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Fiscalité, placements, immobilier, retraite et transmission : nous analysons votre situation et vous proposons une feuille de route patrimoniale claire, sans engagement.
On vous demande un prix : à quoi faut-il le comparer ?
Le bulletin de souscription est sur la table. Vous êtes manager salarié— directeur général, directeur financier, membre du comité de direction — et le fonds qui reprend votre entreprise vous propose d'entrer à son capital : un montant précis, un prix précis, parfois avec une date de réponse déjà fixée. On vous a expliqué le projet, la trajectoire, le calendrier. Personne ne vous a expliqué comment ce prix-là a été construit, et vous n'avez ni le temps ni les documents pour le refaire. C'est pourtant le seul paramètre que vous payez en argent réel, et le seul qui soit encore négociable.
La réponse courte, si vous n'avez que deux minutes
Un prix d'entrée seul ne veut rien dire. Rapportez votre mise à votre quote-part entièrement diluée : vous saurez à quelle valorisation vous achetez. Ajoutez la dette nette et la souche prioritaire dues le jour de la sortie : vous saurez à partir de quel prix de vente vous récupérez votre argent. Si ce niveau dépasse le plan qu'on vous présente, le prix demandé ne tient pas.
Cette page s'adresse au salarié à qui l'on présente un bulletin de souscription, ou au manager qui détient déjà des titres et veut savoir ce qu'il a payé. Elle regarde l'opération depuis cette place-là, pas depuis celle du fonds ni celle du dirigeant qui vend. Le prix d'entréey désigne la somme que vous décaissez pour souscrire vos titres lors d'une opération à effet de levier. Il ne se déduit pas de la valeur par action de l'entreprise : vos titres portent des droits différents et sont servis après le remboursement prioritaire du fonds. Et il possède une particularité qu'aucune autre ligne du package ne partage : il se paie en une fois, dès la signature, quand tout ce qu'il achète reste probabiliste.
Guide rédigé le 13 août 2026 — par Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, COBSP — adhérent CNCEF Patrimoine). Droit en vigueur au 13 août 2026 (Code de commerce, Code civil, Code général des impôts). Analyse générique : aucun fonds, aucune société de gestion, aucune banque, aucun cabinet, aucune entreprise, aucune opération réelle n'est cité.
Sommaire
- 1. On vous demande un prix : à quoi le comparer
- 2. Le point de départ obligatoire : la table entièrement diluée
- 3. De la valeur de l'entreprise au prix de vos titres
- 4. Ce que le rang du fonds retire à vos titres
- 5. À partir de quel niveau de sortie récupérez-vous votre mise
- 6. Trois tests à faire sur le prix qu'on vous demande
- 7. Une part que des événements futurs peuvent réduire
- 8. Quels documents demander, et qui les a écrits
- 9. Votre prix d'entrée est aussi un paramètre fiscal
- 10. Quand il vaut mieux ne pas souscrire
Un management package est l'ensemble des titres et instruments par lesquels une équipe de direction est associée à la création de valeur d'une opération à effet de levier : actions ordinaires, actions de préférence, bons de souscription, parfois actions gratuites ou options. Il se déclenche à la sortie, se dénoue en même temps que celle du fonds, et son économie repose sur un rang de remboursement. Ce mécanisme d'ensemble (à quoi il sert, quels instruments existent, comment il s'articule avec le régime fiscal) est exposé par notre guide pilier du management package, et nous ne le refaisons pas ici. Cette page traite une seule question : ce prix-là est-il justifié ?
Quatre pages voisines, et ce qui les sépare
Quatre pages de ce dossier tournent autour du même objet. Voici laquelle répond à quoi, pour ne pas chercher au mauvais endroit. Notre guide des actions de préférence et du ratchet expose la mécanique juridique de vos droits : comment ils sont écrits, comment ils se déclenchent. Notre guide du sweet equity explique pourquoi une petite mise peut valoir beaucoup, et pourquoi elle peut ne rien valoir. Notre guide du calcul du net à la sortie chiffre ce que vous encaisserez, en prenant votre prix pour acquis. Ici, le prix est précisément ce qui est en question: ce qu'il implique comme valorisation de ce que vous achetez, ce qu'un prix plus élevé fait à votre seuil de récupération, et à partir de quel montant il ne se justifie plus. Une quatrième page, notre guide de la valorisation d'un LBO, valorise l'entreprise entière : nous prenons sa valeur comme donnée d'entrée et nous n'en rediscutons pas les multiples.
Avant tout calcul : votre argent et votre emploi sont sur la même entreprise
En souscrivant, vous engagez votre capital et votre emploi sur la même entreprise. C'est la concentration de risque la plus brutale qu'un salarié puisse prendre, et elle est asymétrique : les deux jambes cèdent au même moment. Si l'entreprise manque son plan, vous pouvez perdre l'essentiel de votre mise à l'instant précis où votre poste devient incertain, soit exactement quand vous auriez besoin de cette épargne. Un investisseur extérieur, lui, ne perd que son argent. Cette asymétrie ne rend pas la souscription déraisonnable, mais elle plafonne le montant raisonnable : elle est une raison de discuter le prix, et une raison de discuter la taille de l'engagement — ce qui se passe quand un LBO décroche le décrit sans l'édulcorer. Nous y revenons au moment de décider du montant.
Le point de départ obligatoire : la table de capitalisation entièrement diluée
Pourquoi le capital du jour vous trompe
La table de capitalisation entièrement diluée est la photographie de qui détient quoi après exercice de tout ce qui est susceptible d'être exercé: bons non encore exercés, options, titres convertibles, ratchet, pool d'actions gratuites non encore attribuées. Raisonner sur le capital du jour revient à se compter une part que l'on n'aura jamais.
