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« x fois l'EBITDA » : le langage du marché, pas une méthode de valeur
Guide rédigé le 13 août 2026 — par Quentin Hagnéré, conseiller en gestion de patrimoine (CIF, COA, COBSP — adhérent CNCEF Patrimoine). Droit en vigueur au 13 août 2026 (Code civil, Code de commerce, Code général des impôts, plan comptable général). Analyse générique : aucun fonds, aucune banque, aucun arrangeur, aucun cabinet, aucune entreprise cible et aucune opération réelle n'y sont cités.
La réponse en bref
Valoriser un LBO, c'est appliquer un multiple à un EBITDA retraité : on obtient une valeur d'entreprise, dont on retranche la dette nette pour arriver au prix des titres. Le multiple se négocie à la décimale ; l'EBITDA et la dette nette, ligne à ligne — c'est là que l'argent se déplace. La dette étant plafonnée par la capacité de la cible, chaque euro de plus tombe sur l'apport : le prix fixe le plafond du rendement, que la sortie ne garantit pas.
Une lettre d'intention arrive, et elle annonce « six fois l'EBITDA ». Le cédant prend le résultat de son dernier exercice, fait la multiplication, obtient un nombre à sept ou huit chiffres, et commence — sans le dire à personne — à organiser sa vie autour. Quelques mois plus tard, la même entreprise, le même multiple et le même acquéreur aboutissent à un virement sensiblement plus faible : entre-temps, quatre retraitements ont réduit l'assiette, trois postes ont rejoint la dette nette, et une norme de besoin en fonds de roulement a été arrêtée. Personne n'a triché, et le multiple n'a pas bougé d'un centième — dans l'illustration fictive que cette page déroule, le seul périmètre de la dette nette déplace le prix des titres de 14,8 %.
De l'autre côté de la table, le repreneur découvre le problème symétrique. Sa banque ne lui prêtera pas ce qu'il faudrait pour payer le prix demandé, parce qu'elle ne calibre pas son enveloppe sur ce prix, mais sur ce que l'entreprise pourra rembourser. L'écart sortira donc de sa poche — et c'est précisément cet apport qui servira de dénominateur à son rendement. Les deux se disputent le même chiffre sans parler de la même chose : l'un regarde ce qu'il encaisse, l'autre ce qu'il immobilise.
Ce sont les deux lecteurs de cette page. Le cédant, qui veut comprendre pourquoi le chiffre annoncé n'est pas celui qu'il touchera. Le repreneur, ou le dirigeant qui réinvestit, qui doit décider si le prix demandé laisse encore une chance de rendement — sans personne pour le lui dire honnêtement, puisque tout le monde autour de la table a intérêt à ce que l'opération se fasse. Le lecteur qui cherche, lui, à comprendre la performance d'un fonds d'investissement vue du côté de celui qui y place son argent n'est pas notre lecteur : c'est le sujet de notre guide du private equity vu par l'investisseur.
Le moment compte, parce que tout ce qui suit en dépend. Cette page se place pendant la négociation du prix. Elle vient après la question de savoir si cette entreprise peut, par nature, supporter un levier — question antérieure, qui relève d'un autre guide de cette série. Elle vient avant que ce prix devienne un plan de financement équilibré, ce qui est l'objet de notre guide du tableau des emplois et des ressources. Et elle vient avant l'audit d'acquisition, qui viendra vérifier, pièce en main, les retraitements dont il va être question ici. Trois moments différents, trois pages différentes.
Rappel du mécanisme en trois lignes ; le détail est ailleurs. Dans un rachat à effet de levier, une holding d'acquisition est créée pour l'occasion, elle achète les titres de la société cible avec des fonds propres et une dette contractée à son propre niveau, puis elle rembourse cette dette avec les dividendes que la cible lui remonte. La dette est portée par la holding, et non par l'entreprise rachetée, parce que l'article L. 225-216 du Code de commerceinterdit à une société par actions d'avancer des fonds, d'accorder des prêts ou de consentir une sûreté en vue de la souscription ou de l'achat de ses propres actions par un tiers : la cible ne peut donc ni avancer les fonds de son propre rachat, ni le garantir. Ce n'est pas une élégance fiscale, c'est une contrainte de droit. Le mécanisme complet est exposé dans le mécanisme d'un rachat à effet de levier et la structure des entités dans notre guide de la holding d'acquisition. Ici, on ne revient pas dessus.
Sommaire
- « x fois l'EBITDA » : un langage, pas une méthode
- L'EBITDA retenu n'est pas l'EBITDA comptable
- Le pont : valeur d'entreprise → prix des titres
- BFR normatif, locked box, completion accounts
- Ce que le prix fait à l'apport et au rendement
- La grille multiple d'entrée × multiple de sortie
- Ce qui fait monter ou descendre un multiple
- Payer trop cher : l'erreur la moins réversible
- Ce qu'il faut retenir
Pourquoi le multiple domine ce marché
Trois raisons l'expliquent, et elles se défendent. La comparabilité immédiate: un multiple est un nombre à une décimale, il se retient et se compare de mémoire, ce qu'aucune actualisation de flux ne permet dans une conversation. Le langage commun: le cédant, l'acquéreur, le conseil et le prêteur parlent tous en multiples, et une négociation a besoin d'une unité de compte partagée. Enfin, l'agrégat lui-même : l'EBITDA se situe avant les amortissements et avant les charges financières, il est donc largement indifférent aux choix d'amortissement et à la structure de financement de l'entreprise, ce qui permet de comparer deux sociétés qui ne se financent pas du tout de la même façon.
Reste ce que le multiple cache, et c'est l'administration fiscale elle-même qui l'écrit le plus clairement. Dans son Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, dans son édition de juin 2026 selon la mention de sa page de garde, consultée le 13 août 2026, la Direction générale des finances publiques décrit la méthode : elle « consiste à appliquer un coefficient (un multiple) à un agrégat financier ». C'est donc une méthode analogique, dont la fiabilité « demeure dépendante de la qualité des comparables retenus », et le guide ajoute qu'« il peut, en effet, s'avérer difficile de réunir des comparables réellement homogènes ». Sur la combinaison de plusieurs méthodes, il est aussi peu complaisant : elle « ne constitue pas un principe intangible », et « la mise en œuvre d'un nombre varié de méthodes n'est pas une garantie d'objectivité ». La démarche, écrit-il enfin, « trouve toute sa pertinence dans le cadre de négociations pour fixer un prix entre des parties éclairées » et aboutit « usuellement à une fourchette de valeurs ». Le préambule du guide donne le ton juste : il « n'a donc pas pour objet de fournir des formules de calcul mécaniquement applicables ».
La conséquence pratique est directe. Dire « six fois » ne démontre rien.Cela déclare une comparaison implicite, et la seule réaction utile est d'en exiger le contenu : quelles transactions, à quelle date, sur quel agrégat, retraité comment. Un interlocuteur qui annonce un multiple sans pouvoir répondre à ces quatre questions n'a pas évalué votre entreprise, il a énoncé un souhait. Précision de cadrage, en revanche : le guide de la Direction générale des finances publiques sert à apprécier une valeur vénale en matière fiscale, ce n'est ni un référentiel de prix de LBO, ni une doctrine de marché — et il ne publie aucun barème de multiples par secteur: les seuls multiples qu'on y trouve sont ceux de ses exemples d'application chiffrés.
⚠️ Deux « multiples » qui n'ont rien à voir
Le même mot désigne deux ratios que rien ne relie. Le multiple de valorisation rapporte une valeur à un EBITDA : il sert à fixer un prix. Le multiple de dette rapporte un encoursà un EBITDA : il sert à mesurer un endettement. Un dirigeant qui entend « six fois » dans une réunion puis « trois fois » dans la suivante n'a pas reçu deux estimations contradictoires — il a entendu deux grandeurs différentes, avec deux contreparties différentes. Le second est traité dans notre guide des ratios de levier et des covenants.
Quatre pages voisines, quatre questions différentes
Quatre pages voisines partagent avec celle-ci le même vocabulaire, et il faut savoir laquelle ouvrir. Le financement d'un LBO pose le pont entre valeur d'entreprise et prix des titres en une formule, puis passe au plan de financement : cette page-ci est le développement qu'il annonce, celle où l'on se dispute chaque terme de la formule. L'exemple de LBO chiffré fixe un prix d'entrée et déroule un cas complet sur cinq exercices jusqu'au rendement, en faisant varier la sortie ; ici, c'est le prix d'entrée lui-même qui varie, tout le reste étant tenu constant — aucune autre page de ce cocon ne le fait bouger. Ratios, DSCR et covenants définit l'EBITDA et la dette nette tels que les écrit le contrat de crédit, pour tester la dette ; cette page les définit tels que les écrit le protocole de cession, pour fixer le prix : les mêmes mots, deux contrats, deux définitions, et un prix qui bouge entre les deux. Enfin, la sœur la plus proche : le tableau des emplois et des ressources fait entrer le prix comme une donnéedans un tableau d'équilibre et mesure la sensibilité de ce tableau au prix ; cette page-ci traite de la formation de ce prix, en amont. Elle reprend d'ailleurs la même dette nette, mais comme une ligne du tableau de financement — et non comme un enjeu de prix.
