vrai déclencheur de la bascule vers la SEL
La SEL est gagnante quand :
(Benefice NON consomme) x (TMI 45 % - taux IS 15/25 %)
> surcout annuel de la structure (compta IS, juridique, agrement...)
Le gain vient UNIQUEMENT du benefice que vous NE sortez PAS.
Si vous consommez 100 % de votre benefice, le differentiel
s'annule et le surcout de structure rend la SEL perdante.L'écart entre une TMI à 45 % et un IS effectif de l'ordre de 19 à 22 % (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà) avoisine 23 à 26 points sur la part que vous laissez dans la société. Attention : ce taux effectif d'IS se rapproche de 25 % à mesure que la part thésaurisée dépasse nettement 42 500 € (la tranche à 15 % est plafonnée). Plus vous laissez de bénéfice dans la société, plus l'écart avec votre tranche marginale joue en votre faveur. À l'inverse, un commissaire de justice qui dépense tout son bénéfice ne capte aucun gain et paie le surcoût de structure pour rien.
La SEL est gagnante SI…
Vous laissez une part réelle et durable du bénéfice dans la société. Plus votre TMI est élevée (41-45 %) et plus votre taux d'épargne professionnel est important, plus l'écart entre l'IS et votre tranche marginale joue en votre faveur. La bascule s'envisage souvent au-delà de 90 000 à 120 000 € de bénéfice non consommé pour un commissaire de justice à hauts revenus — mais c'est l'épargne réelle, pas ce seuil, qui décide.
La SEL n'apporte rien SI…
Vous consommez la totalité de votre bénéfice chaque année. Dans ce cas, tout ce qui sort en rémunération ou en dividendes est de toute façon imposé à l'IR, la « salle d'attente » à l'IS reste vide, et le surcoût de structure (comptabilité IS, juridique, agrément de la Chambre nationale) rend la société perdante. L'exercice individuel ou la SCP, plus simples et sans double imposition, restent alors le bon choix.
Le taux réduit d'IS à 15 % suppose de remplir les conditions PME : chiffre d'affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques (article 219 I-b CGI). Au-delà de 42 500 € de bénéfice, le taux normal de 25 % s'applique. Le relèvement de ce seuil à 100 000 € parfois évoqué n'a pas été retenu en loi de finances 2026 : le seuil reste maintenu à 42 500 €.
À partir de quel bénéfice la SEL devient-elle gagnante pour vous ?
On modélise votre seuil de bascule personnel : TMI, part de bénéfice non consommée, surcoût de structure. Réponse chiffrée, sans survente, sur votre situation réelle de commissaire de justice.
Pour la méthode transverse du seuil de bascule, lisez notre guide BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice, et le cadre général de l'optimisation dans optimisation fiscale de la profession libérale.
Les spécificités de la SEL de commissaires de justice : capital encadré, agrément
La SEL de commissaires de justice obéit à des règles que les pages génériques « SEL de profession libérale » passent sous silence — parce que le commissaire de justice est un officier public et ministériel. On ne crée pas une SEL de commissaires de justice comme une simple société commerciale.
Le cadre est posé par l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023 (entrée en vigueur le 1er septembre 2024, qui a refondu les régimes des SCP et des SEL/SPFPL), complétée par un décret n° 2024-874 du 14 août 2024 propre à la profession de commissaire de justice— à ne pas confondre avec le décret 2024-873 applicable aux notaires ni avec celui des avocats. Ce décret organise l'exercice du commissaire de justice en SCP, en SEL, en société en participation et en SPFPL, avec un délai de mise en conformité des statuts et des obligations déclaratives.
La détention du capital est encadrée : plus de la moitié du capital et des droits de vote doit être détenue, directement ou par l'intermédiaire d'une SPFPL, par des commissaires de justice exerçant au sein de la société. L'inscription et l'agrément relèvent de la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ). Depuis la réforme, une SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % des droits de la SEL.
| Forme | Statut social du dirigeant | Imposition |
|---|---|---|
| SELARL (gérant majoritaire) | Travailleur non salarié (TNS), CNAVPL + CAVOM | Société à l'IS ; rémunération technique en BNC, mandat art. 62 |
| SELAS (président) | Assimilé salarié | Société à l'IS ; rémunération technique en BNC, mandat en traitements et salaires |
Une SEL de commissaires de justice n'est pas une SEL « comme les autres »
2024-2025 : la rémunération de l'associé reste du BNC
Passer en SEL ne fait pas disparaître votre BNC : il le réorganise. Et un arrêt d'avril 2025 a refermé la dernière marge de manœuvre — un point que beaucoup d'experts-comptables ratent encore.