Ce n'est pas une convention de banquier : l'administration fiscale le pose noir sur blanc. Le Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétésde la Direction générale des finances publiques (édition de juin 2026 selon la mention de page de garde, consultée le 13 août 2026) pose que la valeur unitaire d'un titre résulte du rapport entre la valeur vénale déterminée et le nombre de titres en circulation à la date du fait générateur, ce qui implique de tenir compte des événements intervenus sur le capital ; et qu'en présence d'instruments optionnels convertibles, leurs effets dilutifs doivent interrogerpour apprécier la valeur des capitaux propres, notamment s'ils sont dans la monnaie. Ne lui faites pas dire plus qu'il ne dit : ce guide ne pose aucune règle mécanique d'addition. On recense tout, puis on raisonne scénario par scénario. C'est aussi un guide d'évaluation fiscalede la valeur vénale, pas un manuel d'opérations à effet de levier : il donne une méthode, il ne fixe aucun prix.
Ce que la table doit contenir
Ce qui suit est une illustration entièrement construite
La configuration décrite — une entreprise de services reprise par un fonds mid-cap généraliste, dont le directeur général se voit proposer d'entrer au capital — est anonyme et fictive. Tous les niveaux retenus (valeur d'entreprise, dette, répartition entre instruments, rendement prioritaire, durée) sont des hypothèses choisies pour rendre le calcul lisible. Ils ne décrivent aucun marché, aucune moyenne, aucune pratique, et ne constituent ni un barème ni une promesse. Le raisonnement porte sur le mécanisme et sur le sens de variation, jamais sur les niveaux.
| Ligne | Titres émis aujourd'hui | % du capital actuel | Titres en base entièrement diluée | % entièrement dilué |
|---|---|---|---|---|
| Fonds — actions ordinaires | 800 000 | 86,96 % | 800 000 | 80,00 % |
| Directeur général — actions ordinaires | 120 000 | 13,04 % | 120 000 | 12,00 % |
| Bons attribués à l'équipe, non exercés | — | — | 50 000 | 5,00 % |
| Pool d'actions gratuites non attribuées | — | — | 30 000 | 3,00 % |
| Total | 920 000 | 100,00 % | 1 000 000 | 100,00 % |
Les deux colonnes bouclent à 100,00 % : vérifiez que les vôtres le font aussi, c'est le premier test de sérieux d'un tableau qu'on vous présente. Et regardez ce qu'elles disent. La même position pèse 13,04 % du capital du jour mais 12,00 % en base entièrement diluée. Un écart de 1,04 point, déjà programmé le jour de la signature, sans qu'aucun événement futur soit intervenu.
Une borne légale sert de garde-fou de plausibilité quand vous relisez votre propre tableau : les actions de préférence sans droit de vote ne peuvent représenter plus de la moitié du capital social (plus du quart lorsque les actions sont admises sur un marché réglementé), toute émission au-delà pouvant être annulée (C. com. art. L. 228-11, version en vigueur depuis le 15 juin 2024). Ce plafond ne dit rien du prix : il borne une structure de capital, pas une valeur.
Ce tableau vous donne une part, pas une valeur
Une table de capitalisation, même entièrement diluée, ne dit rien de la valeur: elle ignore ce qui passe avant vous dans l'ordre de remboursement. Si vous lisez « je détiens 12 % » et comprenez « je détiens 12 % de la valeur », vous venez de commettre l'erreur la plus coûteuse du sujet, et la plus fréquente. La lecture euros-contre-pourcentage de la table (pourquoi votre part du capital ordinaire dépasse largement votre part des fonds propres apportés) est traitée par la page consacrée au sweet equity. Ici, la table sert à produire votre quote-part, le dénominateur de tous les tests qui suivent.
De la valeur de l'entreprise au prix de vos titres
Le premier pont, déjà établi ailleurs
De la valeur d'entreprise à la valeur des titres
Valeur des titres = Valeur d'entreprise - Dette nette Dette nette = dettes financieres + dettes assimilees - tresorerie disponible
Les capitaux propres sont la valeur disponible pour l'actionnaire après remboursement des dettes et prise en compte, le cas échéant, de la trésorerie disponible ; la valeur d'entreprise est la valeur de marché de l'actif économique, indépendamment de la manière dont il est financé (DGFiP, Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, éd. juin 2026).
Ce pont amont est traité par notre guide de la valorisation d'un LBO. La valeur d'entreprise est ici une donnée d'entrée: la façon de l'établir (multiples, agrégat retenu, retraitements) est l'objet de ce guide-là, et nous n'en rediscutons pas les niveaux. Un mot tout de même sur le montage, parce qu'il explique où loge la dette : elle est portée par une holding parce qu'une société ne peut pas avancer des fonds ni consentir une sûreté en vue de l'achat de ses propres actions par un tiers (C. com. art. L. 225-216), sous réserve des exceptions de son second alinéa — dont les opérations effectuées en vue de l'acquisition, par les salariés, d'actions de la société, d'une de ses filiales ou d'une société comprise dans le champ d'un plan d'épargne de groupe, dont la portée exacte pour un package de reprise à effet de levier n'est pas tranchée ici — mécanique exposée par notre page sur la holding d'acquisition et par le pilier du financement d'un LBO, dont notre dossier complet sur le LBO donne la vue d'ensemble.
Le second pont : de la valeur des titres à la valeur des vôtres
De la valeur des titres à la valeur de VOS titres
Valeur des titres du manager
= quote-part x ( Valeur des titres - Souche preferentielle due )- quote-part :votre part entierement diluee dans la couche ordinaire
- souche preferentielle :sommes souscrites par le fonds dans des instruments servis avant vous, majorees de leur rendement prioritaire
Le manager n'est pas payé sur la valeur des titres : il est payé sur le résidu, après remboursement de la souche préférentielle.
Le raisonnement central, et il est adossé à une source publique
Le Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétésde la DGFiP (éd. juin 2026) est explicite : « Lorsque le capital social est composé de plusieurs catégories de titres conférant des droits économiques différenciés (actions de préférence, titres convertibles, instruments donnant accès au capital…), l'évaluation doit porter sur la valeur vénale de chaque catégorie de titres. La valeur globale des capitaux propres doit, le cas échéant, faire l'objet d'une allocation entre catégories de titres en fonction de leurs droits économiques respectifs ». Et en note : « Compte tenu des caractéristiques spécifiques des actions de préférence, ces dernières ne peuvent pas être comparées à des actions ordinaires. » Le piège inverse est également visé : la valeur issue d'une levée créant une classe à attributs préférentiels ne doit pas être attribuée mécaniquement aux autres classes privées de ces avantages.