L'EBITDA retenu n'est pas l'EBITDA comptable
Tout tient dans un déplacement : la négociation porte souvent plus sur la définition de l'EBITDA que sur le multiple. Il faut distinguer les deux moitiés de cet énoncé. Ce que l'arithmétique démontre, et la section le démontrera, c'est que l'assiette déplace plus d'argent que le coefficient: c'est une identité, pas une opinion. Ce qu'on observe en pratique, c'est que la négociation s'y déporte en conséquence — et cela reste une observation de terrain, non un résultat de calcul. Le multiple est le chiffre dont on parle en réunion. L'EBITDA est l'assiette qu'on écrit dans le protocole.
Un agrégat que le droit comptable ne définit pas
Premier point, et il surprend souvent un cédant : aucun texte comptable ne définit l'EBITDA. L'Autorité des marchés financiers l'écrit dans sa position-recommandation DOC-2016-05(créée le 26 octobre 2016, modifiée le 28 juillet 2023) : l'EBITDA, « retraité ou non », et la dette nette ne sont ni présentés dans les comptes ni définis par les normes comptables. La Direction générale des finances publiques va dans le même sens : « contrairement à l'EBE, l'EBITDA n'est pas un agrégat normé», et elle assortit ce constat d'un avertissement encadré qu'il vaut la peine de citer mot pour mot : « L'EBE et l'EBITDA sont deux agrégats différents. Il ne peut pas être utilisé un multiple d'EBITDA pour calculer la VE à partir de l'EBE comptable.» Autrement dit, prendre l'excédent brut d'exploitation de la liasse fiscale et le multiplier par un multiple lu quelque part est une erreur de méthode, pas une approximation.
Les orientations de l'ESMA sur les indicateurs alternatifs de performance (ESMA/2015/1415fr du 5 octobre 2015, applicables aux publications à compter du 3 juillet 2016) donnent la qualification exacte : un indicateur alternatif de performance est un indicateur « autre qu'un indicateur financier défini ou précisé dans le référentiel comptable applicable », et la liste d'exemples du paragraphe 18 comprend explicitement l'EBITDA et la dette nette. Le texte impose alors de définir l'indicateur, ses composants et ses hypothèses, et de conserver une définition et un calcul « cohérents dans le temps ». Une limite de champ doit être dite tout de suite, sans quoi la citation serait trompeuse : ces orientations visent les émetteurs cotés. Elles ne s'imposent pas juridiquement à la cession d'une PME non cotée. Ce qu'elles apportent ici est une qualification, non une obligation opposable au vendeur : l'EBITDA est un indicateur construit, et un indicateur construit se définit.
De là, la conclusion opératoire de toute la section : la définition de l'EBITDA est contractuelle. Il n'existe pas d'EBITDA « vrai » qu'un expert viendrait trancher. Seul le protocole écrit engage.Une négociation où l'on s'est accordé sur le multiple sans avoir arrêté l'assiette n'a rien conclu du tout.
Ce que « normatif » veut dire, et la liste officielle des retraitements
Le mot « normatif » a une définition, et elle est publique. Un agrégat normatif, écrit la Direction générale des finances publiques, « désigne un agrégat financier retraité afin de refléter la performance économique récurrente et durable de l'entreprise et qui neutralise les éléments non récurrents, atypiques ou non représentatifs». Tout est dans cette phrase : on ne cherche pas à embellir, on cherche à établir ce que l'entreprise gagne quand elle fonctionne normalement, avec un dirigeant payé au prix du marché et des locaux loués à leur valeur.
Le même guide donne une liste, en précisant que « la liste des retraitements cités ci-après n'est pas exhaustive » : les locations financières et le crédit-bail ; les rémunérations non normatives, la rémunération du dirigeant devant être rapprochée d'une rémunération théorique « normale » ; les loyers immobiliers non normatifs ; les dépenses d'exploitation non récurrentes ; les amortissements comptabilisés aux seules fins fiscales. Et il ajoute une remarque que beaucoup de dossiers oublient : « Ces retraitements ont également une incidence sur l'impôt dû par la société. » Sur les opérations en capital, il nuance utilement : elles sont par nature non reproductibles, « toutefois, selon les secteurs d'activité, ce type d'opérations peut participer au modèle économique de la société ».
Le retraitement de la rémunération du dirigeant est presque toujours présenté dans un seul sens. Il joue dans les deux.Un dirigeant qui se sur-rémunère fait apparaître un EBITDA minoré, qu'il est légitime de corriger à la hausse. Mais un dirigeant sous-rémunéré— parce qu'il se paie en dividendes, parce qu'il a d'autres revenus, parce que l'entreprise est sa vie — fait apparaître un EBITDA flatté, qu'il faut réduire du coût de marché de son remplacement. Un cédant très impliqué et peu payé vend donc, sans le savoir, un résultat qui contient une part de son propre travail non facturé. Un acquéreur sérieux le corrigera ; un acquéreur moins scrupuleux le corrigera aussi, mais plus tard, au moment de discuter le prix final.
Symétriquement, tout n'est pas retraitable. L'ESMA est explicite : on « ne doit pas qualifier à tort des éléments de non récurrents, peu fréquents ou inhabituels », et certains postes « ne seront que rarement considérés comme non récurrents, peu fréquents ou inhabituels (tels que les coûts de restructuration ou les dépréciations) ». Une entreprise qui « restructure » tous les deux ans ne connaît pas des événements exceptionnels : elle a un modèle qui coûte cher.
Depuis les exercices ouverts en 2025, le résultat exceptionnel a changé de nature
Un changement de référentiel comptable modifie la façon de normaliser un EBITDA en France. Le règlement n° 2022-06 de l'Autorité des normes comptables, du 4 novembre 2022, modifiant le règlement 2014-03 relatif au plan comptable général, homologué par arrêté du 26 décembre 2023 (Journal officiel du 30 décembre 2023), est applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Il crée un article 513-5 aux termes duquel « sont comptabilisés en résultat exceptionnel les produits et les charges directement liés à un événement majeur et inhabituel» — un événement inhabituel étant, selon la définition que le même texte en donne, un événement qui n'est pas lié à l'exploitation normale et courante de l'entité. Et il supprime, à l'article 512-1, les mots « les transferts de charges ». La Direction générale des finances publiques le confirme dans son propre guide et en tire la conséquence : « À compter des exercices ouverts au 1er janvier 2025, la technique comptable du transfert de charge est supprimée.» Elle réserve d'ailleurs l'analyse du caractère récurrent du résultat exceptionnel « pour les exercices antérieurs au 1er janvier 2025 ».
La conséquence pratique est lourde : le résultat exceptionnel n'est plus le tiroir des éléments non récurrents. Un litige, une indemnité, un coût de réorganisation, un dédit : tout cela est désormais en exploitation, donc dans l'EBITDA. On ne normalise plus un résultat en lisant une ligne du compte de résultat ; il faut le reconstruire poste par poste. Autre conséquence, tout aussi importante pour un acquéreur : les comptes antérieurs à 2025 ne se comparent pas directement à ceux qui suivent. Une série de cinq exercices posée dans un dossier de cession chevauche donc deux référentiels, et personne ne le signale spontanément.
En négociation, cela veut dire une chose : la ligne « éléments non récurrents » d'un dossier de cession est désormais, sur les exercices récents, entièrement une construction du vendeur. Elle ne se lit plus, elle s'audite.
Les quatre crans de la chaîne, chacun négocié séparément
En pratique — et il s'agit ici de pratique de marché, non de droit — on ne discute pas un EBITDA, on en discute quatre successivement. L'EBITDA publié, celui des comptes. L'EBITDA retraitéou normatif, celui qui neutralise les éléments non représentatifs. L'EBITDA pro forma de périmètre, qui fait comme si les entités entrées ou sorties en cours d'exercice avaient été là toute l'année. Et l'EBITDA run-rate, qui annualise l'effet d'un événement récent, comme un contrat signé en octobre ou une hausse tarifaire appliquée en juin.
Le quatrième cran est de loin le plus contesté, parce que c'est celui qui transforme une intention en assiette de prix. Un test simple permet de trancher : l'événement est-il déjà survenu, est-il documenté, et son effet est-il mesurable sur des comptes réels ? Si la réponse est non sur l'un des trois points, ce n'est pas un retraitement, c'est une prévision— et une prévision se discute dans le plan d'affaires, pas dans le multiplicande.
Une dernière exigence de cohérence, que la Direction générale des finances publiques formule sans détour : « un multiple fondé sur l'EBITDA projeté en année N+1 des sociétés comparables ne pourra pas s'appliquer à l'EBITDA historique de la société à évaluer, et inversement ». La formule est plus brutale ainsi : changer de période en cours de négociation, c'est changer le prix sans toucher au multiple. Un cas voisin, une phrase : les EBITDA pro forma et les synergies annoncées d'une plateforme de croissance externe relèvent de notre guide de la croissance externe financée par dette.
⚠️ L'EBITDA d'une activité détourée ne finance pas ce qu'il semble financer
Quand la cible n'est pas une société autonome mais une branche extraite d'un groupe, l'EBITDA présenté est souvent celui qu'elle dégageait pendant qu'un siège lui fournissait sa paie, son informatique, ses assurances, sa direction financière et son assistance juridique — gratuitement, ou à un coût interne qui n'a rien à voir avec un prix de marché. Une fois détourée, elle devra payer ces fonctions à leur prix, ou les reconstruire. Les deux conséquences vont dans le même sens : le multiple s'applique à une assiette qui n'existera plus telle quelle après le closing, et la dette calibrée sur cette assiette sera servie par un résultat inférieur. Le test est le même que pour un retraitement run-rate— l'événement est-il survenu, documenté, mesurable — à cette différence près qu'ici c'est une charge, et non un produit, qu'il faut prouver : personne, en face, n'a intérêt à la chiffrer. Le sujet est traité pour lui-même dans notre guide de l'EBITDA d'un périmètre détouré.