En 30 secondes
D'abord le principe, posé pour les revenus 2024. La rémunération que vous percevez au titre de votre activité libérale proprement dite (votre activité « technique » de commissaire de justice) au sein de la SEL est désormais imposée dans la catégorie des BNC (article 92 CGI), et non plus en traitements et salaires. La doctrine l'a actée par le rescrit BOI-RES-BNC-000136 (mise à jour du 24 avril 2024). Conséquence directe : la part technique ne bénéficie plus de l'abattement forfaitaire de 10 % des salaires, mais ouvre droit à la déduction des frais réels en 2035.
Puis est venu le tour de vis d'avril 2025 (CE 8 avril 2025 n° 492154). Le Conseil d'État a (a) confirmé l'imposition en BNC, mais surtout (b) annulé la tolérance forfaitaire de 5 % qui permettait de rattacher 5 % de la rémunération au mandat social. Désormais, chaque associé doit justifier individuellement la ventilation entre sa rémunération technique (BNC) et sa rémunération de mandat (article 62 CGI pour le gérant majoritaire de SELARL), la charge de la preuve pesant sur l'associé. L'arrêt visait des avocats associés de SEL, mais sa logique s'applique à toutes les SEL de professions libérales réglementées, commissaires de justice compris.
| Nature de la rémunération | Catégorie d'imposition | Base légale |
|---|---|---|
| Rémunération technique (activité de commissaire de justice, sans subordination) | BNC — frais réels 2035, plus d'abattement 10 % | Art. 92 CGI / BOI-RES-BNC-000136 / CE 08/04/2025 n° 492154 |
| Mandat — gérant majoritaire de SELARL | Traitements et salaires (rémunération art. 62) | Art. 62 CGI |
| Mandat — président de SELAS (assimilé salarié) | Traitements et salaires de droit commun | Régime des assimilés salariés |
Ne dites plus « 5 % » — et ce n'est pas l'abattement qui a été supprimé
Le pilotage en SEL : rémunération, dividendes, règle des 10 %
La SEL créée, un autre arbitrage commence : faut-il sortir la trésorerie en rémunération ou en dividendes ? C'est le pilotage fin de la société. On en pose ici la logique; le calcul détaillé et chiffré fait l'objet d'un guide à part entière.
Le principe de l'arbitrage
La règle des 10 % : le plafond des dividendes « non cotisés »
C'est la spécificité majeure des SEL. La fraction de dividendes qui excède 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et du solde moyen du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale), donc dans l'assiette CNAVPL et CAVOM du commissaire de justice. Sous ce seuil, les dividendes supportent le PFU à 31,4 % seul : 12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026 (le saut de 17,2 à 18,6 % vient de la LFSS 2026, qui a porté la CSG du capital à 10,6 %). L'assiette sociale se calcule sur le dividende brut, sans l'abattement de 40 % de l'article 158. La conformité du dispositif a été validée par le Conseil constitutionnel (n° 2010-24 QPC du 6 août 2010).
Le seuil des dividendes « non cotisés » en SEL
Fraction taxee aux cotisations = Dividendes - 10 % x (capital + primes + CCA) Exemple : capital + primes + CCA = 50 000 EUR Seuil 10 % = 5 000 EUR de dividendes "non cotises" (PFU 31,4 % seul) Distribuer 30 000 EUR -> 5 000 EUR au PFU + 25 000 EUR cotises (TNS ~40-45 %) Porter le capital a 200 000 EUR -> seuil 20 000 EUR : seule la fraction au-dela est cotisee. Le capital est un parametre qui se structure en amont.
Concrètement, un capital de SEL et un compte courant étoffés dès la constitution vous ouvrent chaque année une fenêtre de distribution au seul PFU. Et attention : la SPFPL ne fait pas écran à cette règle.
Le réflexe du praticien : capitaliser le compte courant
Le mythe « SELAS pour distribuer sans cotisations » est périmé
En pratique, on règle ça en trois temps : se rémunérer à hauteur de son train de vie, laisser le reste capitaliser dans la société à l'IS, et ne lâcher des dividendes qu'en complément, calibré sous le seuil de cotisations. Pour le détail chiffré de l'arbitrage, lisez notre guide dédié dividendes en SEL de commissaire de justice, complété par les guides transverses SEL : salaire ou dividendes et dividendes de SEL et cotisations sociales (règle des 10 %).