Le droit des sociétés dit la même chose, par le même article L. 228-11 du Code de commerce : il peut être créé des actions de préférence assorties de droits particuliers de toute nature, définis par les statuts. La conséquence est une conséquence du texte, pas une opinion financière : un titre qui ne porte pas les mêmes droits n'a aucune raison de valoir le même prix. La symétrie est entière — un titre subordonné au remboursement prioritaire du fonds vaut moinsque sa quote-part de capitaux propres ; un titre porteur d'un ratchet vaut plus. Comment ces droits sont écrits et comment ils se déclenchent relève de notre guide des actions de préférence et du ratchet.
Le prix par action est un leurre
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Valeur des titres à l'entrée | 90 M€ − 54 M€ de dette nette | 36 M€ |
| Prix « naïf » par titre | 36 M€ ÷ 1 000 000 | 36,00 € |
| Ligne du directeur général au prix naïf | 120 000 × 36,00 € | 4 320 000 € |
| Souche préférentielle souscrite par le fonds | hypothèse fictive | 31,5 M€ |
| Couche ordinaire | 36 M€ − 31,5 M€ | 4,5 M€ |
| Prix par titre de la couche ordinaire | 4,5 M€ ÷ 1 000 000 | 4,50 € |
| Valeur économique de la ligne du directeur général | 12,00 % × 4,5 M€ | 540 000 € |
| Rapport entre les deux lectures | 4 320 000 ÷ 540 000 | 8,00 × |
Ce 8,00 ×ne sort que des hypothèses posées trois lignes plus haut. Changez-en une, il change. Personne ne le retrouvera dans votre dossier : ce qu'il faut emporter, c'est la règle — un titre servi après le fonds ne vaut pas ce que vaut une action ordinaire du même capital.
Autre chose, qui surprend souvent : à montant levé et quote-part constants, le découpage unitaire n'a aucun effet. Payer 4,50 € pour un million de titres ou 9,00 € pour cinq cent mille laisse la mise et la quote-part identiques. Comparer des prix par action entre le fonds et vous n'a donc pas de sens, puisque les droits diffèrent ; mais à droits constants, payer plus détruit mécaniquement votre rendement. Ce qui compte est le rapport :
Le seul prix qui vous concerne
Prix d'entree effectif = Mise demandee / Quote-part obtenue
Le prix par action est un artefact de découpage. Le prix qui décide de votre résultat est le rapport entre ce que vous décaissez et la part que vous obtenez.
Comparez avec l'épargne salariale, où le législateur a pris la peine d'encadrer le prix : dans un plan d'épargne d'entreprise portant sur des titres cotés, le prix de souscription est adossé à une référence de marché et la décote est plafonnée (C. trav. art. L. 3332-19). Pour les titres d'un package, il n'existe ni référence de marché opposable, ni plafond. Ce que cela change pour un salarié qui devient actionnaire est traité par notre page « on me propose un package ».
Ce que le rang du fonds retire à vos titres
Ce qui passe avant vous
À la sortie, le produit de cession est affecté dans un ordre : d'abord la dette bancaire d'acquisition et les dettes de rang supérieur ; ensuite les dettes subordonnées, le cas échéant ; ensuite les instruments à rendement prioritaire souscrits par les actionnaires financiers ; et seulement ensuitele résidu, partagé entre les porteurs d'actions ordinaires, dont vous. Vous n'êtes pas payé sur la valeur de l'entreprise, mais sur ce qui reste après que ces rangs ont été intégralement remboursés, et c'est ce rang, non le prix par action, qui explique que vos titres ne valent pas les siens. Le déroulé rang par rang de cette cascade appartient à notre guide du calcul du net à la sortie ; le tableau qui indique, rang par rang, qui est servi et sur quel document c'est écrit figure dans la page qui détaille la cascade rang par rang.
Cette souche prioritaire n'est pas une ligne unique : elle rassemble des instruments variés (titres de créance convertibles ou remboursables en actions, actions de préférence à dividende prioritaire cumulatif, avances en compte courant d'associé) qui ont en commun d'être servis avant vous. Sa taille au jour de la sortie dépend d'un taux, d'une durée, du caractère cumulatif ou non du rendement, et d'un mot : simple ou capitalisé. Le taux est celui qu'on discute, parce qu'il se lit en une ligne de la documentation. Le vrai sujet est ailleurs : la durée ne dépend pas de vous. C'est le fonds qui choisit quand il vend, et chaque année de plus épaissit ce qui passe devant vous sans qu'aucune décision de votre part n'intervienne. Le caractère cumulatif, lui, tranche une question rarement posée — un rendement non servi une année est-il effacé, ou reporté sur les suivants ? Quant au mode de calcul, la section suivante montre ce qu'il déplace. Aucun de ces paramètres n'a de valeur usuelle : ils se négocient, et c'est votre documentation, elle seule, qui les fixe.
Les tableaux qui suivent reposent aussi sur une hypothèse de désendettement, autant la mettre sur la table : le cadre fictif suppose un désendettement de 54 M€ à l'entrée à 44 M€ à la sortie, soit 10 M€ remboursés en cinq ans. C'est une projectionde plan d'affaires, pas une donnée, et c'est exactement le genre d'hypothèse dont vous devez demander le détail, puisque chaque euro non remboursé remonte votre seuil d'autant.
Plus le rendement prioritaire est élevé, moins vos titres valent
| Rendement prioritaire (hypothèse fictive) | Souche due à 5 ans | Seuil de récupération en valeur d'entreprise |
|---|---|---|
| Aucun rendement prioritaire | 31,500 M€ | 80,000 M€ |
| 5 % capitalisé | 40,203 M€ | 88,703 M€ |
| 7 % capitalisé (cas de base de cette page) | 44,180 M€ | 92,680 M€ |
| 10 % capitalisé | 50,731 M€ | 99,231 M€ |
L'écart entre l'hypothèse à 5 % et celle à 10 % représente 10,528 M€ de valeur d'entrepriseà créer, sans qu'une seule ligne de votre contrat de travail ait changé. Dit autrement : plus le rendement prioritaire est élevé, plus haut est le seuil que vous devez franchir, donc moins vaut aujourd'hui ce qu'on vous propose d'acheter, et plus le prix demandé devrait en tenir compte.