Un euro d'EBITDA vaut « multiple » euros de prix
Le chiffre est plus parlant que le principe. Les hypothèses qui suivent sont entièrement fictiveset construites pour la démonstration : une PME industrielle imaginaire, un EBITDA comptable de 2 800 000 €, un multiple de discussion de 6,0. Aucun de ces nombres n'est un niveau observé, une moyenne de marché ou une recommandation.
| Poste | Montant | Effet sur le prix à 6,0 × |
|---|---|---|
| EBITDA comptable | 2 800 000 € | — |
| Produit non récurrent retiré | − 350 000 € | − 2 100 000 € |
| Rémunération du dirigeant ramenée au niveau de marché | + 250 000 € | + 1 500 000 € |
| Loyer sous-évalué du local du dirigeant, ramené au marché | − 150 000 € | − 900 000 € |
| Charges de structure liées au cédant, non reconductibles | + 100 000 € | + 600 000 € |
| EBITDA retenu pour le prix | 2 650 000 € | — |
| Écart net d'assiette | − 150 000 € | − 900 000 € |
Quatre retraitements dont aucun n'est scandaleux, un écart net d'assiette de 150 000 € seulement — et 900 000 € de prix. À titre de comparaison, obtenir 6,3 au lieu de 6,0 sur la même assiette de 2 650 000 € déplacerait le prix de 795 000 €, donc moinsque cette bataille d'assiette. Le multiple se négocie à la décimale ; l'EBITDA se négocie ligne à ligne. Et l'énergie dépensée sur le dixième de multiple rapporte moins que la même énergie passée sur la liste des retraitements.
⚠️ Le même euro optimiste sert deux fois
Il y a un effet de retour, et il se referme autant sur l'acheteur que sur le vendeur. La définition d'EBITDA retenue pour fixer le prix est très proche de celle que reprendra ensuite la documentation de crédit. Un retraitement accepté fait donc deux choses en même temps : il augmente le prix(multiple × assiette) et il augmente la capacité d'endettement apparente(même assiette au dénominateur du levier). Le montage paraît tenir sur le papier ; mais l'entreprise, elle, ne remboursera qu'avec sa trésorerie réelle. Un EBITDA majoré à tort fragilise le respect des covenants dès la première année.
Conséquence à l'envers pour le cédant : obtenir un retraitement de complaisance, ce n'est pas gagner de l'argent sans contrepartie, c'est vendre plus cher une entreprise qui devra rembourser sur un résultat qui n'existe pas. Le repreneur s'en apercevra au premier arrêté trimestriel — et à ce moment-là le prix, lui, sera payé. Un superviseur bancaire attend d'ailleurs qu'une majoration d'EBITDA soit dûment justifiée et revue par une fonction indépendante de celle qui monte le dossier (Banque centrale européenne, Guidance on leveraged transactions, mai 2017). Le versant covenant est traité dans la mesure du levier et des covenants.
Un retraitement n'est pas une manipulation
Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que retraiter est suspect. C'est une étape admise, jusque dans la doctrine de l'administration fiscale, qui raisonne explicitement sur des agrégats « après retraitements éventuels ». Ce qui distingue un retraitement d'une fabrication tient en trois mots : il est documenté, il est reproductible, et il survit à l'audit d'acquisition— dont le déroulé relève d'un guide distinct de cette série. Un cédant bien conseillé prépare ses retraitements avant de recevoir une offre, pièces à l'appui : c'est la seule façon de les faire tenir.
Une frontière avant de quitter la section — c'est celle qu'on franchit le plus souvent sans le voir. L'EBITDA et la dette nette du contrat de crédit sont définis dans l'EBITDA et la dette nette tels que les écrit le contrat de crédit. Ici, il s'agit de ceux du protocole de cession: la contrepartie n'est pas le prêteur mais le cédant, et l'enjeu n'est pas de franchir un seuil mais de fixer un prix. Les deux définitions sont négociées le même mois, avec deux contreparties différentes, et elles sont rarement relues côte à côte, alors que ce sont les mêmes mots.
Le pont : de la valeur d'entreprise au prix des titres
Les deux grandeurs, et pourquoi on les confond
Les deux définitions sont publiques, et leur lettre compte. La valeur des capitaux propres, écrit la Direction générale des finances publiques, est « la valeur disponible pour l'actionnaire après remboursement des dettes et prise en compte, le cas échéant, de la trésorerie disponible », et elle « se distingue du montant comptable des capitaux propres ». La valeur d'entreprise est « la valeur de marché de l'actif économique de la société, indépendamment de la manière dont elle finance ses actifs» : elle englobe les actifs d'exploitation et le besoin en fonds de roulement nécessaire à l'activité. Et l'identité qui relie les deux est posée par le même guide : la valeur de l'actif économique « est donc égale à la somme de la valeur de marché des capitaux propres et de la valeur de marché de l'endettement financier net retraité ».
Pourquoi le pont est-il obligatoire, et non facultatif ? Parce que le choix de l'agrégat commande le résultat : « un agrégat avant charges financières permet de déterminer la Valeur de l'Actif économique alors qu'un agrégat intégrant ces charges permet de déterminer directement la Valeur des Capitaux Propres». Le multiple d'EBITDA relève de l'approche indirecte : par construction, il ne donne jamais un prix de titres. Notre pilier le financement d'un LBO, qui pose ce pont en une formule, annonçait qu'un guide de cette série serait consacré à la formation du prix : c'est celui-ci.
Le pont, version ajustée
Valeur d'entreprise = multiple x EBITDA retenu Valeur des titres = Valeur d'entreprise - Dette nette a la date de reference Dette nette = dettes financieres + dettes assimilees - tresorerie disponible
- multiple :coefficient negocie, applique a l'assiette definie au protocole
- EBITDA retenu :assiette contractuelle, distincte de l'EBITDA comptable
- dettes assimilees :credit-bail, engagements de retraite, dividende vote non verse, comptes courants, provisions
- tresorerie disponible :pas le solde bancaire : la seule tresorerie que l'actionnaire peut sortir
Trois termes sur quatre sont conventionnels. Le seul chiffre non discutable de cette formule est le signe moins.
Ce qui entre dans la dette nette, et ce qui n'y entre pas
Le socle est admis et rarement discuté. L'endettement financier net comprend « l'ensemble des dettes financières et bancaires quelles que soient leurs échéances (emprunts…, obligations, concours bancaires courants, comptes courants d'associés…) diminué des disponibilités de la société et des valeurs mobilières de placement à leur valeur réelle». Sur les comptes courants d'associés, la Direction générale des finances publiques réserve un cas que les dossiers omettent : « sauf, le cas échéant, en présence de clauses ou contextes particuliers qui les assimileraient à des capitaux propres». Et elle pose une phrase qu'il faut citer telle quelle, parce qu'elle tranche une discussion fréquente : « la prise en compte de la trésorerie n'est pas un retraitement optionnel ».
Le même guide énumère les autres éléments de passage, en avertissant qu'ils « sont donnés à titre indicatif et ne sauraient être considérés comme exhaustifs » : les dettes de crédit-bail — avec cette précision de cohérence, « par cohérence, les loyers sont déduits des autres charges externes » ; les cessions de créances à réintégrer ; la correction du besoin en fonds de roulement « s'il est démontré qu'à la date de clôture, le BFR n'est pas représentatif de son niveau moyen sur l'année » ; les créances sur cessions d'actifs ; les dettes sur immobilisations ; les provisions pour engagement de retraite, impôt sur les sociétés déduit; les provisions exceptionnelles ; et les actifs non nécessaires à l'exploitation.
Deux points de droit règlent des discussions que la pratique tranche d'habitude à l'intuition.
Un dividende voté et non versé est une dette certaine. L'article L. 232-12 du Code de commerceprévoit que l'assemblée générale « détermine la part attribuée aux associés sous forme de dividendes », et le deuxième alinéa de l'article L. 232-13 que « la mise en paiement des dividendes doit avoir lieu dans un délai maximal de neuf mois après la clôture de l'exercice » — le même alinéa précisant que « la prolongation de ce délai peut être accordée par décision de justice», de sorte que le délai n'est pas intangible. Dès le vote, les associés détiennent donc une créance assortie d'un délai légalde paiement. Cette somme figure peut-être encore sur le compte bancaire, mais elle est économiquement sortie : ce n'est pas de la trésorerie disponible pour l'acquéreur. Le guide d'évaluation retranche d'ailleurs, dans sa fiche de calcul, « les distributions de dividendes votées à la date du fait générateur ».
Un passif de retraite réel peut être totalement absent du bilan. L'article L. 123-13 du Code de commerce prévoit que le montant des engagements de retraite « est indiqué dans l'annexe », et que les entreprises « peuvent décider » de l'inscrire au bilan. Le provisionnement est facultatif.Le rapatriement de cet engagement en dettes assimilées n'est donc pas une exigence de négociation agressive : c'est une lecture économique d'un passif que la loi autorise à ne pas provisionner. Contrepartie signalée par la Direction générale des finances publiques : il faut vérifier que « le coût des départs à la retraite a bien été exclu des agrégats », sous peine de compter deux fois le même engagement.