La couche supérieure : la SPFPL de commissaire de justice
Au-dessus de la SEL, un troisième étage entre en jeu — optionnel, mais c'est lui qui change la donne sur la capitalisation et la transmission : la SPFPL (société de participations financières de professions libérales). Encadrée par l'ordonnance 2023-77 et le décret 2024-874, inscrite sur la liste de la Chambre nationale des commissaires de justice, c'est une holding à objet limité (la détention de titres de SEL de commissaires de justice) qui peut détenir jusqu'à 100 %de votre société d'exercice.
L'essentiel
Grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI), les dividendes versés par la SEL à la SPFPL sont exonérés à 95 % : seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable à l'IS, soit un coût effectif d'environ 1,25 % (5 % × 25 %). Conditions : détenir au moins 5 % du capital et conserver les titres au moins 2 ans. En cas de détention à 95 % au moins, l'intégration fiscale (article 223 A CGI) peut réduire encore le frottement. La SPFPL est aussi la rampe de la transmission : l'apport-cession (article 150-0 B ter CGI) place la plus-value en report — avec, depuis la LF 2026, une obligation de remploi d'au moins 70 % du produit sous 3 ans en cas de cession rapide par la holding — et le pacte Dutreil (article 787 B CGI) exonère 75 % des droits de mutation.
La SPFPL ne fait pas écran à la règle des 10 %
Le montage complet et ses arbitrages sont détaillés dans notre guide dédié SPFPL de commissaire de justice : structurer ses parts, complété par SPFPL et profession libérale et l'apport-cession 150-0 B ter.
Une SPFPL est-elle pertinente dans votre cas ?
Capitaliser à 1,25 %, financer un rachat de titres, piloter votre RFR, préparer la transmission de l'office : on modélise l'intérêt réel d'une SPFPL sur votre profil de commissaire de justice, sans survente.
SCP/individuel vs SEL vs SEL + SPFPL : le tableau
Le tableau qui suit est celui qu'on dessine au tableau blanc en rendez-vous : le comparatif des trois architectures, ligne par ligne. On le lit ligne par ligne : la SEL met le bénéfice non consommé à l'abri du barème, à 15/25 % ; la SPFPL, au-dessus, fait remonter les dividendes quasi sans frottement et prépare la cession.
| Critère | Individuel / SCP | SEL à l'IS | SEL + SPFPL |
|---|---|---|---|
| Imposition du bénéfice non consommé | IR 41-45 % + CNAVPL/CAVOM + CSG sur la totalité | IS 15 % / 25 % | IS 15 % / 25 % |
| Imposition de ce que vous sortez | Tout à l'IR (quote-part) | Rémunération BNC + dividendes | Idem, dividendes capitalisables hors RFR |
| Sortie en dividendes | — | PFU 31,4 % (+ cotisations > 10 %) | Remontée mère-fille 95 % exo (~1,25 %) |
| Rémunération technique | BNC 2035 | BNC 2035 (plus d'abattement 10 %) | BNC 2035 |
| Capitalisation interne | Non (tout sort) | Oui, à l'IS | Oui, à l'IS + holding |
| Retraite CNAVPL + CAVOM | Sur tout le bénéfice | Sur la rémunération seule | Sur la rémunération seule |
| Transmission / cession | Finance d'office / parts SCP : PV pro | Parts de SEL : PV mobilière + Dutreil | Dutreil + apport-cession 150-0 B ter |
| Pilotage RFR / CDHR | Subi (tout au RFR) | Partiel | Optimal (thésaurisation hors RFR) |
| Coût / complexité | Faible | Moyen (compta IS, agrément CNCJ) | Élevé (deux sociétés) |
Le tableau ne tranche pas seul
Cas chiffré : Julien, commissaire de justice, 200 000 € de bénéfice sur 5 ans
Prenons un exemple concret. Julien, 47 ans, commissaire de justice, dégage 200 000 € de bénéfice par an. Pour financer son train de vie, il a besoin d'une rémunération brute d'environ 130 000 € (qui, après IR et cotisations, lui laisse de quoi vivre) : il peut donc laisser ~70 000 € de bénéfice non consommé dans sa société. Comparons les trois structures (chiffres indicatifs, célibataire, CEHR signalée à part).