Un seul mot dans le contrat : simple ou capitalisé
À taux et durée identiques, un seul mot déplace le seuil
Toujours en hypothèses fictives, à 7 % sur cinq ans : si le rendement prioritaire est simple, la souche due ressort à 42,525 M€ et le seuil de récupération à 91,025 M€ ; s'il est capitalisé, la souche ressort à 44,180 M€ et le seuil à 92,680 M€. Écart : 1,655 M€ de valeur d'entreprise, pour un seul mot de la documentation. C'est un argument de lecture de document, jamais une norme : allez vérifier lequel des deux mots figure dans la vôtre.
Attention à ne pas confondre avec la définition fiscale : pour l'application de l'article 163 bis H du Code général des impôts, la valeur réelle de la société est celle de ses capitaux propres augmentée des dettes envers tout actionnaire ou entreprise liée, et la valeur de cession est augmentée des sommes remboursées au titre de ces dettes. Cette symétrie est exposée par le guide pilier : elle ne se confond pas avec le calcul économique ci-dessus.
À partir de quel niveau de sortie récupérez-vous ce que vous avez payé
Le seuil de récupération — votre point mort — et ce que chaque terme désigne
Seuil de récupération, point mort: même objet, deux mots, vous croiserez les deux — le second est celui qu'emploient les autres pages de ce dossier. Ici, il est calculé brut, à durée fixe, et c'est le prix qui varie.
Seuil de récupération, exprimé en valeur d'entreprise de sortie
Seuil de recuperation
= Dette nette a la sortie
+ Souche preferentielle due a la sortie
+ ( Prix paye / Quote-part entierement diluee )- Dette nette a la sortie :projection issue du calendrier de desendettement, pas une donnee
- Souche preferentielle due :sommes servies avant vous, majorees du rendement prioritaire couru
- Prix paye :votre decaissement reel, droits d'enregistrement compris le cas echeant
- Quote-part :votre part de la couche ordinaire, en base entierement diluee
Il n'existe pas un seuil, mais trois : celui en dessous duquel vous ne touchez rien, celui où vous retrouvez exactement votre mise, et la zone de gain au-delà.
Où lire chacun de ces quatre termes — et ce qu'un refus vous apprend
Aucun de ces termes ne s'invente, et repérer celui qui vous manque vous dit quelle réunion demander. Votre quote-part se lit sur la table de capitalisation entièrement diluée au closing, signée, jamais sur une planche de présentation. La dette nette de sortiene se lit nulle part : elle se déduit du plan d'affaires et du calendrier de désendettement projeté, ce qui en fait le terme le plus fragile des quatre, celui sur lequel une hypothèse optimiste passe le plus facilement inaperçue. La souche préférentielleet son rendement sont écrits dans les termes des instruments souscrits par le fonds et dans les statuts : c'est là que figure le mot « simple » ou « capitalisé ». Le prix payéest le seul que vous connaissiez déjà : il est sur votre bulletin de souscription. Si l'un des trois premiers vous est refusé, vous ne pouvez pas calculer votre seuil ; et un refus, à ce stade, est lui-même une information.
| Seuil | Valeur d'entreprise de sortie | Ce que touche le directeur général |
|---|---|---|
| Seuil de rien-du-tout | moins de 88,180 M€ | 0 € — la mise est intégralement perdue, alors même que l'entreprise a été vendue |
| Seuil de récupération | 92,680 M€ | exactement 540 000 €, sa mise |
| Zone de gain | au-delà de 92,680 M€ | 12,00 % du surplus |
Dans ce cadre fictif, le seuil de récupération exige + 2,98 % de valeur d'entreprise sur cinq ans pour ne rien gagner.
Le scénario où l'entreprise ne perd rien, et où vous perdez
Si l'entreprise vaut à la sortie exactement ce qu'elle valait à l'entrée (90 M€ dans notre cadre fictif), le résidu ne laisse au directeur général que 218 354 € pour 540 000 € engagés : une perte de 59,56 % de sa mise, alors que l'entreprise n'a pas perdu un euro de valeur. En dessous de 88,180 M€, il touche zéro.
Un management package n'est pas un investissement dans une entreprise : c'est un investissement dans la croissance de sa valeur au-delà d'un seuil que vous n'avez pas fixé. L'effet joue dans les deux sens : au-delà du seuil, chaque euro de valeur supplémentaire vous revient à hauteur de votre quote-part, laquelle dépasse largement la part que votre mise représente dans les fonds propres. C'est exactement le même levier qui produit la perte de 59,56 % ci-dessus — et 540 000 €, c'est 540 000 € de votre argent. La lecture économique de ce phénomène (pourquoi une petite mise peut valoir beaucoup, et pourquoi la valeur peut monter sans que vous touchiez quoi que ce soit) appartient à notre guide du sweet equity; ici, ces chiffres ne servent qu'à juger le prix.
Sur ces quatre termes, il y en a un que personne ne vous donnera spontanément : la dette nette de sortie. C'est une projection, pas une donnée: elle dépend de la nature de la dette (amortissable ou remboursable in fine), d'une éventuelle clause d'affectation de l'excédent de trésorerie, et du fait que des intérêts capitalisés font augmenter la dette. Chaque euro de dette non remboursé est exactement un euro de valeur d'entreprise à créer en plus. Demandez donc le calendrier de désendettement projeté et la nature des tranches — voir le tableau des emplois et ressources — sans quoi vous ne calculez qu'une version optimiste implicite de votre seuil. Un repère de contexte, à la date du 13 août 2026 : le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne, resté à 2,00 % du 11 juin 2025 au 17 juin 2026, a été porté à 2,25 % le 17 juin 2026 (source BCE, consultée le 13 août 2026). Nous n'en tirons aucun pronostic. Simplement, plus la dette coûte cher, plus la trésorerie part en intérêts au lieu de rembourser, plus il reste de dette à la sortie — et plus votre seuil monte.