À l'inverse, il faut dire ce qui n'entre pasdans la dette nette. Les dettes fournisseurs et les dettes fiscales et sociales d'exploitation appartiennent au besoin en fonds de roulement, lequel est déjà compris dans la valeur d'entreprise. D'où la mécanique à connaître : reclasser un poste du besoin en fonds de roulement vers la dette nette réduit le prix des titres d'autant, sans toucher au multiple. C'est l'une des manœuvres les plus discrètes d'une fin de négociation.
Le côté trésorerie mérite le même soin, car « trésorerie » ne veut pas dire « solde bancaire ». Il faut distinguer la trésorerie minimale d'exploitation— celle dont l'entreprise a besoin pour tourner, y compris au point bas de sa saisonnalité — de la trésorerie excédentaire, seule réellement disponible pour l'actionnaire. Et il faut signaler la trésorerie non disponible : celle logée dans une filiale qui ne peut pas distribuer, celle qui est nantie, celle qui est séquestrée. La trésorerie affichée à la clôture est souvent le pire indicateur de la trésorerie disponible, la date de clôture étant fréquemment choisie, historiquement, au point haut du cycle d'encaissement.
Un poste ne peut compter qu'une fois
Règle d'hygiène qui évite l'essentiel des litiges : ce qui est ajouté à la dette nette doit avoir été retiréde l'EBITDA, et réciproquement. Les loyers de crédit-bail, les charges d'affacturage, le coût des départs à la retraite sont trois cas classiques de cette erreur. En pratique, cela impose un seul tableau, où chaque ligne du bilan est affectée à exactement une catégorie : dette, trésorerie, ou besoin en fonds de roulement. Le litige de closing naît d'un poste classé deux fois, ou classé nulle part.
Sur un cas, ces choix produisent quatre prix différents. Les hypothèses restent entièrement fictives: valeur d'entreprise de 15 900 000 € (6,0 × 2 650 000 €), dettes financières de 4 200 000 €, trésorerie de 1 500 000 € dont 900 000 € jugés excédentaires, et 1 350 000 € de dettes assimilées (crédit-bail 800 000 €, engagement de retraite non provisionné retenu net d'impôt sur les sociétéspour 250 000 €, dividende voté non versé 300 000 €). Pour que la règle du non-double-emploi énoncée ci-dessus soit respectée, l'EBITDA retenu de 2 650 000 € est supposé déjà retraité des loyers de crédit-bail: sans cette convention, la dette de crédit-bail ne pourrait pas être ajoutée ici. Quatre lectures sont défendables, et aucune n'est malhonnête.
| Lecture de la dette nette | Dette nette retenue | Prix des titres | Écart |
|---|---|---|---|
| 1. La plus favorable au cédant : dettes financières moins toute la trésorerie | 2 700 000 € | 13 200 000 € | référence |
| 2. Lecture 1 augmentée des dettes assimilées | 4 050 000 € | 11 850 000 € | − 1 350 000 € (− 10,2 %) |
| 3. Seule la trésorerie excédentaire est déduite | 3 300 000 € | 12 600 000 € | − 600 000 € (− 4,5 %) |
| 4. La lecture complète de l'acquéreur : assimilées et trésorerie excédentaire | 4 650 000 € | 11 250 000 € | − 1 950 000 € (− 14,8 %) |
Le multiple n'a pas bougé d'un centième, et le prix a bougé de 14,8 %. C'est la raison pour laquelle une lettre d'intention qui fixe le multiple sans définir le périmètre de la dette nette laisse ouvert le poste le plus lourd des deux.
Pourquoi l'acquéreur se bat au centime sur la dette nette
Les deux batailles ne pèsent pas le même poids, dans le même cadre fictif. Un euro d'EBITDA retenu vaut « multiple » euros de valeur d'entreprise: à 6,0 ×, les 150 000 € d'assiette de la section précédente valaient 900 000 €. Un euro reclassé en dette nette vaut exactement un euro : 150 000 € reclassés valent 150 000 €. Le rapport entre les deux est le multiple lui-même.
De là une observation qui explique beaucoup de comportements en négociation : l'acquéreur se bat sur la dette nette au centime, et sur l'EBITDA au multiple. Il a raison des deux côtés. Côté vendeur, la discussion arrive souvent après coup, quand la définition de l'assiette est déjà figée dans un document signé.
Après le prix viennent les droits et les frais, et ils ne sont pas anecdotiques : le prix des titres n'est pas le coût de l'acquisition. Les droits d'enregistrements'y ajoutent — 0,1 % pour les actions de sociétés par actions, négociées comme non négociées (avec cette réserve, pour les titres négociés sur un marché réglementé, que le texte ne frappe que les actes portant cession), 3 %pour les parts de sociétés dont le capital n'est pas divisé en actions, avec un abattement égal, pour chaque part, au rapport entre 23 000 € et le nombre total de parts, et 5 % pour les personnes morales à prépondérance immobilière(CGI, art. 726, version en vigueur au 1er janvier 2024) — comme s'y ajoutent les frais de conseil et de mise en place de la dette. Sur un prix de 13 200 000 €, les droits vont de 13 200 € dans le premier cas à 660 000 € dans le troisième, soit 646 800 € d'écartselon la seule forme sociale et la nature de l'actif. Deux précisions utiles : le texte parle de sociétés dont l'actif est principalementimmobilier, jamais d'un seuil de 50 % ; et l'assiette est « le prix exprimé et le capital des charges […] ou une estimation des parties si la valeur réelle est supérieure», de sorte qu'afficher un prix bas ne réduit pas mécaniquement les droits. La façon dont ces postes s'équilibrent avec les ressources relève de l'équilibre emplois-ressources du montage.
BFR normatif, locked box, completion accounts : à quelle date on arrête les compteurs
Le vocabulaire anglais donne l'illusion d'un régime juridique. Ni la locked box ni les completion accounts ne sont des catégories juridiques françaises. Aucun texte ne les régit. Ce sont des architectures contractuelles, licites parce que le prix de la vente doit être « déterminé et désigné par les parties » (Code civil, art. 1591) et qu'il peut être « laissé à l'estimation d'un tiers » (art. 1592). Un point de date, souvent omis : le texte de l'article 1592 a été modifié en 2019 (loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019, art. 37) pour ajouter « sauf estimation par un autre tiers» — avant cette modification, la défaillance de l'expert désigné pouvait emporter l'absence de vente. Une clause d'expert recopiée d'un modèle antérieur à 2019 n'a donc pas le même effet qu'une clause rédigée depuis.
Une erreur fréquente, à couper tout de suite : l'expert de l'article 1843-4 du Code civil, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2014-863 du 31 juillet 2014, modifiée par l'ordonnance n° 2019-738 du 17 juillet 2019, n'intervient que là où la loi renvoie à lui, ou là où les statuts prévoient une cession sans que la valeur soit déterminée ni déterminable. Il ne viendra jamais corriger le prix librement négocié d'une acquisition. Il n'existe donc pas de filet judiciaire sur le prix lui-même : ce qui protège l'acheteur, c'est la définition des termes qu'il a fait écrire au protocole.
Le BFR normatif, ou pourquoi un BFR bas au closing coûte de l'argent
L'idée tient en une ligne, et la doctrine fiscale l'admet : la Direction générale des finances publiques admet la correction du besoin en fonds de roulement lorsque le niveau constaté à la clôture « n'est pas représentatif de son niveau moyen sur l'année», notamment en cas de forte saisonnalité. C'est exactement la logique du besoin en fonds de roulement normatif : on neutralise l'effet de la date choisie.
Sur le terrain, sans qu'aucun texte ne l'impose, on construit un niveau de référence, soit par la moyenne de positions mensuelles sur douze mois, soit en reconstituant le besoin à partir de délais de rotation jugés normaux. On compare ensuite le niveau effectif au jour du closing, et l'écart ajuste le prix. Trois pièges reviennent : une référence calée sur une date qui arrange l'une des parties ; un même poste compté et dans l'écart de besoin en fonds de roulement et en dette assimilée ; et une référence construite sur des exercices ouverts avant le 1er janvier 2025, donc sur un référentiel comptable qui n'est plus celui des comptes de closing.
Le résultat, pour un cédant : livrer l'entreprise en dessous de sa norme de besoin en fonds de roulement, c'est financer une partie du prix avec sa propre trésorerie d'exploitation, sans que le multiple ait bougé. Le mécanisme se lit dans la clause d'ajustement : c'est là qu'il faut le regarder, avant de signer, plutôt qu'au moment de le subir.
À quelle date on arrête les compteurs
Deux architectures contractuelles répondent à cette question, et cette page s'en tient à ce qu'elles font au prix. En completion accounts, les parties arrêtent la valeur d'entreprise et des niveaux de référence, des comptes sont établis à la date du closing, et l'écart est régularisé en numéraire dans les deux sens, un désaccord étant renvoyé à un tiers : le résultat de la période courant jusqu'au closing reste au vendeur. En locked box, le prix des titres est figé par référence à un bilan historique déjà arrêté, il n'y a pas d'ajustement postérieur, et le vendeur garantit seulement l'absence de fuite de valeur, au moyen d'une liste de fuites autorisées : le résultat de la période court au profit, et au risque, de l'acquéreur.