Note de méthode sur les projections
Scénario A — Individuel/SCP : tout passe à l'IR
Les 200 000 € sont imposés à l'IR au barème (la fraction haute à 41-45 %), plus la CNAVPL, la CAVOM, plus la CSG, sur la totalité— y compris sur la part qu'il ne dépense pas. Cette épargne professionnelle subit donc la tranche marginale : il ne reste qu'une fraction nette à placer. Sur les ~70 000 € que Julien ne dépense pas, la tranche à 45 % en ponctionne à elle seule près de 31 500 € — avant qu'il ait pu en placer le moindre euro.
Scénario B — La SEL : la part non consommée capitalise à ~22 %
Julien se verse une rémunération technique calibrée sur son train de vie (de l'ordre de 130 000 € bruts, qui après IR et cotisations financent son niveau de vie, imposée comme avant). Une fois cette rémunération et les cotisations afférentes déduites du résultat, il laisse ~70 000 € de bénéfice dans la société. Cette part thésaurisée supporte l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € (≈ 6 375 €) puis 25 % au-delà sur 27 500 € (≈ 6 875 €), soit ≈ 13 250 € d'IS sur 70 000 €, c'est-à-dire un taux effectif d'environ 19 % — contre 41-45 % en individuel/SCP. Il reste ≈ 56 750 € capitalisés dans la société.
Le spread sur la part thésaurisée (scénario B)
Part non consommee laissee dans la SEL : 70 000 EUR
En individuel/SCP : ~31 500 EUR partent en IR (tranche 45 %)
En SEL : IS = 15 % x 42 500 (6 375) + 25 % x 27 500 (6 875) = ~13 250 EUR
-> reste ~56 750 EUR capitalises
Spread ~ 26 points = ~18 000 EUR/an de capacite d'epargne en plus
/!\ Avantage de TRESORERIE/CAPITALISATION, pas un cadeau definitif :
le jour ou cet argent sortira en dividendes, il subira le PFU 31,4 %.Le gain de la SEL est d'abord un gain de capitalisation : la part non consommée travaille sur une base de ~56 750 € au lieu de ce qui resterait après l'IR au barème (nettement moins). Soit, à l'échelle des 5 ans, de l'ordre de 90 000 € de capacité d'épargne supplémentaire (~18 000 €/an) — à la condition expresse de ne pas tout reconsommer, car une double couche IS puis sortie en dividendes annulerait l'avantage.
Scénario C — SEL + SPFPL : réinvestir hors RFR
Même rémunération de 130 000 €. Mais ici, les dividendes de la SEL remontent à la SPFPL exonérés à 95 % (frottement ~1,25 %) pour être réinvestis (trésorerie placée, immobilier, parts) sans repasser par le revenu fiscal de référence. Julien pilote ainsi sa CDHRet prépare la cession future de son office via l'apport-cession. C'est l'architecture la plus efficiente — au prix de deux sociétés à gérer.
| Sur 5 ans | Individuel / SCP | SEL | SEL + SPFPL |
|---|---|---|---|
| Bénéfice cumulé | 1 000 000 € | 1 000 000 € | 1 000 000 € |
| Train de vie financé (identique) | 550 000 € | 550 000 € | 550 000 € |
| Imposition de la part non consommée | IR 41-45 % + cotisations | IS 15-25 % (~19 %) | IS + remontée ~1,25 % |
| Capital net constitué après 5 ans | Le plus faible | Supérieur | Le plus élevé (réinvesti) |
La leçon du cas : l'avantage n'existe que si vous ne reconsommez pas
Le levier transverse n°1 : le PER à TMI 41-45 %
Quelle que soit votre structure, il y a un levier qu'aucun commissaire de justice à 41-45 % de TMI ne devrait laisser de côté : le PER (ou Madelin) de l'article 154 bis CGI. Chaque euro versé est déductible de votre bénéfice imposable, donc économise votre TMI — 41 ou 45 centimes par euro pour un commissaire de justice à hauts revenus — tout en réduisant votre revenu fiscal de référence. La déduction sur le BNC est d'ailleurs cohérente avec la requalification BNC de la rémunération technique en SEL.