Ce que cette page ne calcule pas
Le même seuil, vu du côté de la sortie — comment il monte avec le temps, comment il se traduit après impôts et prélèvements, et comment la cascade se déroule rang par rang — est calculé par la page qui reprend ce calcul après impôts, qui traite le point mort dans sa dimension temporelle et nette. Ici, la durée est tenue pour fixe et le seuil est calculé brut : c'est le prix qui varie.
Attention à un contresens fréquent : le seuil de récupération est le même brut et net. Au point où vous ne faites que retrouver votre mise, il n'y a pas de plus-value, donc pas d'imposition. En revanche, tout objectif exprimé en gainnet se situe plus haut, et c'est là que le calcul après impôts prend le relais.
Ce calcul suppose enfin deux choses qu'il faudra vérifier sur votre cas : qu'aucune distribution ne vous est servie avant la sortie, et que le prix de cession vous est payé en cash au closing. Un complément de prix conditionnel, un crédit-vendeur, une somme séquestrée en garantie de passif reculent d'autant l'encaissement réel, et parfois l'annulent — notre page sur le crédit-vendeur et l'earn-out et les sorties qui ne mettent pas d'argent sur votre compte le détaillent. Le seuil calculé ici est donc un plancher optimiste.
Ce que cet engagement représente dans votre patrimoine
Avant de décider du montant, vous pouvez mesurer la place que cette souscription occupe dans votre patrimoine global et le niveau de concentration de risque qu'elle crée, votre capital et votre emploi étant adossés à la même entreprise. Nous n'intervenons ni comme avocat, ni comme négociateur : nous accompagnons le volet patrimonial de la décision.
Trois tests à faire sur le prix qu'on vous demande
Test 1 — quelle valorisation votre prix donne implicitement
Test 1 — la valorisation implicite
Valorisation implicite de la couche ordinaire
= Prix demande / Quote-part obtenueC'est la valeur que vous attribuez, le jour de la signature, à l'intégralité de la couche qui ne reçoit rien tant que les rangs prioritaires n'ont pas été servis.
Dans le cadre fictif : 540 000 € ÷ 12,00 % = 4,5 M€. C'est la valeur que vous attribuez, le jour de l'entrée, à l'ensemble de la couche ordinaire, alors qu'à cette même date 54 M€ de dette nette et 31,5 M€ de souche prioritaire passent devant elle, et qu'à la sortie projetée ce seront 44 M€ de dette et 44,180 M€ de souche qui devront être servis avant vous.
Seul le rapport compte, jamais le montant seul
Contrôle arithmétique vérifié sur le cadre fictif : payer 20 % de plus en obtenant 20 % de quote-part en plus laisse le seuil de récupération rigoureusement inchangé. Un montant demandé n'est donc jamais « trop élevé » dans l'absolu — la question « ce prix est-il juste ? » n'a de sens que rapportée à ce que ce prix achète. Une réserve, toutefois : le seuil, lui, ne bouge pas, mais le montant en euros que vous risquez, si. Dans le même cadre fictif, une sortie à 90 M€ coûte 321 646 € au premier, 385 975 € au second, pour un pourcentage de perte identique. C'est le rapport qui décide si le prix est juste ; c'est le montant qui décide de ce que vous pouvez vous permettre de perdre — d'autant que votre emploi est adossé à la même entreprise.
Test 2 — de combien un prix plus élevé déplace le seuil
Test 2 — le levier du prix, à quote-part inchangée
Deplacement du seuil = Surcout de prix / Quote-part
À quote-part inchangée, chaque euro payé en plus exige plusieurs euros de valeur d'entreprise supplémentaire avant d'être récupéré.
Toujours dans le cadre fictif, la quote-part étant de 12,00 %, un euro de prix supplémentaire exige environ 8,33 € (soit 1 ÷ 12,00 %) de valeur d'entreprise supplémentaire. Portez le prix de 540 000 € à 630 000 €, soit 90 000 € de plus : la valorisation implicite passe de 4,5 à 5,25 M€ et le seuil de 92,680 à 93,430 M€. Il faut donc créer 750 000 € de valeur d'entreprise supplémentaire pour justifier ces 90 000 € — voilà pourquoi ils se discutent.
Test 3 — le prix maximal que votre plan justifie
Test 3 — le prix maximal à l'équilibre
Prix maximal a l'equilibre
= Quote-part x ( VE plafond du plan
- Dette nette a la sortie
- Souche preferentielle due )C'est le prix au-delà duquel, même dans le scénario haut du plan qu'on vous présente, vous ne récupérez pas votre mise.
Dans le cadre fictif, si le plan d'affaires présenté plafonne à 93 M€ de valeur d'entreprise, le prix maximal à l'équilibre ressort à 578 354 €. Un prix demandé de 630 000 € dépasse ce maximum : même dans le scénario haut du plan qu'on vous présente, vous ne récupérez pas votre mise.
| Ce que je calcule | Avec quoi | Ce que la réponse me dit |
|---|---|---|
| La valorisation implicite | Prix demandé ÷ quote-part entièrement diluée | La valeur que je donne, sans le savoir, à toute la couche ordinaire |
| Le levier du prix | Surcoût ÷ quote-part | Combien de valeur d'entreprise chaque euro de prix en plus m'oblige à créer |
| Le prix maximal justifiable | Quote-part × (VE plafond du plan − dette nette de sortie − souche due) | S'il reste un scénario, dans le plan présenté, où je récupère ma mise |
Refaites ces trois calculs sur vos propres chiffres, avant de signer. Tant que ce seuil n'est pas posé, vous ne savez pas à quelle condition votre chèque vous revient. Et une fois le seuil obtenu, il reste la question la plus importante, qui ne se chiffre pas : l'hypothèse requise est-elle cohérente avec le plan d'affairesqu'on vous présente, et ce plan est-il cohérent avec l'historique de l'entreprise et son marché ? Aucune probabilité ne peut être publiée ici, et pas par prudence rédactionnelle : l'approche multicritère, celle que préconisent certains experts, aboutit usuellement à une fourchettede valeurs, et « la mise en œuvre d'un nombre varié de méthodes n'est pas une garantie d'objectivité » (guide d'évaluation de la DGFiP).