Le vrai enjeu du choix : ce n'est pas une préférence de juristes, c'est la désignation de celui à qui appartient la trésorerie générée entre les derniers comptes et le closing. Sur une entreprise qui gagne de l'argent chaque mois, ce n'est pas une formalité : c'est un transfert de prix, dont le montant se calcule au jour près.
Ajustement, complément de prix, crédit-vendeur : trois objets qu'on confond
Un mécanisme d'ajustementcorrige un prix déjà convenu, à la date où l'on arrête les compteurs. C'est autre chose qu'un complément de prix conditionnel, subordonné à des résultats futurs, et autre chose encore qu'un crédit-vendeur, qui est de la dette de prix : ces deux objets relèvent de notre guide du crédit-vendeur et du complément de prix. Une chose doit néanmoins être dite ici, parce qu'elle décide de la trésorerie réelle d'un cédant : ni l'un ni l'autre n'est du cash au closing. Un prix annoncé qui comprend un complément conditionnel et un paiement différé n'est pas le prix qu'on encaisse, c'est le prix qu'on espère encaisser.
Dernier point de périmètre : la norme de besoin en fonds de roulement et le périmètre de la dette nette sont traités ici parce qu'ils déplacent le prix. La façon dont ces mêmes postes s'inscrivent ensuite dans un plan de financement — le prix devenant alors une donnée d'entrée — relève de notre guide du plan de financement, où la dette nette redevient une simple ligne d'équilibre.
Les six lignes à écrire avant de s'accorder sur un prix
Les trois sections précédentes se résument en une grille de lecture. Un prix n'est réellement convenu que lorsque six choses sont écrites, et l'ordre compte. La définition de l'EBITDA retenud'abord, avec la période exacte à laquelle elle s'applique — un multiple bâti sur des comparables en projection ne s'applique pas à un historique. La liste fermée des retraitements admis ensuite, chacun avec la pièce qui le justifie : un retraitement sans pièce justificative reste une prévision. Le périmètre de la dette nette, poste par poste, y compris ce qui n'y entre pas. La date à laquelle on arrête les compteurs, et avec elle le propriétaire de la trésorerie générée jusque-là. La norme de besoin en fonds de roulementet la façon dont l'écart se règle. Et le sort de la part différée ou conditionnelledu prix, qui n'est pas du cash au closing.
Le test à faire passer à un accord de principe est alors simple : si ces six lignes ne sont pas écrites, il n'y a pas d'accord sur le prix — il y a un accord sur un coefficient dont l'assiette reste à négocier, dans un rapport de force qui aura changé, parce que l'engagement, lui, sera déjà pris.
Ce que le prix payé fait à l'apport, puis au rendement
La dette est dimensionnée sur la cible, pas sur le prix
Le point est contre-intuitif. Un prêteur ne calibre pas son enveloppe sur le prix que l'acheteur souhaite payer, mais sur ce que la cible peut rembourser: génération de trésorerie, conversion de l'EBITDA en cash après impôt, investissements nécessaires, variation du besoin en fonds de roulement, puis ses tests propres. La capacité d'endettement est donc une fonction de l'entreprise, pas une fonction du prix. Elle ne monte pas parce que le vendeur demande davantage.
La mesure appartient à une page sœur, mais un point la traverse : un prêteur ne compte pas le levier comme l'emprunteur, de sorte que le même dossier affiche deux ratios différents, et celui du prêteur est structurellement le plus élevé — ce qui réduit d'autant l'enveloppe disponible pour payer le prix. La définition retenue, ce qu'on y inclut et les seuils sont traités dans notre guide du levier, du DSCR et de l'ICR, et ce qu'un prêteur accepte de financer tranche par tranche dans notre guide des tranches de dette d'acquisition.
Un point de supervision bancaire touche en revanche directement le prix. Le guide de la Banque centrale européenne sur les opérations à effet de levier (Guidance on leveraged transactions, mai 2017) attend qu'une valorisation d'entreprise soit « reviewed and validated by an independent unit other than the originating unit», c'est-à-dire revue et validée par une unité indépendante de celle qui monte l'opération. Ce texte s'adresse aux établissements de crédit significatifs supervisés directement par la Banque centrale européenne, et n'est ni une règle applicable à toute banque française, ni une norme de marché. Traduction utile pour un cédant : le prix est jugé deux fois par des gens qui ne sont pas le vendeur.Un dossier dont l'EBITDA ne survit pas à ces deux examens ne se finance pas — et un multiple obtenu de haute lutte ne sert à rien si la dette ne suit pas.
L'apport n'est pas une décision, c'est un solde
Apport en fonds propres = Emplois - Dette d'acquisition levee La dette etant plafonnee par la capacite de la cible, chaque euro de prix supplementaire tombe integralement sur l'apport.
C'est ce solde qui sert de dénominateur au rendement. Le prix ne dilue pas le rendement, il le divise.
⚠️ Illustration entièrement fictive — hypothèses posées avant le calcul
Tout ce qui suit repose sur une PME industrielle fictive et sur des hypothèses posées avant le calcul. EBITDA retenu de 2 650 000 €, supposé constant sur cinq exercices. Horizon de cinq exercices retenu par convention, qui ne représente aucune durée moyenne de détention. Dette d'acquisition de 8 000 000 €, identique dans toutes les colonnes — soit 3,02 × l'EBITDA retenu, niveau posé pour la démonstration et sans aucune valeur de norme. Dette résiduelle à cinq ans de 3 000 000 €, soit 5 000 000 € remboursés.
Ce que le cadre laisse dehors compte autant. Aucune trésorerie excédentaire n'est accumulée à la sortie, la totalité du cash disponible étant supposée affectée au remboursement ; la dette nette de la cible est supposée refinancée à l'occasion de l'opération, de sorte que les emplois se résument à la valeur d'entreprise ; les frais, les droits d'enregistrement, la fiscalité et le crédit-vendeur sont exclus ; le multiple sur capital investi et le taux de rendement interne sont bruts, avant impôt personnel et avant frais de cession. Il n'y a aucun flux intermédiaire — un décaissement à l'entrée, un encaissement à la sortie : le taux de rendement interne se réduit donc au taux de croissance annuel du capital, ce qui rend chaque cellule refaisable à la main. La fiscalité de la holding et de la dette relève de notre guide dédié.
Aucun de ces nombres n'est un niveau observé, un barème ou une promesse. L'illustration est volontairement courte et fragmentaire : elle isole l'effet du prix. Le cas complet, frais et crédit-vendeur inclus, est déroulé dans notre exemple de LBO chiffré, sur un autre jeu d'hypothèses.
À dette constante, payer plus cher ne change pas le gain : cela écrase le rendement
Le tableau qui suit fait varier une seule chose, le multiple d'entrée, et retient une hypothèse volontairement favorable à l'acheteur : la sortie se fait au même multiple que l'entrée.
| Multiple d'entrée | Valeur d'entreprise | Apport | Titres à la sortie | Gain | MOIC brut | TRI brut annualisé |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 5,5 × | 14 575 000 € | 6 575 000 € | 11 575 000 € | 5 000 000 € | 1,76 × | 11,98 % |
| 6,0 × | 15 900 000 € | 7 900 000 € | 12 900 000 € | 5 000 000 € | 1,63 × | 10,30 % |
| 6,5 × | 17 225 000 € | 9 225 000 € | 14 225 000 € | 5 000 000 € | 1,54 × | 9,05 % |
La colonne « Gain » est identique dans les trois lignes : 5 000 000 €, soit exactement la dette remboursée. Ce n'est pas une coïncidence du jeu de nombres, c'est une propriété du modèle : lorsque la sortie se fait au multiple d'entrée et que l'EBITDA n'a pas bougé, la valeur d'entreprise de sortie est égale à celle d'entrée, et le seul gain possible est le désendettement. Même entreprise, même dette, même performance, même durée : seul le diviseur change. Et le rendement annuel brut passe de 11,98 % à 9,05 %.
L'hypothèse est d'ailleurs déjà généreuse. Celui qui paie 6,5 × suppose qu'il trouvera, cinq ans plus tard, un acheteur disposé à payer 6,5 × lui aussi. Rien ne le garantit, et la section suivante montre ce que coûte l'erreur.
Le demi-tour de multiple se chiffre. Passer de 6,0 × à 6,5 × augmente l'apport de 1 325 000 €, soit + 16,77 %. Et si l'on suppose une sortie à multiple identique dans les deux cas — 6,0 × pour tout le monde — le multiple sur capital investi tombe de 1,63 × à 1,40 ×, et le taux de rendement interne brut de 10,30 % à 6,94 %. Un demi-tour de multiple payé à l'entrée coûte donc plus de trois points de rendement annuel, pour une entreprise qui se comporte exactement de la même façon.
Payer plus cher en levant plus de dette : pourquoi l'issue est fausse
La réaction naturelle, devant ce tableau, est de chercher à préserver le rendement en finançant le prix supplémentaire par de la dette plutôt que par de l'apport. Le piège mérite d'être pris au sérieux, parce qu'il fonctionne sur le papier. Dans ce cadre fictif, payer 6,5 × en portant la dette à 9 325 000 € pour tenir l'apport à 7 900 000 €, avec les mêmes 5 000 000 € remboursés et une sortie au multiple d'entrée, donne exactement le même résultat que le cas de base à 6,0 × : 1,63 × et 10,30 %. Arithmétiquement, l'échappatoire fonctionne — et c'est précisément ce qui la rend dangereuse. Ce qui la referme n'est pas une identité, ce sont trois effets économiques.