Plafond de déduction PER / Madelin 2026 (art. 154 bis)
Plafond = 10 % x benefice imposable (plafonne a 8 PASS)
+ 15 % x (fraction de benefice entre 1 et 8 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
Plancher = 4 806 EUR | Plafond maximal = 88 911 EURPour un bénéfice supérieur ou égal à 8 PASS, le plafond atteint son maximum de 88 911 €. À 45 % de TMI, saturer ce plafond représente jusqu'à environ 40 000 € d'impôt en moins, plus un revenu fiscal de référence abaissé d'autant (ce qui atténue la CEHR et la CDHR). Le président de SELAS, assimilé salarié, relève quant à lui de l'article 163 quatervicies CGI.
Mini-cas — le PER à 45 %
Le PER est le premier réflexe à saturer avant toute réduction d'impôt plafonnée. Pour le détail : PER du professionnel libéral (article 154 bis) et notre pilier plan d'épargne retraite. Les autres niches (immobilier, déficit foncier, FIP/FCPI, Girardin) sont passées en revue, sans survente, dans notre catalogue défiscalisation du commissaire de justice.
Aller plus loin : structure ET enveloppes travaillent ensemble
Hauts revenus : CEHR, CDHR et sortie de l'office
Pour le commissaire de justice dont le revenu fiscal de référence franchit certains seuils, deux contributions s'ajoutent à l'IR — et la sortie de l'office appelle ses propres règles. Concrètement, ça vise le commissaire de justice dont le RFR passe la barre des 250 000 € — souvent celui qui est déjà en train de préparer la cession de son étude.
CEHR et CDHR : deux contributions à ne pas confondre
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, article 223 sexies CGI) s'applique au RFR : 3 % au-delà de 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), puis 4 % au-delà de 500 000 € / 1 000 000 €. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR, article 224 CGI, reconduite par la LF 2026) garantit pour sa part une imposition effective minimale d'environ 20 % du RFR au-delà de 250 000 € / 500 000 €, et vise surtout les revenus taxés à faible taux. Un commissaire de justice dont le bénéfice est imposé au barème dépasse souvent ce plancher de 20 % ; la thésaurisation en SEL/SPFPL aide à piloter le RFR, et les leviers d'assiette (PER) restent la parade prioritaire. Ne pas intervertir les deux : 223 sexies = CEHR, 224 = CDHR. Le détail figure dans notre guide la contribution différentielle sur les hauts revenus.
Les murs de l'office et la sortie
Les murs de l'office peuvent être logés dans une SCI à l'IR qui les loue à la SEL : les loyers sont des revenus fonciers, soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % (et non 18,6 %, cette branche étant maintenue par la LFSS 2026), avec un déficit foncier imputable jusqu'à 10 700 €/an sur le revenu global. Comme le commissaire de justice est assujetti à la TVA, l'option pour la TVA des loyers (article 260, 2° CGI) permet de récupérer la TVA sur l'immeuble. Le sujet est traité dans acheter les murs de son cabinet en SCI.
Au moment de la cession, plusieurs régimes se combinent — et il faut bien distinguer ce que l'on cède. La cession de l'office, de la clientèle ou du droit de présentation (la « finance » de l'office) en individuel ou en SCP relève des plus-values professionnelles : article 151 septies (exonération selon les recettes), article 238 quindecies (exonération totale jusqu'à 500 000 € de valeur, dégressive jusqu'à 1 000 000 € — qui vise les entreprises individuelles et les SCP à l'IR, pas les parts de SEL), ou, en cas de départ en retraite, l'article 151 septies A (IR exonéré, mais prélèvements sociaux 18,6 % dus). La cession de parts de SEL, elle, relève de la plus-value mobilière (article 150-0 A CGI) : PFU 31,4 %, avec l'abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter CGI, prorogé jusqu'au 31/12/2031), qui exonère l'IR mais pasles prélèvements sociaux. Côté acquéreur, les droits d'enregistrement frappent le fonds et le droit de présentation (article 719 : 0/3/5 %), les parts de SELARL (article 726 : 3 % après abattement) ou les actions de SELAS (0,1 %).
La structuration se prépare au moins 5 ans avant la cession
Mettre en ordre votre architecture fiscale de commissaire de justice
Vous avez la structure, mais pas la séquence : dans quel ordre activer SEL, SPFPL, PER et cession, et à quelle année. C'est ce calendrier chiffré qu'on construit avec vous, calibré sur votre TMI et votre horizon.