Ce que vous payez aujourd'hui pour une part qui peut encore bouger
Vous payez aujourd'hui une part qu'une série d'événements futurs peut réduire, et le prix devrait intégrer cette éventualité. Dans le cadre fictif, une injection de 1,5 M€ de fonds propres nouveaux — souscrite au prix qui valorise la couche ordinaire à 4,5 M€ avant opération, soit 25 % du capital ordinaire après elle — ramène la quote-part de 12,00 % à 9,00 % et porte le seuil de récupération de 92,680 à 94,180 M€, à dette nette de sortie inchangée, l'argent frais étant supposé absorbé par l'exploitation et non affecté au remboursement de la dette. La valorisation implicite que vous aurez subie passe de 4,5 à 6,0 M€ pour la même mise. La règle qui se dégage : chaque euro levé après votre entrée est au moins un euro de valeur d'entreprise que vous devrez créer en plus avant de retrouver votre mise, et davantage si l'argent frais entre à une valorisation inférieure à la vôtre, ce qui est précisément le cas décrit au paragraphe suivant. Deux hypothèses sont ici décisives et doivent être posées explicitement : à quel prix l'argent frais entre, et à quoiil sert. S'il servait à rembourser la dette, le seuil ne bougerait pas ; s'il entre à une valeur basse, il baisse davantage votre quote-part.
La liste des événements à surveiller n'est pas à inventer : le texte fiscal la nomme lui-même. L'article 163 bis H du Code général des impôts renvoie, pour l'ajustement de la valeur réelle, aux opérations sur le capital mentionnées à l'article L. 225-181 du Code de commerce— amortissement ou réduction du capital, modification de la répartition des bénéfices, attribution gratuite d'actions, incorporation au capital de réserves, bénéfices ou primes d'émission, distribution de réserves, ou toute émission de titres de capital ou de titres donnant droit à l'attribution de titres de capital comportant un droit de souscription réservé aux actionnaires — la société devant alors protéger les intérêts des bénéficiaires d'optionsdans les conditions prévues à l'article L. 228-99. Attention à ne pas se rassurer à bon compte : cette protection légale vise les porteurs d'options, pas vos actions de préférence, dont le sort dépend de vos statuts. Vous tenez là une liste de contrôle nommée par la loi, à confronter à vos propres statuts.
Le déclencheur le plus concret est la clause de régularisation par apport de fonds propres, qui permet aux actionnaires de remédier au manquement à un ratio financier en injectant de l'argent frais : c'est le pire moment possible, l'argent entrant à une valeur basse quand l'entreprise manque son plan. Et le cas extrême existe : en cas de restructuration financière, la conversion de dette en capital peut ramener la couche ordinaire à rien — ce qui se passe quand un LBO décroche le décrit sans l'édulcorer. Enfin, un point à vérifier dans vos propres statuts : les actions de préférence à droit limité de participation sont, par défaut, privées de droit préférentiel de souscription, sauf stipulation contraire — règle exposée par notre guide des actions de préférence, qui cartographie également les quatre canaux de dilution. Deux questions à poser : dans quels cas mon pourcentage peut-il baisser sans mon accord, et ai-je le droit de suivre ?
Quels documents demander — et qui les a écrits
Deux rapports que la loi organise déjà
L'émission et la conversion d'actions de préférence relèvent de l'assemblée générale extraordinaire, seule compétente, au vu d'un rapport spécial des commissaires aux comptes (C. com. art. L. 228-12) — étant précisé que dans une société par actions simplifiée, forme habituelle des holdings d'acquisition, ces attributions sont exercées par la collectivité des associés dans les formes prévues par les statuts, le régime des assemblées d'actionnaires des sociétés anonymes ne lui étant pas applicable (C. com. art. L. 227-1 et L. 227-9). Et lorsque ces actions sont émises au profit d'une ou plusieurs personnes nommément désignées— la configuration ordinaire d'un management package — leur création suit la procédure des avantages particuliers, qui suppose l'intervention d'un commissaire et un rapport (C. com. art. L. 228-15, version en vigueur depuis le 1er octobre 2025). Une réserve : si vos titres relèvent d'une catégorie déjà créée, il n'y a pas de commissaire distinct, l'évaluation des avantages particuliers figurant alors dans le rapport spécial de l'article L. 228-12. Dans les deux cas, un rapport existe : demandez lequel. Ce qui ne vous donne pas, avant d'être associé, un droit légal d'en exiger communication — c'est une demande à porter au moment où votre engagement est encore conditionnel.
À côté de ces deux pièces, quatre documents servent à comprendre le prix. La table de capitalisation entièrement diluée au closing, signée et non projetée sur un écran, avec pour chaque instrument son montant, son rang, son rendement et ses conditions d'exercice, vous donne le seul dénominateur qui vaille : votre quote-part réelle. La note de valorisation ayant servi à fixer le prix de vos titres, avec l'identité de son auteur, ses hypothèses et sa méthode d'allocation entre catégories, vous dit d'où vient le chiffre qu'on vous demande de payer. Le plan d'affaires et le calendrier de désendettement projeté vous donnent les deux termes prospectifs de votre seuil, que personne ne peut vous garantir et que vous devez donc pouvoir discuter. Et le tableau des emplois et ressourcesdu bouclage vous permet de vérifier que la table est cohérente avec l'argent réellement mis dans l'opération : c'est le recoupement qui fait apparaître les lignes oubliées. La liste complète des pièces à obtenir avant de signer, bien au-delà de la valorisation, figure dans les points à vérifier avant de signer. Demandez ces pièces tant que votre signature n'est pas acquise : la fenêtre se referme à l'arrêté de la documentation equity, pas au closing. Si la table définitive n'est pas encore disponible, la réponse utile est de conditionner votre engagement à sa remise et de recalculer votre seuil dessus avant de signer.
Une valorisation produite par celui qui vous vend les titres est-elle neutre ?