Le levier d'entrée monte, donc la marge d'erreur du plan se réduit d'autant. La dette supplémentaire porte des intérêts supplémentaires : à durée égale, l'entreprise rembourse moins de principal, et le désendettement — seule source de gain dans ce cadre — s'érode. Toujours dans le même cadre fictif, si le désendettement tombe de 5 000 000 € à 4 200 000 €, le multiple sur capital investi passe de 1,63 × à 1,53 × et le rendement annuel brut de 10,30 % à 8,90 %. Et surtout, la perte est amplifiée si la sortie se dégrade : à une sortie de 4,5 ×, le prix de 6,5 × financé par dette ressort à 0,96 × la mise (− 0,77 % par an) contre 1,13 ×(+ 2,47 %) pour le prix de 6,0 ×. Ces nombres n'existent que dans l'illustration posée plus haut. La dette ne supprime pas le coût du prix : elle le convertit en fragilité, et la facture arrive dans le scénario défavorable.
Ce qui reste, une fois les trois effets posés : il n'existe aucune structure de financement qui rende un prix trop élevé indolore. Elle échange du rendement contre du risque de rupture. Tout rapport entre dette et EBITDA que l'on pourrait déduire de cette illustration est un résultat d'hypothèses fictives, jamais un niveau de marché : les niveaux acceptables dépendent du secteur, de la taille, du cycle et du prêteur, et ils sont discutés dans nos guides des ratios et covenants et des tranches de dette.
Le point de bascule, en prose et sans formule. Payer plus cher, à résultat économique inchangé, abaisse la rentabilité économique des capitaux investis et resserre donc l'écart entre cette rentabilité et le coût de la dette. Or le levier est un amplificateur symétrique : tant que la rentabilité économique dépasse le coût de la dette, il amplifie un gain ; passé le point où elle tombe en dessous, il amplifie une perte. Le prix est précisément ce qui rapproche ou éloigne l'opération de ce point. Enfin, un rappel de périmètre : le remboursement effectif année par année, la mécanique du cash sweep et l'ordre de service des créanciers relèvent de notre guide du remboursement de la dette par les dividendes. Ici, « 5 000 000 € remboursés » est un paramètre posé, pas un échéancier.
Le bouclier fiscal s'épuise
Un point fiscal relie directement le prix au rendement. La déduction des charges financières nettes est plafonnée au plus élevé de 3 000 000 €ou de 30 % d'un résultat retraité — retraité en y réintégrant notamment les charges financières nettes, les amortissements et les provisions, soit un agrégat proche de l'EBITDA (CGI, art. 212 bis, I et II, version en vigueur au 2 juin 2024, pour une société non membred'un groupe fiscal ; lorsque la holding d'acquisition et la cible sont intégrées, le même plafond est calculé au niveau du résultat d'ensemble par l'article 223 B bis). Le pont avec le prix est immédiat : la dette croît avec le prix, mais le plafond croît avec l'EBITDA, pas avec la dette. Passé un certain point, l'euro d'intérêt supplémentaire cesse d'être immédiatement déductible. Le solde n'est pas perdu pour autant : il est reportable sur les exercices suivants (art. 212 bis, VIII), et une clause de sauvegarde permet, sous condition de ratio de fonds propres comparé à celui du groupe consolidé, de déduire 75 % du solde (art. 212 bis, VI). Mais la déduction est décalée, et ce décalage a un coût de trésorerie : le prix élevé abîme une partie de l'avantage fiscal qu'on invoque pour le justifier.
Deux précisions, sur deux points où la lecture courante est fausse. D'abord, le texte dit le plus élevédes deux montants : en supposant, pour simplifier, que le résultat retraité du II équivaut à l'EBITDA retenu de notre illustration fictive (2 650 000 € — les deux agrégats ne sont pas identiques), 30 % vaut 795 000 €, donc c'est le plancher de 3 000 000 €qui s'applique, et la conclusion résiste largement à l'approximation. À cette taille d'entreprise, le plafond n'est pas la contrainte, et présenter « 30 % de l'EBITDA » comme le plafond est faux. Autre piège, propre aux montages : lorsque les dettes envers des entreprises liées dépassent une fois et demie les fonds propres, le solde relève d'un plafond réduit, calculé au prorata de la fraction de dette concernée, sur la base du plus élevé de 1 000 000 €ou 10 %, et le report du solde n'est admis qu'à hauteur d'un tiers(art. 212 bis, VII). Un montage qui privilégie la dette d'actionnaire pour tenir un prix élevé peut donc dégrader son propre régime fiscal. Le régime des sociétés mères et l'intégration fiscale existent, ne sont pas le sujet de cette page, et sont traités dans la fiscalité de la holding et de la dette.
Une fois le prix arrêté, il reste votre patrimoine personnel
Nous n'intervenons ni comme sponsor ni comme prêteur : notre sujet est ce que l'opération laisse à titre personnel.
La grille multiple d'entrée × multiple de sortie : où le gain s'annule
Deux tableaux de cette série font varier deux paramètres différents. L'exemple de LBO chiffré, qui fixe le prix d'entrée et fait varier la sortie, répond à une autre question que celle-ci. Ici, c'est le prix d'entrée qui varie— la variable que l'autre page tient constante. Les deux tableaux ne se contredisent donc pas : les cadres d'hypothèses diffèrent, et le cas complet inclut frais et crédit-vendeur là où celui-ci est volontairement dépouillé pour isoler l'effet du prix.
La grille qui suit reste dans le même cadre entièrement fictif, rappelé avant le calcul: EBITDA constant de 2 650 000 €, dette d'acquisition de 8 000 000 €, dette résiduelle de 3 000 000 € au bout de cinq exercices, aucun frais et aucune fiscalité. Aucune de ses cellules n'est un niveau observé, une moyenne ou une prévision.
| Entrée / Sortie | 4,5 × | 5,0 × | 5,5 × | 6,0 × | 6,5 × |
|---|---|---|---|---|---|
| 5,5 × (apport 6 575 000 €) | 1,36 × / 6,3 % | 1,56 × / 9,3 % | 1,76 × / 12,0 % | 1,96 × / 14,4 % | 2,16 × / 16,7 % |
| 6,0 × (apport 7 900 000 €) | 1,13 × / 2,5 % | 1,30 × / 5,3 % | 1,47 × / 7,9 % | 1,63 × / 10,3 % | 1,80 × / 12,5 % |
| 6,5 × (apport 9 225 000 €) | 0,97 × / − 0,7 % | 1,11 × / 2,1 % | 1,25 × / 4,6 % | 1,40 × / 6,9 % | 1,54 × / 9,0 % |
La cellule entrée 6,5 × / sortie 4,5 × est une perte — 0,97 × — alors que l'entreprise n'a pas reculé d'un euro d'EBITDA. Deux tours de multiple d'écart sur cinq ans ne suppose aucun choc exceptionnel : il suffit d'un durcissement du crédit, d'un changement de perception du secteur, ou simplement du fait qu'on avait acheté au moment où les acheteurs étaient nombreux et qu'on vend au moment où ils le sont moins.
La diagonale « sortie = entrée » n'est d'ailleurs pasune diagonale de rendement constant. Elle décroît — 1,76 ×, puis 1,63 ×, puis 1,54 × — pour la raison démontrée à la section précédente : le gain en euros y est identique, mais l'apport augmente.
Le cas le plus instructif est pourtant celui où l'entreprise réussit. Toujours dans le même cadre fictif, supposons une entrée à 6,5 ×, une sortie à 4,5 ×, mais un EBITDA en hausse de 13,21 % (2 650 000 € qui deviennent 3 000 000 €), avec un désendettement moindre parce que la croissance a consommé de la trésorerie — dette résiduelle de 5 000 000 € au lieu de 3 000 000 €. Le produit de cession des titres ressort à 8 500 000 € pour un apport de 9 225 000 € : multiple sur capital investi de 0,92 ×, soit − 725 000 €. L'entreprise a progressé, l'actionnaire a perdu.Là encore, rien de tout cela n'est un niveau observé.
Il faut chiffrer aussi le scénario le plus banal, que la grille ci-dessus ne montre pas puisqu'elle suppose l'EBITDA constant : l'entreprise passe sous son plan. Toujours dans le même cadre fictif, supposons une entrée à 6,0 × — le cas de base, apport de 7 900 000 € — mais un EBITDA qui recule à 85 % du niveau retenu, soit 2 252 500 €. Le dividende remontant moins, le désendettement est divisé par deux : dette résiduelle de 5 500 000 € au lieu de 3 000 000 €. À une sortie de 5,5 × sur ce résultat dégradé, les titres valent 6 888 750 € : multiple sur capital investi de 0,87 ×, soit − 2,70 % par anet une perte de plus d'un million d'euros. Les deux dégradations se cumulent — moins de résultat, donc moins de remboursement, donc moins de valeur des titres —, et c'est ce cumul, bien plus que la seule compression du multiple, qui explique les LBO qui tournent mal. Le détail de la mécanique année par année relève de notre guide du remboursement de la dette. Chiffres d'hypothèses fictives, sans valeur de norme.
Le multiple de sortie qui annule le gain
Multiple de sortie annulant le gain = multiple d'entree - (dette remboursee / EBITDA)
Dans ce cadre fictif, le rapport vaut ≈ 1,89 tour de multiple (1,886792 exactement), quel que soit le prix d'entrée : 5 000 000 € remboursés rapportés à un EBITDA de 2 650 000 €.
| Multiple d'entrée | Sortie donnant un MOIC de 1 | Écart |
|---|---|---|
| 5,5 × | 3,61 × | − 1,89 tour |
| 6,0 × | 4,11 × | − 1,89 tour |
| 6,5 × | 4,61 × | − 1,89 tour |
La phrase à retenir est celle-ci : le remboursement de la dette achète une protection d'exactement « dette remboursée divisée par EBITDA » tours de multiple — soit ici environ 1,89 tour — et pas un de plus. Au-delà, l'actionnaire perd, quelle que soit la qualité de l'entreprise. Le cas complet de cette série publie un autre seuil, parce que son cadre inclut des frais, un crédit-vendeur et une trésorerie accumulée. Deux cadres, deux seuils.
Un élément de contexte, sans direction ni niveau. La Banque centrale européenne relève dans sa Financial Stability Review de mai 2026 (publiée le 27 mai 2026) que les marchés privés, « given their complex leverage structures, opaque valuation practices and limited liquidity », sont « prone to unforeseen and potentially abrupt valuation changes». Ce constat porte sur les marchés privés de la zone euro dans une optique de stabilité financière : il ne dit rien du prix d'une PME française, il ne prévoit rien, et il n'autorise aucune phrase du type « les multiples vont baisser ». Il justifie seulement de traiter le multiple de sortie comme une inconnue, et non comme une hypothèse.
Un dernier mécanisme boucle la démonstration. Si l'acheteur à la sortie est lui-même un investisseur à effet de levier, son prix maximal est plafonné par la dette qu'il peut lever — donc par les conditions de crédit qui prévaudront au moment de la sortie. Or ces mêmes conditions ont déterminé le prix d'entrée. Le même paramètre extérieur fixe les deux bornes du calcul de rendement, et l'investisseur n'en contrôle aucune. La compression du multiple de sortie et le durcissement du crédit ne sont donc pas deux risques distincts : c'est le même événement, vu deux fois.
Ce qui fait monter ou descendre un multiple — et où chercher une référence
Les facteurs de variation, et pourquoi cette page n'en chiffre aucun
Ce qui fait varier un multipleest plus utile qu'un multiple. Le tableau suivant reprend les facteurs que la doctrine publique identifie, sans y ajouter de chiffre.
| Ce qui pousse un multiple vers le haut | Ce qui le pousse vers le bas |
|---|---|
| Marges élevées : « une entreprise présentant des marges plus élevées aura tendance à dégager un multiple d'EBIT ou d'EBITDA plus élevé et inversement » (DGFiP) | Forte intensité capitalistique : « le multiple d'EBITDA d'une société fortement capitalistique aura tendance à être plus faible que celui d'une société peu capitalistique » — effet contre-intuitif |
| Croissance crédible et documentée : appliquer un multiple de sociétés matures à une société en forte croissance « conduira nécessairement à une sous-évaluation » | Dépendance à un homme-clé : décote reconnue, appréciée au regard des mesures d'atténuation, risque « surtout présent dans les petites entreprises » (DGFiP), qu'il ne faut pas compter une seconde fois avec la décote de taille |
| Récurrence et contractualisation du chiffre d'affaires | Concentration du chiffre d'affaires sur un client ou d'un approvisionnement sur un fournisseur |
| Taille et profondeur de l'équipe de direction | Décote de taille, mais « le recours à une prime de taille ne saurait être mécanique ni résulter du seul usage de place », et attention au double emploi avec l'illiquidité |
| Concurrence entre acheteurs : le seul déterminant du prix qui ne doit rien à l'entreprise | Illiquidité et contraintes statutaires ou de pacte : « seule une lecture attentive des statuts et du pacte d'actionnaires permet d'analyser l'étendue de ces restrictions » |
| Prime de contrôle : « supplément de prix qu'un acquéreur est prêt à payer pour acquérir le contrôle » | Position défavorable dans le cycle du secteur |
Une réserve, d'abord : la doctrine cite une décision ayant validé une prime de contrôle chiffrée sur une donation de titres cotés. C'est une décision d'espèce, et la transformer en ordre de grandeur applicable à une cession de PME serait une faute de raisonnement — raison pour laquelle son taux n'est pas reproduit ici. Sur la comparabilité, le guide retient comme critères le secteur — « critère de sélection déterminant » —, la géographie, la taille, la date (« les transactions récentes sont à privilégier (réalisées depuis deux ans au plus)»), les marges et la rentabilité, et les profils de croissance. L'Autorité des marchés financiers ajoute deux contrôles de cohérence dans sa recommandation DOC-2006-15 : des comparables « suffisamment comparables en termes de risque, de rentabilité et de croissance », et la vérification « que le même risque n'est pris en compte qu'une seule fois ». Ce cadre ne vise toutefois que les sociétés cotées en offre publique, dont le cas particulier est traité dans notre guide du retrait de cote.
Les trois leviers de création de valeur, vus du prix
Trois sources de valeur seulement existent dans un LBO : la croissance de l'EBITDA, le remboursement de la dette et la variation du multiple. Elles sont présentées pour elles-mêmes sur le hub du LBO; vues du prix, elles ne se valent pas du tout. La première est pilotable par le travail d'exploitation. La deuxième est conditionnelle: elle dépend de la trésorerie disponible, donc encore de l'EBITDA, et elle est contrainte par les investissements. La troisième n'est pilotable par personne. Un plan qui repose sur la troisième n'est pas un plan, c'est un pari — et la grille précédente montre qu'il peut annuler les deux autres. Le multiple d'entrée fixe la barre que le multiple de sortie devra franchir, et rien d'autre ne se déduit d'un multiple d'entrée. La décomposition arithmétique du gain figure dans la décomposition arithmétique du gain sur un cas complet, et les données de marché disponibles sur l'expansion du multiple dans les données de marché sur l'expansion du multiple, et leurs limites.
Un seul canal rend le multiple partiellement pilotable : acquérir des entités à des conditions plus basses que celles de la plateforme. Encore faut-il que l'ensemble consolidé mérite réellement, à la sortie, le multiple de la plateforme — faute de quoi l'écart se referme au pire moment. C'est le sujet de notre guide de la croissance externe financée par dette. Et pour dissiper une confusion courante : un refinancement, seul, ne fait pas bouger le multiple — il modifie la structure du passif, pas la valeur de l'actif économique.
Pourquoi cette page ne vous donnera pas de multiple sectoriel
Les données de cession sont rarement publiques.La Direction générale des finances publiques écrit que les données concernant une cession d'entreprise sont rarement publiées ; la Banque de France relève, dans son Bulletinn° 260/4 de septembre-octobre 2025, l'absence de données sur la valorisation des transactions de LBO, qui empêche d'apprécier la représentativité de l'échantillon qu'elle étudie ; et la Banque centrale européenne note que les lacunes de données « are particularly acute in private markets » (Financial Stability Review, mai 2026).
Des références existent : écrire le contraire serait faux. Mais elles sont établies après coup, portent sur des populationset non sur une entreprise, se périment vite, et n'ont de sens qu'accompagnées de la définition d'EBITDA de chaque transaction. Pour donner une idée de ce à quoi ressemblent de telles données lorsqu'elles existent — non pas des multiples de valorisation par secteur, mais une attribution après coup de la création de valeurentre ses trois sources, sur un échantillon d'opérations déjà cédées — une page sœur en cite une, sourcée, datée et accompagnée des limites que l'étude s'impose à elle-même : notre guide du LBO secondaire. Ce ne sont en aucun cas des multiples de référence utilisables sur un dossier.
La seule référence méthodologique publique, française et gratuite est le Guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés de la Direction générale des finances publiques, dans son édition de juin 2026 selon la mention de sa page de garde, consultée le 13 août 2026 : méthode des multiples, agrégats, retraitements, éléments de passage, liste des primes et décotes. Il sert à apprécier une valeur vénale en matière fiscale, ce n'est pas un référentiel de prix de LBO, et il ne publie aucun barème de multiples par secteur: les seuls multiples qu'on y trouve sont ceux de ses exemples d'application chiffrés.
Sur votre dossier, seule une valorisation indépendante mandatée sur votre entreprise engage qui que ce soit. Les bases de comparables sont professionnelles et payantes, et leur valeur dépend de la définition d'EBITDA retenue par chaque transaction — donc incomparables sans retraitement. Les comptes de sociétés cotées comparables sont gratuits et datés, mais portent une prime ou une décote de liquidité et de taille. Tout multiple lu sans sa date, son échantillon et sa définition d'EBITDA est un nombre sans statut.
La valorisation du package du managerne se déduit pas du prix de l'entreprise : elle obéit à sa propre logique, exposée dans notre guide du management package. La performance d'un fondsvue de l'investisseur est un autre sujet encore, traité dans notre guide du private equity. Et le cas particulier du dirigeant qui vend sa société à sa propre holding pour dégager des liquidités sans partir relève de notre guide de l'OBO.