Une note de valorisation n'est pas fausse parce qu'elle est produite par le fonds ou par ses conseils. Elle est construite depuis un point de vue, avec des hypothèses qui servent une thèse. Le guide d'évaluation de la DGFiP le dit de l'ensemble des informations d'entreprise : certaines « ne sont pas nécessairement objectives ou intègrent des biais ». Demander qui a produit le document, sur quelles hypothèses et selon quelle méthode d'allocation entre catégories n'est pas un geste de défiance : c'est la condition pour que le prix veuille dire quelque chose. Une note de valorisation aboutit d'ailleurs rarement à un point : elle produit un intervalle, dont le prix qu'on vous présente n'est qu'un choix. Demandez pourquoi c'est ce point-là de l'intervalle qui a été retenu plutôt qu'un autre : c'est une question de méthode, pas un procès d'intention. Et l'épaisseur du document ne dit rien de la solidité des hypothèses. Dans une société non cotée, aucune expertise indépendante ne porte sur le prix de vos titres au-delà des deux rapports ci-dessus : le commissaire de l'article L. 228-15, que la loi veut extérieur à la société puisqu'il ne doit y avoir réalisé aucune mission depuis trois ans, se prononce sur les avantages particuliers consentis, il ne certifie pas le caractère négociable du prix que vous payez. Hors offre publique, aucune attestation d'équitésur le prix n'est imposée : ce point, avec le cadre régulateur applicable aux sociétés cotées, est développé par notre guide des actions de préférence. Une expertise indépendante se justifie quand les montants engagés sont significatifs au regard de votre patrimoine : critère personnel, jamais un seuil en euros.
L'asymétrie de preuve, qui joue contre vous à la sortie
À la sortie, c'est vousqui devrez justifier la performance retenue pour établir votre base d'imposition, alors que vous ne maîtrisez ni la valorisation, ni les dettes d'associés, ni l'historique des opérations de capital. Vous dépendez de l'émetteur pour construire votre propre déclaration : raison de plus d'exiger les documents à l'entrée plutôt qu'à la sortie.
Votre prix d'entrée est aussi un paramètre fiscal
L'article 163 bis H du Code général des impôts a été créé par la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 93, puis modifié par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 24(version en vigueur depuis le 21 février 2026). Il n'a donc pas été créé par la loi de finances pour 2026. Le régime lui-même est exposé par notre guide du régime fiscal du gain de management package : on n'en garde ici que ce qui touche au prix.
Le plafond, et ce qui vient le diminuer
Multiple de performance
= 3 x ( valeur reelle de la societe emettrice a la cession
/ valeur reelle de la societe emettrice a l'entree )
Plafond = Valeur des titres a l'entree x ( Multiple de performance - 1 )
- dividendes et sommes recues lors d'une reduction
ou d'un amortissement de capital entre l'entree et la sortieLe multiple ne dépend que de la performance de la société émettrice. À performance identique, le plafond varie proportionnellement à la valeur de vos titres à l'entrée, mais avant application du III de l'article 163 bis H, qui le diminue des revenus distribués et des sommes reçues lors d'une réduction ou d'un amortissement de capital entre l'entrée et la sortie.
Illustration fictive : avec un rapport de performance de la société émettrice de 1,5, le multiple vaut 4,5 ; une valeur retenueà l'entrée de 540 000 € ouvre un plafond de 1 890 000 €, une valeur retenue de 630 000 € un plafond de 2 205 000 €. Un point de vigilance, parce qu'il change tout depuis la modification de février 2026 : l'assiette du plafond n'est pas le prix que vous payez, mais la valeur des titres à leur date d'acquisition ou de souscription. Obtenir un rabais ne rétrécit donc pas le plafond ; l'écart entre le prix payé et la valeur réelle sort de l'assiette du régime et suit son propre traitement, comme expliqué juste après. Votre prix n'agit sur le plafond que dans la mesure où il est lui-même la valeur réelle retenue— c'est le cas ordinaire, et c'est à ce titre seulement qu'un arbitrage existe, que cette page ne tranche pas : aucun niveau ne peut être désigné comme optimal. Attention enfin au vocabulaire : la valeur des titres du manager et la valeur réelle de la société émettricesont deux grandeurs distinctes, que le texte n'emploie jamais l'une pour l'autre.
Payer trop peu ne vous fait pas non plus une faveur.Le gain net s'entend hors avantages résultant de l'acquisition ou de la souscription de titres à un prix inférieur à leur valeur réelle : cet écart est exclu de l'assiettedu régime et suit son propre traitement. Selon la doctrine administrative en projet — BOI-RSA-ES-20-60 du 23 juillet 2025, soumis à consultation publique et qui, au 13 août 2026, n'a pas été publié en version définitive et commente la version du texte antérieure à la modification de février 2026, donc à lire au conditionnel — il seraitimposable en traitements et salaires dès la souscription. Un prix d'entrée « cadeau » n'est donc pas un cadeau : c'est, à hauteur de l'écart, un revenu imposable l'année de la souscription, payable en argent alors que le titre ne vaudra du cash qu'à la sortie, et peut-être jamais. Le traitement de cet écart dans le calcul de sortie est détaillé par là où ce calcul est repris après impôts. Le texte ne corrige que la sous-évaluation. Rien, en revanche, ne protège celui qui surpaie.
Un droit d'enregistrement s'ajoute si votre entrée se fait par rachat de titres existants : l'article 726 du Code général des impôts (version en vigueur depuis le 1er janvier 2024) soumet les cessionsde droits sociaux à un droit d'enregistrement de 0,1 % pour les actions de sociétés par actions, 3 % pour les parts sociales (après un abattement égal, pour chaque part, au rapport entre 23 000 € et le nombre total de parts) et 5 % pour les personnes morales à prépondérance immobilière, l'assiette étant le prix ou la valeur réelle si elle lui est supérieure. Une souscription de titres nouveaux n'est pas une cession, et ce droit reste, en pratique, à la charge de l'acquéreur, sauf convention contraire. Dans notre cadre fictif, 540 € de droits déplacent le seuil de 4 500 € de valeur d'entreprise : petit, mais c'est du cash au jour J.
Interposer une société ne déplace pas la référence de valorisation : le texte prévoit que la valeur réelle retenue ne peut être celle d'une société ayant pour objet principal la détention des participations des salariés ou dirigeants concernés — c'est alors la valeur de la société sous-jacente qui est retenue.