Payer trop cher est l'erreur la moins réversible d'un LBO
Le prix est la seule décision irréversible du montage
Dans ce montage, presque tout se rattrape. Un covenant se renégocie par avenant. Une échéance s'étale. Une dette se refinance. Un dirigeant se remplace. Une sortie se décale de deux ans. Le prix payé au closing, non.Il est arrêté une fois, dans un acte, et aucune performance ultérieure ne le rend rétroactivement plus bas. Les deux grilles ci-dessus ne disent rien d'autre : un multiple d'entrée trop élevé ne se rattrape ni par la croissance, ni par le levier, ni par la durée.
Le droit ne corrige pas un mauvais prix
Beaucoup d'acquéreurs supposent qu'un prix manifestement excessif ouvrirait un recours. Le Code civil dit le contraire, et il le dit quatre fois.
L'article 1168 pose que « le défaut d'équivalence des prestations n'est pas une cause de nullité du contrat, à moins que la loi n'en dispose autrement » : payer trop cher n'est pas annulable. L'article 1136 ajoute que « l'erreur sur la valeur […] n'est pas une cause de nullité » : se tromper sur la valeur n'ouvre aucun recours. L'article 1112-1impose bien un devoir d'information précontractuelle, d'ordre public — les parties « ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir » — mais précise que « ce devoir d'information ne porte pas sur l'estimation de la valeur de la prestation ». Enfin, le troisième alinéa de l'article 1137, ajouté par la loi n° 2018-287 du 20 avril 2018, dispose que « ne constitue pas un dol le fait pour une partie de ne pas révéler à son cocontractant son estimation de la valeur de la prestation ».
La conclusion n'est pas une opinion, c'est du droit : le prix payé est un risque que l'acquéreur assume seul. Il ne reste que deux portes de sortie, et elles sont étroites : le dolau sens des deux premiers alinéas de l'article 1137 — manœuvres, mensonges, dissimulation intentionnelle d'une information déterminante — et la garantie d'actif et de passif, qui est purement contractuelleet ne vaut que ce que valent sa rédaction, ses plafonds, ses seuils et ses délais. Ces articles sont issus de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, en vigueur au 1er octobre 2016. Toute source qui cite encore « l'article 1116 du Code civil » pour le dol est périmée.
Derrière la grille, il y a une entreprise
Un prix trop élevé alourdit le service de la dette, et ce service se paie en décisions réelles : investissements différés, embauches gelées, pression sur le besoin en fonds de roulement, tension sur les délais fournisseurs, arbitrages de court terme au détriment de l'outil. Le risque de rupture n'est pas une case de tableur.C'est une entreprise, des salariés, un dirigeant, et parfois une histoire de famille. Une page qui présenterait la valorisation comme un simple problème d'optimisation aurait manqué l'essentiel.
⚠️ Le double risque du dirigeant qui réinvestit
Un manager salarié qui investit dans l'opération expose simultanément son capital et son emploià la même entreprise. C'est la concentration de risque la plus brutale qu'un salarié puisse prendre : si l'opération manque son plan, il peut perdre l'intégralité de sa mise en même temps que son poste, et au même moment que la valeur de son réseau professionnel local. Aucune promesse de rendement ne compense cette concentration. La logique propre de la valorisation de son investissement — instruments, écart entre valeur réelle et prix payé, réinvestissement du dirigeant — relève de la valorisation du package d'un manager.
Quand la conclusion est de ne pas faire l'opération
Il arrive que la bonne réponse soit de renoncer. Lorsque le prix demandé ne laisse aucune marge d'erreur sur le plan d'affaires, la réponse est de ne pas faire l'opération — ou de la faire avec moins de dette et un rendement espéré plus modeste, ce qui est une décision parfaitement défendable. Renoncer à un dossier est une décision d'investissement, pas un échec de négociation. Une opération qu'on ne fait pas ne coûte rien ; un prix qu'on ne pouvait pas payer coûte l'entreprise.
Ces situations se reconnaissent avant la signature. Quand l'EBITDA retenu ne tient qu'au prix d'un retraitement run-ratenon documenté, l'assiette du prix repose sur une prévision. Quand le prix ne se justifie que si le multiple de sortie est supérieurau multiple d'entrée, le plan repose sur le seul levier que personne ne pilote. Et quand l'écart de définition de la dette nette entre les parties n'a jamais été écrit avant la signature, le prix réel reste à négocier après que l'engagement a été pris.
Le cédant, lui aussi, peut conclure que non. Refuser un retraitement de complaisance qu'on lui propose pour gonfler l'assiette, ce n'est pas renoncer à de l'argent : c'est refuser de vendre plus cher une entreprise qui devra ensuite rembourser sur un résultat qui n'existe pas, parfois à des gens qu'il connaît. Refuser un prix dont une part importante est différée ou conditionnelle, c'est refuser de financer lui-même son propre acquéreur. Et constater qu'aucun acheteur ne paie aujourd'hui ce qu'il espérait ne l'oblige à rien : ne pas vendre est une option, comme vendre plus tard, ou vendre à un acquéreur qui ne recourt pas au levier — sur un prix qui peut être plus bas, mais entièrement encaissé au closing. Le prix le plus élevé annoncé n'est pas nécessairement la meilleure offre : la seule qui compte est celle dont on encaisse effectivement le montant.
Toute statistique de performance de LBO se lit avec le biais de survivanceen tête. Les opérations qui échouent ne font pas de communiqué de presse, ne figurent pas dans les plaquettes, et sortent des échantillons. Un exemple de réussite n'est pas représentatif de quoi que ce soit — ni cette page, ni personne, ne peut promettre un rendement sur ce type d'opération.
Ce qu'il faut retenir
Le multiple est le chiffre dont on parle ; l'EBITDA et la dette nette sont les définitions qu'on écrit — et ce sont elles qui font le prix. Un cédant qui négocie le coefficient sans avoir arrêté l'assiette négocie la mauvaise ligne, et il le découvre en lisant le calcul d'ajustement, quand il n'a plus de levier.
Le prix payé n'est pas un chiffre isolé : c'est un arbitrage entre le rendement espéré et la fragilité acceptée. Il fixe l'apport, donc le dénominateur du rendement, et il fixe la barre que le multiple de sortie devra franchir. Elle mérite donc d'être prise lentement, avec le calcul du scénario défavorable posé sur la table.
Tout cela se joue avant la négociation plutôt que pendant. Le cédant prépare ses retraitements documentés, pièces à l'appui, et écrit sa propre définition de la dette nette avant de recevoir une offre : après la lettre d'intention, chaque ligne qu'il n'a pas préparée se discutera contre lui. Le repreneur, avant d'accepter un multiple d'entrée, calcule le multiple de sortie qui annulerait son gain, puis se demande si son plan tiendrait encore en supposant un exercice manqué et une sortie deux tours plus bas. Si le prix ne se justifie qu'à la condition de revendre plus cher qu'on n'a payé, il est déjà trop élevé — et aucune structure de financement ne le corrigera.
Après l'opération, un capital concentré sur une seule signature
Nous n'arrangeons pas de dette, ne structurons pas de tranches et n'intervenons ni comme sponsor ni comme prêteur. Nous intervenons sur ce que l'opération laisse derrière elle : le réemploi du produit d'une cession, la protection du conjoint, et l'illiquidité d'un capital adossé à une seule entreprise.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — Hagnéré Patrimoine
Conseiller en gestion de patrimoine, Quentin Hagnéré accompagne dirigeants, managers et cédants sur la structuration de leur patrimoine autour d'une opération de haut de bilan. Sur la question du prix, son cabinet part d'un principe simple : un multiple annoncé n'est pas un prix, et le prix payé est la seule décision d'un montage à effet de levier qui ne se renégocie jamais.
⚠️ Informations légales et réglementaires
Cette page est informative. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni un conseil en investissement personnalisé. Les dispositifs cités sont ceux en vigueur à la date de publication et sont susceptibles d'évoluer. Aucun fonds, aucune banque, aucun arrangeur, aucun cabinet, aucune entreprise cible et aucune opération réelle n'y sont cités, et aucun acteur n'est classé ni recommandé.
La négociation du prix d'une acquisition engage du droit des contrats, du droit des sociétés, du droit comptable et du droit fiscal : elle relève d'un avocat d'affaires, d'un notaire, d'un expert-comptable et d'un conseil en transmission. Les illustrations chiffrées de cette page sont explicitement fictives et ne constituent pas une simulation personnalisée. Date de dernière vérification des textes et documents cités : 13 août 2026 (Légifrance, BOFiP, Direction générale des finances publiques, Autorité des normes comptables, Autorité des marchés financiers, Banque centrale européenne).
Un montage à effet de levier amplifie les gains comme les pertes : il peut conduire à la perte totale du capital investi. Un manager salarié qui investit dans l'opération expose simultanément son capital et son emploi. Aucun rendement n'est promis ni garanti.
Hagnéré Patrimoine est immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 23002291 (www.orias.fr) en qualité de Conseiller en Investissements Financiers (CIF), Courtier en Assurance (COA) et Courtier en Opérations de Banque et en Services de Paiement (COBSP), adhérent de la CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Chambéry. Le cabinet ne monte pas d'opérations à effet de levier, n'arrange pas de dette, ne structure pas de tranches et n'intervient ni comme sponsor ni comme prêteur.