Sur les taux, enfin : la fraction imposée en plus-value relève du prélèvement forfaitaire unique, 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % en 2026, hors contributions exceptionnelles sur les hauts revenus, et étant précisé que la fraction qui excèdele plafond relève, elle, du barème des traitements et salaires majoré d'une contribution salariale de 10 % (voir les taux applicables). Quant au choix entre BSPCE, actions gratuites et stock-options, il relève exclusivement de notre comparateur des trois instruments.
Rappel : aucun des chiffres ci-dessus n'est une norme
Ni la répartition entre instruments prioritaires et couche ordinaire, ni le rendement prioritaire, ni la durée, ni la part détenue par les managers, ni le rapport de 8,00 × entre les deux lectures du prix ne représentent une pratique de marché. Ces grandeurs se négocient au cas par cas et varient selon la taille, le secteur, la contrepartie et le cycle. Le seul usage légitime de cette illustration est de refaire le calcul sur vos propres chiffres.
Quand il vaut mieux ne pas souscrire
Le prix de vos titres résulte d'une allocation de valeur entre catégories de titres— donc d'un calcul assorti d'hypothèses, donc d'un objet discutable, et non d'une donnée de marché. L'administration fiscale elle-même écrit que « l'application de primes et décotes ne peut en aucun cas être mécanique » et que le recours à une prime spécifique « ne saurait être mécanique ni résulter d'un usage de place ». Le prix d'entrée est un point de négociation, pas une donnée.Le même constat, vu du côté de la valeur de l'entreprise (pourquoi le droit ne rattrape pas un acquéreur qui a payé trop cher) est démontré par notre guide de la valorisation d'un LBO.
Ce que vous ne pourrez pas rattraper après
Une raison juridique impose de tout jouer à la signature. Lorsqu'un expert est désigné en cas de contestation, il est tenu d'appliquer les règles et modalités de détermination de la valeur prévues par les statuts ou par toute convention liant les parties (C. civ. art. 1843-4, version en vigueur depuis le 1erjanvier 2020). Une formule de prix acceptée à l'entrée s'impose ensuite à l'expert lui-même. Deux réserves, toutefois : ce texte vise la cession ou le rachat, jamais la fixation d'un prix d'entrée : un manager ne peut donc pas faire fixer son prix de souscription par un expert de l'article 1843-4 ; et le prix de rachat de vos titres le jour où vous partez est une autre question, traitée par notre guide du good leaver et du bad leaver.
Un piège, aussi, pour qui chercherait à se protéger par une garantie : la loi exige que les titres présentent un risque de perte du prix payé pour ouvrir droit au régime. Négocier une garantie de prix plancher ou un rachat à prix minimum pour sécuriser sa mise risque de faire perdre aux titres cette qualification. La protection contre un prix trop élevé ne peut donc pas passer par une garantie de sortie : elle ne peut passer que par la négociation du prix lui-même. Aucun montage n'est sécurisé — voir notre page sur l'abus de droit fiscal.
Souscrire moins, souscrire autrement, ou ne pas souscrire
Le principe du package n'est pas en cause. Le montant demandé, si. Trois issues existent : souscrire un montant plus faible ; souscrire au même prix un instrument de rang différent ; ou ne pas souscrire du tout. Si le prix demandé rend le seuil inatteignable dans les scénarios compatibles avec le plan présenté, ne pas souscrire est une décision rationnelle, et le calcul du prix maximal ci-dessus vous dit à partir de quel montant on y est. Vous engagez votre capital et votre emploi sur la même entreprise : si elle manque son plan, vous pouvez perdre l'essentiel de votre mise au moment même où votre poste devient incertain.
Refuser a un coût, lui aussi. Décliner une proposition d'association se remarque, et peut peser sur la relation avec l'actionnaire qui vous emploie. Mais ce coût-là est relationnel, diffus et incertain, tandis que souscrire à un prix qui rend le seuil inatteignable a un coût en euros, précis, et acquis dès la signature. Les deux ne se mettent pas sur le même plateau de la balance. Il n'existe pas de bonne réponse générale à cette question: seulement la vôtre, calculée sur vos chiffres, avec votre patrimoine et votre horizon. Sans ce calcul, il ne vous reste qu'à faire confiance à celui qui fixe le prix.
Un dernier élément de contexte : vous n'êtes pas en position de force. Vous traitez une fois, face à une équipe qui traite en permanence, assistée de ses conseils. Aucune technique de négociation ne comblera cet écart : faites-vous assisterpar un avocat en droit des sociétés et un avocat fiscaliste. Personne n'est légalement tenu de vous dire si le prix est juste : le devoir d'information précontractuel exclut expressément l'estimation de la valeur (C. civ. art. 1112-1, alinéa 2). Les points à vérifier avant de signer détaillent la marche à suivre. Ajoutez-y le contexte : vous payez aujourd'hui un prix définitif, en argent réel, pour un gain dont le traitement fiscal repose sur un texte de moins de dix-huit mois, déjà modifié une fois, dont la doctrine reste un projet en consultation. Cette asymétrie est une raison de plus de négocier le prix plutôt que de le subir : c'est le seul paramètre de l'équation qui soit encore entre vos mains au moment où vous décidez.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en gestion de patrimoine · fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. Les habilitations réglementaires affichées concernent le cabinet.
Mentions et limites de cette page
Cette page est informative. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni un conseil en investissement personnalisé, et aucun de ses chiffres n'est une norme de marché : l'illustration est entièrement fictive et n'anticipe aucun résultat. L'analyse d'une situation individuelle relève d'un avocat en droit des sociétés, d'un avocat fiscaliste et d'un expert-comptable. Hagnéré Patrimoine est un cabinet CIF, COA et COBSP, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 23002291, établi à Chambéry : il ne négocie pas de management packages, ne rédige pas de pactes d'actionnaires et n'intervient ni comme sponsor, ni comme avocat — il accompagne le volet patrimonial de la décision et renvoie au conseil juridique pour le reste. Droit et données en vigueur au 13 août 2026.

